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Full text of "Revue celtique"

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REVUE  CELTIQUE 


TOME  XXI 


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CHARTRES.     —     IMPRIMERIE     DURAND,     RUE     FULBERT 


A^""^  FONDÉE  ^J 

PAR  V^V^ 

-Q-v  H.    GAIDOZ  ^    /\ 

>^  1 870-1 88 1  ^^, 


<!r;. 


1870-18»^ 

PUBLIÉE    SOUS    LA    DIRECTION    DE 


H.    D'ARBOIS    DE    JUBAINVILLE 

Membre  de  l'Institut,  Professeur  au  Collège  de  France 
AVEC   LE   CONCOURS   DE 

E.   ERNAULT  J.   LOTH  G.   DOTTIN 

Professeur  à  l'Université       Doyen  de  la  Faculté  des         Professeur  adjoint 
de  Poitiers  Lettres  de  Rennes  à  l'Université  de  Rennes 

ET    DE    PLUSIEURS    SAVANTS    DES    ILES    BRITANNIQUES    ET    DU    CONTINENT 

L.     DUVAU 

Directeur  adjoint  à  l'École  pratique  des  Hautes  Études 

Secrétaire  de  la  Rédaction 


Tome  XXI. 

^rof.  Or.  Th.  BAAOER 
-^oesBEÊKsoMEWea  u} 
NIJMEGEN 


^/   /^^(f 


PARIS 

LIBRAIRIE   EMILE    BOUILLON,    ÉDITEUR 

67,    RUE  DE   RICHELIEU,    AU   PREMIER 
1900 


581475 


A  MONSIEUR 


WHITLEY    STOKES 


POUR   LH  SOI\ANTK-DI\IEME   AN'XIV^EKSAIRK   DE  SA   NAISSANCF 


SES    COLLABORATEURS 


LES   RÉDACTEURS    FRANÇAIS    DE   LA   REVUE  CELTIQUE 


28    FÉVRIER     1900 


TABLE    DES    MATIÈRES 


CONTENUES 


DANS  LE  TOME  XXI 


Pages 

ARTICLES  DE  FOND. 

L'épreuve  de  I  epée  et  le  couronnement  d'Arthur  par  Dubrice  à  Kaer 

ludeu,  par  Ferdinand  Lot i 

Le  Calendrier  celtique  de  Coligny,  par  Seymour  de  Ricci.      ...  lo 

Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois  au  point  de  vue 

métrique  et  historique,  par  J.  Loth 28 

Étude  de  phonétique  irlandaise  (suite),  par  G.  Dottin.  .  .  .  59,  179 
'I='pvrj  T.oX-j/^-jrsot.   Les  croissants   d'or  irlandais,  par  Salomon  Rei- 

nach.    .  75,  166 

The  bodleian  Amra  Cholulmb  ChiUc,  par  Whitley  Stokes.      .      .      .        152 

Étymologies  vannetaises,  par  E.  Ernault 157 

Da  Choca's  Hostcl,  by  Whitley  Stokes 149,  :  12,  388 

0\d  \ns\\  tel laim,  tûllaim,  par  i.  Strachan 176 

Tracce  celtiche  nell'  Asturia,  par  Francesco  P.  Garofalo.      .      .      .        200 

La  métrique  du  moyen  breton,  par  J.  Loth 203,  342 

Les  survivances  du  totémisme  chez  les  anciens  Celtes,  par  Salomon 

Reinach 269 

Onomasticon  Lusitanien,  par  J.  Leite  de  Vasconcellos 507 

Remarques  sur  les  Four  ancient  Books  ofWales,  par  J.  Loth..      .      ,        328 

Les  deux  chagrins  du  royaume  du  ciel,  par  G.  Dottin 349 

Sur  la  versification  du  breton  moyen,  par  E.  Ernault 404 

Infixed  d  in  conditional  Sentences  in  Old  Irish,  by  J.  Strachan.  .      .       412 


VI 


Table  des  matières. 


Intorno  agli  Helvetii,  qualche  osservazione,  par  Francesco  P.  Garo- 
falo 427 

Le  Calendrier  de  Coligny,  par  le  capitaine  Espérandieu,  deux  planches 
hors  texte. 


MÉLANGES. 

L'orientation  celtique  à  l'île  de  Sein,  par  J.  Loth..      .  ,      .      . 

Le  mot  regcs  en  gallois  moyen,  souvenir  de  la  crémation,  par  J.  Loth. 


97 
97 


BIBLIOGRAPHIE. 
Cours  de  littérature  celtique,  t.  VI,  compte  rendu  par  P.  Le  Nestour.         99 


CHRONIQUE. 


Adamnan,  abbéd'Iova,  et  Virgile.  111. 

Allmer.  Sa  mort.  106. 

Albanès.  Gallia  Ghrisùava  noviss'ma. 

113. 
Andier  (Charles).    Quid   ad   fabulas 

heroïcas  Germanorum  Hlbcrni  con- 

tukrint.  120. 
Berger  (Samuel).  Son  décès.  342. 
Bremer  (Otto).  Grundriss  dcr  gcrma- 

nischen  Philologie.  242-243. 
Bretons  à  Deols,  Indre.  1 14. 
Caix  (vicomte  de)  et  Albert  Lacroix. 

Histoire    illustrée    de    la    France. 

115,1 16. 
Chevalier  (Ulysse).  GalUa  christiana 

novissima.  113. 
Constantius    (frère).     Kcnttluu    brc- 

zounek  da  drei  e  Gallck.  112,  249. 

—  Kenteliou  brezounrk  troet  e  Gal- 
lck. 249. 
Dagobert  II  en  Irlande.  112,  113. 
Deeney  (Daniel).  Peasant  Lorc  from 

Gaelic  Ireland.  538. 
Deloche  (Maximin).  Son  décès.  542. 


Dïndshenchas  (Poems  from).  246- 
247. 

Douglas  Hyde,  auteur  de  Ubhla  de  n 
craoibh.  249  250.  —  Éditeur  de 
Giolla  an  fhiugha  et  de  Eachtra 
Clolnne  righ  na  h-Ioruaidhe.  108. 

Duchesne.  Fastes  épiscopaux  de  l'an- 
cicnne  Gaule,  t.  II.  243-246. 

Eachlra  Cloinre  righ  na  h-Ioruaide. 
108. 

Espérandieu.  Musée  Calvet,  Inscrip- 
tions antiques    121. 

Flcd  Bncrcnd.  109. 

Flach.  Sur  h  fundus  et  la  villa.  1  14, 

■M- 

Gaidoz,  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur. 107. 

Garofalo  (Francesco  P.).  Su  gli  Hel- 
vetii. 340-341 . 

Giolla  an  jhiugha.  108. 

Gwyn  (Edward).  Poems  from  the 
Dindschcnchas.  246-247. 

Healy  (John).  InsuLi  smctorum  et 
doctorum.  1  10-1  12. 


Table  des  matières. 


vil 


Henderson  (George),  éditeur  de  Fled 

Bricrend.  109,  110. 
Henry  (Victor).  Lexique  étymologique 

des  termes  les  plus  usa  Is  du  breton 

moderne.  236. 
Holder  (Mhed).  Altceltischer  Sprtich- 

schatz.   I  19. 
Holmes  (T.  Rice).  Caesar's  Conquest 

o[  Gaul.  107. 
Hubert    (E  ).    Recueil    général   des 

chartes  intéressant  le  département  de 

l'Indre.  114. 
Irish  texts  Society.  108-1  10. 
Islendi'ngabôlc.  119. 
Lacave-Laplagne-Barris.  Cartulaires 

du  chapitre  de  Sainte-Marie  d'Auch. 

114. 
Laisren  (vision  de),  i  18. 
Legré    (Ludovic).    Favorin    d'Arles. 

339- 

Lelièvre  (Alfred).  L'église  celtique  in- 
dépendante de  Rome.   116,  117. 

Le  Moyne  de  La  Borderie.  Histoire 
de  Bretagne.   118. 

Lot  (F.),  maître  de  conférences  à 
l'École  des  Hautes  Études.  107. 

Loth  (J.),  correspondant  de  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres    107,  1 2 1 

Meyer  (Kuno),  éditeur  de  la  vision 
de  Laisren.  i  18. 

Mo'.d  (George).  Introduction  à  la 
chronologie  du  la'in  vulgaire.  236- 
242. 

Morgan  Lluyd.  121. 

Muller  Hzn  (S  ).  De  cv/itatcs  von 
Gallie.  I  19. 

Nutt  (Alfred).  Ossian  and  the  Ossia- 
nic  Lilerature.  117.  —  Shakes- 
peare. 249. 

Oestberg  (H.-O.j.    Les    voyelles  vé- 


laires  accentuées,  la  diphtongue  au, 

la  désinence   -avuz    dans    quelques 

noms  de  lieu  de  la  France  du  Nord. 

1  14. 
O'Growney    (Eugène).     Son    décès. 

249. 
Otia  Merseiana.   118. 
Piiilipon  (Edouard).  Les  origines  du 

diocèse  et  du  comté  de  Belley.  339- 

340. 
Pothier.  Les  tuinulus  du   plateau  de 

G.r.   117,  118. 
Reinach  (Salomon).  Guide  illustré  du 

musée  national   de  Saint-Germain. 

247. 
Rees.  Lives  oj  Cambro-hritish  Saints. 

248. 
Rees    Prichard.    Canwyl  y  Cymry. 

248. 
Rhys   (J.).    The  Welsh  People.   121, 

341-342. 
Robert   (Ulysse).    L'enseignement  à 

Besançon  jusqu'à  la  tin  du  xv^  siè- 
cle. 338-339. 
Sepet  (Marins).  Samt  GihLis  de  Ruis. 

340. 
Society  for  the  préservation  of  the  irish 

langujge.  249. 
Stokes  (Margaret).  Son  décès,  427. 
Stokes  (Wliitley).   Festschrit.    121, 

2502^1. 
Vercingétorix  et  César.  1 16. 
"Wesson  (Jessie  L).King Arthur  and 

hts  knights.  i  17. 
villa.  Sens  de  ce  mot.   113. 
Wagner  (Félix),  traducteur  de  VIs- 

hndingabôk.  i  19. 
Wood -Martin.    The    Elder  faithsof 

Ireland.  341 . 
Y  Cymmrodor.  247-248. 


VIII 


Table  des  matières. 


PÉRIODIQUES  ANALYSÉS. 


An  Gaodhal.  252-253,  429. 
Annales  de  Bretagne,  128-129,  257- 

266  (voir  p.  258  et  suivantes  une 

notice  sur  La  Viiiemarqué). 
Annales  de  la  Faculté  des  Lettres  de 

Bordeaux  et  des    Universités    du 

Midi,  546. 
Archaeologia  Cambrensis,  129. 
Archiv  fiir  celtische   Lexicographie, 

125-1 27. 
Beilage    zur   Allgemeinen    Zeitung, 

132. 
Boletin  de  la  Academia  de  la   His- 

toria,  129,  346. 
Feiz  ha  Breiz,  256-257,  344-355. 
Indogermanische  Forschungen,  345. 
La  parole,  revue  internationale,  130, 

'3'- 

Mémoires  de  la  Société  de  Linguis- 
tique de  Paris,  1 30. 

Memoirs  and  Proceedings  of  the 
Manchester  Literary  Society,  343, 

344- 
Numismatic  Chronicle,  547-348. 
Preussische  Jahrbùcher,  131,  132. 


Publications  of  the  modem  Language 
Association  of  America,  257. 

Revue  archéologique,  131,  253-255. 

Revue  de  Numismatique,  266-267. 

Revue  d'histoire  et  de  littérature  reli- 
gieuse, 253-254. 

Revue  épigraphique,  132,  345-346. 

Rheinisches  Muséum  fur  Philologie, 
1  22. 

Société  archéologique  de  Bordeaux, 

347- 
The  American  Journal  of  Philology, 

267-268. 

The  classical  Review,  130. 

The  Journal  of  the  royal  Society  of 
Antiquaries  of  Ireland,  128,  252. 

The  philological  Society,  347. 

The  Scottish  Review,  131. 

The  transactions  of  the  honorable  So- 
ciety of  Cymmrodorion,  127. 

Zeitschrift  fiir  celtische  Philologie, 
122-125. 

Zeitschrift  fur  vergleichende  Sprach- 
forschung,  1 30. 


TABLE,  par  M.  E.  Ernault,  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  t.  XXI 
de  la  Revue  Celti(]ue,  p.  430. 


L'ÉPREUVE  DE  L'ÉPÉE 

ET 

LE  COURONNEMENT  D'ARTHUR  PAR  DUBRICE 

A  KAER  lUDEU 


Dans  Y  Histoire  de  l'huile  bénite  (Stori  yr  oleiu  hcnâigeid),  con- 
servée dans  la  collection  des  Hengwrt  MSS.  à  Peniarth,  se 
trouve  le  passage  suivant  ^  : 

KocU  ocdd  frenin  yn  ynys  Brydain  yna,  ar  olew  hwnnw  a  gafas  Defrig 
archescob  y  gyssegry  Arthur  yn  frenin,  pan  dynnodd  y  kleddyf  or  maen  yn- 
ghaer  ludci  [éd.  Fudei].  Ag  or  achos  hwnnw  y  gorfu  ef  ar  bob  germes,  ai 
goron  ef  ai  arfav  yssydd  uchel  greiriay  y  frenhiniaeth,  achos  y  gyssegry  ef 
ar  olew  bendigeid  or  nef,  ai  roi  y  Arthur  i  ddystrywio  pob  gormes  anys- 
brydol  obHtli  y  saint  ar  Kristynogion,  ac  yna  y  koUodd  yr  olew  hwnnw 
heb  wybod  o  neb  pie  r'  aethodd  hvd  yn  yr  amser  y  kiliodd  Thomas  o  gaer 
Gaing  or  du  allan  rag  Henri  frenin  Lloeger. 

Kall  était  alors  roi  en  l'île  de  Bretagne.  C'est  cette  huile  que  prit  l'arche- 
vêque Dubric  pour  consacrer  Arthur  comme  roi,  quand  (celui-ci)  retira 
l'épée  de  la  pierre  à  Kaer  ludei.  C'est  pour  cette  raison  qu'il  triompha  de 
toute  agression.  Sa  couronne  et  ses  armes  sont  les  précieux  (hauts)  joyaux 
du  royaume  parce  qu'il  fut  consacré  de  l'huile  bénite  du  ciel.  Et  elles  furent 
données  à  Arthur  pour  réprimer  toute  oppression  mondaine  parmi  les  saints 
et  les  chrétiens.  Puis  cette  huile  fut  perdue  sans  que  personne  sût  en  quel 
lieu  elle  était  allée,  jusqu'au  temps  où  Thomas  de  Cantorbery  s'enfuit  loin 
de  Henri,  roi  d'Angleterre. 


I .  Setcctious  front  ttie  Hcngivrt  MSS.  preservcd  in  ttm  Pcniartli  tihrary,  éd. 
par  Robert  Williams  et  G.  Hartwell  Jones  Londres,  Quaritch,  t.  II,  1892, 
p.   325;  cf.  la  trad.,  ihid.,  p.  665. 

Revue  Celtique,  XXI.  1 


2  F.  Lot. 

M.  G.  Hartwell  Jones  a  signalé  le  premier  ce  textes  II  de- 
mande aux  lecteurs  de  la  Ri'viie  Celtique  s'ils  ont  jamais  ren- 
contré une  «  tradition  telle  que  celle-ci  ».  Il  n'est  question  de 
Dubrice  et  de  Kaer-Iudeu  ni  dans  les  romans  français  de  la 
Table  Ronde  ni  dans  Le  Morte  d'Arthur  de  Malory  (1485), 
M.  Jones  suppose  que  VHistoire  de  Phuile  bénite  nous  a  con- 
servé sur  le  couronnement  d'Arthur  une  antique  version  qui 
serait  d'origine  sialloise-. 

Je  vais  essayer  de  répondre  à  cette  question. 

L'épreuve  de  l'épée  qui  figure  dans  les  deux  versions  du 
Merlin  en  prose  où  Malory  l'a  puisée^  se  trouve  pour  la  pre- 
mière fois  dans  le  Merlin  de  Robert  de  Borron.  On  sait  que 
cet  ouvrage,  écrit  en  vers  au  début  du  xiii^  siècle,  est  perdu 
quasi  en  entier  3.  Sa  mise  en  prose,  effectuée  peut-être  par  Ro- 
bert lui-même,  n'existe  plus  à  l'état  séparé.  Nous  ne  la  con- 
naissons qu'incorporée  aux  deux  suites  qui  lui  furent  données. 
Or,  dans  aucune  de  celles-ci,  ni  dans  le  Merlin-Hutli^,  ni  dans 
la  Vulgate  5,  il  n'est  question  de  Dubrice  et  de  Kaer-Iudeu. 


I.  Voy.  Revue  Celtique,  XII,  1891,  281-2S2.  Avant  que  le  t.  II  des 
Heiigivrt  MSS.  n'eut  été  édité,  M.  Jones  avait  communiqué  un  extrait  de 
VHistoire  de  t'Imite  bénite  à  M.  Oskar  Sommer  qui  l'imprima  dans  sa  belle 
édition  de  Malory  au  t.  III  (lequel  traite  des  sources  de  Le  Morte  d'Art1)ur 
(Londres,  Nutt,  1891,  in-4).  M.  Sommer  ajoute  (p.  30  en  note):  «  This 
«  is  a  very  cuiious  text  obviously  connected  with  the  «  Queste  del  Saint 
«  Graal  »  but  containing  matter  that  may  possibly  be  older  than  the  ver- 
«  sion  in  the  hitherto  known  texts  of  that  romance.  The  account  of  Nas- 
«  ciens'  (Seraphes')  shield,  is  différent  from  that  in  the  Vulgate-Qj-icst  (com- 
«  pare  the  «  Lancelot  >^),  and  seems  influenced  by  the  account  Nennius  gives 
«  of  Arthur's  shield.  The  text  is  either  a  Welsh  adaptation  of  the  Mertiii, 
«  now  lost,  or  of  a  now  lost  French  version  of  that  romance.  The  form 
«  Bredyr  for  Peredur  is  unusual;  also  Nasciens'  relationship  to  Peredur. 
«  Nasciens  in  some  versions  of  the  Q.uest  is  Galahad's  uncle.  »  Nous  dis- 
cuterons plus  loin  cette  note. 

2  J'interprète  la  pensée  de  M.  Jones,  laquelle  n'est  pas  des  plus  claires. 
Sur  l'absence  de  méthode  de  cet  éditeur,  vov.  G.  Paris  dans  Revu:  Celtique, 

XIV,  1893,  338-341. 

3.  G.  Paris  et  Jacob  Ulrich,  Merlin,  roman  en  prose  du  XLII^  siècle  ... 
d'après  te  nis.  appartenant  à  M.  Alfred  Hnth,  Paris,  1886  {lis.  1888),  2  vol. 
in-8  (Société  des  ancicjis  textes  franç.us).  Voy.  V Introduction  en  tête  du  t.  Jer. 

4.  Il  est  commode  de  désigner  ainsi  la  version  publiée  par  MM.  G.  Paris 
et  Ulrich.  Cf.  note  précédente. 

5  .  G.  Paris  désigne  ainsi  la  version  la  plus  répandue  du  Merlin.  Elle  a 
eu  les  honneurs  d'une  belle  édition  due  aux  soins  éclairés  de  M.   Oskar 


VÉprcuvc  de  Pcpée.  j 

L'«  archevesque  »  est  anonyme.  L'épreuve  de  l'épée  et  le  cou- 
ronnement ont  lieu  à  Logres  pris  pour  un  nom  de  ville  dans 
le  Merlin-Huth  ^  La  Vulgate  donne  tantôt  Logres,  tantôt 
Londres-.  Malory  qui  a  consulté  les  deux  versions  pour  com- 
poser sa  compilation,  opte  pour  cette  dernière  ville,  et  observe 
en  homme  scrupuleux  que  le  livre  français  ne  dit  pas  si  la 
scène  eut  lieu  à  Saint-Paul  ou  dans  une  autre  église  de 
Londres?.  «  Soo  in  the  grettest  chirch  of  London,  whether  it 
were  Powlis  or  not,  the  frensshe  booke  maketh  no  mencyon.  » 
Il  paraîtrait  donc  tentant  d'admettre  que  V Histoire  de  l'huile 
bénite  nous  a  conservé  une  version  plus  antique  que  les  ro- 
mans français  et  anglais,  version  dans  laquelle  figurait  Dubrice 
et  où  la  scène  se  passait  à  Kaer-Iudeu,  ville  dont  nous  allons 
reparler  bientôt.  Je  crois  cependant  qu'il  fliut  renoncer  à  cette 
idée.  Tout  d'abord  cette  ridicule-^  histoire  de  l'huile  bénite  n'a 
rien  d'antique  en  son  ensemble.  Le  dernier  chapitre  où  il  est 
question  de  la  dixième  année  de  Henri  III  montre  qu'elle  a  été 
écrite  après  1226.  Le  mot  Picardie  qui  s'y  trouve  au  §  5  oblige 
à  en  abaisser  la  date  jusqu'au  milieu  ou  même  la  fin  du 
xiii^  siècle  5.  En  outre,  le  texte  débute  en  nous  parlant  de  Nas- 
ciens  «  cousin  de  Bredyr  ap  Efrog  »  le  premier  des  chevaliers 
de  la  Table  Ronde  «  depuis  que  Merlin  l'établit  sous  Uther  Pen- 
dragon  jusqu'à  l'époque  d'Arthur  ».  Ce  début  est  emprunté, 
ou  pour  mieux  dire,  traduit  d'un  passage  de  la  Vulgate  de  la 
suite  du  Merlin.  «  Mais  sour  tous  les  autres  le  fist  bien  vns 
«  damoisiaus  (Nasciens)  dont  li  contes  doit  moult  parler,  car 
«  il  ne  £ut  mie  a  trespasser,  ains  fiit  moult  bien  a  remen- 
«  teuoir  dont  il  fu  et  comment  ilôt  nom.  Car  che  fu  .j.  des 
«  millors  cheualiers  qui  onques  fust  al  tans  le  roy  Vterpan- 
«  dragon  ne  al  tans  le  roy  Artu   tant  comme  il  pot  mener 


Sommer  :  Le  roman  de  Merlin  or  tJic  early  Jiislory  of  King  Arttmr.  Londres, 
1894  (privately  printed  for  subscribers),  un  vol.  in-4. 

1.  Voy,  éd.  G.  Paris  et  Ulrich,  p.  135-146. 

2.  Logres,  p.  85,  87,  91  (éd.  Sommer);  Londres,  p.  85. 
\.   Le  Morte  DartJiiir,  1.  I,  chap.  m,  éd.  Sommer,  p.  40. 
4.   Cf.  G.  Paris  dans  Revue  Celtique,  XIV,  341,  note  2. 

) .  Il  suffit  de  consulter  le  Glossaire  de  Du  Gange  pour  s'assurer  que  les 
noms  de  Picard  et  Picardie  n'apparaissent  dans  aucun  texte  antérieur  à 
l'année  1 200.  Ils  ne  commencent  à  être  usités  que  vers  le  milieu  du  xiiie  siècle. 


4  F.   Loi. 

«  cheualcrie.  Li  conte  des  estoires  dient  qu'il  fu  cousins  ger- 
ce mains  Parcheual  le  Galois  de  par  sa  meire,  etc.^  ».  Il  y  a 
donc  quasi  certitude  que  l'histoire  de  l'épée  lui  a  été  également 
empruntée,  mais  peut-être  avec  une  modification  personnelle  : 
l'archevêque  est  identifié  au  célèbre  saint  gallois,  Dubrice 
(Dyfrig)  et  la  scène  placée  à  Kaer-Iudeu. 

Nous  pouvons  aller  plus  loin  et  affirmer  un  emprunt  textuel  : 
dans  un  manuscrit  qui  contient  la  Vulgate,  le  fr.  337  de  la 
Bibl.  Nationale,  je  vois  au  fol.  i  recto  2^  col.,  //  arceuesches 
Dubrice^.  Ce  n'est  pas  tout:  la  traduction  du  Merlin  en  vers 
anglais  (xiv^  siècle)  nous  parle  du  couronnement  d'Arthur  par 
l'évêque  Brice  (pe  holy  hischop  pat  hiit  Bricc)  3  où  il  n'est  pas 
difficile  de  reconnaître  notre  Dubrice.  Enfin,  dans  la  Vulgate 
elle-même,  il  n'est  pas  malaisé  de  le  découvrir  dans  la  phrase 
suivante,  au  commencement  de  la  suite  du  Merlin  :  «  Et  Mer- 
lins  li  dist  qu'il  die  au  roy  qu'il  amaint  en  sa  compaignie  Var- 
ceiiesque  de  hrite  et  l'arceuesque  de  Logres,  et  cil  respont  qu'il 
li  dira  uolentiers.  »  Et  quelques  lignes  plus  bas  :  «  Atant  s'en 
vint  li  rois  Artus  et  li  arceuesques  de  brice  et  antor,  etc.  4  ». 
Cet  archevêque  de  brite  ou  de  brice  est  évidemment  Dubrice. 

L'archevêque  était  donc  nommé  dans  la  continuation  du 
Merlin  dite  la  Vulgate,  connue  de  l'auteur  de  l'Histoire  de 
l'huile  bénite,  nous  l'avons  vu  plus  haut,  ou  même  dans  le 
Merlin  de  Robert  de  Barron,  sa  source  >.  Ni  l'un  ni  l'autre  n'a 


1.  Sommer,  Merlin,  p.  236-237.  Sur  la  forme  Brt'Jvr  pour  Pcredur  (Per- 
ceval),  voy.  plus  haut  p.  2,  note  i. 

2.  Cette  version  de  la  Vulgate,  intitulée  dans  le  ms.  le  Livre  d' Artus,  est 
inédite,  mais  elle  a  fait  l'objet  dune  copieuse  anal3-se  de  M.  Freymond  dans 
la  Zeitschrift  fïir fraii^ûsischeSprache,  XVII  (1895),  p.  21-128. 

3.  Voy.  Arlhoiir  and  Merlin,  éd.  par  E.  Koelbing.  Leipzig,  189O, 
vers  2757,  2783,  2986,  31 II  (Altenglische  Bibliothek,  vol.  IV).  Dans  le 
Merlin  anglais  en  prose  qui  traduit  le  Vulgate,  l'archevêque  n'est  pas  nommé 
et  la  scène  se  passe  à  Logres.  Voy.  l'éd.  Wheatley  (Early  English  text  So- 
ciety, vol.  10  et  36). 

4.  Éd.  Sommer,  p.  94. 

5.  Le  ms.  fr.  337  où  se  trouve  justement  Dubrice  ne  contient  pas  le 
Metlin  de  Robert  de  Borron.  Par  une  anomalie  il  commence  avec  la  snile 
(Vulgate).  Mais  le  passage  où  est  nommé  Dubrice  fliit  allusion  au  couron- 
nement d'Arthur  par  cet  archevêque.  Or  ce  couronnement  fait  partie  de 
l'œuvre  de  Robert  qu'il  termine.  Il  y  a  donc  tout  lieu  de  croire  que  dans  le 
Merlin  de  Robert,  perdu  à  l'état  isolé,  l'archevêque  était  nommé. 


L'P.prciire  de  l'épce.  5 

t'Li  la  peine  d'aller  chercher  ce  personnage  dans  des  traditions 
populaires  galloises  ou  la  vie  de  ce  saint.  Il  a  été  tout  bonne- 
ment emprunté  à  Gaufrei  de  Monmouth  qui,  au  chapitre  pre- 
mier du  livre  IX,  foit  couronner  Arthur  à  Cilcestria  [?]  par  Du- 
hriciiis,  archevêque  de  Caerléon  '.  L'auteur  de  V Huile  bénite 
n'a  donc  eu  recours  à  aucune  source  celtique  pour  son  Diibri- 
ciiis.  Il  s'est  borné  à  lire  le  Merlin,  la  Vulgate.  Et  s'il  prétend 
que  la  couronne  et  l'épée  furent  données  à  Arthur  pour  pro- 
téger les  saints  et  les  chrétiens,  etc.,  il  résume  simplement, 
sans  bien  la  comprendre,  l'allocution  de  l'archevêque  au  jeune 
roi  qui  clôt  le  Merlin  de  Robert  de  Barron  :  «  Artus,  se  tu  es 
«  tels  que  tu  veus  jurer  et  creanter  a  tous  sains  et  a  toutes 
«  saintes,  et  a  sainte  eglize  sauver  sa  droiture  et  a  maintenir 
«  loialté  et  pais  en  terre  et  a  conseillier  tous  desconseilliés  a 
«  ton  pooir,  et  a  maintenir  toutes  droitures  et  toutes  loiautés 
«  et  droite  justice  maintenir,  si  va  avant  et  pren  l'espée  dont 
«  nostre  sires  t'aeslut-.  » 

Reste  Kacr-Iudcii.  Cette  localité  ne  se  trouve  dans  aucun 
texte  arthurien  français  ou  anglais.  L'auteur  de  VHuilc  bcnilc, 
ne  connaissant  pas  comme  ville  «  Logres  »  que  lui  offrait  sa 
source  l'a  remplacé  par  une  autre  localité.  Le  Merlin-Vulgate 
qui  reproduit  d'abord  Logres  de  Robert  de  Barron,  la  rem- 
place par  Londres  T.  Il  n'y  a  donc  aucune  raison  de  croire  que 
l'Histoire  de  Fbiiile  sainte  nous  représenterait  une  source  indé- 
pendante des  romans  français  en  ce  qui  concerne  l'aventure  de 
l'épée  fichée  dans  le  «  perron  »  et  le  couronnement  d'Arthur  ■+, 

1.  Éd.  San-Marte,  p.  121.  Gaufrei  de  Monmouth  a  tiré  Duhrichis  de  la 
Viede  ce  saint  écrite  vers  le  début  du  xii^  siècle  et  contenue  dans  le  Booh  of 
Ltanddv,  éd.  Gw.  Evans,  p.  78-86.  On  a  prétendu  même  que  Gaufrei  avait 
composé  ce  Booh oj Liandâv ,  mais  c'est  une  erreur.  Voy.  J.  Loth  dans  Revue 
Celtique,  XV,  1894,  101-104.  Gaufrei  a  du  reste  altéré  de  parti  pris  les  ren- 
seignements que  lui  fournissait  l'hagiographesurl'a  archevêché  »  de  Dubrice. 
Il  l'afait  arclievêque  de  Caerlion  et  il  fait  prophétiser  que  le  siège  tnétropo- 
litain  psasera  à  Mynyw  (Saint-David)  au  lieu  de  Liandâv. 

2.  Éd.  Sommer,  p.  92;  éd.  G.  Paris,  p.  146.  La  comparaison  de  ces 
deux  textes  achève  de  montrer  que  l'auteur  de  VHuite  h'uitcacu  la  Vulgate 
sous   lesyeux. 

3.  Voy.  plus  haut  p.  3,  note  2. 

4.  Je  ne  crois  pas  davantage  à  une  source  indépendante  au  sujet  de  «  Xas- 
cicns,  ermite  à  la  Chapelle  Périlleuse  ou  l'Ile  de  Verre  (Yuys  IVyddrin)  », 
c'est-à-dire  à  Glastonbury  (cf.  plus  haut,  p.  2,  n.  i).  L'auteur  a  emprunté 


6  F.  Lot. 

L'inventeur  de  cette  aventure,  jusqu'à  plus  ample  informer, 
reste  Robert  de  Borron,  Cette  légende,  comme  l'a  foit  remar- 
quer M.  G.  Paris',  n'est  pas  spécifiquement  celtique  et  se  re- 
trouve un  peu  partout,  et  il  serait  sans  doute  focile  à  un  folk- 
loriste  d'augmenter  la  liste  des  exemples  donnés  par  ce  savant. 
Néanmoins  la  mention  de  Kaer-Iitdcii  dans  V Huile  bénite  est 
loin  d'être  sans  intérêt.  On  ne  sait,  il  est  vrai,  exactement 
pour  quelle  raison,  l'auteur  l'a  substitué  à  Logres.  Mais  ce  tait 
même  prouve  la  célébrité  de  cette  localité  en  Galles  encore  aux 
xiii^-xiv^  siècles.  Or,  Kaer-Iuâeii  a  joué  certainement  un  rôle 
dans  les  traditions  épiques  des  Gallois  dès  le  vu*  siècle.  Cette 
localité,  on  le  sait  aujourd'hui,  n'est  autre  que  Vm-hs  Giudi  de 
Bède^,  située  dans  une  île  du  Firth  of  Forth  qu'on  identifie 
avec  Inchkeith,  vers  Carriden3.  Les  Irlandais  connaissaient 
cette  ville,  puisqu'ils  appelaient  le  Firth  of  Forth  muirn  Giudan 
«  mer  de  Giudan  +.  »  On  a  ingénieusement  conjecturé  >  que 
ce  nom  était  celui  des  Jutes  qui  se  sont  établis  avec  les  Angles 
au  nord  de  l'Humber  jusqu'au  Forth.  Au  vu'-'  siècle  cette  loca- 
lité était  au  pouvoir  des  rois  de  Northumberland.  Les  rois 
bretons  de  Strathclyde  et  de  Galles,  alliés  au  roi  païen  de 
Mercie,  Penda,  essayèrent  de  s'en  emparer.  Le  roi  de  Nor- 
thumbrie,  Oswiu,  racheta  sa  ville,  essaya  d'apaiser  Penda  en 


Termite  Nascien  à  la  Vulgate  de  Merlin  (éd.  Sommer,  240,  342,  etc.)  et 
surtout  au  Laiicetot  fondu  avec  la  Oticste  du  Saint  Graal  (éd.  Furnivall,  ii> 
16,  28,  119,  158,  149,  186).  La  Chapelle  périlleuse  est  sans  rapport  avec 
Nascien.  Il  y  a  peut-être  eu  confusion  entre  la  chapelle  où  il  vit  en  ermite 
et  la  Ctiapctle  pcrittciise,  épisode  des  aventures  de  Lancelot  dans  une  partie 
perdue  en  français  mais  qu'on  retrouve  dans  Malory  (éd.  Sommer,  I, 
p.  205-206  ;  cf.  III,  272-278).  L'île  de  Verre  (=  Glastonbury),  la  croix  d'or 
et  le  bouclier  d'Arthur  sont  plutôt  suggérées  par  la  lecture  de  Guillaume  de 
xMalmesbury  et  de  Giraud  de  Barry  (Voy.  Romauia,  XXVII,  531  sq.;  XXVIII, 
15,  note  i)  que  par  Nennius  comme  le  suppose  M.  Sommer  (cf.  p.  2,  n.  1). 

1 .  Dans  son  Introd.  au  Merlin-Huth,  p.  xix-xx. 

2.  Bède,  Hist.  eccles.  gcntis  Augtonim,  1.  I,  c.  12  :  <f  orientalis  (sinus) 
habet  in  niedio  sui  urbem  Giudi  ;  occidentalis  supra  se,  hoc  est  ad  dexteram 
sui,  habet  urbem  Alcluith,  quod  lingua  eoruni  significat  petram  Cliuth 
(Diiiiibartoii).  Est  emm  juxta  fluviumnominis  illius.  »  Ed.  Plunmier,  I,  25-26. 

5.  Voy.  Plummer,  II,  24,  182  ;  Skene,  Four  anciciit  books  of  n'haïes,  I, 
88-95;  John  Rliys,  Cellic  Biilain  (Londœs,  1884,  i  vol.  in-12),  p.  151. 

4,  William  Reeves,  On  Ihc  Ccte-dc,  commonly  catlcd  tlie  Cnldccs,  p.  124 
(Transiiitions  de  l'Académie  d'Irlande,  année  1860). 

5.  Skene,  Four  ancicnt  books  of  Wales,  I,  92-93. 


UËpreuve  de  répce.  7 

lui  otFnmt  de  riches  présents,  mais  en  vain.  Une  coalition  for- 
midable se  noua  contre  le  Northumberland.  Oswiu  n'en  fut 
pas  moins  vainqueur  à  Winwaed,  in  campo  Gai  ^  peu  après. 
Le  roi  de  Mercie  et  les  chefs  bretons  furent  tous  tués  (655). 

Le  récit  de  Bède  concorde  très  bien  en  son  ensemble  avec 
le  chap.  64  de  VHistoria  Brittoniini.  Voici  en  effet  ce  que  dit  le 
moine  anon3'me  qui,  vers  679,  composa  une  petite  histoire  des 
princes  de  Northumberland  et  des  Bretons: 

«  Osguid,  filius  Eadlfrid  regnavit  viginti  octo  annis  et  sex 
<(  mtnsibus.  Dum  ipse  regnabat  venit  mortalitas  hominum, 
«  Catgualart  régnante  apud  Brittones  post  patrem  suum,  et  in 
«  ea  periit  (Catgualart).  Et  ipse  (Osguid)  occidit  Pantha  in 
«  campo  Gai  et  nunc  facta  est  strages  Gai  campi,  et  reges  Brit- 
«  tonum  intertecti  sunt  qui  exierant  cum  rege  Pantha  in  expe- 
«  ditione  usque  ad  urbem  qua;  vocatur  ludeu.  Ecgfrid  filius 
«  Osbiu  regnavit  novem  annis.  » 

Cette  dernière  phrase  clôt  l'histoire  de  l'anonvme  de  679  ^ 
Mais  entre  cette  phrase  et  la  précédente  (usque  ad  urbem  quae 
vocatur  ludeu),  on  trouve  dans  tous  les  manuscrits  de  Nennius 
le  paragraphe  suivant,  visiblement  interpolé  : 

«  Tune  reddidit  Osguid  omnes  divitias  quae  erant  cum  eo 
«  in  urbe  usque  in  manu  Pendae,  et  Penda'  distribuit  ea  re- 
«  gibus  Brittonum,  id  est  Abret  Judeii.  Solus  autem  Catgabail, 
«  rex  Guenedotae  regionis,  cum  exercitu  suo  evasit  de  nocte 
«  consurgens.  Quaproptcr  vocatusest  Catgabail Catguoniiiied^.  » 

L'auteur  de  cette  addition  est  Nennius.  C'était  un  Gallois 


1 .  La  slrages  Gaî  cainpl  de  l'anonyme  de  679  correspond  à  la  bataille 
prope  fltiviiiin  Uinnaed  de  Bède,  1.  III,  c.  24  (éd.  Plummer,  I.  178).  Voy. 
Skene,  I,  88-89;  Rhys,  Cellic  Britain,  133  ;  et  Plummer,  II,  185.  Les  An- 
nales Cainhiiae  mettent  en  656  la  Strages  Gaii  campi  et  l'année  suivante  la 
mort  de  Pantha  (Voy.  éd.  Phillimore  dansj'  Cymnirodor,  IX,  158).  La  date 
de  655  fondée  sur  un  passage  de  Bcde  doit  sans  doute  être  préférée. 

2.  Voy.  Zimmer,  Nennius  Viiidicatns  (Berlin,  Weidmann,  1893,  un  vol. 
in-8),  p.  93-105.  Cf.  un  article  de  Thurneysen  analysé  par  nous  dans  le 
Moyen-Age,  1896,  p.  1-13  et  23-32.  Cet  anonyme  me  parait  décidément  un 
Breton  du  Nord,  mais  un  sujet  des  rois  de  Norlhumbrie. 

3 .  Remarquer  la  forme  Feiula  dans  ce  passage  dû  à  Nennius.  L'anonvme 
de  679  et  les  Annales  Cauihriae  (Voy.  note  i)  disent  Pantha. 

4.  Nennius,  ^  6,  éd.  Mommsen,  p.  208  (Mon.Gerni.,  and.  antiqnisshni, 
t.  XIII). 


8  F.  Lot. 

de  Nord-Galles  ^  (Gwynedd).  La  mention  de  Vurbs  Judcit  et  de 
la  défaite  de  Gai  campus  où  avait  figuré  le  roi  Cadwael  (Cat- 
gabail)  l'intéressait  à  ce  titre,  et  il  a  saisi  l'occasion  d'ajouter 
ces  quelques  lignes.  D'où  les  tirait-il?  D'une  source  écrite? 
Evidemment  non,  puisqu'il  n'avait  que  la  petite  histoire  de 
679  à  sa"  disposition.  Sa  source  est  visiblement  un  récit  épique. 
La  distribution  des  richesses,  la  fuite  pendant  la  nuit,  le  sur- 
nom même  de  Catgiiommed  «  qui  esquive  la  lutte  »-,  tout  cela 
a  une  allure  légendaire.  Nennius  a  pris  soin  du  reste  de  nous 
dire  comment  ce  3  poème  ou  ce  récit  était  intitulé.  Il  s'appelait 
Atbrct  Iiidcii,  ce  qui  signifie  «  rançon  de  ludeu  »  (adfryd  Iiideii 
en  moyen  gallois)  4.  Ce  poème  avait  conservé  le  souvenir  d'un 
fait  historique  :  Bède  nous  est  garant  que  pour  éviter  la  guerre, 
Oswiu  avait  offert  de  grandes  richesses  à  Penda'. 

Ainsi  dans  le  premier  quart  du  ix^  siècle,  époque  où  a  vécu 
Nennius  6,  les  Gallois,  du  moins   ceux  de  Gwynedd,  avaient 

1 .  Zimmer  qui  démontre  que  le  «  Redaktor  »  de  cette  compilatioii  est  de 
Nord-Galles  (Nennius  Vindicatus,  p.  51)  ne  veut  pas  qu'il  soit  identique  à 
Nennius  (p.  52).  C.  Boser  a  démontré  que  cette  seconde  assertion  était  in- 
soutenable (Roniania,  XXIII,  439).  Cf.  nos  comptes  rendus  des  travaux  de 
Zimmer  et  Thurneysen  sur  Nennius  dans  le  Moyen- Age,  années  1894,  1895 
et  1896. 

2.  Du  gallois  cad  «  bataille  »  ut  gonnnedd  «  refuser  ». 

3 .  Ou  ces  poèmes,  car  il  est  possible  qu'il  y  en  eut  plusieurs,  l'un  sur 
la  rançon  de  ludeu,  l'autre  sur  la  fuite  de  Cadwael. 

4.  On  traduit  aussi  adfryd  par  «  restauration  »,  mais  ce  sens  ne  s'adapte 
pas  au  contexte. 

5.  Bède,  1.  III,  c.  24  :  «  His  temporibus  rex  Osuiu,  cum  acerbas  atque 
«  intolerabiles  pateretur  irruptiones  saepe  dicti  régis  Merciorum  (Penda), 
«  qui  fratrem  ejus  occiderat,  ad  ultimum,  necessitate  cogente,  promisit  se  ei 
«  innumera  et  majora  quam  credi  potest  ornamenta  regia  vel  donaria  in 
(C  pretium  pacis  largiturum,  dummodo  ille  domum  rediret  et  provincias 
«  regni  ejus  usque  ad  internicionem  vastare  desineret.  Cumque  rex  perfidus 
«  nuUatenus  precibus  illius  assensum  praeberet,  qui  totam  ejus  gentem  a 
«  parvo  usque  ad  magnum  delere  atque  exterminare  decreverat,  respexit 
«  ille  ad  divinae  auxilium  pietatis,  etc.  »  (Suit  le  récit  de  la  bataille  de  Win- 
vaëd).  Vov.  éd.  Plummer,  I,  177  (Oxford,  Clarendon  Press,  1896,  pet. 
in-8).  Q.iioiqu'on  en  ait  dit,  ce  récit  concorde  exactement  avec  celui  de 
l'anonyme  de  679  et  Nennius.  Bède  ne  dit  pas  que  Penda  a  refusé  les  pré- 
sents ;  niais  ce  perfide  n'en  a  pas  moins  continué  à  dévaster  la  Northumbrie. 
Des  deux  royaumes  composant  leNorthumberland,  Bernicie  ctDcira,  Oswiu 
commandait  le  premier,  c'est  dire  que  Vurbs  Giudi  faisait  bien  partie  de  ses 
États.  Florence  de  Worcester  rapporte,  du  reste,  que  Penda  envahit  la  Ber- 
nière. 

6.  Vov.  dans  le  Moyen-Age,  année  1896,  p.  31-32. 


L'Épreuve  de  l'cpce.  9 

des  poèmes  ou  des  récits  épiques  sur  l'expédition  dirigée  contre 
Kaer-Indeu  environ  deux  siècles  auparavant.  Il  est  fait  allusion 
à  cette  ville,  non  pas  dans  les  poèmes  de  Taliessin  comme  on 
l'a  cru  ',  mais  dans  un  passage  d'Aneurin  ^.  Sa  mention  dans 
V Histoire  de  l'huile  bénite  montre  enfin  que  le  nom  de  cette  cité 
n'était  pas  encore  oublié  en  Galles  aux  xiir-xiV-'  siècle,  alors 
qu'elle  avait  disparu  sans  doute  depuis  des  siècles.  C'est  là  le 
seul  mérite  de  cette  composition,  au  reste  parfliitcment  inepte. 

Ferdinand  Lot. 

1.  Skene  suppose  {Four  ancient  booh  of  JVales,  II,  404,  408,  411)  que 
Caer-Sidi  et  h\  splendide  cité  de  la  mer  décrites  dans  trois  des  poèmes  attri- 
bués à  Taliessin  (ibid.,  II,  155,  1.  8;  168-169;  181,  1.  10)  n'est  autre  que 
ïiirJ^s  Iiideii.  Il  ne  s'aperçoit  pas  que  Caer  Sidl  est  une  cité  mythique  du  pays 
des  Morts  et  que  deux  (uu  moins)  sur  ces  trois  poèmes  décrivent  des  contrées 
surnaturelles.  CaerSidi  o  la  ville  qui  tourne  »,  c'est  File  entourée  d'un  rem- 
part de  feu  tournant  qu'aperçut  l'Irlandais  Mael-Duin  (voy.  d'Arbois  de  Ju- 
bainville,  Cours  de  titlcrature  cdiiqiie,  V,  493)  ;  c'est  Vlttc  tournoiant  de  la 
Oitcste  du  Saint  Graat  où  Nasciens  fut  porté  «  vers  le  pais  d'occident  »,  tout 
comme  Mael-Duin  (vov.  l'édition  àehOueste  par  Furnivall,  Londres,  1864, 
in-4,  p.  186).  Nous  essaierons  bientôt  de  montrer  que  l'interprétation  habi- 
tuelle (historique  et  géographique)  est  pour  un  certain  nombre  de  poèmes 
de  Taliessin  (en  particulier  pour  les  Preiddiau  Anmvn)  tout  à  fait  absurde. 

2 .  Le  mérite  de  cette  petite  découverte  revient  à  M.  John  Rhys.  On  trouve 
dans  le  Gododin  ces  trois  vers  dont  Th.  Stephens  a  tenté  une  traduction  dé- 
sespérée (p.  549)  qu'il  est  inutile  de  reproduire  : 

Tra  nierin  iodeo  trileo 

Yg  caat  tri  guaid  (franc)  friadus  leo 

Bribon  a  giioreu  bar  deo 
Selon  M.  Rhys  il  faut  traduire  : 

Over  the  Firtii  of  Iodeo  brave 

In  war  thrice  a  raging  lion 

Bribon  v-rought  the  wrath  of  God. 
Iodeo  c'est  hidcu  de  Nennius,  et  merin  répond  au  latin  marina  que  Du  Cange 
interprète  «  aestus  maris  turgidior  ».  «  Accordingly  I  regard  Mt/k  Iodeo 
as  meaning  the  Firth  of  Forth  »  {Arctmeologia  Cawhrensis,  5e  série,  vol.  VI, 
1889,  p.  231).  Cette  conjecture  deM.  Rhys  est  transformée  en  certitude  par 
ce  passage  de  la  Vie  de  saint  Kenlic;ern  par  Jocelyn,  qui  luia  échappé:  «  .\r- 
ripiens  (Kentigernus)  iter  ad  Frisicum  litus  pervenit,  ubi  fluvius,  Maltena 
vocabulo,  alveum  suum  ex  reumate  maris  influente  excedens  omnem  trans- 
eundi  spem  ademit.  »  Voy.  Pinkerton's,  Vitae  autiquaesanctorinn  ...Scoliae, 
éd.  Metcalfe  (Paisley,  1889,  2  vol.  in-8),  II,  19.  —  Le  Frisicum  titus  c'est 
le  Firth.  Le  flirvius  Mallena  vocabuto  s'entend  du  Forth.  Bcdc  écrit  >nali7m 
(de  mit.  rcrum,  1.  I,  c.  29).  Et  il  est  bien  difficile  de  séparer  ce  mot  de  ma- 
rina. Il  est  évident  que  le  merin  brittonique  provient  de  marina.  C'est  un 
emprunt  latin  qui  a  échappé  à  M.  J.  Loth.  Ce  mot  s'est  entendu  d'un  es- 
tuaire. En  français  (marine)  il  désigne  même  la  haute  mer.  La  merin  Iodeo 
((  marine  de  ludeu  »  correspond  donc  au  muirn  Giudan  des  Irlandais. 


LE    CALENDRIER   CELTIQUE    DE    COLIGNY 

Deuxième  article. 


Dans  une  note  datée  du  26  février  1898,  communiquée  à 
l'Académie  des  Inscriptions  le  i'""  avril  et  publiée  dans  la  Revue 
Celliqiie  (t.  XIX,  p.  213)  j'essayais,  le  premier,  de  résoudre 
quelques-uns  des  nombreux  problèmes  soulevés  par  la  publi- 
cation du  Calendrier.  J'y  avais  établi  l'ordre  des  mois,  la  place 
du  mois  intercalaire  et  j'avais  ébauché  un  lexique  des  prin- 
cipaux mots  du  calendrier.  Depuis  lors,  de  nombreux  savants 
ont  entrepris  l'étude  de  notre  texte.  Tour  à  tour,  MM.  Dissard, 
Omont,  Thiers,  Loth,  Nicholson,  Espérandieu,  feu  Auguste 
Allmer,  Thurneysen,  etc.,  se  sont  attaqués  à  notre  monument. 
Le  résultat  de  ces  recherches  est  satisfaisant  :  la  reconstitution 
Dialérielle  paraît  définitive  ;  la  restitution  astronomique  est  déjà 
moins  hypothétique;  quant  à  V  interprétât  ion  linguistique,  elle 
commence  à  peine  à  se  dégager  des  ténèbres,  mais  de  nom- 
breuses remarques  utiles  ont  déjà  étéfaites  sur  le  texte  de  l'ins- 
cription. 

Je  me  propose  ici  de  passer  en  revue  toutes  les  publications 
auxquelles  le  Calendrier  a  donné  lieu. 

I.  Le  17  décembre  1897,  M.  Héron  de  Villkfosse  commu- 
niquait à  l'Académie  des  Inscriptions  une  note  de  M.  Dissard^ 
dont  voici  les  principaux  passages  : 


I .  Cette  note  parut  simultanément  dans  les  journaux  le  Temps,  les 
Débats  et  l^^  Journal  officiel,  et  fut  publiée  ensuite  dans  les  Comptes  leudus  de 
l'Académie  des  Inscriptions,  1897,  t.  XXV,  p.  703. 


Le  Calendrier  cellujue  de  Coligny.  1 1 

Un  cultivateur  du  hûJiicaii  de  CJjannoux,  en  minant  une  terre 
nonnnce  Verpois  située  à  peu  de  distance  de  la  route  nationale  de 
Lxon  à  Strasbourg,  [sur  le  territoire  de  la  commune  de  Co- 
limiy]  près  des  confins  des  départements  de  l'Ain  ci  du  Jura  et  non 
loin  des  restes  d'une,  voie  romaine,  a  trouvés  enfouis  à  environ 
trente  centimètres  du  sol  les  débris  d'une  niagniji que  statue  de  bronze, 
renwntant  à  V époque  gallo-romaine...  En  même  temps  que  les  restes 
de  la  statue  on  recueillait  les  fragments  de  deux  grandes  tables  de 
bron:^e... 

M.  Dissard  reconnut  que  le  texte  des  inscriptions  gravées 
sur  ces  tables  était  un  calendrier  lunaire  et  il  acheta  l'ensemble 
de  la  découverte  pour  le  musée  de  Lyon. 

II.  Le  29  décembre  1897^  ^^-  '^^  ^'ILLEFOSSE  communiqua  à 
l'Académie,  au  nom  de  M.  Dissard,  le  texte  du  Calendrier. 
L'Académie  décida  la  reproduction  et  la  publication  dans  ses 
Comptes  rendus  des  dessins  de  x\L  Dissard  ^ 

III.  Cependant,  le  même  jour,  M.  de  Villefosse  avait  an- 
noncé à  la  Société  des  Antiquaires  de  France  la  découverte  du 
Calendrier-,  dont  le  texte  a  été  publié  d'après  les  dessins  de 
M.  Dissard  avec  une  courte  note  de  M.  Omo\t5,  donnant  la 
liste  des  noms  de  mois  contenus  dans  le  calendrier,  mais  ne  les 
donnant  dans  aucun  ordre. 

IV.  Le  14  janvier,  iM.  de  Villefosse  communiqua  à  l'Aca- 
démie une  note  de  M.  Bûche  sur  la  statue  trouvée  avec  le  Ca- 
lendrier, statue  qui  serait  celle  non  d'Apollon,  mais  de  Mars  4. 

V.  Puis  vient  la  note  publiée  par  moi  dans  cette  Revue 
(26  février). 


1.  Comptes  rendus,  1897,  t.  XXV,  p.  730,  avec  six  planches  lithogra- 
pliiques,  in-4.  —  Le  texte  du  monument  y  est  reproduit  en  demi-grandeur  : 
les  dessins  du  bronze  exécutés,  autant  qu'on  peut  en  juger,  avec  autant  de 
science  épigraphique  que  d'exactitude  matérielle,  sont  dus  à  la  plume  habile 
de  M.  Dissard. 

2.  Bidtelin  des  Antiquaires,  1897,  p.  410. 

3.  Butletin  des  Antiquaires,  1897,  P-  4i5- 

4.  Comptes  rendus  de  TAead.  des  inscr.,  1898,  t.  XXM,  p. 


I  2  Siymour  de  Ricci. 

VI.  Le  2  mars,  M.  de  Villkfosse  communiquait  à  la  So- 
ciété des  Antiquaires  un  mémoire  de  M.  Dissard  sur  le  Ca- 
lendrier '. 

VIL  Dans  la  séance  du  25  mars  1898,  M.  Héron'  de  Vil- 
LEFOSSE  communiquait  à  l'Académie  deux  notes,  l'une  de 
M.  Dissard,  l'autre  de  M,  Frédéric-Paul  Thiers,  de  Nar- 
bonne^. 

La  note  de  M.  Dissard  est  avant  tout  une  étude  matérielle 
du  Calendrier  :  elle  donne  d'abord  quelques  nouveaux  rensei- 
gnements sur  la  découverte  de  notre  monument  : 

«  [il]  ctiiit  ciifoiti  à  o"\]o  du  sol  dans  une  excavation  donl  la 
forme  spéciale  a  suggéré  l'idée  que  tous  les  fragments  avaient  été  au 
préalable  réunis  dans  une  espèce  de  panier  en  forme  de  hotte.  Le 
nombre  des  fragments  d'inscriplion  était  de  1^%  se  répartissant 
ainsi  : 

Avec  inscriptions 121 

Anépigraphes S 

Bordures  moulurées 20 

Trompé  par  les  apparences,  M.  Dissard  crut  pouvoir  établir 
que  le  Calendrier  était  composé  de  deux  tables  ;  cette  indi- 
cation inexacte  empêcha  pendant  longtemps  de  reconstituer 
exactement  le  Calendrier.  M.  Dissard  nous  apprend  dans  sa 
note  que  les  vingt  morceaux  de  bordure  ont  ensemble  une 
longueur  de  2'",  10. 

L'étude  paléographique  du  texte  de  l'inscription  a  amené 
M.  Dissard  à  faire  les  remarques  suivantes  : 

A  barre  transversale  omise  ou  inclinée  de  droite  à  gauche. 

C  difficile  à  distinguer  du  G. 

E  souvent  à  traverses  inclinées  de  droite  à  gauche. 

I  souvent  plus  grand  et  dépassant  la  ligne. 

1.  Biitlctiii  des  AïUiqiiaircs,  1898,  p.  150. 

2.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  iiiscr.,  1898,  t.  XXVI,  prc;unbulc  de 
M.  de  Villefosse,  p.  161  et  162;  note  de  M.  Dissard  (addilfoiis et  corrections 
au  texte  de  l'inscription  gantoise  trouvée  à  Cotigny),  p.  163  à  167  ;  note  de 
M.  Thiers  (note  sur  l'inscription  de  Cotigny),  p.  167  à  180;  Texte  rectifié  du 
Calendrier,  p.  299  à  536. 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  1 5 

L    souvent  h  traverse  tombante. 

O    ovale  dans  les  titres,  circulaire  dans  le  corps  du  texte. 

Q.  queue  allongée. 

T    barre  transversale  inclinée  de  droite  à  gauche. 

Les  lettres  F  H  K  Y  Z  manquent  dans  l'inscription. 

M.  Dissard  a  joint  à  son  article  une  copie  rectifiée  du  Ca- 
lendrier qu'il  a  publiée  en  typographie  :  les  corrections  qu'il 
apporte  à  sa  première  copie  sont  assez  rares,  mais  les  additions 
sont  nombreuses  :  c'est  un  des  meilleurs  textes  du  Calendrier 
qui  ait  encore  été  publié.  Cette  copie  est  suivie  d'un  index  al- 
phabétique de  toutes  les  formes  de  tous  les  mots  qu'on  ren- 
contre dans  le  Calendrier  ;  plusieurs  abréviations  y  sont  expli- 
quées heureusement. 

VIII.  La  note  de  M.  Thiers  contient  un  essai  d'explication 
de  l'inscription  de  Coligny.  Ce  savant,  sans  avoir  eu  connais- 
sance de  mes  recherches,  est  arrivé  au  même  résultat  que  moi- 
sur  la  plupart  des  points  qu'il  a  abordés. 

L'ordre  des  mois,  la  place  des  mois  intercalaires,  ont  été 
déterminés  par  M.  Thiers  avec  beaucoup  d'exactitude;  mais 
où  l'on  ne  peut  approuver  M.  Thiers,  c'est  quand  il  prétend 
que  notre  Calendrier  est  rédigé  selon  le  système  de  Méton. 

IX.  Dans  la  séance  du  i'^''  avril  1898,  M.  d'ARBOis  de  ju- 
BAINVILLE  communiquait  à  l'Académie  : 

1°  Une  analyse  très  courte  de  l'article  que  j'ai  publié  dans  la 
Revue  Celtique  ; 

2°  Une  note  de  M.  Loth,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de 
Rennes.  L'auteur  suppose  que  dans  le  fragment  n.  25  (en  tête 
de  la  8"  colonne)  le  chiftVe  385  indique  des  mois,  car,  dit-il, 
385  lunaisons  font  exactement  31  années.  Et  pour  prouver 
son  assertion,  M.  Loth  se  livre  au  petit  calcul  suivant  : 
29,50  X  385  =  11337,50,  et  11357,50  X  365  —  31,11. 
Vous  ave:^,  ajoute-t-il,  )i  ans  et  une  légère  fraction  qui  dispa- 
raîtrait si  on  ajoutait  à  ^6)  la  fraction  de  jours  nmthéumtiqucs 
(sic).  Faisons  comme  nous  le  conseille  M.  Loth  et  ajoutons  à 
365  la  fraction  de  jours  mathématiques  ;  nous  aurons  alors  : 


14  Seynwur  de  Ricci. 

29>53  X  385  ==  11369.05 
11369,05  :  365,24  =  31,127 

On  voit  donc  que  loin  de  diminuer  la  fraction  a  encore  aug- 
menté :  nous  nous  voyons  donc  forcé  de  rejeter  l'explication 
de  M.  Loth. 

L'auteur  termine  sa  note  par  les  remarques  suivantes,  qui 
paraissent  très  heureuses  et  très  probables  : 

Giamon  rappelle  gaeaf  :^  *giamo-  «  hiver  »  ; 

Ogron,  le  gallois  oer  =  *ogro-s  «  froid  »  ; 

Cantlos,  le  gallois  cath,  irl.  cétal  avec  un  genre  dijférent. 

Il  est  possible  que  sous  ciallos,  il  y  ait  une  sorte  d'exposé  du  Ca- 
lendrier et  que  sonnocingos  se  rapporte  à  la  marche  du  soleil  :  cf. 
irl.  forsunnud. 

X.  Le  22  avril  1898,  iM.  Héron  de  Villefosse  faisait  à 
l'Académie  une  intéressante  communication  ^  M.  Thiers  lui 
avait  signalé  un  fragment  de  bronze  découvert  en  1802  au  lac 
d'Antre,  près  Moirans  (Jura),  et  publié  par  A.-J.  Bruaud  dans 
V Annuaire  de  la  préfecture  du  départenuvit  du  fura  pour  l'an  1S14 
(Lons-le-Saulnier,  18 14,  in-8),  p.  209,  avec  une  gravure. 
Bruand  s'exprimait  ainsi  :  On  a  retiré  du  lac  d'Antre  aussi  en 
1S02  une  portion  d'une  table  ou  plaque  de  cuivre  gravée  ici  dans 
ses  dinwnsions  exactes  (suit  le  fac-similé)  : 

Ce  fragment  appartenait  il  v  a  une  quinzaine  d'années  à 
MM.  Rollin  et  Feuardent,  qui  le  vendirent  à  M.  Fornier,  de 
Rennes.  M.  Alexandre  Bertrand  s'est  adressé  à  M"'^  veuve 
Fornier  pour  obtenir  des  renseignements  sur  ce  petit  objet, 
mais  ses  démarches  sont  restées  infructueuses.  M.  Mowat  a 
donné  l'estampage  qu'il  possédait  à  M.  de  Villefosse.  Voici  ce 
qu'on  lit  sur  ce  fragment  : 


I .    Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.,  1898,  t.  XXVI,  p.  175-176. 
I .    Comptes  rendus  de  VAcad.  des  inscr.,  1898,  t.  XXVI,  p.  256,  et  p.  264 
à  272  Qe  calendrier  du  lac  d'Antre,  tirée  à  part). 


Le  Calendrier  celticjiie  de  Coligny. 
brisé  en  haut 


15 


trou  rond 


^a  D 

^^^^    D 

^^i2^  O 

brisé  en  bas 


M.  de  Villefosse  a  restitué  ce  texte  comme  il  suit 


xi     d 

a  M  B 

xii 

D 

xiii 

«MB 

xiiii 

D 

diverto 

iM  \' 

MOGWO 

i 

D 

A7  .     . 

xii.  . 

X  ///. 

XI  ///. 
XV.    . 


M. 

I.  . 
I  /'. 


M.  de  Villefosse  croit  que  les  Calendriers  de  Coligny  et  du 
lac  d'Antre  «  avaient  un  caractère  sacré  et  que,  conjiés  à  la  garde 
des  prêtres,  ils  étaient  conservés  dans  un  sanctuaire  ou  dans  ses  dé- 
pendances. »  Cette  opinion  semble  d'autant  plus  justifiée  que 
ce  n'est  qu'ainsi  qu'on  peut  expliquer  le  choix  de  la  langue 
dans  laquelle  est  écrite  notre  inscription.  Seuls,  les  prêtres  Sé- 
quanes  se  trouvaient  obligés,  par  des  traditions  religieuses,  de, 
se  servir  de  l'idiome  Séquanien. 

M.  de  Villefosse  réclame  des  fouilles  au  lac  d'Antre,  et,  avant 
tout,  des  recherches  sérieuses  à  Coligny  même  :  «  La  fouille 
du  sieur  Roux  a  été  très  superficielle,  peu  profonde  et  peu  large,  à 
cause  de  la  difficulté  de  s'étendre  sur  la  terre  du  voisin,  fe  sais  aussi 
de  la  façon  la  plus  positive  que  quelques-uns  des  fragnuiits  ont  été 
soustraits.  » 


i6  Seymoiir  de  Ricci. 

XI.  Le  26  mars  1898,  M.  Rh3-s  communiqua  à  M.  Ni- 
CHOLsox,  bibliothécaire  de  la  Bodleian  library  à  Oxford,  la  série 
des  planches  de  M.  Dissard.  Le  25  mai  1898,  M.  Xicholson 
publiait  une  brochure  de  16  pages  intitulée  :  Sequauian  :  first 
slcps  in  tb^  investigation  of  a  nrwly  discovcrcd  ancicnt  Eiiropcan 
language.  London  (Nutt),  1898,  in-8. 

Voici  une  analyse  détaillée  de  cet  article  qui  contient,  au 
milieu  de  beaucoup  de  théories  aventureuses,  un  nombre  consi- 
dérable de  remarques  intéressantes. 

Restitution  astronomique.  —  M.  Nicholson  essaie  tout  d'abord 
de  rétablir  l'ordre  des  mois  de  la  façon  suivante  (inexacte)  : 

Semivisonn(ios),  Equos,  Eknihiv(os) ,  Edrini(os),  CantJos,  Sa- 
inon(ns),  Diiinann(us),  Anagantios,  Riuros,  Oiitios,  Gianwn(us), 
Ogron(iis). 

Entre  Ontios  et  Gianion(us)  il  place  le  mois  intercalaire 
(Ocio)nioni(ius  ?)  ou  Aeantaran  ? 

Trompé  par  le  fragment  n.  4  (r^'  colonne),  M.  Nicholson 
a  cru  que  le  mois  de  Cantlos  avait  tantôt  29  et  tantôt  30  jours. 
Il  a  donc  retrouvé  dans  le  Calendrier  un  cvcle  de  douze  ans, 
comprenant  cinq  années  de  355  jours,  trois  années  de 
356  jours  et  quatre  de  385  jours.  Et,  comme  Pline  l'Ancien 
nous  parle  d'un  siècle  celtique  de  trente  ans,  M.  Nicholson 
remarque  que  deux  cycles  et  demi  de  douze  ans  font  exacte- 
ment trente  ans  :  ce  fait,  en  lui-même,  est  incontestable,  mais 
il  n'a  aucune  valeur  pour  prouver  le  système  de  M.  Nicholson, 
car  Pline  ne  nous  dit  nulle  part  que  le  siècle  gaulois  fût  com- 
posé de  deux  cycles  et  demi. 

Intcrpr'itation  linguistique.  —  Heureusement  que  M.  Ni- 
cholson ne  s'est  pas  attardé  sur  ces  considérations  astrono- 
miques et  qu'il  s'est  lancé  sans  plus  tarder  sur  le  terrain  philo- 
logique, où  il  a  été  mieux  inspiré.  Voici,  réduite  en  tableau 
pour  faciliter  les  recherches,  la  série  des  identifications  et  des 
traductions  qu'il  propose  : 

amb(        )      =  hoth  (lat.  ambo) 

anni(atus)       ■=  bad,  unluchy  (irl.  anmaith ;  gall.  anfad) 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  17 

aleiwiiyflioii)  =  pcriod  of  furthcr  iiighls 

Canllos  rr=  siiio^iiig-Dionlb 

d(        )  =  (7  trial  (celtique  âatl)  ou  plutôt  ~^-  a  ihiy  (Kit. 

dii's;  V.  irl.  dir^ 
dih(os)  =■  ta  thegods(?)  (di luis  cl  dcabiis  mscv.  Brambach 

n.  806) 
divcrioniii        =  tue  tiini  off  fo  thc  ncxt  mouth  (latin  divertiiiuis 

et  dcvcrtitiuii) 
devorivo  =■  devor(toiiiu)  ivo 

ds  ma  ns         =  dies  m  a  ne  ncfastus 

Duman(nus)  =  Y'^in-ètre  tbe  month  of  tbick  foliage  (latin  dunitis) 
Edrini(os)       ■=-  peut-être  tbc  nionlb  of  oiitspringing  (formé  du 

préfixe  e(x) et  de  la  racine  drciigj  =  to  mount) 
Elenihiv(os)     =  Siag-inontb  (grec  iXaso;  =  *eln-bbos),  cf.  le 

nom  du  mois  Attique  'EXxir^oîXuov 
Èquos  =  peut-être  tcmpenitc  (latin  acqiios) 

Exiiigi  =  tbe  marcbings  ont  (and  round),  cf.  les  Anihar- 

valia 
Gianion(iis)     =  Winter  (identification  due  à  M.  Rhys) 
lûiidix  (d:ins  Priondixivos,  4*^  colonne)  :=jiidge  (latin  iudcx)^ 
Inrid  (8"  colonne)  =  iuridicus  - 
Lagil  =  peut-être  largitio 

inatu(s)  =  good,  luchy  (gael.  et  irl.  niatb;  gall.  tnàd') 

iiiid  (pour  ;«/0  =  7nis)  =  iiiontb 
nsds  ■=  nefastus  dies 

Ogron(us)       =  cold  (irl.  ûar ;  identification  due  à  M.  Rhys) 
prinni  z=  hùn  p(e)ren(di)n(at)io 

Qiitios  ou  Cutios  ■=  tbresbing-inontb   (irl.  câifb  =  son  ;   latin 

qiiatio,  -cntio 
r  (dans  inis  r)  =  religiosus 

Riuros  z=.  peut-être  harvest-montb  (racine  rcib-  dans  l'irl. 

réhaini  =  to  tear  et  dans  l'anglais  to  reap  ■= 
moissonner) 

I .  J'avais  dans  mon  précédent  article  décomposé  ainsi  ce  groupe  :  pr(ii!iii) 
lon(d)  dixivos.  Cette  interprétation  ne  vaut  guère  mieu.K  que  celle  que  donne 
M.  Nicliolson  ;  il  faut  lire  évidemment  Pr(inni)  tond  ix  ivou 

2  La  forme  ;//;/(/  n'est  que  la  hn  du  mot  Riuri  suivi  d'un  C  renversé. 
Ce  mot  est  comme  le  précédent  à  rayer  des  lexiques  du  calendrier. 

Revue  Celtique,  XXI.  2 


1 8  Seymoiir  de  Ricci. 

Samon(us)      =  Sttnimcr 

Semi-vis (o)inios)  =  Half-spring  (racine  vesanlù-~) 

Sindiv(os)  ou  sindiii  =  To  day  (irl.  (h)indiu  ;  remarque  due  à 

M.  Rhys)   ■ 
triniix,  trino  =  a  space  of  ihree  nights  (latin  triiiociiuiii) 

Pour  l'interprétation  générale  du  calendrier,  nous  croyons 
que  M.  Nicholson  s'est  trompé.  Ayant  remarqué  que  Coligny 
s'appelait  au  moyen  âge  CoJouiacus,  il  s'est  figuré  que  c'était 
une  ancienne  colonie  romaine  et  que  le  calendrier  n'était  autre 
chose  qu'un  tableau  des  sessions  du  tribunal  local.  C'est  dans 
cet  esprit  que  M,  Nicholson  a  cru  retrouver  les  mots  ioudix 
(=z  index)  et  iiirid(icus)  dans  un  texte  où  ils  ne  figurent  pas  et 
qu'il  a  donné  du  mot  prinni  la  singulière  interprétation  qu'on 
a  vue  plus  haut.  Dans  les  signes  +  II,  I  +  I  et  II  -h, 
M.  Nicholson  a  vu  l'indication  de  l'heure  des  sessions  !  C'est 
encore  guidé  par  son  idée  fixe  qu'il  a  essayé  de  traduire  la  seule 
longue  phrase  du  calendrier,  phrase  d'ailleurs  qu'il  a  bien  res- 
tituée : 

...  rix-  iiocob[rex^  cariedit  ox\t\antia pog  dedort  onin  qmmon 

Traduction  ...  the  chief  houndary-commissioner  (mot  à  mot 
circumference-joint-niarker)  marks  eighths;  afterwards  he  appor- 
tions a  lease  offive  years 

Rapprochements:  rix  =  latin  rex ;  tio-  =  irl.  //  (circuit); 
-hrex  ^=-  mrog-  (boundary)  ;  cariedit  pour  cariesit  =  iviil  mark 
(gall.  cared  =  nota)  ;  oytantia  :=  nllotments  meted  by  thc  octans  ; 
pog  =  po(st)q(iie)  ;  dedort  =  racine  der-  (to  divide)  ,  onin  =:  ra- 
cine oni-  dans  l'irl.  oin  (a  loan)  ;  quïnion  fpour  quinquimon)  du 
latin  quinque. 

Sur  cette  traduction  plus  ou  moins  fontaisiste,  M.  Nicholson 
bâtit  une  longue  explication  du  rôle  juridique  du  rixtiocohrex 
dans  la  colonie  (!)  romaine  de  Coligny.  \'oici,  d'autre  part, 
comment  il  traduit  la  phrase  par  laquelle  débute  la  neuvième 
colonne  du  calendrier  : 

Ciallosb[n]is  sonno  cingos\?pl]ui)inian  m.  m.xiii  ...  latccclxxxv 
Traduction  :  Total  is  ibis  cycle  fou  course)  current  of  moiilhs 
I)  and  days  )S). 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  19 

Rapprochements:  ciallos  =  irl.  ciaJI  (collection) ;  buis  =^  irl. 
hiis(is) ;  sonno  =  irl.  son  (ibis);  ciiii^os  =  Litin  cin^erc,  irl. 
cingid ;  [? pl]iiniman(ios)  =  irl.  hiânniin  (flying),  corn,  liuiian 
(non)  ;  lat  (        )  ^  irl.  Intbe  (dciy). 

Sur  la  question  de  h  langue  du  calendrier,  M.  Nicholson 
est  arrivé  aux  mêmes  conclusions  que  moi  et,  sans  avoir 
connu  mon  article,  il  s'exprime  à  peu  près  dans  les  mêmes 
termes  que  moi  : 

...  Sequanian  is  enîitled  ta  ranh  as  a  language ;  ...  ils  impor- 
tance as  a  link  behueen  otber  Keltic  languages  and  Latin  ...  is  tben 
obvions  :  it  makes  ibe  distance  between  Keltic  and  Italie  narroiver 
tban  ever. 

L'auteur  insiste  sur  la  présence  simultanée  du  p  et  du  a  dans 
la  langue  du  Calendrier;  il  rappelle  le  problème  attaché  à  l'eth- 
nique Sequaniis  (et  au  nom  de  fleuve  Sequana)  et  termine  son 
article  en  remarquant  que  les  formes  Uciteie  et  Ucuetîn  de  l'ins- 
cription d'Alise-Sainte-Reine  sont  sans  doute  des  variantes 
graphiques  de  Uquete  et  Uqiiefin^.  En  tête  de  l'article  est  re- 
produite typographiquement  une  partie  de  la  4^  colonne  du  ca- 
lendrier (tin  du  mois  de  Canllos,  mois  de  Samon,  moitié  du 
mois  de  Duman^. 

M.  Nicholson  n'a  eu  à  sa  disposition  que  les  six  planches  de 
M.  Dissard.  Il  n'a  connu  aucun  article  sur  le  calendrier. 

XII.  C'est  certainement  M.  le  capitaine  Espérandieu  qui  a 
fait  faire  le  progrès  le  plus  sérieux  à  l'interprétation  du  Ca- 
lendrier de  Coligny.  Le  21  août,  je  lui  communiquais  les 
planches  de  M.  Dissard  ;  le  23,  il  avait  reconstitué  l'ordre  des 
mois;  le  26,  il  avait  trouvé  la  place  du  mois  intercalaire  et  im- 
primait à  Saint-Maixent  deux  grandes  planches  autographiées 
où  il  résumait  ses  découvertes  sous  la  forme  d'un  essai  de  re- 
constitution de  l'ensemble  du  Calendrier  -. 


1 .  Comparer  dans  le  Calendrier  les  formes  Ciitios  et  Outios. 

2.  Calendrier  de  Coligny  (Ain),  Reconstitution  proposée  par  le  capitaine  Es 
pîrandien  (Saint-Maixent,  26  août  1898). 


20  Seynwiir  de  Ricci. 

XIII.  C'est  cet  essaie  communiqué  à  M.  DissarJ,  qui  a  servi 
à  ce  savant  pour  établir  la  reconstitution  dètinitive  de  la  table 
de  bronze  publiée  le  26  octobre  1898  par  M.  Espérandieu  sous 
le  titre  :  Calendrier  de  CoJigny  (Ain).  Reconstitution  proposée  par 
le  capitaine  Emile  Espérandieu,  Saint-Maixent,  pp.  16,  in-8. 

Je  n'analyserai  pas  ici  cet  article,  qui  sera  republiè  dans 
cette  revue  par  l'auteur  lui-même. 

XIV,  XV,  XVI.  Est-il  nécessaire  d'insister  sur  les  deux  der- 
niers articles  de  M.  Thiers^  ?  Je  me  suis  permis  d'en  contester 
les  résultats  dans  la  Revue  archéologique^.  M.  Thiers  pourra 
consulter  un  article  récent  de  M.  Oppert  où  la  question  du 
cvcle  de  Méton  est  longuement  étudiée?  ;  il  y  apprendra  notam- 
ment à  quelle  époque  ce  système  chronologique  a  été  en  usage. 
.Quant  aux  phrases  grecques  que  M.  Thiers  a  cru  retrouver  dans 
le  Calendrier  de  Coligny,  leur  moindre  défaut  est  de  n'être  pas 
rédigées  en  grec. 

XVII.  Dans  le  numéro  d'octobre-novembre-décembre  1897 
de  la  Revue  épigraphique  du  midi  de  la  France"^,  Auguste  Allmer 
annonçait  la  découverte  du  calendrier  et  donnait  en  typographie 
le  texte  d'une  partie  de  la  première  colonne. 

XVIII.  Dans  le  numéro  de  juillet-novembre  1898,  Allmer 
avait  publié  sur  le  Calendrier  un  article  fort  intéressant  qui  est 
le  premier  où  se  trouvent  relevés  les  résultats  obtenus  dans  les 
articles  antérieurs'. 

Reconstitution  matérielle.  —  Allmer  avait  joint  à  son  article 
une   planche   lithographique  en  deux  couleurs  présentant  le 

1.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  desiiiscr.,  1898,1.  XXVI,  p.  612-614  et 
p.  725  :  Deuxième  note  sur  t'in.rr.  de  Coligny. 

2.  Revue  archéologique,  1899,  t.  XXXIV,  p.  145:  M.  Thiers  et  le  Calen- 
drier de  Coligny. 

3.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  iuscr.,  1898,1.  XXVI,  p.  413-.146: 
Alexandre  à  Babylone. 

4.  Rev.  épigr.,  1897,  t.  III,  p.  493,  n.  1222. 

5.  Rev.  épigr.,  1898,  t.  III,  p.  541  et  planche;  tirage  à  part  revu  et  aug- 
menté, intitulé  :  Calendriers  Celtiques  de  Coligny  ...et  du  lac  d'Antre  ..  sur 
tables  de  bron:(e.  Statue  de  bronze  d'Apollon,  Vienne,  chez  Savigné,  8  p.  in-8, 
sans  date  (février  1899). 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  2i 

Calendrier  dans  son  ensemble,  tels  que  l'ont  reconstitué 
M.  Espérandieu  et  M.  Dissard.  AUmer  croyait  cette  recons- 
titution certaine  et  définitive  en  toutes  ses  parties,  en  quoi  il 
avait  sans  doute  raison. 

Restitution  astronomique.  —  Pour  Allmer  l'ordre  des  mois, 
tel  que  je  l'ai  établi,  est  exact  ;  le  mois  intercalaire  revient  tous 
les  trente  mois,  comme  je  l'avais  démontré. 

Sur  la  question  d'un  cycle  plus  long,  Allmer  évitait  judicieu- 
sement de  se  prononcer. 

Interprétation  linguistique.  —  «  Le  pays  oh  est  situé  Coligny..., 
disait  Allmer,  était  le  pays  des  Séquanes,  peuple  celtique.  Fait 
pour  des  Celtes,  le  Calendrier  devait  être  en  langue  celtique.  »  De 
quel  droit,  peut-on  dire,  Allmer  affirmait-il  que  les  Séquanes 
parlaient  le  Celtique,  puisque  leur  nom  même  n'appartient 
probablement  pas  à  cette  langue?  Tout  ce  qu'on  peut  dire, 
c'est  que/rt//  pour  des  Séquanes,  le  Calendrier  devait  être  en  langue 
Séqnanieniw.  Allmer  rejetait  aussi  «  les  étymologies,  grecques  les 
unes,  latines  les  autres,  des  noms  des  mois,  aucun  des  très  nombreux 
mots  contenus  dans  V inscription  n'étant  d'une  numiére  sûrement 
reconnaissahle,  ni  latin,  ni  grec.  »  Mais  l'argument  d'Allmer 
ne  porte  pas,  si  l'on  se  borne  à  rapprocher  des  mots  du  Ca- 
lendrier, de  mots  ou  de  racines  existant  dans  les  langues 
grecque  ou  latine.  Allmer  n'approuvait  pas  l'explication  de 
Atenoux  par  nuit  de  la  pleine  lune:  «  l'année,  dit-il,  n'étant  pas 
exactenient  lunaire,  la  concordance  entre  la  pleine  lune  et  h  quin- 
~iéme  jour  du  mois  ne  pouvait  pas  être  constante.  »  En  fait,  sans 
doute,  cette  concordance  n'était  qu'approximative;  en  théorie, 
elle  devait  être  absolue,  car,  sauf  le  calendrier  Egvptien  et  le  ca- 
lendrier Julien  qui  semble  en  dériver,  tous  les  calendriers  de 
l'antiquité  étaient  des  calendriers  lunaires.  Allmer  cro3'ait 
reconnaître  des  noms  d'hommes  dans  les  mots  Cingos,  Exingi 
et  Ontios  du  Calendrier.  Mais  Outios  n'est  qu'une  variante  gra- 
phique du  nom  de  mois  Cutios  et  Cingos  (ainsi  que  son  dérivé 
Exingi  =  Ex-cingi)  n'est  qu'un  nom  commun  fréquent  dans 
les  noms  composés  celtiques  et  qui  parait  avoir  eu  un  sens  se 
rapprochant  de  celui  du  mot  latin  cingere,  entourer,  soit  proba- 
blement cercle  ou  orbite. 


22  Seyinour  de  Ricci. 

Allmer  terminait  son  article  par  quelques  considérations 
empruntées  à  M.  de  Villefosse  sur  le  Calendrier  du  lac  d'Antre 
et  par  la  description  des  fragments  de  statue  découverts  à  Co- 
ligny  avec  le  Calendrier,  description  dont  nous  cro3'ons  inté- 
ressant et  utile  de  reproduire  ici  le  principal  passage  : 

«  Cette  statue  d'Apollon,  de  grandeur  d'homme,  et  sans  doute 
«  du  premier  siècle  de  notre  ère,  était,  comme  en  témoigne  l'exctl- 
«  Jence  d'exécution  de  h  tête,  d'une  main  et  des  deux  pieds,  retrouvés 
«  à  peu  près  entiers  parmi  les  très  nombreux  débris  en  provenant 
«  (200  morceaux  environ),  l'œuvre  d'un  art  savant  et  des  plus  per- 
«  fectionnés:  sa  couleur,  asse^  approchante  en  son  neuf  de  la  couleur 
«  de  la  chair,  résultat  de  l'alliage  du  cuivre  rouge  et  de  l'étain  de 
«  choix,  ses  yeux,  vides  aujourd'hui,  autrefois  faits  d'émaux  ou  de 
«  pierres  fines,  à  l'imitation  de  la  nature,  ses  traits  d'un  nerveux 
«  et  pur  modelé,  empreints  d'une  noblesse  sereine,  sa  chevelure  à 
«  larges  boucles  fortement  soulevées,  comme  dans  celle  des  têtes  des 
«  belles  monnaies  gauloises,  sa  resplendissante  couronne  de  rayons 
«  en  bron:^e  doré,  constituaient  un  ensemble  certainement  très  beau 
«  et  d'un  effet  impressionnant.  »  Un  dessin  de  la  tète  de  la  statue 
accompagne  la  planche  de  M.  le  capitaine  Espérandieu  ^ 

XIX.  Dans  le  numéro  de  décembre  1898  de  la  Revue  épi- 
graphique  (i.  III,  p.  557  a  5  59) S  Allmer  rectifiait  son  précédent 
article.  Il  rapportait  l'opinion  de  M.  Lafox  (de  Lyon)  favorable 
aux  idées  de  M.  Thierssur  le  cycle  de  Méton  et  celle  de  M.  le 
D'  RicocHON  (et  non  de  M.  de  Ricci  comme  on  l'a  imprimé) 
qui  refuse  de  se  prononcer  sur  ce  point  et  qui  rejette  mon  in- 
terprétation du  mot  atenoux. 

XX.  M.  Thurneysex  a  publié  sur  le  Calendrier  de  Coligny 
un  assez  long  article  dans  la  Zeitschrift  fiïr  Celtische  Philologie^. 
L'auteur  a  connu,  outre  la  brochure  de  M.  Nicholson,  les  ar- 
ticles et  notes  parus  jusqu'en  mai  1898  dans  la  Revue  Celtique 
et  les  Compte  rendus  de  l'Académie  des  inscriptions. 

1.  Cf.  encore  t.  IV,  p.  i,  p.  13  et  p.  22(1899),  notes  additionnelles  des 
mêmes. 

2.  T.  II,  p.  323-)44  (Halle,  1899):  dcr  Kaleiider  jon  CoU^niy. 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  2] 

Il  a  peu  insisté  sur  la  restitution  matérielle  et  astronomique 
du  Calendrier  :  il  s'est  borné  à  extraire  de  l'article  que  j'ai 
publié  dans  cette  revue  quelques  indications  essentielles;  c'est 
à  l'interprétation  linguistique  de  notre  texte  que  s'est  attaché 
M.  Thurneysen  et  c'est  cette  partie  de  son  article  que  l'on 
trouvera  résumée  dans  le  tableau  suivant  : 

Anagantios      •=  comparer  le  nom  Aganlicuiii 

aiujiût  =■  scblccht 

atenoiix  =  Enieucning  (moy.-irl.  alhiiHgbiidh) 

Cantlos  =  Gesang  (v.-irl.  cctal ;  gaW.  calhl) 

devorivo(s)      =  grosse  Gôîtcrfest 

dih(ion)  =  Ahschnitt 

divertoniii        =  Abkehr  («.  das  Abbrechen  des  Monats  nach  dem 

vieixehntcu  Tage  luàre  aïs  Abkehr  bezeichnet 

zuorden») 
d(  )        =   Tag  (gaW.  dydd;  Y. -irl.  die,  dia) 

Ekuibiu  ■=  Hirscb  (lithuanien  élnis  ;  grec  sXaoç,  eXa^:;; 

gall.  elaiii) 
lagit  =  hkiner,  lueiiiger  (gall.  liai  ;  v.-irl.  laigiii) 

lat  =  Tag  {y  Au.  laithe^ 

loiid  =  Hiiidcrnis  (gall.  lliidd  ;  hret.  ///~) 

iiiid  ou  niidx  =  Monat  (v.-irl.  mi  ;  gall.  corn,  mis  ;  bret.  mi:^ 
n(  )        =:  Nac]]t  (gall.  nos  he-no;  v.-irl.  in-nocht) 

n  s  d  s  =  Nacht  balb,  Tag  halb  (s  =  latin  soni-,  grec 

Ogron(iu)        =  kalt  (v.-irl.  uar;  gall.  ocr) 

Saiiion  =  Sommermonat  (v.-irl.  saui  ;  gall.  haf  ;  corn. 

hâf;  bret.  hah,  hahv) 
Sindivos  =  Eintàgig 

Soiuio-cingos    =  Sonucuscbritt  (v.-h.-all.  sunna  ;  goth.  sunnd) 

M.  Thurneysen  sépare  ainsi  les  mots  de  la  seule  phrase  que 
contient  le  calendrier  : 

pog  dedor  ton  inqninion 

Voici  enfin  ce  que  pense  M.  Thurneysen  de  la  langue  dans 
laquelle  est  rédigé  notre  texte  : 

«  Fur  mich  ist  die  Sprache  des  Kalenders  unzweifelhaft  Kel- 


24  Seymour  de  Ricci. 

«  tisch  :  wcgen  des  /"  im  Wort  tûr  Monat  inid(x),  gegenûber 
«  indogerm.  mens;  wegen  der  Endung -o»^  wohl  aus -t)/;/  in 
«  (in)qniiuon;  wegen  des  Genetivs  auf -/  zum  Nominativ  auf 
«  -os  {Eqiios,  Eqiii ;  CantJos,  CantJi);  wegen  der  Stamme  fur 
«  Sommer  »,  «  Winter  »,  «  Kalt  »  (saiiio-,  gianio-,  ogro-'); 
«  wegen  der  Negativpartikel  an-  in  anniatii  ;  wegen  der  Pra- 
«  positionen  aie  in  atenoiix,  dl  in  divertoniu.  » 

Je  ne  citerai  que  pour  mémoire  une  longue  lettre  de 
M.  Changarnier  écrite  à  M.  Salomon  Reinach  :  je  n'y  ai  rien 
relevé  qui  n'eut  déjà  été  dit  par  d'autres  commentateurs  du 
Calendrier. 

Après  avoir  analysé  successivement  les  différents  articles 
publiés  sur  le  Calendrier,  il  ne  sera  pas  inutile  de  résumer  mé- 
thodiquement les  résultats  qui  semblent  acquis. 


A)  Rcconstitniion  matérielle  ^ 

Etablissement  du  texte.  —  Je  crois,  comme  croyait  Allmer, 
que  la  reconstitution  de  M.  Espérandieu  et  de  M.  Dissard  est 
définitive.  Un  rapprochement  inexact  de  M.  Dissard  m'avait 
amené  à  restituer  dans  mon  premier  article  (p.  216)  [ciallJos 
au  lieu  d'[EQ,v]os. 

La  copie  de  M.  Dissard  m'a  paru  correcte  ;  dans  la  plupart 
des  cas  douteux,  l'examen  seul  de  l'original  ou  d'une  empreinte 
peut  décider  de  la  lecture.  Le  Calendrier  ne  comprenait  qu'une 
seule  table  longue  de  i'",48  et  haute  de  o'",8o.  L'inscription 
se  composait  de  seize  colonnes.  Chaque  colonne  est  divisée 
en  huit  paragraphes  de  quinze  jours  ;  les  mois  intercalaires 
occupent  un  espace  deux  fois  plus  grand  que  les  autres  mois. 
On  a  vu  plus  haut  à  quels  résultats  l'exanien  épigraphique  de 
la  Table  avait  conduit  M.  Dissard.  Il  semble  que  le  Calendrier 
soit  de  date  un  peu  plus  récente  que  le  Discours  de  Claude,  à 
en  juger  du  moins  par  le  foc-similé  en  grandeur  naturelle  d'une 
partie  de  la  première  colonne,  publié  par  M.  Espérandieu  sur 

I.  Cf.  la  lettre  de  M.  Dissard,  C.  reiutus  Acad.  iiiscr.,  1898,  t.  XXVI, 
p.  718. 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  25 

la  planche  de  la  Revue  cpii^raphiqiie.  Je  crois  le  Calendrier  de 
la  deuxième  moitié  du  premier  siècle  après  notre  ère,  vers 
l'an  80  par  exemple. 


B)  Restitution  aslroiioniique. 

On  a  vu  que  l'année  comprenait  douze  mois,  soit  355  jours  ^  ; 
qu'on  regagnait  le  retard  annuel  de  dix  jours,  en  intercalant 
tous  les  deux  ans  et  demi  un  mois  intercalaire  de  trente  jours. 
On  a  donc  pour  la  période  de  cinq  ans  embrassée  par  le  Ca- 
lendrier, cinq  années  de  355  jours  et  deux  mois  intercalaires 
de  30  jours,  soit  1835  jo'-^i'S-  Or,  cinq  années  solaires  de 
365,24  jours  font  1826,20  jours;  et  soixante-deux  lunaisons 
de  29,53  jours  font  1830,86  jours. 

Il  est  à  peu  près  certain  que  le  Calendrier  de  Coligny  était 
un  calendrier  lunaire  dans  l'esprit  de  ceux  qui  s'en  servaient. 
M.  Espérandieu  a  fiit,  en  étudiant  notre  texte,  une  remarque 
intéressante.  Le  mois  à'Equos  a  trente  jours  dans  l'inscription  : 
or,  on  a  vu  qu'il  était  affecté  de  l'exposant  axm  réservé  au  mois 
de  vingt-neuf  jours. 

Supposons  un  instant  qu'il  y  ait  sur  notre  table  une  erreur 
de  rédaction.  Supposons  quEqiws  aurait  dû  n'avoir  que  vingt- 
neuf  jours  :  les  différences  entre  notre  calendrier  et  le  calendrier 
lunaire  disparaissent:  on  a  une  année  de  354  jours  et  en  cinq  ans 
1830  jours,  alors  que  soixante-deux  lunaisons  font  183  0,86  jours. 
Poursuivons  la  série  des  conséquences  à  tirer  de  cette  correction 
conjecturale  :  trente  années  solaires  de  365,24  jours  font 
10957,20  jours,  c'est-à-dire  presque  exactement  371  lunaisons 
de  29,53  jours,  soit  10955,63  jours.  Dans  le  système  du  ca- 
drierde  Coligny  six  cycles  de  1830  jours  (soit  5  x  6  =  30  ans) 
font  10980  jours.  En  supprimant  un  mois  tous  les  trente  ans 
l'erreur  était  ramenée  à  5,63  jours.  Or,  Pline  nous  apprend 
que  la  lune  marquait  chez  les  Gaulois  le  commencement  des 
mois,  des  années  et   des  siècles  de   trente  ans.  Le  cycle  des 

I .  Si  l'on  s'en  rapporte  à  l'interprétation  donnée  au.x  noms  de  mois 
Giaiiion,  Santon,  O^nvu  et  Quittes  l'année  aurait  commencé  avec  le  solstice 

d'été  :  Saiiioii  =  juillet  et  ainsi  de  suite. 


26  Seymoiir  de  Ricci. 

371  lunaisons  (=  30  ans)  est  un  cycle  astronomique  connu 
(renseignement  fourni  par  M.  Oppert).  Mais  toute  cette  belle 
théorie,  si  séduisante  qu'elle  puisse  me  sembler,  ne  doit  pas 
être  considérée  comme  autre  chose  que  l'expression  de  la  dif- 
ficulté que  j'ai  signalée  plus  haut  ;  mon  explication  ne  repose 
que  sur  une  correction  conjecturale,  apportée  au  texte  du  ca- 
lendrier en  vertu  d'une  loi  dont  l'existence  et  la  rigueur  ne 
sont  nullement  constatées.  Je  me  borne  donc  à  enregistrer  ici 
le  passage  de  Pline  l'Ancien  ^  où  se  trouve,  à  mon  avis,  une  in- 
dication précieuse  sur  le  calendrier  :  Est  autciii  \yisciiin\  rarum 
adniodtiiu  inventa  et  repertuni  magna  religione  petit ur  et  ante  omnia 
sexta  luna  quae  principia  niensiiiui  annoruinqite  bis  facit  et  saeculi 
post  tricesininin  annuni,  quia  iain  virinni  abiinde  babeat  nec  sit  sui 
dimidia. 

Il  m'est  impossible  d'accepter  l'interprétation  courante  de  ce 
passage  et  d'admettre  que  chez  les  Gaulois  les  mois,  les  années 
et  les  siècles  commençassent  le  sixième  jour  de  la  lune.  Je  crois 
que  toute  la  phrase  quae  facit  ...  tricesiniuni  annum  est  une  in- 
dication générale  sur  le  rôle  de  la  lune  dans  le  calendrier  gaulois 
et  que  le  sujet  de  facit  représenté  par  quae  est  luna  et  non  pas 
sexta  luna.  Pline  l'Ancien  travaillait  avec  des  fiches.  Il  aura 
intercalé  dans  ses  notes  sur  le  gui  la  phrase  citée  plus  haut  qu'il 
aura  empruntée  à  une  autre  fiche.  Il  est  sans  doute  difficile 
grammaticalement  d'admettre  l'interprétation  que  je  propose, 
mais  il  est  encore  plus  difficile  de  concevoir  un  calendrier  où 
le  mois  commence  le  sixième  jour  de  lune;  on  conviendra  ce- 
pendant que  l'hypothèse  d'une  interpolation  due  à  Pline  lui- 
même  simplifie  beaucoup  le  problème. 

Comme  on  l'a  vu  plus  haut,  la  question  de  la  langue  du  ca- 
lendrier a  soulevé  plus  d'une  discussion.  Les  uns,  comme 
Allmer,  M.  Loth  et  M.  Thurneysen,  y  ont  trouvé  tout  bon- 
nement et  simplement  du  celtique;  c'est  aussi  l'opinion  de 
M.  Otto  Hirschfeld.  M.  d'Arbois  de  Jubainville  y  reconnut 
du  Ligure  ou  du  moins  une  langue  y  ressemblant  beaucoup. 
C'est  cette  opinion  que  j'ai  soutenue  dans  mon  premier  article, 


I.   Livre  XVI,  chapitre  44,  paragraphe  95,  ligne  230.  Edition  Dctlefsen 
(Berlin,  186S),  t.  III,  p.  55,  1.  25. 


Le  Calendrier  celtique  de  Coligny.  27 

c'est  elle  que  je  soutiens  encore  ici  :  les  différentes  obser- 
vations que  j'ai  eu  l'occasion  de  fliire  depuis  un  an  n'ont  fait 
que  me  confirmer  dans  ma  conviction.  Le  calendrier  est  écrit 
dans  une  langue  qui  n'est  ni  le  celtique,  ni  le  grec,  ni  le  latin, 
mais  qui  semble  être  le  ligure.  Pour  les  savants  qui  trouvent 
trop  hasardé  le  mot  de  Ligure,  taisons  comme  M.  Nicholson 
et  parlons  de  la  langue  Séquaiiieiuie  ou  plutôt  Scquane. 

J'ai  indiqué  dans  mon  premier  article  sur  quels  caractères 
je  m'appuyais  pour  justifier  mon  hypothèse  :  présence  simul- 
tanée du  p  et  du  au,  finales  en  ll  et  nn,  emploi  de  la  diph- 
tongue ou. 

Nous  n'avons  aucune  raison  de  nier  l'existence  en  Gaule 
d'un  certain  nombre  de  langues  différentes  :  César  nous  don- 
nerait tort  et  ce  n'est  pas  l'unité  apparente  du  dialecte  celtique, 
un  siècle  ou  deux  après  notre  ère,  qui  pourrait  contrebalancer 
son  autorité. 

On  a  vu  plus  haut  quelles  étaient  les  interprétations  pro- 
posées pour  les  différents  mots  du  Calendrier:  je  n'y  ajouterai 
que  peu  de  chose.  Je  pense  que  pour  trouver  le  sens  des  indi- 
cations contenues  dans  le  corps  du  texte  nous  devrions  nous 
reporter  aux  Calendriers  romains  publiés  dans  le  1. 1  du  Corpus  : 
nous  y  trouverions  notamment  l'indication  très  souvent  répétée 
de  LVDi  à  rapprocher  des  lo\'d  du  Calendrier  de  Coligny. 
C'est  peut-être  dans  cette  voie  qu'il  serait  à  propos  de  chercher. 

Seymour  de  Ricci. 


REMARQUES 

SUR   LES 

VIEUX  POÈMES  HISTORIQUES  GALLOIS 

AU   POINT  DE  VUE   METRIdUE  ET   HISTORiaUE 


Préparant  une  édition  du  Livre  noir  de  Caermarthen 
avec  traduction  et  lexique  complet,  j'ai  été  amené  naturel- 
lement à  étudier  de  prés  la  métrique  des  poèmes  de  cette  col- 
lection et  insensiblement  à  rechercher  les  lois  de  cette  métrique 
non  seulement  au  xii*^  siècle,  mais  à  toutes  les  époques  où 
nous  pouvons  l'atteindre  dans  les  textes.  Le  premier  volume, 
à  l'impression  en  ce  moment,  traite  de  la  métrique  à  l'époque 
où  elle  a  été  codifiée,  c'est-à-dire  au  xv'-xvi^  siècle,  ainsi  que 
de  la  métrique  des  siècles  suivants  jusqu'à  nos  jours,  qui  obéit 
à  peu  près  aux  mêmes  lois.  Le  second  volume,  fort  avancé, 
porte  sur  la  métrique  du  ix^  à  la  fin  du  xiV  siècle. 

J'avais,  en  entreprenant  ce  travail,  la  conviction  que  la 
métrique  devait  fournir  une  importante  contribution  à  la  so- 
lution de  la  question  si  controversée  et  si  complexe,  il  faut  le 
reconnaître,  de  l'âge  des  poèmes  historiques  contenus  dans  ce 
que  Skene  a  appelé  assez  improprement  les  Four  aucicnt  hooks 
of  JVaks,  c'est-à-dire  Le  Livre  noir  de  Cann.irlhcii,  le  Livre 
d'Âneuriii,  le  Livre  de  Taliesiii  et  le  Livre  Rouge  (dont  il  n'a 
publié  qu'une  faible  partie,  mais  historiquement  la  plus  im- 
portante). Je  ne  m'étais  pas  trompé.  Dès  maintenant,  quoique 
sur  plusieurs  points  et  non  des  moins  importants,  mes  re- 
cherches ne  soient  pas  terminées,  je  suis  en  mesure  de  me 
prononcer   sur   l'âge    approximatif  de   quelques-uns    de    ces 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  2g 

poèmes.  Je  ne  donne  ici  que  quelques  résultats,  me  proposant 
de  me  livrer  plus  tard  à  un  travail  complet  non  seulement  au 
point  de  vue  métrique,  mais  encore  au  point  de  vue  linguis- 
tique, orthographique  et  historique,  sur  ces  poèmes. 

Dès  que  l'on  veut  remonter  plus  haut  que  le  xiv^-xv*^  siècle, 
l'étude  de  la  métrique  galloise  devient  singuHèrement  ardue  et 
compliquée.  Ici  plus  de  traités  de  métrique  ni  de  témoignages 
de  grammairiens,  mais  des  textes  dont  bon  nombre  et  les  plus 
importants,  à  certains  égards,  ne  sont  pas  datés  et  qui,  la  plu- 
part du  temps,  ne  nous  sont  point  parvenus  sous  leur  forme 
sincère  et  primitive,  ou  ont  été  tout  au  moins  soumis  à  des 
rajeunissements  orthographiques  profondément  regrettables  et 
trop  souvent  maladroits. 

Pour  établir  l'histoire  de  la  métrique  galloise  sur  des  bases 
inébranlables  et  suivre  son  évolution  avec  assez  de  précision 
pour  en  faire  un  instrument  de  chronologie  pour  les  poèmes 
non  datés,  j'ai  eu  recours  aux  poèmes  authentiques  partant  du 
milieu  du  xw^  siècle  que  nous  a  conservés  heureusement  en 
assez  grand  nombre  la  Myvyrian  Archaology  of  IVales. 

Au  point  de  vue  de  la  date  de  la  composition  de  ces  poèmes, 
l'orthographe  souvent  rajeunie  ne  peut  fournir  que  quelques 
indications  ;  c'est  ainsi,  par  exemple,  que  l'emploi  du  t  pour 
exprimer  la  dentale  spirante  sonore,  courant  au  xii^  siècle, 
ne  dépasse  pas  le  xiii''  siècle  ;  il  devient  très  rare  dans  la  se' 
conde  moitié  de  ce  siècle.  Quand  on  est  en  présence  de  mu- 
tations intervocaliques  non  faites  dans  l'intérieur  du  mot,  on 
peut  en  conclure  qu'on  est  en  présence  d'un  texte  remontant 
au  moins  à  la  première  moitié  du  xi=  siècle  ;  de  même  pour 
l'orthographe  -om  rendant  le  son  moyen-gallois  -eu.  Des  formes 
comme  cnh'Iedain  (Skene,  II,  p.  io6)  =  crdylcdaf  qui  se 
trouve  plus  bas  (crdilcdaf),  mitiham^  =■  mwyhaf,  beiiiiin  =hei- 
w// (II,  p.  103),  cm  =^  ef  (ihid.,  vers  20),  etc.,  suffiraient  à 
prouver  que  le  copiste  avait  sous  les  yeux  un  texte  en  vieux- 
gallois,  c'est-à-dire  remontant  au  moins  au  x'^-xi'-'  siècle.  D'un 
autre   côté,    l'expression  Giiit  pour  les   Scandinaves    semble 


I .  Texte  inui  hiani.  Il  y  a  d'autres  traces  d'une  orthographe  ancienne 
dans  le  Livre  d'Aneurin. 


^0  J.  Loth. 

bien  indiquer  que  le  Gododin,  sous  la  forme  qui  nous  est 
parvenue,  ne  peut  guère  être  antérieur  au  ix^  siècle.  Le  no3'au 
primitif  peut  être  plus  ancien.  Certains  poèmes  du  Livre  de 
Taliesin  montrent  aussi  des  traces  d'une  rédaction  plus  an- 
cienne, ne  serait-ce  que  par  des  particularités  orthographiques 
qui  sont  des  restes  du  vieux-gallois.  Un  poème  du  Livre  de 
Taliesin  (il  y  en  a  d'autres  dans  le  même  cas)  conserve  plu- 
sieurs traces  de  l'orthographe  du  vieux-gallois  :  Crue  Dymet, 
nom  de  lieu,  serait  écrit  à  la  fin  du  xi^  siècle  Crue  Dyvet 
(p.  173,  v.  4).  Trefhret  paraît  un  compromis  malheureux  entre 
le  vieux-gallois  *trchrct  et  le  moyen-gallois  Irefret  (p.  172). 
Dans  le  vers 

Kyngen  kymang(/n, 

Icyiiiangaii  représente  probablement  un  gallois  moyen  et  mo- 
derne hyfangan,  qui  est  à  l'unisson,  complètement  d'accord 
avec  Kyngen.  Tegynied  (tcyrnedd)  est  une  forme  également  du 
vieux-gallois. 
Le  dernier  vers  : 

Keithvnt  dv  Gynan, 
doit  être  lu  : 

Keith  ynt  dy  Gynan 

«  Ils  sont  (les  chefs)  esclaves  à  Cvnan.  » 

Jy  est  vieux-gallois  pour  y.  Ce  ne  sont  là,  il  est  vrai,  que  des 
indications.  Le  texte  lui-même  est  fort  obscur  historiquement. 
Le  héros,  d'après  le  titre,  serait  Kynan  Garwyn,  fils  de  Bro- 
chfael,  dont  le  fils  Selim  (Selyf)  aurait  péri  à  la  bataille  de 
Chester  en  613  ^  Le  poème  remonterait  donc  au  commence- 
ment du  vii^  ou  à  la  fin  du  vi''  siècle.  Ce  serait  une  belle,  trop 
belle  antiquité.  Il  faut  cependant  reconnaître  que  certains  vers 
sembleraient  justifier  les  prétentions  du  titre.  Kynan  est  de  la 
filière  de  Cadcll  (Caïkllig  yslrct)  ;  il  est  fils  de  Brochfael  {niap 
Brochvael  broIct(^.  Or,  d'après  les  généalogies  assez  nombreuses 
des  rois  de  Pow3's-,  il  n'y  a  d'autre  Cynan,  fils  de  Brochfael, 

1.  Annales  Cambriae,  J.  Loth,  Mabinog.,  II,  p.  349. 

2.  Anscombe,  Indexes  to  thc  old-ivelsh  Généalogies  (Archiv  fur  Celt.  Lexi- 
cogr.,  I,  p.  186  et  suiv.) 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  5 1 

que  le  père  de  Selyf,  et  il  est  à  remarquer  que  Brochfael,  père 
de  Cynan,  est  fils  de  Cyngen,  lequel  Cyngen  descend  de  Cadell'. 
Ce  qui  me  décide  à  repousser  cette  identification,  c'est  le  vers  : 

C\-ngen  kymangan 
«  complètement  d'accord  avec  Cyngen.  » 

Il  s'agit  ici  semble-t-il,  d'un  contemporain  et  probablement 
d'un  parent  avec  lequel  il  a  des  intérêts  communs.  Il  s'agit 
donc  d'un  Cynan,  fils  d'un  autre  Brochtael.  Or,  il  n'y  a  dans 
la  descendance  de  Cadell,  tige  des  rois  de  Powys,  d'autre 
Brochfael  que  le  père  de  Cadell  II,  et  le  grand-père  de  Cyngen 
(Concenn)  dont  la  généalogie  nous  a  été  conservée  sur  la  co- 
lonne funéraire  élevée  par  lui  à  la  mémoire  d'Elised,  son  bis- 
aïeul. Cyngen  mourut,  d'après  les  Annal.  Cambriae,  vers  850- 
854.  Une  saurait  être  question  ici  de  Cynan  Tindaethwy,  roi 
de  Gwynedd,  qui  n'est  pas  de  la  lignée  de  Powys  et  est  fils  de 
Rlîodri  MoKvynog,  non  plus  que  de  Cynan  y  Cwn,  fils  de  Ho- 
well  Dda.  Il  me  paraît  possible  que  le  Cynan  de  notre  poème 
soit  un  fils  de  Brochfoel,  grand-père  de  Cyngen;  Cynan  serait 
l'oncle  de  Cyngen.  La  généalogie  du  pilier  d'Elised  ne  donne 
que  la  succession  au  trône  de  Powys  et  non  la  généalogie 
complète  de  la  flimille  d'Elised. 

La  langue  n'est  pas  non  plus  à  négliger.  Il  est  sûr,  par 
exemple,  que  les  formes  dites  passives  en  -tor  ne  dépassent  pas 
la  fin  du  xiir'  siècle-.  Mais  le  terrain,  en  linguistique  pure, 
est  assez  glissant  et,  de  plus,  l'évolution  de  la  langue  en  poésie 
est  trop  lente  pour  qu'elle  puisse  fournir  des  données  précises 
pour  une  période  de  deux,  trois  ou  quatre  siècles.  L'âge  des 
manuscrits  ne  nous  apprend  avec  certitude  qu'une  chose:  c'est 
que  les  poèmes  qu'ils  contiennent  ne  peuvent  être  postérieurs 
à  telle  ou  telle  époque.  De  plus,  nous  ne  possédons  pas  de 
données  précises  sur  la  plupart  des  manuscrits  utilisés  par  les 
auteurs  de  la  collection  de  la  Myvyrian  arcbceoloo^x. 

1.  J.  Loth,  Malnii.,  II,  p.  321. 

2.  Le  Livre  d'Aneurin  n'a  qu'une  forme  en  -lor  :  Kwynhyalor  (Skene,  T. 
a.  B.,  II,  86,  8),  et  c'est  dans  le  Gododin  ;  les  gorchanau  n'en  présentent 
pas.  L'époque  de  plein  développement  de  ces  formes  est  le  xii^  siècle  (cf. 
Dottin,  Les  Jcsiiwnces  verbales  en  R,  p.  171  et  suiv.). 


32  J.  Loth. 

Ecartant  tout  ce  qui  pouvait  prêter  à  discussion,  j'ai  pris 
pour  objet  de  mes  recherches  tout  d'abord  les  poèmes  qui  peu- 
vent être  sûrement  datés  par  les  noms  des  personnages  histo- 
riques qui  y  figurent  et  les  faits  qui  }-  sont  célébrés  ou  aux- 
quels il  y  est  foit  allusion.  Les  attributions  des  poJmes  faites 
par  la  Myvyrian  Archaology  à  tel  ou  tel  poète  sont  parfois 
trompeuses.  C'est  ainsi  qu'on  trouve  le  même  poème  sous  le 
nom  de  deux  auteurs  d'époque  différente.  Il  en  est  de  même 
pour  les  personnages  auxquels  ces  poèmes  auraient  été  adressés. 
Aussi  taut-il  toujours  soigneusement  contrôler  les  titres  par  le 
contexte. 

En  dehors  des  compositions  des  Gogynfcirdd  ou  poètes  du 
moyen  âge  de  la  Myvyrian,  il  y  a  dans  le  Livre  Noir  quatre 
poèmes  qui  peuvent  être  datés  avec  certitude  par  l'histoire  :  le 
poème  adressé  à  Hywel  ab  Goronwy,  tué  en  1103  (^Thc  Bruts, 
édit.  Rhys-Evans,  p.  279);  deux  poèmes  adressés  à  Madawc 
ab  Maredudd,  prince  de  Powys,  dont  l'un  est  unmarwnad  ou 
élégie  funèbre  :  Madawc  mourut  en  11 59  ÇThe  Bruts,  p.  322); 
un  autre,  àRhys  ab  Gruffudd  qui  mourut  en  1196-1197.  On 
peut  aussi  indiquer  approximativement  la  date  des  Hoianau  et 
Afallenau  ;  ils  ne  remontent  sûrement  pas  plus  haut  que  la  fin 
du  xii^  siècle.  L'histoire  fournit  aussi  des  données  sur  certains 
poèmes  du  Livre  de  TaJiesin  et  du  Livre  Rouge,  comme  nous  le 
verrons. 

En  dehors  des  poèmes  que  nous  venons  d'énumérer,  nous 
ne  possédons  de  poèmes  anciens  pouvant  être  datés  avec  certi- 
tude qu'un  fragment  de  poème  (trois  vers  de  sept  S3'llabes) 
découvert  par  Bradshaw  dans  un  manuscrit  de  la  seconde 
moitié  du  xi'-'  siècle,  écrit  par  Johannes,  fils  de  Sulgen,  évêque 
de  Saint-David,  mort  en  1088  {Arcb.  Camhr.,  1874,  p.  340). 
Il  fuit  y  ajouter  deux  courts  poèmes  conservés  dans  le  manus- 
crit de  Juvencus  de  l'Université  de  Cambridge,  manuscrit 
du  IX''  siècle. 

Nous  pouvons  être  renseignés,  niétriqiienieiil,  sur  l'époque 
ou  la  date  approximative  d'un  poème  gallois,  par  le  genre  de 
vers  ou  de  strophe  ou  système  qui  le  constitue  et  par  la  cyn- 
ghanedd  (rime  finale  et  interne  ou  allitération,  ou  tous  les  deux 
à  la  fois). 


Rernartjiics  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  3  3 

L'étude  des  nombreux  poèmes  partant  du  milieu  du  xii*-"  siècle 
(le  premier  en  date  est  un  iiianunad  sur  la  mort  de  Gruifudd  ab 
Cynan,  mort  en  1137),  conservés  par  le  Myvyrian,  donne  un 
premier  et  important  résultat,  c'est  que  quelques-uns  des  sys- 
tèmes en   usas:e  dans   les  Quatre  vieux  Livres   sont,   dès  le 

' — 
xii^  siècle,  démodés  et  hors  d'usage,  entre  autres  le  vers  de 

cinq  syllabes  à  finale  Ijoniœorinie  ^  et  le  triplet,  strophe  de  trois 
vers  ou  homœorime  ou  à  mot  hypcrmétrique,  le  plus  souvent 
de  sept  syllabes  (au  moins  les  deux  derniers  vers).  Or  le  vers 
de  cinq  syllabes  à  finale  homœorime  est  le  type  le  plus  com- 
mun dans  le  Livre  de  Taliesin.  Sur. 5 6  poèmes,  il  y  en  a  21  - 
(quelques-uns  sont  les  plus  longs  du  recueil)  qui  sont  de  ce 
type.  Il  y  en  a  quatre  (les  trois  premiers  paraissent  ne  faire 
qu'un  tout)  dans  le  Livre  Noir;  deux  dans  le  Livre  Rouge  5. 
Le  Livre  d'Aneurin  présente  quelques  tirades  de  vers  de 
cinq  syllabes  homœorimes,  pp.  62,  67,  95,  99.  Il  ne  faudrait 
pas  cependant  en  conclure  que  tous  les  poèmes  de  ce  type  sont 
antérieurs  au  xii^  siècle.  Le  triplet  (tribann)  avec  mot  hypermé- 
trique  est  incontestablement  en  plein  usage  dès  le  ix^  siècle, 
puisque  les  deux  poèmes  du  manuscrit  de  Juvencus  sont  de  ce 
type;  il  ne  l'est  plus  au  xii''  où  on  n'emploie  plus  dans  ce 
genre  que  VEnglyn  à  quatre  vers,  mais  tout  justement  parce 
qu'il  avait  un  air  d'archaïsme,  on  a,  longtemps  après  qu'il 
était  passé  d'usage,  composé  des  poèmes  de  ce  type  soit  par  di- 
lettantisme, soit  surtout  pour  donner  une  apparence  d'anti- 
quité à  des  poèmes  prophétiques  que  l'on  foisait  courir  sous  le 
nom  de  vieux  bardes.  Nous  en  avons  plusieurs  exemples.  Les 
deux  premiers  poèmes  du  Livre  Rouge  (Kyvoesi  Myrddin, 
Giuasgargerdd  Vyrddin)  sont  en  triplets  variés,  et  cependant  ils 
ne  peuvent  remonter  plus  haut  que  le  xii^  siècle.  Le  premier, 
entretien  de  Myrddin  avec  sa  sœur  Gwenddydd,  est  une  sorte 


1 .  Le  vers  de  cinq  syllabes  se  retrouve  mais  avec  un  tout  autre  caractère 
dans  le  genre  liit  Cylndcdd  Hir. 

2.  Skene,  II:  V,  Vil,  VIII,  IX,  X,  XIII,  XV,  XVII,  XX,  XXII,  XXV, 
XXVIII,  XXXII,  XXXIV,  XXXIX,  XLI,  LI(vers  de  9 syllabes  aussi);  LU, 
LUI,  LV,  LVI. 

3.  Ibid.  XXII,  XXIII  (avec  d'autres  types  de  vers). 

Revue  Celtique,  XXI.  3 


34  J.  Lotb. 

d'histoire  des  rois  gallois  par  demandes  et  réponses  jusqu'à  la 
lin  du  xii^  et  peut-être  le  commencement  du  wn"  siècle  : 

P.  223,  V.  5,  il  est  fait  mention  d'envoyés  à'Ansel.  Or 
le  Brut  y  Tyivysogion  désigne  sous  ce  nom  d'Ansel,  An- 
selme, archevêque  de  Cantorbéry  ^  {The  Bruts,  p.  275,  à 
l'année  1098). 

P.  224,  V.  18  et  suivants:  Myrddin  prédit  la  venue  d'un 
personnage  qu'il  désigne  sous  le  pseudonyme  de  Unie  anuyn- 
naiul.  Sur  une  question  de  sa  sœur,  il  répond  que  c'est  Gruf- 
fudd.  Il  y  en  a  eu  plusieurs.  Fort  heureusement  le  poème  de 
Meilir,  auteur  de  l'élégie  funèbre  de  Gruffudd  ab  Cynan,  ne 
permet  pas  de  douter  qu'il  ne  s'agisse  de  ce  prince  {Myr. 
Arch.,  p.  140,  col.  2  : 

Ced  galwed  unie  nid  oet  ofnawc 
«  (Quoiqu'on  l'appelât  unie  (solitaire)  il  n'était  pas  peureux.  » 

Son  successeur  est  désigné  sous  le  pseudonyme  de  Giuyn 
Gwarther.  Or,  c'est  une  épithète  que  donne  Cynddelw  à  Owain 
Gwynedd,  le  fils  de  Gruffudd  ab  Cynan,  qui  mourut  en  1169 
(Myr.  Arch.,  p.  153,  2).  Après  eux,  viennent  plusieurs 
princes,  parmi  lesquels  est  Brenhin  na  vrcnhin  ^,  un  roi  qui  n'est 
pas  roi,  dans  lequel  on  a  vu  Jean  sans  Terre  (cf.  Livre  Noir, 
p.  28:  Gwedy  Henri  Breuhin  na  brenhin). 

Le  deuxième  poème  contient  des  allusions  très  transparentes 
à  Guillaume  le  Roux  et  à  Henri  L 

Il  est  vraisemblable  que  le  poème  VIII  (Baglawc  bydin 
bagwy  onn)  a  été  composé  par  Llywelyn  Llogell  Rhyson, 
recteur  de  Marchwieil  en  Po\vys3,  du  temps  d'Edouard  III 
(dans  le  genre  ancien,  disent  les  lolo  mss.) 

Il  en  est  de  même  du  vers  de  cinq  syllabes.  Le  poème  XLIX 
de  Taliesin  (Skene,  II,  p.  204-205)   est  en  grande  partie  en 

1 .  Il  s'agit  sans  doute  de  la  suspension  notifiée  à  Wilfrid,  évêque  de 
Saint-David's,  pour  avoir  cédé  des  terres  relevant  de  l'évêché  à  Gerald  de 
Windsor  (Jones  et  Freeman,  Hist.  of  St  David' s,  p.  207).  Il  y  a  un  An- 
selme, évêque  de  Saint-David's,  mort  en  1248. 

2.  La  strophe  pourrait  être  interpolée. 

3.  Lloyd,  Hislory  of  Poivys  Fadog,  II,  p.  141- 142. 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  hisloriqucs  gallois.  3  5 

vers  de  cinq  syllabes  homœorimes.  Il  y  est  question  de  cinq 
chefs  venant  de  Normandie  : 

Pymp  ereill  dymgoi 
O  Nordinyii  niandi. 

Il  y  a  un  jeu  de  mots  sur  Nonhityn  et  Nordmandi.  Le 
poète,  pour  préciser,  a  spécifié  que  les  Nordmyn  n'étaient  point 
des  Scandinaves  ou  des  Danois,  mais  des  chefs  de  Normandie. 
C'est  une  allusion,  vraisemblablement,  comme  nous  le  ver- 
rons plus  loin,  à  des  événements  qui  se  sont  passés  vers  1170. 
En  tout  cas,  le  mot  de  Nordmandi  prouve  que  ce  poème  ne 
peut  être  antérieur  aux  premiers  rapports  des  chets  normands 
avec  les  Gallois,  c'est-à-dire  à  la  fin  du  xi^  siècle. 

Au  point  de  vue  métrique,  nous  sommes  sur  un  terrain  plus 
solide  quand  nous  sommes  en  présence  de  poèmes  construits 
d'après  des  systèmes  en  pleine  vigueur  au  xii^  siècle.  Du  xii^ 
au  xv^  siècle,  la  métrique  est  un  instrument  de  chronologie 
moins  important  que  pour  la  période  qui  précède,  mais  néan- 
moins fort  utile.  Je  prends  comme  exemple  le  type  connu 
sous  le  nom  de  Euglyn  unodl  union  ou  iinsain  (Englyn  de 
même  rime,  de  même  son  vocalique). 

Cet  Englin  se  compose  de  quatre  vers  :  les  deux  premiers 
ont  à  eux  deux  seize  syllabes  ;  le  premier  en  a  dix  en  y  com- 
prenant le  gair  cyrch  ou  toddaid,  mot  ou  expression  de  plu- 
sieurs mots  ne  rimant  pas  avec  les  autres  vers  mais  rattaché  à 
l'intérieur  du  vers  suivant  par  la  rime  ou  l'allitération  :  J.  David 
Rhys  l'appelle  heierosymphonicum,  hysterorythmicum,  aUosympho- 
nicuni,  rhythinitegens,  cxorythnicum.  La  coupe  principale  est 
immédiatement  dans  le  vers  de  dix  syllabes  après  la  cinquième 
syllabe.  La  partie  du  vers  qui  est  entre  la  cinquième  syllabe  et 
le  gair  cyrch  allitère  avec  la  partie  qui  précède  la  cinquième 
syllabe,  et,  plus  précisément,  s'il  y  a  dans  ce  premier  membre 
deux  rimes  internes,  avec  la  partie  terminée  par  la  deuxième 
rime.  La  syllabe  qui  précède  le  gair  cyrch  a  la  même  rime 
que  les  trois  autres  vers.  Les  deux  derniers  vers  ont  chacun 
sept  syllabes  et  sont  soumis  aux  mêmes  lois  que  le  vers  de 
sept  syllabes  du  type  dit  cyitydd  dciiair  hirion,  c'est-à-dire  que, 
suivant  les  grammairiens  et  suivant  l'usage  du  xv'^-xvi*  siècle, 


36  J   Loth. 

le  mot  final  d'un  des  deux  vers  est  un  monosyllabe  et  l'autre 
un  pol3'S3-llabe.  D'après  Gr.  Roberts,  il  suffit  que  l'accent  ne 
soit  pas  dans  le  mot  final  des  deux  vers  à  la  même  place,  ce 
qui,  praiiqueiucut,  revient  au  même,  Ex.  : 

Os  da  plethiad  màd  (ym  mor  —  a  hirwlych 
am  herw-Long,  raff  angor, 
Gwell  y  plethaf,  ddewraf  ddor, 
Gwawd  y  tafawd  yt,  Ifor  '■ . 

Ce  type  fixé  ainsi  que  je  viens  de  l'exposer  au  xiv^  siècle 
peut  servir  à  dater  les  poèmes  qui  le  présentent  du  xii^  au 
xiv"  siècle,  d'abord  par  les  lois  qui  régissent  le  gair  cyrch  et 
surtout  par  la  loi  de  la  finale  des  deux  derniers  vers.  Je  donne 
ici  les  résultats  certains  auxquels  je  suis  arrivé;  le  lecteur  en 
trouvera  les  preuves  précises  et  détaillées  dans  mon  second 
volume. 

La  loi  des  finales  est  ce  qu'il  y  a  de  plus  net.  Les  exceptions 
à  cette  loi  sont  nombreuses  au  milieu  du  xii^  siècle  ;  dans 
certains  poèmes,  l'exception  est  la  règle.  Dès  qu'on  approche 
de  la  fin  du  xii^,  elles  sont  de  moins  en  moins  nombreuses. 
Dans  un  poème  adressé  à  Llywelyn  ab  lorwerth,  roi  de  Gwy- 
nedd,  qui  mourut  en  1240,  poème  qui  fliit  allusion  à  des  évé- 
nements du  commencement  du  xiii"  siècle,  sur  24  strophes,  il 
n'y  a  plus  wic  seule  exception.  Il  est  vrai  que  chez  quelques 
poètes  de  la  première  moitié  du  xiii^  siècle,  on  en  relève  en- 
core quelques-unes,  au  moins  d'apparentes.  En  revanche,  dans 
la  seconde  moitié  du  xiii%  il  n'y  en  a  plus.  Pour  la  première 
moitié,  quand  elles  ne  sont  pas  rares,  il  y  a  lieu  de  se  méfier 
au  sujet  de  la  date  réelle  de  la  composition.  Ainsi  la  Myv. 
Arch.  attribue  à  Llywelyn  Fardd,  qu'elle  fait  fleurir  de  1250  à 
1290,  une  élégie  où,  sur  16  strophes,  il  y  a  /;////  exceptions  à  la 
loi  de  l'accent.  Or  ce  poème,  d'après  le  contexte,  est  adressé 
à  Owein  Fychan  ab  Madawc  ab  Maredudd,  tué  en  1187, 
d'après  The  Bruts  (p.  335)^.  Ce  prince  résidait  à  Mechain,  et 
ce  poème  parle  justement  de  cette  résidence.  Le  poème  est 
donc  sûrement  de  la  deuxième  moitié  du  xii'' siècle.  De  même,  la 


1.  Dafydd  ab  Gwilym,  éd.  de  Livcrpool,  1873,  p.  7. 

2.  Myr.  Arch.,  p.  247,  1-2. 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  57 

Myr.  Arch.  (p.  280-281)  attribue  à  Llywarch  Llaety  qui  vivait 
de  1290  à  1340,  un  poème  où  apparaissent  un  certain  nombre 
d'exceptions  à  la  loi  des  deux  finales.  Mis  en  défiance  par  ce  fiiit, 
j'ai  examiné  de  près  le  contexte.  Il  en  ressort  que  le  héros  du 
poème  est  Llywelyn  ab  Madawc  ab  Maredudd  qui  fut  tué  vers 
1160  (The  Bruts,  p.  322).  L'auteur  du  poème  s'y  nomme: 
c'ert  Llywarch,  c'est-à-dire  Llywarch  ap  Llywelyn  qui  florissait 
pendant  la  seconde  moitié  du  xii^  siècle,  barde  belliqueux  qui 
s'y  donne  à  lui-même  le  surnom  de  Llew  Cat,  lion  du  combat. 
Il  est  sûr  qu'un  poème  où  les  exceptions  à  la  loi  des  finales 
sont  quelque  peu  nombreuses  ne  peut  guère  être  plus  récent 
que  les  premières  années  du  xiii^  siècle. 

VEiiglyii  un.  un.  n'apparaît  pas  dans  le  Livre  de  Taliesin, 
non  plus  que  dans  le  Livre  d'Aneurin.  On  le  trouve  en  re- 
vanche dans  le  Livre  Noir.  Trois  poèmes  sont  en  Englyn  de 
ce  type.  Deux  (dans  l'un,  les  deux  derniers  vers  de  la  strophe 
sont  de  huit  syllabes)  sont  adressées,  d'après  le  titre  et  le  con- 
texte, à  Madawc  ab  Maredudd  (le  premier  à  son  clan),  roi  de 
Powys.  Le  deuxième  (Skene,  II,  p.  58)  est  un  jnarwnad.  Ma- 
dawc mourut  en  1159.  Dans  le  premier  poème  qui  est  en 
Engïynion  du  type  précédemment  décrit,  sur  cinq  strophes,  il 
y  a  trois  exceptions  à  la  loi  des  finales.  Un  autre  poème,  en 
Englyn  un.  un.  (Skene,  II,  p.  40)  ne  porte  aucune  indication 
qui  puisse  le  dater.  Tout  ce  que  le  texte  nous  apprend,  c'est 
que  le  héros  est  un  roi  du  Sud-Galles.  Sur  10  strophes^  il  y  a 
6  exceptions  à  la  loi  des  finales.  Ce  trait  suffirait  à  prouver 
que  le  poème  est  de  la  seconde  moitié  du  xii^  siècle.  Nous  re- 
trouvons ce  poème  dans  laM)7'.  Arch.,  p.  170.  Il  y  est  adressé 
à  Rhys  ab  Grufi"udd,  mort  en  1196-1197,  et,  de  fait,  la  partie 
en  Englyn  est  suivie  d'un  long  poème  construit  sur  un  autre 
système  qui  lui  est  sûrement  adressé. 

Le  poème  VI  du  Livre  Rouge  de  Skene,  présente  quatre 
englyn  un.  un.  Il  y  a  une  exception  à  la  loi  des  finales.  A  ce 
point  de  vue,  comme  au  point  de  vue  de  la  cynghanedd,  et  de 
la  rime  du  gair  cyrch  avec  la  coupe  du  vers  suivant,  ces  qua- 
trains seraient  de  la  seconde  moitié  du  xii'  siècle. 

D'autres  systèmes  sont  plus  intéressants  et  autrement  impor- 
tants parce  que  nous  pouvons  les  étudier  dans  des  textes  au- 


^R  J.  Loth. 

thentiques  du  xii*  siècle  et  dans  d'autres  sans  date  mais  re- 
montant a  priori  plus  haut. 

Le  système  dit  improprement  hiipunt  byrr  apparaît  à  toutes 
les  époques  :  dans  un  poème  daté  du  Livre  Noir,  dans  le 
Livre  d'Aneurin,  celui  de  Taliesin  et  le  Livre  Rouge.  Les  au- 
teurs modernes  en  font  une  strophe  avec  antistrophe,  com- 
posée de  trois  petits  vers  de  quatre  syllabes,  les  deux  premiers 
rimant  ensemble  et  le  troisième  portant  la  rime  dominante. 
Le  troisième  est  relié  au  précédent  par  la  cynghanedd.  Il  est 
plus  simple  et  plus  conforme  à  l'histoire  de  ce  type  de  l'or- 
donner en  grands  vers  de  douze  syllabes,  divisés  en  trois  tran- 
ches, les  deux  premières  rimant  entre  elles  et  la  troisième 
rehée  àla  deuxième  par  l'aUitération  ou  même  la  rime.  Exemple 
tiré  de  John  David  Rhys  : 

lawn  o'i  berchi  |  i  bawb  erchi  |  o  bob  eirchiad 

ar  y  dibenn  |  oes  annibenn  |  i  Sion  abad 

Le  poème  daté  de  ce  type  le  plus  ancien  se  trouve  dans  le 
Livre  Noir  (Skene,  II,  p.  30-40).  Il  est  consacré  à  Hywel  ab 
Goronwy,  tué  vers  1103  (The  Bruts,  p.  279).  Le  poème,  qui 
est  donc  vraisemblablement  de  la  fin  du  xi*^  siècle  ^,  est  or- 
donné dans  le  manuscrit  en  vers  de  douze  syllabes.  Chaque 
vers  commence  par  une  majuscule.  La  coupe  en  trois  tranches 
est  indiquée  généralement  par  des  points.  Les  lois  indiquées 
plus  haut  sont  généralement  observées.  Tout  d'abord,  il  y  a 
deux  rimes  internes;  la  troisième  partie  est  coupée  par  une 
rime  interne  ou  a  une  allitération  qui  la  relie  à  la  deuxième  : 

Duv  in  kymhorth  |  in  nertli  in  porth  |  in  canhorthwy. 

Il  v  a  cependant  quelques  particularités  qu'on  ne  retrouve 
plus  dans  les  poèmes  de  la  seconde  moitié  du  xii^  siècle  et  qui 
sont  un  reste  d'une  époque  plus  archaïque.  Il  y  a  un  vers 
(vers  22)  où  les  coupes  ne  riment  pas  : 

vth  arkiveir  |  arpennic  penn  |  o  plant  ncviiy. 
Parfois  la  troisième  partie  parait  sans  lien  avec  la  précédente. 

1  .  Ll-  poème  a  ctc  compose  à  répoquc  de  la  puissance  de  Hywel,  c'est-à- 
dire  avant  le  commencement  du  xu^  siècle. 


Rcmatqaec  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  59 

Vers  3  : 

Godriit  y  uar  |  gurt  in  trydar  |  gvac  rycothvy. 

Vers  9  : 

Ergig  anchuant  |  Guciit  GuLid  Morgant  i  Dyffrin  Mynvy. 

Vers  12: 

A  Meironit  |  ac  Eivonit  |  ac  Ardudvy. 

(de  même,  v.  16,  20;  p.  40,  v.  3). 

La  rime  se  distingue  par  quelques  archaïsmes.  C'est  une 
simple  assonnance  dans  : 

Ryvel  ebruit  |  a  DifFrin  Cluit  |  a  nant  Convy. 

Ebruit  =  chnuydd,  tandis  que  Cluit  qui  devrait  être  écrit 
Cluid,  ■=  Chuyd. 
P.  40,  vers  2  : 

Ny  dav  metic  j  hid  orphen  bid  |  hid  y  nottvy. 

Vers  4  : 

Caffaud  Hyuel  |  urth  y  hoewet  |  wy  rybuchvy. 

L  paraît  pouvoir  rimer  avec  r,  ce  qui  n'est  pas  admis  dans 
la  seconde  moitié  du  xii*^  siècle. 

Le  trait  le  plus  important,  c'est  que,  lorsque  la  troisième 
partie  rime  intérieurement  avec  la  deuxième,  le  mot  qui  suit 
cette  rime  interne  n'est  pas  relié  par  l'allitération  au  mot  qui 
la  porte,  au  moins  le  plus  souvent.  Prenons  au  contraire  un 
poème  attribué  à  Seissyll  Bryffwrch  et  en  tout  cas  adressé  à 
Rhys  ab  Gruiiudd,  poème  qui  fait  clairement  allusion  à  des 
événements  qui  se  sont  passés  vers  1157-8  (Myr.  Arch., 
p.  236-237  ;  cf.  The  Bruts,  p.  321),  poème  par  conséquent  de 
la  seconde  moitié  du  xii^  siècle.  Ici,  aucune  des  particularités 
indiquées  plus  haut.  Les  deux  tranches  internes  riment  entre 
elles;  la  troisième  allitère  ou  rime  intérieurement  avec  la 
deuxième  ;  quand  elle  rime,  le  mot  qui  suit  la  rime  est  toujours 
relié  avec  le  mot  rinmiit  par  l'allitération  ;  c'est  le  premier  mot 


40  J.  Lolh. 

accentué  de  h  troisième  tranche  qui  est  relié  par  l'allitération 
au  mot  final  de  la  deuxième. 

Rhys  wrys  wrysiad  |  rhyw  lyw  lychiad  |  gad  gywangor 
Graid  haid  hygar  |  grym  lym  lachar  |  gwrddfar  gyuor. 

La  cynghandd  est  dans  tous  les  cas  très  développée  : 

Clod  gyfragod  |  corl"  gyfarfod  |  rhod  glod  gludaw. 

Les  poèmes  du  Livre  Noir  (III  et  IV)  sont  du  type  du  poème 
consacré  à  Hywel.  Les  rimes  internes  ne  donnent  pas  d'ex- 
ception. En  revanche,  quand  il  y  a  rime  interne  dans  la  troi- 
sième partie,  et  c'est  à  peu  près  la  règle,  souvent  le  mot  qui 
suit  la  rime  n'est  pas  relié  au  mot  rimant  par  l'aUitération. 
Il  n'y  a  pas  non  plus  d'assonance.  De  plus,  les  trois  parties 
sont  reliées  à  l'initiale  par  l'allitération  au  moins  le  plus  sou- 
vent, ou  même  par  des  répétitions,  comme  dans  le  poème  de 
Seissyll  Brvffwrch.  La  rime  finale  est  plus  compliquée  que  dans 
le  poème  de  Hywel  où  on  a  partout  la  même  rime.  Ces  poèmes 
me  paraissent  être  de  la  première  moitié  du  xii^  siècle;  ils 
ne  peuvent  être  de  la  seconde  moitié.  Il  est  question  dans  le 
second  d'un  nyr  Aetan  (Aeddan)  :  serait-ce  un  descendant 
d'Aeddan  ab  Blegywryt,  roi  de  Gwynedd,  tué  en  1016? 

Le  Livre  Noir  contient  un  autre  poème,  religieux,  cette 
fois  (XII,  p.  13-14).  Cepoèmese  retrouve  dans  laMyr.  Arch., 
p.  272-273,  et  est  attribué  à  Gruffudd  ap  yr  ynad  Coch  que 
l'on  fait  vivre  entre  1260  et  1300.  Il  y  a  de  lui  une  élégie  sur 
la  mort  de  Llywelyn  ab  Grufiudd,  le  dernier  des  rois  gallois, 
tué  en  1281.  Ce  poème  est  sûrement  plus  récent  que  le  poème 
du  Livre  Noir  dont  il  vient  d'être  question.  Il  y  a  toujours 
deux  rimes  internes  ;  la  troisième  tranche  est  unie  à'  la 
deuxième,  le  plus  souvent  par  l'allitération;  c'est  le  premier 
mot  accentué  de  la  troisième  qui  est  ainsi  relié  au  dernier  mot 
de  la  deuxième  ;  parfois  l'allitération  est  complète  entre  les 
deux  tranches  : 

Duu  a  broued  |  in  y  truyted  |  in  y  trallaud 
Duu  an  gobdth  |  tcilug  pirfeith  |  tcc  ypurfaud. 

Quand  il  y  a  rime  interne  dans  la  troisième  tranche  avec  la 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  41 

finale  de  la  deuxième,    le  mot  final  se  relie  par  l'allitération 
au  mot  suivant  : 
P.  14,  V.  5: 

Ym  paraduis  |  im  pur  kynnuis  |  rac  puis  pechard 

Vers  8  : 

Din  a  collei  !  bei  nas  prinhei  |  divei  devaud 

Le  poème  de  la  Myr.  attribué  au  frère  Madog  (y  Brawd  Fa- 
dawg  ap  Gwallter)  et  fixé  par  le  recueil  à  l'année  1250, 
présente  exactement  les  mêmes  caractères  (Myr.  Arch., 
p.  274-275). 

Un  poème  attribué  à  Casnodyn  (JAyr.Arch.,  p.  286,  i  et  2), 
marque  une  complication  de  plus  :  chaque  lois  que  la  troisième 
tranche  n'a  pas  de  rimes  internes  en  exceptant  un  vers,  les  deux 
derniers  membres  sont  complètement  reliés  par  l'allitération  : 

Trossed  y  glo  ]  manar  amdo  I  mynor  ymdud 

Treid-ftraeth  maeth  med  |  treis  y  dewred  !  traws  y  deurud. 

Ce  dernier  trait  caractérise  les  poèmes  en  buppiiiit  du 
xiv^  siècle  {Myr.  Arch.,  p.  291,  i  et  2  ;  298,  i  et  2).  Aussi  le 
poème  enbiippiiiit  que  contient  la  Kyssegrlan  Fiichedd(Tbc  Elii- 
cidariiis  and  otber  tracts^  éd.  Morris  Jones,  p.  39)  est-il  sû- 
rement antérieur  à  cette  époque  :  il  n'a  pas  ce  dernier  carac- 
tère ;  il  a  ceux  du  poème  du  Frère  Madawg. 

Un  morceau  intéressant  du  Livre  d'Aneurin,  c'est  le  Gorcban 
Tiitviulcb.  Il  se  compose  de  32  vers  de  12  syllabes.  Le  texte 
paraît  altéré  en  quelques  endroits.  La  rime  n'est  pas  uniforme 
comme  dans  le  poème  à  Hywel  ab  Goronwy.  Il  est,  à  ce  point 
de  vue,  divisé  en  laisses  plus  ou  moins  longues  ;  la  plus 
longue  est  en  -ed  (=  edd')  ;  il  y  a  environ  5  vers  en  -yt  ;  6  en 
-in  ;  5  en  -eu,  et  deux  vers  isolés,  l'un  en  -lull,  l'autre  en  -or. 

Dans  la  laisse  la  plus  longue,  en  -e'S,  on  remarque  un  vers 
se  terminant  en  -cr.  Il  n'est  pas  impossible  qu'avant  le 
xii'^  siècle,  la  rime  ne  fût  autorisée  entre  des  syllabes  se  termi- 
nant par  liquide  avec  d'autres  terminées  par  une  spirante  den- 
tale sonore. 

Le  vers  est  divisé  en  trois  tranches  dont  les  deux  premières 
riment  entre  elles  ;   la  troisième  est  le  plus  souvent  rattachée 


42  ./.  Loth. 

à  la  deuxième  par  une  allitération.  Quelquefois,  il  n'y  a  pas 
de  lien  du  tout. 

Le  poème,  si  on  le  compare  à  celui  de  Hywel,  paraît  sensi- 
blement d'une  époque  où  les  lois  du  genre  étaient  à  peu  près 
les  mêmes.  Il  est  sûrement  antérieur  au  xii'^  siècle.  Le  contexte 
ne  fournit  historiquement  aucune  donnée  sûre.  Le  vers  27, 
p.  93,  paraît  présenter  Tutuwlch  comme  le  représentant  ou 
l'ami  de  Kynon;  mais  quel  est  ce  Kynon  ?  Historiquement,  un 
seul  est  connu,  c'est  un  roi  de  ce  nom  que  le  Brut  y  Tyiuysogion 
fliit  mourir  vers  817  {Jhe  Bruts,  p.  259). 

Le  Livre  d'Aneurin  présente  un  certain  nombre  de  strophes 
de  ce  type.  L'une,  p.  70,  se  retrouve  dans  le  Gorchan  Mael- 
derw  avec  quelques  variantes  (p.  100).  Elles  se  complètent 
l'une  l'autre  : 

P.  70,  V.  6  : 

Aryf  angkynnull  |  aglnman  dull  |  agkysgoget 
Trachywed  vawr  ]  treiglessvd  Uawr  |  Lloegrwys  giwet 
Heessit  eis  |  ygkynnor  eis  |  yg  catvereu 

P.   100^: 

Dryll  kedyr  cat  |  keia  crysgwydyat  |  bryt  am  gorlcu  - 
Diechwith  lam  |  y  orwylam  |  nat  ry  gigleu 

P.  70: 

Goruc  gw\r  lludw  ]  ae  gwraged  gwydw  |  k\'n  noe  anglieu 
Greit  val  Hoewgi  5  |  rac  ysberi  |  y  beri  creu 

Les  deux  césures  internes  riment  régulièrement;  la  troisième 
tranche  par  son  premier  mot  est  rattachée  par  l'allitération  (en 
exceptant  le  dernier  vers)  à  la  tranche  précédente,  sur  9  vers, 
trois  fois. 

P.  77  et  91.  Les  deux  strophes  paraissent  altérées:  on  peut 
ainsi  rétablir  les  vers  en  buppunt  : 

O  Dindywyt  |  yn  dyvuwyt  |  yn  dywovu 

Dwys  yd  wodyn  |  llym  yt  wenyn  |  llwyr  genyn  llii 

Ysgwyt  rug\n  |  rac  tarw  trin  |  y  dal  vriw  vu 


1 .  Un  vers  de  9  svUabes  en  -eu  précède. 

2.  Texte  ^or/rii'. 

5.   P.  100.  Breint  mab  Bleidgi  rac  ys  beri  y  bei  gren.    L';  de  ;(ît  a  été, 
p.  70,  rattaché  au  mot  précédent. 


Rematijucs  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois,  43 

P.    81  et   100:  strophes  altérées.    Ce  qu'il  y  a   de  remar- 
quable dans  les  strophes  du  Gododin,  c'est  qu'il  y  a  le  huppunt 
hir,  c'est-à-dire  ou  un  grand  vers  de  16  syllabes  à  4  tranches, 
ou  quatre  petits  vers  de  4  syllabes  : 
Angor  dewr  daen  |  sarph  seri  raen  j  sengi  wrymgaen  |  emlaen  bcditi 

Le  dernier  vers  aurait  même  20  syllabes  : 

Arth  arwynawl 
Sengi  waewawr 
Drussyat  dreissyawr 
En  dyd  cadyawr 
Yg  clawd  gwernin. 
Eil  nedic  nar  |  neus  duc  dwv  var  |  gwled  v  adar  [  o  drvdar  drin 

P.  100,  le  grand  vers  est  suivi  de  vers  de  10  sxllabes  : 

Angor  deor  dain  ]  sarph  saffwy  grain  |  [em]  blaen  bedin 

Vers  20: 

angor  deor  dain  |  anysgoc  vaen  |  em  blaen  bedin 
Letrud  leuir  |  a  mcirch  a  gwyr  |  rac  Gododin. 

Le  vers  suivant  est  un  biippiuit  mais  altéré: 

. .  .   Kemre  tôt  tarth  |  rac  garth  Merin 

Les  strophes  de  la  page  88  sont  curieuses  : 

Pan  ym  dyvyd  lliaws  pryder  [  pryderaf  fun  ' 

Fun  en  ardec  |  aryal  redec  !  ar  hynt  wylaw 

ku  kystudywn  |  ku  carasswn  |  kelleïc  faw. 

ac  Argoedwys  |  gwae  gordyvnwys  |  y  emdullyaw 

Ef  dadodes  |  ar  lluyd  pwys  |  ar  lies  rieu  2 

ar  dilyvyn  goet  |  ar  diliw  hoet  |  yr  kyvede 

P.  91,  la  strophe  paraît  altérée. 
Vers  16  : 

Ry  duc  diwyll  |  o  win  bebyll  |  ar  lies  tymyr 

Pour  le   vers  20,  voir  plus  haut  à  la  page  77  d'Aneurin. 
Quoique  le  nombre  de  ces  vers  en  huppimt,  en  exceptant  le  Gor- 

1 .  Coupé  en  un  vers  ]usquâpKS  pryJfr  ;  pryileraf  fun  forme  un  vers. 

2.  Forme  une  ligne;  les  autres  vers  sont  coupés  en  petits  vers  de  quatre 

syllabes. 


44  J-  Loth. 

chanTutvwlch,  soit  assez  restreint,  on  ne  s'avancera  pas  beau- 
coup en  affirmant  qu'ils  appartiennent  à  un  type  un  peu  plus 
archaïque  que  le  poème  de  Hywel  ab  Goronwy,  et  qu'ils  ap- 
partiennent vraisemblablement  à  un  système  en  vigueur  au 
x'-xi^  siècle. 

Le  Livre  de  Taliesin  présente  sept  poèmes  en  huppiint  : 

Le  poème  XXII  sur  les  plaies  d'Egypte  présente  plusieurs 
rimes  finales  dominantes.  Il  y  a  généralement  deux  rimes  in- 
ternes :  la  troisième  partie  assez  souvent  n'est  pas  reliée  par 
l'allitération  à  la  deuxième  ;  il  y  a  assez  souvent,  il  est  vrai, 
dans  la  troisième^  une  rime  interne  avec  la  finale  de  la 
deuxième,  mais  dans  ce  cas  le  mot  final  n'allitère  pas  avec  le 
mot  rimant. 

Le  huppunt  est  en  petits  vers;  je  le  coupe  en  grands  vers. 
Le  texte  est  altéré  par  endroits. 

P.  170,  vers  24  : 

Rygcdwys  Duw  |  dial  ar  plwyf  ]  Pharaonus 
Dec  pla  poeni  |  kyn  eu  bodi  j  vmor  affwys 
Kyssefin  pla  |  pvscawt  difa  |  dignawt  annwyt. 

Ce  poème  remonte  certainement  au  moins  au  xi^  siècle. 

Le  poème  XXIV  (Llath  Moesen,  la  verge  de  Moyse)  est  d'un 
type  peut-être  plus  archaïque  que  tous  ceux  qui  ont  été  décrits. 
Non  seulement  la  troisième  tranche  souvent  n'est  pas  refiée  S 
mais  sur  23  vers  du  type  huppunt,  il  y  en  a  cinq  où  les  deux  cé- 
sures ne  sont  pas  indiquées  par  la  rime  (p.  174,  v.  12,  15,  30; 
p.  175.  V.  3,  9).  On  remarque,  en  outre,  l'assonnance  entre 
kein  et  Meir  (p.  174,  v.  i)  ;  entre  elvy'8  et  selyf  (v.  6). 

Le  poème  XXIX  (p.  1 79-1 81)  est  également  d'un  type  au 
moins  aussi  archaïque.  Sur  42  vers,  les  deux  césures  ne  sont 
pas  marquées  par  la  rime  dans  sept  vers.  Il  n'y  a  pas  de  lien 
entre  la  troisième  tranche  et  la  deuxième,  au  moint  dans 
23  vers,  et  dans  les  autres  le  lien  est  lâche. 

Le  poème  XLIII  (p.  198)  (Marwnad  Dylan)  n'a  que  9  vers. 
On  y  remarque  aussi  un  vers  où  les  deux  césures  principales 


I .   Il  n"v  a  pas  de  liaison  dans  1 1  vers  et  dans  le?  autres  rallitération  est 
faible.        " 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  45 

ne  riment  pas,  une  finale  en  -er  rimant  avec  des  finales  en  -e$. 
Dans  trois  vers,  il  n'y  a  pas  de  lien  d'allitération  entre  les 
deux  derniers  membres.  Dans  quatre  autres,  il  est  vrai,  le  troi- 
sième membre  a  une  rime  interne  avec  la  finale  du  deuxième, 
mais  le  mot  rimant  n'allitère  pas  avec  le  mot  final  suivant.  Ce 
poème  est,  en  tout  cas,  d'un  type  aussi  ancien  que  le  poème 
sur  Hywel  ab  Goronwy. 

Le  poème  XLV  (p.  199-200)  a  toujours  les  deux  césures 
principales  marquées  par  la  rime.  Sur  29  vers,  9  fois  il  y  a  au 
troisième  membre  une  rime  interne  avec  la  finale  de  la 
deuxième,  mais  le  mot  suivant  n'est  pas  relié  à  celui  qui  pré- 
sente la  rime  interne.  Dans  13  vers,  le  troisième  membre  n'est 
pas  relié  au  deuxième  par  l'allitération.  Ce  poème  paraît  sen- 
siblement du  même  type  que  le  poème  de  Hywel  ab  Goronwy, 
avec  quelque  chose  de  plus  archaïque.  A  noter  aussi  que  -0^, 
-ol  et  -or  riment  ensemble  à  la  finale. 

Le  Livre  Rouge,  chez  Skene,  ne  présente  qu'un  poème  en 
huppiint  (XVII,  p.  291-293).  Ce  poème  comprend  38  vers  du 
type  hiippiint.  Il  est  consacré  à  Uryen.  Il  n'y  a  pas  d'exception 
à  la  loi  des  deux  rimes  internes  terminant  les  deux  premiers 
membres.  Dans  cinq  vers,  il  y  a  rime  interne  dans  le  troi- 
sième membre  avec  la  finale  du  deuxième  membre.  Dans 
deux  de  ces  vers,  le  mot  rimant  de  la  troisième  tranche 
est  rehé  au  suivant  (le  mot  final)  par  l'allitération.  Dans  six 
seulement,  en  dehors  des  5  vers  où  il  y  a  rime  interne  au 
troisième  membre,  ce  membre  est  relié  au  deuxième  par 
l'allitération.  On  remarque  dans  ce  poème  dont  la  rime  finale 
est  en  -yS",  deux  vers  séparés  l'un  de  l'autre  qui  se  terminent 
en  -}'/'.  Le  poème  peut  être  sensiblement  de  la  même  époque 
que  le  poème  de  Hywel.  Ce  poème  appartient  à  la  même 
école.  Le  poème  paraît  faire  allusion  à  des  événements  qui 
se  sont  passés  entre  1113  et  1135.  L'auteur  y  parle  de  la  ba- 
taille de  Cors  Fochno.  La  seule  bataille  historique  de  ce  nom 
a  été  livrée  en  1135  par  Owein  ab  Cadwaladr,  fils  de  Gru- 
ffudd  ab  Cynan,  et  Gruff'udd  ap  Rhys  aux  Normands  et  Fla- 
mands. Cors  Fochno  est  en  Llanfihangel-Geneu'r  Glyn,  en 
Cardigan.  Il  ne  saurait  y  avoir  de  doute  sur  la  situation  de 
Cors  Fochno.  Le  poète  Gwalchmai  célèbre  la  victoire  d'Owein 


46  J.  Lotit. 

à  Cors  Fochno  et  ajoute  qu'il  poursuivit  les  Flamands  jusque 
chez  eux  en  Penfro  et  leur  imposa  tributs 

Comme  on  a  pu  déjà  s'en  convaincre,  la  cynghanedd  joue  le 
rôle  le  plus  considérable  dans  l'évolution  de  la  métrique  gal- 
loise et,  par  conséquent  aussi,  se  recommande  tout  spéciale- 
ment à  l'attention  à  propos  des  poèmes  non  datés.  Pour  mieux 
faire  comprendre  son  rôle,  je  caractérise  brièvement  sa  nature 
et  ses  principales  variétés. 

La  cyiighaiiedd  {=  *concania)  est,  d'après  Griffith  Roberts, 
l'accord  ou  la  cousonnance  (cyssondcb)  technique,  c'est-à-dire, 
suivant  les  règles  de  l'art,  entre  difterentes  syllabes  ou  lettres 
despèce  identique  (rime)  ou  de  son  semblable  (allitération). 

John  David  Rhys  la  définit  ainsi  :  «  conccntus  seu  jjy.jojvla, 
hoc  loco,  nihil  aliud  est  quam  similium  inter  se  invicem  lite- 
rarum  concordans  et  mutua  consonantia.  » 

Les  deux  définitions  sont  incomplètes.  Celle  de  Middleton 
est  trop  compréhensive  :  pour  lui,  c'est  tresser  et  ordonner 
symétriquement  un  vers  2,  mais  il  y  a  dans  cette  définition 
une  part  de  vérité.  Il  peut,  en  effet,  d'après  les  idées  des  poètes 
du  xV^-xvi^  siècle  et  de  leurs  successeurs,  y  avoir  dans  un  vers 
rime  ou  allitération  sans  qu'il  y  ait  cynghanedd. 

On  serait  près  de  la  vérité  en  définisant  la  cynghanedd,  l'en- 
trelacement ou  l'entrecroisement  des  membres  du  vers  par  la 
rime  ou  l'allitération,  presque  toujours  par  les  deux  à  la  fois, 
à  des  places  déterminées. 

Il  y  a  deux  espèces  de  cynghanedd  :  la  cynghanedd  vocalique 
(sain)  et  la  cynghanedd  consonantique  (prost). 

La  cynghanedd  vocalique  présente  deux  variétés  principales  : 
l'une  qui  comporte  deux  rimes  internes,  mais  qui  exige  l'alli- 
tération entre  le  deuxième  membre  terminé  par  la  rime  et  le 
dernier  contenant  la  rime  finale,  laquelle  est  toujours  différente 
des  rimes  internes  ;  l'autre,  qui  exige  deux  rimes  internes,  la 
dernière  à  la  syllabe  précédant  la  rime  finale. 

1 .  Myr.  Arch.,  p.  145,2.  Sur  ces  événements,  cf.  The  Bruts  à  l'année  1 1 1 3 
et  à  l'année  1 135.  Griiffiidd  ap  Rlm  paraît  désigné  commQ Tours  qui  se  lèvera 
du  sud  et  rejoindra  le  chef  de  Gwyncdd. 

2.  Middleton,  ap.  Flores  poetaruni  hritanuicoruin,  éd.  de  1864.  p.  v: 
cynghanedd  y\v  eiliaw  a  phlethu  braich  o  bennill  ar  gerdd  dafod. 


Reman^ues  sur  les  liciix  poèmes  historiques  gallois.  47 

La  première,  appelée  par  Gr.  Roberts  cynghanedd  sain  ryiuiog 
(cyngbancdd  vocalique  propre),  divise  le  vers  en  trois  membres 
ou  parties  :  la  partie  qui  a  la  rime  finale  (odl-ddarn)  ;  la  partie 
du  milieu  (gorddarn)  ;  la  partie  initiale  (rhagddarn).  La  syl- 
labe finale  rimante  est  Vodl,  la  finale  de  la  gorddarn,  la  gorodl ; 
la  finale  de  la  rhagddarn,  la  rhagodl.  La  consonne  ou  les  con- 
sonnes précédant  la  rime  finale  allitèrent  avec  la  consonne  ou 
les  consonnes  précédant  la  gorodl  ou  rime  du  milieu  ou  du 
sommet  : 

Bod  hynod  wiw  glod  eglwys 

L'autre  type  de  cynghanedd  vocalique  est  généralement  ap- 
pelé Unsg  (traînante)  : 

I  hwyneb  yn  gynhebig. 

Certains  métriciens  réservent  à  cette  cynghanedd  le  nom  de 
unodl  (de  même  rime),  d'autres,  celui  de  sain  (son  vocalique)  (on 
en  trouve  l'équivalent  en  moyen-breton)  ^ 

La  cynghanedd  hrost,  ou  cynghanedd  par  allitération,  consiste 
essentiellement  dans  h  diversité  de  la  voyelle  et  V identité d'asson- 
nance  de  la  consonne.  Le  concentns  n'est  pas  seulement  entre 
consonnes  et  consonnes,  mais  porte  sur  la  syllabe  entière, 
sur  le  groupe  allitérant,  au  moins  au  xv^-xvi^  siècle. 

Il  y  a  deux  sortes  de  cynghanedd  brost  :  la  cynghanedd  grocs 
{cruciformis,  dit  J.-D.  Rhys)  ou  croisée;  et  la  cynghanedd  draws 
(cruciformis  transiliens)  ou  cynghanedd  qui  passe  par  dessus, 
d'après  les  métriciens. 

Dans  le  cynghanedd  groes  proprement  dite,  aucune  des  con- 
sonnes d'un  des  membres  du  vers  n'est  sans  allitérer  avec  celles 
de  l'autre  membre,  en  exceptant  toutefois  la  consonne  qui 
termine  la  rime  finale  : 

dall  i'm  cof  I  dy  liw  o'm  cwsg 

Dans  la  cynghanedd  draws,  des  consonnes  se  trouvent  sans 
allitération  et  comme  isolées  dans  le  vers,  entre  la  première 
coupe  et  la  partie  qui  tient  à  la  rime  finale  : 
o'r  awr,  |  i'th  welais  |  erioed 

I .  Je  traiterai  de  la  métrique  bretonne  dans  le  prochain  numéro  de  la 
Revue  Celtique. 


48  J.  loîh. 

rihu'eJais  est  isolé  dans  le  vers.  L'allitération  passe  par  dessus 
ce  remplissage  (Uamu)  et  va  rejoindre  Vodl-âdarn. 

Il  faut  que  la  première  consonne  accentuée  du  vers  allitère 
avec  la  consonne  la  plus  proche  de  la  voyelle  de  la  rime  : 

Y  swydd  pan  na  roit  dan  sel 

Telle  est  la  cynghanedd  et  tels  sont  ses  caractères  fonda- 
mentaux aux  xv^-xvi^  siècles  et  même  dans  la  plus  grande 
partie  du  xiv^  siècle.  S'il  fallait  en  croire  les  écrivains  gallois, 
la  cynghanedd  n'existait  pas  dans  les  vieux  poèmes  gallois  ou 
s'y  trouvait  par  hasard.  C'est  vrai,  en  partie,  si  on  le  juge  au 
point  de  vue  des  lois  si  compliquées  de  la  métrique  du  xvi''  siècle. 
Mais  la  cynghanedd  est  assez  développée  à  toutes  les  époques 
que  nous  pouvons  atteindre.  Il  faut  ajouter  que  de  tout  temps, 
probablement,  il  y  a  eu  certains  genres  où  son  absence  était 
de  règle. 

Le  rôle  de  la  cynghanedd  est  important  dans  le  type  du 
hnppnnt.  Mais  le  système  où  on  peut  le  mieux  suivre  son 
évolution  est  le  système  des  vers  de  neuf  syllabes,  le  système 
le  plus  répandu,  avec  YEnglyn  avant  le  xiv''  siècle.  Dans  les 
poèmes  de  ce  type,  les  tirades  de  vers  homœorimes  de  neuf  syl- 
labes sont  généralement  agrémentées  de  temps  à  autre  ou  in- 
terrompues par  un  cy)xh  ou  toddaid  (v.  plus  haut  à  ÏEnglyn). 
Les  tirades  sont  de  moins  en  moins  longues  à  mesure  qu'on 
s'éloigne  du  xii^  siècle.  Au  xv=-xvi%  la  strophe  de  ce  type  n'a 
plus  guère  que  quatre  vers. 

Le  marwnad  de  Grufîrudd  ap  Cynan  (mort  en  1137)  par 
Meilyr  nous  fournit  un  excellent  point  de  départ.  Nous  pou- 
vons y  étudier  avec  sûreté  la  cynghanedd  dans  la  première 
moitié  du  xii^  siècle  ^ 

Sur  180  vers  divisés  en  grandes  laisses,  on  en  compte  environ 
une  centaine  avec  deuxième  rime  interne.  Dans  38  à  40  vers 
la  partie  qui  vient  après  les  deux  rimes  internes  est  liée  au 
mot  qui  la  contient  par  l'allitération.  Dans  les  autres,  c'est-à- 
dire  plus  de  la  moitié,  il  n'y  a  pas  ce  lien. 


I.   M,)i<.  Arch.,  p.  140-141 


Remarques  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  49 

Dans  8  ou  9  vers,  il  n'y  a  pas  de  cynghanedd  apparente,  c'est- 
à-dire  pas  d'allitération  dans  les  vers  sans  rime  interne,  entre 
les  deux  membres  du  vers  :  ces  vers  ont  toujours  la  coupe 
principale  à  la  cinquième  syllabe,  excepté  dans  quelques  rares 
poèmes  '. 

On  trouve  chez  Meilyr  tous  les  genres  de  cynghanedd  : 
cyngh.  sain  : 

Cad  yn  Iwerton  dirion  drefyt 
cynghanedd  lusg  : 

ny  bu  i  erlid  yn  odidawc 

cyngh.  consonnantique  : 

Yr  arynaic  llew  |  Uaw  diferiawc. 
Cad  rag  castell  Mon  [  mor  digeryt. 
as  rotwy  fy  ren  |  rann  dragywyt. 

Les  deux  mots  allitérant  sont  généralement  rapprochés;  l'un 
termine  le  premier  membre,  l'autre  commence  le  second.  Nous 
sommes  loin  des  exigences  des  poètes  du  xvi°  siècle. 

Les  poèmes  de  Gwalchmai  forment  l'intermédiaire  entre 
ceux  de  Meilyr  et  ceux  de  Cynddelw,  le  plus  largement  repré- 
senté des  bardes  de  la  seconde  moitié  du  xii^  siècle  dans  la 
Myvyrian.  Au  point  de  vue  de  la  cynghanedd  par  allitération, 
Gwalchmai  est  au  même  point  que  Meilyr  ;  elle  est  rarement 
plus  compHquée.  Cependant,  on  remarque  des  vers  comme: 

Balch  ei  fenwin  beilch  ei  faon 
Alaf  dy  geinryd  |  elw  dy  ganrain. 

La  différence  la  plus  sensible,  c'est  que  chaque  fois  qu'il  y  a 
cynghanedd  vocalique,  le  mot  après  la  dernière  rime  interne  est 
relié  au  mot  qui  la  porte  par  l'alUtération^,  La  coupe  prin- 
cipale est  aussi  à  la  cinquième  syllabe  ou  mieux,  immédia- 
tement après  la  cinquième. 

Dans  les  poèmes  de  Cynddelw,  la  cynghanedd  consonantique 


1 .  Chez  Meilyr,  lorsqu'il  y  a  deux  rimes  internes,  la  première  est  géné- 
ralement à  la  cinquième  syllabe. 

2.  Myi'.  Arch.,  }^.  142-144;  146-147. 

Revut  Celtique,  XXI.  4 


50  ./.  Loth. 

est  plus  développée.  Chaque  fois  qu'il  y  a  cynghaneâd  sain,  la 
partie  portant  la  rime  finale  est  reliée  au  mot  portant  la  der- 
nière rime  par  l'allitération.  Cette  règle  est  sans  exception,  on 
le  voit,  dès  la  seconde  moitié  du  xii'^  siècle.  La  coupe  princi- 
pale est  aussi  à  la  cinquième  syllabe.  Il  est  inutile  de  pousser 
plus  loin  l'étude  de  la  cynghanedd  pour  le  but  que  je  me  pro- 
pose ici.  Ces  traits  suffisent  pour  nous  faire  dater  approxima- 
tivement un  certain  nombre  de  poèmes  intéressants. 

Le  premier  poème  du  Livre  Noir  est  un  dialogue  entre 
Myrddin  et  Taliesin.  Il  y  est  question  de  divers  personnages 
plus  ou  moins  connus  et  d'événements  célèbres  comme  la  ba- 
taille d'Arderydd.  Plus  de  la  moitié  du  poème  est  en  vers  de 
9  syllabes.  La  coupe  est  différente^  de  celle  que  nous  avons 
constatée  ;  le  vers  est  toujours  divisé  en  trois  tranches,  les 
deux  premières  marquées  par  la  rime  et  la  troisième  reliée  sou- 
vent à  la  seconde  par  l'allitération  (sur  22  vers,  8  fois).  La 
proportion  est  à  peu  près  la  même  que  chez  Meilyr.  De  plus, 
la  rime  interne  est  la  règle.  Il  est  sûr  que  ce  poème  ne  peut 
pas  être  plus  ancien  que  la  première  moitié  du  xii^  siècle. 

Les  poèmes  XVI,  XVII,  XVIII  du  Livre  Noir  ont  été  mis 
sous  le  nom  de  Myrddin.  On  est  généralement  d'avis  qu'ils 
ne  sont  pas  bien  anciens,  mais  on  n'a  qu'à  lire  ce  qu'en  dit 
Stephens  (L/7^ra///;-  yCymry,  p.  198  et  suiv.),  le  mieux  ren- 
seigné cependant  des  critiques  gallois,  pour  voir  combien  il  )■ 
a  de  fantaisies,  au  milieu  de  quelques  vérités,  dans  les  argu- 
ments qu'on  a  apportés  de  part  et  d'autre  dans  les  discussions 
auxquelles  ils  ont  donné  lieu. 

Le  poème  XV  comprend  trois  strophes  de  vers  de  10  et 
9  syllabes  se  terminant  en  -luy,  -i,  en  exceptant  la  deuxième, 
qui  n'a  que  5  vers  se  terminant  en  -on. 

La  cynghanedd  vocalique  y  est  rare  : 

AV  gueisson  gleisson  yscuvin  travodi 
ac  am  Gewin  ir  Aeluid  bvid  balawon 
a  mineich  in  vynich  in  varchogion 
ac  arall  amw  ail  am  dwy  lan  Gwy 

I .  Dans  deux  vers  (p.  4,  v.  12),  la  coupe  est  k  la  cinquième  syllabe.  Le 
poème  IX,  p.  10,  qui  paraît  plus  ancien,  a  la  coupe  à  la  troisième  et  sixième 
syllabe  pour  les  vers  de  9  syllabes. 


Remar^jues  sur  les  vieux  poèmes  historiques  gallois.  5 1 

Plusieurs  vers  paraissent  sans  aucune  cynghanedd.  La  cyn- 
ghanedd  consonantique  est  dans  quelques-uns  très  nette: 

ar  dillad  rution  |  in  eu  rôti 
Guraget  dan  y  Gint  |  guir  yg  kystvy 
amser  kadwaladr  |  kert  a  ganhw}'. 

Dans  les  vers  de  9  syllabes,  la  coupe  principale  paraît  être 
à  la  cinquième.  A  en  juger  par  la  cynghanedd^  ce  poème  serait 
antérieur  à  celui  de  Meilyr.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  qu'on  a 
ici  affaire  à  de  prétendus  poèmes  de  Merlin,  que  l'auteur  réel 
a  dû  intentionnellement  donner  une  couleur  plus  archaïque  à 
son  œuvre  et  imiter  vraisemblablement  des  types  de  vers  plus 
anciens.  L'histoire  peut  ici  venir  à  notre  aide. 

Il  est  question  dans  ce  morceau  d'un  combat  à  Ardudwy.  Le 
Livre  Rouge  (Skene,  II,  p.  234)  y  fait  aussi  allusion  et  immé- 
diatement après  mentionne  la  venue  du  Cocb  Nordniandi  ou  du 
Rouge  de  Normandie,  c'est-à-dire  de  Guillaume  Le  Roux. 

La  vie  de  Gruffudd  ap  Cynan  écrite  par  un  contemporain 
nous  apprend  que  Guillaume  Le  Roux  dans  la  première  de  ses 
expéditions  campa  à  Mur  y  Castell,  précisément  situé  en  Ar- 
dudwy, probablement  vers  1091  ou  1093  ^ 

Le  vers  5  nous  fournit  une  donnée  encore  plus  précise  : 

A  pheleidir  a  gaur  inyganhvy 
«  Et  des  javelots  et  des  cris  de  guerre  à  Dyganhwy.  » 

Dyganhuy  avait  été  la  résidence  des  princes  de  Nord- 
Galles  jusque  vers  8ro,  époque  où  la  foudre  détruisit  la  for- 
teresse. C'est  sur  ses  ruines  que  fut  bâtie  Aberconwy.  Hugues 
le  Loup,  comte  de  Chester,  y  bâtit  un  château-fort.  Vers  1088, 
Gruffudd  ap  Cynan  remonta  avec  des  vaisseaux  jusqu'à 
Aberconwy  et  ravagea  les  terres  des  Normands.  Robert  de 
Rhuddlan,  gouverneur,  sortit  de  la  forteresse,  suivi  d'un  seul 
solaat.  Les  Gallois  l'accablèrent  de  traits,  en  couvrirent  son 
bouclier,  si  bien  qu'il  succomba  sous  son  poids;  puis  ils  lui 


I.  Cf.  The  Bruts,  p.  271-275.  Pour  la  vie  de  Gruffudd  ap  Cynan,  cf. 
Myv.  Arch.,  p.  730-73  i.  Il  y  eut  une  autre  expédition  de  Henri  I  au  même 
endroit  en  un. 


5  2  J.  Loth. 

coupèrent  la  tète^  Le  château  fut  démoli  en  12 13  par  Llywe- 
lyn  ab  lorwerth. 

Le  vers  qui  parle  de  la  domination  d'Edwin  en  Mon  est 
embarrassant.  Il  est  possible  qu'au  lieu  d'Edwin,  il  faille  lire 
Owein  ou  au  lieu  de  ac  Ediviu,  map  Edwin.  Owein  ab  Edwin, 
en  effet,  avait  appelé  les  étrangers  à  son  aide  en  Mon  même, 
mais  en  1096  il  s'était  mis  à  la  tête  des  Gallois  de  l'île  ré- 
voltés 2. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  poème  a  été  composé  au  plus  tôt  à  la 
fin  du  xi'^  siècle. 

Le  poème  XVII  est  connu  sous  le  titre  à.'Afallenau  Myrddin. 
Il  se  compose  de  10  strophes  de  vers  homoeorimes  commen- 
çant pav  Afallcn.  Les  vers  sont  le  plus  souvent  de  9  syllabes; 
il  y  en  a  de  10  et  même  de  11  et  de  13.  Sur  86  vers,  il  y  en  a 
50  environ  qui  ont  deux  rimes  internes;  dans  30  vers  au 
moins,  il  y  a  Hen  d'allitération  entre  la  dernière  rime  et  le 
mot  suivant.  Il  y  a  dans  les  vers  sans  rime  interne,  généra- 
lement cynghanedd  consonnantique,  en  exceptant  quelques  for- 
mules qui  doivent  être  plus  anciennes,  empruntées  à  dessein  : 
comme  :  a  vii  disgoganazv  e  (cf.  afallen  pcren.)  Il  y  a  presque 
toujours  lien  d'allitération  entre  les  deux  membres  du  vers  à 
cynghanedd  consonnantique.  Les  mots  allitérants  sont  le  plus 
souvent  rapprochés  : 

In  diffrin  Machawy  [  merchyrdit  creu 
oef  kas  gan  guassauc  |  guaessaf  Rydirch 
Kyn  dyffod  ar  wi  llav  e  |  lleith  mab  Guendit 

Quelquefois,  c'est  le  commencement  de  chaque  membre 
qui  est  lié  : 

Nu  nym  car  i  Guendit  |  ac  nim  eneirch 

Parfois  l'allitération  est  presque  complète  : 
Gorvolet  y  Gimry  gorvaur  gadeu 


1.  Pennant,  Tour  in  Walcs,  I,  147,  d'après  Rob.  Williams,  The  his- 
tory  and  ihe  toicn  of  Jherconivy,  p.  12;  cf.  Vie  de  Gruffudd,  Myv.  Arch., 
p.  730. 

2.  The  Bruis,  p.  275. 


Remarijucs  sur  Us  riiUX  poèmes  liistoriijiics  gallois,  -5  ^ 

Le  poème  paraît  un  peu  plus  récent  que  le  précédent  d'après 
la  métrique.  L'auteur  appartient  peut-être  à  une  école  plus 
raffinée.  Les  AfaUenau  dans  la  Myr.  Arch.  sont  beaucoup  plus 
étendus  et  ont  sûrement  subi  des  additions.  Notre  texte  men- 
tionne un  événement,  la  bataille  de  Machawy,  qui  s'est  passé 
vers  1055  d'après  divers  textes  et  notamment  la  Chronique 
anglo-saxonne.  A  cette  époque,  Gruffudd  ap  Llywelyn  ap  Sitsyll 
venant  en  aide  à  Aelfgar  révolté  contre  le  roi  Edward,  bat 
complètement  Ranulph,  comte  de  Hereford,  dans  le  voisinage 
de  cette  ville,  prend  la  ville  et  la  brûle  avec  son  monastère. 
D'après  les  Bruts,  p.  405,  267,  la  bataille  aurait  eu  lieu  à  Ma- 
chawy. Le  Livre  de  Llandaff  mentionne  Diffrin  Machagiii,  ac- 
tuellement Bachawy,  en  Radnorshire. 

Les  combats  signalés  entre  les  hommes  de  Prydyn  (Ecosse), 
défendant  leur  patrie  contre  les  hommes  de  Dublin  (les  Scan- 
dinaves) font  peut-être  allusion  à  la  conquête  de  Cnut  et  aux 
luttes  qui  suivirent  dans  la  seconde  moitié  du  xi=  siècle. 

Le  poème  des  Hoianau  est  beaucoup  plus  étendu.  Il  ne  peut 
avoir  été  composé  sous  la  forme  sous  laquelle  il  nous  est  par- 
venu avant  la  lin  du  xii*"  siècle.  Stephens  {Liier.,  p.  242)  a 
déjà  fait  remarquer  que  la  strophe  qui  célèbre  les  cinq  cheva- 
liers de  Normandie  partant  pour  la  conquête  de  l'Irlande,  se 
rapporte  à  des  événements  de  1170.  Quant  au  pèlerinage  à 
Saint-David's,  c'est  un  souvenir  du  grand  pèlerinage  fait  par 
Henri  lien  l'an  1172  (The  Bruts,  p.  328). 

La  strophe  2  de  la  page  24  concernant  les  deux  fils  de  Rhys, 
évidemment  Rhys  ab  Gruffudd  ap  Cynan,  se  rapporte  à  deux 
événements  de  l'an  1196  ÇTbe  Bruts,  p.  338). 

P.  26,  je  relève  deux  vers  qui  jusqu'ici  n'ont  pas  été  bien 
interprétés  : 

A  mi  discoganau  e  Kad  Coet  Lluivein 
A  geloraur  rution  rac  ruthir  Owein. 

Ovvein  est  sûrement  Owein  Gwynedd  mort  en  1169.  Un 
poème  de  Gwalchmai  célèbre  la  victoire  d'Owain  à  Lhvvfiin 
(Myv.  Arch,,  p.  150,  i): 

Gweleis  aer  uch  Cacr  ucli  Coed  Lbvvfaiii, 
Nid  oedynt  Wyned  wryd  fvchain, 
Nid  oedud  i'ygwl,  fugail  Prydain. 


54  J-  l'Oth. 

Ce  poème  mentionne  des  événements  qui  se  sont  passés 
vers  1135  et  1157. 

La  destruction  de  Dyganhwy  parait  viser  les  années  12 10 
1212. 

Le  début  des  Hoianau  parait  mentionner  des  événements  plus 
anciens.  L'auteur  dit  qu'il  va  prédire  devant  Unie  bariffvin. 
Nous  avons  vu  plus  haut  qu'on  donnait  le  surnom  de  unie 
à  Gruft'udd  ap  Cynan.  Il  s'agirait  vraisemblablement  d'événe- 
ments qui  se  sont  passés  vers  la  fin  de  sa  vie. 

P.  25,  en  note,  il  est  question  de  la  conquête  de  l'Angle- 
terre par  les  descendants  de  Yswein,  c'est-à-dire  Sweyn. 

Par  descendants  il  faut  probablement  entendre  les  rois  Danois 
qui  ont  remplacé  Cnut,  fils  de  Sweyn,  peut-être  Harald,  fils 
prétendu  de  Cnut  et  d'Aelfgifu,  mort  en  1040,  et  Harthacnut, 
fils  incontesté  de  Cnut,  mort  en  1042.  Peut-être  ne  faut-il  pas 
prendre  l'expression  à  la  lettre  et  s'agit-il  de  Harold,  fils  de 
Godwin,  et  de  son  frère  Tostig.  Le  premier,  l'adversaire  de 
Guillaume,  à  Hastings,  a  joué  un  grand  rôle  dans  les  affaires 
galloises.  S'ils  n'étaient  pas  Danois  par  leur  père,  ils  l'étaient 
par  leur  mère. 

Le  poème  appelle  les  mêmes  remarques  que  le  précédent.  Il 
y  a  des  archaïsmes  voulus,  peut-être  aussi  un  noyau  un  peu 
plus  ancien  fondu  en  un  tout  à  la  fin  du  xii^  siècle  ou  au  com- 
mencement du  XIII'  siècle. 

Le  poème  est  en  laisses  homœorimes  de  9  syllabes,  quel- 
quefois 10.  Il  y  a  aussi  des  strophes  d'un  genre  différent,  no- 
tamment du  type  cyhyâedd  hir.  La  eynghanedd  présente  le  même 
état  que  les  AfaUcnaii.  Les  vers  à  eynghanedd  vocalique  lient 
souvent  le  mot  qui  a  la  dernière  rime  interne  au  mot  qui  suit, 
mais  les  exceptions  sont  assez  fréquentes.  L'auteur  de  la  fin 
du  xii^  siècle  appartient  volontairement  peut-être  à  l'ancienne 
école^  celle  du  commencement  de  ce  siècle.  Il  est  d'ailleurs 
probable  que  ce  poème  a  subi  des  additions  successives.  Le 
dernier  auteur  ou  l'arrangeur  paraît  avoir  voulu  célébrer  sur- 
tout Llywelyn  ab  lorwerth  au  début  de  sa  carrière  (règne  de 
1194  à  1240)  et  Rhysab  Gruffudd  (mort  en  1190). 

Les  poèmes  du  Livre  de  Taliesin  IV,  VI,  XII,  XIV,  XVIII, 
XXI,  XXVI,  XXX,  XXXI,  XXXV,  XXXVI,  XLII,  XLIII, 


Hemarijucs  sur  les  vieux  poèmes  liistoi i(jiies  gallois.  )  ^ 

L,  LUI,  LIV  sont  surtout  en  vers  de  9  syllabes.  Le  poème  XLII 
intitulé  Marwnal  Convi  m.  Dayry  (p.  198)^  probablement 
écourté,  offre  un  intérêt  historiquement  moindre  que  bon 
nombre  d'autres,  mais  se  recommande  particulièrement  à  l'in- 
tention, parce  que  pour  le  fond  c'est  évidemment  une  imi- 
tation de  quelque  poème  irlandais  sur  le  meurtre  de  Cùrôi  mac 
Dairi.par  le  héros  de  l'Ulster  Cûchulin.  Stephens  s'est  livré  à 
ce  sujet  aux  fantaisies  les  plus  invraisemblables.  D'autres  ont 
vu  dans  Corroi,  Carausius,  ce  qui  est  de  tout  point  impos- 
sible. La  métrique  de  ce  poème  montre  clairement  qu'il  ne 
doit  pas  être  antérieur  à  la  première  moitié  du  xii''  siècle  ^  La 
coupe  principale  est  régulièrement  à  la  cinquième  syllabe.  Le 
poète  est  un  amateur  de  la  cynghanedd  consonantique  qui  y 
est  aussi  développée  que  dans  plusieurs  poèmes  du  milieu  du 
xii^  siècle.  Les  deux  membres  du  poème  sont  liés  par  l'allité- 
ration en  exceptant  quatre  vers. 

Dy  ffynhawn  lydan  |  dylleinw  dyllyr 
Dy  flfynhawn  lydan  |  delleinw  donncu  - 
Dydaw  dyhebcyr  |  dybrys  dybreu 
Lliaws  eu  teruysc  |  am  eu  tervyn. 

Deux  vers  seulement  présentent  la  cynghanedd  vocalique  : 

Dy  saeth  dycb\rch  traeth  |  divwg  dybyr 
Kaer  y  sy  gulwyd  |  ny  gwyd  ny  grin 

Les  deux  derniers  vers  terminent  le  poème  par  une  pensée 
chrétienne  et  un  souvenir  des  psaumes  : 

Les  forts  les  plus  solides  s'écroulent;  Dieu  seul  est  une  forteresse  inébran- 
lable. 

«  C'est  une  forteresse,  le  seigneur,  qui  ne  s'écroule  ni  tremble  : 
Heureuse  l'âme  (l'homme)  qui  la  mérite  3.  » 

Une  pensée  semblable,  à  propos  de  Mynyw,  est  exprimée 
au  poème  VI,  p.  129,  v.  24. 

1 .  Kuno  Meyer,  par  une  erreur  fort  excusable,  si  on  n'étudie  pas  la  mé- 
trique du  poème,  le  plaçait  au  ix<^  siècle  {Transactions  of  tbe  Cxmmrodcr., 
1897,  p.  71).  Le  reste  est  exact. 

2.  Texte  non  lieu. 

5 .  Kaer  y  s\'  gul\v\-d  nv  gwyd  nv  grin 

Gwyn  y  vyt  yr  eneit  ae  harobryn. 
11  ne  faut  pas  compter  _y  dans _)■  vyt  dans  le  dernier  vers. 


)6  ./.  Loth. 

Comme  le  poème  de  Corroi  se  place  dans  la  première  moitié 
du  xii^  siècle,  il  est  fort  probable  que  la  légende  qui  en  fait 
l'objet  a  été  transmise  aux  Gallois  par  les  chanteurs  et  artistes 
Irlandais  que  Gruffudd  ap  Cynan,  de  mère  irlandaise  et  élevé 
en  Irlande,  amena  avec  lui  en  Galles. 

Le  poème  LIV  (p.  213-214)  est  probablement  du  milieu  ou 
de  la  fin  du  xii*  siècle.  La  plupart  des  autres  poèmes  en  vers 
de  9  syllabes  sont  antérieurs  au  xii^  siècle. 

Les  vers  de  toute  quantité  peuvent  être  datés  au  même  point 
de  vue  de  la  cynghanedd.  Le  Livre  Rouge  présente  plusieurs 
poèmes  en  vers  de  huit  syllabes.  Je  prends  le  poème  XX  comme 
exemple  ;  il  a  une  moitié  de  vers  de  huit  S3'llabes  ;  le  reste  est 
de  9  et  10  syllabes.  La  coupe  des  vers  de  8  est  plus  variée;  elle 
est  à  la  cinquième,  quatrième  ou  troisième  syllabe.  Dans  tous 
les  vers  à  cynghanedd  vocalique,  et  c'est  le  plus  grand  nombre, 
le  mot  qui  suit  le  dernier  mot  à  rime  interne  lui  est  invaria- 
blement relié  par  l'allitération.  La  cynghanedd  consonantique 
est  aussi  plus  développée  que  chez  la  plupart  des  poètes  de  la 
fin  du  xii"  siècle.  Ce  poème  donne  l'impression  d'une  compo- 
sition du  xiii^  siècle.  Le  contexte  nous  en  fournit  une  autre 
preuve.  Il  y  est  question,  p.  295,  v.  18-20,  d'un  Owein  Goch, 
chef  de  Gwynedd,  dont  le  poète  annonce  la  délivrance.  Ceci 
place  clairement  la  pièce  entre  1253  et  1277.  Owein  Goch  fut 
battu  et  pris  par  son  frère  Llywelyn  ab  Gruffudd  vers  1253-6 
et  délivré  en  1277  (The  Bruts,  p.  373,  38^). 

Le  poème  XXI  est  de  la  même  époque. 

Pour  les  poèmes  antérieurs  au  xii^  siècle,  il  est  difficile,  en 
général,  de  dire  même  approximativement,  au  point  de  vue 
métrique,  à  quelle  époque  ils  remontent.  Grâce  au  poème  du 
Livre  Noir  sur  Hywel  ab  Goronwy,  nous  possédons  un  terme 
sérieux  de  comparaison  pour  le  genre  de  huppunt  byrr  dès  la  fin 
du  XI'  siècle.  Pour  les  autres  genres,  nous  sommes  moins  heu- 
reux. Les  deux  petits  poèmes  à  Juvencus  nous  prouvent  que  le 
triplet  à  mot  hypermétrique  ou  en  rejet  peut  remonter  au 
IX'  siècle,  mais  les  Kyvoesi  Myrddin  nous  montrent  ce  genre 
encore  cultivé  au  xii'. 

Pour  les  autres  genres,  en  général,  nous  ne  pouvons,  avec 
la  seule  aide  de  la  métrique,  arriver  qu'à  un  résultat  :  c'est  de 


Remarques  sur  (es  vieux  poèmes  historiques  gallois.  57 

décider  si  tel  poème  est  antérieur  ou  postérieur  au  xii'  siècle. 
Au  cas  où  il  est  postérieur,  il  y  a  des  chances  sérieuses  pour 
que  nous  puissions  déterminer  à  quelle  époque  il  a  été  com- 
posé. S'il  est  antérieur,  il  faut  recourir  aux  poèmes  qui  pa- 
raissent avoir  une  donnée  historique.  Dans  ce  cas  même,  le 
problème  est  d'une  solution  difficile.  Dans  la  plupart  des 
poèmes  de  ce  genre  du  Livre  de  Taliesin  ou  du  Livre  Rouge, 
le  ton  est  prophétique  et  la  composition  d'une  obscurité 
voulue.  Les  héros  anciens  n'y  apparaissent  que  pour  donner 
un  air  plus  mystérieux  et  une  tournure  plus  archaïque  à  la 
composition.  Au  milieu  de  ces  nuages,  un  nom  quelquefois 
perce  et  suffit  à  nous  faire  découvrir  la  supercherie.  Une  fois  la 
date  trouvée  approximativement,  nous  pouvons  par  compa- 
raison avec  le  poème  daté  avoir  des  chances  de  dater  ceux  qui 
ni  historiquement  ni  métriquement  ne  peuvent  l'être. 

La  scansion  pourrait  être  un  élément  sérieux  d'information 
pour  les  vieux  poèmes,  si  nous  en  possédions  des  éditions  cri- 
tiques, ou  simplement  des  fac-similé  comme  celui  que  nous 
devons  pour  le  Livre  Noir  au  dévouement  de  MM.  J.  Rhys  et 
G.  Evans.  Le  texte  du  Livre  d'Aneurin  est  dans  un  fâcheux 
état  en  dépit  des  éditions  prétendues  critiques  de  Stephens  et 
de  WiUiam  ab  Ithel.  Le  Livre  de  Taliesin  mériterait  une  re- 
vision sérieuse.  Un  mot  mal  lu  peut  fausser  toute  une  inter- 
prétation. 

La  lexicographie  des  poèmes  peut  fournir  quelquefois  d'utiles 
indications,  à  condition  qu'on  y  mette  de  la  prudence. 
M.  Kuno  Meyer  a  fait  remarquer  %  avec  raison,  que  le  mot 
taryan,  bouclier,  emprunté  aux  Anglo-Saxons,  a  été  également 
emprunté  par  eux  aux  Scandinaves  au  ix^  siècle.  Il  apparaît 
même  pour  la  première  fois  en  anglo-saxon  en  970.  Par  con- 
séquent, ajoute  M.  Kuno  Meyer,  un  poème  gallois  employant 
ce  mot  ne  peut  être  antérieur  au  x^  siècle.  Il  n'apparaît  pas 
dans  le  Gododin,  ce  qui  est,  en  effet,  significatif  dans  un  poème 
guerrier-.  D'après  M.  Kuno  Meyer,  il  se  montrerait  plusieurs 
fois  dans  le  Livre  de  Taliesin.  A  ma  connaissance,  il  n'y  figure 

1.  Transactions  of  the  Cymmrod.,  1897,  p.  85. 

2.  Il  apparaît  (Jaryaneii)  dans  le  Gorchan  Tutvwlch  (Skene,  II,  livre 
d'Aneurin,  p.  93,  v.  10). 


^8  J.  Loth 

que  deux  fois  (Skene,  II,  p.  171,  22;  119,  12),  et  encore, 
dans  les, deux  cas,  on  le  doit  à  une  bévue  du  scribe.  P.  171,  12. 
Il  s'agit  des  plaies  d'Egypte.  «  La  septième  est  le  tonnerre,  la 
grêle  et  le  feu  et  une  pluie  torrentielle  » .  Au  lieu  de  taraii, 
tonnerre,  le  scribe  a  écrit  taryan. 

De  même  page  119,  12: 

Au  lieu  de  taryan,  il  faut  lire  iaran: 

G\v\'nt  a  mor  a  than 
Lluchet  a  tharan. 

Tarian  apparaît  une  fois  dans  le  Livre  Xoir  (Skene,  II,  3, 
12)  dans  le  dialogue  entre  Myrddin  etTaliesin  que  nous  avons 
mis  dans  la  première  moitié  du  wV  siècle;  son  dérivé  taria- 
nogion  (p.  41,  v.  3)  est  dans  un  poème  adressé  à  Rhys  ab 
Gruffudd  et  par  conséquent  de  la  seconde  moitié  du  xii'' siècle. 

L'emploi  du  mot  Twrneimant  dans  un  poème  du  Livre  Rouge 
(Skene,  II,  p.  296)  suffirait  à  lui  seul  à  prouver  qu'il  ne  peut 
être  antérieur  à  la  iîn  du  xii^  siècle.  Nous  savons  que  ce  genre 
de  sport  guerrier  a  été  interdit  par  Henri  II,  qu'il  était  en 
horreur  à  l'Église  et  qu'il  ne  fut  guère  toléré  avant  le  roi  Ri- 
chard I  (Freeman,  Norman  Conques t,  IV,  489,  679).  Ce 
poème,  métriquement,  ne  peut  être  antérieur  à  la  hn  du 
xii^  siècle;  il  est  plutôt  du  xiii^  siècle. 

Le  mot  Ffreinc,  Français,  ne  peut  apparaître  que  dans  des 
poèmes  postérieurs  à  la  conquête  normande. 

Certaines  expressions  sont  également  significatives.  Nous  ne 
saurions  pas  que  le  poème  XXXVII  du  Livre  Noir  s'adresse  à 
Madawc  ab  Maredudd  que  l'expression  yscvid  pcdcirieith,  bou- 
clier des  quatre  langues,  prouverait  qu'il  s'agit  d'un  poème  pos- 
térieur à  l'établissement  des  Normands  en  Galles.  Ces  quatre 
langues  sont  évidemment  le  Gallois,  le  Gaélique,  l'Anglais  et 
le  Français. 

J.   LoTH. 


ETUDES  DE  PHONETIQUE  IRLANDAISE 

(suite). 


n. 


LES    GROUPES    DE    CONSONNES. 


Nous  nous  proposons  non  d'écrire  une  histoire  des  groupes 
de  consonnes  en  irlandais,  histoire  dont  les  matériaux  ne  sont 
pas  encore  au  jour,  mais  de  rassembler  quelques  faits  qui  se 
rapportent  à  l'évolution  des  groupes  consonantiques  dans  les 
dialectes  irlandais  modernes. 

Pour  qu'une  telle  étude  ait  quelque  intérêt,  il  importe  de 
rappeler  brièvement  d'abord  quel  a  été  dès  l'époque  du  vieux 
celtique  le  sort  des  consonnes  appuyées  en  irlandais;  nous  ver- 
rons ainsi  à  la  suite  de  quelles  pertes  et  à  l'aide  de  quelles 
créations  nouvelles  les  groupes  de  consonnes  ont  été  constitués 
tels  qu'ils  nous  apparaissent  aujourd'hui  ^ 

§  I.  —  Groupes  antérieurs  au  vieux-celtique. 
Aussi  loin  que  la  comparaison  des  langues  celtiques  entre 

I  Pour  le  vieux  celtique,  nous  avons  utilisé:  Brugmann,  Grundriss  der 
vergleichenden  Grainiuatik  der  iiido-geninmischen  Sprachen;  Wh.  Stokes  und 
Ad.  Bezzenberger,  Wcrschati  der  Keltisclien  Spracheinheit ;  pour  le  vieil  ir- 
landais, hGi-aiumatica  celtica  et  le  lexique  d'Ascoli;  pour  l'irlandais  moyen 
les  lexiques  de  Windisch,  Irische  Texte,  et  d'Atkinson,  Tlie  passions  and'  tl)e 
houiiiies  froin  Lealdiar  Breac ;  pour  l'irlandais  moderne,  l'excellent  glossaire 
d'Aïkinson,  à  la  suite  de  Keating,  Tri  Bljior-gl.uioitlje  an  bhâis,_ 


6o  G.  Dottin. 

elles  nous  permette  de  remonter,  nous  trouvons  en  celtique 
la  réduction  ou  la  modification  de  certains  groupes  conso- 
nantiques. 

La  chute  du  p  réduit  les  groupes  initiaux  : 
pi  >  /:  lân,  lân,  lat.  plenus; 
pr  >  r:  riam,  riamh,  riûv,  rku,  lat.  primum. 

Quant  aux  groupes  intérieurs  : 
pu  >  n:  suan,  su9n,  skr.  svapna; 
pt  y>  ht  ^  cht  :  s  e  c  h  t ,  s  e  a  c  h  t ,  sayt,  skr.  s  a  p  t  â  n . 

Le  groupe  j/  initial  >  /:  tiagaim,  tiaghaim,  Vaim,  gr. 
Q't'.yui . 

D'autre  part  g  vélaire  et  g  palatal  sont  confondus  ;  le  g  de 
ingrennim  (ancien  g  vélaire)  et  le  ^^-^  de  gndth  (ancien  _cr  pa- 
latal) ne  se  distinguent  pas  l'un  de  l'autre. 

Quelques^'' sont  devenus  b:  brô,  skr.  gravan- 

Le  groupe  initial  gv  est  devenu  ^:  bô,  skr.  go. 

La  confusion  de  k  et  de  q  qui  sont  souvent  distingués  dans 
les  langues  brittoniques  est  complète  en  irlandais;  on  a  crû, 
skr.  kravis  par  cj  vélaire,  et  cloth,  skr.  çrdvas,  par  k  palatal. 

De  plus  kv  >  k:  ech,  skr.  açva. 

§  II.    —   Groupes  que  l'on  peut  restiluer  en  vieux-celtique. 

Nous  étudierons  d'abord  les  groupes  initiaux,  puis  les  grou- 
pes intérieurs,  enfin  les  groupes  finals. 

a)  Groupes  initiaux. 

Les  anciens  groupes  initiaux  subsistent  en  général^  tant  en 
vieil-irlandais  qu'en  irlandais  moderne. 
qr,  kr  ^  kr:  cruaid,  cruaidh,  kni^-^  crich,  crioch,  kr'iy 
gi'  >  gr-  grâd,  gradh,  grâ;  grian,  grim 
tr  >  /;■:  traig,  troigh,  tre;  tri,  tri 
dr  >  dr:  droch,  droy-,  dremm,  dream,  drhvn 
br  >  br  :  brath,  brdy-,  brig,  brigh,  /'/■/ 
sr  >  sr:  sron,  srÇni 
ql,  kl  >  kl  :  cluas,  klius  ;  clé,  kli 
Sl>  gl'-  glân,glan 
tl  >  II:  tlacht 


Études  de  phonéticjuc  irlandaise.  6i 

dl  y  dl:  dluth,  dlu. 

bl^  bl:  blas,  blas ;  bliadhain,  blidn 

si  >  si,  si:  sldn,  slân;  sleg,  sleagh,  sla 

kn^  kn:  cnâim,  cndimh,  knâv;  cnes,  cneas,  khas. 

gn  >  gn  :  gnô,  gm 

sn  >  sn,  su:  sndm,  snamh,  srtâv ;  snechte,  siieachta,  shayp 

sDi  >  sm,  sDi:  smuainim,  sm°ïmiii;  smir,  smior,  sriiir 

sk  >  sk,  sk:  scâth,  skâ;  scél,  scéal,  sk'èl 

st  >  st,  st:  stuaic,  stuaich,  stii3y. 

Mais  déjà  en  vieil  irlandais  quelques  anciens  groupes  s'étaient 
modifiés  ou  réduits  : 

vr^fr:  fi-ém,  irè^iWïh,  fr'èv;  froech,  fraoch,  /;■"/•/ 
vl  >/:  flaithius,  flqhds ;  >  ol :  olann,  oln 
sir  >•  sr,  sr:  sraith,  sra 
stl  ^  si,  si:  sliss,  slios,  slis 
bn  ^  mil  :  mnâ,  ninâ 
dv  ^  d:  dorus,  dorJs;  dd,  dâ 
sv  ^s,s:  se,  sîy,  sant,  saut;  serb,  searbh,  sqrdv 
ijir  ".    inbr  >  /r:  mrecht,  brecc,  breac,  brqk 
ml  >  m/?/,,  >  /;/:  mlas,  blas,  blas;  mlicht,  blicht,  bliocht,  bliyt 

b]  Groupes  intérieurs. 

rc  >  rc,  rcc  :  derc  (dearc),  marcach,  coirce,  cerc 

rg  >  rg,  rgg,  rc:  ferg,  ferc(fearg);  orgun,  orggun,  orcun 

rsc  ^  rc:  terc 

rct  >  rt  :  ro  ort 

rt  >  ;■/  :  gort,  cert  (ceart),  art,  asbert 

rst  >  rt  :  tart 

rd  >  rd,  rdd,  rt:  drd,  drdd,  drt;  cerdd,  cert  (ceard) 

rdv  >  rd:  fordorus 

rb  >  rb,  rbb,  rp:  orbe,  orbbe,  orpe 

rs  >  rr,  r:  gerr  (gearr),  carric  (carraig),  tir,  ferr  (fedrr) 

rgs  >  rr:  corr,  tarr 

;t  >  rr:  gairri 

r»  >  m:  iarn,  orn,  bern,  sernim 

r»i  >  r;yi:  gorm  «  chaud  »,  cuirm,  tormat  (formad),  gairm 

rsm  >  rni:  gorm  «  obscur  ». 

rv  >  rb,  rbb,  rv:  garb  (garbh),  marb  (marbh),  serb  (searb) 


62  G.  Dotlin. 

le  '^  le:  o\c,  baie,  malcaim,  foie 

k  >  4^  k?,  ^^-  melg.  colg/celg  (cealg) 

//  >  //_,  ///  :  molt,  ait,  scoiltim,  melltôir,  Belltaine,  ro  ait 

Id  >  Id,  11:  gell,  caill,  buille,  mull,  meldach  (meallach) 

//;  >  Ib,  Ip:  Alba,  scalp 

Ir  >  //'  >  lar  =  Ir  à  la  fin  des  mots  :  galar 

//>//:  gall 

In  >  /;/,  //:  comalnaim,  comallaim,  sollus 

Iv  >  //;,  Ibh,  Iv:  delb  (dealbh),  selb  (sealbh) 

ne  ^  c  y>  g:  éc  (éag),  bréc  (bréag),  ccland,  écoir  (èagcôir) 

ng^  ng:  inga  (ionga),  cumang  (cumhang) 

«/  >  t,  ^  d:  cét(céad),  cete,  de  canim,  toimliu,  étrocar  (éad- 

trôcar),  rodét,  de  daimim,  beirit  (beirid) 
nd  >•  nd,  ndd ,  nn:  cend,  cenn  (ceann)  ;  -grennim,  rosescaind, 

bonn 
ns  >  ^:  g.  mis,  fes,  géis 
iim  ^  nni:  menme  (meanma) 
nsm  >  nwi,  m  :  grcimm 
ndm  >  vun,  m:  témm 
nv  ^  nh,  nhh,  nv:  menb  (meanbh) 
inb  ^  mb,  mm,  m  :  imb,  imm  (im),  camm,  immlind 
mn  >■  mil  :  tamnaim;  >■  man  =  mn  à  la  fin  des  mots  :  scaman 
cr  >  r:  dér  (déar),  cuar,  ér;  >  eJmr  =  ehr  final:  ochar 
gr  >  r  :  âr,  fér  (féar) 

//'  >  ;•:  mér;  >  tljar,  thir=^  //;r final:  tarathar,  loathar,  nathir 
dr  >  r:  aram,  drus;  >  dar  =^  dr  final  :  odar  (odhar) 
br  ^  ;■:  bér-  =:  bebr-  ;  >  bar  :=  by  final  :  gabar  (gabhar) 
sr  >   r  :  mir 

Id^  I:  cél-  =  ceci-,  61,  dual,  muinél  (muinéal) 
gl'^  1:  ail,  bual,  mal,  reil,  fual,  feil,  al 
il  y-  1:  cenél  (cinéal),  anal,  dâl,  sdl,  scél(sgéal);  >  /«/ =  // 

à  la  fin  du  mot  après  un  n  anciennement  tombé  :  cetal 
Z'/  >  /:  nél  ;  >  bul  =  bl  à  la  fin  du  mot  après  consonne  :  me- 

bul,  gabul 
5/  >  /:  giall,  gall,  coll,  ciall,  uall 
ksl>  /:  toU   ^ 

kn  >  n:  cainim,  ton,  mén,  lènc  (léine),  16n,  sron 
ksn  >  n:  trén  (tréan) 


Études  de  phonétique  irlandaise.  6j 

gn  >  n  :  gén-  =  gegn-,  udn,  fcn,  grdin,  hrôn 

In  >  )i  :  en  (éan),  dn 

du  >  dnii  =■  du  final  :  bliadain  (bliadhain) 

.^7?  >  n  :  senaich  =  sesnaich 

bn  >  mn  :  fudumnu;  >  uiini  =:  nui  à  la  fin  du  mot  :  scamun, 

domun 
km  >  ;;/;;?:  reimm,  fuaimm 
gm  >  viin  :  dm,  gldm 
ngtn  ^  ////;/  :  leimm 

dm  >  m/;/  :  muimme,  frem,  aimser  (aimsear) 
5//;.  >   ni'ii  :  ammi,   timme,   boimm,  sruaim;   >  sim  =^  sin 

final  :  bressim 
gsm  >  777///  :  dremm,  breim,  slamm 
Iksm  >  ////  :  tailm 

kt  >  et,  clt,  chi  :  secht,  ocht,  oct;  rect,  rectt,  recbt  (reacbt) 
kst  >  r/;/  :  ochtar,  uachtar;  ecbtar 
hs  '^  ss,  s:  dess,  sessed,  coss,  ais,  uasal,  lassar 
gd  >  d:  géd-  =  gegd- 
gs  ■>  s  :  glas 
<,'■/  >  chl  :  conaitecbt  ;   bocht,  cf.  bongim  ;  cracbt,  cf.  eirgim; 

inchoisecbt 
Is  '^  ss,  s  :  mosach,  os 
It,  dt  '^  ss:  mess,  fiss,  mese,  claissi 
d^  >  dî^:  ladg  (ladhg) 
dv>  à:  bodb  (badhbh) 

sk  >>  se,  sec:  sesc,  uisce,  iasc,  cosc,  brise,  conmescatar 
dsk  >>  se:  troscaim 
ksk  >  se:  faiscim 
skv  >  se  :  scé 
.^v'>  h,  hh,  v:  feib(feibh) 
~^f  >  //,  /  :  nett,  net,  brot,  att,  truit,  bot,  mat 
Ig  >  dg  :  medg  (medhg) 

c)  Groupes  finals. 

Ces  groupes,  assez    rares,   ont  généralement   disparu  sans 
laisser  de  traces. 
ks:  ri,  se 
\s  :  file 
n\s:  cara 


64  G.  Dottin. 


§  III.   —  Groupes  nouveaux  en  irlandais. 

Les  groupes  nouveaux  en  irlandais  sont  produits  par  le  dé- 
placement de  l'accent  et  par  la  chute  des  voyelles  atones. 

La  composition  des  verbes  irlandais  au  moyen  de  particules 
séparables  donnait  naissance  à  de  nouveaux  groupes  de  conson- 
nes lorsque  la  consonne  finale  de  la  particule  n'était  pas  séparée 
de  la  consonne  initiale  par  un  pronom  infixe:  at-om-riug 
Patr.,  H.  I,  sans  pronom  régime  off^i'e  le  groupe  dr:  adriug 
Sg.  181  b.  Ces  groupes  consonantiques,  qui  n'ont  qu'une  exis- 
tence éphémère,  ne  subissaient  évidemment  aucune  modifi- 
cation, chacun  des  éléments  constitutifs  pouvant  recouvrer  son 
indépendance  ;  mais  à  côté  de  ces  formes  où  la  particule 
n'était  pas  accentuée,  il  y  en  avait  d'autres  où  la  particule  ac- 
centuée était  inséparable  et  déjà  en  vieil-irlandais,  sous  l'in- 
fluence de  l'accent,  plusieurs  groupes  formés  de  la  consonne 
finale  de  la  particule  et  de  la  consonne  initiale  du  radical  se 
sont  réduits  ^  : 

de  ^  ce  :  adci,  -âccai,  -dci  ;  adcobra,  -dccobra 
dg  >  ee:  adglad-,  dccaldam  ;  *conodgab-,  conùcbad 
dr  >  r:  adrimi,  -drmi  ' 

dm  >  mm  :  admidethar,  -dmmadar 
ds  ~y  s:  adslig,  aslach,  *conodsan-  conosna 
dh'y-  p:  *diodber-,  doôpir;  zî.  aprisc  =:  *ad-brisc 
sr  >>  ;'/':  asrenad,  errenaid  ;  asrochoiled,  érchoiliud 
j/  >  // :  aslenim,  éilnithe 
sb  y-  p:  asbiur,  -épiur 

De   nouveaux   groupes   se  sont  formés  par  la    chute    des 
voyelles  atones  du  radical  ou  du  suftïxe. 
cb:  conùcbad,  tuarascbail 
es  :  acsiu 

chn  :  tairchechnatar 
cm  :  tecmang,  tecmallid,  -ecmai,  aicme 


I .  Les  exemples  suivants  sont  empruntés  à  Thurneysen,  L'accentuation  de 
Vancicn  verbe  irlandais  (Revue  Celtique,  t.  VI,  p.   129-159). 


Études  de  phonéticjiie  irimdaise.  65 


en:  ascnaidi,  ascnam,  aicneJ,  eicnech 

cr:  airfocre,  fuaccraim 

cl:  adnacla 

cbr:  taidchricc 

gb:  digbâl 

tch  :  adeitchethar 

tg  :  conutgim  ;  tb  :  cuitbiud 

dcb  :  aidche 

dg  ^  tg:  cuintgim 

dl  :  doaidlibea,  foindiea 

dm  :  snaidm  {snhii,  snôinî)  ;  cf.  fodmaim 

bu  :  dofuibnim  ;  br  :  fuabraim 

se:  insce,  cosc,  asca 

sg  :  todiusgat,  cotochosgedar,  todiusgadar 

st  :  astaim,  tuistiu 

sn  :  conosna,  fufuasna 

5m  :  dofuismim,  doesmet 

scr:  tascraim 

si  :  dofuislim,  oslucud,  uaisle 

rc  :  immairc,  imchomarc,  forcmat 

rg:  dergemar,  dirgedar,  aithirge 

rt  :  tart 

rth  :  inrorthetar,  soirthe 

rin  :  tuirmi 

Ig:  arroilgither,  duroilged,  dilgud,  foselgatar 

h  :  telcfider 

Id  :  aildiu 

Ib:  sulbair,  dulbair 

In:  elnim 

Ing:  imfolngi,  fulngat 

rnd  :  dofoirnde 

nsc:  tinscanat 

me:  cumcat 

mg:  doformgat 

iiid  :  coimdiu 

nitg:  cuimtgim 

VIS  :  CLimsanad 

})ic  :  -cumcu 

Revue  Celtique,  XXI. 


66  C.  Dottin. 

vil:  toiniléd,  tùercômlassat 
nin  :  -roimnife,  timne 


D'autre  part,  la  conjugaison  des  verbes  et  la  déclinaison 
des  noms  donnent  lieu  à  de  nouveaux  groupes  consonantiques 
après  la  chute  des  voyelles  atones.: 

1°  Le  suffixe  commence  anciennement  par  /  précédé  d'une 
voyelle.  Dans  ce  cas  on  a  généralement  /  après  J,  /,  s,  v,  I  et 
//;  après  les  autres  lettres  ' . 
clb,  scth,  Jcth  :  tucthe  (tugtha),  loscthe 
chth  :  crochtha,  crochthar,  bendachthar 
(^tb,  Igtb:  condelgthar  , 

,i,''/.7//;  :  iarfaigtho,  legthar,  suidigthc 
///;,  rllb,  cbttb  :  nerta,  tachtar 
//;/:  dlutai,  robaitea 
âhl  :  raite  (raidhte),  rofoitea 

htb,  rbib:  scôpthe  (scuabtha),  aiptlii,  ro-airptha,  erpther 
bbtb,  rbblb:  gaibthe  (gabhtha),  marbhtha 
si  :  frescaste,  césta,  béste  (beasta),  clieste  2"  p.  pi. 
rlb:  tedbarthc,  beirthe  (bearth.i),  etarscarrha 
// :  accomalte;  arillte,  rélto,  réltar 
///  :  comchlante,  denta  (déanta),  cumsanto 
iii^tb:  ongtha 
nitb  :  tomtha,  docmthar 
;;;/  :  dimter 

2"  Le  suffixe  commence  anciennement  par  un  ;;/ : 
î^bi)i  :  tiagmi-ni,  adilgnigmar 
(Ibiii  :  guidmi-ni 
sm:  césme 
//;/  :  creitme,  ar-rôitmar,  asrubartmar 

3°  La  désinence  commence  anciennement  par  s: 
es:  tucsat  (tugsat),  choiscset 
cbs:  rochrochsat 
gbs:  rolegsat,  romugsat 
Is:  tartsat,  rotectsat 


I .   Les  désinences  verbales  c//  -r,  p.  3  1  2-3 1 3. 


Étiiih's  de  phau'tiiiiie  irlandaise.  67 

Is,  ils:  romoitsciu 

tbs:  dluthsit 

dhs  :  ro  rdidset 

bb.r.  rogabsat  (gabhsat) 

rs:  scarsat,  carsam 

Is:  rolsat,  arillset 

lis:  ramuinset,  dorigensat. 

4°  La  désinence  commence  anciennement  par/: 
tf:  iccfe,  ticfa,  aicfea 
cbf:  atluchfom,  adaichfer,  sechfider 
f^f:  leicfimmini 
gbf:  legfas,  fedligfit 
tf,  df:  cretfes,  nertfidir 
lbf:  luaithfider 
dbf:  bdidfid 
sf:  forbrisfither 
;/:  sôirfea,  firfider 
//:  telfli,  chomallflis,  no  molfar 
;//:  ainfa,  folinfea,  sluinfem  (nf  =  ndf),  forceinfiter 
viJ)f:  arfoimfea,  adrimfem 

Mais  dans  les  formations  athématiques,   le  futur  en  s  par 
exemple  et  le  prétérit  en  t,  on  observe  les  mêmes  réductions 
qu'à  l'intérieur  des  mots  ^  : 
r5  >  ss,  s:  adnaissi  (adnacul),  dofuthris-se  (duthraic),  corrius 

(rie),  cotissat  (ticim) 
cljs  >  s:  notes  (techim),  doindnisin  (doindnaich) 
_k^bs  ^  s:  condarias(conriug),  atresat  (atregat),  rosasat  (saiges) 
is^  s:  dositis  (tuitim) 
t])s  >  s:  inrestais  (inreith),  istais  (ithim) 
dljs  >  s:  atchous  (atchuaid),  imroimset  (immerumedair),  me- 

mais  (memaid) 
Tf^bs  >  vs:  asseirset  (eirgim) 
rcs  >  rs:  immechoimairsed  (immechomarcar) 
les  >  h  :  fochomolsam  (focoimlactar) 
iii^s  >  s:  arutais-siu  (arutaing),  toissed  (tong),   cuimsimmis 


I.  Les  exemples  sont  tirés  de  Windisch,  Kiiriçefasstc  Irisrlv  Gramwatil, 
P-  65,  7I-73- 


68  G.  Dotlin. 

(cumaing),  cichsed  (cechaing),  tarblais  (tarbling),  cuimsin 

(cumaing) 
7ÎS  ^  s  :  ingriastais  (ingreinn) 
ght  >  cht  :  atracht  (atregat),  toracht  (toraig),  inchoisecht  (in- 

chosig) 
iigt  >  cht:  bocht  (bongim),  arutacht  (arutaing) 
rct  >  r/  :  ro  ort  (orcaid),  friscomart 
nt,  mt  >  /  :  rocét  (canaim),  arroét  (airema). 

La  chute  des  voyelles  atones  après  l'aspiration  des  consonnes 
intervocaliques  a  donné  lieu  à  de  nouveaux  groupes  conso- 
nanriques  dans  les  composés.  Nous  citons  les  mots  avec  l'or- 
thographe de  l'irlandais  moderne  qui  permet  de  reconnaître  les 
aspirées.  La  plupart  de  ces  composés  ne  remontent  évidem- 
ment pas  à  l'époque  où  les  voyelles  thématiques  étaient  pré- 
sentes; ce  sont  des  formations  analogiques. 
gch:  bréagchnibhadh,  ruagchath 
ggh:  cealgghoin 
gr:  cealgriin 
gn:  cealgnamha 
gmh:  ceilgmhian 
ghch:  deaghchlû;  >  c:  trôcaire 
ghth:  deightheastach 

ghdh:  deighdhéanta,  deaghdhuine  d'a-fim 
ghhh  :  deaghbhéasach  âavêsdy^ 
ghs:  deaghsluagh 
ghf:  rioghtaid 
ghr:  rioghruathar 
gbl  :  teaghlach 
gbmb  :  deaghmhaise 
ccr,  cr:  Mu  cross 

chch:  droichchleachtadh  droylaytJ 
chgh:  drochghnathughadh 
chth:  drochthuar 
chdh:  bruachdhubh,  droichdhiol 
chbh:  droichbhéasach 

chs:  drochsùil  J/'o-//?/,  droichseasamh  ;  chsni:  drochsmuaintiu- 
ghadh;  chst:  drochstaid;  chsp  :  drochspaid  droyspâd' 


Éludes  de  phonétijue  irlandaise.  69 

chf:  droichriacail  droypkl,  drochfuadar 

chr:  drochrddh 

f/;w:  drochnos,  droichnidh  (/ro/n/ 

chmh:  drochmhunadh  ^/■oyy/»j^  droichmhian 

se:  coiscéim  kôsh'iii 

sgh:  griosghoradh 

sdh:  cuasdomhain 

sb:  glasbhdnadh 

ss:  cuassluigthe,  glassnaidhm 

sf:  gniiisfiUeadh 

si:  cosluath 

smh:  fosmhuinntear  glasmheirg  glasiocr'<>g'' 

tgh:  créachtghoin,  neartghal 

//:  briochttaobhrach 

tr  :  briochtraidiheach 

//:  ceirtlin  k'ôrtlhi 

tiiih:  neartmhar,  seachtmhogha 

thch  :  biothchuimhne,  leathchumaidh,  tuaithchliar 

tb^h:  biothghrddh,  aitbghéin,  dathghrânna,  lùthghdir 

//;//;:  gndiththriall,  gndththaomh,  leaththaobh  (mais  leathtrom) 

ibdh  :  bithdhileas 

thbh:  bithbheô,  aithbhear,  biothbhuaine,  sithbhinn 

ihf:  gnathtbcal,  aithfriotal 

//;/':  leathroinn,  aithrighe  arJ 

ihl:  biothluasgadh,  :\\û\\ém\  qlèni,  aithle 

//;//:  bithneimhneach,  aithne,  dluithnéal 

th)}ih:  gnathmhodh,  aithmhéileach 

thph:  gnaithphian 

ds:  ardsagart;  dsg  :  ardsgol  àrdskol 

df:  ardflaith 

dr  :  drdri  ârdrl 

dmh  :  groidmhear 

dph:  groidphianadh 

dhch\  fidhcheangal,  tidhcheall 

dhlh:  cruaidhthéad,  ruadhthuile 

JM/k  ruadhdhuinne 

dbbh:  biodhbha,  adhbhal 

dbr:  cruaidhrighin 


70  G.  Dotlin. 

bgh:  sgolbghaoth 

bth  :  borbthonnach 

bJxb  :  searbhchaor 

bhgh:  lubhghort 

bhdh  :  seirbhdlieoch 

bbs:  searbhsruth 

bhr  :  taoibhrighne 

bhl:  taobhlot 

bbii  :  taobhnocht 

rcb  :  airchetal,  aircheadal,  fircheann/zr/V/n,  urchur,  dobharchu 

rgb:  fiorghrddh,  fiairghearrtha 

rtb:  fiorthrosgadh,  leirthionôl 

rdb:  fiordhochar,  sardhochar,  sirdhcanamh 

rbb:  airbherini,  airbheirt 

ri  :  siorslainte  (mais  slorsmuaineadh) 

;/:  firféachain 

rr:  léirreic 

ri  :  cLiarlubadh,  airleagadh  àr'likn,  urlabhra,  urlâr  anrlàr 

ni  :  fiornaomh,  cf.  bairneach  bàv'hJ-/^ 

nnh:  fiormhullach,  airmhide,  dearmhair 

Icb:  ilchleas 

Igb  :  truaillghearrtha 

//":  iolfaobhair 

In:  truailnighim 

Inib:  ilmhile 

Ipb:  ilphian 

ucb:  broinnchiar,  anchroide  niiyrj^  tannchos,  seanchomharsa 

sany/irsJ 
ugb:  fainghleann,  ainghniomh,  tîonghal 
ntb  >  ni:  broinntcasgtha  antrdth,  buantoirthcach 
ndb  >    nd:    mindeabhaidh,   aindearbh,    aindligheadh,  mion- 

duinc,  seanduine,  anduine  aninJ 
nbb:  claoinbhreath,  anbhlasadh,  seanbhaile 
ns:  seansoitheach,  ainsearcach  ;  }isni  :  mionsmuaineadh 
;//  >  nbb:  ainbhios  qnvJs,  cpifs  >  nf:  brôintleadh,  antbllâin, 

fionnfuar,  tréanfoghail,  seanfear  sqnqr 
nr  :  buanraobhadh,  ainreacht 
///:  broinnlionaim,  bronnUir 


Etudes  de  phonctl(]tie  irlandaise.  7.1 

iiiiih  :  glanmhatal,  ainmliian  lionmhar 

uph  :  minpheacadh,  scinpheacadh 

ncc,  lie:  muince 

riM  :  loins'bhriseadh 

ngph:  longphort 

iiich:  loimcheisneamh,  imchian,  tromchroidhcach,  timchioU 

iiigh:  creimghearradh,  iomghabhail 

iiitb:  gruaimtheach,  imtheacht  iiiu^yj,  imthigim  iiiiiin 

mdh:  loimdhiûltadh,  imdhidean 

iiibh:  loimbhriseadh,  iombhuailim 

tiis:  camsûileach,  imsniomh,  tromsochair 

inf:  iomfocal 

lur:  iomramh  i'iini\\  iomrâidhim 

////:  camkiamhain,  \o\w\-kn  diiiJàii,  troimlcas 

uni  :  lomnocht 

}iit  =:  mut:  toimtiu,  tbimtiu 

mhch:  coimhchinéal,  reimhchinim 

mhgh:  comhghàir,  reimhghealladh 

iiihth:  comhthrom,  reimhtheachdaire,  snamhthuitim 

inbdb:  comhdhail,  reimhdhiorughadh 

iiibbh  >■  mb:  combuaidreadh  ;  >  ir.bbb:  neimhbhrîoghmhar 

nihs:  comhsôlas,  primbseanmoir 

mbf:  combfogus,  reimhtcuchaint,  neambfulangach  îiavôljiuy^ 

nibr  :  comhrddh  Ivrâ 

inbl:  comhluath,  neimhlcasg,  aimhlcas  avl'cu 

mbii  :  neimhnidb 

mbinb  >  inbiii:  coimhmeasg 

mbph:  neamhpbosta. 

Une  source  importante  de  nouveaux  groupes  consonantiques 
est  constituée  par  les  emprunts  aux  autres  langues, 

1°  au  latin  ^  et  aux  langues  romanes  : 
bd\  abdaine  (abdhaine) 


I.  Les  exemples  sont  tirés  de  Gùterbock,  Beinerhgigeii  iiber  die  luleini- 
schen  Lel)invôrter  im  Irischcii  ;  Wh.  Stokes,  Lires  of  saints  froni  tlie  Book  of  Lis- 
inoie,  p.  LXXXii-xc;  Beneiiber^er's  BcitviUje,  t.  XVIII,  p.  70-76;  Atkinson, 
The  passions  and  ihe  homilies  froni  Leubhar  Brcuc,  glossary  ;  Kuno  Mcyer,  Re- 
vue Celtique,  t.  XII,  p.  463-469. 


7  2  G    Doit  in. 

bg:  abgitir 

bst  :  abstanait 

et:  actalta,  docturaig 

cl,  chl:  mochlaigib,  eclais  àgbs 

dch:  predchim 

tch:  pritchim 

db\  adbirseoir  (aidhbherseôir) 

dr  :  adrad  (adhradh) 

/;■  :  oiffrend  afr'n,  offrâil 

gt  :  augtortas 

gd:  saigdeôir  (saigheadôir) 

Ich:  salchoit 

ld\  maldacht 

Un:  pailm,  falmaire 

Uns:  almsan 

Ip:  culpait 

Js  :  fellsub 

//:  altôir;  //;•  :  sallraim  saltrlm 

ml:  amla,  ethemlagas 

nin,  mhn  :  damnaim  damnlm,  demnach,  domnach  dômy^  (domh- 
nach) 

mp:  companach,  compoitecht,  imper 

mr:  camra 

Ht:  cinteir,  contracht,  contrarda,  cointinn,  genti,  montar 

ne:  ponc,  ence  (ennac) 

nd:  caindel  (coinneal  ¥inyoï) 

iibs:  anbsud 

me:  angcoire 

mr:  angraib 

nm  :  senmôir  sg.n9mçh'  (=  sermôin) 

m:  conson 

nf:  confirmaitige 

ps:  psalm 

psc:  epscop  aspôg  (caspog) 

pst:  apstainech,  nTpstâl  apstl 

pt:  procept 

pd:  caipdel 

pi:  caplaic,  plâg,  poiplcch 


Etudes  de  phonéticjiic  irlandaise.  73 

pr:  deprecoit,  praind,  préid,  amprom 

rs\  airse,  persu,  persilli 

rp,  rpt:  cairpteoir,  carpat 

m:  iffern  ifr'n 

ri:  phetarlaic 

rcl:  oirclech 

/■//:  mortlaith 

r^»:  ordnaim 

rtr:  martra,  martralaic,  mertrech 

rtcb  :  muirtchenn 

se:  fescor,  lasce,  case  kâsk 

sb:  esbicul 

ip:  espartin,  spaisdeoraclît,  s^'irni  s prid 

st  :  aistire,  biast,  cestugud,  cloister(g),  cristaige,  ostent,  teist, 

rastall 
si:  baslicc 

ts  :  baitsim  bwastim  (baistim) 
tn  :  laitnôir 
tl:  notlaic  nobk. 

Dans  les  emprunts  qui  ont  subi  l'effet  des  principales  lois 
phonétiques,  les  groupes  sont  réduits  ou  modifiés.  Ainsi  : 
et  >  •//:  éifecht  ç/i'/M,  doyJii'rÇa  Aran) 
;;j"  >>  s:  cis,  ses,  et  ;// >  /:  ifern  sans  qu'on  puisse  décider 

si  la  chute  de  11  est  un  fait  de  plionétique  irlandaise,  Vn  étant 

tombé  en  latin  devant  s  et/  dès  l'époque  de  Cicéron-. 
)id  >  un,  II:  trinoit  à  côté  de  trindôit,  bennacht  à  côté 

de  bendacht 
ps  >  s:  salm  à  côté  de  psalm,  saltair 
pse  >  se  :  e  s  c  o  b  à  côté  de  e  p  s  c  o  p 
pr  >•  er:  cruimther 
pi  '^  cl:  clùm 
fl  >  si:  slechtaim. 
//'  ^  sr:  srian  srim,  sroigell? 
est  >  eht:  e  c  h  t  r  a  n  n  . 


1.  Finck,  Graiiimatik,  p.  78. 

2.  Cicéron,    Orator,  48,   159;  Quintilien,  I,  7,   28-29;   Velius  Longus, 
chez  Keil,  Grauuuaiici  latiiii,  t.  VII,  p.  78,  79. 

5.   Gramniont,  La  dissiiiiUalion  couiouaiitiqiw,  p.  75. 


74  G.  Dottin. 

Ici  >  //:  mallcicht,  inal^/J,  à  côté  de  maldacht 

Quelques  groupes  sont  de  formation  irlandaise  ;  p  '^  sp: 

spelp  =  péplum,  spré  =  praeda;  pr:  prephir  =  peri- 

pheria  ;  ;;/;■:  samrainde  =  smaragdi  ;  sir:  stripach  ,  de 

s  t  u  p  r  u  m  . 

2°  aux  langues  germaniques  ^  : 

pi:  plôd 

st:  goistibe 

sir:  strophaiss. 

Il  nous  reste  à  voir  ce  que  les  groupes  de  consonnes  soit 

anciens  soit  nouvellement  créés  sont  devenus  dans  les  dialectes 

modernes. 

(A  suivre.) 

G.   DOTTIX. 


I.   Les  exemples  sont  empruntés  à  Kuno  Meyer,  Linf/ftam/i  w  carlylrisb 
(Revue  celtùjiie,  t.  XI,  p.  495-495;  t.  XII,  p.  460-463). 


1  E  P  N  H    11  0  A  V  X  V  Y 10  1 


LES  CROISSANTS  D  OR  IRLANDAIS 

Quand  on  visite  la  section  archéologique  de  l'admirable 
Musée  National  irlandais  à  Dublin,  appartenant  à  l'Académie 
royale  d'Irlande,  on  est  frappé  de  la  quantité  considérable 
d'objets  d'or  qui  ont  trouvé  asile  dans  cette  collection.  Dès  1862, 
on  en  comptait  près  de  trois  cents  '  ;  il  y  en  a  sans  doute  cinq 
cents  aujourd'hui.  Une  étude  quelque  peu  attentive  permet  de 
répartir  ces  objets  en  trois  séries  :  1°  ceux  qui,  décorés  géomé- 
triquement, présentent  les  caractères  d'une  antiquité  très  re- 
culée ;  2°  ceux  qui,  décorés  avec  plus  de  fantaisie,  rappellent 
les  caractères  de  l'art  appelé  laie  ccUic  en  Angleterre;  3°  ceux 
qui,  ornés  d'entrelacs  ou  pourvus  d'inscriptions,  doivent  être 
attribués  au  moyen  âge.  D'objets  d'or  attestant  l'imitation  de 
modèles  grecs  ou  romains,  il  n'y  a  pas  trace.  —  Nous  ne  nous 
occuperons  ici  que  de  la  première  série. 

Si  les  bijoux  d'or  sont  nombreux  dans  la  collection  natio- 
nale irlandaise  —  comparable,  à  cet  égard,  à  celles  de  Copen- 
hague, de  Stockholm  et  de  Saint-Pétersbourg  —  ce  n'est 
pas  qu'elle  contienne  la  totalité,  ni  même  une  partie  considé- 
rable de  ceux  qui  ont  été  découverts  dans  l'île.  Il  faut  se  sou- 
venir de  la  manière  dont  cette  collection  a  été  formée  pour 
concevoir  la  richesse  énorme  dont  ses  trésors  ne  sont  qu'un 
faible  débris.  Nulle  part  on  n'a  pratiqué  de  fouilles  systéma- 
tiques et  régulières;  partout,  pendant  des  siècles,  on  a  livré 

I.    Wilde,  Catalogue,  GolJ,  p.  2. 


~6  Salomon  Reinjch. 

aux  fondeurs  les  bijoux  d'or  que  l'on  découvrait'.  La  collection 
de  l'Académie  irlandaise  date  seulement  de  1829 -.  C'est  de- 
puis le  mois  d'avril  1861  seulement  qu'il  existe  une  loi  obli- 
geant les  auteurs  de  découvertes  d'en  donner  avis  aux  auto- 
rités locales  (Treasure  trove  régulations).  Donc,  ce  qui  subsiste, 
tant  à  Dublin  qu'à  Belfast^  Edimbourg,  Liverpool  et  Londres, 
sans  compter  quelques  collections  particulières,  n'est  qu'une 
fraction  minime  de  ce  qui  a  existé  autrefois  et  a  été  rendu  à  la 
lumière  avant  l'organisation  du  Musée  National'. 

On  a  justement  fait  observer  que  le  nombre  des  objets  d'or 
conservés  à  Dublin  est  encore  moins  significatif  que  l'élévation 
de  leur  poids  moyen  (de  20  à  40  onces)  4  ;  c'est  là  un  indice 
irrécusable  de  l'abondance  du  métal.  D'après  M.  Coffey,  con- 
servateur de  la  collection,  le  poids  total  des  objets  d'or  appar- 
tenant au  Musée  atteint  570  onces  (16  kilogr.  et  demi),  alors 
que  l'ensemble  des  trouvailles  du  même  genre  faites  en  Angle- 
terre, en  Ecosse  et  dans  le  pays  de  Galles,  telles  qu'elles  sont 
représentées  au  British  Muséum,  ne  pèse  que  20  onces,  c'est- 
à-dire  vingt-cinq  fois  moins. 

Il  est  fâcheux  que  les  provenances  des  objets  d'or  conservés 
à  Dublin  soient  presque  toujours  vagues.  Les  uns  ont  été  re- 
cueillis dans  des  tourbières,  les  autres  en  labourant  le  sol  ou 
sous  des  rochers  ;  il  n'y  en  a  pas  (du  moins  de  provenance  ir- 
landaise) qui  soient  issus  d'un  milieu  archéologique  bien  dé- 
fini, par  exemple  d'une  sépulture.  De  là,  pour  la  science,  la 
difficulté  de  leur  assigner  une  date  ;  on  en  est  presque  réduit, 
comme  nous  le  verrons,  à  des  conjectures  autorisées  par  le 
style  des  objets  et  le  caractère  de  leur  décoration. 

Parmi  les  bijoux  d'or  irlandais  de  la  série  que  nous  étu- 
dions, il  y  a  deux  types  représentés  par  un  grand  nombre 
d'exemplaires.  Le   premier  est  un   anneau  ouvert,  de  dimen- 


1.  Cf.  Wilde,  ihid..  p.  4. 

2.  Ibld.,  p.  2. 

3 .  Tout  récemment  encore,  une  grande  trouvaille  d'objets  en  or  a  été 
faite  sur  la  côte  nord-ouest  de  llrlande;  voir  la  publication  de  M.  Arthur 
Evans,  Archaeohgia,  t.  LV  (1897),  p.  397-408. 

4.  Coffev,  On'gins  of  prehistoiic  onianicnl  i  11  Irclaiid,  Dublin,  1897,  p.  59. 
On  doit  regretter  que  ce  beau  travail  n'ait  été  publié  qu'à  50  exemplaires. 


Les  Croissants  d'or  irLmdais.  77 

sions  très  variables,  mais  presque  toujours  trop  petit  pour 
avoir  entouré  un  poignet  et  se  terminant  par  deux  disques  ou 
cupules  ^  ;  ces  objets  peuvent  avoir  servi  à  rassembler  les  plis 
de  certaines  étoffes,  comme  aussi  à  serrer  et  à  orner  des  bou- 
cles de  cheveux^.  La  décoration  en  est  tantôt  nulle,  tantôt  très 
simple,  consistant  en  stries  dans  le  sens  de  la  longueur  et  en 
incisions  croisées  à  la  naissance  des  disques  ;  ces  derniers  sont 


FiG.   I.  —  Anneau  d'or  irlandais,  au  musée  de  Saint-Germain, 

le  plus  souvent  sans  ornements?.  Un  objet  de  cette  catégorie, 
long  de  o"',027  et  pesant  20  grammes,  a  été  acquis  en  1887, 
d'un  marchand  de  Londres,  pour  le  musée  de  Saint-Germain- 
en-Laye  (fig.  i). 

La  seconde  classe  d'objets  découverts  à  de  nombreux  exem- 
plaires est  beaucoup  plus  intéressante.  Ce  sont  des  croissants 
découpés  dans  de  minces  feuilles  d'or,  terminés  simplement 
en  pointes  ou  par  de  petits  disques  4.  L'évêque  irlandais  Po- 
cocke,  en  1773,  leur  a  donné  le  nom  de  lunuJae,  sous  lequel 


1 .  Unclosed  hoop  ivith  terminal  ciips  (Wilde,  op.  laiid.,  p.  56). 

2 .  Cf.  les  attaches  de  boudes  en  or  mentionnées  dans  les  textes  grecs, 
ap.  Helbig,  Epopée  homérique,  p.  500.  —  Le  général  Vallancev,  un  des  pre- 
miers auteurs  qui  les  ait  décrits,  y  voyait  «  des  patères  à  deux  têtes,  ayant 
servi  à  des  libations  aux  deux  divinités  principales  des  Irlandais  païens, 
Budh  et  son  fils  Pharamon,  ainsi  qu'au  Soleil  et  à  la  Lune  »  (Wilde,  p.  61). 

5 .  Le  serre-plis  appartenant  à  Trinity-College  (Dublin),  dont  les  cupules 
terminales  sont  richement  décorées  de  cercles  concentriques  et  de  triangles 
incisés,  est  tout  à  fait  exceptionnel  (Colïey,  On  the  tiimuli  ai  Ne-w  Grange, 
extr.  des  Transact.  of  the  roy.  Irish  Academy,  p.  23,  fig.  5).  Pour  d'autres 
exemples,  voir  les  Proceediugs  of  tJie  royal  Soc.  of  antiqnaries,  1897,  p.  366, 
et  le  catalogue  de  Wilde,  p.  57  et  suiv. 

4.    Voir  Wilde,  p,  15-27. 


78 


Salomon  Rcinach. 


on  les  connaît  encore  '.  On  ajoute  qu'en  vieil-irlandais  ils  s'ap- 
pelaient niind  ou  ini)uie  ^,  mais  rien  ne  prouve  que  ce  mot  dé- 
signe, dans  les  anciens  textes,  l'objet  qui  nous  occupe.  Une 
glose  d'un  Évangéliaire  de  Turin  (ix^  siècle)  donne  iiiiinJ  comme 
l'équivalent  du  latin  diadcma;  or,  les  croissants  ne  sont  pas 
des  diadèmes  et  rien  n'autorise  à  croire  qu'on  les  connût  en- 
core en  Irlande,  du  moins  en  qualité  d'objets  usuels,  au 
ix^  siècle  de  notre  ère. 

La  décoration,  obtenue  au  burin,  rarement  au  poinçon,  est 
presque  toujours  caractérisée  par  des  triangles  incisés  et  ombrés 


FIG.    2. 


Lunule  d'or  au  musée  de  Dublin  3. 


à  l'aide  de  lignes  parallèles  à  l'un  des  côtés  latéraux  ;  on  trouve 
aussi  des  chevrons,  des  dents  de  loup,  de  petits  carrés,  ha- 
churés ou  vides,  disposés  en  cases  de  damier.  Dans  un  exem- 
plaire seulement,  cette  décoration  consiste  en  une  série  de 
petits  cercles  obtenus  au  poinçon  4.  On  ne  constate  jamais 
ni  spirales,  ni  cercles  concentriques;  c'est  la  décoration  géo- 
métrique rectihgne  dans  toute  sa  rigueur.  Les  deux  spéci- 
mens de  hiniilac  que  nous  reproduisons  ici,  l'un  d'après  un 


1.  Archacohgia,  t.  II,  p.  36. 

2.  Wilde,  p.  10;  Wakeman,  Hanâhook  of  in'sh  Auliquilies,  p.  278. 

3.  Wilde,  op.  laiiiL,  p.  11. 

4.  Wilde,  op.  hiui.,  fig.  548;  Wakeman,  p.  279. 


Les  Croissants  tVor  irlandais.  79 

dessin  de  Wilde,  l'autre  d'après  un  ertampage  de  Frazer,  suf- 
fisent à  donner  une  idée  de  leur  style  aussi  élégant  que  sobre 
(fig.  2  et  3).  On  remarquera  que  la  décoration  de  la  surface 
est  limitée  aux  cornes  et  que  la  partie  moyenne  de  l'objet,  la 
plus  large  et  la  plus  considérable,  est  simplement  encadrée  de 
deux  bandes  où  dominent  les  chevrons. 

L'étude  des  éléments  de  cette  décoration  ne  laisse  guère  de 


FiG.   3.  —  Lnniile  d'or  au  musée  de  Dublin  '. 

doute  sur  l'époque  à  laquelle  il  convient  de  l'attribuer.  Ils  sont, 
en  effet,  identiques  à  ceux  qui  caractérisent  l'ornementation 
de  la  poterie  et  du  métal  pendant  la  première  partie  de  l'âge  du 
bronze,  non  seulement  en  Irlande,  mais  dans  toute  l'Europe^. 
Nous  possédons,  de  cette  époque,  un  grand  nombre  de  vases 


1.  Trouvée  en  1890  dans  !e  comté  de  Westmeath  et  publiée  dnns  le 
Journal  of  the  royal  Societv  of  Aii.iquaries  of  Ireland,  1897,  p.  55. 

2.  Voir,  par  exemple,  les  intéressants  tableaux  publiés  par  AI.  Sophus 
iMuller,  Or)iaiiiente  ans  ilcr  jiitigercii  Sh'ii!:icitj  dans  Xordische  Alterthitnis- 
kundc,  t.  I  (1897),  p.  1)8,  159. 


8o 


Salomon  Reinach. 


en  argile,  de  provenance  irlandaise,  qui  présentent  exactement 
les  mêmes  motifs.  Celui  du  triangle,  en  particulier,  se  retrouve 
sur  les  pierres  du  monument  de  New-Grange  ^  et  paraît  avoir 
été  très  familier  à  l'industrie  de  l'Irlande.  Nous  verrons  plus 
loin  qu'il  existe,  à  cet  égard,  une  analogie  assez  étroite  entre 
l'art  préhistorique  de  l'Irlande  et  celui  de  la  péninsule  ibérique. 
Enfin,  les  croissants  en  question  ne  sont  pas  isolés  dans 
l'archéologie  préhistorique.  Ceux  qu'on  a  découverts  en  France 
sont,  à  la  vérité,  des  objets  d'importation;  mais  il  n'en  est  pas 
de  même  de  certains  objets  de  même  t^-pe  recueillis  en  pays 
Scandinave.  Nous  signalerons  d'abord  un  croissant  en  or  dé- 
couvert au  Danemark  (fig.  4).  Evidemment,  c'est  une  imi- 
tation du  type  irlandais,  et  une  imitation  assez  pauvre,  puisque 


Fig.  4.  —  Croissant  en  or  de  type  irlandais.  Danemark-. 

la  décoration  géométrique  en  est  absente.  Il  serait  donc  tout  à 
fait  illogique  de  se  fonder  sur  cet  objet  pour  supposer  que  les 
croissants  irlandais  soient  d'importation  Scandinave  —  erreur 
où,  d'ailleurs,  aucun  archéologue  n'est  tombé.  Le  second 
croissant,  également  de  provenance  danoise,  est  encore  plus 
significatif  (fig.  5).  La  forme  générale  est  bien  celle  des 
lunules  irlandaises  ;  mais  la  décoration  consiste  en  spirales  qui 


1 .  Cofîey,  On  the  tiimuli  at  New-Grange,  p.  93. 

2.  Montelius-Reinach,  Temps  préJnst.  oi  Suède,  fig.  151. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  81 

ne  pài'âisscnt  jamais,  avant  le  moyen  âge,  sur  les  objets  mé- 
talliques de  l'Irlande,  alors  qu'elles  sont  extrêmement  fré- 
quentes dans  l'art  Scandinave  à  l'époque  du  bronze.  Nous 
avons  donc  là  une  imitation  évidente,  mais  accommodée  au 
goût  Scandinave,  d'un  type  de  bijou  irlandais. 

On  possède  quelques  renseignements  sur  une  découverte 
faite  en  Cornouailles,  à  Harlyn,  près  de  Padstow,  qui  fournit 
une  indication  précieuse  sur  la  date  des  croissants.  Un  ouvrier 
trouva  dans  cette  localité,  à  la  profondeur  d'environ  six  pieds, 
deux  croissants  en  or  associés  à  une  hache  de  bronze  plate, 


FiG.  5.  —  Croissant  en  bronze.  Danemark  '. 

dont  le  type  caractérise  la  première  phase  de  l'âge  du  bronze 
en  Grande-Bretagne-.  Il  y  avait  aussi  là  un  second  bronze, 
qui  n'a  malheureusement  pas  été  conservé  ;  l'auteur  de  la  dé- 
couverte déclara  seulement  qu'il  ressemblait  à  un  fragment 
de  boucle. 

Une  autre  constatation,  due  à  M.  Montelius,  vient  confirmer 
cet  indice.  Certaines  haches  de  bronze  plates  d'un  type  parti- 
culier, très  fréquent  dans  les  îles  Britanniques,  et  là  seule- 
ment, se  sont  rencontrées  à  Fionie  et  à  Schonen  5  ;  ce  sont 
probablement  des  objets  importés,  de  fabrication  britannique. 


1.  Worsaae,  Kordiske  OJdstigfr,  p.  50,  11°  226. 

2.  Evans,  Bron~e  impkmcnts,  p.  42;  Montelius,  Avchiv  Ji'ir  Anthropologie, 
t.  XIX,  p.  9. 

3.  Archiv  fur  Anthropologie,  t.  XIX,  p.  8,  fig.   5  et  6;  Montelius-Rei- 
nach,  Temps préhist.  en  Sucde,  p.  57,  fig.  59. 

Revue  Celtique,  XXI.  6 


82 


Salomon  Reinach. 


Or,  la  décoration  de  ces  haches  rappelle  d'une  manière  frap- 
pante celle  des  lunules  irlandaises  ;  c'est  le  même  emploi  de 
triangles  remplis  de  hachures  parallèles,  de  dents  de  loup,  de 
chevrons,  etc.  Puisque  les  haches  plates  n'ont  pas  survécu  à  la 
première  phase  de  l'âge  du  bronze  (vers  1400  avant  J.-C, 
suivant  la  chronologie  de  M.  Montelius),  c'est  à  une  époque 
antérieure  à  l'an  1000  avant  J.-C.  qu'il  faudrait  attribuer  les 
croissants  d'or  irlandais.  Cette  date  nous  semble  très  vraisem- 
blable et  ne  peut  effrayer  que  les  personnes  non  initiées  aux 


FiG.  6. 
Hache  d'Irlande'. 


FiG.  7. 
Hache  de  Penh  -. 


FiG.  8. 
Hache  de  Schonen^. 


résultats  acquis,  depuis  quinze  ans,  par   les  études  d'archéo- 
logie préhistorique. 

Nous  donnons  ici,  pour  faciliter  la  comparaison,  les  dessins 
de  trois  haches  de  bronze,  découvertes  la  première  en  Irlande, 
la  seconde  à  Perth  et  la  troisième  à  Schonen  (fig.  6,  7  et  8). 
L'analogie  de  ces  haches  entre  elles  et  l'affinité  de  leur  déco- 
ration avec  celle  des  croissants  irlandais  sont  tellement  évi- 
dentes qu'il  serait  superflu  d'y  insister. 

1.  Evans,  Bronze  iiiiplenients,  p.  66,  fig.  55.  L'objet  appartient  à  sir  John 
Evans,  qui  l'a  acquis  comme  provenant  d'Irlande. 

2.  Evans,  tbid.,  fig.  24.  Collection  de  James  Beck. 

3.  Montelius,  Archiv  fïir  Anthropologie,  t.  XXVI  (1899),  p.  459.  —  On 
trouvera  d'autres  haches  analogues  dans  Worsaae,  OLisager,  p.  37,  no  179. 
dans  le  catalogue  de  Wilde,  fig.  297,  301,  et  dans  Wakeman,  Haïuibook  of 
irish  antiquilies,  p.  290.  291. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  8j 

C'est  donc  avec  surprise  que  j'ai  vu  M.  Frazer,  dans  un  tra- 
vail spécial  consacré  aux  croissants  ',  prétendre  qu'ils  appar- 
tiennent à  l'époque  de  l'Empire  romain  et  qu'ils  ont  été  fabri- 
qués avec  le  métal  d'aurei  romains,  butin  des  pirates  scots 
dans  leurs  expéditions  sur  les  côtes  de  Grande-Bretagne  ^. 

M.  Frazer  étant  mort  peu  après  la  publication  de  ce  travail, 
il  ne  lui  a  pas  été  répondu  en  Irlande  ;  en  France,  la  Revue 
Celtique  en  a  donné  une  analyse  sans  appréciation  5  et  il  serait 
à  craindre  que  les  résultats  indiqués  par  l'auteur  ne  trouvassent 
créance  auprès  des  personnes  qui  ne  connaissent  les  objets  en 
question  ni  directement,  ni  par  de  bonnes  gravures. 

Parmi  les  arguments  allègues  par  M.  Frazer,  il  en  est  un 
qui,  bien  que  spécieux  au  premier  abord,  me  paraît  absolument 
sans  valeur.  L'analyse  d'un  croissant  irlandais  a  donné,  dit-il, 
11,05  d'argent,  0,12  de  cuivre  et  un  poids  spécifique  de 
17,528;  or,  l'or  indigène  du  comté  de  Wicklow  donne  environ 
7  d'argent  et  15  comme  poids  spécifique.  Rien  n'empêche  ce- 
pendant d'admettre  que  les  orfèvres  irlandais  aient  augmenté 
la  proportion  d'argent  dans  leur  alliage,  ou  que  l'or  dont  ils  ont 
fait  usage  différât  quelque  peu  de  celui  de  Wicklow.  En  re- 
vanche, M.  Frazer  est  obligé  de  reconnaître  que  le  poids  spé- 
cifique des  ûurei  romains  est  notablement  supérieur  à  celui  des 
croissants  irlandais.  Il  se  tire  d'affaire  en  alléguant  que  les  or- 
fèvres irlandais  ont  augmenté  la  proportion  d'argent.  Mais  que 
reste-t-il  alors  de  son  premier  argument  ?  En  pareille  matière, 
le  chimiste  doit  s'effacer  devant  l'archéologue.  Nous  ne  sa- 
vons pas  quelles  manipulations  subissait  l'or  natif;  mais  nous 
savons  que  la  décoration  exclusivement  géométrique  caracté- 
rise une  phase  de  l'industrie  en  Europe  et  ne  se  rencontre  pas 
dans  les  phases  subséquentes.  Il  y  a  là  des  faits  positifs,  soli- 
dement établis  et  dont  le  témoignage  ne  peut  plus  être  récusé. 

En  réalité,  si  Frazer  s'est  trompé  aussi  lourdement,  la  faute 
n'en  est  pas  à  la  chimie.  Cet  amateur  n'a  fait  que  tomber,  une 
fois  de  plus,  dans  l'erreur  familière  à  la  plupart  des  archéolo- 


1.  Journal  of  tbe  Soc.  of  an tiqtiaries  of  Ireland,  1897,  p.  55. 

2.  Sur  ces  attaques,  voir  Revue  Celtique,  1897,  p.  354. 

3.  Revue  Celtique,  1898,  p.  94. 


84  Salomon  Reinach. 

gués  irlandais,  erreur  avec  laquelle  le  plus  éminent  d'entre 
eux,  M.  Coffey,  n'a  pas  encore  tout  à  fait  rompu,  témoin  sa 
tentative  récente  pour  identifier  le  cairn  de  Knockmanny,  an- 
térieur à  Tan  1500  avant  J.-C,  avec  le  tombeau  de  Baine, 
morte  en  m  après  notre  ère^  Cette  erreur  vient  de  l'influence 
tenace  qu'exerce  sur  les  érudits  de  ce  pays  la  lecture  des  An- 
nales  des  Quatre  Maîtres,  avec  leurs  mythes  evhémérisés  et  leur 
chronologie  fictive.  Un  des  caractères  les  plus  fâcheux  de  cette 
compilation  pseudo-historique,  c'est  qu'elle  met  des  monu- 
ments très  anciens  en  relation  avec  des  personnages  ayant 
vécu  aux  premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne  2,  Ceux  qui  la 
prennent  au  sérieux  en  arrivent  à  placer  l'érection  des  dol- 
mens vers  la  fin  de  l'époque  impériale  et  à  refuser  à  l'Irlande 
toute  civilisation  matérielle  antérieure  à  ses  premiers  contacts 
avec  le  monde  romain.  Ceux  mêmes  qui  ne  vont  pas  aussi 
loin  ne  peuvent  se  défendre  du  préjugé  scolastique  suivant  le- 
quel les  peuples,  qualifiés  de  barbares  par  les  Anciens,  ont 
véritablement  mérité  ce  nom  —  les  uns,  jusqu'à  la  conquête 
romaine,  les  autres,  jusqu'au  triomphe  du  christianisme.  Au 
Heu  d'en  croire,  sur  l'Irlande,  les  monuments  découverts  dans 
ce  pays,  ils  en  croient  Strabon,  qui  n'y  était  pas  allé.  Or,  il 
est  permis  de  poser  en  principe  que,  lorsque  les  textes  et  les 
monuments  sont  en  désaccord,  c'est  le  témoignage  de  ceux-ci 
qu'on  doit  préférer. 

Il  serait  cependant  bien  temps  de  reconnaître  qu'un  pays 
comme  l'Irlande,  séparé  par  quelques  heures  de  mer  seulement 
de  la  Grande-Bretagne  qui,   elle-même,  est  en  vue  des  côtes 


1.  Roval  Soc.  of  aiitiq.  of  Irclivid,  1898,  p.  ni.  M.  CofFey,  d'ailleurs, 
n'est  pas  dupe  de  cette  chronologie  ;  on  dirait  qu'il  se  contente  de  saluer, 
en  passant,  un  préjugé  national. 

2.  Frazer,  hc.  laiul.,  p.  54  :  «  Le  port  des  lunules  par  les  femmes  est 
mentionné  de  bonne  heure  dans  le  Livre  de  Leinster.  Au  festin  de  Teamair, 
le  voleur  Gorman  déroba  le  diadème  d'or  de  la  reine...  Le  nom  du  roi  était 
Cathair-Mor,  qui  fut  tué  en  177  ap.  J.-C.  La  même  histoire  se  trouve  dans 
les  livres  de  Ballvmote  et  de  Lecan,  de  sorte  qu'on  peut  dire  qu'elle  s'est 
transmise  pendant  dix  siècles  avant  que  le  plus  ancien  de  ces  livres  n'ait  été 
rédigé.  »  D'abord,  il  faudrait  prouver  que  les  lunules  sont  des  diadèmes  ; 
puis,  que  Cathair  Mor  est  un  personnage  historique;  enfin,  que  la  date  as- 
signée à  sa  mort  repose  sur  une  donnée  positive  quelconque.  Frazer  n'a  pas 
songé  à  tout  cela. 


Les  Croissants  d'or  irUunhiis.  S) 

celtiques,  n'a  pu  présenter  une  évolution  industrielle  toute 
différente  de  celle  de  l'Europe  occidentale  et  de  l'Europe  du 
Nord  ^  Entraînée  dans  le  même  mouvement,  elle  a  connu  suc- 
cessivement les  époques  de  la  pierre  polie,  du  cuivre,  du 
bronze  et  du  fer;  à  chacune  de  ces  époques  correspondent  des 
types  et  un  style  décoratif  qui  ne  sont  pas  identiques  à  ceux 
des  périodes  correspondantes  dans  telle  ou  telle  région  de  l'Eu- 
rope —  car  l'Irlande  avait  une  industrie  indigène  —  mais  qui 
présentent  avec  ceux-ci  une  incontestable  affinité. 

Il  y  a  une  trentaine  d'années,  on  pouvait  encore  admettre 
que  les  pays  éloignés  de  la  Méditerranée  avaient  toujours  été 
en  retard  de  cinq  ou  six  siècles  sur  les  pays  méditerranéens  — 
que,  par  exemple,  les  Gaulois  du  temps  de  César  se  servaient 
encore  d'épées  de  bronze,  comme  le  croyaient  Quicherat  et 
Mérimée-,  comme  l'affirmait  tout  récemment  M.  de  Cham- 
peaux3.  On  supposait  que  l'âge  du  fer,  dont  le  règne  com- 
mence vers  l'an  800  av.  J.-C.  dans  l'Europe  méridionale, 
n'avait  débuté,  en  Scandinavie,  que  vers  l'époque  de  l'ère 
chrétienne.  Telle  était  encore  l'opinion  de  Worsaae,  dont 
M.  Bertrand  se  faisait  l'écho  en  18754:  «  De  quelque  point 
de  l'Asie  que  nous  soit  venu  ce  progrès  (la  métallurgie),  il  est 
incontestable,  aujourd'hui,  qu'il  part  de  là.  Une  autre  vérité 
non  moins  évidente  est  l'inégalité  profonde  existant,  suivant 
les  pays,  dans  la  marche  en  Europe  du  mouvement  qui  pro- 
duisit ces  transformations.   Le  fer^   que  les  Egyptiens  possé- 


1 .  M.  Coffey,  bien  qu'entretenant  des  idées  très  erronées  sur  le  com- 
merce des  Phéniciens  dans  l'Atlantique,  a  eu  parfaitement  raison  d'écrire 
(prigi)is  of  prehist.  ornanieiit,  p.  39)  :  «  On  admet  généralement  que  l'Irlande 
étant  plus  éloignée  du  continent  que  la  Bretagne,  les  périodes  correspon- 
dantes ont  été  plus  tardives  en  Irlande  et  la  civilisation  plus  grossière.  Je 
ne  crois  pas  que  ces  conclusions  soient  justifiées...  Les  monuments  attestent 
que  la  civilisation  de  l'Irlande  à  l'âge  de  bronze  était,  pour  le  moins,  aussi 
développée  que  celle  de  la  Bretagne.  »  J'ajoute  qu'une  comparaison  de  la 
céramique  irlandaise  primitive  avec  celle  de  l'île  de  Bretagne,  telle  qu'on 
peut  la  faire  aisément  au  Musée  Britannique,  c'émontre  absolument  la  supc- 
riorilé  de  l'art  irlandais  sur  l'art  breton  pendant  toute  la  durée  de  l'âge  du 
bronze.  L'observation  en  a  déjà  été  faite  par  Greenwell,  British  Barrows, 
p.  62. 

2.  Cf.  Revue  archcoL,  1899,  I,  p.  213. 

3.  Article  Bronze  de  la  Grande  Encyclopédie,  p.  138. 

4.  A.  Bertrand,  Aiclicol.  celtigne  et  gauloise,  2^  éd.,  p.  58. 


86  Salomon  Reinach. 

daient  3500  ans  au  moins  avant  notre  ère,  ne  pénètre  en 
Grèce  qu'au  xV  siècle  avant  J.-C,  en  Italie,  suivant  toute 
probabilité,  qu'au  xii%  au  vii^  seulement  en  Gaule.  Il  faut  at- 
tendre l'ère  chrétienne  pour  le  rencontrer  en  Danemark  et  en  Suéde.  » 
Peu  après  les  découvertes  de  Schliemann  à  Mycènes,  on  com- 
mença à  réagir  contre  ces  erreurs.  En  1882,  Igvald  Undset 
émit  l'opinion  que  le  fer  avait  pénétré  en  Scandinavie  au  cours 
du  deuxième  âge  du  fer  européen  (époque  de  La  Tène)  ^ 
M.  Montelius,  adversaire  résolu  de  la  théorie  du  retard,  qu'il 
a  plus  contribué  que  tout  autre  à  bannir  de  la  science,  alla 
plus  loin  qu'Undset  et  affirma  que  l'âge  du  fer  Scandinave  était 
contemporain  de  la  fin  du  premier  âge  du  fer  dans  l'Europe 
centrale  (environs  de  l'an  500  av.  J.-C.)-.  Peut-être  est-il  pos- 
sible de  le  reculer  encore  3.  Assurément,  il  n'y  a  pas  synchro- 
nisme absolu  entre  les  étapes  de  l'évolution  industrielle  d'un 
bout  de  l'Europe  à  l'autre  ;  mais,  si  l'on  met  à  part  le  domaine 
scythique  (à  l'est  de  la  ligne  du  commerce  de  l'ambre),  on 
peut  affirmer  qu'il  ne  s'est  pas  passé  plus  de  deux  ou  trois  siè- 
cles entre  l'époque  où  les  épées  de  bronze  ont  cessé  d'être  em- 
ployées en  Irlande,  en  Gaule,  en  Scandinavie  en  Hongrie  et  en 
Grèce.  Le  commerce  de  l'ambre,  celui  des  métaux  précieux  et  de 
l'étain,  sans  parler  de  la  piraterie  et  du  trafic  des  esclaves,  ont, 
depuis  l'antiquité  la  plus  haute,  créé  des  relations  entre  ces  diffé- 
rentes régions  de  l'Europe,  à  tel  point  qu'un  progrès  essentiel 
accompli  dans  l'une  d'elles  devait  nécessairement  avoir  sa  réper- 
cussion dans  les  autres  et  y  susciter  des  imitations. 

En  Scandinavie,  la  démonstration  de  ce  qu'on  peut  appeler 
—  par  opposition  à  la  théorie  du  retard  —  le  synchronisme 
industriel,  est  dû  aux  fouilles  de  Vedel  dans  l'île  de  Bornholm^. 
Ces  fouilles,  portant  sur  des  milliers  de  tombes,  ont  établi 
qu'à  une  époque  où  il  n'est  pas  encore  question  d'importations 
romaines  en  Scandinavie,  ce  pays  possédait  déjà  des  objets  de 


1.  I.  Undset,  Das  erste  Aiiftrelen  des  Eiseiis,  p.  588. 

2.  Montelius-Reinach,  Temps  prcbist.  de  la  Suède,  p.  145. 

3 .  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  premier  âge  du  fer  en  Europe  (époque 
de  Hallstatt)  est  moins  un  âge  du  fer  que  le  passage  de  l'âge  du  bronze  à 
l'âge  du  fer. 

4.  Mnu.  de  la  Soc.  des  Antiquaires  dit  Nord,  1872,  1878-79,  1890. 


Les  Croissants  d'or  uiainiais. 


S7 


fer  tout  à  fait  comparables  à  ceux  qui  caractérisent,  dans  l'Eu- 
rope centrale  et  occidentale,  l'époque  dite  de  La  Téne,  dont 
l'évolution  était  déjà  très  avancée  en  Gaule  au  moment  de  la 
conquête  romaine.  Depuis  les  fouilles  de  Vedel,  on  a  constaté 
la  présence  d'objets  du  type  de  La  Tène  au  Jutland  et  à 
Fionie'  ;  il  est  donc  inadmissible  que  l'île  de  Bornholm  ait  joui 
d'une  civilisation  qui  serait  restée  inconnue  des  pays  voisins. 

L'étude  des   relations  préhistoriques  de  l'Irlande  avec  les 
autres  régions  de  l'Europe  est  une  des  tâches  essentielles  qui 


FlG.  9. 
Pointe  de  flèche  irlandaise-. 


FiG.  10. 
Pointe  de  tléche  portugaise'*. 


incombent  aujourd'hui  aux  archéologues  4.  Trois  résultats  de 
la  plus  haute  importance  peuvent  déjà  être  tenus  pour  acquis. 
1°  A  l'époque  de  la  pierre  polie,  on  trouve  en  Irlande  des 
pointes  de  flèche  en  silex,  en  forme  de  losanges,  polies  sur  les 
deux  j aces  et  retouchées  très  adroitement  sur  les  bords  (fig.  9). 


1 .  Mèm.  de  la  Soc.  des  Antiquaires  du  Nord,  1890,  p.  171. 

2.  Wakeman,  Handhook,  p.  270;  Wilde,  Catalogue,  fig.  27. 

3.  Cattailhac,  Ages  préhistoriques  de  l'Espagne  et  du  Portui;al,  fig.  86;  cf. 
fig.  87,  88,  90. 

4.  On  trouvera  beaucoup  d'indications  à  cet  égard  dans  l'ouvrage  érudit, 
mais  sans  critique,  de  Borlase,  The  dolmens  of  Ireland  (voir  notamment 
t.  II,  p.  )25,  674,  686). 


88  Salonion  Kc'nuch. 

Des  pointes  similaires  se  rencontrent  au  Portugal,  mais  ne  se 
sont,  jusqu'à  présent,  rencontrées  que  là  et  en  Irlande  (fig.  lo)^ 
Les  gravures  ci-jointes  permettront  de  saisir  l'identité  technique 
de  ces  objets,  qui  ne  peut  pas  être  due  au  hasard.  Cette  identité 
est  confirmée  par  une  autre  observation.  Le  Portugal  a  fourni 
des  objets  en  ardoise,  de  destination  inconnue,  ornés  de  des- 


FiG.  li.  —  Pendeloque  portugaise  en  ardoise. 

sins  au  trait  parmi  lesquels  domine  le  triangle  et  qui  offrent 
une  ressemblance  frappante  avec  les  hachts  en  bronze  ornées 
de  l'Irlande  que  nous  avons  signalées  plus  haut  (fig.  ii)-. 
Enfin,  si  l'on  compare  les  dolmens  de  l'Irlande  avec  ceux  de 
l'Allemagne  et  de  la  Scandinavie,  d'une  part,  ceux  du  Portugal 


1.  Evans,  Ancient  slone  implcmenls  of  Grcat  Brilain,  l'^éà  (1897),  p.  372: 
«  The  class  haviiig  botb  faces  polished,  though  slill  only  chipped  at  the  edges,  like 
Wilde  fig.  2/,  lias  not,except  in  Portugal,  as  yet  occiirred  ont  of  Iieland.  »  Une 
belle  pointe  irlandaise  de  ce  genre  a  été  publiée  par  M.  Knowles,  Journ.  of 
the  roy.  Soc.  of  antiquaries  of  Iielniid,  1897,  p-  I5- 

2.  Plaques  d'ardoise  de  la  Casa  de  Moura,  Cartailhac,  Ages  prèhist.  de 
s'Esp.  et  du  Portugal,  fig.  96,  97,  100,  lOi  ;  Vasconcellos,  Religioes  da  Lu- 
litauia,  t.  I,  fig.  24,  25,  26.  M.  Cartailhac  a  déjà  rapproché  de  ces  ardoises 
une  hache  ornée  conservée  à  Sorèze  (Tarn)  et  que  l'on  croit  de  provenance 
irlandaise.  Voir  aussi  \Vilde,  p.  590,  591. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  89 

et  de  l'Espagne,  de  l'autre,  on  reconnaîtra  qu'ils  présentent 
(voir  leur  profil  en  tronc  de  pyramide)  une  indéniable  analogie 
avec  ces  derniers,  et  avec  cqs  derniers  seulement.  Ces  faits 
viennent  à  l'appui  d'une  tradition  à  laquelle  on  aurait  tort  de 
refuser  toute  valeur  historique,  d'après  laquelle  une  partie  de 
la  population  primitive  de  l'Irlande  serait  venue  du  pays  du 
Couchant,  c'est-à-dire  de  l'Espagne  ^  Le  fait  de  relations  sui- 
vies entre  la  péninsule  ibérique  et  l'Irlande  semble  aussi  être 
indiqué  par  la  croyance  des  anciens  que  l'Irlande  était  située 
entre  la  Bretagne  et  l'Espagne  (Hibernia  niedio  inter  Britan- 
niûiii  atque  Hispaniain  sita,  Tacite,  Agrîc,  xxiv).  C'est 
donc  qu'il  existait  une  navigation  directe  entre  l'Espagne 
et  l'Irlande,  comme  entre  l'Espagne  et  les  îles  Cassitérides  ;  cqs 
deux  routes  commerciales  n'étaient  pas  seulement  connexes, 
mais  elles  se  confondaient  pendant  la  plus  grande  partie  de 
leur  parcours. 

2°  Les  relations  de  l'Irlande  avec  le  monde  Scandinave  sont 
nettement  attestées  dés  le  début  de  l'époque  des  métaux,  que 
Ton  peut  placer  au  moins  quinze  siècles  avant  l'ère  chrétienne. 
En  effet,  si  l'on  rapproche,  avec  M.  Coffey-,  les  spirales 
incisées  au  marteau  sur  les  pierres  de  New-Grange,  de  Lough 
Crew,  de  Dowth,  etc.,  des  ornements  analogues  gravés  sur 
des  objets  Scandinaves  datant  du  début  de  l'âge  du  bronze,  on 
devra,  d'abord,  convenir  qu'il  y  a  eu  emprunt.  Mais  l'emprunt 
ne  peut  avoir  été  fait  par  la  Scandinavie  à  l'Irlande,  car,  dans 
cette  île,   les  spirales,   inconnues  sur  les   objets  métalliques,    se 

1 .  «  D'après  la  tradition  indigène,  qui  peut  fort  bien  contenir  un  grain 
de  vérité,  la  dernière  immigration  en  Irlande,  celle  des  Mac-Miled  (Milé- 
siens)  était  partie  de  l'Espagne.  »  (W\nd\sch,  an.  Kettisclje  Spracbeu,  p.  139). 
Cf.  Nennius,  Hist.  Brit.,  §  1 3  :  £/  poslea  vcnerunt  très  filii  cujusdain  militis 
Hispanki...  apud  illos.  On  ne  doit  pas  oublier  que  Tacite  attribue  une  origine 
ibérique  aux  Silures  de  la  côte  ouest  de  Bretagne  (Agric,  xi),  de  même 
qu'il  considère  les  Calédoniens  comme  des  Germains  (ibiii.)  Bien  qu'il 
n'allègue,  à  l'appui  de  son  opinion,  que  des  arguments  d'ordre  anthropolo- 
gique (colorati  viitlif;,  rutilât;  comae,  iiiagui  artiis),  on  n'a  pas  le  droit  de 
supposer  qu'il  n'en  eût  pas  d'autres.  Des  relations  commerciales  très  an- 
ciennes entre  la  Calédonie  et  le  pays  de  l'ambre  sont  vraisemblables;  quant 
à  celles  de  l'Espagne  avec  la  région  stannifère  de  la  Bretagne,  elles  sont  à 
peu  près  certaines  (cf.  mon  article  sur  le  commerce  de  l'étain  dans  ÏAn- 
ttiropologic,  1899,  p.  397). 

2.  Joiirii.  cf  llk'  Soc.  of  aiitiq.  oj  Irclaïul,  1897,  p.  42. 


90  Salomon  Reiiuich. 

trouvent  seulement  sur  des  monuments  de  pierre,  où  il  est 
beaucoup  plus  facile  de  les  graver  ^  M.  Coffey  a  dressé,  pour 
l'Irlande  et  la  Grande-Bretagne,  la  carte  des  monuments  de 
pierre  avec  spirales  2;  il  semble  avoir  ainsi  mis  en  évidence, 
de  la  fliçon  la  plus  certaine,  que  l'influence  s'est  exercée  de 
l'est  vers  l'ouest,  et  non  inversement'. 

3°  A  la  même  époque,  des  relations  se  sont  établies  entre 
rirl  ande  et  notre  Armorique.  Elles  sont  attestées  par  la  simili- 
tude, depuis  longtemps  constatée,  entre  la  décoration  des 
pierres  de  New-Grange  et  celles  du  monument  de  Gavr'inis 
dans  le  golfe  du  Morbihan-^,  Ces  pierres  de  Gavr'inis,  avec 
leurs  trois  ornements  en  spirale  et  leurs  nombreux  demi-cercles 
concentriques  creusés  dans  le  granit,  sont  tout  à  fait  isolées  en 
Gaule,  où  la  spirale  préhistorique  ne  paraît  jamais  5,  de  même 
qu'elle  ne  paraît  jamais,  du  moins  à  l'âge  du  bronze,  dans  le 
reste  de  l'Europe,  à  l'ouest  de  la  ligne  suivie  par  le  commerce 

1 .  Coffev,  Origiiis  oj prehist.  oriia)iietit,p.  89. 

2.  Ibid-,  p.  112.  —  Les  pierres  à  spirales  se  trouvent  presque  exclusi- 
vement sur  la  côte  nord-est  de  l'Irlande  et  sur  la  côte  ouest  de  l'Angleterre  ; 
il  n'v  en  a  pas  un  seul  exemple  ni  dans  le  sud  de  l'Irlande,  ni  dans  le  sud  de 
lAngleterre,  mais  on  en  trouve  aux  Orkneys.  M.  Coffey  croit  que  la  spi- 
rale fut  apportée  de  Scandinavie  dans  le  nord  de  l'Irlande  et  passa  de  là  sur 
la  côte  opposée  de  Grande-Bretagne.  Avant  lui,  on  admettait  qu'elle  avait 
passé  de  Gaule  en  Bretagne  avec  les  Belges  et  de  Bretagne  en  Irlande 
(Evans,  Journ.  of  Hell.  Slitdies,  t.  XIV,  p.  327). 

3  .  Il  est  possible  et  même  probable  que  l'ambre,  très  fréquent  en  Irlande, 
a  été  importé  de  la  Baltique  à  l'âge  du  bronze  (Coffev,  p.  67);  mais  l'exis- 
tjnce  d'ambre  indigène  sur  la  côte  orientale  delà  Grande  Bretagne  empêche 
d'être  affirmatif  à  cet  égard  (ibid.,  p.  65).  —  Je  ne  m'occupe  pas  ici  des  in- 
fluences irlandaises  en  Scandinavie  au  moyen  âge.  Il  suffit  de  rappeler  que 
les  nécropoles  de  l'ile  de  Bornholm  présentent,  pendant  environ  deux  siècles 
(700-900  après  J.-C),  des  bijoux  de  style  irlandais  (Mciii.  Soc.  Antiq.  du 
Word,  1890,  p.  Il)  et  que  ce  style  caractérise  un  grand  nombre  de  monu- 
ments recueillis  à  Gotland  (Montelius-Reinach,  Temps  prehist.  de  la  Suède, 
fig.  404-406,  p.  291). 

4.  Voir  le  mémoire  de  M.  Coffe\-,  Ou  the  tiiinuU  and  iuscribed  stoues  al 
Xeiv-G range,  etc.,  dans  les  Transactions  of  ihe  roy.  Irish  Acad.,  vol.  XXX 
(1892),  dont  les  planches  sont  la  première  publication  exacte  des  gravures 
de  New-Grange.  Celles  de  Gavr'inis  ont  été  bien  reproduites  dans  le  Dic- 
tionnaire  archéologique  de  la  Gaule;  il  en  existe  des  moulages  à  Saint-Germain. 

5.  M.  Paul  du  Chàtellier  a  publié  en  1898,  dans  le  Bulletin  archéol.  du 
Comité  des  trav.  hist.  (pi.  XV  et  XVI),  une  grosse  pierre  trouvée  à  Kermaria 
(Finistère),  où  figurent  une  croix  gammée  et  des  spirales.  Ce  bétyle,  jus- 
qu'à présent  unique,  ne  semble  pas  antérieur  à  l'âge  du  fer.  La  croix 
gammée  ne  parait  jamais  sur  les  monuments  mégalithiques. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  91 

mycénien  de  l'ambre,  c'est-à-dire  dans  la  vallée  du  Rhin,  en 
Gaule,  en  Bretagne  et  dans  l'Italie  du  Nord^ 

Comme  l'a  démontré  M.  Montelius,  c'est  ce  commerce  qui 
a  fait  parvenir,  dans  l'Europe  du  nord,  le  motif  de  la  spirale, 
ainsi  que  d'autres  types  décoratifs-  —  d'où  l'erreur  de  certains 
archéologues  qui,  trouvant  un  caractère  Scandinave  aux  objets 
d'or  découverts  par  Schliemann  à  Mycènes,  ont  pensé  qu'ils 
avaient  appartenu  à  des  peuples  du  Nord,  au  moment  des 
grandes  invasions  du  iv^  au  y"  siècle  ap.  J.-C.  De  Scandinavie, 
la  spirale  passa  en  Irlande  et  de  là  en  Armorique,  mais  sur  un 
point  seulement.  Que  l'Irlande  ait,  à  cet  égard,  la  priorité  sur 
la  Gaule,  c'est  ce  qui  ne  ressort  pas  seulement  de  l'isolement 
de  Gavr'inis  dans  l'histoire  de  l'ornementation  en  Gaule,  mais 
du  fait  que  les  décorations  du  monument  armoricain,  compa- 
rées à  celles  de  New-Grange,  attestent  une  évidente  décadence; 
les  spirales  y  sont  rares,  alors  que  les  cercles  concentriques  sont 
très  nombreux.  Or,  il  y  a  longtemps  que  les  archéologues  ont 
démontré  que  les  cercles  concentriques  peuvent  être  des  spirales 
dégénérées  (debased  spirals)  3,  le  dernier  terme  d'une  évolution 
dont  les  deux  premiers  sont  la  spirale  vraie  et  la  fausse  spirale 
(composée  de  cercles  réunis  par  des  tangentes  rectilignes). 

1  .   Montelius-Reinach,  Temps  pichist.  de  la  Suède,  p.  62. 

2.  Aux  archéologues  toujours  prompts  à  répondre  que  les  motifs  d'orne- 
mentation ne  prouvent  rien,  avant  pu  être  découverts  indépendamment  sur 
différents  points  (ce  qui  est  vrai  en  principe),  on  peut  recommander  ces  ré- 
flexions très  sensées  de  M.  Sophus  Mùller  (Kordische  Alterthumshinde,  t.  I 
[1897],  p.  296):  «Assurément,  nous  connaissons  des  spirales  de  l'Amérique 
et  de  la  Nouvelle-Zélande,  pays  si  éloignés  qu'on  ne  peut  admettre  une 
communication  entre  eux  et  les  vieilles  régions  civilisées  de  la  Méditerranée. 
La  spirale  est  un  motif  si  simple  qu'elle  peut  fort  bien  avoir  été  imaginée  en 
divers  lieux  et  à  diverses  époques.  Mais  les  ornements  du  nord  et  du  sud  de 
lEurope  que  nous  étudions  ici  présentent  des  analogies  si  étroites  qu'il  est 
impossible  qu'ils  ne  soient  pas  apparentés.  Ils  sont  reliés  entre  eux  géogra- 
phiquement,  car  il  n'existe  pas  de  vaste  région  intermédiaire  oii  la  spirale 
manque  ;  ils  sont  reliés  chronologiquement,  car  ils  remontent  partout  au  delà 
de  l'an  1000  avant  J.-C.  ;  la  ressemblance  dans  les  détails  et  dans  la  com- 
position est  trop  grande  pour  être  accidentelle  et,  enfin,  l'ornementation  spi- 
raliforme,  partout  où  on  la  rencontre,  depuis  la  Grèce  jusqu'en  Scandinavie, 
appartient  à  une  civilisation  du  bronze  uniforme  dans  ses  éléments  essen- 
tiels. L'analogie  doit  donc  être  expliquée  par  un  lien  de  parenté.  » 

3.  La  question  a  été  très  bien  exposée  par  M.  Coffey,  Origins  of  prebis- 
toric  ornament,  p.  27  et  suiv.  Les  cercles  concentriques,  très  rares  dans  la 
décoration  égyptienne,  dominent,  au  contraire,  dans  celle  de  l'art  européen. 


92  Salomon  Rcirach. 

Si,  comme  tout  pnniit  l'indiquer,  le  monument  du  rocher  de 
Gavr'inis  est  irlandais,  il  est  difficile  de  ne  pas  admettre  que, 
vers  l'an  1400  avant  J.-C,  il  existait  déjà  une  marine  irlan- 
daise puissante,  des  navires  de  haute  mer  montés  par  des  pi- 
rates qui  venaient  occuper  des  îlots  sur  les  côtes  armoricaines, 
comme  les  Normands,  au  ix"^  siècle,  occupaient  les  iles  de  la 
Seine.  En  général,  rien  n'est  plus  loin  de  la  vérité  que  l'idée 
très  répandue  d'après  laquelle  la  navigation  au  long  cours  au- 
rait été,  dans  l'Europe  occidentale,  le  monopole  d'armateurs 
phéniciens.  Les  relations  directes  entre  Tarressos  (Gadès)  — 
qui  était  un  port  ibère  avant  d'être  un  comptoir  phénicien  — 
et  les  îles  Cassitérides,  ne  sont  pas  contestables  ^  ;  l'existence 
de  nombreux  dolmens  dans  les  îles  des  côtes  de  la  France  et 
de  l'Angleterre  prouve  qu'elles  étaient  fréquentées  par  les  navi- 
gateurs dès  l'époque  de  la  pierre  polie  ;  la  flotte  de  gros  navires 
que  César  eut  à  combattre  chez  les  Vénètes  ^  atteste,  chez  ces 
peuples,  un  développement  plusieurs  fois  séculaire  de  l'art 
naval  et  des  constructions  qu'il  comporte.  Enfin,  les  gravures 
respestres  de  la  Suède  méridionale  et  les  bronzes  découverts 
dans  ce  pays  >  présentent  un  grand  nombre  d'images  de  ba- 
teaux, et  des  images  analogues,  quoique  plus  grossières,  qui 
paraissent  répondre  à  des  types  d'embarcation  identiques,  ont 
été  constatées  tant  en  Irlande  (à  Do\vth)4  que  sur  des  pierres 
de  dolmens  armoricains  >. 

Les  relations  directes  entre  l'L'lande  et  l'ouest  de  la  Gaule 
semblent  avoir  persisté  jusqu'au  moyen  fige.  Ainsi,  vers  la  fin 
du  vi^  siècle,  il  est  question,  dans  la  Vie  de  saint  Colomhan, 
d'un  navire  nantais  qui  commerçait  avec  l'Irlande  {ciuae  vexerat 

1.  Cf.  L'Anthropologie,  1899,  p.  397. 

2.  César,  De  bello  gallico,  III,  8. 

3  .  Gravures  rupestres  ap.  Montélius-Reinach,  Temps  prehisl.  de  la  Suède, 
fig.  145,  146,  n2,  153,  154,  155;  bronzes,  ibid.,  fig.  176;  Worsaae,  jVw- 
diske  Oldsager,  p.  36;  Bertrand,  Archcol.  ceît.  et gaul.,  2«  éd.,  p.  xix. 

4.  Cofïey,  Shipficrure  at  Dovjth,  dans  les  Proceediiigs  of  the  royal  Irish  Aca- 
deiiiy,  1897,  p.  386.  Un  modèle  en  or  d'un  bateau  irlandais  primitif  a  été 
découvert  en  1896  (Arcbaeologia,  t.  LV,  p.  399). 

5.  Coffev,  Traus.  roy.  Irish  Academy,  t.  XXX,  p.  34,  auquel  appartient 
la  priorité  de  cette  observation  (1890).  Elle  a  été  reprise,  sans  mention  du 
travail  de  M.  Coffev,  dans  la  Revue  mensuelle  de  l'Ecole  d'Anthropologie,  1894, 
p.  285. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  93 

commercia  cum  Hibernia)^.  C'est  probablement  à  ces  relations 
avec  la  Gaule  que  Tacite  fait  allusion  quand  il  dit  que  les 
ports  de  l'Irlande  sont  familiers  aux  navigateurs  et  aux  com- 
merçants (aditus portusquc pcr conuncrcia  et  negotiatores  cognitî)^. 
Car  le  commerce  maritime  de  l'Irlande  avec  le  continent  ne 
pouvait  avoir  pour  ports  d'attache  que  ceux  de  l'Armorique,  de 
l'embouchure  de  la  Loire  et  de  la  Vendée. 

4°  Si  l'Irlande  a  reçu  de  Scandinavie  le  motif  de  la  spirale 
et,  probablement  aussi,  de  grandes  quantités  d'ambre,  elle  lui 
a  envoyé,  en  revanche,  le  produit  de  ses  mines  d'or.  Cette  as- 
sertion, émise  d'abord  par  M.  Montelius,  choque  assurément 
certaines  idées  préconçues,  mais  n'en  est  pas  moins  aussi  digne 
de  créance  que  si  elle  s'appu3'ait  sur  un  témoignage  littéraire. 
Il  y  a  trente  ans,  Lindenschmit  pouvait  dire  que  les  objets 
d'or  si  nombreux  en  Irlande  avaient  tous  été  importés  dans 
l'île  3  et  Morlot  pouvait  assigner  une  provenance  ouralienne  à 
l'or  du  Mecklembourg  et  du  Danemark,  très  fréquent  parmi 
les  trouvailles  de  l'âge  du  bronze  en  ces  pays  4.  Renchérissant 
sur  ces  assertions,  M.  Schrader  a  conclu  du  mot  irlandais  or, 
cymr.  awr,  latin  aiirnm  pour  *ausui)i,  que  le  mot  et  la  chose 
avaient  été  transmis  d'Italie  en  pays  celtique  postérieurement 
au  phénomène  du  rhotacisme  latin,  c'est-à-dire  vers  le  iv^  siècle 
avant  J.-C.  '>  ;  comme  si  le  terme  latin  n'avait  pas  pu,  à 
l'époque  impériale,  prendre  la  place  d'un  mot  indigène  ! 
M.  Ridgeway  a  fait  justement  observer,  à  ce  propos,  que  l'or 
se  dit  en  albanais  ^V^?'  (.^^  ^'^^'^  '^^^  florins  de  Florence)  ;  en 
raisonnant  comme  M.  Schrader,  on  conclurait  que  l'or  n'a  été 
connu  en  Albanie  que  lors  de  la  prospérité  commerciale  de 
Florence  au  moyen  âge*^!  L'archéologie  permet  de  réduire  à 
néant  toutes  les  hypothèses  sur  la  pénétration  tardive  de  l'or 
dans  le  nord-ouest  de  l'Europe.  Elle  nous  montre  des  objets 


1.  Cofïey,  Origins  of  prchist.  oriiainciit,  p.  44. 

2.  Tacite,  Agricola,  XXIV. 

5.  Lindenschmit,  Alterthûmer  unscrer  hcidu.    Forieil,  t.  III,   \,Bcilage, 
p.  20  et  21. 

4  Morlot,  Mém.  de  la  Soc.  des  Antiq.  du  Nord,  1866,  p.  29. 

5  Schrader,  Sprachvergleichung  und  Urgeschichte,  2^  éd.  (1890),  p.  254. 

6  Ridgeway,  Origin  oj  mctallic  ciirrency,  p.  61. 


94  Salomon  Reinach. 

en  or  dans  les  sépultures  néolithiques  de  la  Gaule  et  de  la  Bre- 
tagne, comme  dans  les  stations  lacustres  de  la  Suisse,  à  une 
époque  antérieure  de  plus  de  dix  siècles  à  la  fondation  de 
Rome.  Elle  nous  apprend  que  ces  objets  ne  sont  jamais  des 
imitations  de  modèles  romains,  mais  que  leur  décoration  est 
toujours  celle  des  bronzes  et  de  la  poterie  indigènes,  longtemps 
avant  qu'il  puisse  être  question  de  l'influence  de  l'Etrurie  sur 
les  pays  transalpins.  Le  fait  que  de  l'or  irlandais  a  été  importé 
en  Scandinavie  peut  d'ailleurs  être  établi  avec  précision.  Les 
pays  Scandinaves  ont  fourni  des  objets  d'or  de  type  irlandais, 
alors  que  l'Irlande  n'a  pas  donné  d'objets  d'or  de  type  Scandi- 
nave. Cela  démontre,  sans  conteste,  que  de  l'or  ouvré  a  été 
exporté  d'Irlande  en  pays  Scandinave  et  que  le  mouvement 
inverse  ne  s'est  pas  produit.  Si  les  imitations  des  objets  im- 
portés sont  rares,  c'est  que  la  Scandinavie  possédait  une  in- 
dustrie développée,  un  goût  propre  ;  les  bijoux  qu'elle  acqué- 
rait, soit  par  le  commerce,  soit  par  des  expéditions  guerrières, 
étaient  généralement  fondus  et  transformés  suivant  le  goût  des 
indigènes,  comme  l'ont  été,  plus  tard,  dans  le  même  pays,  les 
grandes  quantités  d'or  romain  dont  les  peuples  du  Nord  se 
sont  emparés.  D'un  autre  côté,  les  objets  en  or  découverts  en 
Danemark  et  en  Suède  et  remontant  à  l'époque  du  bronze 
sont  tellement  nombreux  que  l'or  indigène  —  d'ailleurs  très 
rare  en  Scandinavie  —  n'a  pu  en  fournir  la  matière  ;  et  si  l'on 
allègue,  avec  Morlot,  que  cet  or  venait  de  l'Oural,  il  faut  ré- 
pondre qu'il  n'y  a  aucune  trace  de  relations  anciennes  entre 
la  Scandinavie  et  la  région  ouralienne.  Ces  relations  auraient 
nécessairement  porté  sur  d'autres  objets  d'échange  et  les  pro- 
duits de  l'âge  du  bronze  ouralien  ressembleraient  à  ceux  de  l'âge 
du  bronze  Scandinave  ;  or,  on  ne  constate  entre  ces  deux  séries 
aucun  rapport.  Cela  dit,  il  est  inutile  d'insister  sur  les  ana- 
lyses de  l'or  Scandinave  qu'a  rapportées  M.  MonteUus  ;  il  suffit 
de  dire  qu'il  s'y  trouve,  comme  dans  l'or  natif  irlandais,  de 
l'argent  et  des  traces  de  platine.  Mais  l'argument  tiré  des  types 
industriels  est  beaucoup  plus  concluante 

5°  Enfin,  les  rapports  commerciaux  de  l'Irlande  avec  les 

I.   C'est  aussi  l'avis  de  M.  Cofïey,  TheOn'gins,  p.  64. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  95 

côtes  occidentales  de  la  France  (et  non  pas  seulement  l'Armo- 
rique)  sont  établis,  dès  l'âge  du  bronze,  par  la  découverte,  faite 
sur  la  rive  française  de  l'Atlantique,  de  plusieurs  croissants  ir- 
landais évidemment  importés. 

Ceci  nous  amène  à  parler  de  la  distribution  géographique 
de  ces  objets.  Frazer  en  a  énuméré  plus  de  60,  dont  32  a  Du- 
blin, II  au  Musée  Britannique,  4  à  Edimbourg,  i  à  Belfast, 
3  dans  des  collections  privées  anglaises,  9  signalés  lors  de 
leur  découverte  et  perdus  depuis,  2  recueillis  à  Sélande  et  à 
Fionie  (au  musée  de  Copenhague)',  4  découverts  en  France. 
A  cette  liste  je  peux  ajouter  d'abord  deux  croissants  conservés 
au  musée  de  Liverpool,  où  j'ai  eu  récemment  l'occasion  de 
les  voir;  puis  deux  autres  exemplaires,  restés  inconnus  de 
M.  Frazer,  qui  ont  été  exhumés  en  France.  Il  a  cité,  à  la  vé- 
rité, celui  de  Saint-Potan  (Côtes-du-Nord),  appartenant  à 
M.  Paul  du  Chatellier  à  Kernuz  -  et  trois  croissants  disparus 
découverts  dans  le  Cotentin,  à  Tourlaville  et  à  Valognes,  qui 
furent  fondus  presque  aussitôt  après  ;  mais  il  n'a  pas  rappelé 
un  «  quartier  de  lune  en  or  »  découvert  en  1759  dans  l'étang 
de  Nesmy  (Vendée)  et  un  objet  analogue  trouvé  à  Bourneau 
(Vendée)  en  1833  5. 

Les  croissants  irlandais  doivent  être  considérés  comme  des 
colliers  ou  des  hausse-col.  Frazer,  après  d'autres,  a  eu  l'idée 
d'y  voir  des  diadèmes  et  de  les  assimiler  aux  ornements  de  ce 
genre  qui  ornent  la  tète  des  impératrices  romaines  sur  les 
monnaies  4.  Mais  la  forme  seule  des  extrémités  suffit  à  con- 
damner cette  explication  ;  si  ces  croissants  avaient  servi  de 
diadèmes,  ils  devraient  s'évaser  obliquement  vers  la  nuque,  au 
lieu  de  présenter,  sur  leurs  deux  bords,  une  courbure  uni- 
forme. Le  croissant  de  Valognes,  connu  seulement  par  la  gra- 


1 .  Worsaae,  Oldsager,  fig.  249  et  Arch.  fur  Anthrop.,  t.  XIX,  p.  9. 

2.  P.  du  Chatellier,  Ornement  de  tête  en  or  découvert  à  Saint-Potan,  Van- 
nes, 1892  M.  de  Chatellier  déclare  cet  objet  «  antérieur  à  la  conquête  cer- 
tainement, et,  sinon  de  l'époque  du  bronze,  tout  au  moins  de  l'époque  gau- 
loise »  (p.  7). 

5.   Cf.  Revue  archéoL,  1879,  II,  p.  255. 

4.  Cette  hypothèse  a  déjà  été  examinée  par  Wilde,  Catalogne,  GoJd, 
p.  12,  qui  a  fait  valoir,  mais  sans  les  accepter,  les  arguments  qu'on  retrouve 
dans  le  mémoire  de  Frazer. 


c)6  Siflomon  Reinach. 

vure  de  Caumont^,  fournit  un  détail  essentiel  qui  ne  doit  pas 
être  perdu  de  vue.  Un  des  coins  se  termine  par  un  crochet, 
alors  que  la  corne  opposée  est  munie  d'une  chaînette.  Frappé 
de  cette  particularité,  M.  Paul  du  Chatellier  a  émis  l'opinion 
que  les  croissants  étaient  faits  pour  s'agrafer  sur  la  tête  des 
femmes  et  sous  leur  chignon,  lequel  passait  à  travers  la  partie 
évidée.  Mais  M.  Cartailhac^  a  justement  objecté  que  les  extré- 
mités, seules  décorées  avec  soin,  auraient  été,  dans  cette  hypo- 
thèse,  absolument  invisibles.    La  présence   d'un   crochet   et 


FiG.  12.  —  Croissant  d'or  découvert  à  Valognes. 

d'une  chaînette  s'exphquent,  au  contraire,  fort  bien,  s'il  s'agit 
d'un  gorgerin  ou  d'un  hausse-col.  C'est  le  nom  qu'ont  donné 
à  ces  objets  les  premiers  antiquaires  français  qui  s'en  soient  oc- 
cupés, Millin  et  Gosselin,  et  nous  croyons  qu'il  faut  le  con- 
server. Si  l'ouverture  est  parfois  très  petite,  c'est  que  les  bi- 
joux de  ce  genre  pouvaient  être  portés  par  des  enfants.  D'ail- 
leurs, dans  la  plupart  d'entre  eux,  elle  est  assez  large  pour 
qu'un  col  de  femme  puisse  aisément  s'en  accommoder  5. 

Ainsi,  longtemps  avant  l'époque  où  les  légions  romaines  et 
les  armées  des  princes  grecs  d'Asie  s'étonnaient  du  luxe  des 


1.  Reproduite  eiî  dernier  lieu  dans  V Anthropologie,  t.  V,  p.  206. 

2.  Ibid. 

3 .  Andersen,  Scothnd  in  pagan  tini^s,  t.  I,  p.  222  :  «  The  central  opening 
is  large  enoiigh  ta  admit  ofthe  ornament  heing  ivorn  eithr  on  the  head  as  a  dia- 
dem,  or  on  the  ueck  as  agorget.  »  Mortiilet,  en  1867  (Matériaux,  II,  p.  334), 
se  demandait  aussi  s'il  fallait  voir  dans  ces  croissants  des  diadèmes  ou  des 
hausse-col. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  97 

torques  d'or  portés  par  les  Gaulois,  une  mode  analogue  exis- 
tait en  Irlande.  Mais  dans  cette  île,  comme  parmi  les  tribus 
gauloises  du  second  âge  du  fer  en  Champagne,  les  colliers 
étaient  exclusivement  réservés  aux  femmes.  Si,  à  une  époque 
postérieure,  le  torques  est  devenu  aussi  un  ornement  des  guer- 
riers, cela  tient  peut-être  à  l'influence  exercée,  sur  les  Gaulois 
de  la  Cisalpine,  par  les  Etrusques,  dont  le  goût  pour  les  pa- 
rures du  cou  est  attesté  par  les  monuments  ^ 

(A  suivre.) 

Salomon  Reinach. 


MÉLANGES 

I. 

L'ORIENTATION  CELTIQUE  A  L'ILE  DE  SEIN. 

L'orientation  celtique  (et  indo-européenne)  qui  consiste  à  se 
placer  en  face  du  soleil  levant  et  a  pour  conséquence  de  mettre 
le  nord  à  gauche  de  l'observateur  et  le  sud  à  sa  droite,  paraissait 
avoir  totalement  disparu  de  Bretagne.  On  vient  d'en  retrouver 
trace  à  l'ile  de  Sein.  Un  de  nos  étudiants,  M.  Francès,  natif 
de  Beuzec-Cap-Sizun,  que  j'avais  prié  de  faire  des  recherches 
à  ce  sujet,  m'écrit  que  la  mer  au  nord  de  l'île  de  Sein  s'appelle 
couramment  ar  mor  glei,  et  la  mer  au  sud  de  l'île,  ar  mor 
dcoii  (dew). 

J.   LOTH. 

IL 

LE  MOT  REGES  EN  GALLOIS-MOYEN  : 
SOUVENIR.  DE  LA  CRÉMATION? 

Ce  mot  n'a  pas  encore  été  signalé  en  gallois.  Il  est  connu 

I .    «  On  peut  dire  du  collier  que  c'est  le  bijou  étrusque  par  excellence 
presque  tout  le  monde  en  avait,  les  hommes,  les  enfants,  aussi  bien  que  les 
femmes.  «  (Martha,  L'Art  étrusque,  p.  571). 

Rome  Celtique,  T^.  7 


9S  Mélanges. 

en  breton  înoyen  Q'egiic::;^,  braise)  et  en  irlandais  richess,  où  il  a 
le  sens  également  de  charbons  ardents  (Windisch,  Irische  Texte, 
p.  740).  Le  comique  regihten,  s'il  est  sincère,  a  une  autre  for- 
mation. J'ai  retrouvé  regcs  dans  trois  passages  avec  un  sens  des 
plus  intéressants  :  il  désigne  clairement  les  cendres  des  morts 
dans  deux  des  passages  ;  dans  le  troisième,  il  a  un  sens  ma- 
tériel analogue  à  celui  du  breton  et  de  l'irlandais.  En  parlant 
de  la  mort  de  Cadwallawn  ab  Madawc,  prince  qui  vivait  à  la 
fin  du  xii^  siècle,  le  poète  C^'nddehv  nous  dit  {Myv.  arch., 
160,  i)  : 

Oet  balch  y  ragor  kyn  noe  reges 
«  Fièrc  était  son  avance  avant  sa  réduction  en  cendres  (mot  à  mot,  avant 
sa  braise).  » 

Dans  un  poème  du  Livre  de  Taliessin,  fliisant  des  vœux 
pour  que  les  desseins  des  Kechmyn  Dauct  (les  Danois,  vraisem- 
blablement) échouent  contre  les  Kymry  et  les  Saxons,  le  poète 
s'écrie  : 

Poet  kynt  eu  reges  yn  alltuded 
no  mynet  Kymry  yn  diffroed  ' . 
«  Qu'ils  soient  réduits  en  cendres  en  pays  étrangers  avant  que  les  Kymry 
ne  deviennent  un  peuple  sans  énergie  ' .  » 

Dans  le  même  livre,  en  parlant  des  peines  qui  attendent  les 
pécheurs  le  jour  du  jugement,  le  poète  appelle  ce  jour  : 

Diffurn  2  dyd  reges. 

Le  sens  est  certain.  Il  est  évident  que  regcs  dont  le  sens  ma- 
tériel est  braise,  charbons  ardents,  a  désigné  la  crémation  des 
morts  ou  son  résultat,  la  réduction  d'abord  en  cendres  brû- 
lantes, puis  simplement  les  cendres  des  niorts.  Il  y  a  là  vrai- 
semblablement un  souvenir  de  l'époque  où  on  brûlait  les 
corps  des  morts. 

J.   LOTH. 

1.  Skene,  Four  aiic.  hool;s,  II,  p.  125,  vers  4.  Le  sens  de  diffrocâd  n'est 
pas  certain. 

2.  Skene,  Ane.  h.,  II,  p.  119,  v.  27.  Le  sens  de  difftirn  est  incertain.  Il 
n'est  pas  vrai,  comme  l'avance  Silvan  Evans,  que  ce  soit  l'équivalent  de 
difurn. 


BIBLIOGRAPHIE 


Cours  de  Littérature  Celticiue.  Tome  VI.  La  civilisation  des 
Celtes  et  celle  de  l'épopée  homérique,  par  H.  d'Arbois  de  Ju- 
BAiNViLLE,  membre  de  l'Institut.  —  Paris,  Fontemoing,  1899,  gr.  in-8, 
XV-418  p. 

Il  y  a  plus  de  dix-neuf  siècles,  Diodore  de  Sicile  signalait 
la  similitude  de  certains  usages  des  Celtes  avec  quelques  cou- 
tumes de  la  Grèce  homérique.  Cette  similitude,  à  vrai  dire,  n'a 
rien  qui  doive  nous  surprendre.  Sans  doute  les  contrées  occu- 
pées par  les  Grecs  contemporains  de  l'auteur  ou  des  auteurs 
de  VIliade  et  de  VOdyssée  étaient  fort  éloignées  des  pays  où  les 
textes  les  plus  anciens,  ceux  du  x"  siècle  avant  J.-C,  placent 
le  domaine  des  populations  celtiques.  L'épopée  homérique  est, 
d'un  autre  côté,  séparée  par  un  très  long  espace  de  temps  du 
III''  siècle  avant  notre  ère,  où  pour  la  première  fois  nous  trou- 
vons des  renseignements  sur  les  mœurs  des  Celtes.  Il  n'en  est 
pas  moins  vrai  que  Grecs  et  Celtes  appartiennent  également 
à  la  grande  famille  indo-européenne,  et  que  les  uns  et  les 
autres  ont  dû  conserver  certaines  croyances  et  certaines  mœurs 
communes  à  tous  les  peuples  aryens  à  l'époque  lointaine  de 
leur  primitive  unité.  Il  est  vraisemblable  aussi  que  du  jour  où 
les  Grecs  et  les  Celtes  ont  cessé  d'entretenir  tout  rapport  et  où 
la  civilisation  de  chacun  de  ces  peuples  s'est  développée  sépa- 
rément, les  sociétés  grecque  et  celtique  ont  dû  suivre  dans 
leur  progrès  une  marche  analogue  et  passer  successivement 
par  des  états  voisins,  sinon  absolument  identiques. 

Quelles  ressemblances  et  aussi  quelles  différences  offrait  la 


100  Bibliographie. 

civilisation  des  Celtes,  telle  que  nous  la  connaissons  par  les  au- 
teurs de  l'antiquité  et  par  les  plus  vieux  poèmes  épiques  de 
l'Irlande,  avec  la  civilisation  grecque  que  nous  révèlent  l'Iliade 
et  VOdyssée,  telle  est  la  question  que  M.  d'Arbois  s'est  posée 
et  à  laquelle  il  répond. 

Son  livre  est  divisé  en  cinq  chapitres.  Le  premier  est  con- 
sacré à  des  observations  préliminaires  qui  servent,  en  quelque 
sorte,  d'introduction  à  l'ouvrage. 

Le  second  chapitre  a  pour  titre  :  La  société  celtique  et  celle  de 
l'épopée  homérique.  M.  d'Arbois  y  passe  successivement  en  revue 
les  différentes  classes  qui  formaient  chacune  de  ces  sociétés.  Il 
compare  d'abord  le  rôle  et  l'importance  respectifs  des  aèdes 
grecs  et  des  bardes  celtes.  Les  aèdes  jouissaient  en  Grèce  d'une 
grande  considération.  Certains  d'entre  eux  obtinrent  de  pré- 
cieuses marques  d'estime.  C'est  ainsi  qu'Agamemnon,  partant 
pour  la  guerre  de  Troie,  confie  à  l'un  d'eux  la  garde  de  Cly- 
temnestre,  et  lorsque  Ulysse,  de  retour  à  Ithaque,  ensanglante 
la  salle  où  se  donnait  le  festin  des  prétendants,  il  fait  grâce  de 
la  vie  à  l'aède  Phèmios.  Les  bardes,  au  contraire,  semblent 
avoir  été  de  petites  gens,  sortes  de  parasites  des  grands,  dont 
ils  chantaient  la  gloire  pour  leur  nourriture  ou  pour  quelques 
pièces  de  monnaie. 

Aux  devins  des  Grecs  homériques  correspondent  les  *ueletes 
ou  vates  des  Celtes.  M.  d'Arbois  étudie  les  différents  modes  de 
divination  en  usage  chez  les  deux  peuples,  interprétation  des 
songes,  observation  du  vol  des  oiseaux,  des  entrailles  des  vic- 
times, enthousiasme  prophétique.  Les  Irlandais  connaissaient 
encore  un  autre  procédé  de  divination,  r«  incantation  du  bout 
des  os  »,  dichetal  do  chennaib  cnàime,  qui  n'a  pas  d'équivalent 
en  Grèce.  Chez  les  Celtes  comme  chez  les  Grecs  on  voit  les 
femmes  intervenir  dans  la  divination.  Dans  V Odyssée  Hélène 
annonce  le  retour  d'Ulysse  dans  sa  patrie.  Suivant  Lampridius 
une  femme  gauloise  prédit  la  mort  d'Alexandre  Sévère,  235. 

Le  '.spîjç  des  Grecs  a  pour  pendant  chez  les  Celtes  le  druide. 
A  rencontre  des  bardes  et  des  devins,  celui-ci  a  un  rôle  des 
plus  importants  et  jouit  d'une  très  grande  considération.  Il 
s'occupe  à  'la  fois  de  l'interprétation  de  la  nature  et  de  philo- 
sophie morale.  On  remet  souvent  à  son  arbitrage  le  jugement 


Bibliographie.  i';i 

des  procès  publics  ou  privés.  Son  intervention  est  nécessaire 
en  Gaule  pour  tous  les  sacrifices.  Il  n'en  est  pas  de  même  du 
Upejç,  qui  est  attaché  à  un  temple  et  qui  a  pour  seule  fonction 
le  culte  du  dieu  auquel  ce  temple  est  consacré.  Les  prêtres 
grecs  ne  sont  pas  associés  entre  eux  comme  l'étaient  les 
druides.  Ceux-ci  forment  une  véritable  corporation,  sodaliciis 
adstricti  cousortiis,  suivant  l'expression  de  Timagène.  M.  d'Ar- 
bois  montre  ici  qu'il  ne  faudrait  pas  donner  à  ce  texte  de  Ti- 
magène une  interprétation  trop  étroite  et  voir,  comme  certains 
l'ont  fait,  dans  la  corporation  druidique,  l'origine  du  mona- 
chisme  si  florissant  en  Irlande. 

Après  avoir  comparé  dans  une  étude  approfondie  l'impor- 
tance et  les  attributions  des  aèdes,  des  devins  et  des  prêtres 
chez  les  Grecs  et  chez  les  Celtes,  M.  d'Arbois  parcourt  dans 
une  revue  plus  rapide  les  autres  classes  de  la  société,  l'aristo- 
cratie et  la  bourgeoisie,  les  artisans,  les  marchands  et  les  soldats. 
Il  compare  le  rôle  des  mercenaires  gaulois  à  celui  des  merce- 
naires grecs;  il  montre  que  les  marchands  étaient  tenus  en 
médiocre  estime  dans  la  Grèce  homérique  aussi  bien  que  dans 
le  monde  celtique,  tandis  qu'en  Irlande  comme  en  Grèce  la 
piraterie  était  fort  en  honneur. 

Que  M.  d'Arbois  nous  permette  ici  une  critique.  Dans  les 
diff^érentes  classes  de  la  société  qu'il  a  tour  à  tour  étudiées,  il 
en  est  une  qu'il  nous  eût  été  intéressant  de  connaître  et  dont  il 
ne  dit  rien. 

Les  Grecs  de  l'époque  homérique,  pas  plus  que  les  Celtes, 
ne  connaissaient  le  régime  républicain.  Les  divers  peuples  qui 
prennent  part  à  la  guerre  de  Troie,  comme  les  peuplades  gau- 
loises dont  César  triompha,  avaient  à  leur  tête  des  chefs  ou 
rois.  Quels  rapports  ces  rois  entretenaient-ils  avec  leurs  sujets? 
Quelle  était  leur  puissance,  en  particulier  chez  les  Celtes  ?  Etait- 
elle  absolue  ?  N'était-elle  pas,  au  contraire,  tenue  en  échec  par 
l'insubordination  des  grands  ou  du  peuple  ?  M.  d'Arbois  ne 
nous  le  dit  pas.  C'est  une  omission  que  nous  voudrions  le  voir 
réparer  bientôt. 

Le  troisième  chapitre  du  livre  est  consacré  à  la  religion. 
M.  d'Arbois  montre  d'abord  que  «  le  caractère  le  plus  saillant 
de  la  religion  des  Celtes,  celui  qui  la  distingue  le  plus  de  la 


10  2  Bibliographie. 

religion  homérique,  c'est  la  foi  à  ki  toute-puissance  du  ma- 
gicien ».  Tandis  que  la  magie,  absente  de  V Iliade,  n'apparaît 
qu'une  seule  fois  dans  VOdyssée,  avec  l'enchanteresse  Circé, 
déesse,  tille  du  Soleil  et  petite-fille  de  l'Océan,  on  la  rencontre 
fréquemment  dans  la  littérature  épique  de  l'Irlande,  et  ceux 
qui  la  pratiquent  ne  sont  pas  forcément  des  dieux.  Tel  est  le 
cas  de  Murgen,  fils  du  fiJe  Senchân  Torpeist. 

Mais  cette  importance  plus  grande  que  les  Celtes  ont  donnée 
à  la  magie  ne  les  empêche  pas  d'avoir  eu  des  conceptions  re- 
ligieuses à  peu  près  identiques  à  celles  des  Grecs  de  l'époque 
homérique.  Les  dieux  celtiques  et  les  dieux  d'Homère  ont 
pour  caractère  commun  l'anthropomorphisme.  Ils  ont  femmes 
et  enfants  ;  ils  ont  des  rapports  sexuels  avec  les  mortels,  et  un 
homme  peut  être  fils  d'un  dieu  et  d'une  femme,  d'une  déesse 
ou  d'un  homme.  De  cette  idée  viennent  les  noms  propres  cel- 
tiques comme  Camulo-genus  «  fils  du  dieu  Camulos  »,  Esu- 
genus  «  fils  d'Esus  »,  etc.  Mongân,  roi  d'Ulster,  était  fils  de 
Manannan  mac  Lir,  le  dieu  marin. 

Mais  si  les  dieux  des  Celtes,  comme  ceux  de  l'épopée  homé- 
rique ont  une  forme  humaine,  ils  se  distinguent  pourtant  des 
hommes.  Ils  leur  sont  supérieurs  en  taille  et  en  force  ;  ils  peu- 
vent, quand  ils  le  veulent,  se  rendre  invisibles  ;  ils  ont  le 
pouvoir  de  revêtir  différentes  formes  animales,  notamment 
celles  d'oiseaux.  Pendant  qu'Ulysse  massacre  les  prétendants, 
Athéna  est  perchée,  sous  forme  d'hirondelle,  sur  une  poutre 
de  la  maison.  La  déesse  Fand,  et  Liban,  sa  sœur,  apparaissent 
à  Cùchulainn  sous  l'aspect  de  deux  jolis  oiseaux  réunis  par 
une  chaîne  d'or.  Les  dieux  celtiques  ont  enfin,  aussi  bien  que 
les  dieux  grecs,  le  privilège  de  l'immortalité. 

Les  Celtes  et  les  Grecs  contemporains  d'Homère  avaient 
donc,  on  le  voit,  une  conception  identique  de  la  divinité.  Mais 
les  Celtes  ont  mieux  conservé  que  les  Grecs  la  croyance  indo- 
européenne d'après  laquelle  l'homme,  après  sa  mort,  reprend 
un  corps  nouveau,  double  de  son  corps  primitif,  et  mène  dans 
un  autre  monde  une  seconde  vie,  semblable  à  sa  vie  terrestre. 
Cette  cro3''ance  indo-européenne  s'est  obscurcie  chez  les 
Grecs,  et  la  littérature  homérique  n'offre  à  ce  sujet  qu'un  as- 
semblage de  conceptions  qui  se  contredisent. 


Bibliogiûphie.  103 

On  ne  trouve  pas  dans  la  mythologie  celtique  la  notion  des 
peines  et  des  récompenses  dans  l'autre  vie.  Cette  notion,  au 
contraire,  apparaît  à  la  fois  dans  Ylliade  et  dans  VOdvssée. 

Les  Grecs  incinèrent  les  morts,  les  Celtes  les  inhument, 
mais  chez  les  uns  et  les  autres  on  retrouve  l'usage  des  sacri- 
fices humains.  L'auteur  montre  ici  que  chez  les  deux  peuples 
l'idée  première  et  la  raison  d'être  de  ces  sacrifices  est  de  donner 
à  la  divinité  des  vies  humaines  en  échange  d'autres  vies  hu- 
maines, et  de  sauver  ainsi  des  existences  plus  précieuses  que 
celles  des  victimes  qu'on  immolait. 

La  dernière  partie  du  chapitre  m  du  livre  de  M.  d'Arbois 
traite  des  nombres  auxquels  Celtes  et  Grecs  attachaient  une  in- 
fluence mystérieuse,  et  en  particulier  des  nombres  trois,  sept, 
iit'iif,  dou^e  et  cinqucDite.  Nous  n'insisterons  pas  sur  l'étude  que 
l'auteur  consacre  à  ces  nombres.  Elle  nous  entraînerait  dans 
de  trop  longs  développements. 

Le  chapitre  iv  contient  une  étude  comparative  de  la  flimille 
homérique  et  de  la  fiimille  celtique.  «  La  monogamie,  dit 
M.  d'Arbois,  est  la  base  de  la  famille  hellénique  comme  de  la 
famille  celtique.  »  Cette  monogamie  n'exclut  pas  le  concu- 
binat,  au  sens  français  de  ce  mot  ;  le  mari  peut  avoir  pour 
concubines  ses  femmes  esclaves,  mais  les  enfants  que  l'esclave 
concubine  a  de  son  maître  restent  esclaves  et  n'ont  pas  droit  à 
la  succession  de  leur  père.  La  femme  légitime  doit  être  libre. 
Elle  est,  en  Irlande  comme  en  Grèce,  achetée  à  son  père  par 
son  mari.  Elle  reçoit  du  premier  une  dot,  et  de  l'autre  «  des 
présents  qui  peuvent  avoir  quelquefois  assez  d'importance 
pour  constituer  ce  qu'on  appellera  plus  tard  douaire  en 
français  ». 

Quant  à  la  puissance  paternelle,  elle  est  entendue  de  deux 
façons  dans  la  littérature  homérique  :  «  l'une  conforme  au  droit 
romain  et  gaulois,  qui  fiit  durer  cette  puissance  autant  que  la 
vie  du  père  »  ;  l'autre,  bien  différente,  d'après  laquelle  le  fils, 
à  sa  majorité,  devient  indépendant  et  est  de  plein  droit  éman- 
cipé :  c'est  le  système  en  usage  dans  le  Pays  de  Galles. 

Dans  les  dernières  pages  de  ce  chapitre  M.  d'Arbois  étudie 
la  façon  dont  les  Grecs  et  les  Celtes  concevaient  la  pudeur 
féminine,    et  montre  que  d'une  fiçon  générale,  les  femmes 


104  Bibliographie. 

grecques  étaient,  à  ce  point  de  vue,  bien  supérieures  aux 
femmes  des  Celtes.  C'est  du  moins  ce  qu'on  peut  conclure  des 
récits  épiques  de  l'Irlande,  et,  d'après  ces  récits,  supposer  pour 
la  Gaule. 

Le  cinquième  et  dernier  chapitre  du  livre  traite  de  la  guerre, 
et  en  particulier  de  l'armement  et  du  costume  des  soldats. 

En  Gaule  et  en  Irlande,  comme  en  Grèce,  les  guerriers  com- 
battent en  char.  Ce  n'est  que  très  tard  que  les  Gaulois  recon- 
nurent la  supériorité  de  l'équitation  sur  le  char  de  guerre. 
Mais  le  char  de  guerre  celtique  diffère  du  char  grec.  Sur  ce 
dernier,  combattant  et  cocher  se  tenaient  debout,  tandis  que 
le  char  celtique  était  pourvu  d'un  banc  à  deux  places,  l'une 
pour  le  guerrier,  assis  à  gauche,  l'autre  pour  le  cocher,  qui  se 
tenait  à  droite,  comme  dans  l'Inde  ancienne. 

Le  guerrier  celte  possède  cinq  armes  :  l'une  défensive,  le 
bouclier,  les  quatre  autres  offensives  :  la  pierre,  la  lance,  l'épée, 
la  massue.  Les  Grecs  se  servaient  de  toutes  ces  armes.  Ce- 
pendant la  massue  semble  avoir  été  moins  employée  chez  eux 
que  chez  les  Celtes.  Quant  à  l'arc,  il  était,  en  Gaule  comme 
en  Grèce,  une  arme  d'ordre  inférieur,  dont  se  servaient  seuls 
les  soldats  de  condition  infime,  «  comme  le  bâtard  Teucros,  ou 
les  traîtres  et  les  lâches,  comme  Pandaros  et  Paris.  » 

Le  guerrier  celte  porte  les  cheveux  longs  ;  il  en  est  de  même 
des  guerriers  grecs,  y.apr,y.:;xôojvT£ç  "Xyx'.zi.  Le  vêtement  des 
guerriers  gaulois  ressemble  aussi  beaucoup  à  celui  des  héros 
d'Homère.  Mais  les  Gaulois  portent  la  culotte,  braca,  qui  n'est 
pas  un  vêtement  homérique.  Enfin  le  Grec  de  l'époque  homé- 
rique se  rasait  la  moustache  etlaissait  pousser  la  barbe  du  men- 
ton, tandis  que  le  noble  gaulois  se  rasait  le  menton  et  portait 
longue  la  moustache. 

Tel  est,  résumé  dans  ses  grandes  lignes,  le  travail  de 
M.  d'Arbois.  «  La  parenté  entre  Celte  et  Grec  homérique  », 
dit  l'auteur  dans  sa  conclusion,  «  tient  sur  certains  points  à 
«  une  origine  commune...  Mais  l'accord  sur  beaucoup  de 
«  détails  s'explique  par  les  lois  générales  de  l'esprit  humain  et 
«  par  le  degré  de  civilisation...  Les  Gaulois,  pendant  les  trois 
«  siècles  qui  ont  précédé  notre  ère,  les  Irlandais  tels  que  nous 
«   les  dépeint  leur  Httérature  épique  la  plus  ancienne...  étaient 


Dibliogrjphic.  lo^ 

«  à  peu  près  au  même  degré  de  civilisation  que  les  Grecs  et  les 
«  Trôyens  de  l'épopée  homérique,  environ  huit  cents  ims 
«  avant  J.-C.  » 

M.  d'Arbois  n'a  pas  épuisé  son  sujet.  Toutes  les  questions 
auxquelles  il  a  touché  ne  sont  pas  traitées  avec  une  égale  abon- 
dance de  détails.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  son  livre 
pourra  être  consulté  avec  fruit  par  tous  ceux  qui  voudront  dé- 
sormais s'occuper  aussi  bien  de  la  civilisation  grecque  de 
l'époque  homérique  que  de  la  civilisation  primitive  des  Celtes 
de  la  Gaule  ou  de  ceux  de  l'Irlande  et  de  la  Grande-Bretagne. 

P.  Le  Nestour. 


Post  scriptuin.  C'est  le  cas  de  signaler  ici  un  lapsus  calann  dont  je  me  suis 
rendu  coupable,  p.  184  du  livre  dont  M.  Le  Nestour  vient  de  donner  l'ana- 
lyse. i\'j[j.ço-Xr,7:To;  signifie,  non  pas  «  celui  qu'une  nymphe  a  quitté  », 
mais  «  celui  qu'une  nvmphe  a  pris,  que  la  nymphe  »  ou  «  les  nymphes 
possèdent.  » 

H.  d'A.  de  J. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  I.  Mort  de  M.  Allmer.  —  H.  Promotions  de  MM.  Gaidoz,  J.  Loth  et 
F.  Lot.  —  111.  «  La  conquête  de  la  Gaule  •■,  par  M.  Holmes.  —  IV.  Publication 
de  la  Société  des  textes  irlandais,  deux  volumes  dus  à  M.  D.  Hyde  et  G.  Henderson. 
—  V.  John  Healy,  Insiila  sûnctorum  et  doctorum.  —  VI.  Le  livre  du  frère 
Constantius.  —  VII.  M.  Flach  et  les  origines  de  l'habitation  en  France.  —  VIII. 
Gallia  christiana  novissima,  t.  I.  —  IX.  Carîiilaires  du  chapitre  de  Sainte-Marie 
d'Auch.  —  X.  Recueil  général  des  chartes  intéressant  le  département  de  l'Indre, 
vi'-xi"  siècles.  —  XI.  La  désinence  -au  et  -avus  dans  les  noms  de  lieu  de  la 
France  du  Nord.  —  XII.  Histoire  illustrée  de  la  France,  par  de  Caix  et  A.  La- 
croix. —  XIII.  L'église  celtique  indépendante  de  Rome.  —  XIV.  Ossian  and  the 
Ossianic  Literature.  —  XV.  King  Arthur  and  his  knights.  —  XVI.  Les  tumulus  du 
plateau  de  Ger.  —  XVII.  M.  Kuno  Meyer  dans  les  Otia  Merseiana.  —  XVIIl.  L'His- 
toire de  Bretagne  de  M.  de  La  Borderie,  t.  III.  —  XIX.  Suite  de  \' Altceltischer 
Sprachschatz  de  M.  A.  Holder.  —  .XX.  Le  livre  des  Islandais  du  prêtre  Ari,  tra- 
duction française  par  M.  F.  Wagner.  —  XXI.  EtuJe  —  en  hollandais  —  sur  les 
cités  de  la  Gaule  par  M.  S.  Mûller  Hzn.  —  XXII.  Thèse  où  M.  Ch.  Andler  traite  de 
l'influence  exercée  par  les  Irlandais  sur  les  épopées  germaniques.  —  XXUI.  Le 
Folklore  du  pays  de  Galles  par  M.  J.  Rhys.  —  XXIV.  Les  inscriptions  antiques  du 
musée  Calvet  par  M.  K.  Esperandieu.  —  XXV.  Les  œuvres  de  Morgan  Llvvyd.  — 
XXVI.  T.  IX  du  Cours  de  littérature  celtique.  —  XXVII.  Festschrift  offerte  à 
M.  Whitley  Stokes. 

I. 

Nous  avons  souvent  parlé  dans  cette  revue  des  publications  de  M.  Allmer, 
1  épigraphiste  de  Lyon,  savant  auquel  les  études  celtiques  doivent  beaucoup, 
grâce  aux  monuments  inédits  qu'il  a  publiés,  et  quoiqu'en  philologie  cel- 
tique il  ne  fût  pas  tout  à  fait  compétent.  M.  Allmer  est  mort  à  Lyon  le 
27  novembre  dernier,  à  l'âge  de  84  ans.  «  Plus  que  personne  »,  a  dit 
M.  Héron  de  Villefosse,  «  il  a  contribué  par  son  activité,  par  son  exemple, 
«  par  sa  doctrine,  à  entretenir  le  goût  de  notre  archéologie  nationale.  Il  en 
«  demeure  un  des  plus  illustres  représentants.  Ses  amis,  qui  ont  connu  les 
«  difficultés  et  les  chagrins  de  sa  vie,  savent  avec  quelle  sérénité  d'esprit  et 
(f  quelle  égalité  d'âme  il  a  supporté  la  mauvaise  fortune.  Devenu  le  maître 
<f  incontesté  de  l'épigraphie  antique  de  la  Gaule,  son  activité  ne  s'est  jamais 
«  ralentie,  et  jusqu'à  la  dernière  heure  il  est  resté  fidèle  aux  études  qui 
<f  avaient  rempli  sa  vie  et  qui  l'avaient  souvent  consolé  ».  (Journal  des 
Débats  du  30  novembre  dernier). 


Clironujuc. 


II. 

En  même  temps  que  nous  avons  le  regret  de  voir  disparaître  en  M.  AU- 
mer  une  des  physionomies  les  plus  énergiques  et  les  plus  honorables  de 
l'érudition  française  contemporaine,  nous  avons  le  plaisir  d'adresser  nos 
sympathiques  félicitations  à  trois  savants  qui,  à  un  passé  déjà  considérable 
joignent  l'espérance  de  longues,  actives  et  glorieuses  années. 

Le  premier  est  M.  Henri  Gaidoz,  fondateur  de  cette  revue,  fondateur  et 
directeur  de  la  Méliisitic,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  fort  estimés,  profes- 
seur de  langues  celtiques  à  l'Ecole  pratique  des  Hautes  Etudes,  où  sa  com- 
pétence et  la  clarté  de  son  enseignement  ont  puissamment  contribué  aux 
progrès  faits  depuis  trente  ans  par  les  études  celtiques  en  France.  Par  un 
acte  de  justice  un  peu  tardive  du  gouvernement,  M.  Gaidoz  vient  d'être 
nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur. 

Presque  au  même  moment  un  des  principaux  collaborateurs  de  la  Revue 
Celtique,  M.  J.  Loth,  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes,  a  été 
nommé  correspondant  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  Déjà 
M.  Loth  avait  obtenu  de  cette  Académie  deux  médailles  au  concours  des 
Antiquités  de  la  France,  de  l'Académie  française  le  prix  Langlois,  de  l'Ins- 
titut de  France  deux  fois  le  prix  Volney. 

Enfin  M.  Ferdinand  Lot,  connu  à  la  fois  par  ses  travaux  sur  l'histoire 
carolingienne  et  sur  la  littérature  celtique,  vient  d'être  nommé  Maître  de 
Conférences  à  l'Ecole  pratique  des  Hautes-Etudes.  Il  s'y  occupera  principa- 
lement de  l'histoire  et  de  la  diplomatique  des  rois  Carolingiens  de  la  France. 
Espérons  qu'il  trouvera  cependant  quelques  loisirs  à  consacrer  aux  études 
celtiques  pour  lesquelles  il  a  montré  tant  d'aptitude. 

III. 

Après  être  passé  ainsi  du  triste  à  l'agréable,  j'en  viens  à  une  occupation 
que  je  ne  mettrai  ni  dans  l'une  ni  dans  l'autre  catégorie.  Je  vais  annoncer 
le  plus  brièvement  possible  les  ouvrages  parvenus  au  bureau  de  la  Revue. 

Je  commence  par  le  plus  gros,  XLii-846  pages  in-octavo,  dont  682  en 
petits  caractères.  Il  a  pour  objet  la  conquête  de  la  Gaule  par  César,  Caesar's 
Conqiiest  of  Gaul.  L'auteur,  M.  T.  Rice  Holmes,  avait  déjà  publié  une  his- 
toire de  la  révolte  de  l'Inde  contre  les  Anglais,  A  History  of  ihe  indian  Mn- 
tiiiy,  qui  est  arrivée  à  sa  cinquième  édition. 

C'est  donc  un  homme  qui  sait  écrire.  Il  est  de  plus  fort  laborieux.  Après 
avoir  consacré  162  pages  au  récit  des  campagnes  de  César  en  Gaule,  il  nous 
donne  661  pages  de  dissertations  sur  la  date  des  Commentaires  De  bello 
gallicû,  sur  le  degré  de  créance  que  mérite  le  récit  de  César,  sur  l'ethnologie 
de  la  Gaule,  sur  sa  population,  etc.  Dans  cette  partie  du  livre  nous  signa- 
lerons un  index  géographique  qui  occupe  180  pages,  et  une  étude  sur  l'état 
politique  et  religieux  de  la  Gaule  au  moment  de  la  conquête.  L'ouvrage  de 
M.  T.  Rice  Holmes  peut  être  considéré  comme  une  encyclopédie   où  l'on 


io8  Chronicpie. 

trouve  traitées,  avec  plus  ou  moins  de  compétence,  presque  toutes  les  ques- 
tions qu'on  peut  se  poser  à  propos  du  De  hello  gaUico.  L'auteur  a  lu,  ou  au 
moins  consulté,  un  nombre  vraiment  extraordinaire  de  dissertations,  de 
livres  et  d'articles.  Ainsi,  aux  pages  426  et  suivantes,  à  propos  de  Gorgohina, 
il  cite  non  seulement  D'Anville,  Eduircissemeiits  surVuncicnne  Gaule,  Walc- 
kenaër,  Géographie  des  Gaules,  le  Diclionuaire  archéologique  de  la  Gaule,  Des- 
jardins,  Géographie  de  la  Gaule  romaine,  Napoléon,  Histoire  de  Jules  César, 
mais  aussi  le  Bulletin  de  la  Société  d'émulation  du  département  de  l'Allier,  les 
Mémoires  de  la  Société  d'agriculture  d'Orléans,  le  Bulletin  de  la  Société  Kivcr- 
naise,  les  Mémoires  de  la  Commission  historique  du  Cher.  Désormais  ceux  qui 
voudront  traiter  une  question  quelconque  parmi  celles  que  soulève  l'étude 
du  De  hello  gallico  agiront  prudemment  en  consultant  d'abord  l'ouvrage  de 
M.  Holmes.  De  ce  que  nous  disons  là  il  ne  résulte  pas  que  malgré  son  ton 
tranchant  cet  auteur  parle  toujours  avec  une  connaissance  approfondie  de 
tous  les  sujets  spéciaux  qu'il  traite. 

Et  par  exemple  je  ne  suis  nullement  convaincu  delà  valeur  des  arguments 
par  lesquels  il  prétend  prouver  que  la  propriété  foncière  telle  qu'on  la  con- 
çoit aujourd'hui  en  Angleterre  et  en  France  fût  de  règle  générale  en  Gaule 
au  temps  de  César,  tandis  que  dans  l'Etat  romain,  sauf  Vheredium,  elle 
n'existait  pas  et  \'ager  publicus  était  la  règle  générale.  Les  possesseurs  de 
Vager  piiblicus  étaient  séparés  les  uns  des  autres  par  des  fines,  transmettaient 
héréditairement  leurs  possessions,  en  sorte  que,  de  l'emploi  des  mots  fines  et 
hereditas  par  César  lorsqu'il  s'agit  de  la  Gaule,  on  ne  peut  rien  conclure 
quant  au  principe  sur  lequel  reposait  la  jouissance  en  ce  pays  au  moment 
de  la  conquête  romaine  (cf.  ci-dessous,  p.  122). 

J'ai  dit  qu'un  paysan  propriétaire  dans  le  sens  actuel  du  droit  français 
n'émigre  jamais.  C'est  la  raison  pour  laquelle  le  Français  n'est  pas  coloni- 
sateur ;  le  paysan  anglais,  irlandais  émigré  parce  qu'il  n'est  pas  propriétaire, 
et  je  maintiens  que  l'émigration  en  masse  des  Helvetii  ne  peut  s'expliquer 
autrement.  Je  mets  au  défi  M.  Holmes  —  et  le  savant  professeur  M.  Lé- 
crivain,  qui  sur  ce  point  partage  ses  idées,  —  de  décider  les  habitants  d'un 
arrondissement  de  la  France  à  émigrer  en  masse  pour  aller  occuper  des 
terrains  fertiles  en  Algérie  ou  en  Tunisie.  Le  paysan  français  n'émigre  que 
quand  il  est  ruiné. 

IV. 

La  Société  des  textes  irlandais,  Irish  texts  Society,  a  publié  deux  volumes 
en  189g.  Le  premier  contient  deux  récits  qui  ne  paraissent  pas  remonter  à 
une  date  fort  ancienne.  L'un  est  les  «  Aventures  du  garçon  de  la  férule  », 
G iolla  an  fhiugba  ;  V Autre  est  les  «  Aventures  des  enfants  du  roi  de  Nor- 
wège  »,  Eachtra  Cloinne  rîgh  na  h-Ioruaidhe.  L'édition  du  premier  est  faite 
d'après  deux  copies  du  xix^  siècle  ;  pour  le  second,  l'éditeur  a  eu  entre  les 
mains  plusieurs  manuscrits,  l'un  du  xviF,  les  autres  du  xyiii^.  Le  manus- 
crit du  xviF  siècle  est  du  nombre  de  ceux  qui  se  trouvaient  dans  la  chambre 
de  Colgan,  àLouvain,  quand  il  mourut,  en  16)8.  Sa  bibliothèque,  en  effet, 
contenait  un  volume  in-40  renfermant  la  pièce  intitulée  Stair  triar  nuic  ri 


Chronique.  109 

lia  h-loniaiâhc  ^ .  Ni  J.-T.  Gilbert,  qui  a  public  le  citaloguc  des  ms.  des 
Franciscains  de  Dublin,  ni  moi  n'avons  pu  trouver  ce  précieux  manuscrit.  Je 
n'ai  jamais  vu  livres  plus  en  désordre  que  dans  ce  couvent.  J'ai  proposé  de  les 
ranger  dans  l'ordre  du  catalogue,  et  cela  gratis.  On  m'a  refusé.  M.  Douglas 
K3'de,  en  sa  qualité  d'Irlandais,  a  su  mieux  que  moi  faire  entendre  raison 
à  ces  honnêtes  religieux  et  a  trouvé  chez  eux  le  manuscrit  de  Colgan. 

De  la  pièce  en  question  conservée  par  ce  ms.  je  ne  connaissais  pas  de  copie 
antérieure  au  xyiii^  siècle,  et  quant  aux  aventures  du  garçon  de  la  férule, 
je  n'en  avais  pas  trouvé  de  copie  du  tout.  Encore  pour  cette  pièce  M.  Dou- 
glas Hyde  a  été  plus  heureux  que  moi.  Il  méritait  ce  succès  :  c'est  un  des 
hommes  qui  connaissent  le  mieux  la  littérature  moderne  de  l'Irlande. 

Le  second  volume  de  VIrish  lexts  Society  nous  fait  remonter  au  cycle  le 
plus  ancien  de  la  littérature  épique  irlandaise.  On  y  trouve  le  FIcd  Bricrcud, 
«  Fête  ou  festin  de  Bricriu  »,  texte  irlandais  accompagné  de  variantes,  tra- 
duction anglaise,  le  tout  précédé  d'une  copieuse  introduction  et  d'abon- 
dantes notes.  L'introduction  donne  la  nomenclature  des  manuscrits,  une 
étude  sur  la  façon  dont  ont  été  compilées  les  rédactions  hybrides  que  nous 
avons  aujourd'hui,  enfin  un  travail  grammatical  à  l'aide  duquel  l'éditeur 
cherche  à  déterminer  la  date  de  cette  compilation,  qui,  suivant  lui  ne  re- 
monterait pas  au-delà  de  l'année  875  environ.  Cet  éditeur  est  M.  George 
Henderson,  un  Highlander  qui  a  eu  les  conseils  du  professeur  Mackinnon, 
d'Edimbourg,  et  du  principal  Rhys,  d'Oxford.  Il  a  su  tirer  parti  des  travaux 
de  la  plupart  des  celtistes  contemporains,  notamrnent  de  MM.  Windisch, 
Whitley  Stokes,  Zimmer,  Strachan,  Stern,  Kuno  Meyer.  Il  est  pour  les 
études  celtiques  une  précieuse  recrue. 

Je  ne  considère  pas  cependant  comme  absolument  certain  tout  ce  qu'il 
écrit.  J'admettrais  difficilement  quairiciil  «  appartement,  chambre  »  puisse 
provenir  du  latin  oraculiiin,  commeM.  Henderson  le  propose,  avec  un  point 
d'interrogation,  il  est  vrai,  p.  LXiii.  On  lit  à  la  même  page  que  muintcr 
«  familia  »  vient  du  latin  nionaslerium.  Cette  étymologie  est  inconciliable 
avec  l'expression  consacrée  pour  désigner  la  femme  légitime,  cctmuinter, 
littéralement  «  première  femme  »,  par  opposition  à  la  concubine,  cidal- 
trach^.  Ci'tinuinter  est  un  synonyme  àa  primbeiiT,  et  a  été  rendu  en  latin 
par  ?/.wr  ^;7/«rt  4.  Le  latin  iiionasteriiiiii,  en  basse  htmilé  nionastirij/m,  est 
devenu  en  irlandais  inainislir  S ,  d'où  le  surnom  de  l'auteur  irlandais  si  connu 
Flann  Mainistrech,  qui  vivait  au  xi^  siècle. 


1.  Historical  manuscripts  coiiiiiiissioii  :  Appendix  lollic  JourtJj  report,  p.  611, 
col.  2.  Cf.  Essai  d'un  catalogue,  p.  212. 

2.  Ancient  Laïcs  and  Iiisiitutes  of  Ireland,  t.  I,  p.  230,  232;  t.  II,  p.  380, 
382,  384,  394;  t.  III,  p.  398,  400. 

3     Ancient  Laws,  t.  I,  p.  22,  1.  24;  t.  II,  p.  400,  1.  13,  p.  406,  1.  5,  6. 

4.  Voir  le  cinquième  des  canons  attribués  à  saint  Patrice,  Migne,  Patro- 
logia  latina,  t.  LIII,  col.  823. 

5  R.  Atkinson,  Tri  bior-ghaoitke  an  hli.iis  (v  The  Ihree  sbafts  of  dcalb  ») 
de  G.  Keating,  p.  405. 


I 10  chronique. 

A  la  p.  137,  M.  G.  Henderson  appelle  Boadicea,  conformément  <à  des  édi- 
tions arriérées,  la  célèbre  reine  des  Iceni  que  Xiphilin,  abréviateur  de  Dion 
Cissius,  LXII,  2,  7  appelle  Bo-jvoojr/.a  ' ,  et  dont  le  nom  est  écrit  Boudicca 
dans  les  éditions  modernes  de  Tacite  -. 

La  traduction  de  M.  G.  Henderson  me  paraît  généralement  exacte.  Mais 
il  serait  quelquefois  possible  de  serrer  le  texte  de  plus  près.  Ainsi  p.  "jè, 
§  61,  Celcbraid  Connall,  i.  iar  siidiu,  ocus  tiagair  uadih  ar  chend  Concuhind, 
c'est-à-dire  :  «  Conall  fait  ses  adieux  après  cela,  puis  de  la  part  du  roi 
«  et  de  la  reine  on  va  chercher  Cûchulainn  ».  M.  G.  Henderson  traduit: 
«  Conall  bade  farewell.  A  herald  was  then  sent  to  fecht  Cûchulainn  », 
c'est-à-dire  que  le  traducteur  remplace  le  présent  par  le  passé  et  n'a  pas  tra- 
duit l'irlandais  nadib  «  par  eux  »,  c'est-à-dire  «  par  le  roi  et  la  reine  », 
comme  nous  venons  de  le  dire,  obéissant  aux  exigences  de  la  langue  fran- 
çaise, qui  veut  avant  tout  la  clarté.  Mais  ces  critiques  portent  sur  des 
vétilles,  nous  adressons  nos  félicitations  tant  à  M.  G.  Henderson  qu'à  VIrish 
ie.xts  Society. 

V. 

Dans  le  tome  XX,  p.  364,  de  la  Revue  Celtique  j'ai  annoncé  l'histoire 
littéraire  de  l'Irlande  de  M.  Douglas  Hyde.  J'aurais  dû  profiter  de  l'occasion 
pour  réparer  à  l'égard  du  très  Rév.  John  Healy,  évêque  de  Clonfert,  l'oubli 
de  la  Revue  Celtique,  qui  n'a  rien  dit,  que  je  sache,  de  son  livre  intitulé 
Iitsula  sandorum  et  doctoruni,  or  Ireland's  ancient  Schools  and  Scholars.  La 
première  édition  de  ce  livre  remonte  à  1890.  Une  seconde  édition  a  paru  en 
1893.  La  troisième  date  de  1897.  C'est  un  volume  in-8°  de  xviii-6)i  pages. 
Il  est  consacré  presque  tout  entier  aux  écoles  monastiques  d'Irlande  pendant 
les  ve,  vie  et  vue  siècles.  C'est  l'objet  de  dix-huit  chapitres  sur  vingt-quatre. 
Quatre  chapitres  constituent  un  préambule  consacré  à  la  littérature  en  Ir- 
lande avant  saint  Patrice  et  à  saint  Patrice  lui-même.  Deux  chapitres  ser- 
vant de  conclusion  parlent  de  l'enseignement  irlandais  hors  d'Irlande  et 
continuent  l'histoire  littéraire  de  l'Irlande  jusqu'au  xi^  siècle.  C'est  de  la 
littérature  latine  qu'il  est  à  peu  près  exclusivement  question  dans  le  livre  du 
très  Rév.  Healy.  tandis  que  M.  Douglas  Hyde  s'est  occupé  des  compositions 
écrites  dans  la  langue  nationale.  Le  sujet  traité  par  M.  Douglas  Hyde  est 
plus  intéressant  pour  la  Revue  celtique  que  le  sujet  choisi  par  l'évêque  de 
Clonfert.  Mais  c'est  cependant  un  fait  très  curieux  que  la  forte  culture  latine 
de  l'Irlande  au  vi=  et  au  vue  siècle,  c'est-  à-dire  à  une  époque  où  les  études 
classiques  semblaient  être  tombées  en  France  dans  une  irrémédiable  déca- 
dence. 

Une  communication  faite  par  M.  Louis  Havet  à  l'Académie  des  Inscrip- 

1 .  Edition  de  Guillaume  Sturz,  1824,  t.  IV,  p.  50,  58;  édit.  d'Immanuel 
Bekker,  1849,  t.  II,  p.  237,  240. 

2.  Annales,  XIV',  31,  35,  37:  Agricola,  XVI.  Pour  les  variantes  des 
manuscrits,  voir  4e  édit.  de  Ch.  Halm,  1884,  t.  I,  p.  299,  t.  II,  p.  2)). 
Cf.  Paulys,  Rcal-cncyclopaedie,  1897,  t.  III,  col.  796. 


Chronique.  i  i  i 

tions  dans  une  de  ses  dernières  séances  a  attiré  mon  attention  sur  un  détail, 
petit  en  apparence,  mais  qui  jette  une  lumière  nouvelle  sur  une  des  prin- 
cipales figures  du  monachismc  irlandais  au  viP  siècle.  Nous  voulons  parlcr 
d'Adamnanus,  abbé  du  monastère  de  Hy,  ou  lona,  mieux  lova,  mort  en  704 
après  avoir  écrit  une  vie  de  saint  Columba  plusieurs  fois  publiée,  notam- 
ment par  Reeves  en  1857  '  et  par  M.  Metcalfe  en  1889  2  et  un  traité  De  locis 
saiictis  qui  a  eu  aussi  un  grand  nombre  d'éditions?.  Reeves  a  remarqué  dans 
le  premier  de  ces  ouvrages  un  passage  qui  atteste  chez  l'auteur  la  connais- 
sance de  Virgile.  C'est  au  livre  III,  ch.  23,  p.  229  de  l'édition  de  Reeves, 
p.  201  de  celle  qu'a  donnée  M.  Metcalfe:  Vipcrarinii  venena  trisitlcannii 
linguarum.  Dans  ce  membre  de  phrase  on  doit  vraisemblablement  recon- 
naître une  réminiscence  du  liiigiiis  micat  orc  trisiilcis  de  Virgile,  Géorgiqiies, 
III,  439,  Enéide,  11,  475.  Or  chez  Teuffel,  Gcschichte  cicr  roiiiischen  Uteraltir, 
^^  édition,  472,  13,  on  lit:  «  Schol.  Bern.  zu  Virgil  ecl.  X,  fin.  (p.  839  H): 
«  Haec  omnia  de  commentariis  Romanorum  congregavi,  id  est  Titi  Galli  et 
«  Gaudentii  et  maxime  Junilii  Flagrii4  Mediolanensis.  Der  Verfasser  selbst 
«  aiso  ist  kein  Rômer,  sondern,  wie  es  scheint,  ein  Schotte  (Adananus) 
«  ungefâhr  des  achten  Jahrhunderts  J .  »  Adananus  doit  être  corrigé  en  Adaui- 
naniis(>,  et  il  s'agit  très  problablement  de  l'abbé  d'Iova.  M.  Teufifel  l'a  re- 
connu dans  sa  cinquième  édition  (cf.  ci-dessous,  p.  124). 

Ce  n'est  pas  dans  le  livre  de  M.  Healy  qu'on  trouvera  celte  indication. 
Cet  ouvrage  est  écrit  avec  des  préoccupations  plutôt  littéraires  qu'érudites. 
Les  indications  bibliographiques  manquent  souvent  de  précision  ou  font 
absolument  défout.  Ainsi  le  Liber  historiae  Francontni,  ch.  43,  édit.  Krusch, 
p.  316,  nous  apprend  que  Dagobert  II,  fils  du  roi  des  Francs  Sigebert  II, 
perdit  sa  chevelure  en  656  par  ordre  du  maire  du  palais  Grimoald  et  fut 
conduit  en  Irlande  par  Didon,  évêque  de  Poitiers:  «  Didone.mque  Pectaven- 
«  sent  urhis  episcopum  in  Scocia  peregrinanduni  eitm  direxit.  »  Dagobert  II 
monta  plus  tard  sur  le  trône?.  On  a  de  lui  deux  diplômes  des  années  675, 


1.  The  Life  oj  saint  Cohnnla,  i.  vol.  in-40  de  LXXX-497  pages. 

2.  Pitikerton's  Lives  of  tl)e  Scottish  Saints,  tome  1,  page  71-209. 

5 .  On  en  peut  voir  la  nomenclature  chez  A.  Potthast,  Bihliotheca  histo- 
rica  medii  acvi,  2^  édition,  t.  I,  p.  20. 

4.   Lisez  Junii  Philargyrii. 
5  .    Y  édition,  p.  1 1 17. 

6.  La  \a.na.ntc  Adaiinaïuis  est  donnée,  me  dit  M.  Havet,  par  les  deux  mss. 
latins  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris  7960,  f"  5  et  11508,  f°  23,  tous 
deux  du  xt^  siècle.  Je  viens  d'aller  vérifier.  Dans  le  ms.  7960,  lignes  2  et  3 
à  partir  d'en  bas,  il  y  a  bien  Adannanns,  par  double  ;/.  Mais  dans  le  ms. 
1 1308,  1.  5,  Adananus  avec  signe  d'abréviation  sur  l'a  de  la  seconde  svllabe. 
On  peut  donc  lire  Adannianus. 

7.  Ce  fut  saint  Wilfrid,  évêque  d'York,  qui,  sur  la  demande  des  amis 
et  des  parents  de  Dagobert,  fit  en  Irlande  les  démarches  nécessaires  pour 
retrouver  le  jeune  prince.  Vita  sancti  Wilfridi,  chez  D.  '&o\i(\u&'i.,  Recueil  des 
historiens  des  Gaules  et  de  la  France,  t.  III.  p.  601  B.  Consulter  aussi  une 
autre  vie  du  même  saint  chez  Migne,  Patrclogia  latina,  t.  CLIX,col.  751  B. 


I  I  2  Chronique. 

677  '.  Ddgobert  II  parait  avoir  passé  en  Irlande  environ  dix-huit  ans.  Dans 
quelle  partie  de  l'Irlande?  Nous  n'en  savons  rien.  Mais  le  très  Rév.  Healy, 
mieux  renseigné  que  nous,  nous  apprend,  p.  390,  que  suivant  la  tradition 
Dagobert  était  à  l'école  irlandaise  de  Slane,  que  dans  les  salles  de  cette 
école  il  passa  dix-huit  ou  vingt  ans  et  qu'il  acquit  pendant  cette  longue  pé- 
riode 'te  la  science  des  Irlandais.  Où  le  très  Rév.  Healy  a-t-il  pris  ce 
renseignement?  Le  vénérable  auteur  est  plutôt  écrivain  que  savant.  Il  y  a 
quelquefois  lieu  de  contrôler  ses  assertions. 

Naturellement  aussi  ce  n'est  pas  chez  lui  qu'on  trouvera  sur  les  écoles 
ecclésiastiques  mixtes  d'Irlande  pendant  le  haut  moven  âge  des  récits  légers 
comme  l'histoire  des  amours  de  Drusticc  dont  le  souvenir  a  été  conservé 
cependant  par  la  préfoce  irlandaise  du  Paire  domine  (Whitley  Stokes,  Goi- 
delica,  2^  éd.,  p.  96;  Bernard  et  Atkinson,  The  irish  liber  hymnoritni,  t.  I, 
p.  22). 

VI. 

Nous  sommes  transportés  dans  un  domaine  tout  différent  par  le  frère 
Constantius,  des  Ecoles  chrétiennes,  qui,  pour  faciliter  l'enseignement  du 
français  aux  petits  Bretons,  vient  de  composer  un  recueil  de  textes  bretons 
enfantins  qu'il  voudrait  voir  répandre  dans  les  écoles  primaires  du  départe- 
ment du  Finistère  et  qui  seraient  traduits  en  français  par  les  élèves  sous  la 
direction  du  maître.  C'est  un  livre  très  moral  :  «  Celui  qui  honore  sa  mère 
est  comme  celui  qui  amasse  un  trésor  »  :  An  hini  a  enor  he  vam  a  so  evel  an 
hiui  a  :^asluni  eun  tensor.  «  Celui  qui  honore  son  père  aura  une  vie  lon- 
gue ))  :  An  hini  a  enor  he  dad  en  deve^o  eur  vithe^  hir.  On  y  trouve  aussi  des 
conseils  d'une  vraie  sagesse  :  «  Si  tu  veux  avoir  un  véritable  ami,  prends-le 
quand  tu  l'auras  connu  »  :  Mar  fell  d'id  kaout  eur  giuir  vignoiin,  hemer 
aue^han  goude  ni'a~  pe~o  he  anave^et.  La  conclusion,  p.  200  et  dernière,  est 
prise  dans  la  Bible,  livre  des  Proverbes,  XIII,  24  :  Qui  pareil  virgae  odil 
filiuni  suiiin,  qui  autem  diligit  eum  instanter  erudit,  en  breton  :  Neb  a  espern 
ar  li'ialen  a  gasa  he  vab  ;  hogen  an  hini  he  gar  he  gelen  gand  kal:^  a  breder. 
C'est  à  un  mot  près  la  traduction  de  Le  Gonidec,  Bibl  santé],  t.  I,  p.  743, 
col.  I .  Ainsi  :  papas  bretons,  ayez  soin  de  bien  fouetter  vos  enfants,  c'est  le 
dernier  conseil  que  vous  donne  le  frère  Constantius. 

VIL 

Ce  n'est  pas  pour  les  petits  Bretons  que  M.  de  Fovillca  écrit  son  Enquête 
sur  ks  conditions  de  Thabitalion  en  France.  Le  tome  II  contient,  p.  1-97,  une 
étude  sur  les  origines  et  les  vicissitudes  historiques  de  l'habitation  en  France 
par  M.  Flach.  M.  Flach  étudie  la  question  de  savoir  si  les  Gaulois  à  l'époque 
de  la  conquête  habitaient  plutôt  par  villages  que  par  fermes  isolées,  et  il 
critique  à  ce  sujet  la  doctrine  de  M.  Meitzen,  Siedelung  nnd  Agraru'csen  der 
Westgermancn  und  Ostgermanen,  der  Kellcn,  Rômer,  Finnen  und  Slaven,  4_vol . 

I.   Pertz,  DipIoDialuni  iniperii  toinus  I,  p.  41,  42. 


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Chronique.  1 1  ^ 

in-8o,  dont  un  d'atlas,  Berlin,  1895.  Suivant  M.  Meitzen,  le  type  celtique 
serait  la  ferme  isolée,  et  le  village  serait  le  type  germanique.  Cette  thèse 
est  en  contradiction  avec  le  texte  bien  connu  de  Polybe,  qui  nous  apprend 
que  les  Gaulois  habitaient  des  villages  non  fortifiés  :  (ô/.oOv  ok  /.azà.  y.i-')ij.3.; 
àTE'./^(«j-o'j;  (1.  II,  ch.  17,  §  9).  M.  Flach  paraît  croire  que  je  partage  la  doc- 
trine de  M.  Meitzen.  Je  n'ai  jamais  dit  chose  pareille.  J'ai  simplement 
affirmé  qu'un  grand  nombre  de  nos  noms  de  villages,  principalement  en 
-aciis  et  en  -anus  étaient  à  l'époque  mérovingienne  masculins  et  juxtaposés 
par  apposition  au  mot  féminin  villa  :  Victiiriacus  villa,  Simpliciacus  villa,  etc. 
Ces  noms  masculins  sont  d'anciens  adjectifs  qui,  au  temps  du  haut  empire, 
s'accordaient  avec  le  nom  .commun /hh(/hji,  tombé  en  désuétude  à  l'époque 
mérovingienne.  Sur  \q  fuiidus  romain,  dont  l'étendue  moyenne  pouvait 
ressembler  au  territoire  de  beaucoup  de  nos  communes,  se  trouvait  cons- 
struite  une  villa  qui  consistait  en  une  maison  habitée  par  le  propriétaire  et 
en  bâtiments  d'exploitation,  en  bâtiments  d'habitation  occupés  par  ses  ou- 
vriers, colons  et  fermiers.  Telle  est,  suivant  nous,  l'origine  d'un  grand 
nombre  de  nos  villages.  La  cause  qui  a  fait  tomber  en  désuétude  le  mot 
fiituhis  a  été  la  suppression  de  l'impôt  foncier  et  la  substitution  à  cet  impôt 
d'un  impôt  direct  par  tête  d'ouvriers  employés  à  la  culture  du  fonds.  Sur 
cette  révolution  financière  on  peut  consulter  Fustel  de  Coulanges,  Histoire 
des  institutions  politiques  de  l'ancienne  Fraiwe,  La  monarchie  fianque,  1888, 
p.  264-272. 

VIII. 

iM.  l'abbé  Ulysse  Chevalier  vient  de  publier  une  oeuvre  posthume  de 
l'abbé  Albanés,  Gallia  chrisliana  novissiiua  (histoire  des  archevêchés,  évê- 
chés  et  abbayes  de  France,  t.  1),  Aix,  Apt,  Fréjus,  Gap,  Riez  et  Sisteron'. 
M.  Albanés  a  tiré  des  archives  du  Vatican  et  inséré  dans  ce  volume  des  rôles 
de  décimes  qui  donnent  la  nomenclature  des  bénéfices  ecclésiastiques,  par 
conséquent  des  cures  et  des  paroisses,  au  xiv^  siècle.  Ces  listes  sont  intéres- 
santes à  étudier  au  point  de  vue  de  la  nomenclature  des  noms  de  lieu  gaulois 
et  ligures.  Signalons  par  exemple  dans  le  diocèse  de  Fréjus,  col.  221,  in 
praepositura  Pignacensi,  aujourd'hui  Pignans,  Var,  qui  nous  montre  l'équi- 
valence des  deux  suffixes  -acits  et  -anus.  Dans  le  même  diocèse,  col.  222, 
prior  de.  Lonacis,  aujourd'hui  Lorgnes,  Var,  qui  nous  ofïre  un  exemple  du 
suflSxe  -acus  par  a  bref  atone,  lequel  est,  suivant  moi,  ligure,  tandis  que 
prior  de  Brcnnono,  aujourd'hui  Brenon,  Var,  paraît  être  probablement  un  dé- 
rivé du  gaulois  Brennos.  Dans  le  diocèse  de  Gap,  col.  302,  nous  signalerons 
le  prior  de  Cabannasco,  que  l'éditeur  ne  traduit  pas,  et  le  capcllamts  de  Au- 
lanco,  aujourd'hui  Aulan,  Drôme,  col.  301  ;  dans  le  diocèse  de  Riez,  col. 
385,  prior  de  Alhiosco,  prior  de  Artinhosco,  prior  sancti  Martini  de  Alinhosco, 


I.  Un  vol.  in-40  contenant  xvi  pages  et  792  colonnes  de  rédaction  en 
français,  550  colonnes  de  preuves,  instrumenta,  plus  une  table  des  noms  de 
personnes  et  de  lieu. 

Revue  Celtique,  XXI.  § 


1 14  Chronicjiie. 

aujourd'hui  Al'biosc,  '  Artignosc,  Saint-Martin  d'AIignosc,  Vàr,  autant  de 
noms  de  lieu  d'origine  ligure. 

IX. 

Les  Carlulaires  du  chapitre  de  l'église  métropolitaine  Sainte-Marie  d'Auch, 
publiés  pour  la  Société  historique  de  Gascogne  par  C.  Lacave  La  Plagne 
Barris,  i  vol.  in-8°  de  xi-216  pages,  sans  inde.K,  nous  transportent  du 
penchant  des  Alpes  dans  le  voisinage  des  Pyrénées.  Il  y  avait  là  des  Gaulois, 
et  un  nom  d'homme  gaulois  y  persiste  dans  l'onomastique  du  moyen  âge, 
c'est  CeiiliiUiisXp.  46,  55),  pour  Cintiillos  ',  forme  hypocoristique  de  Cintu- 
gcnos  et  de  Cintiigiiatos.  A  côté  se  rencontrent  des  noms  étranges  tels  que 
le  nominatif  Elefraxarius,  le  génitif  Mancioraxavi.  Le  suffixe  -inciis  y  est 
fréquent  dans  les  noms  de  lieu.  Nous  citerons  Geiienx,  p.  28,  Garlencs, 
p.  169,  174,  Ancengs,  p.  189,  Taisoeiigs,  p.  191,3  côté  de  nombreu.K  noms 
de  lieu  en  -acus  qui  semblent  gallo-romains,  comme  Fidenciaciis,  p.  7, 
JuUages,  p.  25,  et  d'autres  noms  en  -amis,  évidemment  romains,  comme 
Arian,  p.  169. 

X. 

Nous  passons  dans  le  centre  de  la  France  avec  le  Recueil  gêiicral  des  chartes 
intèressaut  le  département  de  l'Indre,  vi-xi^  siècles,  par  E.  Hubert,  in-8", 
p.  81-2722,  sans  index.  Des  noms  de  lieu  comme  Argentomagus,  p.  182, 
Uxclodunum,  p.  137,  nous  montrent  que  nous  sommes  en  pays  celtique. 
Parmi  les  noms  de  lieu  on  peut  relever  un  grand  nombre  de  formations 
gallo-romaines,  telles  que  G«'»?mirtrH5,  p.  106,  Pardiac!is,p.  107,  Valenciaciis, 
ibidem,  Magniacus,  p.  113.  Il  y  eut  dans  ce  département  un  établissement 
breton  dans  le  haut  moyen  âge  :  une  charte  de  l'année  927  contient  dona- 
tion de  la  chapelle  construite  à  Déols,  in  Dolis  par  les  Bretons  qui  sont 
partis:  post  illorumdiscessum,  lit-on,  p.  113.  Ces  Bretons  étaient  des  moines; 
nous  l'apprenons  par  un  diplôme  de  Louis  d'Outre-mer  :  capellam  quant  in 
conspectu  castelli  Brittones  monachi  aedificavenint,  p.  132,  et  ces  faits  sont 
confirmés  en  968  par  une  bulle  du  pape  Jean  XIII,  p.  134. 

XL 

M.  H.-O.  Oestberg,  dans  son  mémoire  intitulé  :  Les  voyelles  vélaires  accen- 
tuées, la  diphtongue  au  et  la  désinence  -aviis  dans  quelques  noms  de  lieu  de  la 
France  du  Nord,  Upsal,  1899,  in-8°,  99  p.,  traite  un  sujet  de  phonétique 
romane;  mais  parmi  les  noms  de  lieu  qu'il  étudie,  et  dont  malheureusement 
il  ne  donne  pas  d'index,  un  grand  nombre  sont  d'origine  celtique.  Tels 
sont  les  noms  en  -avus,  p.  49,  50,  qui  sont  annoncés  par  le  titre,  les  noms 
en  -hriga,  p.  25,  26,  en  -durum,  p.  26,  27,  en  -iohts,  -iola,  p.  29,  50,  33, 
34,  90  et  suiv.,  en  -magus,  p.  54,    55,  en  -diaïuin,  p.  61,  62. 

1.  Holder,  Allceltischer  Sprachschat^,  t.  I,  col.  23. 

2.  T\r.\gc  à  p.\Yt  di  h  Revue  archeologiqn:  du  Ben  y,  1899. 


Chroni(]ue.  i  1 5 


XII. 

La  rédaction  do  la  Revue  celtique  a  reçu  un  volume  grand  in -8°  intitule 
Histoire  iUiistrée  de  la  France  depuis  les  plus  lointaines  origines  jusqu'à  la  fin  du 
xix=  siècle,  par  le  vicomte  deCaix  et  par  Albert  Lacroix  ;  tome  I,  La  France 
avant  l'histoire  et  la  Gaule  indépendante,  xvi-520  pages,  487  gravures  et  21 
cartes.  Ce  volume,  écrit  avec  élégance  et  facilité,  atteste  chez  les  deux  au- 
teurs des  lectures  considérables,  mais  la  rédaction  a  été  un  peu  rapide  et  en 
le  parcourant  on  trouve  de  nombreuses  inexactitudes  de  détail  à  relever. 

Les  deux  auteurs  sont  du  nombre  de  ceux  qui  croient  encore  à  l'identité 
des  Cimbri  de  Tacite,  des  Ki;j.aipioi  d'Hérodote  et  d'Homère  et  des  Cyniri 
du  pays  de  Galles,  ignorant  que  Cyniri,  pluriel  de  Cymro,  est  une  forme  du 
moyen  âge  et  moderne,  qui  exigerait  à  l'époque  de  l'empire  romain  un  pri- 
mitif Com-hroges .  Cyniri  r=  Coni-hrogcs  veut  dire  «  compatriotes  »,  l'opposé 
à' Allohroges ,  cf.  ci-dessous,  p.  127.  MM.  de  Caix  et  Lacroix  ne  saisissent 
pas  la  différence  qui  existe  entre  le  gaulois  et  les  dialectes  néo-celtiques. 
Ainsi  à  la  page  265  ils  disent  que  Vercingétorix  reçut  le  titre  de  roi,  en 
gaulois  pen-tiern  ;  c'est  le  gallois  penteyrn,  qui  aurait  été  en  gaulois  penno- 
tigernos.  Parce  qu'en  gallois  hrenin  plus  anciennement  brenhin  =  *brigantinos 
veut  dire  «  roi  »,  ils  admettent  que  le  nom  d'homme  gaulois  Brennos  a  le 
même  sens.  Or  Brennos  est  simplement  un  nom  d'homme,  probablement  un 
doublet  de  l'irlandais  brian  =^* brénos,  nom  propre  de  personne  qui,  employé 
comme  nom  commun,  veut  dire  «  parole  ». 

A  la  page  1 1 1  nous  lisons  que  les  Ambrons  ou  Ombres  portent  un  nom 
indo-européen  qui  signifie  les  «  nobles  «les  «  vaillants  »,  les  «  terribles  », 
et  que  le  singulier  ambra  est  encore  employé  en  ce  sens  dans  l'idiome  des 
Irlandais.  Ce  n'est  pas  exact  :  le  mot  irlandais  est  a»/rrt  sans  b,  et  ce  mot  ne 
signifie  pas  «  les  nobles,  les  vaillants,  les  terribles.  »  M.  Windisch,  Irische 
texte,  t.  I,  p.  363,  nous  donne  les  traductions  wunderhar,  gut,  Wiinder. 
M.  Robert  Atkinson,  The  passions  and  the  honiilles,  explique  le  même  mot 
par  fanions,  renoivned.  En  vieil  irlandais,  la  notation  de  ce  mot  était  anire  ; 
anire  est  un  adjectif  qui  qualifie  la  grâce  de  Dieu,  dans  le  ms.  de  Wùrzburg, 
folio  7  d  (Prima  ad  Corinthios,  ch.  i,  verset  4;  Zimmer,  Glossac  hibernicae, 
p.  45  ;  Whitley  Stokes,  The  old  irish  Glosses,  p.  40).  Amre  dans  ce  texte  veut 
dire  «  admirable  »  ' .  Il  n'est  nullement  établi  qu'il  y  ait  un  rapport  quel- 
conque entre  ce  mot  irlandais  d'une  part  et  les  "A[j.6pojv£ç  de  Plutarque, 
Marins,  XIX,  4,  dont  le  nom  est  un  terme  ethnique.  Rien  ne  prouve  non 
plus  que  le  nom  écrit  en  caractères  grecs  "A[i.6pwv£;  soit  identique  à  celui 
qu'on  écrit  Umbri  en  caractères  latins. 

P.  146,  nous  lisons  que  la  femme  d'Ortiagon,  outragée  par  un  centurion, 
le  tua  de  sa  propre  main,  vengeant  ainsi  son  honneur  et  ne  voulant  pas 

I .  On  trouve  encore  amre  employé  adjectivement  dans  le  même  sens, 
folio  17  h  du  ms.  de  Wùrzburg  (Secunda  ad  Corinthios,  XI,  3  ;  Zimmer, 
p.  1 12  ;  Whitley  Stokes,  p.  104). 


1 1 6  •  Chronique . 

survivre  à  sa  honte.  Il  est  impossible  de  réunir  plus  d'erreurs  en  si  peu  de 
mots.  La  femme  d'Ortiagon  fit  tuer  le  centurion  qui  l'avait  outragée,  elle 
porta  à  son  mari  la  tète  de  l'ofîfîcier  romain,  elle  supporta  vaillamment  une 
honte  qui,  une  fois  vengée,  devenait  une  gloire  pour  elle.  «  Parmi  les 
«  hommes  qui  vivent  »,  disait-elle,  «  il  n'v  en  a  qu'un  qui  puisse  se  vanter 
«  de  m'avoir  possédée  ».  Ce  récit,  que  nous  devons  à  Plutarque,  a  été 
raconté  en  détail  par  Amédée  Thierry. 

Le  tableau  qui  dans  le  livre  dont  nous  rendons  compte  nous  représente 
Vercingétorix  vaincu  en  présence  de  César  vainqueur  est  un  arrangement 
du  passage  d'Amédée  Thierr}-  où  ce  dramatique  événement  est  raconté,  et 
ii  offre  une  lacune  qui  se  trouve  déjà  chez  Amédée  Thierry. 

«  César  était  assis  sur  son  tribunal,  entouré  de  ses  principaux  officiers. 
c<  Vercingétorix  fit  caracoler  son  cheval  devant  lui,  puis  il  mit  pied  à  terre, 
«  puis,  sans  mot  dire,  se  dépouillant  de  ces  armes,  désormais  inutiles, 
«  casque,  bouclier,  épée,  javelot,  il  les  jeta  aux  pieds  du  proconsul  tou- 
«  jours  gardant  le  même  silence  dans  une  hautaine  résignation  ».  MM.  de 
Caix  et  Lacroix  qui  ont  écrit  ces  lignes  n'ont  pas  lu  ce  que  dit  à  ce  sujet 
Dion  Cassius,  XL,  41  :  r.hwj  ôi  è;  ydvu,  twtc  /sXpi  -iizxi,  ioiî-.o  :  Vercin- 
gétorix (f  tombant  à  genoux,  demanda  grâce  les  mains  jointes  ».  Les  assis- 
tants furent  saisis  de  pitié,  mais  César  resta  inflexible,  ajoute  l'auteur  grec. 
Pourquoi  donner  à  Vercingétorix  en  face  de  César  victorieux  une  attitude 
«  hautaine  »  qu'un  témoignage  antique  rejette  et  que  rien  justifie?'. 

Les  cartes  et  les  gravures  ne  sont  pas  toutes  irréprochables.  Ainsi,  dans 
une  carte,  à  la  page  140,  les  Volcae,  ces  populations  celtiques  de  la  Ger- 
manie et  de  la  Gaule  méridionale  sont  transformées  en  Volsqties  \  cette  faute 
d'orthographe  est  commise  deux  fois.  A  la  page  164,  nous  trouvons  repré- 
senté le  combat  singulier  du  consul  Claudius  Marcellus  avec  le  Gaulois 
Viridomarus;  le  barbare  est  à  cheval  comme  le  Romain,  en  dépit  des  vers 
de  Properce  où  sont  mentionnées  les  roues  de  son  char. 

.    ...  fundere gaesa  rôtis ^. 

XIIL 

L'Église  celtique  indépendante  de  Rome  est  une  thèse  présentée  à  la  Faculté 
de  théologie  protestante  de  Paris  par  M.  Alfred  Lelièvre  le  21  juillet  der- 
nier. C'est  un  résumé  en  six  chapitres  des  points  sur  lesquels  la  discipline 
ecclésiastique  dans  l'église  d'Irlande  primitive  et  dans  celle  du  Pays  de 
Galles  différait  soit  de  la  discipline  romaine  contemporaine,  soit  de  la  disci- 
pline romaine  moderne.  Les  six  chapitres  ont  pour  objet  :  1°  la  célébration 


1 .  Le  passage  de  Dion  Cassius  que  nous  venons  de  citer  a  été  aussi  passé 
sous  silence  par  M.  Th.  Mommsen,  qui,  comme  MM.  de  Caix  et  Lacroix, 
s'est  borné  à  reproduire  le  récit  d'Amédée  Thierry,  voy.  Roeniische  Ges- 
chichte,  6^  édition,  t.  III,  p.  291. 

2.  Properce,  1.  V,  élégie  10,  vers  42. 


Chronique.  i  1 7 

de  la  Pàque;  2°  la  tonsure  ;  3"  l'ordination  des  évêques  ;  4°  le  mariage  des 
prêtres;  50  la  confession  publique  des  péchés;  6°  le  rituel  et  la  liturgie.  Le 
jeune  auteur  ne  paraît  pas  avoir  très  bien  saisi  la  question  du  mariage  des 
prêtres.  Jamais  l'église  catholique  n'a  interdit  l'ordination  des  hommes  ma- 
riés. La  question  qui  s'est  posée  a  été  de  savoir  si  l'homme  marié  et  ensuite 
entré  par  l'ordination  dans  un  ordre  majeur  pouvait  continuer  à  vivre  mari- 
talement avec  sa  femme;  sur  ce  point  la  solution  a  varié  et  varie  encore 
aujourd'hui,  puisque  les  prêtres  grecs  peuvent  garder  leurs  femmes,  et  les 
gardent  même  toujours.  Mais  ce  qui  a  été  toujours  interdit,  c'est  le  mariage 
après  l'ordination,  et  c'est  l'ordination  du  bigame,  c'est-à-dire  de  celui  qui, 
ayant  perdu  une  première  femme,  en  a  épousé  une  seconde.  Celui  qui  s'est 
marié  deux  fois,  ne  peut  devenir  prêtre  sans  dispense.  Sidoine  Apollinaire 
ayant  été  élevé  à  l'épiscopat,  quoique  marié  et  du  vivant  de  sa  femme,  la 
seule  qu'il  eût  épousée,  sa  femme  était  iixor  et  soror  ',  comme  il  le  lui 
écrit  lui-même,  Épistolae,  1.  IV,  17:  Licet  sis  tixor  hona,  soror  optinia  es. 

XIV. 

POPULAR  STUDIES  IN  MYTHOLOGY   RoMANCE  AND  FOLKLORE.  No   3.  OssUlll 

and  the  Ossianic  Literatiire.  Sous  ce  titre  M.  Alfred  Nutt  a  publié  une  bro  - 
chure  in- 12  de  61  pages,  où  il  résume  élégamment  ce  que  l'on  sait  de  la 
littérature  ossianique,  qu'il  divise  en  trois  périodes  :  1°  antérioire  au  moyen 
âge;  2°  du  moyen  âge;  3°  postérieure  au  moyen  âge.  Suivent  deux  appen- 
dices, l'un  chronologique,  l'autre  bibliographique,  puis  des  notes.  Dans  la 
dernière  le  sympathique  auteur  exprime  l'espoir  que  sa  publication  excitera 
des  jeunes  gens  studieux  à  rechercher  les  débris  inédits  de  la  littérature 
ossianique,  que  la  tradition  orale  a  conservés. 

XV. 

Dans  le  no  4  des  Popnlar  stiidies  in  Mythologie,  Uoniance  and  Folklore,  in- 12, 
40  pages,  librairie  David  Nutt,  M.  Jessie  L.  Wesson  résume  ce  que  l'on 
sait  de  la  légende  d'Arthur  et  de  son  histoire  depuis  le  vi^  jusqu'au  xiiie 
siècle  et  il  en  donne  une  bibliographie.  Le  titre  est  :  Kiug  Arthur  and  bis 
Knighls,  a  survey  of  Arthurian  Roniance. 

XVI. 

Le  général  Pothier  s'est  livré  pendant  plusieurs  années  à  l'exploration 
des  tumulus  du  plateau  de  Ger,  départements  des  Basses-Pyrénées  et  des 
Hautes-Pyrénées.  Il  les  divise  en  deux  catégories:  tumulus  à  inhumation, 

I.  Uxorein  Sidonius  dnxit  iinain  (116,  3)  Papianillain  Arvenmni  Avili,  iit 
diximus,  postea  Aiigusti  filiatn,  quae,  poslquani  maritus  episcopiis  jactiis  est, 
secundum  régulas  pro  sorore  cinn  co  vixit.  Préface  de  Tli.  Mommsen  aux 
œuvres  de  Sidoine  Apollinaire,  p.  XLix. 


I  |8  Chronicjuc. 

qui  remouteraient  à  la  période  néolithique,  et  tumulus  à  incinération,  où  se 
trouvent  des  objets  métalliques,  même  du  fer,  tandis  que  dans  la  première 
catégorie,  sauf  le  fragment  d'un  collier  d'or,  aucune  trace  de  métal  n'a  pu 
être  trouvée.  Parmi  les  débris  d'ossements  recueillis  dans  les  tumulus  à 
incinération,  y  en  a-t-il  de  gaulois?  C'est  une  question  à  laquelle  on  ne 
peut  répondre  avec  certitude  ni  par  une  négation,  ni  par  une  affirmation. 
La  publication  du  général  Pothier  est  un  volume  in-4°  de  172  pages,  orné 
de  42  figures  et  de  deux  cartes.  Elle  a  été  éditée  par  le  libraire  Champion 
sous  ce  titre:  Les  Tumulus  du  plateau  de  Ger. 

XVII. 

Dans  les  Otia  Merseiana,  publication  de  la  Faculté  des  Arts  au  Collège 
de  l'Université  à  Liverpool,  M.  Kuno  Meyer  a  donné  le  texte  irlandais  et  la 
traduction  anglaise  du  fragment  de  la  vision  de  Laisrén  conservé  par  le  ms. 
B.  512  de  la  Bibliothèque  Bodléienne  d'Oxford,  xv^  siècle.  Ce  texte  date- 
rait suivant  lui  du  ix=  ou  du  x=  siècle.  C'est  le  récit  d'une  promenade  en 
enfer,  malheureusement  le  commencement  seul  du  récit  existe  ;  la  suite 
manque.  M.  Kuno  Meyer  a  placé  à  la  suite  la  plainte  en  vers  d'une  vieille 
courtisane  qui  cherche  à  se  consoler  des  privations  présentes  par  le  souvenir 
des  plaisirs  passés  :  il  date  ce  poème  du  xi«  siècle,  et  il  l'a  tiré  du  ms. 
H.  3.  18  du  Collège  de  la  Trinité  de  Dubhn,  xvi<:-xviie  siècle. 

XVIII. 

Je  terminerai  par  les  deux  ouvrages  par  lesquels  j'aurais  dû  commencer, 
mais  c'est  le  hasard  qui  sur  ma  table  a  rangé  les  piles  de  livres.  Quand,  il  y  a 
près  de  cinquante  ans  paraissait  le  Dictionnaire  raisonné  de  V  architecture  fran- 
çaise, par  Viollet-le-Duc,  j'ai  entendu  dire  que  cet  ouvrage  savant,  orné  de 
beaux  dessins,  mais  confus,  c'était  le  hasard  par  ordre  alphabétique.  Mes 
chroniques  a  moi,  c'est  le  hasard  sans  ordre  alphabétique  et  voilà  pourquoi 
ici  arrive  au  XYiii^  rang  le  troisième  volume  de  la  monumentale  histoire  de 
Bretagne  que  nous  devons  à  M.  A.  Le  Moyne  de  la  Borderie,  iv-622  pages 
grand  in-80.  L'avertissement  placé  en  tête  de  ce  volume  en  fait  connaître 
clairement  le  contenu  :  «  Il  embrasse  près  de  quatre  siècles  de  l'histoire  de 
«  Bretagne,  de  995  à  1364,  et  cet  espace  contient  presque  en  entier  deux 
«  époques  de  cette  histoire:  la  quatrième  époque,  remplie  par  les  dynasties 
«  ducales  d'origine  bretonne,  maisons  de  Rennes,  de  Cornouaille  et  de 
«  Penthièvre  (99)-i2i3);  la  cinquième  époque,  tout  entière  occupée  parla 
«  dynastie  ducale  de  Dreux,  d'origine  française  (12 13-1364).  »  Personne 
ne  peut  contester  la  compétence  de  M.  de  la  Borderie,  soit  comme  paléo- 
graphe, soit  comme  diplomatiste;  de  plus  il  sait  écrire  en  français  avec  un 
talent  que  n'ont  'pas  tous  les  paléographes  et  tous  les  diplomatistes.  Nous 
lui  avons  reproché  d'avoir  montré  dans  ses  deux  premiers  volumes  une 
confiance  exagérée  dans  les  légendes  hagiographiques.  Ici  cette  critique  n'a 
plus  d'objet  et  nous  n'avons  pas  de  réserve  à  faire  à  nos  éloges. 


chronique .  119 


XIX, 

Nous  venons  de  recevoir  la  douzième  livraison  de  VAltccllischer  Sprach- 
scbat:(  de  M.  Holder.  Il  contient  les  colonnes  769-1024  du  tome  II,  com- 
mençant au  milieu  de  l'article  Norici  et  se  terminant  au  milieu  de  l'article 
Poeninus.  Il  est  inutile  de  répéter  ici  tout  le  bien  que  nous  pensons  et  que 
nous  avons  déjà  dit  de  cette  im.portante  publication,  et  de  l'utilité  qu'elle 
offrira  pour  l'histoire  générale  et  locale,  pour  la  géographie  historique,  sans 
parler  des  nombreux  matériaux  qu'elle  met  à  la. disposition  des  linguistes. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


XX. 

Il  a  été  question  dans  cette  Revue,  t.  XVIII,  p.  342,  du  précieux  témoi- 
gnage de  V Iskndîngabôk  sur  la  présence  de  moines  irlandais  en  Islande  dés 
le  vin>=  siècle.  U Islcndingahôh  est  aujourd'hui  devenue  accessible  aux  lec- 
teurs français  grâce  à  la  traduction  que  vient  d'en  publier  M.  Félix  Wagner, 
professeur  au  Collège  communal  de  Bouillon  (passé  depuis  à  l'Ecole 
moyenne  de  Virton').  Cette  traduction  est  accompagnée  d'un  commentaire 
abondant, — d'ailleurs  fort  nécessaire  :  M.  W.  ne  pouvait,  en  un  pareil  sujet, 
viser  à  être  bien  original,  mais  l'ensemble,  malgré  quelques  taches,  forme 
un  très  honorable  travail  de  débutant.  Il  est  à  souhaiter  que  M.  W.  con- 
tinue dans  cette  voie  :  il  ne  peut  qu'y  être  encouragé  par  le  bruit  que  son 
modeste  et  méritoire  travail  a  fait  en  Belgique,  où  il  a  été  l'objet  de 
polémiques  passionnées  2. 

XXI. 

M.  S.  Muller  Hzn.  a  fait  tirer  à  part  des  VerhandeUngen  der  Koninklijke 
Akademie  van  Weteiischappen  d'Amsterdam  (Afdeeling  Letterkunde,  nieuwe 
reeks,  Deel  II,  n"  i)  un  travail  étendu  sur  les  cités  de  Gaule  (^De  civitates 
van  Gallië),  où  il  complète  et  rectifie  les  résultats  de  Guérard  et  de  Desjar- 
dins, mais  sans  qu'on  voie  bien  quel  parti  il  a  tiré  exactement  des  travaux 
de  détail  plus  récents.  Il  est  impossible  d'analyser  un  pareil  travail,  que 
l'auteur  résume  lui-même  en  un  tableau  de  sept  pages,  à  la  fin  de- sa  bro- 
chure, et  en  deux  cartes,  Galliaepost  morteni  Augusti,  et  Notitia  GalUartan; 
nous  nous  bornons  à  en  recommander  la  lecture  à  tous  ceux  qui  s'intéres- 
sent à  la  géographie  de  la  Gaule. 

1 .  Le  livre  des  Islandais  du  prêtre  Art  le  Savant  (Bibliothèque  de  la  Fa- 
culté de  philosophie  et  lettres  de  l'Université  de  Liège,  fascicule  IV). 
Bruxelles,  1898  ;  1  vol.  in-S". 

2.  Les  brochures  publiées  pour  ou  contre  M.  W,  forment  déjà  au  total 
trois  ou  quatre  fois  l'étendue  du  livre  d'Ari. 


120  Chronique. 


XXII. 

Dans  sa  tlièse  (Quid  ad  fabulas  herotcas  Gervianontiii  Hiberiii  conliilerint, 
Tours,  1897),  M.  Charles  Andler  s'attaque  à  quelques-uns  des  problèmes 
les  plus  délicats  de  la  littérature  comparée.  Il  étudie  successivement  la  lé- 
gende de  Weland,  celle  des  Nibelungen,  celle  de  Waltharius,  et,  y  appli- 
quant les  mêmes  méthodes  critiques  que  M.  Sophus  Bugge  a  appliquées  à 
l'Edda,  il  propose  de  voir  dans  ces  cycles  héroïques  de  simples  transfor- 
mations de  légendes  irlandaises. 

Nous  devons  rendre  tout  d'abord  hommage  au  talent  de  l'auteur  ;  son 
exposition  est  un  modèle  de  clarté  et  de  logique.  Mais  les  questions  qu'il 
aborde  dans  son  livre  sont  de  celles  que  de  telles  qualités  ne  suffisent  peut- 
être  pas  à  résoudre  :  il  expose  brillamment  une  thèse,  en  l'appuvant  de 
nombreux  et  intéressants  arguments  de  détail,  mais  en  laissant  dans  l'ombre 
trop  de  circonstances  dont  il  eût  été  nécessaire  de  tenir  compte.  Et  parmi 
les  coïncidences  curieuses  qu'il  signale  entre  les  légendes  irlandaises  et  ger- 
maniques, beaucoup  sont  dénuées  en  elles-mêmes  de  vraisemblance  et  ne 
devraient  être  indiquées  qu'accessoirement,  et  comme  susceptibles  d'être  in- 
voquées à  titre  surérogatoire,  une  fois  sa  thèse  établie  sur  des  fonde- 
ments plus  solides.  Sans  doute  Cnalaiid  a  pu  s'altérer  en  Veland  (et  encore 
ne  faudrait-il  pas  sembler  dire  que  cette  altération  est  phonétiquement  ré- 
gulière :  suhstittitis  soîito  more  litteris),  Dé  Daniian  a  pu  se  confondre  avec 
Daedalus,  Ot/xÀfa  'Izapi'a  avec  Egill,  Ailill  avec  Attila.  Si  l'identité  était 
plus  clairement  prouvée  par  ailleurs,  de  telles  confusions  ne  seraient  pas 
pour  arrêter,  mais  il  est  bien  hasardeux  d'en  faire  état,  si  peu  que  ce  soit, 
pour  établir  l'identité  des  mythes. 

Nous  souhaitons  que  M.  A.  reprenne  à  nouveau  une  question  qu'il  con- 
naît si  bien,  en  la  traitant  moins  sommairement  et  avec  une  méthode  un 
peu  différente.  D'ailleurs  les  faits  eux-mêmes  sont  différents  suivant  qu'il 
s'agit  du  Waltharius  ou  des  Nihehingen.  En  outre,  s'il  est  probable  à  priori 
que  la  culture  irlandaise  a  laissé  une  trace  profonde  sur  les  littératures  ger- 
maniques, on  ne  peut  supposer  que  les  Germains  n'aient  eu  avant  leur 
.contact  avec  les  Celtes,  ni  littérature,  ni  folk-lore:  et  c'est  pourtant  à  cette 
conclusion  que  conduirait  l'exagération  des  théories  récentes  sur  l'Edda. 

Nous  n'avons  pas  été  surpris  de  voir  que  M.  A.  citait,  sans  les  traduire, 
des  textes  norrois  et  irlandais  :  cela  s'explique  par  la  destination  de  son 
ouvrage,  thèse  présentée  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Paris,  où  les  juges 
compétents  à  la  fois  en  ces  deux  matières  ne  manquent  sans  doute  pas. 
Mais  si,  comme  nous  l'espérons,  il  reprend  en  sous-œuvre  son  travail,  que 
M.  A.  n'oublie  pas  qu'il  sera  surtout  lu  par  des  celtistes  peu  ou  point  ger- 
manistes, ou  par  des  germanistes  qui  ne  lisent  l'irlandais  qu'en  traduction  : 
les  uns  et  les  autres  suivront  plus  facilement  ses  raisonnements  s'ils  ont 
sous  les  yeux  la  traduction  de  tous  les  textes  cités. 

L.  Duv.\u. 


Chronique.  121 


POSTCRIPTUM. 

XXIII. 

On  annonce  que  la  Clareiidon  press  va  publier  un  ouvrage  de  M.  John 
Rhys  sur  le  Folk-Lorc  du  Pays  de  Galles.  On  v  trouvera  d'abord  un  re- 
cueil de  contes  de  fées  que  le  savant  auteur  a  publiés  dans  Y  Cyiiiiiiroilor  il 
y  a  environ  vingt  ans.  On  y  trouvera  aussi  les  mémoires  plus  récents  lus 
par  lui  à  la  Cyminrodonoii  Society  sur  la  chasse  de  T-wrch  Trivjth,  sur  les 
puits  sacrés  et  sur  les  légendes  de  cavernes  du  Pays  de  Galles.  Un  chapitre 
sera  consacré  au  folk-lore  de  l'île  de  Man. 

XXIV. 

Le  volume  intitulé  Musée  Cahet.  Inscriptions  antiques,  par  le  capitaine 
E.  Espérandieu^  tirage  à  part  des  Mémoires  de  l'Académie  de  Vaucluse,  ne 
contient  guère  que  des  monuments  publiés  dans  le  tome  XII  du  Corpus 
iiiscriptionum  latinarum.  Mais  l'auteur  a  renouvelé  ce  sujet  par  les  dessins 
dont  il  accompagne  les  monuments,  et  de  temps  en  temps  le  commentaire 
contient  des  critiques  des  lectures  et  des  doctrines  de  M.  Hirschfeld. 

XXV. 

La  société  des  gradués  de  l'Université  du  Pays  de  Galles  a  décidé  la  pu- 
blication de  textes  gallois.  Les  deux  premiers  volumes  doivent  contenir  le 
recueil  des  œuvres  de  Morgan  Llwyd,  ecclésiastique  puritain,  originaire 
de  Merioneth  dans  le  nord  du  pays  de  Galles.  Morgan  Llwyd  vivait  au 
xviie  siècle  :  pendant  la  guerre  civile  entre  le  Parlement  et  Charles  l' s  il 
paraît  avoir  été  chapelain  dans  l'armée  du  Parlement  et,  une  fois  la  paix 
rétablie,  il  devint  ministre  à  Wrexham,  comté  de  Denbigh  dans  la  partie 
septentrionale  du  Pays  de  Galles.  Le  tome  premier  a  paru,  mais  ne  nous 
est  point  encore  parvenu  ;  son  éditeur  est  M.  Thomas  E.  EUis,  mort  avant 
l'apparition  de  ce  volume. 

XXVI. 

La  librairie  Foniemoing  mettra  prochainement  en  vente  le  t.  IX  du  Cours 
de  littérature  celtique.  Ce  volume,  qui  a  pour  auteur  M.  J.  Loth,  doyen  de 
la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes,  traite  de  la  métrique  galloise. 

XXVII. 

MM.  K.  Brugmann,  A.  Leskien,  K.  Meyer,  W.  Foy,  F.  Sommer, 
L.  Chr.  Stern,  R.  Thurneysen,  E.  Windisch,  vont  offrir  une  Festschrijt  à 
notre  savant  collaborateur  M.  Whitley  Stokes,  qui,  sur  le  point  d'atteindre 
le  soixante-dixième  anniversaire  de  sa  naissance,  a  conservé  avec  la  jeunesse 
du  cœur  une  infatigable  activité  scientifique,  la  même,  plus  grande  même 
peut-être  aujourd'hui,  qu'il  y  a  quarante  ans  quand  il  a  commencé  à  faire 
paraître  la  première  de  ses  érudites  publications. 

H.  D'A.  ueJ. 


PÉRIODIQUES 


I. 

A  une  obligeante  communication  de  mon  savant  confrère  M.  Levasseur, 
membre  de  l'Institut,  professeur  au  Collège  de  France,  je  dois  l'intéressante 
note  qui  suit: 

«  Dans  le  54"=  volume  de  la  nouvelle  série  du  Rheixischex  Muséum  fur 
Philologie,  M.  Julius  Beloch,  professeur  à  l'Université  de  Rome,  a  donné 
un  article  sur  Die  Bevôlkening  Galliens  :{^iir  Zeil  Cacsars.  Auteur  de  Die  Beivl- 
kert/ng  d:r  grieschisch-rômischm  Welt,  M.  Beloch  est  un  des  savants  qui  ont  le 
plus  étudié  la  question  de  la  population  en  Gaule.  L'évaluation  de  la  popu- 
lation de  la  Gaule  à  l'époque  de  la  conquête  romaine  ne  peut  être  qu'une 
hypothèse  très  contestable  puisque  les  documents  précis  font  défaut.  Sur 
les  634,000  kilomètres  carrés  du  territoire  jusqu'au  Rhin,  M.  Beloch  propo- 
sait dans  son  ouvrage  10  millions  d'habitants;  M.  Levasseur,  dans  la  popu- 
lation française,  8  millions.  Dans  son  article  M.  Beloch  donne  comme 
maximum  très  douteux  9  millions  et  demi,  comme  minimun  4  millions, 
comme  moyenne  6  millions  trois  quarts.  » 

Un  certain  nombre  ''e  savants  s'imaginent  que  la  propriété  foncière  était 
à  cette  date  constituée  comme  aujourd'hui.  Se  sont-ils  demandé  ce  que 
vaudrait  la  propriété  foncière  dans  le  même  territoire  si  la  population  était 
réduite  au  cinquième  du  chiffre  actuel?  (cf.  ci-dessus,  p.  10b). 

IL 

Zeitschrift  FiiR  CELTISCHE  PHILOLOGIE,  herausgegebeu  vonKunoMeyer 
und  L.  Chr.  Stern,  t.  III,  première  livraison,  1899.  ^e  numéro  débute  par 
un  des  morceaux  les  plus  courts  et  en  même  temps  les  plus  intéressants  de 
la  littérature  épique  irlandaise,  Orgain  Dind  Rig,  «  la  destruction  de  Dind 
Rîg  ».  Les  événements  racontés  dans  ce  morceau  seraient,  suivant  les 
historiens  irlandais,  des  faits  historiques,  et  même  les  faits  historiques  les 
plus  anciens  dont  la  littérature  épique  irlandaise  nous  ait  conservé  le  sou- 
venir. Le  récit  dont  il  s'agit  se  termine  par  la  mort  de  Cobthach  le  Maigre 
de  Brégia,  fils  d'Ugaine  le  Grand,  Cobthach  côcl  Bng  mac  Ugaine  Môir.  Ti- 
gernach,  dont  la  chronologie  pour  ces  époques  reculées  manque  un  peu  de 
précision,  commence  par  considérer  la  mort  de  Cobthach  comme  un  événe- 


Paiodii]iics.  -125 

ment  contemporain  du  règne  de  Perdiccas  !<;'■,  roi  de  Macédoine,  69J-647, 
et  du  règne  de  Romulus,  753-715  (?)  '.  Plus  loin,  revenant  sur  cette  pre- 
mière assertion,  Tigernach  place  en  l'année  18  de  Ptolémée  I",  roi  d'Egypte, 
c'est-à-dire  vers  l'an  306  de  notre  ère,  le  règne  d'Echu  Buadach,  père 
d'Ugaine  qui  fut  lui-même  père  de  Cobthach,  licet,  ajoute-t  il,  praescripsi- 
mus  oliiii  Ugaiiie  iinperasse,  et,  dit-il,  pour  expliquer  cette  contradiction, 
oninia  monumeiita  Scottoruni  iisqiie  Ciiiibaed  incerta  eranl-.  Suivant  lui  Cim- 
baed  est  contemporain  d'Echu  Buadach  père  d'Ugaine  et  grand-père  de 
Cobthach.  La  dernière  des  deux  'dates  approximatives  ainsi  données  par 
Tigernach  s'accorde  à  peu  près  avec  la  date  indiquée  par  le  texte  que  publie 
M.  Whitley  Stolies,  c'est-à-dire  par  le  Livre  de  Leinster  ;  la  mort  de  Cob- 
thach le  Maigre  serait  arrivée  300  ans  avant  la  naissance  de  Jésus-Christ. 
La  chronique  intitulée  Flaithiitsa  hEretid  (Livre  de  Leinster,  p.  22,  col.  1, 
1.  49-col.  2,  1.  2)  met  la  mort  de  Cobthach  le  Maigre  en  l'année  308 
avant  J.-C. 

Un  des  plus  anciens  textes  où  nous  trouvions  mentionnée  la  triste  fin  de 
Cobthach  le  Maigre  est  le  poème  de  Cilla  Coemain,  hEriii  ard,  iiiis  na  rig, 
où  on  lit  que  ce  personnage  régna  10  ans  «  jusqu'à  ce  que  le  feu  le  brûlât 
«  dans  la  maison  en  buvant  au  festin  chez  Labraid  w. 

Co  roloisc  tene  isin  tig,  ic  61  na  flede  ic  Labraid  3. 

Cobthach  avait  fait  périr  traîtreusement  Loegaire  son  frère,  et  le  fils  de 
son  frère,  Ailill  Aine.  Labraid,  fils  d'Ailill  Aine,  et  par  conséquent  petit- 
neveu  de  Cobthach,  vengea  ce  double  crime  en  brûlant  Cobthach  tout  vif 
dans  une  salle  de  festin  construite  en  fer  4  et  où  il  l'avait  enfermé  avec  trente 
autres  rois  invités  en  même  temps.  Dans  cette  salle  se  trouvait  la  propre 
mère  de  Labraid  ;  avant  de  mettre  le  feu,  son  fils  hésitait  :  «  Ne  t'inquiète 
pas  de  moi  »,  lui  cria  sa  mère,  «  rappelle-toi  que  tu  as  ton  honneur  à 
venger!  »  Et  elle  mourut  avec  Cobthach  et  les  trente  rois. 

Suivent  une  liste  d'anciens  auteurs  irlandais,  la  plupart  imaginaires,  pu- 
bliée par  M.  Whitley  Stokes  d'après  le  Livre  de  Ballymote;  puis  des  mé- 
langes extraits  de  trois  manuscrits  irlandais,  Raiclinson  B  502,  512,  Luiid 
610,  d'Oxford,  par  M.  Kuno  Meyer  :  la  plupart  de  ces  extraits  appartiennent 
à  la  littérature  ecclésiastique  ;  citons  cependant  trois  poèmes,  le  premier  sur 


1.  Voir  l'édition  de  M.  Whitley  Stokes,  Revue  Celtique,  t.  XVI,  p.  578. 
Cf.  Chronique  de  saint  Jérôme,  chez  Migne,  Patrologia  latiua,  t.  XXVll, 
col.  373. 

2.  Wh.  Stokes.  Revue  celtique,  t.  XVI,  p.  394. 

5.  Livre  de  Leinster,  p.  128,  col.  2,  1.  33.  Cf.  Livre  de  Ballyuiote,  p.  47, 
col.  I,  1.  40-42. 

4.  Cette  idée  d'ennemis  enfermés  dans  une  maison  de  fer  où  on  les  brûle 
reparaît  dans  le  Mesca  Ulad,  édition  Hennessy,  p.  44,  45,  et  dans  le  Mabi- 
iiogi  àt  Branwen,  traduction  de  M.  Loth,  Cours  de  littérature  celtique,  t.  III, 
p.  76-78;  éd.  de  Charlotte  Guest,  t.  III,  p.  88  et  suiv.,  ni  et  suiv.;  éd.- 
de  J.  Rhys  et  G.  Hvans,  p.  31  et  suiv. 


1 24  Périodiques. 

Tûan  mac  Cairill,  le  second  sur  le  cochon  de  Mac  Dathô,  le  troisième  sur 
Ciirôi  mac  Dâri. 

La  mort  de  Cùrôi,  tué  par  Cûchulainn,  Aided  Conroi,  est  le  sujet  d'un 
poème  que  publie  ensuite  M.  Kuno  Meyer  sous  le  titre  de  Briniia  Percher tne, 
«  Vision  de  Ferchertne  ».  Ferchertne  était  le  poète  de  Cûrôi;  il  prévoit  et 
annonce  la  fin  tragique  de  son  maître.  Ce  poème  qui  paraît  dater  du  yfi  siècle 
est  tiré  du  Ms.  d'Oxford,  Laud  6io. 

M.  Thurneysen  étudie  l'âge  des  gloses  de  Wùrzburg.  Revenant  sur  une 
opinion  qu'il  a  exprimée  dans  la  Revue  celtique,  t.  VI,  p.  318,  il  croit 
aujourd'hui  que  la  prima  mantis  du  ms.  de  Wùrzburg  doit  être  contempo- 
raine du  texte  irlandais  copié  entre  763  et  790  dans  le  ms.  de  Cambrai  et 
qu'elle  semble  par  conséquent  dater  soit  de  la  seconde  moitié  du  vue  siècle, 
soit  du  commencement  du  viii^.  Q_uant  à  la  seconde  main,  elle  serait  du 
viiie  siècle  comme  le'ms.  de  Cambrai.  M.  Thurneysen  considère  aussi 
comme  contemporaines  du  texte  irlandais  copié  dans  le  ms.  de  Cambrai  et 
comme  datant  de  la  fin  du  vii^  siècle  les  gloses  irlandaises  sur  les  Buco- 
liques publiées  par  M.  Whitley  Stokes  dans  la  Zeitschrift  de  Kuhn,  t.  XXXIII, 
p.  62-80,  et  dans  la  Revue  celtique,  t.  XIV,  p.  226-235,  d'après  le  ms.  de 
Florence,  Laurentianus,  Plut.  XLV  cod.  14,  et  d'après  le  ms.  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  latin  7960,  un  des  deux  ms.  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut,  p.  III,  note  6.  Cet  article  est  le  développement  de  principes  posés  par 
M.  Thurneysen  dès  1897  dans  le  Grundriss  de  M.  Brugmann,  t.  I,  2e  édit., 
p.  188  et  199,  où  le  savant  professeur  de  Fribourg  traite  de  Ve  long  et  de 
l'olong  en  vieil  irlandais. 

Viennent  ensuite  deux  articles  aussi  exclusivement  grammaticaux,  l'un  de 
M.  Strachan  sur  quelques-unes  des  gloses  de  Wùrzburg  et  de  Saint-Gall, 
dont  il  discute  et  précise  le  sens,  l'autre  de  M.  Zimmer  sur  des  formations 
verbales  modernes  en  irlandais. 

M.  Nicholson  étudie  l'origine  de  la  collection  des  canons  irlandais.  Sui- 
vant lui,  elle  a  été  formée  dans  le  monastère  de  Hi,  Lj  vulgairement  lona, 
et  par  l'abbé  Adamnan  (cf.  ci-dessus,  p.  m).  Uexplicit  du  ms.  latin  12021 
de  la  Bibliothèque  nationale 

Hucusque  nuben  et  eu  .  cuiminiae  .  et  du  rinis 

doit  être  corrigé  ainsi  : 

Hucusque  Rubcn  et  Cû-cuimni  lae  et  Darinis, 

c'est-à-dire  que  le  Breton  Arbedoc,  qui  a  écrit  le  ms.  latin  12021,  copiait 
un  ms.  irlandais,  oeuvre  de  deux  scribes  connus  des  annalistes  irlandais, 
qui  mettent  la  mort  de  l'un,  Rubin,  en  724  ou  725,  celle  de  l'autre  Cû 
Cuimni  entre  742  et  747.  Suivant  M.  Nicholson  il  faut  supposer  :  un  original 
écrit  à  lona,  probablement  par  Adamnan,  mort  en  704  ;  une  copie  de  ce 
ms.  faite  à  lona  par  le  scribe  Ruben  ou  Rubin  ;  cette  copie,  transportée  à 
Darinis,  y  aurait  été  transcrite, par  Cû-cuimni,  et  la  copie  de  Cû-cuimni 
ou  une  copie  de  cette  copie  venue  sur  le  continent  y  aurait  été  recopiée  par 
le  breton  Arbedoc  au  lx-^  ou  au  x=  siècle. 


Périodiques.  125 

Le  même  M.  Nicholson  discute  la  valeur  du  ms.  de  Chartres  publié  dans 
la  Revue  celtique,  t.  XV,  p.  175-180  par  M.  l'abbé  Duchesne.  Suivant  lui, 
le  ms.  de  Chartres  contient  non  pas  Nennius,  mais  un  ouvrage  qui  serait  une 
des  sources  de  Nennius.  La  rédaction  ne  remonterait  pas  au  delà  de  l'année 
752,  mais  une  partie  des  matériaux  mis  en  œuvre  aurait  été  extraite  d'une 
vie  de  saint  Germain  d'Auxerre  écrite  par  un  filius  Urbagen,  qui  serait  pro- 
bablement identique  à  Paulinus,  archevêque  d'York,  62J-644. 

Dissertation  de  M.  W.-H.  Friedel  sur  neuf  vers  latins  qui  se  trouvent 
dans  deux  mss.  de  Nennius. 

Continuation  par  M.  Anwyl  de  son  mémoire  sur  les  quatre  branches  des 
Mabinogi.  Nous  avons  déjà  mentionné  ce  mémoire  dans  la  Revue  celtique, 
t.  XVIII,  p.  359  et  t.  XIX,  p.  89.  Les  premiers  articles  de  M.  Anwyl  ont 
paru  dans  la  Zeitschrift  fïir  celtische  Philologie,  t.  I,  p.  277-293,  t.  II,  p.  124- 

133- 

Les  deux  derniers  articles  de  fond  que  cette  livraison  contient  émanent 
de  M.  L.  Chr.  Stern.  Le  premier  traite  des  degrés  de  comparaison  en  gal- 
lois :  comparatif  proprement  dit,  superlatif  et  comparatif  d'égalité.  Le  se- 
cond est  une  étude  sur  les  visions  du  Bardd  civsc,  composition  d'EUisWynne, 
un  ecclésiastique  né  en  1671  et  mort  en  1734,  qui  fit  paraître  en  1703  l'ou- 
vrage étudié  par  M.  Stern,  dont  le  titre  en  gallois  est  Giuckdigactbeu  y  bardd 
cicsc.  On  ne  peut  guère  traduire  ce  titre  en  français  autrement  qne  par 
«  Visions  du  barde  endormi  j).  M.  Stern  préférerait  k  barde  dormeur  », 
Schlajbarde  au  lieu  de  eiii  geschlafener  barde  ou  Schlafender  barde. 

m. 

Archiv  fur  celtische  Lexikographie,  publié  par  MM.  Wli.  Stokes  et 
Kuno  Meyer,  t.  I,  2^  livraison. 

Collation  par  M.  Whitley  Stokes,  du  livre  de  Norris,  Ancienl  coniish 
drama,  Oxford,  1859,  avec  le  ms.  791  de  la  bibliothèque  bodiéienne  d'Ox- 
ford. 

Second  article  de  M.  Eugène  O.  Growney  sur  le  dialecte  irlandais  parlé 
dans  les  îles  d'Aran.  Le  premier  article  a  paru  dans  la  première  livraison 
de  y  Archiv,  voir  ci-dessus,  t.  XIX,  p.  78. 

Recueil,  par  M.  John  Lyons,  de  mots  irlandais  extraits  d'un  traité  du 
moyen  âge  sur  la  déclinaison  latine.  A  rapprocher  du  bel  ouvrage  de 
M.  \Vhitle_\-  Stokes  :  Irish  Glosses.  A  iiiediaeval  Tract  on  latin  Decknsion 
with  exemples  explained  in  Irish,  Dublin,  1860,  in-4. 

Recueil  alphabétique  par  M.  Anscombe  de  305  noms  d'homme  gallois 
tirés  des  généalogies  contenues  dans  le  ms.  Harléien,  no  3859. 

Cantiques  bretons  publiés  par  M.  Ernault  d'après  le  Doctrinal  ar  christenien 
imprimé  à  Morlaix  en  1628,  texte  et  traduction,  fe  partie. 

Corrections  au  comique  des  Spécimens  of  Cornish  provincial  dialect,  by 
uncle  Jan  Treenoodle.  L'auteur  de  ces  corrections  est  M.  J.  Loth. 

Note  de  M.  J.  Strachan  sur  le  vieil  irlandais  afrithi^i,  «  de  rechef,  de 
nouveau  ».  Ajrithissi  tiendrait  lieu  d'un  ^nm\x\i  ar-frithissi,  dont  le  sens 


1 26  Périodiques 

littéral  serait  «  notre  course  de  retour  ».  Fritbissi  est  l'accusatif  ou  le  datif 
d'un  substantif  féminin /n7/;-m5^,  composé  dont  le  second  terme  est  esse, 
«  trace,  vestige  ».  Ce  composé  exprime  l'acte  de  repasser  sur  les  .traces 
qu'on  a  laissées  sur  le  sol.  ^r  dans  ar-frilhissi  serait  le  pronom  possessif 
pluriel  de  la  première  personne.  Dans  doridissi,  même  sens,  nous  aurions 
le  pronom  possessif  singulier  de  la  deuxième  personne.  Peut-être  pourrait- 
on  supposer  que  dans  les  deux  cas  la  particule  initiale  serait  une  préposition. 

Le  morceau  le  plus  considérable  de  la  livraison  est  l'édition,  par 
M.  Whitley  Stokes,  du  glossaire  irlandais  attribué  à  O'Mulconry.  Cette 
édition  occupe  95  pages,  les  p.  232-324  de  la  livraison.  Le  glossaire  est  publié 
d'après  le  livre  jaune  de  Lecan,  col.  88-122,  qui  date  du  xrve  siècle;  la 
compilation  dont  il  s'agit  remonte  probablement  au  xiiie  ou  au  xive.  Le 
nombre  des  articles  est  de  874.  Cette  publication  est  un  complément  du 
Glossaire  de  Cormac  et  des  autres  publications  de  textes  lexicographiques 
faites  par  le  savant  auteur,  telles  que  le  glossaire  d'O'Davoren  et  le  Mediae- 
val  tract  on  latin  dedension  ivith  examples  cxplained  in  irish. 

La  livraison  se  termine  par  les  pages  35-80  des  Contributions  to  irish  Lexi- 
cography,  par  M.  Kuno  Mever.  Ce  fragment  commence  au  mot  ai  et  finit 
au  mot  ahnout.  Les  pages  1-5^  ont  paru  dans  la  livraison  précédente  (voir 
ci-dessus,  t.  XIX,  p.  78). 

5'-'  livraison.  Les  deux  premiers  articles  sont  dus  à  M.  Whitle)'  Stokes.  Le 
premier  comprend  trois  glossaires  médicaux  irlandais,  les  deux  premiers 
tiré?  du  ms.  H.  5,  15,  xyi^  siècle,  du  Trinity  Collège  de  Dublin;  le  troisième 
provient  d'un  ms.  appartenant  à  lord  Crawford.  Le  nombre  des  articles  est  de 
556.  Dans  le  second  article  M.  Wh.  Stokes  coUationne  la  seconde  édition 
du  glossaire  d'O'Clery  {Revue  celtique,  t.  IV,  p.  349-428,  et  t.  V,  p.  1-69) 
avec  l'édition  originale  qui  a  paru  à  Louvain  en  1645. 

M.  E.  Ernault  continue  son  édition  des  cantiques  bretons  du  Doctrinal 
dont  il  a  publié  les  premiers  dans  la  livraison  précédente. 

M.  Loth  étudie  :  i"  les  formes  hrodir,  broder  et  brodorion,  pluriel  du  gallois 
brau'd,  «  frère  »;  2°  le  gallois  bal,  qui  désigne  le  cheval  au  front  ou  à  la 
face  blanche.  Il  termine  par  des  notes  sur  les  mots  irlandais  abardal,  «  très 
noir,  très  obscur,  grande  obscurité  »,  alani,  «  troupeau  »  et  coscath, 
«  obscur  ». 

Un  second  article  du  même  auteur  est  un  recueil  d'additions  et  de  remar- 
ques au  dictionnaire  gallois  de  Silvan  Evans.  Ce  travail,  qui  a  71  pages, 
est  celui  qui  occupe  le  plus  de  place  dans  la  livraison. 

Une  note  de  M.  Strachan  traite  du  mot  irlandais  ail  (Windisch,  Irische 
texte,  t.  I,  p.  350,  351  ;  Ascoli,  Glossariuni  palacohibernicum,  p.  xxi;  Atkin- 
son,  The  passions  and  honiilies,  p.  527;  Whitley  Stokes,  On  the  Calendar  of 
Oengu<:,  p.  ccxii),  dont  le  sens  ordinaire  est  «  ce  qui  plait,  agréable  ».  Il 
expose  que  le  sens  primitif  de  ce  mot  doit  être  «  convenable,  à  propos  »,  et 
il  maintient  une  étymologie  déjà  proposée  par  lui,  qui  consiste  à  comparer 
ce  mot  avec  le  gothique  fagrs,  «  propre,  utile,  bon  »,  en  grec  cjÔ£to; 
(saint  Luc,  XIV,  ^5)  traduit  dans  la  Vulgate  par  utile,  dans  la  «  Revised 
version  »  par//.  Cf.  Brugmann,  Grundriss,  t.  I,  2'^  éd.,  p.  630. 


Périodiques.  127 

La  livraison  se  termine  par  dos  corrections  et  additions  de  M.  WI1. 
Stokes  à  son  édition  du  glossaire  d'O'Mulconry  (livraison  2  du  même  vo- 
lume), par  des  corrections  de  M.  Kuno  Meyer  à  son  édition  des  Macgni- 
viartha  Finit  (Revue  Celtique,  t.  V  ,p.  197-204),  par  des  additions  et  correc- 
tions de  M.  J.  Loth  à  ses  critiques  du  dictionnaire  gallois  de  Silvan  Evans, 
enfin  par  des  Contributions  to  irish  Lcxicography  de  M.  Kuno  Meyer, 
p.  81-112,  commençant  au  mot  almii  et  finissant  au  mot  arba\  ces  Contri- 
butions, dont  déjà  deux  parties,  pages  1-80,  avaient  paru  dans  les  livraisons 
I  et  2  de  VArchiv,  sont  un  travail  considérable,  appelé  à  rendre  de  grands 
services. 

IV. 

The  transactions  of  the  honourable  society  of  Cymmrodorion 
pour  l'année  1898-1899  contiennent  quatre  mémoires.  Le  premier,  par  le 
Rév.  S.  Baring  Gould,  traite  des  plus  anciennes  fortifications  du  Pays  de 
Galles.  Suivant  l'auteur  les  forteresses  construites  en  pierre  sans  mortier 
sont  l'œuvre  de  la  race  qui  a  précédé  les  Celtes  dans  les  îles  .Britanniques, 
quand  même  certaines  d'entre  elles  seraient  postérieures  à  la  conquête 
celtique. 

Le  second  mémoire,  par  M.  David  Brynmôr  Jones,  traite  de  l'état  social 
dans  le  Pavs  de  Galles  à  l'époque  la  plus  ancienne  à  laquelle  nous  puissions 
remonter,  c'est-à-dire  depuis  le  départ  des  légions  romaines  jusqu'à  la  con- 
quête normande.  Ce  travail  commence  par  l'observation  que  voici,  et  qui 
devrait  entrer  dans  la  cervelle  de  bien  des  savants  français  : 

«  Aucune  des  tribus  qui  habitait  la  Grande-Bretagne  n'a  jamais  pris  le 
«  nom  de  Cymrv.  Le  mot  «c  Cvmro  »  veut  dire  «  compatriote  »,  et  ne 
«  devint  en  usage  qu'après  le  départ  des  légions,  qui  laissèrent  l'île  se  dé- 
«  fendre  comme  elle  put.  II  semble  que  ce  mot  fut  employé  pour  désigner 
«  les  tribus  et  les  familles  celtiques  qui  reconnurent  Cunedda  comme  leur 
«  chef  après  qu'il  eût  conquis  le  nord  du  Pays  de  Galles  »  (cf.  ci-dessus, 
p.  115).  Le  travail  de  l'auteur  a  pour  base  principalement  les  trois  codes  qui 
forment  la  partie  la  plus  importante  des  Ancient  Laws  and  Customs  ofWales 
publiés  par  Aneurin  Owen  en  1841.  M.  Brynmor  se  sert  aussi  de  Giraldus 
Cambrensis,  Itinerariuni  Kambriae. 

Le  troisième  mémoire  est  une  étude  sur  Geoffre}'  de  Monmouth  par  le 
professeur  W.  Lewis  Jones.  Suivant  l'auteur,  VHistoria  Britonum  était  déjà 
rédigée  en  11 39,  mais  c'était  un  premier  jet,  et  l'édition  définitive  était  ter- 
minée avant  la  fin  de  l'année  1 147.  Quelle  en  a  été  la  source?  Est-ce  un 
livre  breton  aujourd'hui  perdu?  Est-ce  pour  une  partie  la  tradition  bretonne, 
et  pour  une  autre  partie  simplement  l'imagination  de  l'auteur?  La  seconde 
hvpothèse  est  certainement  vraie,  sans  qu'il  y  ait  certitude  absolue,  qu'on 
doive  complètement  exclure  la  première.  M.  Gaston  Paris  est  un  des  prin- 
cipaux écrivains  dont  l'auteur  cite  et  discute  le  témoignage. 

Le  volume  se  termine  par  une  étude  de  M.  Isaac  Foulkes  sur  les  impri- 
meurs, éditeurs  et  libraires  du  Pays  de  Galles. 


128  Périodiques. 


The  journal  of  the  royal  society  of  AxnauARiES  of  Ireland,  5e 
série,  tome  IX. 

2^  partie.  Des  mémoires,  tous  fort  intéressants  que  contient  cette  livraison, 
celui  qui  semble  le  plus  devoir  attirer  l'attention  des  archéologues  du  con- 
tinent est  l'exploration  archéologique  des  îles  occidentales  de  l'Ecosse,  qui 
occupe  près  de  moitié  du  fascicule,  et  qui  est  ornée  de  nombreux  dessins, 
parmi  lesquels  plusieurs  représentent  des  croix  monumentales,  les  unes  un 
peu  rustiques,  les  autres  très  ornées,  et  qui  sont  de  véritables  oeuvres  d'art. 
Quinze  pages  sont  consacrées  à  la  description  d'Iona,  mais  il  semble  bien 
qu'on  n'y  trouve  rien  aujourd  hui  qui  remonte  à  l'époque  de  la  fondation 
du  monastère. 

3e  partie.  Nous  signalerons  dans  ce  numéro  :  1°  un  mémoire  sur  l'abbaye 
de  Durrow;  l'auteur  y  reproduit  la  traduction  par  M.  \Vh.  Stokes  d'un 
poème  attribué  à  saint  Columba  et  conservé  dans  un  ms.  delà  bibliothèque 
bodléienne,  mais  il  ne  donne  pas  le  texte  de  ce  morceau  ;  2°  une  étude  du 
D""  George  U.  Macnamara  sur  les  croix  de  pierre  de  Ui  Fearmaic  en  Irlande 
dans  le  comté  de  Gare  ;  neuf  planches  insérées  dans  le  texte  illustrent  ce 
travail.  La  continuation  de  l'exploration  des  îles  occidentales  de  l'Ecosse 
occupe  une  grande  partie  de  cette  livraison,  et  dans  le  compte  rendu  on 
trouve  décrits  et  reproduits  par  la  gravure,  outre  beaucoup  de  monuments 
du  moven  âge,  des  monuments  préhistoriques  d'un  haut  intérêt.  On  voit 
aussi  racontée  dans  cette  livraison  la  découverte  d'une  inscription  ogamique; 
M.  J.  Rhys  a  étudié  cette  inscription,  qu'il  a  lue  maq.ui  cagileb[i]. 

4e  partie.  Monuments  préhistoriques  de  Burren,  en  Irlande,  comté  de 
Clare,  par  Thomas  J.  Westropp  :  —  Croix  monumentale  de  pierre  à  Moone, 
par  lord  Walter  Fitz  Gerald.  —  Mémoire  de  M.  John  Rhys  sur  les  ogams 
de  Drumloghan:  1°  manumagu  nogati  mocoi  macorbi  ;  2°  calunovica 

M.\Q.UI  MUCOI  LIT0S;30MAQUI  IXIs[SIONAS]  [MaJtTEAS  ;  4°  CUXALEGEA  MAQ.UI 
C...NA  LARCEDIAVE  Q.UECL\  ;   5°  BIGU  MAQ.UI;  6°  BIR-MAQUI  MUCOI  ROTTAIS  ; 

7°  M.\Q.ui  ne[ta-sego.mo\]as;  8°  den.\vec[a]  [m]ocoi  medali  ;  9°  [corr]- 
BRi;  10°  DEAGOS  MAQ.UI  MUCo[i]  TOTRAi.  —  Notcs  sur  un  craiiiiog Q\.  d'autres 
découvertes  dans  le  comté  de  Wexford  par  sir  Thomas  H.  Grattan  Esmonde. 
■ —  Mémoire  par  M.  Robert  Day  sur  des  ornements  d'or  trouvés  près  de 
Cloyne  dans  le  comté  de  Cork.  —  Note  sur  une  inscription  ogamique  trouvée 
à  Cairan  ;  M.  Rhys  lit  :  covagxi  maqui  mucoi  luguni. 


VIL 

Annales  de  Bretagne,  publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes, 
t.  XW,  no  4,  juillet  1899.  ^-  E^ile  Ernault  traite  de  l'épenthèse  des 
liquides  en  breton,  comme  dans  ersqina,  «  agacer  »,  du  vieux  français  «- 
qnigner.  —  Suite  des  chansons  de  la  collection  Penguern  publiées  par 
M.  Pierre  Leroux.  Les  morceaux  publiés  dans  cette  livraison  sont  au  nombre 


Périodiques.  1 29 

de  quatre:  «  Le  fils  ingrat  »,  «  Le  père  dénaturé  »,  «  Le  fils  libertin  », 
«  La  veuve  ».  —  M.  Loth,  sous  le  titre  de  «  Recherches  dialectales  bre- 
tonnes »,  nous  donne  un  échantillon  du  breton  de  Plogoff,  «  La  chan!^,ûn 
de  Jeanne  Normand  »,  Gwer^  Jaiick  an  Normand. 

Tome  XV,  n°  t,  nov.  1899.  Notes  d'étymologie  bretonne  par  M.  E.  Er- 
nault:  1°  Ach-amen,  expression  de  mépris;  c'est  un  mot  composé  dont  le 
premier  terme  est  l'interjection  ach  et  dont  le  second  terme  amen  est  emprunté 
à  la  langue  ecclésiastique.  —  2°  hein  gar,  «  le  devant,  littéralement  le  dos 
de  la  jambe,  par  opposition  à  kof  gar,  le  gras,  littéralement  le  ventre  de  la 
jambe.  —  3°  Ket,  «  pas,  rien  »,  particule  qui  renforce  la  négation,  est  un 
mot  breton  étranger  aux  autres  langues  celtiques.  —  4°  Khipen,  dans  la  for- 
mule consacrée  klupen-gar,  «  le  devant  de  la  jambe  »,  est  identique  à  khipcn, 
«  crête  de  coq  ».  C'est  une  variante  de  kribeti,  en  gallois  cribyn,  «  crête, 
arête,  sommet  »,  dérivé  de  crib,  «  peigne  »  et  aussi  «  crête  ».  —  Suite 
des  contes  irlandais  publiés  en  irlandais  par  M.  Dou^'las  Hyde  et  traduits  en 
français  par  M.  G.  Dottin.  «  Finn  mac  Cumhaill  et  la  femme  rouge  ».  — 
Chansons  bretonnes  de  la  collection  Penguern,  publiées  par  M.  Pierre  Le 
Roux  :  Quatre  malheurs  ;  Le  goëmon  de  Trebeurden  ;  Givers  de  Plestin  ; 
Gwers  du  gâteau. 

vm. 

BoLETiN  DE  LÀ  REAL  ACADEMIA  DE  LA  HiSTORiA,  t.  XXXVI,  première  li- 
vraison, janvier  1900.  Dans  un  article  du  marquis  de  Monsalud  sur  les  ins- 
criptions romaines  inédites  d'Estramadure  on  peut  remarquer  celle-ci  : 
Luhacnus  Tancini  J(ilius).  Apana  Leiiri  f(ilia)  h(ic)  s(ita)  e(sl).  S(it)  t(ibi) 
t(erra)  l(evis).  Tanciniis  f(acicndtim)  c(HravU).  Le  nom  d'homme  Leuros 
peut  être  identique  à  l'adjectif  irlandais  hiir,  leôr,  lôr  «  suffisant  ». 

IX. 

Archaeologia  Cambrensis,  5e  série,  t.  XVI,  no  65.  Notice  sur  la  forti- 
fication celtique  connue  sous  le  nom  de  Caynhani  camp.  C'est  une  enceinte 
en  terre  qui  a  680  yards  de  long  sur  140  de  large,  soit  621  mètres  sur  128. 
La  contenance  n'atteint  pas  neuf  acres.  Elle  est  d'environ  3  hectares  et 
demi. 

Mémoire  de  M.  R.  W.  Llewellyn  sur  les  antiquités  trouvées  à  Pen-y-fai, 
près  de  Bridgend.  Le  premier  monument  étudié  est  une  chambre  circulaire 
souterraine  précédée  d'un  couloir  et  qui  présente  une  certaine  analogie  avec 
des  monuments  préhistoriques  ;  mais  il  est  certain  que  cette  chambre  a  été 
habitée  au  xvii^  siècle,  serait-elle  de  cette  date?  Citons  encore  les  débris 
d'une  croix  monumentale  beaucoup  plus  ancienne.  —  Exploration  par  le 
colonel  W,-L.  Morgan  d'une  forteresse  antique  à  Bishopston,  Gower.  Sui- 
vant l'auteur  cette  forteresse  serait  postérieure  à  l'invasion  normande.  — 
Notice  sur  des  bijoux  de  l'époque  romaine  trouvés  à  Carregwynion  Rocks, 
Radnorshire  ;  ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  est  un  bracelet  dont  le  dessin  est 
donné  ;  ce  bracelet  paraît  de  travail  celtique. 

Revue  Celtique,  XXI.  9 


MO 


Périodiques. 


X. 

Zeitschrift  fur  vergleichende  Sprachforschung,  t.  XXXVI,  3"  li- 
livraison.  Études  celtiques  par  H.  Zimmer:  1°  le  breton  mar,  arvar 
«  doute  ».  en  comique  mar  ;  2°  l'irlandais  eneclann  «  prix  de  l'honneur  » 
littéralement  «  prix  du  visage  »  en  gallois  gwynchiverth,  en  v.  breton  enep- 
niterth;  30  comique  arlitit  «  seigneur  »,  gallois  arlwydd,  arghvydd;  4°  irlan- 
dais cirdiib  «  très  noir  »,  gallois /)»ri«;  5°  gallois  Sais,  au  pluriel  Seison 
«  anglais  »;  6°  irlandais  c.iin,  «  tribut  »,  gallois,  ceiniog,  employé  pour 
traduire  l'anglais /f^Hv,  cf.  irlandais  r/andt^,  «  menue  monnaie  »;  j°  vieil 
irlandais  bagim  «  je  combats  »,  bJg  «  bataille  »,  gallois  beio  «  blâmer,  cen- 
surer »,  bai  «  faute,  erreur,  vice,  crime  »;  8°  M.  Zimmer  conteste  l'exis- 
tence d'un  verbe  celtique  *skaiid;  suivant  lui,  le  verbe  est  *karto,  et  s  le 
débris  d'une  préposition  préfixe. 

4e  livraison.  Suite  des  études  celtiques  de  M.  Zimmer.  1°  Nominatif- 
accusatif  duel  des  thèmes  en  u-  en  vieil  irlandais.  Suivant  l'auteur  tri-giun 
«  par  la  bouche  »,  dans  le  ms.  de  Milan,  veut  dire  littéralement  «  par  les 
deux  mâchoires  yi,etgiun  tient  lieu  d'un  primitif  ^^^^Hf/,  nominatif-accusatif 
duel  ;  2°  le  vieil  irlandais  asbert  et  asrubart.  M.  Zimmer  contredisant 
M.  Thurneysen,  pense  qu'asbeii  «  il  a  dit  »  a  sens  d'aoriste,  et  asrubart 
sens  de  parfait  ou  même  de  plus-que-parfait,  «  il  avait  dit  ». 

XI. 

Mémoires  de  i.a  société  de  linguistique  de  Paris,  tome  XI,  4^  fasci- 
cule. Sous  ce  titre  «  De  l'imparfait  du  subjonctif  en  moyen-gallois  », 
M.  J.  Vendryès  étudie  dans  les  textes  moyen-gallois  un  temps  secondaire 
caractérisé  par  un  suffixe  dont  la  consonne  est  /;,  qui  souvent  disparaît, 
mais  après  avoir  assourdi  l'explosive  sonore  qui  précède.  Ex  :  geinghci,  «  il 
entrât  »,  de  geiiigio,  «  s'introduire  »;  cretei^  «  il  se  confiât  »,  de  credu 
«  croire  ».  Cet  /;  est  le  représentant  moderne  d'un  ancien  s  devenu  aussi  b 
en  vannetais,  mais /en  léonard  ;  ce  serait  le  subjonctif  de  l'aoriste  sigma- 
tique  indo-européen. 

XII. 

The  classical  review,  tome  XIII,  p.  522,  et  tome  XIV,  p.  51,  discus- 
sion entre  M.  F.  Haverfield  et  M.  Alfred  Gudeman  sur  la  question  de  savoir 
si  Agricola  a  fait  une  expédition  en  Irlande.  M.  Haverfield  croit  que  non, 
M.  Gudeman  prétend  que  si.  Le  texte  de  Tacite,  Agricola,  24,  me  paraît 
formel  dans  le  sens  négatif  et  donner  complètement  raison  à  M.  Haverfield. 

XIII. 

La  parole,  revue  internationale.  Les  articulations  irlandaises  étudiées 
à  l'aide  du  palais  artificiel,  par  M.  l'abbé  Roussclot.   L'auteur  explique  par 


Pcriodiijues.  1 5 1 

quels  mouvements  de  l'appareil  vocal  se  produisent  les  sons  si  variéb  de 
l'alphabet  irlandais.  Des  figures  nombreuses  font  comprendre  la  doctrine  de 
l'auteur. 

XIV. 

The  scottish  review,  t.  XXXIV,  n"  LXVIII,  octobre  189g.  Étude  par 
M.  W.  A.  Craigie  sur  la  ballade  ossianique  depuis  les  temps  les  plus  anciens 
jusqu'à  nos  jours,  tant  en  Irlande  qu'en  Ecosse.  Voici  la  conclusion  de  l'au- 
teur :  ceux  qui  de  nos  jours  font  des  recueils  de  ballades  ossianiques  rendent 
plus  de  services  que  James  Macpherson  avec  sa  réputation  européenne,  bien 
affaiblie  aujourd'hui,  mais  qui  cependant  n'est  pas  encore  inoffensive. 

XV. 

Revue  archéologiq.ue,  tome  XXXV,  juillet-août  1899.  Répertoire  épi- 
graphique  des  départements  de  l'Aisne  et  de  TOise  par  M.  Seymour  de 
Ricci.  Nous  y  signalerons  quelques  noms  de  potiers  intéressants,  bien  qu'ils 
aient  été  signalés  ailleurs,  comme  Divkatits,  Doveccits,  Andecanis,  Conii- 
niiis,  qu'on  trouve  dans  V AUceltischer  Sprachscbali  de  M.  Holder,  enfin 
Caïuiaciis,  qui  y  fait  défaut. 

Septembre-octobre,  même  année.  Zagreus,  le  serpent  cornu,  par  M.  Sa- 
lomon  Reinach.  La  légende  sacrée  de  la  naissance,  du  meurtre  et  de  la 
résurrection  de  Zagreus  fait  le  fond  de  l'orphisme,  dit  le  savant  auteur  : 
deux  serpents  divins  s'accouplent;  il  naît  un  œuf  divin,  de  cet  œuf  sort  un 
serpent  cornu,  qui  est  un  dieu.  Cet  œuf  de  serpent  serait  identique  à  Voviun 
anguinum  tenu  en  estime  par  les  druides,  Pline,  Histoire  nahirelle,  I.  XXIX, 
§  52,  et  le  serpent  cornu  dont  nous  venons  de  parler  se  retrouve  sur  les 
monuments  de  la  mythologie  celtique.  Le  mythe  de  Zagreus  est  d'origine 
thrace  ;  il  semble  y  avoir  entre  les  Thraces  et  les  Celtes  à  ce  point  de  vue 
une  incontestable  parenté.  On  sait  qu'au  deuxième  siècle  avant  J  -C,  il  y 
eut  en  Thrace  un  royaume  celtique  (L.  Kontzen,  Die  ÏFandentngeii  de)- 
Keheii,  p.  209-220;  Cary,  Hisioire  des  rois  de  Thrace,  p.  44-47). 

Novembre-décembre.  M.  Cagnat,  Revue  des  publications  e'pigrapbiques, 
n°  184,  signale  dans  Iq  Journal  of  hellenic  studies,  1899,  p.  82,  une  inscrip- 
tion grecque  trouvée  à  Yokarou  où  on  a  lu  le  nom  d'homme  ZMEPTQN; 
c'est  un  père  dont  les  enfants  s'appelaient  AOMNA  et  AAA.\.  Dans  les 
Noti:(ie  degli  scavi  di  antiquitâ,  1899,  p.  209,  il  relève  un  fragment  d  inscrip- 
tion de  Turin  DONNi  régis  ...  cotti.  De  qui  s'agit-il  ici?  N'est-ce  pas  du 
père  et  du  fils,  de  Marcus  Julius  Donnus,  et  de  Marcus  Julius  Cottius  qui 
vivaient  à  la  fin  du  premier  siècle  avant  J.-C.  et  dont  le  second  donna  son 
nom  aux  Alpes  Cottiennes?  Voyez  les  textes  réunis  sur  eux  par  M.  A.  Hol- 
der, ^//cf//w/:'('j- 5/'rrt<;/«6:/;af:;;,  t.  I.  col.  1144,  1507. 

XV. 

Preussische  J.\hrbucher  herausgegeben  von  Hans  Delbrûck,  t.  99,  li- 


1  ^  2  Périodiques. 

vraison  5.  Étude  sur  le  mouvement  celtique  contemporain  dans  la  Bretagne 
française,  par  M.  H.  Zimmer. 


XVII. 

Revue  ÉPiGRAPHiaf  e,  livraisons  de  juillet,  août,  septembre  1899,  et 
d'octobre,  novembre,  décembre  de  la  même  année.  Continuation  du  travail 
de  M.  Allmer  sur  les  dieuK  de  la  Gaule  celtique  :  Mercurius  Victor  Magnia- 
ciis  Veilaiiniis  ou  Vellaiinus,  Maires,  Mairoiiae,  Meiiniandittae,  Minmaiitiae, 
Mercurius  Moccus.  Suite  de  la  traduction  du  mémoire  de  M  Hirschfeld  sur 
les  Eduens  et  les  Arvernes. 

XVIII. 

Beilage  zur  Allge.meinem  Zeitlkg,  Munich,  18  et  19  décembre  1899. 
Étude  sur  le  rameau  celtique  des  langues  indo-européennes  :  Der  kelliscbe 
Sprachslaiiuii,  par  Ferdinand  Sommer.  L'auteur  n'a  pas  de  parti  pris  entre 
deux  hvpothèses,  l'une  que  par  l'effet  d'un  long  voisinage  les  Celtes  et  les 
Italiotes  se  seraient  fait  mutuellement  des  emprunts  à  une  date  très  an- 
cienne, l'autre  que  les  Celtes  et  les  Italiotes  seraient  deux  sections  d'un 
groupe  d'abord  unique.  Il  ne  paraît  pas  convaincu  que  le  changement  de 
la  gutturale  vélaire  sourde  q  en  p  ait  été  en  gaulois  une  loi  sans  exception  : 
petor-rituni  «  chariot  à  quatre  roues  »  en  est  pour  lui  le  seul  exemple  cer- 
tain. La  lettre/)  de  V Allceltischer  Sprachschat\  de  M.  Holder  n'a  pas  encore 
paru  ;  quand  elle  sera  publiée,  les  idées  de  M.  Sommer  se  modifieront  pro- 
bablement sur  ce  point.  Il  est  du  reste  instruit  et  judicieux.  Instruit,  par 
exemple  il  connaît  la  doctrine  de  M.  Thurneysen  sur  la  date  des  gloses  irlan- 
daises de  Wùrzburg,  qui  seraient  antérieures  au  ms.  de  Milan  (voir  ci- 
dessus,  p.  124).  Il  est  judicieux  dans  son  appréciation  de  la  littérature  irlan- 
daise :  si  Macpherson  a  fait  beaucoup  de  dupes,  M.  Sommer  croit  avec 
raison  que  la  riche  littérature  conservée  par  les  mss.  irlandais  récompensera 
largement  la  peine  de  ceux  qui  étudieront  ces  vieux  monuments  d'une  civi- 
lisation originale,  bien  mal  connue  par  nos  contemporains. 

H.  u'Arbois  DE  Jlbaiwille. 


THE   BODLEIAN   AMRA   CHOLUIMB   CHILLE 


Revue  Celtique,  loiiie  XX. 


CORRECTIONS    AND    ADDITIONS. 

P.     45,  last  line,  before  said  insert  had 
47,  1.     2,  before  ordered  insert  had 

I.  3  3,  for  cooked  rend  broiled 

49,  1.  7.  The  word  corr,  hère  and  in  pp.  41,  51,  rendered  by 
«  crâne  »,  probablv  mcans  «  héron  ».  The  jeu  de  mots 
in  p.  49  might  be  in  imitated  in  sanskrit,  baka-s  «  ardca 
nivea  »,  meaning  also  hypocrite,  deceiver. 

134.  1.  12,  ro  naisc  co  roloinm,  according  to  Prof.  Henebry,  means 
«  bound  this  tightly  »  —  adverbs  often  accommodatiiig 
themselves  to  the  meaning  of  the  verb.  Thus  rtig  se  go 
diibh  ar  a  sgôruach  «  he  caught  him  tightly.  Ht.  blacklv, 
by  the  throat.  » 

155,  1.     4,  ^i(i  As  some  one  says: 

136,  1.     5,  for  saeguî  sdr  seems  to  mean  «  on  the  world  »  (Henebry). 

138,  note  i,for  a  rend  A 

141,  1.  23,  for  as  he  was  straying  read  by  error 

142,  1.      3    from  bottom,  correct  tabar  Xo  tabair  (imperat.   sg.  2),  and 

translate  tabair  iiniuach  bv  «  bring  out  »,  (Henebr)'). 
144,  11.  14,  19,  24,  dek  [t],  [th],  [ath] 
14).  1.     2,  for  because  ...  Praise  read  for  adulation,  or  for  (his)  eagcr- 

ness  to  make  the  Praise  »,  (Henebry). 

II.  16,  19,  23,  28,  for  renarration,  redoubling,  renarrating,  rei'ol- 

ding  n'(/(/its  narration,  itsdoubling,  narrating  it,  folding. 
146,  1       I,  dele  [th] 

1.J7,  1.     I,  for  renarration  read  its  narration. 
150,  1.     3,  for  .iii.  read  .iii[ij. 
131,  last  line /or  example  read  dechned 
155,  1.      3,   «  ?Yfl(/ or  to  signify  that  what  is  an  idol  is  not  God.  »  Prof. 

Henebry  thinks  that  diajis  is  hère  équivalent  toKeating's 

diî  chur  i  océill. 


1 34  Corrections  diui  Additions. 

P.   156,  1.     3,  from  end;  0»/;/  |Ieg.  a  olcc] 
157,  1.     I,  for  from  read  at  (Hencbry). 

11.   10,  i},  for  behind  clouds  ri'ad  aftcr  clouds,  i.  e.  after  having 

passed  through  clouds  (Henebry). 
1.     5  from  bottom,  read:  iho  «  1  will  go  to  the  bad  in  the  palace.  » 
160,  note  9,  add  sceo  =  Cymr.   heihio,  bret.  hebiou  «  outre  »  (Victor 

Henry). 
165.  That  ccis  means  some  kind  of  lute  seems  clear  from  the  fact  that 

in  the  Brudeii  Da  Choga  it  is  thrice  accompanied  by  the 

epithet  a'HK/o//  «  hole-headed  ». 
169,  1.    18,  for  un  to  read  unto. 

1.  22,  read  i.  e.  Colomba  was  an  eminence,  i.  e.  such  was  his  de- 

light  Ifotni  cogn.  with  Germ.  woiitie?]  in  teaching  the 

Law.  With  ivpo  dia  foiin  cf.  ro  bôi  du  chensi  Duaid  «  such 

was  David's  clemency  »,  Ml.  55'' 4. 
171,  1 .     5 ,  hefore  it  insert  he  owned 
173.  Perhaps  «  laudations  »  is  hère  put  for  the  blessed  spirits,  as  in  the 

Divina  Commedia,  Par.  xix,   37:   quel  segno,   che  di 

lande  Délia  divina  grazia  era  conteste. 
175,  Uist  line,  read:  more  iiterally  :    a  restive  horse  runs  a\vay:  (he) 

under  whom  it  is  fell  and  broke  his  bones. 
179,  List  linc,  «  death  he  went  to  »,  more  literallv:  «  journey  (intecb) 

he  went.  » 
248,  1.     6,  dele  the  comma  after  larraid. 

1.     8,  dar,  darcenn  should  hère,  perhaps,  bc  translated  by  «  in 

return  for.  » 

I.  2  from  bottom,  t7;/oJ  for  rWo//;.'' The  meaning  perhaps  is  «  thou 

hidest  thine  hospitality  {cloth  .i.  enech,  Ir.  Texte,  III, 
290)  as  ivv  hides  a  wall  or  tree  ». 

251,  note  3 .  luchna  is  called  ri  Fer  Falgai  «  king  of  the  Men  of  Falga  » 

(the  Isle  of  Man  r),  in  YBL.,  p.  123''. 

252,  1.     6.  Prof.  Henebry  says  that /t,'//;(:rtt'i7;raeans  «  one  eye  asquint.  » 

«  The  first  Beresford  »,  he  also  says,  «  who  came  to 
Curraghmore  and  married  Caitlin  de  Poer,  Countess  of 
Tyrone,  had  a  son  who  later  was  called  the  Tigheartia 
Caoch,  because  one  of  his  eves  was  crooked.  » 
with  caecli  «  squinting  «  cf.  Skr.  lieliara-s. 
255,  1.     2,  for  coming  to  read  resorting  to. 

II.  7,  8,  i.  e.  «  He  would  as  lief  read  the  books  of  John  Cassian 

as  the  books  of  the  Law  »,  (Henebry). 
257,  11.  12,  13,  iS,  for  read  read  studied  (Henebry) 
261,  note  I,  1.  4, /or  in  read  is 
266,  1.     2  from  bottom:   hère   diiine  is  Middle-Irish  spelling  for  diiini 

(gen.  sg.),  Henebry.  Translate  therefore  thus  :  in  the 

place  where  he  used  to  perform  his  dévotion  he  used  not 

to  hcar  a  human  bcing's  cry. 


Corrections  and  Additions,  1 3  5 

267,  1.     I,  Cl/ter  81  iiisert  he  was  gtntle,  i.  e.  leiiis 

269,  1.     7,  for  diseases  rcail  labours 

1.   17,  for  K  we  trust  »  Prof.  Henebr\-  would  say  «  \ve  put  ourliope 

in  )). 
1.  24,  aftcr  i.  e.  inserl  i.  c.  Christ  will  give  liim  thc  reward  ofliis 
service.  Or 

271,  §  94,  for  (but)  net  of  idols  rend  notan  idolater.  That  t'dal  or  iiuhiJ 
(borrowed  from  Lat.  idîdiiin,  idôlinii,  pi.  iiidida  Ml.  42-'>  1 2) 
means  «  idolater  »  as  well  as  «  idol  »  is  clear  from  the 
gloss  iudalib  (gl.  superstitiosis)  Ml.  60^  i,  and  from 
thc  followingquotations  ;  tre  thuaith  nan-idal,  bîbdanas 
na  n-idal.  Rev.  Celt.,  XX,  278.  Maith  Molaisi,  ar 
Fursa,  cia  noemh  fil  isin  mhonaid  ?  Idhul  fil  ann,  or 
Molaisi  .i.  deman  cailligi  «  Well,  Molaisse,  d  quoth  Fursa, 
«  who  is  there  in  the  bog?  »  «  An  idolater  is  there  »,  savs 
Molaisse,  «  a  devil  of  a  nun.  »  Book  of  Lismore,  fo.  42'' 2. 
Is  omun  leamsa,  ol  se,  saethar  na  menmanradh  do  chai- 
thimh  fria  gnimradh  idhul  7  ainchreitmech  «  I  ani 
afraid  »,  says  he,  «  to  spend  mental  labour  on  the  decds 
ofidolatersandunbelievers  »,  Marco  Polo,  Celt.  Zeitschr., 
I,  246.  Impôidhid  na  hidhla  na  longa  cona  seola  a  n- 
agaidh  ghaeithi  la  a  ngeinntleacht  «  the  idolaters,  by 
their  magie  (lit.  heathenism)  turn  ships  under  sail  against 
the  wind.  »  ibid.,  I,  422.  In  the  Gaelic  Maundeville 
(ibid.,  II,  2,  14)  and  the  Irish  bible  (Matth.,  27,  29) 
idbal  means  «  Jew  ».  Iiihhal  (pi.  dat.  iiibalaib,  LB. 
280!^  40)  is  a  phonetic  corruption  of  ludbal. 

273,  note  5,  add  and  the  gloss  ar  in  tinvûegiui  .i.  sechis  ar  ind  forcetul 
(gl.  pro-mulgatione)  Ml.  ■]i^  18. 
note  8,  add  Conversely  we  find  allaich  for  allaid  and  faih'ch  for 
fiiiid. 

276,  note  6,  for  nalc  read  ndte 

277,  1.  II,  Perhaps  we  should  read  in  the  text  Kddi-  in  niacc,  and  then 

translate  :  Truly  he  is  the  son.  Compare  Wb.  2^1 1,24^^11. 
1.   15,  for  he  is  not  read  truly  he  is 
1.  18,  read  ...  seest  without  sin  did  not  ... 
279,  note  4,  1.  i,for  dl.  read  pi. 
281,  1.  21.  Columba  was  first  buried  in  Hi:  his  relies  were  afterwards 

translated  to  Saball  (Said)  in  the  Co.  Down,  and  then 

to  Downpatrick,  Hence  he   is  hère  said   to  hâve  been 

«  thriee  buried  ». 
406,  1.     2,     crocbi  for  croche,  gen.  oîcroch,  is  hère  used  in  a  figurative 

sensé  for  «  mortification  of  the  flesh  »,  «  self-denial  ». 

Fr.  Henebry  refers  to  Luke,  IX,  23. 
411,1.     9,  for  went  not  read  would  not  go. 
415,   1.   20,  for  for  read  oL 


1 5 6  Corrections  and  Addilions. 

P.  415,  1.  10,  Prof.  Henebry  takcs  foc  as  referring  to  the  saint,  not  the 
culogv,  and  would  render  thus  :  «  glorious  was  the 
course  inspired  unto  him  from  above  ». 

41  j,  note  5,1.  3,  before  future  insert  sigmatic 

421,  1.  21.  Roih  croi  may  perhaps  mean  «  Wheel  of  Death  »,  i.  e.  a 
circular  brooch  or  fîbula,  passing  on  the  death  of  its 
royal  owner  to  his  successor.  crô  a.  bas,  O'Cl. 

423,  1.  22,  Ro  dannaigsedar  «  they  muUiphed  »  (Henebry). 

424,  1.  23,  addls  amlaidh  sin  ro  hictha  na  tri  cesta  sin  ar  a  Xaimc  Co- 

htm  cille  anair. 

425,  1.   29,  for  read  rcad  studied 

427,  II.  7,  8.  A  punctum  delens  seems  under  the  0  of  aireochî^.f,  and 

«  a  a  cheill  »  is  a  misprint  for  «  7  a  cheill  ».  Rcadthere- 

fore  :  Ociis  ro  bean  in  clerech  rigi  de  7  airech;/.s'  air  7  a 

cheill,  etc. 
450,  11.  4,  5.  «  Armenia  »  is  probably  a  scribal  error  for  «  Armorica  ». 
433,  1.     2,  for  «  under  »  read  to  (Henebry). 

1.  23,  for  Moreà  read  Morca.. 
435)  1-     7)  fi''  'i^  killed  Cumâin,  son  of  Colm.in  read  Cumâin,  son  ol 

Colmân,  killed  him;  and  see  Reeves,  Cohimha,  p.  255, 

citing  Keating. 
436,  11.  7,  8,  for  to  be  etc.  read  that  their  résurrection  might  be  in  the 

sanie  place  (i.  e.  that  they  might  be  buried  together, 

Henebry). 

Whitlev  Stokes. 


Le  Propriétaire-Géraul  :  Veuve  E.  Bouillon, 


Chartres.  —  Imprimerie  Dukand,  rue  Fulbert. 


9 
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CALENDRIERdeCOLIGNYCAIN) 


Aise^é/a^e  d,s  Fragments  parMM.Dissard et fyir-andieu 
Complémenli par  M.  EspérandieLj  . 

S^Maixent,  Sefitemhre  1900 


Fac-slm/le  d'un  Fragment 


Teie  de  statue  c/écou\ferée  parmi 
les  fraç/fy^enéi  cJu  CaJendrier 


ÉTYMOLOGIES    VANNETAISES 


I.    ARI;    BA. 


Dans  une  liste  de  mots  recueillis  en  pays  vannetais  par 
M.  l'abbé  Buléon,  qui  m'a  fait  l'amitié  de  me  l'envoyer,  se 
trouve  cette  phrase  :  has  eurvuoh  ari  cr  stag,  conduire  une  vache 
par  la  corde,  en  laisse.  Ct.  en  an\  id.,  trccorois  hcli,  breton 
moyen  e  ry,  etc.,  Glossaire  iiioy.  bret.,  2"  éd.,  220. 

L'explication,  proposée  à  cet  endroit,  du  petit  tréc.  Dwùd 
helihini,  aller  à  qui  mieux  mieux,  par  *e  ry  peb-ini,  a  quelque 
appui  dans  ce  passage  du  même  manuscrit  Buléon  :  ind  ou  des 
ha  unaù,  ha  :^('w,  ils  en  ont  chacun  un,  chacun  deux,  où  ha 
est  pour  heh  a,  usité  en  Tréguier.  Sur  l'aphérèse,  on  peut  voir 
Gloss.,  324-327;  cf.  encore  en  léonais  rao  ■ii'ar-n-e:{haii  !  rao 
d'e:{lmn  !  «  honte  à  lui  !  (parlant  à  un  enfant)  »,  Nouvelles  con- 
versations, Saint-Brieuc,  1857,  p.  122,  de  ]}arao  (Mémoires  de 
la  Société  de  Linguistique,  XI,  92,  93),  d'où  araou~,  querelleur, 
Bleuniou-Brei:^,  182;  en  bas  Tréguier  araous  veut  dire  «  qui 
coupe  la  parole  »,  comme  me  l'a  appris  un  bon  connaisseur 
de  la  langue  actuelle,  M.  François  Vallée. 

La  réduction  de  * heli-pehini  à  helihini  serait,  d'ailleurs,  de 
môme  nature  que  le  traitement  du  français  capable,  en  petit 
Tréguier  :  kdh  dé,  capable  de,  à  côté  de  kâpabl,  habile,  qui  a 
de  la  capacité.  Le  P.  Grégoire  donne  capapl,  van.  id.  ;  le  Dic- 
tionnaire vannetais  de  l'A.  capabe  ;  on  lit  capabl  da,  Gregor 
Messala,  Landerneau,  1846,  p.  71,  etc. 

2.    BERLOBIEIX. 

Ce  mot,  traduit  «  déraisonner  »,  Buléon  vis,  a  été  mal  ex- 
Revue  Ctllicjue,  XXI.  10 


I  jS  E.  Ernault. 

pliqué,  Mém.  de  la  Soc.  de  Liti^.,  XI,  95  ;  une  meilleure  ét}'- 
mologie  en  est  donnée  ^4;/»^/^^  de  Bretagne,  XIV,  530,  531. 


3 .    BRE. 

Goleuen-bré^  chcindelle  de  résine,  Bul.  ins.  Ce  dernier  mot, 
signalé  par  M.  Loth  en  van.  de  Quiberon,  Revue  Celtique,  XVI, 
334,  vient  du  français  hrai. 


4.    DIGOUPEIX,    DIBOUKEIX;    DIBUSQUEIX  ;  POUFF  ;    FOÛl; 
DEOUIEIX;    DEFOUI. 

I.  Digoupein  est  traduit  «  arriver,  apparaître  brusquement  « 
dans  le  petit  index  dont  M.  Buléon  a  fait  suivre  son  Histoér 
santèJ,  Vannes,  1896.  Sa  liste  manuscrite  ajoute:  «  Dans  le 
haut  pays  on  dit  diboukein  ». 

Je  crois  que  ce  dernier  vient  du  franc,  déhouqiier,  et  est  de- 
venu digoiipein  par  métathèse.  Sur  ce  phénomène  phonétique 
en  breton,  voir  Gloss.,  456-458;  ^/z^/.Jf  T^rcf.,  XIV,  53 1-534  ; 
et  plus  loin,  n°  10. 

II.  Un  fliit  semblable  s'est  produit  hors  de  Vannes  dans  un 
synonyme  :  dibonffa  «  débucher,  ou  débusquer,  sortir  du  bois, 
d'un  lieu  qu'on  occupe  »;  «  s'esquiver,  s'enfuir  avec  légèreté  » 
P.  Grégoire  de  Rostrenen;  dihoitfa,  déboucher,  sortir  d'un  dé- 
filé, etc.,  débucher,  sortir  du  bois.  Le  Gonidec  ;  v.  a.,  trouver 
quelqu'un  que  l'on  cherche  depuis  longtemps;  v.  n.,  en  Cor- 
nouaille  s'esquiver,  débucher,  Troude;  v.  a.,  débucher,  dé- 
busquer, dénicher,  chasser  d'un  poste,  v.  n.,  sortir  d'un  trait 
et  subitement  (avec  exemple  de  Combeau),  notes  manuscrites 
de  G.  Milin  ;  débucher,  sortir  du  bois,  du  Rusquec.  Dans  la 
phrase  citée  par  Troude  comme  familière,  diboiifa  he  nei:(^  da 
euiin  dcn,  finir  par  découvrir  la  demeure  d'une  personne,  Milin 
ms  note  la  variante  difoiipa;  le  même  auteur  a  employé  ce  mot, 
MarvaiUou  grac'h-k\,  61:  he  skoiiani  a  lifoupa:^. . .  he  begih  er 
n2ea~,  un  petit  bout  de  l'oreille  de  l'âne  s'échappa  (de  la  peau 
du  lion). 

Difoupa  est  une  métathèse  de  diboiifa,  lui-même  composé 


Pjymolooies  rannctaiscs.  \  39 

d'une  interjection  poiif  qui  se  montre  dans  la  plirasc  vanne- 
taise  oeit  égiiitt'  eau  en  des  groeit  pouf  «  il  a  mis  la  clef  sous  la 
porte  »,  Mcin.  Soc.  Lini^.,  XI,  104.  Une  formation  voisine  est 
l'anglais  to  pop  in,  entrer  subitement,  de  pop,  crac  !  onoma- 
topée qui,  comme  nom,  désigne  un  bruit  soudain  et  aigu  (d'où 
popgiin,  canonnière).  Cf.  en  franc,  pouffer,  bouffer,  ancien- 
nement s'eshouffcr  à  rire,  s'chlnffer  de  rire  (Eveillé,  Glossaire 
saintongeais ,  139),  etc. 

III.  Une  autre  interjection  vannetaise  a  un  emploi  analogue 
à  celui  de  pouff'  :  ctsifoiïi,  fi!  dans  ...a  lare  e  vatineseu  d'er 
giilop,  d'cr  foi'ti,  (il)  était  un  grand  débrideur  de  matines,  Châ- 
lons  ins.,\.  débrideur.  Cette  locution  d\r  foi'ti,  à  la  hâte,  pré- 
cipitamment, a  peut-être  donné  lieu  au  composé  deouiein,  se 
dépêcher.  Chai.,  TA.,  deoui,  là.;  m.,  presse,  empressement, 
l'A.,  expliqué  autrement,  Gloss.,  154,  et  qui  serait  pour  * de- 
iioui-ein,  de*defouiein.  L'influence  française  a  dû  maintenir  1'/ 
dans  dcfouïen,  defouiale,  défier,  defoui,  id.,  et  s.  m.,  défi,  l'A.  ; 
le  changement  de  ce  son  en  u  consonne  a  lieu,  par  exemple, 
dans  diîtcnn,  défendre;  pour  sa  chute,  voir  Gloss.,  ^66. 

IV.  Cf.  encore  dijoual,  dichoual ,  en  van.,  selon  Troude, 
«  v.  n.,  crier  pour  chasser  les  poules  et  les  oiseaux  «;  Milin 
ms  a  cet  exemple  en  dialecte  de  Léon  :  «  dichoual  ar  brini  di- 
luar  an  ed,  renvoyer,  chasser  les  corbeaux  des  champs  de 
blé  »  ;  de  chou!  interjection  pour  chasser  les  poules  et  les  pou- 
lets en  Tréguier,  Goello  et  Cornouaille,  Rev.  Celf.,  IV,  148  ; 
chou  «  cri  ...  pour  chasser  les  poules  et  autres  oiseaux  »  [en 
Léon],  iMilin  nis;  «  chou,  v:  dicho  »,  Roussel  iiis,  sans  tra- 
duction (v  :  est  l'abréviation  de  vel,  ou  ;  il  n'}-  a  point  d'article 
dicljô);  dichou!  dichou  !  en  breton,  Sauvé  cité  par  xM.  Rolland, 
Faune  popuhiire  de  la  France,  VI,  27;  ancien  franc,  chou! 
chou  !  usité  en  divers  endroits,  messin  chô !  etc.,  ibid. 

V.  Des  verbes  de  son  et  de  sens  voisins  de  dibouhein,  di- 
goupein,  sont  : 

r°  en  van.  dibusquein  «  débuter  une  boule  »,  Châl.  ms,  du 
franc,  débusquer  ; 

2°  hors  de  Vannes  dibourcha,  déboucher  d'un  lieu  où  Ton 
était  caché,  en  sortir,  Troude,  Moal,  du  franc,  déboucher  ;  sur 
l'épenthèse  de  Vr  devant  ch,  voir  Aun.  de  Bref.,  Xl\\  524-5  26  ; 


140  E.  Ernaiill. 

3°  âifonrcqa  «  débucher,  ou  débusquer,  sortir  du  bois,  d'un 
lieu  qu'on  occupe  »,  Grég.,  difourka,  déboucher,  sortir  d'un 
défilé,  etc.  ;  débucher,  sortir  du  bois;  débouquer,  sortir  d"un 
détroit.  Le  Gon.;  v.  a.,  débusquer  (une  béte  sauvage),  Trd; 
débucher,  sortir  du  bois;  débouquer,  sortir  d'une  impasse,  du 
Rusquec  ;  probablement  d'un  descendant  roman  da  fuira  (cf. 
moy.  bret.  dijforch,  partir,  qucnt- ...  c-difcrcbiff,  avant  que  je 
quitte  la  place)  ; 

(3°  bis)  dibourka,  v.  n.,  déboucher  d'un  défilé,  Trd;  mais 
cette  forme  est  fausse  :  Troude  l'a  insérée  au  dictionnaire 
bret. -franc.  (1879)  parce  qu'il  la  lisait  dans  son  dict.  fr.-bret. 
(1869),  p.  241  ;  comme  là  il  l'a  fait  suivre  d'un  G,  abréviation 
de  Le  Gonidec,  et  que  Le  Gonidcc  ne  l'a  pas,  ce  ne  peut  être 
qu'une  erreur  pour  difourka  (et  non  pas  pour  dibourcha,  comme 
l'a  corrigée  Moal,  p.  44); 

4°  difoucha,  débusquer.  Suppléaient  aux  dict.  bretons,  Lan- 
derneau,  1872,  p.  80;  se  déblottir,  Moal,  doit  être  une  combi- 
naison de  difourka  avec  le  suivant; 

5"  di:{oucba,  débusquer,  SuppJ.  aux  dict.,  80,  se  déblottir; 
déboucher,  sortir  d'un  lieu  où  l'on  s'était  caché,  Moal,  di~ou- 
cha,  dijoucha,  se  montrer,  se  faire  voir,  après  s'être  caché  der- 
rière quelque  chose,  Gon.,  sortir  du  heu  où  l'on  s'était  tapi 
ou  blotti,  soit  en  jouant,  soit  autrement,  Trd,  disoucha,  pa- 
raître, se  montrer,  se  faire  voir  après  s'être  caché,  Roussel 
ms,  =^  disoucha,  éveiller,  P.  Maunoir  ;  de  soucha,  se  blottir,  se 
tapir,  dormir  légèrement,  Gr.,  dormir,  Maun.,  pet.  Trég. 
chouchah,  se  blottir;  cf.  choucficq,  chouchoucq,  (faire)  dodo,  Gr., 
van.  chouquein,  s'asseoir,  souf^  er  goug,  la  nuque  du  cou, 
Châl.,  etc.,  Gloss.,  104,  181; 

6"  mo}'.  bret.  discoa:;caff,  débusquer  (une  béte),  cf.  pet. 
tréc.  diskoach,  découvert,  qui  n'est  pas  caché,  'n  iin  diskoach,  se 
découvrir;  de  scoacha,  se  blottir,  Gr.,  tréc.  koachet  'n  bokoan^e, 
asse3'ez-vous,  etc.,  Gloss.,  176,  608. 


5.    HOL. 

Peira  e  bol  doh  ton  «   qu'est-ce  qu'il  a  ?   qu'est-ce  qui    le 


Êlymologics  raimetaiscs.  141 

prend  ?  »  Bul.  )iis,  se  dirait  en  petit  Tréguier:  pcra  c'hoar  cfan? 
Hol  répond  à  c'hoar,  proprement  «  il  arrive  »,  infinitif  moy. 
bret.  hoanioiil.  Pour  0  de  oa,  d.  horri,  se  débattre,  gronder, 
Ircii  aori-ger,  du  bien  en  abondance,  Bul.  dis,  de  hoari,  jeu; 
voir  Rt'v.  Celt.,  XIX,  199,  209,  etc. 

Le  changement  d'r  en  /  est  fréquent  en  breton  ;  nous  en 
avons  vu  un  exemple  plus  haut,  v.  ari.  Souvent  c'est  le  ré- 
sultat d'une  dissimilation  :  tréc.  prcspoUte,  prospérité,  etc., 
\o\rGloss.,  435,  451,  484,  572,  687,  692;  Rev.  Celt.,  XVI, 
190;  XIX,  201,  361;  explication  qui  peut  être  étendue  à  cer- 
tains cas  où  un  autre  /'  se  trouve  dans  un  mot  voisin  uni  par 
la  prononciation:  pet.  tréc.  niwâl-dii,  des  mûres,  léon.  inotiar, 
de  ar  iiiouar-dn,  les  mûres,  etc.  ;  de  même  ici  le  van.  Ijol  de 
petra  *  bor?  Dans  ce  fragment  populaire  à  Trévérec  : 

O!  lest  ail  ôr  diôl,  diôl, 
O  !  lest  an  or  diôl,  niar  plich  ; 
Evcl  iiian  'c'his  gaùt  dôr  an  osfis, 
O  !  lest  an  ôr  diôl,  inar  plich  ! 

«  oh  !  laissez  la  porte  ouverte,  ouverte,  oh  !  laissez  la  porte 
ouverte,  s'il  vous  plaît  ;  comme  c'est  l'habitude  pour  la  porte 
d'un  hôtelier;  oh  !  laissez  la  porte  ouverte,  s'il  vous  plaît  », 
c'est  sans  doute  la  syllabe  ôr  qui  a  fait  changer  exceptionnel- 
lement di(g)ôr  en  diôl . 

Les  rimes  de  r  et  /  sont  assez  communes  :  chétal,  doar, 
Choces,  Vannes,  1835,  p.  198;  fur,  ::^nl,  Gwer:^io!i  Brei:^-I:{el,  I, 
324,  328;  daol,  enor,  428,  skol,  dor,  434;  sellier,  mcl,  426,  432; 
bal,  douar,  424;  en  cm  four,  ar  c'hoiiinoul,  Ricou,  Fahlou,  "115. 
Dans  stourni,  V  c'houhn,  (le  nœud),  ibid.,  23,  l'auteur  a  pu 
s'appuyer  sur  la  prononciation  du  pet.  Trég.  slcounn,  noeud  (cf. 
kourni,  pigeon,  léon.  houlni).  Car  /  peut  devenir  aussi  r,  voir 
Étude  sur  le  dialecte  ...  de  Bat~,  13,  14;  pet.  Trég.  dar,  tiens, 
déret,  tenez  ;  cf.  a  four  =  franc,  en  foule,  rimant  avec  dour,  Ricou, 
114,  etc.  (souvent  par  dissimilation,  comme  dans  les  termi- 
naisons d'infinitif -cT,  et  van.  -ar,  Zeitschrifi  fiïrcelt .  Philologie, 
II,  514,  516,  cf.  de  beillar,  à  piller,  V'^  H.  Le  Gouvello,  La  lé- 
gende populaire  de  Kcriolet,  Vannes,  1888,  p.  8;  tréc.  gourinihel, 
la  Saint-MicliL-l,  de  gonel-,  Rev.  Celt.,  XVI,  226,  etc.). 


142  E.  Erninit. 


LETTAT. 


Le  van.  n'a  pas  gardé  seulement  le  moy.  bret.  lact  «  lai- 
dangie  »,  dans  cancin  Jet,  chanter  pouilles,  Châl.  )iis,  GIoss., 
348;  le  verbe  Ictiat  «  gronder,  insulter,  couvrir  d'injures  », 
Bul.  iiis  est  le  moy.  bret.  hictal,  vitupérer. 


7.    MISSI. 

Le  Dict.  de  l'A.  donne  missi,  m.,  surprise  ;  missl  brass  vehai 
guenein.  «  j'en  serois  fort  surpris  ».  Un  sens  un  peu  différent  se 
trouve  dans  cette  phrase  :  itr  missi  c  ma'n  de  dcit  kour:^  arhoal 
«  c'est  un  bonheur  qu'il  soit  arrivé  assez  tôt  »,  Bul.  vis. 

Je  crois  que  ce  mot  vient  de  * niiscbi  et  est  le  moy.  bret. 
mechif,  méchef,  malheur,  qui  aura  pris  l'acception  générale 
d'«  événement  inattendu  »,  même  heureux;  cf.  léon.  ciiiicbans 
(e  niichaùs),  michahs,  tréc.  uicchans,  sans  doute,  je  pense,  du 
moy.  bret.  medmncc,  méchanceté,  malheur. 

Pour  la  chute  de  Vf,  on  peut  comparer  sponti,  scoiiti,  peu- 
reux =  sconiihuë,  craintif,  l'A.  ;  senti,  obéissant,  saiilihuë,  sen- 
sible, l'A.,  Gloss.,  597,  623  ;  hoûiiti,  envieux,  désireux,  l'A.  ; 
pet.  tréc.  ~od-iuii,  fou  à  lier,  cornouaillais  id.,  Bombard 
Kenie,  104,  soi-naï,  Moal,  70  (et  sot-miik,  ibid.,  diot  naik, 
Troude),  franc,  naïf.  La  confusion  des  deux  suffixes  /  et  // 
se  m-ontre  en  franc,  dans  naie  et  naïve,  joli  ex  joli f  (bret.  moy. 
iolif,  Gloss.,  343,  345);  apprenti  et  -///,,  ententiiis  et  -/y  (B.  Des 
Périers,  éd.  Lacour,  II,  369). 

Quant  à  -ss-  de  -scb-,  cf.  pet.  tréc.  dainesdt,  apprivoiser,  du 
v.  franc,  doniescher,  voir  A nn.  de  Bret.,  XIV,  516. 


8.    MORISCLEU. 

Chàl.  nis  traduit  «  grimace  »  par  niorisele/i  dans  les  phrases 
«  qu'il  fait  une  laide  grimace!  »  echeiiehet  nwriscleu  ara  ean; 


/C/v.7)o/ol;(c5  luinnctjises.  145 

«  (hi  taussc  dévotion  n'est)  que  grimace  »,  iiciiuit  inoiisckii; 
«  fliire  la  grimace  à  (quelqu'un)  »,  obcr  morisclcii  d(c)  ;  cf. 
Loth,  Dict.  hrct. -franc,  de  Châlons,  103. 

Ceci  est  différent  de  l'argot  trécorois  de  La  Roche-Derrien, 
ûber  iiioris,  faire  le  foinéant,  travailler  mollement,  flâner,  qui 
vient  du  nom  propre  Maurice,  cf.  Quellien,  L'argot  des  no- 
mades, 45,  52;  Rev.  Celt.,  XV,  344,  355  ;  XVI,  217. 

Cependant  niorisclen  me  paraît  être  une  variante  de  *iiioriceii, 
mot  identique  au  lorrain  morilles,  mariges,  en  bonne  part  "  po- 
litesses »,  en  mauvaise  part  «  grimaces  et  façons  »,  iiionrrih, 
grimaces,  etc.,  que  M.  Horning  rapproche  du  franc,  morgue  (en 
Normandie  «  manières  affectées  »,  en  Flandre  «  grimaces  de 
dédain  »)  et  tire  de  *inoritia  par  changement  de  suffixe  pour 
*inorica,  dérivé  de  mores  (Zeitscbrift  fur  rouianische  Philologie, 

XXI,  457). 

Le  rapport  de  niorisclen  à  *moricen  est  le  même  qu'entre  le 
bret.  meliscr,  mélisse,  et  le  franc,  melice,  cf.  Aiui.  de  BrcL, 
XIV,  525. 

9.  pestueg;  beziù. 

Pestueg,  maladroit,  Bul.  ms,  est  composé  de  hiek,  adroit,  en 
tréc.  Trd,  mot  dérivé  de  ///,  côté;  cf.  tréc.  didu,  maladroit, 
Moal.  Le  préflxe  pes-  doit  répondre  au  roman  bes-,  latin  bis. 

Pour  le  changement  de  b  en  p,  cf.  dans  le  sous-dialecte 
vannetais  de  Batz  pela,  jusqu'à,  pokef,  bouquet  de  la  mariée 
{Elude,  13);  van.  poc,  bogue  (de  châtaigne),  grosse  enveloppe 
(de  noix),  Châl.  ms,  Zischr.  f.  celt.  Pbilol.,  I,  240;  potig  et 
boug,  (temps)  lourd,  étouffimt,  Bul.  ms,  de  boug,  mou  ;  voir 
Loth,  Vocabulaire  vieux-brelon,  v.  bocion.  Des  renforcements  de 
d  en  t,  à  l'initiale,  signalés  Gloss.,  680,  sont  dus  principalement 
à  l'analogie,  cf.  Mcm.  Soc.  Ling.,  X,  343.  L'A.  ne  donne  que 
coug,  m.,  cou;  il  résulte  de  ses  propres  exemples  que  la  forme 
radicale  est  goug.  Dansgorsou,  corsou,  montants  de  la  charrette, 
Rev.  Celt.,  XIX,  361,  362,  gor:;^,  f.  pi.  gorsou,  gorchou  «  ques- 
seu  »  Moal,  le  g  doit  être  antérieur,  bien  que  la  comparaison 
avec  le  gallois  gorsin,  montant  de  porte,  ne  soit  plus  soute- 
nable,  voir  An}},  de  Birt.,  XI\',  532. 


144  ^-  Ernaiilt. 

Be:^iù,  atterré,  sîupide,  d'où  be:{iùet,  ahuri  comme  un  homme 
qui  s'éveille  brusquement,  abruti,  Bul.  tns,  pourrait  venir  de 
bes-  avec  la  terminaison  -if(Gloss.,  597,  voir  n""  7),  mais  rap- 
pelle bien,  d'autre  part,  le  norm.  besin,  b\é,  à  moitié  ivre,  voir 
Mêm.  Soc.  liiig.,  ni,  387;  IV,  273,  274. 


10.    PRAUTAD. 

Pranlad  «  époque  »,  index  de  VHisl.  saut.,  «  une  durée,  une 
époque  :  er  pmhtad-hoht ,  en  ce  temps-là,  chomet  iir  praùlad  benag 
genemb,  demeurez  quelque  temps  avec  nous  »,  Bul.  vis,  me 
semble  être  une  métathèse  de  en  drcbad-hont ,  en  ce  temps-là,  en 
drebadma,  pendant,  dans  le  temps  que,  Gloss.,  215. 

Au  point  de  vue  phonétique  on  peut  comparer  surtout  le 
bret.  moy.  trabell  et  bratell  «  tartenelle  de  moulin  »  ;  voir  plus 
haut,  V.  digoiipein.  On  a  dû  partir  d'une  forme  comme  celle 
que  H.  de  la  Villemarqué  a  écrite  ehdra-badsc.  Le  sens  littéral 
de  cette  expression  est  «  tandis  que  cela  dure  ».  Le  change- 
ment plus  ou  moins  complet  de  catégorie  grammaticale  était 
tacilité  par  la  coupe  en-drebad-(sc),  constante  dans  les  textes  van- 
netais,  et  qui  suggère  l'analyse  «  dans  ce  temps-(là)  ». 

II.    SILEX,    CHILF.X. 

Ce  mot  est  donné,  avec  l'exemple  ar  hé  silen,  (poser  un 
livre,  une  brique)  «  sur  champ  »,  Bul.  nis.  Il  dérive  du  van. 
sciir  tranchant  (d'épée),  Chàl.  iiis,  cf.  ciUartt  «  pierre  posée 
...  debout  sur  son  tranchant  »,  mot  plus  commun  en  Tréguier 
qu'en  Vannes  selon  le  Dict.  de  l'A.,  voir  Rev.  Cdt.,  XI,  359. 
Ces  formes  silen,  chilen  témoignent  d'une  prononciation  cil, 
çilart,  sans  /  mouillée.  Cela  ne  détruit  pas  la  comparaison  de  l'ital. 
ciglione,  franc,  sillage,  etc.  Le  breton  peut  provenir  d'une  forme 
ayant  l,  comme  l'anglais  to  seel,  pencher  d'un  côté  ;  il  y  a  aussi 
des  exemples  de  /  venant  de  //;  :  dial.  de  Batz  chaleh,  sortir  = 
van.  saillein,  sauter,  l'A.  ;  chuleh  =:  fr.  souiller.  Cf.  bret. 
moy.  fol Icnn,  feuille  de  livre,  xan.  foleenti,  feuillet,  TA.,  mod. 
fehi-uior,  algue,  v.  fr.  feula  de  mer  (normand  fieiile,  feuille, 


Kijmologics  vannetaiscs.  14J 

Gloss.,  249)  à  côté  de  bret.  moy.  foillex,  feuillée,  etc.,  Gloss., 
241  ;  mod.  soleil,  sole,  et  van.  scillen,  621  ;  voir  aussi  198, 
et  Rcv.  CeU.,  XIV,  284,  285. 

12.    BLAOUAIl,    BLAOHH  ;    ANCOEHA. 

I.  M.  Buléon  traduit  bhtoch  «  merveilleusement,  énormé- 
ment »,  à  hi  suite  de  son  Hislocr  sahtél ;  il  l'emploie  p.  118: 
safar  c  oé  gelé  blaocb,  ils  disaient  beaucoup  de  bruit;  p.  35; 
tiid  ffalloudiis,  ha  blaoeh  ker  bras,  des  hommes  puissants,  et  ter- 
riblement grands  ;  cf.  blaoèhns,  (douleur)  terrible,  143.  L'A. 
donne  blaoïuib,  m.,  horreur;  adv.  terriblement;  blaouahuss, 
horrible  ;  blaouaheiii,  avoir  horreur,  etc.  Ces  mots  répondent 
au  gcill.  h ràwch,  m.  pi.  brawychion  et  hrewych,  m.  pi.  ait,  terreur, 
braïuychu,  effrayer,  /'mu')'r/;//5,  terrible  ;  cf.  Gloss.,  69;  Beitrà^e 
de  Bezzenberger,  XXIII,  50.  Ils  contiennent  un  suffixe  de  plus 
que  le  gall.  braw,  terreur;  terrible;  braïuu,  effrayer:  c'est  le 
même  que  dans  bradweb,  m.,  trahison,  bvadychit,  bredycbu, 
trahir,  bradychiis,  bredycbus,  perfide,  à  côté  de  brad,  bradu, 
bradus  ;  cbiuanniucb ,  convoitise,  chwennycbu,  cbwennycb,  con- 
voiter, fréquentatifs  de  cbiuani,  cbiuantu.  La  priorité  de  Viu  est 
admise  à  tort,  Rev.  Ce! t.,  VI,  390  :  cbiueniiycb  don  être  l'ancien 
nom,  comme  breiuych ;  cbwanniuch ,  bràwch  des  innovations 
d'après  l'analogie  de  tnucb,  trycbu,  et  bradycbu  un  compromis 
entre  bradiucb  et  bredxcbit.  Le  suffixe  est  *-/Vr-,  qui  paraît  venir 
de  *-i-sc-,  cf.  Loth,  Rev.  Celt.,  XV,  221.  Le  vocalisme  de 
blaïueb  =■  brezuycb  <^si  régulier,  cf.  bret.  moy.  et  mod.  cabesîr, 
licou,  baleguenn,  saule  =  gall.  cebystr,  belygen. 

II.  Le  même  élément  se  trouve  en  van.  dans  ancoéba,  oubli, 
ancoiieljonni ,  oubliance,  etc.,  Gloss.,  29,  ancouéat,  oublier, 
Châl.,  de  *  aii-colf-eeb-,  à  côté  de  ancoa,  oubli,  et  ancoat ,  ou- 
blier, Chàl.,  moy.  bret.  ancofna,  ancoffbat.  Le  moy.  bret. 
aiicoffiiecbat,  oubliance,  au  xv!!*^  siècle  anconech,  oubli,  il  oublie, 
a  la  même  origine;  pour  1';/^  cf.  ancojfne^,  oubli,  voir  Gloss., 
600,  520^  521.  Hors  de  Vannes,  Grég.  donne,  entre  .autres 
noms,  ahcounec'ha,  ancouncc'hamand;  ancounah,  anconnac'bacnn, 
aÙLOHUc'baiiuvid  (ce  dernier  peut  représenter  *aii-ioJf-eib-a-);  et 


146  E.  ErnaiiU. 

comme  verbe,  ancounechaat,  ahcoiuiec'hât  ;  Le  Gonidec,  ahkou- 
nac'h,  ahkounécb,  s.  m.;  ahkounac'haat,  ahkounéc'baat,  v.  a.  On 
peut  voir,  Rev.  Celt.,  XI,  108  et  suiv.,  combien  tout  ceci  dif- 
fère du  traitement  habituel  des  verbes  en  -abat  :  ainsi  ancoiina- 
cbaën,  oubliance  (xvii^  s.,  Gloss.,  29),  mais  giiéllabémi,  amélio- 
ration, Gr.,  giiellahen,  guéllaénn,  id.,  guérison,  l'A.,  etc. 

Il  y  a  lieu  de  modifier  en  conséquence  la  remarque  sur  brou- 
tac'b,  chaleur  étouffante,  Gloss.,  85.  Le  verbe  correspondant 
au  gall.  brytàii,  chauffer,  aurait  donné  comme  nom  *  brouta. 
Broiitac'b  peut  être  un  mélange  de  celui-ci  avec  *brouâcc'b  ;  cf. 
gall.  cbiuanlacb,  concupiscence,  à  côté  de  chiuania  et  cbivennycb, 
désirer  ? 

III.  Reste  à  parler  du  changement  breton  d'r  en  /  dans 
blaoeb.  Nous  avons  vu  (n°  5)  le  même  fait,  mais  dans  d'autres 
conditions.  Des  ctvmologies  celtiques  données  à  ce  propos, 
Études  grai}imaticales  sur  les  langues  celt.,  I,  23,  et  concernant  r 
en  contact  avec  une  consonne,  la  seule  qui  semble  prouvée  est 
celle  de  daelou,  larmes,  {daëlou,  daërou,  darou,  van.  darcu,  Gr., 
moy.  bret.  da:{}-ou  et  daî^lou^.  Parmi  les  faits  de  ce  genre  indi- 
qués dans  mon  Etude  sur  le  dialecte  ...  de  Bat-{,  13,  il  n'y  a  à 
mentionner  ici  que  eur  vlch,  une  femme,  à  Tressignaux.  On 
peut  ajouter  :  clei:^ni,  cicatrice,  P.  Maunoir,  Roussel,  uis,  D.  Le 
Pelletier,  clei~enn,  m.,  Gr.,  hki:ien,  f.,  Gon.,  du  Rusquec, 
klei:(euii,  f. ,  Troude,  du  moy.  brct.  crei:ienn  ;  léon.  cribenn  et 
clypenn,  devant  (de  la  jambe),  cribenn,  crête,  van.  kriben, 
kripen,  klipen,  pet.  tréc.  khipen,  cf.  Rev.  Celt.,  XXI,  129  ; 
darc'bo,  darcbao,dercbau,  dercbavi,  darcbavi,dalc'bavi,  frapper, 
Roussel,  ms;  pet.  tréc.  gwelc'b,  vierge,  adj. 

Le  bret.  blencbou,  sommets,  extrémités,  qui  a  été  identifié 
au  gall.  breiniau,  privilèges,  cf.  Gloss.,  70,  me  paraît  tenir 
plutôt  à  blaeiuiu,  blaenion,  extrémités,  qu'il  est,  d'ailleurs,  na- 
turel de  rapprocher  du  v.  gall.  bréui,  proue,  irl.  broine. 


13.    CHI150UT,    SIBOUDEX. 

I.  L'A.  donne  cbiboutt,  m.,  de  la  piquette;  boisson  de  marc; 
çlnbouft  connéll  ou  cbiboutt  pire-bili  boisson  de  cormes  ;  cbibon- 


f'.tymologus  rannctahes.  147 

âcnn,  f.  pi.  eu,  piquette;  cbiboiidcnu,  siboudêiin,  piscantinc.  En 
dehors  du  van.,  se  trouvent  les  formes  voisines  : 

chiboudik  «  interj.  Debout.  Levez-vous.  On  le  dit  plus  ordi- 
nairement ...  à  un  chien  auquel  on  veut  apprendre  à  se  tenir 
sur  ses  pattes  de  derrière  »,  Gon.  Troude  ne  cite  que  ce  dernier 
emploi  ;  Milin  iiis  ajoute  la  variante  siboiidik  ; 

obcr  chiboiidou  «  fliire  la  coquette  »,  en  Tréguier,  selon  Trd, 
Dict.  brct.-fr.,  87,  770.  Cette  indication  de  dialecte  est  erronée: 
on  attendrait  -0  iinal  ;  Moal  reproduit  l'expression,  sans  men- 
tion de  provenance;  Mil.  uis  porte  la  variante  siboialoii,  qui 
vient  certainement  du  Léon  ; 

hstcii  chibout  !  se  dit  familièrement^  en  Tréguier,  aux  petits 
enfiints  court-vètus,  qui  commencent  à  marcher.  Lostcn  veut 
dire  «  queue  de  chemise  ». 

II.  L'origine  de  tout  ceci  est  le  v.  franc,  sus  bout,  debout, 
resté  dans  l'Ille-et-Vilaine  {subou,  Ann.  de  Brct.,  XV,  388). 
Pour  le  traitement  de  la  syllabe  initiale,  cf.  tréc.  silaouret,  chi- 
laourct,  cornouaillais  sclaourci,  sulaourct,  doré  (van.  soul- 
alcurct,  surdoré),  v.  franc,  surorc,  scur-,  ser-,  sor-,  sour-,  etc., 
voir  GIoss.,  6}6,  637. 

Le  diminutif  siboudik,  chiboudik,  s'est  appliqué  spécialement 
à  l'ordre  donné  à  un  chien  de  «  Elire  le  beau  0  ;  le  plur.  chi- 
boudoa,  (faire)  des  grâces,  des  manières,  a  une  nuance  analogue. 

IIL  Quant  au  sens  van.  cfe  «  piquette  »,  je  suppose  qu'il 
est  venu  à  chibout  et  à  son  dérivé  chiboudeii  de  ce  que  cette 
boisson  se  fait  dans  une  futaille  placée  debout. 

Les  dérivations  bretonnes  d'adverbes  et  d'interjections  sont 
fréquentes,  voir  n"  4;  Mcui.  Soc.  liug.,  XI,  92,  93,  96-106. 
Cf.  encore  le  cornou.  jûiiic-cn,  piquette,  boisson  qui  ne  di- 
minue jamais  (janh\)  parce  que,  quand  on  la  tire  du  fût,  on 
a  soin  de  la  remplacer  par  une  égale  quantité  d'eau. 


14.    KALPEK,    KALPIREN. 

L  Kalpér  est  traduit  «  petites  poires  sauvages  »,  Bul.  }ns.  On 
trouve  par  ailleurs  en  van.  er  galpiren  goudask,  le  poirier  sau- 
vage, GIoss.,  252;  Bolcalpcr,  Kcrgalpcr,  Cal  périt,  Calpirit,  Cal- 


148  E.  Einault. 

péric,  noms  Je  localités  du  Morbihan  (Rosenzweig,  Dict.  topo- 
graphiqiic),  qu'on  peut  traduire  «  lieu  planté  de  poiriers 
sauvages  »  :  cf.  Botquesten,  Botquistin,  Oiiistinii,  Oiiistenic, 
Oiiistinic,  ibid.  =  châtaigneraie,  Gloss.,  558,  avec  le  diminutif 
Onistinidan. 

Kalpcr  contient  les  deux  premiers  éléments  de  calprus,  m., 
merisier,  prunus  avium,  Lin.  dans  l'Hérault  (Mistral),  com- 
posé de  perus  (languedocien),  pnis,  pnich  (dialecte  des  Alpes), 
poire  ronde,  poire  sauvage,  poire  d'angoisse,  poire  d'étran- 
guillon,  et  du  préfixe  péjoratif  cal-,  gai-,  gar-,  etc.,  cf.  Nigra, 
Archivio  glollologico,  XIV,  273,  274. 

II.  Le  nom  de  lieu  morbihannais  Galpcrouc  (forme  fran- 
cisée), en  161 1  le  Galperouct,  est  synonyme  de  Calpc'rit; 
cf.  Gloss.,  45,  234,  480.  On  attendrait  *G7/ptTt)//c/,  comme  le 
Oucrisouet  (xvi^  siècle,  Morbihan),  à  côté  du  nom  d'homme 
Onéri'it,  Gloss.,  550  {Kcrisoitet,  localités  actuelles  du  Morb.); 
mais  il  n'est  pas  nécessaire  de  rattacher  Galperouct  à  la  variante 
gai-  du  préfixe;  le  g  peut  tenir  à  la  mutation  initiale  des  mots 
féminins  après  l'article,  comme  dans  le  Gastéiiouct,  le  Gasteaouc 
(Morb.),  =  Qiiistinit,  cf.  Galve:;jt  =  Icilvid,  coudraie, 
Gloss.,  533. 

III.  Chàl.  DIS  traduit  «  poire  sauvage,  poire  de  haye  «  par 
goal  bir,  pir  tag,  pir  coudasqu  ;  la  première  expression,  qui 
signifierait  «  mauvaise  poire  »,•  est  probablement  un  rema- 
niement de  kalpér,  ar  galpiren,  par  étymologie  populaire. 

IV.  Le  fait  s'est  reproduit  pour  plus  d'une  autre  forme  citée 
Gloss.,  ICI,  252.  Peut-être  caiit-  de  *calt-,  cf.  kilt-,  480,  doit- 
il  son  /  à  caiit,  *calt,  bouillie,  colle.  De  là  on  aboutissait  pho- 
nétiquement à  cot-,  cos-  et  co-,  qui  rappelaient  cot-,  silvestre, 
sauvage  (cf.  coudasqu  ,  voir  Rev.  Celt.,  XIX,  209,  363),  et 
ro:^-,  vieux,  mauvais;  on  a  aussi  coc'h-  d'après  cauc'h,  hoc'h, 
ordure,  et  col-  d'après  col,  colle  (ou  par  combinaison  de  cal- 
ct  co-'). 

Pel.  cite  un  haut  breton  goberaii,  poire  sauvage.  Il  dit  que 
Roussel  tenait  pour  la  forme  colper,  cotperen;  cependant  le  iiis 
qui  porte  son  nom  ne  donne  que  cosper,  cosperen.  Mil.  iiis  a  au 
plur.  hosper,  koper. 

E.  Erxault. 


DA  CHOCA'S   HOSTEL 


When  Conchobar,  king  of  Ulaid,  treacherously  killed  the 
sons  of  Usnech,  his  predccessor,  Fergus,  and  his  son,  Cormac, 
migrated  in  disgust  to  Connaught,  wliere  they  were  hospi- 
tably  reccived  bv  the  warrior-queen  Medb  and  lier  husband 
Ailill;  where,  also,  Fergus  became  Medb's  paramour,  and 
Cormac  won  the  love  of  Scenb,  the  wife  of  Craiphtine.  a  fa- 
mous  harper. 

On  Conchobar's  death,  the  Ulaid  resolved  to  make  Cormac 
their  king.  They  accordingly  sent  envoys  to  solicit  his  return. 
He  and  his  three  hundred  followers  set  out  for  Ulster;  but 
Craiphtine  foUowed  him  vengefully,  and  in  the  course  of  his 
journey  he  violated  his  tabus  and  broke  his  promise  to  keep 
peace  with  Medb.  The  following  taie  tells  of  the  conséquent 
destruction  of  Cormac  and  almost  ail  his  men  by  the  troops 
of  Connaught  at  Da  Choca's  Hostel,  now  Breenmore,  in  the 
co.  Westmeath,  about  six  miles  N.  E.  of  Athlone.  It  ends 
with  a  lament  by  Fergus,  who  had  been  hindered,  by  Medb's 
allurements,  from  marching  to  rescue  Cormac. 

The  taie  is  found  in  two  MSS.  —  H.  3.  18  and  H,  i.  17 
—  belonging  to  the  library  ofTrinity  Collège,  Dublin.  The 
former  (A)  was  written  in  the  sixteenth,  the  latter  (B)  in  the 
seventeenth  century.  Both  copies  are  often  corrupt,  especially 
in  the  metrical  portions,  which  I  hâve  omitted.  Neither  is 
complète,  but  each,  to  some  extent,  suppléments  the  othcr.  It 
has  been  noticed  by  O'Donovan,  Four  Masters,  A.D.  141 5, 
p.  822,  note  I,  O'Curry  (Lectures,  260,  Maivicrs,  III,  254), 
Denis  H.  Kelly,  Proceedings  of  the  Royal  Irish  Academy,  1879, 
p.  251,  and  d'Arbois  de  Jubainville,  Essai  d'un  catalogue,  243. 
But  so  far  as  I  am  aware,  no  part  of  it  has  been  published, 
save  the  passage  quotcd  in  the  Revue  Celtique,  XVI,  82. 


150  Whitley  Stokes. 


BRUIDEN  DA  CHOCAE. 

(H.  3.   18,  p.  708). 

I.  (B)atar  Ulaidh  hi  comairle  iar  ndith  G';/cobair  dia  fis  cia 
dia  tibcrdais  righe.  Bator  foirend  oc  a  radh  had  he  Fergn^ 
mac  Roich  ba  coru  dighdi  righ  occa.  Ro  dedmetar[?]  do;/o 
iilca  Ferg//.va  friu  airet  ro  boi  for  loinges,  7  atbrrtsat  na  bad  ri 
oco  hc'.  Ro  raidsit  ïoir'mn  aile  bad  n-e  Corbmac  Conloinges 
mac  Conchohair  ba  cora  di  rigad  occx.  Boi  ComW  Cernach  ic 
ierraid  na  rige  dia  dalta  .i.  C/z^craid  [Menn  Mâcha  mac  Con- 
cub^/r.  Ro  foibredar  \J\aid  carh  do  tab^/Vt  do  cheile  umi  sin, 
7  ro  dhiult  Cumsgraid  in  cath  do  thaba/Vt  ar  uamhan  co  tuit- 
fedis  clanna  Riidraigi  re'roile,  7  ni  raibhi  Corail  Gvrnach  do 
lathair  annsin.  Ro  imdn-g  7  ro  cairigh  a  dhalta  tritsin  .i. 
Cumsçraidh. 


2.  Adubairt  Genann  Gruaidhsol//^  mac  Ca|th]b^7£/ ;  «  Is 
aithni  damhsa  in  damhnarigh  a  nEriiiii  anosa  .i.  Cormr/c  Coii- 
lo'mges  mac  Coiicuhair,  saermrtcamh  Erenn,  7  atait  na  huile 
buaida  foir-  .i.  buaidh  ndeilbh[e]  ocus  gaiscidh  '  7  n-einigh  7 
firinne  et  caetera,  7  fôs  is  dô  ro  erb  Conciihar  m  righi  do  ta- 
b^7/;t  re  hiàacbl  a  bais,  uair  is  e  fa  sinnsir  aigi4;  7  is  daltn 
ochta  d'Fergus  mac  Rosa  [leg.  Rôichj  he,  7  ni  ndi;;gna  fo- 
ghail  foraib  ni  'sa  mô  da  roibhi  ag  Corm^fc.  » 

3.  OcKS  ro  aentaighcd(7r  Ulaid  in  t-aithesc  sin  Gcnaind  — 

4.  Faoidsit  ieromh  tccbta  uaidib  co  Corh(mac)  i  coic^^ 
Olnccmacht  dia  i:\hain  cuca  dia  rigadh  .i.  [Gtnann  Gruaidh- 
solus  mac  Cathfath,  7  B]  Aimirg///   in   file  7  Imbrinn  j    mac 


Pa  Choca's  Hoslel.  1 5 1 


THE  HOSTEL  OF  DA  CHOCA. 


1.  After  Conchobar's  dcath,  the  Ulaid  were  liolding  a 
coLincil  to  know  unto  whoni  thcy  should  give  the  kingship. 
Somc  were  saying  that  Fergus  mac  Roich  were  fittest  tor  tliem 
to  ask  to  be  king.  But  they  had  sulîered  evils  from  Fergus 
while  hc  was  in  exile,  and  they  decUired  they  would  not  hâve 
him  as  their  king.  Others  said  that  it  should  be  Cormac  Con- 
loinges,  son  of  Conchobar,  who  was  fittest  to  reign  over  them. 
Conall  Cernach  was  seeking  the  kingship  for  his  fosterhng, 
Cuscraid  the  Dumb  of  iMacha,  (another)  son  of  Conchobar's. 
Tlie  Ukiid  prepared  to  deliver  battle  to  each  other  on  account  of 
this,  and  Cuscraid  refused  to  give  battle  tor  fear  that  the  clans 
of  Rudraige  would  mutually  fall.  Conall  Cernach  was  not 
there  to  tempt  :  he  blamed  and  reproached  his  fosterling  for 
the  refusai. 

2.  Said  Genann  Brightchcek,  son  of  Cathbad  :  «  Now  I 
know  the  makings  of  a  king  in  Erin,  to  wit,  Cormac  Conloin- 
ges,  son  of  Conchobar,  the  noble  youth  ot  Erin,  and  he  is  en- 
dowed  with  ail  the  gifts,  to  wit,  gift  of  shape  and  ot  valour 
and  of  hospitalitv  and  of  truth,  and  so  forth.  'Tis  to  him, 
moreover,  that  Conor,  in  expectation  of  death  ^,  commanded 
choba  the  kingship  to  be  given,  for  Cormac  was  the  cldest 
of  his  sons,  and  he  is  the  bosom -fosterling  of  Fergus  who 
never  plundered  us  when  he  was  with  Cormac.  » 

3.  And  the  Ulaid  agreed  in  this  say  of  Genann's. 

4.  Then  they  sent  envoys  to  Cormac  in  the  province  of 
Connaught,  to  fetch  him  to  them  to  be  crowned  —  Genann 
Brightcheek,  son  of  Cathbad,  Amirgin  the  Poet,  Imbrinn  son 


I .   Sec  Irische  Texte,  II,  88,  95. 


1 5  2  Wliitley  Stokes 

Cathbaitt  7  Uathechtach  mac  Feradfl/V.  Lotor  ieromh  dirimh 
cairptech  co  mbatar  i  Cruachfl/;/  Ai.  Ailill  7  Medb  7  Fcrgus 
arce(na)  [ann,  7  ro  fersat  foilti  friu  —  B.].  IMafoacht^  Medb 
scela  dib.  Adfiadat  /  ierom  ctvnd  ïor  cenn  Cor(bmaic)  dilotor 
dia  ngad  a  n-inad  a  athrtr. 

4.  Bretha  fis  co  Corbm</r.  Boi  ic  tofond  ^  ic  Sith  Nentae  ier 
n-iisce,  Didechaid  Corbm^r  co  Cruachain  7  ferais  Medb 
esomne9  fris.  «  Ba  coir  duit  »,  ol  si,  «  les  do  denam  duin. 
Ro  cuingis  gaire  ar  mbid  7  ar  n-etaigh  :  is  dalta  dun  tu.  Ba 
hoc  h'fiallach?/j  intan  dodeochad  cucond.  » 

«  Bam  gor-s:t  duit  »,  or  Coïl'Diar  :  «  ni  bia  hera  na  cuin- 
geda  oconn.  Ba  fo  lith  duin  a  tabi/zVt  duit. 

5  .  [Ro  innis  Genann  do  Cormi/c  in  toise  ima  ttainicc  — •  B.]. 
Bretha  fis  o  Cortiiac  d'indsaig/V/ a  muint/re  batar  tor  coindmcd 
sechnon  Co)idacht,  [7  tangadar  cuigi  co  prap  a  hirrus  '°  Dom- 
nonu  7  a  forthuathaibh  Cii//nacht,   id/r  mnai  7  tir  7  macamh 

6.  Robdar  ietsic  doiio  ercailti  a  hsacguil  .i.  geis  do  eister/;/ 
fri  ceis  cenntuill  "  Craiftin(i) '-.  Geis  do  foraini  for  enhuthe 
Moighe  da  ceo.  Geis  do  imrim  a  cch  dar  cuing  uindsend.  Geis 
do  conisnam'"'  fri  henlaithe  Locha  Lô.  Geis  do  bandai  for  Sen- 
ath  Mor.  Geis  do  cloenmila  iMoighe  Sainb  do  topund.  G^/.f  do 
teacht  cosaib  tirmaib  tar  Sinaind  7  saiged  Bruidne'-t  da  Cocx\ 

[Ociis  rob  iatsin  gesa  Gormaic  ro  tagaibh  Cathfzdh  drai  do 
ind  aidhchi  rucadh  hé  —  B.  2']. 

7.  Tarcomla'î  Gormac  iernabarach  a  Cruachainiu  amach  di 
ucht  ior  set.  Tri  cet  lacch  i  Hn  a  n-egmais  ban  [7  m^/camh  — 
B.]  7  con  7  gilla. 

8.  Diroinc  Gormac  tri  luirg  de  oc  urht  a  Cruachain.  IN 
cetna  lorg  dibsidhe,  bruid  gorma  gablacha^''- umpu,  co  mile- 
chaib  arcait  [p.  709]  innta,  accus  ïorû  berrtha  foraib,  7  gerr- 
leinti  co  gluinib  leou,.  7  manais  mor  il-hiim  nacb  fir  dib. 
Sceith  luibnccha  brecca,  7  cloidme  benndornach:\.'  foraib  '". 

9.  IN  lorcc  tanaisi,  lenti  esnadacha  fric  cnesaib  leou.  Bruit  of 


Da  Choca's  Hostel.  1 5  ? 

Cathbad,  and  Uathechtnch  son  of  Feradach.  So  tlie  troop  of  cha- 
riotecrs  farcd  forth  till  they  were  in  Cruachu  Ai,  Aililiand  Medh 
and  Fergus  besides  were  there,  and  they  madc  thein  welcomc. 
Medb  asked  tidings  of  them.  Then  they  announce  that  they 
had  corne  for  Cormacto  make  him  king  in  place  of  his  father. 

4.  A  messenger  was  sent  to  Cormac,  wlio  was  (then)  hun- 
ting  at  Sid  Nenta  be3'ond  the  watLT.  Cormac  came  to  Crua- 
chan,  and  Medb  made  him  welcome.  «  It  were  meet  for 
thee  »,  quotli  she,  «  to  benefit  us.  Thou  didst  seek  for  kindly 
service  of  our  food  and  our  raiment.  Thou  art  a  fosterling  of 
ours.  Thou  wast  treated  hospitably  when  thou  camest  to  us.  » 

«  I  will  be  serviceable  to  thee  »,  saith  Cormac.  ft  No  refusai 
of  request  shall  be  made  bv  us.  It  will  be  a  gladness  to  us  to 
grant  it  to  thee.  » 

5.  Genann  related  to  Cormac  the  design  with  which  he 
had  corne.  So  a  messenger  was  sent  by  Cormac  to  his  people 
who  were  billeted  throughout  Connaught,  and  they  corne  to 
him  quickly  from  Irrus  Domnann  and  the  outlying  districts  of 
Connaught,  both  woman  and  man  and  bov. 

6.  Now  thèse  were  Cormac's  life's  prohibitions,  to  wit  :  a 
tabu  to  listen  to  Craiphtine's  hole-headed  lute  :  a  tabu  to  pur- 
sue  the  birds  of  Mag  dd  ceo  :  a  tabu  to  drive  iiis  horses  over 
an  ashen  yoke  ;  a  tabu  to  swim  with  the  birds  of  Loch  Lô  : 
a  tabu  to  tryst  with  a  woman  on  Sen-ath  Môr  :  a  tabu  to 
hunt  the  hillslope-beasts  of  Mag  Sainb  :  a  tabu  to  go  with  dry 
feet  over  the  Shannon  and  to  visit  Da  Cocâ's  Hostel. 

And  thèse  were  Cormac's  tabus,  which  Cathbad  the  wizard 
left  him  on  the  night  he  was  born. 

7.  On  the  morrow  Cormac  set  forth  from  Cruachan  to 
proceed  on  his  way.  Three  hundred  warriors  was  his  number, 
besides  women  and  boys  and  hounds  and  servants. 

8.  On  going  out  of  Cruachan  Cormac  made  three  bands  of 
his  people.  The  firstofthe  bands  wore  blue  forked  mantles, 
with  brooches  of  silver  therein,  and  over  them  short  capes,  and 
they  had  briet  kilts  to  the  knees,  and  in  the  hand  of  each  man 
a  mighty  spear.  Shields  fringed  and  spcckled  thev  bore,  and 
swords  with  pointed  hilts. 

9.  The   second    band    had    ribbed    shirts    at    their    skins. 

Revue  Celtique,  XXI.  1 1 


154  ■  ^^hitlcy  Stokes. 

breicligda  inipa  co  inilecliaib  findruinc.  Mogga  ^^  tara  cenda 
siar.  Sceitlî  geala  7  sleaga  coicrinde  7  calga  dét  ^'^  drcchsoillsi 
leou. 

10.  IN  t;rs  lorc  do;z()^  Icnti  culpatacha  7  inair  srollsnaithi -° 
impu.  Sceith  donda  dimora^  foraib.  Cloidmi  co  )i-ecriis  nestx-(?) 
foraib  fora  crcsaib.  Sleg  ochtshlision  il-laim  cecb  fir.  Bruit  cor- 
cra  coicdiebuil  co  niilfr/;aib  arcaitt  7  oir  impu.  Oclaocii  foilt- 
find  foiltlebar,  nertcoimsid  cuniar/;/ach,  co  toirm  rig  7  co  sci- 
seilbe  sochaide,  i  n-eit/Vmedon  na  buidne  sin  .i.  Cormac 
fesin. 


ri.  Ro  bator  tra  na  druid  ic  mifoc//l  7  ic  micelmaine  (do 
Chormac).  Itbtvtsat  na  bud  reidh  7  na  bud  sceinmnech -=  in 
turiis.  Ro  collad  dno  geisi^-  Cormaic  isind  lo  sin  .i.  ro  thoif- 
netor  a  cho'vi  for  Mag  Sainp.  Boi  dno  ic  foraim  ior  cnlaith 
Moige  da  cheo  .i.  Loch  na  n-en  aniu. 

12.  Didechaid  dno  Craiptine  cruitire  chuicce  co  ro  sheind 
a  qds  cendtuill  do  di  collad  a  fhlathit  7  a  shaeguil-',  ar  ba 
lennan  di  Cormac  Scenb,  ingen  Sceithirn  ^4  drûad  di  choicced 
Olnecmacbt ,  ben  Craiphtini  cruitiri.  IS  hi  in  Scenb  sin  ro  dal 
na  teora  dala  for  ^5  Cormac  ic  Ath  luain,  7  is  si  ro  shaid  fedas 
Âtha-^  luain  .i.  Bron,  Dub,  Dordibeoil,  occiis  Olur  7  Meith 
7  Miscais  i  n-anmond,  dia  n-epairt  : 


Anmand  na  lîdh,  foram  sceoil, 
Bron  is  Dub  is  Dur-dibeoil. 
im  romag  reidit  a  rais  27 
Olar,  Meith  ociis  Miscais. 

13.  Lotar  iartain  dar  tid  tarrsna.'.  Ro  bhris-^  r//ing  carp^/V 
Corm///c  and,  coiild  de  dogarar  Fidh  CungX'  ô  sin  ille.  Dora- 
tad  iarsin  cuing  uindsinn  fo  a  carpat. 

14.  Loutr   iarsin   for  eraim  ...  dar  Crich   Maine   [Fir   da 


Da  Citocas  Hosiel.  ■  155 

Mantlcs  spccklcd  and  bcautiful  thcy  worc,  with  broochcs  of 
white  bronze.  Mânes  over  tlieir  heads  backwards.  Bright 
shields  and  five-barbed  javelins  they  had,  and  shining-faced 
ivoi'v-hilted  swords. 

10.  The  third  band,  then,  wore  hooded  shirts  and  tunics 
of  satin  tliread.  Shields  brown  and  huge  they  bore.  Swords 
with  ...  on  them  at  their  beks.  An  eight-edged  javelin  in  the 
hand  of  each  man.  Mantles  purple,  fîve-folded  they  wore, 
with  brooches  of  silver  and  gold  therein.  In  the  very  midst  of 
this  group  was  a  warrior,  £ur-haired,  long-tressed,  a  strong 
and  mighty  guardian,  with  the  noise  of  a  king  and  the  cla- 
mour  ofa  host,  even  Cormac  himself. 

11.  New  the  wizards  were  foreboding  evil  and  uttering  ill- 
omens  to  Cormac.  They  declared  that  the  journey  would  be 
neither  easy  nor  speedy.  So  on  that  (very)  day  tabus  of  Cor- 
mac were  violated,  namely,  his  liounds  hunted  on  Mag  Sainb, 
—  and  he  was  pursuing  the  birds  of  Mag  dd  cheo  —  today 
(called)  Loch  na  n-én  «  the  Lough  of  the  birds  ». 

12.  Moreover,  Craiphtine  the  harper  w^ent  to  him,  and 
played  his  hole-headed  lute  to  him  in  order  to  ruin  his  reign 
and  his  lite;  tor  Craiphtine's  wite,  Scenb,  daughter  of  Sce- 
thern,  the  wizard  of  the  province  of  Connanght,  was  Cor- 
mac's  paramour.  'Tis  this  Scenb  that  trysted  the  three  trysts 
with  Cormac  at  Athlone,  and  'tis  she  that  planted  the  Trees 
of  Athlone,  to  wit,  Grief,  and  Dark,  and  Hard-dimib.  And 
Olur  and  Meith  and  Miscais  were  their  names,  whereof  she 
said  : 

The  names  of  the  woods  —  motion  of  tidings  —  Gire)  Sadness  and 
Dark  and  Hard-dumb.  Round  the  great  plain  they  run  their  race,  Olar, 
Mcith  and  Miscais  («  Oihness,  Fat  and  Hatrcd  »). 

13.  Thereafter  they  wxnt  athwart  over  the  wood.  The 
yoke  of  Cormac's  chariot  broke  therein,  so  it  is  called  thence- 
forward  «  The  Wood  of  the  Yoke.  »  Then  a  voke  of  ash  is 
put  under  his  chariot  ^ 

14.  Thereafter    they   fared   forward    over    the   District    of 

I  .    Another  tabu  viohited  ! 


1^6  iVhiiley  Stokes. 

ghiall  —  B.|,  cor-rancatar  Loch  Lou.  Luid  Connue  isin  loch, 
7  boi  lu  comsnam  fri  hcnaib  in  locha.  |IS  annsin  ro  foillsiged 
do  Craiftine  a  mbr//h-9  air  bru  a  comsnamh  fri  henlaith  Locha 
Lo.  Delbrt/V  Craiftine  tri.  L.  macaim  a  rec/;/aibh  en  7  bric/;/ 
n<'/;/e  ina  n-eitibh,  co  tangad^ïr  air  hnn  Locha  >°  Lo,  7  gur'- 
craithsit  a  n-eitedha  ïor  na  sluagaib.  Bad^r  'na  coll^Jh  iairsin 
a  farradh  in  locha  ag  urnaidhi  >'  a  muintt'/i,  co  tainic  Scenb  >^ 
cucii  a  fuath  thseige,  g//;T//5-marbh  na  heoin  uli  acht  madh 
aenen  nania  —  B.  IT.  2''-3^]. 


15.  Dollot^r  asside  co  Druim  n-Airthir,  frissa  raittT  in  Gar- 
man  [intan-sa  —  B.],  for  bru  Atha  Luain.  [p.  710]  Scuirit  a 
cairpthiu  annside.  A  mbat^ïr  ann  ronflicatar  mnâi  ndeirc  for 
ur  ind  atha,  7  si  ag  nige  a  fonnad  7  a  fortche  7  a  fodbx. 
INtan  no  toirned  a  laimh  sis  ba  derg  sruthair  na  haku  di 
chrû  7  d'fuil.  INtan  mvnorro  no  togb^^  al-làim  oss  ur  na 
habx',  ni  bid  bannœ  isin  abainn  na  lochad  a  n-airde,  cor- 
rachta;  cossaib  tirmaib  tar  sruthair  na  habre. 

16.  «  Is  forgranni\2  'na  ndenann  in  heu  »,  for  Corm^r. 
«  Tait  wech  ôaib  die  athconinrc  qidh  digni.  »  [Teit  nech  ann 
ian/m.  Vochtais  di  cidh  dorinde.  — •  B.]  Ocns  is  anns/de  ro  cha- 
cain  si  for  lethchois  7  Icthshuil  dôibh  annso,  co  n-epcrt  : 

«  Nigim  fodb  rig  dobeaba  »,  etc. 

17.  [Tainic  in  ter/;/uire  co  Cory//ar  7  ro  indis  do  in  droch- 
fiiistine  dorinde  in  Badhbh')  dô.  «  As  toigh  is  fochunn  uilc 
moir  do  thoidhccht  54  sin  «,  air  Cormac.  Teit  Corniac  iairsin 
co  huir  in  atha  dia  hagallaimh,  7  fochtais  di  cuich'»  na  flidh- 
bha  bai  si  do  nighi  36-  7  adubairt  an  laid  and  : 

«  A  ben,  ca  fiidb  neigisi  ?  etc. 

in  Bailh.  «  T'fadhbh  fessin  37  sin,  a  Cormaic, 

ocus  fadhbh  t'aesa  grûdha,  etc.  —  [H.  i.  17] 


Da  Cliocas  Hostel. 


M7 


Maine  Fer  di  giall  («  man  of  two  hostages  »)  till  they  rea- 
ched  Lough  Là.  Cormnc  cntered  the  lough  and  was  swim- 
ming  with  the  lake-birds  '. 

There  it  was  revealed  to  Craiphtine  ihat  they  were  on  the 
brink  swimming  with  the  birds  of  Lough  L6.  So  Craiphtine 
shaped  thrice  fifty  youths  into  the  forms  of  birds,  with  a  poi- 
sonous  spell  in  their  wings,  and  they  came  on  the  water  of 
Lough  Lô,  and  shook  their  wings  on  the  hosts.  Thereafter 
the}-  were  asleep  beside  the  lake,  awaiting  their  people,  till 
Scenb  came  to  them  in  the  semblance  of  a  hawk,  and  killed 
ail  the  birds  save  onh'  one. 

15.  Thence  they  went  to  Druim  Airthir,  which  is  now 
called  The  Garman,  on  the  brink  of  Athlone.  Then  they 
unyoke  their  chariots.  As  they  were  there  they  saw  a  red  wo- 
man  on  the  edge  of  the  ford,  washing  her  chariot  and  its 
cushions  and  its  harness.  When  she  lowered  her  hand,  the 
bed  of  the  river  became  red  with  gore  and  with  blood.  But 
when  she  raised  her  hand  ovcr  the  river's  edge,  not  a  drop 
therein  but  was  lifted  on  high  ;  so  that  they  went  dryfoot 
over  the  bed  of  the  river. 

16.  «  Most  horrible  is  what  the  woman  does  !  «  savs  Cor- 
mac.  «  Lei  one  of  you  go  and  ask  her  what  she  is  doing.  » 
Then  someone  goes  and  asked  her  what  she  did.  And  then, 
standing  on  one  foot,  and  with  one  eye  closed,  she  chanted 
to  them,  saying  : 

«  I  wash  the  harness  of  a  king  who  will  perish  »  etc. 

17.  The  messenger  came  to  Cormac  and  told  him  the  evil 
prophecy  which  the  Badb  had  made  for  him.  «  Apparently 
thy  coming  is  a  cause  of  great  evil  »,  says  Cormac.  Then 
Cormac  goes  to  the  edge  of  the  ford  to  hâve  speech  with  her, 
and  asked  lier  whose  was  the  harness  that  she  was  a-washing. 
And  then  he  uttercd  the  lav  : 

«  O  woman,  what  harness  washest  thou?  »  etc. 

The  Badb.     «  This  is  thine  own  harness,  O  Cormac, 

And  tlie  harness  of  thy  men  of  trust,  »  etc. 

I .    Anoiher  tahu  violatcd  ! 


158  Whitley  Stokes. 

18.  «  Ni  dat  niaithe  na  célmaine  5^  condaige  duin  »,  ar 
Cormac.  «  Is  dudig  ^/irchana;  duind.  » 

19.  A  mbaM;-  and '9  co)i(àci\uir  iiid  ingen  coemh  cruthach 
ina  ndochum.  Brat  uainide  i  forci p///  impe.  Bretnas-i°  dcrscaig- 
thech  isin  hrat  for  a  bruindib.  Lene  gelculpatach  ôrsnaiih  i 
ciisml  a  cnis4'.  Di  maolasa;  findruine  ittT  a  traigthib-^^  y  tal- 
main.  Caelbarr  cumdaf/;/a  for  a  cenn.  Deisid  i  tail  Coniiaic, 
7  krais  Cormac  esomne43  f/ie. 

20.  «  INtige  in  turgraig  [liumsa  ■ —  B],  a  ingen  ?  »  for 
Cormrtc.  «  Natho  »,  ar  in  ing^'/z;  «  ocus  robud  ferr  lium  na 
digtea-siu,  ar  tanic  timdibe  do  sliaog////.  Duaigh  in  for  dot- 
ruachtt  imbuarach,  Craiptine  cruit/re,  dier'  seind  a  ceis  cend- 
tuill  duit,  Is  do  didechaidh,  do  coll  do  geisi,  comad  garsecle 
dit,  ardaigna  comrismais  [ar  aen  co  brdth44  aris.  • —  BJ  Ludsa 
dono  fodesta,  daig  ni  rt^nrictam  tadcsni^.  » 

Is  ann  isbrrt  sia  inso  sios  : 


Masa  tus^  Cornii/o  ccin,  etc. 

21.  Luidh  uaidib  ind  ingen  iersin,  7  timnais  celebr^/J  doib, 
f()//id  ro  CAchiiiii  inso  : 

«  Ardomragat  geisi  cmanem,  a  mo  pupa,  etc. 

22.  [Codlais  Cormac  edh  bec  a  cenn  in  atha,  7  ro  taibri- 
ghed  fis  ad/m//;mar  dô  —  B.]  Diuchtrais  Cormac  iersin. 

23.  IS  andsin  ro  gabsat  drecht  de  Coiidachtàih  longp/;c»rt  i 
Maig  Dt'rg  iar  n-orccuin  7  iar  n-indrad  fairne  di  Vltaibh.  Hitiat 
dom)  bator  andsin  .i.  Sanb  mac  Ceit  m/c  Magach,  7  Bairenn 
Brec  mac  Ceit,  occiis  Dub  7  Coibden  Cuindsclech,  da  mac 
Lamfada,  di  brathair  do  Loniach^^,  7  Maine  Athremail  mac 
AlIcWo  7  Mcdkx,  7  Garman46  Gablec  mac  Damain,  7  Buidech-t? 
ingen  Forgemen  in  bangaiscedach,  occ//5  Eochaid  Beg  mac 
Eochacb  Ronn,  ri  Ferc/'aibe  .i.  ri  an  tn's  Condacht  é,  occiis 
slog  adhbul  imaille  friu. 

24.  Asbfrtator  Ulaid  fri  Covmac  :  «  Xi  coir  duin  »,  ol  siat, 


Da  ClioCiVs  Hostel.  1 59 

18.  «  Evil  arc  thc  oiiicns  that  thou  askcst  for  us  »,  says 
Cormac.  «  Grimly  thou  chaiitest  to  us  ». 

19.  When  they  were  there,  they  saw  a  damscl,  dcar  aiid 
shapcly,  coming  towards  them.  A  light  grecn  mantlt-  foldcd 
round  lier.  In  the  mantle  a  precious  brooch  on  lier  breasts.  A 
smock  bright-hooded,  goldthreaden,  next  lier  skin.  Two  blunt 
sandals  of  white  bronze  between  lier  feet  and  the  earth.  An 
ornamented  curch  on  her  head.  She  sat  down  close  to  Cor- 
mac, and  Cormac  made  her  welcome. 

20.  «  Art  thou  coming  on  the  journey  with  me,  O  dam- 
sel  ?  »  says  Cormac.  «  Nay  »,  replies  the  danisel,  «  and  I 
were  foin  that  thou  wentest  not  ;  for  the  ruin  of  thy  life  has 
corne.  Grim  is  the  man  wlio  reached  thee  this  morning, 
Craiphtine  the  harper,  when  he  played  his  holeheaded  lute  to 
thee.  For  this  did  he  come,  to  violate  thy  tabu,  so  that  thy 
life  may  be  short,  and  that  \ve  may  never  come  together 
again.  I  hâve  gone  this  tinie,  because  henceforward  sve  shall 
never  nieet.  »  Then  she  spake  as  foUows  : 

If  it  is  tliou,  O  Cormac,  etc. 

21.  Then  thc  danisel  quitted  them,  and  bade  them  farewell, 
and  chanted  this  : 

«  Tabus  will  come  to  me  »,  etc. 

22.  Cormac  slept  for  a  little  space  at  the  end  of  the  tord, 
and  an  awful  vision  was  shewn  to  hini.  Thereafter  Cormac 
awoke. 

23.  'Tis  then  that  a  division  ot  Connaughtmen  pitched  a 
camp  in  Mag  Derg  after  wrecking  and  raiding  a  party  of  Ulaid. 
Those  who  were  there  were  Sanb,  son  of  Cet,  son  of  Maga, 
and  Bairenn  Brecc,  son  of  Cet,  and  Dub  and  Coibden  Cuind- 
sclech,  two  sons  of  Lànifota  and  brothers  of  Lontiach,  and 
Maine  Athremail,  son  of  Ailill  and  Medh,  and  Garman  Ga- 
blec,  son  of  Daman,  and  Buidech,  daughter  of  Forgemen,  the 
she-warrior,  and  Eochaid  Becc,  son  of  Eochaid  Ronn,  king  ot 
Fir-craibe,  i.  e.  king  ofone  of  the  three  Connaughts,  and  a 
huge  host  along  with  them. 

24.  The  Ulaid  said  to  Cormac  :  «  It  is  not  mcct  for  us  », 


i6o  Whitley  Stokes. 

«  mna  \J\ad  occiis  a  mbuar  de  beth  ag  cchtrandaib  inar  fiad- 
niiisl  cen  cath  do  tab^/rt  doib  impa.  » 

25.  c(  Ni  dlegam  »,  tor  Cormac,  «  sarugm/  Medbaj  116  a 
muintirc,  ar  ni  for  ar  ng;rs  ro  hoirced  in  tir.  » 

«  Maire  rachas  i  ngnas-4^  UW  do  gabail  ir-righe  »,  forDub- 
thach  -19,  «  ociis  a  n-orcain  de  leiccian  die  naimdip  bunaidh 
sechu,  ar  nidat  carait  iar  fior  tuathaj  Olnecmucht.  » 

«  Dentor  anila/V/  »,  or  in  t-aes  denma  uilc  7  aidmilte.  «  Tia- 
goimnee  feisin  »,  or  in  t-oes  uilc,  [p.  71 2  |  «  cen  co  ti  Cormnc 
frind  nô  lind.  » 

26.  Atracchot  iaroni  UL/zW  7  tocboit  idlin;e  cathaj  forru,  7 
lotar  ind  agh^?/d  locht^e  na  haircne  co  Mag  nDcirg  A.  Derg 
Dohiir  d'Fomorchaib  dirocha/r  and  la  Tuatha  de  Danann  hi 
toichcstal  f^ithct  Moige  TuinJ,  coind  aire  dogaror  Mag  nDcirg 
de.  At  iet  so  na  hairich  catha  bator  i  fail  Cormaic  .i.  Illann 
Finn  7  Fiachra  Coech,  da  mac  Ferg//.fa.  Aimhirgin  an  file. 
Uathechtach  mac  Feradaig.  Tri  mnic  Traiglethain  [.i.]  Si- 
duatb,  Ciiirrech  occus  Carm(7/z.  Naoi  maie  Sciuil  .i.  tri  Floinn, 
tri  Find,  tri  C//ind.  Tri  Foelain,  tri  maie  Xeill,  tri  Colla.  Tri 
maie  Sitgail,  Luan  7  Iliacb^o  [7  Eochaid.  —  B]  Da  mac  Sua- 
maigh  maie  SamgubcÇ,  da  comalta  do  Cor iiiar.  Bator  ann  nôi 
celle  5'  Cormaic  [À.]  tri  Dungais,  tri  Doelgais,  tri  Dondgais. 
Oeeus  Duhihacb  [Dael  —  B]  UW  7  a  da  ni^Tc  [.i.]  in  da  On. 
Occus  noi  maie  Lir  maie  Etirsciuil.  Finn,  Eochaid,  Illann,  na 
tri  cuislendaig.  Da  Oed  7  da  Feirgne,  na  cethra  cornaire. 
Drec  7  Drobel  occus  Athairne,  na  tri  druid.  Finn  occ//.^Eruath 
7  Faithemain,  na  tri  dailemain.  Tri  iichletig52j  Uait5>  7  Muit 
7  Aislinge.  Aod  7  Eochaid,  da  mac  Bricrind.  [Ocus]  Ilgablach. 
Occus  Cainleach  ingcn  Gainigcalta '^,  nuiime  Cormaic,  7 
Cainleacb  ingen  Sarbct  )^,  ben  Duhthtiig.  Cacht  [Fuilech  —  B] 
niflc  Ilsuine  >'^\ 


27.  Lotar  sin  t/'a  cosaib  tinnaib  tar  Ath  Luain  cech  ndi- 


Da  Chocd's  Hosici.  l6i 

riicv  SIX,  «  that  women  of  the  Ulaid  and  their  kine  sliould  be 
hcld  by  outlanders  in  our  présence  without  our  delivering 
battle  for  them.  » 

25.  «  We  ought  not  »,  answers  Cormac,  «  to  outrage 
Medb  or  her  people,  for  the  country  bas  not  been  wrecked  in 
an  attack  upon  us.  » 

«  Woe  »,  says  Dubthach,  «  to  him  who  shall  go  before  the 
Ulaid  to  be  taken  into  kingship,  and  who  lets  them  be  wrecked 
bv  natural  enemies  !  for  the  tribes  of  Connaught  are  not  truly 
triends.  » 

«  Thus  let  it  be  done  !  »  say  the  evildoers  and  destroyers. 
«  We  ourselves  are  going  »,  say  the  evildoers,  «  whether 
Cormac  cornes  against  us  or  with  us.  » 

26.  So  the  Ulaid  arise  and  uplift  their  banners  of  battle, 
and  marched  to  Mag  Deirg  against  the  wreckers  to  the  Plain 
of  Derg,  i.  e.  Derg  Dolair  of  the  Fomorians,  who  fell  there 
by  the  Tuatha  dé  Danann  at  the  mustering  of  the  battle  of 
Mag  Tuired  :  wherefore  from  him  it  is  called  Mag  Deirg.  Thèse 
are  the  battle-leaders  who  were  with  Cormac,  nameh',  II- 
lann  the  Fair  and  Fiachra  the  One-eyed,  two  sons  of  Fergus: 
Amirgin  the  Poet  :  Uathechtach,  son  of  Feradach  :  three  sons 
of  Traiglethan,  namely,  Siduath,  Cuirrech  and  Carman  : 
nine  sons  of  Scél,  namely,  three  Flanns,  three  Finds,  three 
Conns;  three  Faelans  :  three  sons  of  Niall:  three  Collas:  three 
sons  of  Sithgal,  Luan  and  Iliach  and  Eochaid  :  two  sons  of 
Suamach,  son  of  Samguba,  two  of  Cormac's  fosterbrothers. 
Nine  comrades  of  Cormac  were  there,  namely,  three  Dun- 
guses,  three  Doelguses,  three  Donnguses,  and  Dubthach  the 
Chater  of  Ulaid  and  his  two  sons,  namely,  the  two  Ons.  And 
nine  sons  of  Ler  son  of  Etirscél.  Find,  Eochaid,  Illann  the 
three  pipers.  Two  Acds  and  two  Fergnes,  the  four  horn- 
players.  Drec  and  Drobel  and  Athairne,  the  three  wizards. 
Find  and  Eruath  and  Faithemain,  the  three  spencers.  Three 
l'ichJctcchs,  Uait  and  Muit  and  Aisiinge.  Aed  and  Eochaid,  two 
sons  of  Bricriu.  And  Ilgablach.  And  Caindlech,  daughter  of 
Gaimgelta,  Cormac's  fostermother.  And  Caindlech,  daughter 
of  Sarba,  Dubthach's  wife.  Cacht  the  Bloody,  son  of  Ilguine. 

27.  Thcy  marched  with  dry  feet  over  Luan's  Ford  {Athloiic) 


102  WhiiUy  Stokes. 

rech  sair  i  n-aigh/cf  in  lochtn  oile,  occus  condrcca'it  m  da  idhna 
insin,  7  ferait  5"  imairecc  aith  amnas  and.  Anaid  cach  dib  fri 
leod  occtis  f/'i  letrad  7  fri  tuasU'ad^^  a  chele.  Ba  imoerad  59  aesa 
[anjaithnigh  7  fuab^nrt  bidb.ïJ  for  bidbada  in  gleo  sin.  Ro 
s[ra]ined  tra  fodeoid6°  in  cath  tri  ncn  imgona  7  imbualuis  for 
feraib  Olnecmacbt. 

28.  Dicer  Dub  7  Coibden  Cuindsclech,  da  mrtc  Lamfati'e, 
da  brathair  di  Loin[f]iach  la  Dubtbach  occus  la  IWaiin  mac 
Ferc;//.fa  hi  Cruaich  Duib,  coind  uaide  rait/r  Duibtir  occus  Tir 
Coibden.  Ro  bith  Bairenn  Brec  mac  Ceit  im-Maig  Bairend  la 
Fiacha  mac  Fir  Febe,  coind  de  dogarar  ind  ainm  forsin  mag. 
Docer  da;zo  Garm^n  Gaihlecb  mac  Damain  .i.  toisccb  teglaich  6' 
M.edbi  7  Oi//lla,  la  Corm^c  Co/zdloinges  isin  ei/zg  ^-  fri  ath 
anall,  conad  de  degaror  Eng  Garmain  Gaiblich^^  meic  Damain 
.i.  toisich  [p.  713]  teglaigh  Meadbx'.  Druim  n-airth/r  a  ainm 
cosin  anall.  D'irochair  dna  Ercail  mac  Coiidrach  lasin  Flann  ba 
siniu,  coind  uaide  raiuv  Sligi  Ercail,  7  atbath  ¥\aiiJi  i  Tulaigh 
Vhlaiini.  Doroch^nV  Uat[h]echW(:/;  mac  Feradhaich  i  frith- 
guin  la  Sanb  mac  Ceit  meic  Magach  7  la  Maine  Athremhail 
mac  AiMla  7  Medba,  comd  uada  rait^r  Mag  n-Uathie^'^  din 
magh.  Mag  nDnVg  a  ainm  o  cath  Moighi  Tuired  7  o  aimsir 
Tuaithi  de  Daiiaïui  cus'm  cath  sin^>.  Mag  n-Uathasa  ainm  on 
cath  sin  co  haimsir  Coluiiu  cbillc.  Magh  n-Ura  immorro  a 
ainm  die.roscail  Col/////  cille  uir  Chiarain  meic  in  tsair  [ann  — 
B.]  d'indarba  na  ndemna  ass.  Dorocha/r  Caindiech,  ingen 
Gaimgeltôe  [in  bhanghaisg(ed)e'h  —  B.]  oc  Muine  Cainndli^'^f 
.i.  muime  Coruiaic  [la  Maine  mac  A/7illa  7  Medba  —  B.]  Ro 
bith  Luan  m//c  Sua/ïaigh  oc  Ath  Luain,  conïd  uaid  ainmnigter 
ind  ath^^.  Buidech^?  ingen  Forgeimin  ron-bi  Luan.  Marbthair 
doua  lUann  Finn  7  loUann  Dond,  emon  rue  Camall  ingen 
Magach  di  Eoch///),^  Ronn,  ocoiid  ath.  Is  de  asberar  ind  Emain 
forsind  abainn  o  sin,  ar  is  hé  ainm  atUv-tx-  f/iu  sin  na  hEmain. 

(To  be  cQntiuueâ.) 

Whitlev  Stokes. 


Dtî  Choca's  Hostcl.  i6^ 

due  eastward  against  thc  other  force,  and  the  two  armics  meet, 
and  there  they  fight  a  sharp,  hard  combat.  Each  of  thcm  re- 
mains hacking  and  mangling  and  striking  the  other.  That 
hght  was  a  ...  of  unknown  folk  and  an  attack  of  foes  on 
foes.  At  the  kist,  by  dint  of  mutual  sLaughter  and  smiting  the 
battle  was  gained  ovcr  the  men  of  Connaught. 

28.  There  fell  by  Dubthacli  and  by  Illann,  son  of  Fergus, 
Dub  and  Coibden  Cuindsclech,  two  sons  of  Ldmfota,  two 
brothers  of  Lontiach,  at  Cruach  Duib,  whcncc  it  is  (now) 
called  Duib-thir  and  Tir  Coibden.  Bairenn  Brecc,  son  of  Cet, 
was  shiin  b_v  Fiacha,  son  of  Fer  Febe,  on  Mag  Bairenn, 
whence  the  pkain  is  called  by  that  nnme.  Then  Garman  Gai- 
blech,  son  of  Daman,  Medb  and  Ailill's  majordomo,  fell  bv 
Cormac  Conloinges  in  the  angle  on  the  hither  side  of  the 
ford,  whence  it  is  called  Garman  s  Angle  :  Druim  n-Airthir  had 
been  its  name  till  then.  Then  Ercail,  son  of  Condair,  fell  by 
the  elder  Flann,  whence  it  (the  road  on  which  he  was  slain) 
is  called  Slige  Ercail,  and  Flann  died  on  Tulach  Flainn 
(«  Flann's  Hill  »).  Uathechtach,  son  of  Feradach,  fell  in  the 
counterstroke  by  Sanb,  son  of  Cet,  son  of  Maga,  and  by  Maine 
Athremail  son  of  Ailill  and  Medb  :  hence  the  plain  (on  which 
he  fell)  is  called  Mag  n-Uatha.  «  Mag  nDeirg  »  was  its  name 
from  the  battle  of  Mag  Tuired  and  from  the  time  of  the  Tuath 
dé  Danann  down  to  this  battle.  Mag  n-Uatha  was  its  name 
from  this  battle  down  to  the  time  of  Columb  cille.  «  Mag 
n-Ura  »  was  its  name  when  Columb  cille  scattered  the  mould 
(///;■)  of  St.  Ciardn  mac  in  tsdir  there,  to  expel  the  démons 
thereout.  Caindlech,  daughter  of  Gaimgelta,  the  she-warrior, 
Cormac's  fostermother,  fell  at  Caindlech's  Brake,  by  Maine, 
son  of  Ailill  and  Medb.  Luan,  son  ofSuanach,  was  slain  at  Ath 
Luain  {AtlAone),  so  that  from  him  the  ford  is  named.  Bui- 
dech  daughter  of  Forgemen,  slew  Luan.  Also  Illann  the  Fair 
and  Illann  the  Brown,  twins  whom  Camall,  daughter  of 
Maga,  bore  to  Eochaid  Ronn,  are  killed  at  the  ford.  Hence  the 
river  is  called  na  hEniain  (the  Twins  »),  for  «  The  Twins  »  is 
the  name  bv  which  thev  were  called. 


164  Wliitlcy  Sîokes. 


NOTES 


1 .  This  sentence  is  misplaccd  in  H.  5.  18,  where  it  cornes  next  alterna 
be  in  simlser  he. 

2 .  fiiair  H.  I.  17. 

3.  gaisgaisgidh  H.  i.  17.* 

4.  Roaontaiged  Ulaid  uile  fodeoig  an  rige  do  Corbmac,  arbado  ro  fàcuib 
Conchobar  fri  hidacht  mbais,  7  ba  he  in  sindsir  lie.  H.  3.  18. 

5 .  Imgrinn  H.  i.  17. 

6.  fochtais  H.  i .  17. 

7.  atbertsat  H.  i.  17. 

8.  ag  fi'adhach  H.  i.  17. 

9.  failli  H.  I.  17. 

10.  hirr  H.  i.   17. 

11.  sic  H.  I.  17.  centuill  H.  3.  18. 

12.  Craipthine  H.  i.  17. 

1 3 .  sic  H.   i.  17.  cosnam  H.  3.  18. 

14 .  bruigne  H.  3.  18. 

I).  t3rcomliî(5  H.  3.  18.  Ro  gluais  H.   1.  17. 

16.  gabaltac/ja  H.  i.  17. 

17  Sci'ath  luaimncch  lethanb;eacc  (or  cliu  gacb  tir  acu.  cloideam  imdain- 
gen  imellgtr  for  cns  gacb  curadh  dibh,  H.  i.  17. 

18.  raonga  H.  1 .  17. 

19.  calca  det  H.  3.  18.  colga  déda  H.  i.  17. 
20  srolnaide  H.  3.   18.  sroilsnaithi  H.  i.   17. 

21 .  scimnech  H.  3.  18. 

22.  do  coll  a  geisi  7  do  timdibhe  a  saogail  H.  1.  17. 

23 .  gessa  H.  i.  17. 

24.  sgeithirne  H.  i.  17. 
23.  fri  H.  1 .  17. 

26  athu  H.  3.  18. 

27.  rois  H.  5.  18.  ruis  H.  i .   17. 

28.  sic  H.  I.  17.  uris  H.  3.  18. 

29.  nibeith  H.  i.  17. 
50.  loca  H.  I.  17. 

3  I .  iirnaighi  H.   i.  17. 

32.  Scenmb  H.  i.  17. 

35 .  Babh  II.  1 .  17. 

34.  thoiglur/;/  H.  i.  17. 

35 .  cuidh  H.  1.  17. 

36.  righi  H.  i.   17. 

37.  Tfludhbh  fein  H.  i.   17. 

38.  ct'/baine  H.  3.  18. 

39.  adn.  H.  3.  18. 

40.  Bratnas  H.  3.  18. 

41 .  chnis  H.  3.  18. 


Da  ChoCit's  Hostel.  l6^ 

42.  traigtib  H.  3.  18. 

43 .  failti  H.  I.  17. 

44.  air  aoin  co  brach  H.  i.  17. 

45 .  Loinfiach  H.  i.  17. 

46 .  Carman  H .  i .  17. 

47.  Luighech  H.  i.  17. 

48.  a  {iadnaisc  H.  1.  17. 

49.  duthach  H.  5.  18. 
)0.  Ilfiac  H.  I.  17. 

51.  coigceil  H.  i.  17. 

52.  uacleitig  H.  3.  18.  huclichleitliigh  H.  i.  17.  ûchletig  LU.  127I'. 

53.  uath  H.  I.  17. 

54.  Daimgelta  H.  r.  17. 
55  -  Urbadha  H.  i.  17. 

56.  Findgaine  H.  i.  17. 

57.  ferat  H.  3.  18.  feruid  H.  i.  17. 

58.  tuastrad  H.  3.  18. 
39  timrubud  H.  i.  17. 

60.  fodeoig  H.  3.  18. 

61.  teglaic  H.  3.  18. 

62.  druim  H.  I.  17. 

63.  gaiblech  H.  3.  18. 
64..  n-itha  H.  i.  17. 

65.  H.  3.  18  adds  :  Moighi  Dc/rcc. 

66.  sloinnttT  iair  foirind  H.  i.  17. 

67.  Buigech  H.  3.  18. 


I  E  P  X  H    II  ()  A  1"  X  m  ()  :£ 


LES  CROISSANTS  D  OR   IRLANDAIS 

(Suite.) 

Revenons  maintenant  à  la  question  que  nous  avons  déjà 
abordée,  celle  de  la  production  de  l'or  eii  Irlande  à  l'âge  du 
bronze. 

L'Irlande  semble  avoir  été,  vers  l'an  1 500-1000  av.  J.-C, 
un  véritable  Eldorado.  Le  souvenir  de  cette  richesse  n'était  pas 
perdu  à  l'époque  historique,  bien  que  les  textes  grecs  et  ro- 
mains n'en  parlent  pas.  Au  xif  siècle,  le  livre  de  Leinster 
mentionne  l'extraction  de  l'or,  dont  les  premiers  lingots  au- 
raient été  fondus  par  le  roi  milésien  Tighearnmas  dans  les 
forêts  situées  à  l'est  de  la  rivière  LifFey  ^  Au  siècle  dernier  en- 
core, on  exploita  avec  succès  de  l'or  d'alluvion  dans  le  comté 
de  Wicklow,  à  la  suite  de  la  découverte,  due  au  hasard,  d'une 
pépite  pesant  22  onces,  dans  un  affluent  de  l'Ovoca.  Pendant 
si.>î:  semaines,  toute  la  population  des  alentours,  abandonnant 
le  travail  des  champs,  accourut  vers  le  placer.  Bientôt  le  gou- 
vernement intervint  et  institua  lui-même  des  recherches  qui, 
de  1796  à  1798,  donnèrent  pour  plus  de  100,000  francs  de 
métal;  les  particuliers  en  avaient  retiré,  dit-on,  pour  plus  de 
250,000  2.  Depuis  1795,  le  produit  du  même  district,  irrégu- 
lièrement exploité,  a  été  évalué  à  750,000  francs-.  Il  paraît 

1 .  Wilde,  Cataïogue,  Gold,  p.  6. 

2.  Eucychp.  Brit.,  8^  éd.,  art.  Irelaiid,  p.  218.  Voir  aussi  Wilde,  Cata- 
lo^iit',  Gold,  p.  2  et  suiv.,  et  les  mémoires  cités  par  Coffey,  Origins,  p.  40, 
notamment  Journ.  Roy.  Geol.  Soc.  of  Irelaiid,  t.  VI,  p.  147.   L'or  irlandais 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  167 

évident  que  l'or  deWicklow  constituait  mic  ^onc  de  poche,  né- 
gligée, par  hasard,  à  l'époque  de  l'exploitation  préhistorique  ; 
ces  deux  ou  trois  cents  kilogrammes  d'or  recueillis  à  la  surface, 
dans  quelques  vallées,  donnent  une  idée  de  ce  que  pouvait 
être  la  richesse  naturelle  de  l'île  entière  avant  que  les  hommes 
n'eussent  commencé  à  y  recueillir  le  précieux  métal.  L'Irlande 
préhistorique,  comme  Mycénes,  a  été  r.zK'jyyjzo:  ;  mais,  à  la  dif- 
férence de  Mycènes,  elle  produisait  son  or  elle-même  et,  loin 
de  le  tirer  du  dehors,  semble  l'avoir  exporté  au  loin. 

Humboldt  a  fait  cette  remarque  profonde  que  l'or,  à  toutes 
les  époques,  est  venu  de  pays  qui  sont  comme  les  marches  de  la 
civilisation  ^  Il  paraît  ainsi  reculer  devant  elle,  parce  qu'elle  se 
rue  sur  lui  et  l'épuisé.  L'or  est  peut-être,  de  tous  les  métaux, 
le  plus  répandu,  bien  qu'il  se  trouve  partout  en  quantités  re- 
lativement fiiibles.  Il  n'v  a  guère  de  pays  qui  ne  possède  de 
fleuves  aurifères  -  ;  ceux  de  la  Gaule  roulaient  autrefois  de  l'or 
en  abondance  5.  Ne  s'oxydant  pas,  se  présentant  sous  l'aspect 
de  paillettes  brillantes  ou  de  pépites,  lor  devait  attirer  de  très 
bonne  heure  l'attention  des  hommes.  Je  suis  convaincu  qu'on 
l'a  recueilli  tout  d'abord  et  que  la  métallurgie  si  simple  de  l'or 
a  ouvert  la  voie  à  celle  du  cuivre,  qui  est  autrement  diflicile  et 
compliquée.  L'idée  que  l'or  a  été  le  premier  métal  connu  et 
qu'il  peut  être  question  d'un  âge  de  l'or  contemporain  de  la  tin 
de  l'âge  de  la  pierre  a  été  développée  dès  1861  par  Fournct 
dans  son  excellent  livre  De  l'influence  du  mineur  sur  les  progrés 
de  la  civilisation  4,  Reprise  depuis  (sans  mention  de  Fournet) 


est  au  titre.de  21  3/8  —  21  7/8  carats  et  allié  d'argent,  métal  qui,  comme 
le  plomb,  est  fort  répandu  en  Irlande.  En  1854,  date  de  l'apogée  de  l'in- 
dustrie minière  dans  ce  pays,  10  compagnies  tirèrent  d'Irlande  2,210  tonnes 
de  plomb  et  18,000  onces  d'argent. 

1.  Cf.  L.  de  Launay,  Revue  générale  des  sciences,  1895,  p.  363. 

2.  Fournet,  De  V influence  du  mineur  sur  les  pivgrès  de  la  civilisation  (Lvon, 
1861).  p.  116. 

3  .  Diodore,  V,  27.  Sur  la  richesse  en  or  de  la  Gaule,  attestée  par  Strabon, 
Diodore  et  Pline,  voir  Ridgewav,  Origins  of  metallic  currency,  p.  88  et  suiv. 
Strabon  signale  de  l'or  en  Grande-Bretagne  ;  il  v  en  a  encore  dans  le  pays 
de  Galles  et  en  Ecosse  (Ridgewav,  p.  9)). 

4  Fournet,  Le  mineur,  p.  m  :  «  On  est  inévitablement  amené  à  penser 
que  l'orfèvrerie  naissante,  que  le  premier  âge  de  l'or  sont  contemporains  de 
celui  de  la  pierre.  » 


l68  Salomon  Rein.ich. 

par  M.  Ridgewav  ',  elle  me  semble  conforme  à  la  fois  au  bon 
sens  et  aux  fliits  archéologiques  connus. 

Non  seulement  l'or  a  été,  parmi  les  métaux,  le  premier  que 
l'homme  ait  recueilli^,  mais  il  a  donné  l'idée  de  travailler  les 
autres,  notamment  le  cuivre,  qui,  une  fois  dégagé  de  son  mi- 
nerai, ressemble  à  l'or  par  son  éclat.  Certaines  traditions  reli- 
gieuses prouvent  que  le  cuivre  a  cté  longtemps  considéré 
comme  métal  sacré,  à  l'exclusion  du  ter,  qui  est  d'emploi  plus 
récent  3  ;  mais  il  y  a  aussi  des  traditions  —  comme  celle  où 
paraît  kl  fciucille  d'or  des  Druides  4,  à  rapprocher  de  la  fiucille 
de  cuivre  de  la  magicienne  de  Virgile  5  —  d'où  l'on  peut  con- 
clure que  l'emploi  de  l'or  est  encore  plus  ancien  que  celui  du 
cuivre.  La  rareté  et  le  prix  de  ce  métal  aux  époques  historiques 
expliquent  qu'il  se  soit  conservé  très  peu  d'objets  d'or  remon- 
tant à  une  époque  très  lointaine  ;  on  connaît  toutefois  des 
colliers  et  des  clous  d'or  recueillis,  en  France  même,  dans  des 
monuments  appartenant  à  la  fin  de  l'époque  néolithique^\  C'est 

1 .  Ridgeway,  The  on'gin  of  vietallic  ciirrency  and  îveight  standards  (Cam- 
bridge, 1892),  p.  58. 

2.  FoLirnet,  p.  112:  «  Le  métal  précieux  se  rencontre  quelquefois  en 
masses  passablement  volumineuses,  dans  des  positions  tout  à  fait  superfi- 
cielles. Il  se  trouve  aussi  au  milieu  d'anciennes  alluvions,  composées  de  sa- 
bles et  de  graviers  dont  l'exploitation  fut  amenée  par  la  simple  raison  que 
les  pluies,  les  ravines,  les  torrents  et  les  rivières  mettent  continuellement  en 
évidence  ces  grains,  ces  paillettes,  ces  poudres  d'or  de  plus  en  plus  atté- 
nuées. Il  ne  s'agissait  donc  pas  ici  de  travaux  miniers  comme  pour  obtenir 
le  silex.  Le  métier  d'orpailleur  se  borne  d'abord  à  imiter  la  nature  qui,. avec 
ses  eaux,  emporte  au  loin  les  parties  terreuses  ou  sableuses  des  dépôts  en  ne 
laissant  sur  place  que  les  matières  lourdes,  au  milieu  desquelles  le  métal 
précieux  s'arrête  naturellement  à  cause  de  sa  grande  pesanteur.  « 

3.  Cf.  Bertrand,  Archcol.  cdtique  et  oraiibise,  2^  éd.,  p.  22,  qui  propose 
d'ailleurs,  pour  ces  faits,  une  explication  inadmissible.  Le  texte  capital  est 
celui  de  Macrobe  (V,  i):  Oiimino  ad  rem  divinani  pleraqiie  aeiiea  adhiberi  so- 
lita,  milita  iiulicio  siiiit. 

4.  Pline,  XVI,  250:  Sacerdos  candida  veste  ciilliis  arborem  scaiidit,  falce 
anrea  demetit,  etc. 

5.  Virg.,  Aeii.,  IV,  513  :  Falcibiis  et  iiiessae  ad  hiiiain  qiiaeriiuliir  ahenis 
Puhentes  herbue... 

6.  A  l'intérieur  d'un  tumulus  de  la  Loire-Inférieure,  il  y  avait  des  perles 
d'or  en  forme  de  tubes,  un  vase  caliciformc,  une  admirable  pointe  de  flèche 
en  silex  et  une  tige  de  bronze  (L'Anthropologie,  1894,  p.  329).  —  Fournet, 
p.  109  :  «  Dans  la' Suisse  on  a  trouvé,  comme  appartenant  à  l'âge  de  bronze, 
de  petites  tiges  (d'or)  curoulées  en  tire-bouchons  et,  de  plus,  une  fine  la- 
melle cannelée  qui  indique  l'emploi  du  laminoir,  instrument  vraiment  re. 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  169 

une  chose  très  digne  de  remarque  que  l'or  s'est  rencontré  avec 
cette  substance  d'origine  mystérieuse,  la  callaïs,  qui  est  fré- 
quente dans  les  grands  dolmens  armoricains,  mais  ne  paraît 
jamais  dans  les  dépôts  ou  cachettes  de  bronze.  En  Grande- 
Bretagne  comme  en  Armorique,  de  petits  rivets  d'or  employés 
comme  clous  se  trouvent  dans  des  monuments  de  la  fin  de 
l'époque  néolithique  -.  On  a  recueilli  de  l'or,  dans  desharrows 
anglais,  avec  des  perles  d'ambre  et  des  poignards  de  bronze-; 
ces  derniers  objets  caractérisent  nettement  les  débuts  de  l'âge 
du  bronze  dans  nos  pays,  puisqu'ils  se  sont  rencontrés  quel- 
quefois dans  des  dolmens  d'où,  en  revanche,  on  n'a  jamais 
exhumé  ni  une  perle  d'ambre,  ni  une  épée  de  bronze,  ni  une 
épée  de  fer. 

Un  autre  métal,  l'étain,  se  trouve  aussi  sous  la  forme  de 
paillettes  brillantes  qui  ont  dû  de  bonne  heure  appeler  l'at- 
tention 5.  Or,  précisément,  on  a  recueilli  dans  les  stations  la- 
custres de  la  Suisse  d'assez  nombreux  objets  en  étain  pur4, 
ainsi  que  des  fragments  de  poterie  comme  damasquinée  avec 
de  l'étain,  preuve  que  ce  métal  fut  employé  d'abord  sans  alliage 
et  qu'il  n'a  pas  été  importé,  dans  l'Europe  occidentale,  par  je 
ne  sais  quelle  tribu  de  bronziers  venus  du  tond  de  l'Asie.  En 
second  lieu,  il  est  remarquable  que  l'étain  se  trouve  souvent 
associé  à  l'or  dans  les  mêmes  gisements,  notamment  en  Saxe  '> 
et  dans  le  centre  de  la  France,  où  la  plupart  des  anciennes 
mines  d'or  s'appellent  encore  Lauricre  ou  L'Auricrc.  Il  y  a  des 
traces  d'étain,  en  Irlande  même,  dans  le  district  de  Wicklow, 
qui  est  précisément  le  plus  riche  en  or  6.  N'est-il  pas  naturel 
de  conclure  de  là  que  la  recherche  de  l'or  mit  sur  la  voie  de  la 
découverte  de  l'étain",  puis  que   l'épuisement  de  l'or  donna 

marquablc  pour  une  si  haute  antiquité,  mais  qui  se  conciliait  fort  bien  avec 
les  damasquinures  d'étain  déjà  mentionnées  pour  les  poteries.  » 

1.  Archaeohgia,  t.  XXXIV,  p.  254  ;  Revue  archcoL,  ii^go,  II,  p.  520. 

2.  Greenwell,  British  Barrows,  p.  55. 

5 .  L'argent,  qui  ne  se  rencontre  presque  jamais  à  l'état  pur,  n'a  été  re- 
cueilli et  travaillé  que  plus  tard. 

4.  Parmi  ceux  qui  se  trouvent  aujourd'hui  au  musée  de  Lausanne,  il  y 
en  a  dont  l'antiquité  m'a  paru  bien  suspecte. 

5.  Fournet.  op.  laiid.,  p.   115. 

6.  Corte\",  Orii^iiis  of  prehist.  onuiniciil,  p.   59. 

7.  Fournet,  op.  hitid.,  p.    119:  «  Les  alluvions  (aurifères)  peuvent  aussi 

Revue  Celtique,  XXI.  12 


i-o  Salomon  Reinacli. 

l'idée  d'extraire  le  cuivre  de  ses  oxydes  et  que  le  nouveau  métal 
fut  allié  à  l'étain,  dont  on  avait  bientôt  reconnu  le  peu  de  ré- 
sistance ?  Tout  cela  put  et  dut  se  faire,  indépendamment,  dans 
l'Europe  occidentale,  dans  l'Europe  centrale,  en  Asie,  partout 
où  existent  à  la  fois  de  l'or,  du  cuivre  et  de  l'étain  et  où  les 
hommes  furent  assez  doués  pour  profiter  de  ces  heureuses  cir- 
constances. Des  trois  métaux  que  nous  venons  de  nommer, 
l'étain  est  celui  dont  les  gisements  sont  les  plus  rares,  ce  qui 
explique  le  petit  nombre  des  centres  de  fabrication  du  bronze 
préhistorique.  Mais  l'hypothèse  d'un  centre  asiatique  unique 
devrait  être  enfin  abandonnée,  comme  inconciliable  avec  la 
vraisemblance  et  avec  les  faits. 

J'ajoute  que  ce  n'est  pas  seulement  en  Gaule,  mais  dans 
bien  d'autres  pays,  que  la  recherche  et  même  l'extraction  de 
l'or  appartiennent  à  l'époque  préhistorique.  Dans  des  travaux 
souterrains  effectués,  en  Sibérie,  pour  l'extraction  de  l'or, 
Pallas  a  signalé,  au  siècle  dernier,  des  objets  tranchants  en 
bronze,  antérieurs,  par  suite,  à  la  connaissance  des  outils  de 
fer  dont  le  bronze  ne  put  soutenir  la  concurrence  ^  Agathar- 
chide  racontait  que,  de  son  temps,  vers  l'an  loo  avant  J.-C, 
on  trouvait  dans  les  anciennes  mines  d'or  de  l'Egypte  les  ci- 
seaux de  bronze  des  ouvriers  d'autrefois,  qui,  ajoute  le  géo- 
graphe, ne  connaissaient  pas  encore  l'usage  du  fer-.  Plus  an- 
ciennement, les  Egyptiens  avaient  tiré  leur  or,  à  l'état  de  pépites 
et  de  poudre,  de  la  Nubie,  dont  le  nom  {Nub  =  or)  correspond 
exactement  à  celui  ^'£"/  Doraâo.  Sur  les  bords  de  la  mer  Rouge, 
les  Anciens  mentionnent  un  peuple,  les  Debae,  qui  possé- 
daient de  l'or  et  n'étaient  pas  encore  métallurgistes,  car  ils 
échangeaient  leur  précieux  métal  contre  du  cuivre,  du  fer  et 


être  stannifères  et  l'or  étant  même  quelquefois  demeuré  soudé  aux  cailloux 
d'oxvde  d'étain,  on  conçoit  comment  ces  enchaînements  facilitèrent  les  dé- 
couvertes respectives.  Enfin  j'admets  que  si  For  a  été  connu  dès  l'âge  de  la 
pierre,  l'élain  a  dû  être  obtenu,  sinon  au  même  moment,  du  moins  peu  de 
temps  après.  Le  retard  relatif  ne  provient  que  de  la  difficulté  qu'il  y  eut 
d'inventer  les  procédés  pour  réduire  son  minerai  à  l'état  métallique.  ;> 

1.  Pallas,  Voyages,  t.  IV,  p.  6oi  ;  Congrès  internat,  de  Budapest,  p.  319. 

2.  Geogr.  minores,  éd.  Didot,  t.  I,  p.  128-129  :  E6;(^x.ov:a'.  o=-  ï-<.  -/.al  xaO' 
fjjjLàç  £v  TOÎç  ypyjEiO'.;  xoî;  C"'  Èy.îfvtov  y.aTaay.cvaaOîîat  XaTOaiôî;  [xÈv  '/7.\y.x~., 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  171 

de  l'argent  ^  Presque  toutes  les  mines  d'or  situées  sur  les  rives 
de  l'Archipel  étaient  déjà  abandonnées  du  temps  de  Strabon  ; 
mais  on  conservait  en  Grèce  le  souvenir  d'une  époque,  corres- 
pondante à  l'âge  du  bronze,  où  elles  avaient  fourni  d'immenses 
richesses  à   Tantale,  aux  Pélopides,  à  Priam,  à   Cadmos,  à 
Midas-.  Hérodote  nous  dit  qu'au  V  siècle  encore  avant  J.-C. 
certaines  tribus  scythiques  avaient  des  vases  d'or,  mais  ne  se 
servaient  ni  d'argent  ni   de  cuivrer.  Ainsi  l'exploitation  des 
filons,  toujours  postérieure  à  celle  des  alluvions  et  des  placers, 
semble  avoir  été  surtout  florissante  à  l'époque  du  bronze  et 
l'on  peut  approuver  cette  conclusion  de  l'ingénieur  Zannoni  : 
«  L'or  me  paraît  caractériser  le  maximum  du  développement 
de  la  première  période  des  métaux.  Mon  idée  sera-t-elle  étrange 
en  disant  (sic)  que  l'âge  du  bronze  a  passé  à  l'âge  du  fer  sur  un 
tout  petit  pont  d'or  ?  -^  » 

Mais  partout  où  les  hommes  ont  renoncé  à  la  vie  nomade 
pour  la  vie  sédentaire,  ils  ont  rapidement  épuisé  les  quantités 
d'or  éparses  sur  leur  sol  5  ;  d'où  ce  résultat,  encore  constaté 
de  nos  jours,  que  l'or  se  révèle  seulement  dans  les  pays  où  la 
civilisation  vient  de  pénétrer.  Ce  qui  se  passe  aujourd'hui  dans 
l'Alaska  et  dans  le  sud  de  l'Afrique  a  dû  se  produire  bien  des 
fois  dans  l'antiquité.  La  découverte  de  l'or  a  été  le  plus  puis- 
sant stimulant  de  l'industrie  naissante  et  du  commerce,  mais 
aussi  une  cause  de  luttes  meurtrières  et  de  guerres  d'extermi- 
nation. Toutefois,  l'or  épuisé  ou  devenu  rare,  la  région  aurifère 
a  gardé,  d'une  manière  plus  ou  moins  durable,  le  bénéfice  de  sa 
fécondité  métallique.  D'autres  produits  du  sol  ont  été  recherchés 
comme  objets  d'échange  ;  les  relations  commerciales,  une  fois 
créées,  se  sont  maintenues  en  se  transformant;  l'industrie  s'est 
tournée  -vers   l'exploitation   et  la  mise  en  œuvre   des  autres 


1.  Strabon,  p.  661,  45  ;  Diodore,  III,  4s,  4 

2.  Ridgewav,  op.  laiid.,  p.  72. 

3 .  Hérodote,  IV,  71. 

4.  Congres  inteniationul  de  Budapest,  p.  319. 

5 .  Sur  la  rapidité  avec  laquelle  les  gisements  d'or  s'épuisent,  voir  L.  de 
Launay,  Rei'.gén.  des  Sciences,  1895,  p.  365.  En  Australie,  il  suffit  de  23  à 
30  ans  pour  que  l'or  ait  disparu  à  la  surface  d'un  district.  Les  mines  mêmes 
se  vident  très  vitj,  témoin  celles  de  la  Californie,  qiii  produisaient  356  mil 
lions  d'or  en  1853  et  64  seulement  en  1891. 


172  Sdlomon  Reinacli. 

métaux  ;  en  un  mot,  la  civilisation  s'est  implantée,  avec  la  ri- 
chesse durable  qu'elle  apporte,  dans  les  régions  dont  les  ri- 
chesses superficielles  avaient  été  rapidement  épuisées. 

L'épuisement  de  l'or  irlandais,  ou,  du  moins,  de  la  quantité 
d'or  facile  à  recueillir,  doit  être  bien  antérieur  à  la  conquête 
de  la  Grande-Bretagne,  car  les  Romains  ne  savaient  pas  qu'il 
y  eût  de  l'or  en  Irlande  et  ils  l'auraient  probablement  conquise 
s'ils  l'avaient  su.  D'autre  part,  quand  on  constate,  dans  les 
Musées,  le  grand  nombre  des  bijoux  d'or  irlandais  vers  l'an 
1000  av.  J.-C.  et  la  pénurie  relative  d'objets  en  or  appartenant 
à  l'époque  du  fer,  on  est  tenté  de  croire  que  l'épuisemeiit  du 
métal  jaune  a  dû  se  produire  même  avant  le  v''  siècle.  Cette 
hj'pothèse,  qui  se  présentait  avec  force  à  mon  esprit  dans  les 
salles  du  musée  de  Dublin,  permettrait  d'expliquer  ce  qu'il  v 
a  de  singulier  dans  le  développement  de  la  civilisation  maté- 
rielle en  Irlande  tel  qu'il  nous  est  actuellement  permis  de  l'en- 
trevoir. Avant  l'an  1000,  une  grande  richesse,  des  monuments 
magnifiques,  une  céramique  très  développée,  des  relations 
commerciales  suivies  avec  la  Scandinavie  et  la  Gaule,  peut- 
être  même  la  prise  de  possession,  par  des  Vikings  irlandais, 
de  quelques  points  de  notre  littoral.  Puis  une  décadence 
brusque,  une  quasi-disparition  de  la  civilisation  matérielle, 
comme  si  une  invasion  de  barbares  venus  de  l'Ecosse  ou  de  la 
Scandinavie  avait  étouffé  la  civilisation  du  bronze  et  celle  de 
l'or.  De  la  première  époque  du  fer,  presque  rien;  de  la  se- 
conde, des  objets  remarquables,  mais  d'un  style  tardif  et  sans 
originalité  propre,  qu'on  pourrait  croire  fabriqués  en  Grande- 
Bretagne  ou  en  Ecosse,  parce  qu'on  y  trouve  les  mêmes  objets 
en  plus  grand  nombre.  A  l'époque  romaine,  presque  rien,  nou- 
velle écHpse;  enfin,  la  grande  Renaissance  irlandaise,  qui  com- 
mence vers  le  v'^  siècle  et,  sous  l'influence  de  Byzance  jointe 
à  celle  de  la  Scandinavie,  produit  un  art  nouveau,  d'une  per- 
fection technique  admirable,  dont  le  Musée  de  Dublin  montre 
avec  orgueil  le  chefs-d'œuvre,  en  particulier  la  châsse  pyrami- 
dale en  or  et  en  argent  qui  abrite,  depuis  le  xi^  siècle,  la  cloche 
de  saint  Patrice. 

Il  semble  bien  que  l'Irlande  n'ait  pas  été  la  seule  victime 
d'une  décadence  que  l'on  peut  placer  vers  la  fin  de  l'âge  de 


Les  Croissants  d'or  irlandais.  17 j 

bronze,  aux  environs  de  l'an  1000,  et  dont  les  effets  se  firent 
sentir  pendant  des  siècles.  Quand  un  archéologue,  flimilier 
avec  le  développement  de  l'âge  du  bronze  en  Grande-Bre- 
tagne, lit  dans  César  que  les  Bretons  doivent  importer  leur 
cuivre  ou  leur  bronze  %  alars  que  les  minerais  de  cuivre  et 
l'étain  sont  très  communs  dans  l'ouest  de  la  grande  île,  il 
hésite  d'abord  à  ajouter  foi  au  témoignage  du  conquérant 
romain.  Mais  il  n'est  vraiment  guère  admissible  que  César  eût 
représenté  les  Bretons  comme  vivant  dans  un  état  aussi  pri- 
mitif si  l'activité  industrielle  dont  témoignent  les  restes  de  l'âge 
du  bronze  n'avait  pas  été  alors  arrêtée  depuis  longtemps.  Là 
aussi,  comme  en  Irlande,  bien  qu'a  un  moindre  degré,  il  y  eut 
un  recul  de  la  civilisation,  un  retour  vers  la  barbarie,  pareil  à 
celui  qui  se  produisit  en  Asie  Mineure  à  la  suite  de  la  conquête 
turque.  Un  phénomène  analogue  est  très  apparent  dans  l'est 
de  la  Gaule.  Les  stations  lacustres  de  l'âge  du  bronze  dispa- 
raissent en  pleine  prospérité,  comme  frappées  par  une  catas- 
trophe soudaine;  le  premier  âge  du  fer  témoigne  d'une  civili- 
sation plus  rude,  dont  le  caractère  est  plutôt  guerrier  qu'in- 
dustriel. En  présence  de  ces  faits,  nous  songeons  naturellement 
à  la  ruine  de  la  civilisation  achéenne  par  l'effet  de  l'invasion 
des  Doriens  et  sommes  tentés  d'admettre  une  corrélation  his- 
torique entre  des  événements  à  peu  près  contemporains  et  ayant 
présenté  le  même  caractère.  On  a  parlé  avec  raison  d'un  pre- 
mier moyen  âge  grec,  l'époque  où  s'élabora  l'épopée  homérique; 
je  ne  suis  pas  éloigné  d'admettre  au  même  moment,  et  sous  l'in- 
fluence de  causes  analogues,  un  premier  moyen  âge  celtique. 
N'est-il  pas  permis  de  rattacher  le  début  de  ce  moyen  âge  à 
la  première  invasion,  dans  les  îles  Britanniques,  des  tribus  qui 
y  ont  introduit  les  langues  celtiques  ?  Les  données  chronolo- 
giques auxquelles  on  est  arrivé  par  d'autres  voies  concordent 
bien  avec  cette  hypothèse.  En  1892,  j'ai  émis  l'opinion  que  le 
mot  hassitcros,  signifiant  l'étain,  qui  est  déjà  dans  Homère, 
était  un  vocable  celtique,  désignant  la  région  éloignée  d'où 
provenait  ce  métal  ^.  Deux  ans  après,  dans  la  seconde  édition 


1.  Ct'S.ir.  DcU.î;all.,  V,  12:  Acre  iilunliir  iin^wlato. 

2.  L'.-iiithropolû^ie,  1892,  p.  275. 


174  SMomon  Rcinach. 

de  son  livre  Les  Premiers  habitants  de  l'Europe,  M.  d'Arbois  de 
Jubainville  écrivait  ^  :  «  Si  l'on  admet  la  doctrine  nouvelle 
émise  par  M.  Salomon  Reinach,  si  l'on  croit  que  kassiteros, 
nom  grec  de  l'étain,  déjà  dans  ïlliade,  est  en  même  temps  un 
nom  celtique  de  la  Grande-Bretagne,  il  faut  conclure  que  les 
Celtes  du  premier  ban  sont  arrivés  dans  cette  île  avant  la  pé- 
riode homérique,  950-800  av.  J.-C,  et  que  la  chute  du  /)  indo- 
européen en  celtique  a  précédé  cette  date.  »  Je  crois  toujours 
que  kassiteros  est  un  mot  celtique  et  que,  par  suite,  il  y  avait 
des  Celtes  en  Bretagne,  ou  du  moins  sur  la  côte  opposée  de  la 
Gaule,  vers  l'an  900  av.  J.-C.  Il  est  donc  raisonnable  d'attri- 
buer à  une  époque  un  peu  antérieure,  c'est-à-dire  aux  environs 
de  l'an  1000,  la  première  invasion  celtique  en  Bretagne;  or, 
cette  invasion  s'est  certainement  étendue  à  l'Irlande,  dont  la 
langue  dérive  de  celle  des  Celtes  «  du  premier  ban  )). 

D'autre  part,  M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  montré  que  les 
Celtes  du  second  ban,  les  Belges,  qui  envahirent  la  Grande- 
Bretagne  vers  l'an  200  av. J.-C,  sontallés,  eux  aussi,  jusqu'en 
Irlande-.  Car  Ptolémée  cite  dans  l'Irlande  du  Sud  la  ville  de 
Menapia  %  qui  rappelle  singulièrement  le  nom  des  Meiiapii, 
peuplade  belge  qui  habitait  aux  environs  de  Cassel,  dans  le  dé- 
partement actuel  du  Nord.  C'est  à  cette  seconde  invasion  qu'il 
faudrait  attribuer  l'introduction,  en  Irlande,  d'objets  du  style 
de  La  Tène  (le  Marnien  des  archéologues  français),  dont  nous 
avons  signalé  plus  haut  le  caractère  tardif  et  le  manque  d'ori- 
ginalité. En  effet,  les  origines  du  style  de  La  Tène  remontant, 
en  Gaule,  aux  environs  de  l'an  500  avant  J.-C,  il  est  naturel 
que  les  spécimens  de  ce  style,  recueillis  en  Grande-Bretagne  et 
en  Irlande,  appartiennent  à  l'une  des  dernières  phases  de  son 
évolution  décorative.  C'est  ce  qu'il  est  flicile  de  constater, 
quand  on  connaît  le  st^'le  de  La  Tène  sur  le  continent,  en 
examinant  les  objets  analogues  tant  au  British  Muséum  qu'au 
Musée  national  de  Dublin. 

Ainsi  l'Irlande,  à  la  tin  de  l'âge  de  bronze,  a  été  violemment 

1 .  D'Arbois  de  Jubainville.  Les  premiers  haUtaiils  de  l'Europe,  2^  éd.,  t.  II, 
p.  283. 

2.  Ibid.,  p.  297. 

3.  Ptolémée,  II,  2,  7. 


Les  Croissants  cVor  irlandais.  175 

cchiscc,  et  l'on  n'a  pas  le  droit  de  qualilier  de  celtique  la  civi- 
lisation primitive  de  ce  pays,  dont  les  affinités  sont  plutôt  ibé- 
riques. C'est  la  barbarie  qui  fut  celtique. 

Antérieurement  à  cette  crise,  la  civilisation  du  bronze  et  de 
l'or  fut  aussi  florissante  dans  le  nord-ouest  que  dans  le  sud-est 
de  l'Europe  ;  l'Irlande  d'alors  put  presque  se  comparer  à  la 
Grèce  mycénienne.  Après  Tan  1000,  la  civilisation  européenne 
rétrograde  ou  s'étiole,  tandis  que  la  région  orientale  de  la  Mé- 
diterranée, grâce  à  la  proximité  de  l'Assyrie  et  de  l'Egypte, 
reprend  rapidement  son  essor,  pour  introduire  plus  tard,  dans 
l'Europe  occidentale  restée  ou  redevenue  barbare,  la  civilisation 
gréco-romaine.  En  Irlande,  cette  civilisation  ne  pénétra  qu'avec 
le  christianisme  et  y  trouva  un  terrain  propice.  Mais  ce  n'était 
pas  un  terrain  vierge.  Les  couches  profondes  de  l'ile  récelaient 
et  nous  ont  rendu  les  monuments  d'un  passé  lointain,  alors 
complètement  oublié,  où  l'Irlande  avait  joué  le  rôle  d'un  foyer 
industriel  et  commercial,  peut-être  aussi  —  car  le  Druidisme 
a  pu  naître  là  où  il  est  allé  mourir  —  d'un  centre  religieux  et 
philosophique. 

Salomon  Reinach, 


O.   Ir.   TELLAIM,   TALLAIM 


A  verb  Icllaim  appears  in  scveral  passages  of  tlie  Wùrzburg 
Glosses. 

5'-"  13  nilclla  doiieuch  and  moiâon  aariltc. 

25''  18  non  praeueniemus  cos  qui  dormierunt.  quoniam  ipse 
Dominus  in  iusu,  et  in  uoce  archangili,  et  in  tuba  Dei 
discendet  de  aelo  etc.  i.  nitclfea  cotiud  dochàch  and. 

25'' 2  tune  repentinus  eis  superueniet  interitus,  ...  et  non 
efugient  .i.  nithelfea  doib. 

26^2^  nitellfea  doib  irchoimled  in  hora  iudicii... 

In  the  last  three  instances  in  the  Grammatica  Celtica  the  verb 
is  translated  loosely  by  «  non  iuuabit  »  ;  it  is,  however,  pos- 
sible to  arrive  at  a  more  accurate  translation.  A  clue  is  furnished 
by  LU.  i2r\45  nothcUtis  imviorro  Jàith gaile  fer  n-Ulad  ...  isind 
rigtbig  sin,  which  clearly  means  «  the  ^varriors  of  Ulster  used 
to  find  room  in  that  palace  »,  i.  e.  it  \vas  large  enough  to 
contain  them.  This  at  once  suggests  that  tcllaiiii  is  identical 
with  the  well  known  verb  tallaiin,  cf.  2  tallaiin  Wind.  Wb., 
tallaiin  I  Atkinson  PH.,  Transactions  of  the  London  Philolo- 
gical  Society,  189 1-3,  pp.  289  sq.  For  the  variation  in  vocal- 
ism  compare  tallaiin  «  I  take  away  »  by  the  side  oi tcUaim. 

And  îallaim  is  found  in  expressions  similar  to  the  above.  In 
Wb.  2)''2  the  aspiration  shews  that  there  is  an  inhxed  neuter 
pronoun  ;  compare  w'nh  ihisfcib  dii-n-d-alla  ^  indib  xMl.  30'  12. 
In  do-t-allfa-sn  LL.  249'' 46  there  is  a  similar  infixed  pronoun 
of  the   second  person  ;  in  YBL.    57'' 32   it  is   corrupted  into 


I.  The  neuter  pronoun  hère  is  awkward,  and  \ve  shoulJ  probably  read 
du-n-da-aîla. 


0.  Ir.  Tellaim,  Tallaim.  177 

dothaiUfc-sc,  as  though  it  were  thc  2  sg.  fut.  of  a  verb  *  do- 
taUa'nn.  With  niieUa  do  neuch  etc.  cf.  nithalla  neindirgc  (jieni- 
dirgi  YBL.)  dô  arnab  tusledach,  Cormac  s.  v.  droichd.  With /or 
\ve  iind  Sg.  90^*2  difficillima  rccusatio  gl.  ni  Jtalla  ohbad  fair 
itir. 

In  the  foregoing  sentences  -Ici la  etc.  might  be  cxplained 
from  an  earlier  sensé  of  «  there  is  room  for  »,  which  with  a 
négative  would  corne  easily  to  express  impossibility.  Thus 
fcrb  duiid[a]allii  indih  would  mean  Hterally  «  as  there  is  room 
for  them  (piaiia)  in  them;  so  nitella  doneuch  and  nwidcin  aarilte 
might  be  translated  «  there  is  no  room  therein  for  anyone  to 
boast  his  merit.  »  In  the  other  passages  the  meaning  is  more 
clearly  that  of  impossibihty.  Thus  nithelfea  doih  ht.  «  there 
will  be  no  room  for  it  to  them  »,  i.  e.  «  it  will  be  impossible 
for  them,  nitJjalla  (recte  )ii  talla)  nemdîrgi  dô  arnab  tusledach 
«  it  does  not  admit  of  unstraightness  that  it  may  not  be  un- 
stable  »,  nbtalla  obbad  fair  itir  «  it  does  not  admit  of  excuse  at 
ail  ». 

As  for  the  construction,  where  there  is  no  accompanying 
noun,  the  verb  is  used  impersonally  with  an  infixed  pronoun. 
What  is  the  construction  where  there  is  an  accompanying 
substantive  ?  In  Wb.  5'-'  13  nwidem  seems  to  point  to  a  nomin- 
ative, but  this  is  not  certain,  cf.  diamôidem  Wb.  14'' 37.  In 
other  texts  there  are  clcar  instances  of  the  accusative  :  —  ini 
chair  i  i  talla  bôin  co  tinnc  «  with  a  cauldron  which  can  contain 
a  cow  with  a  salted  pig  »  Laws,  IV,  326,  bothar,  talla  di  boin 
fair,  alanae  for  fot,  alailc  fortarsnac,  aratalla  al-loigii  7  a  n- 
gainnui  inna  farrad  «  bôlhar,  it  contains  two  cows,  one  length- 
wise,  the  other  athwart,  tliat  there  may  be  room  for  their 
calves  and  their  yearlings  along  with  them  ».  Cormac  s.  v.  rôt. 
In  this  last  passage  there  is  a  variant  foratallut  a  keig  nô  an- . 
gânina,  which  is  clearly  an  adaptation  to  the  personal  cons- 
truction which  prevailed  later.  In  LU.  11 2'' 9  hitallat  ;^;^,  nga- 
mna,  the  accusative  indicates  that  we  hâve  hère  corruption  of 
an  original  hi talla  trichait  nganinac'.  In  later  Irish  the  personal 


I.    Another  iQxl  Rev.  Cdt.,  XIV,  450  has  ilatte  triclmit  n-^aiiuia,   which 
continus  the  abovc  suggestion. 


lyS  J.  Sir.ichan. 

construction  is  the  regular  onc  ;  examples  will  be  found  in 
Atkinson.  But  if  \ve  observe  how  old  texts  hâve  the  imper- 
sonal  construction  while  later  texts  hâve  the  personal,  and 
further  that  in  MSS.  there  is  a  tendency  to  substitute  the  per- 
sonal construction  for  the  impersonal,  we  shall  hardly  be 
wrong  in  assuming  that  the  impersonal  construction  was  the 
original  one,  the  personal  construction  a  later  development. 
For  the  change  a  parallel  may  be  found  in  the  transition  of 
the  impersonal  fil  to  a  personal  inflexion. 

In  a  paper  in  tlie  Transactions  of  the  London  Philological 
Society  cited  above  I  compared  Ir.  talhniii  with  Lith  Ici  pi) 
«  raum  worin  haben  »,  a  comparison  which  has  met  with 
some  favour,  cf.  Brugmann,  Grundriss  2,  pp.  516,  686,  Zu- 
pitza,  KZ.,  XXXV,  263.  At  that  time  I  was  acquainted  only 
with  the  personal  construction  in  Irish,  and  tlie  similarity 
between  the  personal  construction  in  Irish  and  the  use  of  the 
Lithuanian  tclpii  is  very  striking.  If,  however,  the  Irish  per- 
sonal construction  be  developed  from  an  impersonal,  the 
strong  resemblancc  disappears,  unless  indeed  a  similar  deve- 
lopment is  to  be  postulated  in  Lithuanian.  Whether  there  be 
an)'  grounds  for  such  an  assumption  Lithuanian  scholars 
must  décide.  Meanwhile  one  might  throw  out  for  considé- 
ration the  suggestion  whether  this  -fclla  -talla  may  not  after 
ail  be  some  peculiar  idiomatic  development  of  the  other  tel- 
laini,  tallaim.  If  so,  then  of  course  the  sensé  of  «  room  »  with 
which  we  started  above  would  be  a  secondary  development. 

J.  Strachax. 


ÉTUDES  DE  PHONETIQUE  IRLANDAISE 

(suite). 


II. 

LES    GROUPES    DE    CONSONNES. 

(Fin). 

5  IV.   —  Parlicnhiritcs  relatives  aux  groupes  consoiuvitiques 
dans  les  dialectes  irlandais. 

Dans  les  dialectes  modernes,  on  retrouve  les  mêmes  phéno- 
mènes que  dans  les  textes  du  vieil  et  du  moyen  irlandais  ;  ré- 
duction ou  modification  des  groupes  de  consonnes  ;  création 
de  groupes  nouveaux  sous  l'influence  de  l'accent. 

a)  Consonnes  doubles. 

L'irlandais  moderne  n'a  pas  conservé  dans  l'écriture  les  an 
ciens  groupes  ce,  gg,  it,  dd,  fréquents  en  vieil  et  en  moyen  ir- 
landais. Il  semble  d'ailleurs  que  en  irlandais  on  n'ait  ancien- 
nement employé  les  occlusives  doubles  que  comme  un  artifice 
d'écriture,  et  qu'on  ait  cessé  de  bonne  heure  d'y  attacher  une 
signification  étvmologique.  Ainsi  ce  en  particuUer  a,  si  nous 
nous  reportons  aux  sons  de  l'irlandais  moderne,  les  valeurs  les 
plus  variées.  Voici  d'ailleurs  les  équivalents  en  irlandais  mo- 
derne des  anciennes  doubles  de  l'irlandais  : 
ce  =^  c:   macc   (mac),    peccad   (peacadh),   olcc   (olc),   brocc 

(broc),  brecc  (breac),  glicc  (glic),  icc(ioc),  iccim  (iocaim), 

çroccenn  (croiceann),  mucc  (mue) 


i8o  G.  Dotiin. 

ce  r=  g  :  hecc  (beag),  beccan  (beagan),  bocc  (bog),  clocc 
(clog),  lace  (lag),  leicc  (leig),  sluccaim  (slugim),  ticcim  (ti- 
gim),  tuccim  (tuigim),  pckc  (pôg) 

ce  =  eh  :  buadacc  (buadach),  imacc  (amach)  ' 

ce  =  gh  :  Lucc  (Lugh),  baoccul  (baoghal)  - 

n=  t:  littir  (litir),  aitt  (ait),  bratt  (brat),  ette  (cite),  slatt 
(slat) 

// =rr  d:  crettes  (creideas),  nett  (nead) 

gg  =^:g^^i'gg(garg) 

dd  =  d:  arddu  (âirde),  ordd  (ord). 

L'orthographe  de  l'irlandais  moderne,  en  conservant  par- 
tiellement les  liquides  et  les  nasales  doubles  notait  un  foit  im- 
portant de  phonétique.  Dans  la  plupart  des  dialectes  en  effet, 
une  voyelle  devant  II,  nu,  mui  est  traitée  d'une  manière  spé- 
ciale, dans  les  monosyllabes  accentués. 

En  Dèsi,  il  y  a  diphtongaison  ^  : 
a  devant  U,   tiii,    mm   >    iiii:   baiil  (bail),   aiiji    (ann),  kaiiiii 

(camm),  klauii  (clann) 
0  devant  II,  un,  mm  >>  on:  koiil  (coll),   hoiiii  (bonn),  drouDi 

(dromm) 
/  devant  U,  un,  mm  >>  ai,  ai  :  koil  {c'ûl),  bain  (binn),  aii)i  (imm), 

lain  (linn) 

En  Aran4,  il  y  a  allongeni'int,  et  quelquefois  diphtongaison: 
devant  //:  mal  (mail),  hâl  (bail),  dâl  (dall),  kaul  (coll),  paid 

(poil) 
devant////;/:  krûm  (cromm),   ////  (imm),  ^/-////  (druimm),  hàm 

(camm),  trfim  (tromm),  //////  (tomm)  ;  //  représente  ô. 
devant  //// :  k'qn  (ceann),  bîh  (binn),////î  (tonn),  glân  (gleann), 

krân  (crann) 
devant  rr:  g'âr  (gearr),  kâr  (carr),  Jâr  (fearr),  bâr  (bar»"). 

De  plus,  tandis  que  ///  >  v,  lu  en  irlandais  moderne,  ////// 
>>  ///:  //(uc  (neamh), /("/îc  (Idmh),  //v/// (tromm),  kam  (cAmm). 


1.  Book  of  Dcir,  Wh.  Stokes,  Goidelica-,  p.  112. 

2.  Revue  Celtique,  t.  XII,  p.  54. 

3.  Henebry,  The  souiids  of  Munster  Irisb,  p.  13,  14,  16,  17. 

4.  Finck,    JVdrtcvbuch  dcr  auf  den  Araninschi  gcsprochciien   wcstin'schcn 
Mundart. 


Études  d('  phonctii]iie  irlandaise.  i8i 


b)  occlusive  ou  fricative  -+-  liquide. 

f/' initial  >  kii  d:ins  kiiev  (cruimh)  à  Aran^ 

>  k  diins  kt'd  il  II  en  Dcsi-.  Cf.  ioinarcadh  =^  iomar- 

cradh 
cr  intervocalique  >  gr:  /ôi.T.'  (togradh,  v.  irl.  tôcrad)  \ 

Un  groupe  kr  d'origine  récente  est  dû  à  un  déplacement  de 
l'accent  dans  kixd  (creud)  dont  la  forme  ordinaire  en  Con- 
naught  est  kcrd  =  ce  red  «  quelle  chose  ?  » 

gr  initial  >  dr:  dras  (gréas)  en  Connaught.  O'Leary  en 
rapproche  à  tort  pour  le  changement  de  o-  en  d:  d  ual  =  gual 
«  charbon  »  ;  car  dans  ce  dernier  cas  il  y  a  étymologie  popu- 
laire ;  dual  a  été  créé  sous  l'influence  de  dubh  «  noir  »  ^. 

On  remarque  un  gr  d'origine  récente  et  dû  à  la  place  de 
l'accent  dans  gréidh  =  go  réidh  à  Béara'>. 

rfr  intervocalique  >  J  en  Connaught  dans  /;/rtJj(madradh)'5; 
mais  la  chute  de  /'  provient  sans  doute  de  la  dissimilation  ; 
c'est  dans  le  composé  iiiadJr !!■.'>  (madradh-ruadh)  que  Vr  est 
tombé  d'abord. 

dr  est  dû  à  un  déplacement  d'accent  dans  :  il'râhr  (dearbh- 
bhrâthair),  d'rauhr  (deirbhshiûr)  à  Aran  et  Gahvay^  drehar, 
drchur  en  Connaught  et  Ulster. 

Ir  intervocalique  >  dr  >  r  dans  Pârig  (Padraig,  v.  irl.  Pa- 
traic). 

//;/■  >  /;;-:  rt/;r//-/  (athrach)  >  r  après  une  consonne  :  àdrw/^ 
(eadarthnith)  en  Dêsi/. 
>  rJj:  arhfi  (athrughadh),  ârhl  (aithrighe). 

sr  >  str  en  développant,  comme  il  arrive  en  français,  un  t 


1.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  155. 

2.  Henebry,  p.  75. 

3.  Finck,  lFôrteibiich,p.  240. 

4.  O'Leary,  Sgcuhtidheacht  Chuige  Munilkvi  (Dublin,  1895),  p.  26,  1.  17 
note. 

5..  O'Leary,  ihid.,  p.  15,  L  27. 

6.  O'Growney,  §  335. 

7.  Henebry,  p.  74,  57. 


i82  G.  Doiun. 

entre  s  et  r  dans  d' fiostraigh  =  d' fiosrnigh;  cf.  straid 
=  srdid^  gall.  ystryd,  lat.  straïa. 

Le  groupe  spr  est  dû  à  un  déplacement  d'accent  dans  sprid 
(spiorad)  à  Aran  et  en  Dêsi^. 

Un  tbr  d'origine  récente  >  i  à  Kilkenny  dans  hôsîn  (bôthrin 
=  bôthairin)  ;  r  palatal  est  devenu  dans  ce  dialecte  ^  (/  fran- 
çais) :  Af(T~^  (Maire)  3. 

trdthar4  =r  tarrdthar  à  Béara,  trasna  =  tarsna  en  Dêsi5 
offrent  un  groupe  tr  dû  au  déplacement  de  l'accent.  Le 
Livre  de  Lismore  et  le  Martyrologe  deGorman  offrent  quel- 
ques exemples  de  phénomènes  analogues:  airdric^  =:^ 
airdic  avec  une  intercalation  de  r  qui  rappelle  le  français 
perdrix  du  latin  perdicem;  fedraissi  =  fetairsi; 
cf.  martralaic  du  latin  mar  ty  r  ologi  u  m,  Sathrann 
du  latin  Sa  tu  mu  m  7. 

Au  contraire,  à  Aran  et  Galway,  //•  a  été  disjoint  par  l'inter- 
calation  d'une  voyelle  ou  la  vocalisation  de  r  dans  tPiiiçnâ,  tJr- 
iiihw  (trathnôna). 

Le  groupe  br  a  été  disjoint  par  un  déplacement  d'accent 
dans  borluy^  (brollach),  bgrlîn  (bratlin)^. 

/';■  >  bbr  >  vr  >  r  en  Dèsi  :  kîniy^  (cuibhreach),  lînj  (cuibh- 
reann),  aurljj  (anbruith)  9. 

Un  nouveau  groupe  fr  est  dû  à  l'accent  dans  /m/  (fuireach) 
en  Dèsi  ^°. 

On  remarque  un  groupe  pr  d'origine  obscure  dans prâti,  va- 
riante en  Munster  de  fâtî,  angl.  potatoes". 

cl  intervocalique  >  gl  :  agJj  (eagla,  v.  irl.  ecla),  âgl^s  (eaglais, 
V.  irl.  eclais)'^ 

1.  The  Gaelic  Journal,  VI,  146. 

2.  Finck,  Wôrterhich,  p.  226;  Henebry,  p.  49. 

3.  Henebry,  p.  74. 

4.  OXeary,  Sgeuhddheacht  Chuige  Miiiiihaii,  p.  i,  1.  8. 

5.  Henebry,  p.  7^. 

6.  Wh.  Stokes,  Felire  hUi  Goniiàiii,  p.   140,  21  f. 

7.  Stokes,  Lives  oj  saints  froin  the  Bo^k  of  Lismore,  !.  2299,  3754,  4374- 

8.  The  Gaelic  Journal,  V,  133;  Henebry,  p.  75. 

9.  Henebry,  p.  53,  51. 

10.  Henebry,  p.  46. 

11.  The  Gaelic  Journal,  VI,  137. 

12.  Finck,  JVorlerbuch,  p.  31. 


pAudes  de  phonétique  irlandaise.  185 

cl  est  disjoint  par  un  déplacement  d'accent  dans  kilk'ay^  (duig- 

theach)  en  Dèsi  ^ 
dl  initial  développe  un  3  entre  d  et  /  dans  d^dij  (dlighe),  djlilh 

(dlighte),  d.d'un  (dlighim)  à  Galway  et  Aran  - 
dl  initial  >  gl  dans  les  mêmes  mots  :  glïiii  (dlighim),  glith 

(dlighte)  à  Aran  3  ;  ali  (dlighe)  en  Dèsi  + 
//  initial  >  kl  dans  kli  (t-slighe)  en  Dèsi  > 
//intervocalique  >  dl,  y  II  ^l:  koU  (codladh,  v.  irl.  cotlad), 

Âv///// (codlaim,  V.  irl.  cotlaim)  à  Aran,  Galway  et  en  Dèsi 6; 

«oM' (nollag,  V.  irl.  notlaic)  à  Aran  7,  nolig  a  Galway.  On 

trouve  la  graphie  colla  =  codla  dans  le  ms.  de  Rennes*^; 

nolloce=  natalicia  dans  le  Livre  de  Deir9 
tel  >  //  :  Piirtlay^  (Portcladhach)  en  Dèsi  '« 
bhl  >  /  en  Munster  :  Elîii  (Eibhlin)  " 

Un  groupe  hl  s'est  formé  sous  l'influence  de  l'accent  dans 
5M7/ (Baile-atha-cliath) 

c)  occlusive  ou  fricative  H-  nasale. 

en  initial  développe  un  <>  entre  c  et  11  :  Iwiôk  (cnoc),  kjiigv 
(cndmh),  kJims  (cneas)^-. 

Il  en  est  de  même  de  ,^^;/  :  gJtioÇgnà)  ^3. 

en  intervocalique  >>  gn:  agnJ  (eagna,  v.  irl.  ecne). 

en  initial  >  kr  à  Aran  :  hrok  (cnoc),  yris  (chneas)  h  ; 
en  >  hr  et  gn  >  gr  en  Monaghan  :  croc  =  cnoc,  grai- 
theach  =  gnaitheach^).  Cf.  Crochubhar  =  Conchobhar. 


1.  Henebry,  p.  75. 

2.  Finck,  Worterbuch,  p.  65,  66. 

3.  Frinck,  Wôrterhuch,  p.  66. 

4.  Henebry,  p.  56. 

5.  Henebry,  p.  56.  ,, 

6.  Henebry,  p.  59;  Finck,  Wôrterhuch,  p.  156,  1)7- 

7.  Finck,  Worterbuch,  p.  202. 

8.  Revue.  Celtique,  t.  VII,  p.  75,  1.  35. 

9.  Stokes,  Gûidelica^,  p.  112. 

10.  Henebry,  p.  56. 

11.  O'Grownev,  §  275. 

12.  O'Growney,  §  356. 

13.  O'Growney,  5  356. 

14.  Finck,  Worterbuch,  p.  156;  The  Gaelic  Journal,  IV,  172,  231  ;  VI,  146. 

15.  The  GaeJic  Journal,  \\,  146. 


i84  G.  Dottin. 

Le  déplacement  de  l'accent  donne  lieu  à  un  groupe  kn  dans 
knôyûr  (Conchubhar) '. 

yn  >  n  à  Aran  dans  droîii  (droichni). 

On  trouve  yn  produit  par  un  déplacement  de  l'accent  dans 
ynik  (chondairc)  en  Dêsi^. 

in  >■  dn  >  nn  ^  n  :  kênd  (ceudna,  v.  irl.  cétna)  à  Galway 
et  Aran  5,  klanJ  en  Dêsi4,  niiuan'J  (maidne,  v.  irl.  maitne), 
muinne  =  muidne  en  Meath5.  Un  scribe  du  ms.  Har- 
leian  5280 considère  dfi  comme  équivalent  à  nn  et  écrit  cradn  , 
ferodn  =  crann,  ferann^. 

thgn  >  ibn  >  bn  :  ahniin  (aithnim)  à  Galway  et  avec  une 
voyelle  intercalaire  hvi,  hïii  :  dh'kviJs  (deithncas),  aJfmJ 
(aithne)"en  Munster;  gniiii,  afiini,  aiu,  gJiP  a  Aran. 

SDih  intervocalique  >  sic,  et  le  -w  se  combine  avec  la  voyelle 
suivante,  kosill  (cosmhail,  v.  irl.  cosmal),  kosnJjyî,  kosPwhyt 
(cosmhaileacht)^. 

chtnih  >  ■// :  saytn  (seachtmhain)9.  Cf.  oc  m  ad  =  ocht- 
mhad  dans  le  Livre  de  Deir"^. 

ghiiib  >  v:  briiw  (brioghmhar). 

tbmb  >  bv  > /:  li'ipr  (luthmhar),  afél  (aithmhéal),  sga- 
faire  =  sgathm  haire '■  à  Galway  et  en  Dèsi. 

bb)i  >  vn  >  n  en  Dêsi  :  îiiis  (aoibhneas)  '^,  SiuJ  (Suibhne) 
et,  avec  une  voyelle  intercalaire,  Jv'inPs  (aoibhneas)  à  Galway. 

d)  liquide  +  occlusive  ou  fricative. 

Il  se  développe  un  <'  ou,  en  Dèsi,  un  //  entre  la  liquide  et  la 
consonne  dans  les  groupes  suivants  : 

1.  O'Growney,  §  422. 

2.  The  Gaelic  Journal,  VII,  77;  Henebry,  p.  75. 

3.  Finck,  Worterbiicb,  Y>.  172. 

4.  Henebry,  p.  59. 

5.  The  Gaelic  Journal,  IV,  109. 

6.  Rei'ue  Celtique,  t.  XII,  p.  54. 

7.  0"Gro\vney,  §  478  ;  O'Donovan,  A  gratnniar  of  the  Irish  langna^e,  p.  58. 

8.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  162. 

9.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  229;  O'Growney,  §  877. 

10.  Stokes,  Goidelica^,  p.  112. 

11.  O'Growney,  §455  ;  Henebry,  p.  52. 

12.  Hcnebrv,  p.  53  ;  O'Growney,  5-75- 


Éludes  de  phonétique  irlandaise.  185 

rc  dans  sarpk  (searc),  or^k  (orc)  à  Aran  ;  mais  dans  le  même 

dialecte  on  dit  k'arJc  (cearc)  ^ 
rg:farJg  (fearg),  lorJg  (lorg),  far'<?gJ  (fliirge),  niarJgJ  (mar- 

gadh),  d'ariig  (dearg)  ^ 
rch :  donyP (dorcha),  donlMi i s  (dorchadasy^,  MorJyp  (Murchadh) 
rh  :  g'ar^''h  (gcarb),  horsh  (borb),  kar<^b,hl  (carbad) 
rhJj  :  mar?v  (marbh),   iiiarJvJiii  (marbhaim),  serdvim  (soirbhi- 

ghim),  sardv  (scarbh),  tam'3-y  (tarbliach,  v.  irl.  torbach);  à 

Rathlin  :  ar^vor  (arbhar)-*.  En  général  Jiud  >  u  :  Diarfi  (mar- 

bhadh)  en  Dési  ;  .'  est  devenu  11  au  contact  dei':   niaruv, 

saruv  en  Dèsi  5 . 
le  :  obk  (pic)  à  Aran,  fobb  (folcadh)  en  Dèsi 
Ig:  bobg  (bolg),  sabg  (sealg),  iôl^gj  (tolgadh) 
Ib  :  Abbiuin  (Albain) 
Ibh  :  sabv  (sealbh),  babv  (balbh) 
Ip:  hoÏJpJ  (colpa),  skaJ^p  (scalp). 

A  Aran  ^  J  sq  place  après  le  groupe  consonantique  dans  : 
^Vt/oV  (deircc);  en  Dési,  peirse  (angl.  perch)' 

Un  groupe  ///  d'origine  récente  est  constitué  par  l'addition 
d'un  /  à  //  final  dans  tamallt  =  tamall  en  Donegal^. 
rc  intervocalique  >  rg  :  maragj  (margadh,    m.   irl.  marcad), 

sarsgïin  (seargaim,  v.  irl.  sercim)9 
le  ^  Ig  :  dwigjs  (dnalgas,  v.  irl.  dualcus) 
rc  final  >  k:  yônik  (chonnairc)  à  Aran '°,  hanik  b.  Galway  ^^ 

ynik  en  Dési  ''- 

1.  Finck,  JVôrtcrhuch,  p.  230,  207,   175. 

2.  Finck,  JVdrIerbtcch,  p.  107,  181,  190;  Henebry,  p.  74. 

3.  O'Growney,  §  563  ;  Henebry,  p.  47,  63. 

4.  Tbe  GaeJic  Journal,  VI,  139. 

5.  Henebry,  p.  47.  O'Donovan,  A  grainiiiar  of  the  Irisb  laiie^uage,  p.  58. 

6.  Finck,  Z)/t'  Armier  Mniidart,  ein  Beitrag  zur  Erforschung  des  Westiris- 
chen,  t.  I,  Grammatik,  p.  37.  Le  second  volume  est  constitué  par  le  dic- 
tionnaire que  suivent  des  remarques  et  un  bon  index.  Le  tout  est  publié  à 
Marburg,  1899. 

7.  Henebry,  p.  73. 

8.  Tbe  Gaelic  Journal,  V,  80. 

9.  Finck,  JVôi  tcrbucb,  p.  190,  230. 

10.  Finck,  Worterbucb,  p.  177. 

11.  Cf.  Tbe  Gaelic  Journal,  Ul,  60:  \'l,  146. 

12.  Henebry,  p-  73. 

Revue  Celti(]ue,  X)^^  13 


i86  G.  Doitin. 

rch  >  r,  et  y  palatal  se  combine  avec  la  voyelle  suivante  pour 

donner  7  :  kiimr'i  (comairche)  ^ 
rd  >  rh  >   ;■  dans  paris  (v.  irl.    pardus,  parrdus)  -  à  Aran  ; 

parvins  en  Dèsi  3 
rd  >  ;7  dans  g  air  lin  ^  gairdin  en  Monaghan -^ 
rd  >  rg  dans  inilrgJ  (môrda),  ôrg3  (orda).  Cf.  R.  C,  XX,  319. 
rs  >  's  dans  ('■'i  >,  h  (ar-sa,  v.  irl.  or,  ol)  ;  à  Gahvay  1'/'  est  à 

peine  sensible. 
rb  ^  rbh  >  rb  :  marJhl  (mearbhal)  en  Dèsi  ^ 
rbhth  >  ;7;  :  beirithe  =  beirbhthe  en  Munster/ 
rb  >  rbh  >  ;/:  /^2;v/c?  (tairbhe,  v.  irl.  torbe),  en  Dêsi^. 

Le  plus  souvent  rbh  >  nu  et  -w  se  combine  avec  la  voyelle 
suivante:  searbhas  '^  sa  ni  s,  miorbhuil  >  iniruil. 

Le  groupe  rb  a  été  disjoint  par  un  déplacement  d'accent 
dans  rsbal  (earball)  forme  ordinaire  en  Connaught  9,  r'Hbl  à 
Aran  1°. 

L'/du  futur  et  du  conditionnel  actif  >  /;  et  cet  /;   subsiste 
dans  le  sud  de  l'Irlande  après  /,  ;■. 
//>  //;  :  gii  vilhig  (go  bhlîllfidh),  luarJ  ddiJhiù  (muna  dtuill- 

finn),  (7  sûlhih  (dd  siubhailfinn)  ^' 
rf  ^  rh:  en  Dèsi  marhiiy  (mairfeadh),  hirJh''  (cuirtidh) '- ;    à 

Galway  ni  vèrhàd  (ni  bheurfad). 

On  a  de  même '5  fîrhig  (tiartaig)  2^  p.  sg.  impér.  de  iar- 
faigim  . 
Id  >  //  déjà  en  moven-irlandais.  Le  ms.  de  Leyde  (xvi^  siècle) 

écrit  W  pour //:  ai Id,  tald,   muldach,  comaldnud'4 

1.  Henebry,  p.  63. 

2.  Finck,  JVdrterbuch,  p.  210.  Lhuyd,  Archaeohgia,  p.  300,  col.  2. 

3.  Henebry,  p.  49. 

4.  The  Gacli'c  Journal,  VI,  146. 

5.  Revue  Celtique,  t.  XIV,  p.  122,  1.  6;  124.  1.  12;  t.  XVI,  p.  428,  1.  i; 
436,  1.  6;  442,  1.  10. 

6.  Henebry,  p.  50. 

7.  The  Gaelic  Journal,  VIII,  50  b. 

8.  Henebry,  p.  51. 

9.  D.  Hyde,  Beside  thefre,  p.  6,  1.  8  note. 

10.  Finck,  JVdrterbuch,  p.  217. 

1 1.  Henebry,  p.  50,  51. 

12.  Henebry,  p.  51  ;  Revue  Celtique,  t.  XIV,  p.  124,  1.  8. 

13.  Henebry,  p.  52. 

14.  Reviw  Celtique,  t.  XIII,  p.  27. 


Études  de  phoncûqiu  irUindaise.  187 

c)  nasale  -f-  occlusive  ou  fricative. 

Quelques  groupes  intercalent  J.  Ce  sont  : 
iich  :  saïiciyJs  (seanchus),  Dônsyp  (Donnchadh),  indhih  (inchinn)' 
ng  au  milieu  et  à  la  fin  des  mots  en  Thomond  et  Kerry,  d'après 

O'Donovan  - 
nh]}-.  iaiumvi  (seanbhean). 

En  Dès!,  au  contact  de  b,  bh,  .'>//:  5^/;;///'.' (Banha),  banuv 
(banbh)  5,  /^hwi' (leanbh,  déjà  en  v.  irl.  lenab). 
nf,   nv:  ansvis  (ainbhfios)  4 

A  Aran^,  d  se  place  après  le  groupe  consonantique  dans  : 
banh  (bank),  beùs^^  (bench)  mots  empruntés  à  l'anglais;  en 
Dêsi  :  stauiiipJ  (angl.  stump)^. 

ng  final  >  c  :  tarrac  =  tarrang  à  Béara 

>  g  :  thùirlig  =  thuirling  à  Béara  " 

ng  intervocalique  >  y  et  tombe  :  iJiiUs  (ingantas),  /<'»/<'■/  (ion- 
gantach)  à  Aran  ^  ;  auiitis,  l'intis,  amituy,  iPiituy  en  Dêsi  9  ; 
ke9l  (ceangal),  teJ,  iiV  (teanga),  e^l,  î4  (aingeal)  en  Mona- 
ghan'O;  pin  (pingin)  à  Galway  et  Aran  "  ;  daighean  = 
daingean  ,  1  uighe  =  luinge  à  Antrim'^.  Ce  phénomène 
se  produit  encore  en  Louth,  Cavan  et  quelques  parties  de 
Meathi3 

7ig  intervocalique  >  ;/  ^4  à  Aran  dans  :  dai'in  (daingean),  t'ans 
(teanga)   à  côté  de  fuifig^^,  on?  (ionga)^^^  et  en  Dêsi  :  Vafû, 

1.  Henebry,  p.  63. 

2.  A  grammar  of  the  Irisb  laiigiiage,  p.  36. 

3.  Henebry,  p.  47,  53. 

4.  Henebry,  p.  68.. 

5.  Finck,  Granunatili,  p.  37. 

6.  Henebry,  p.  49. 

7.  O'Leary,  Sgeiihtidheacht  Chitiae  Mumhaii,  p.  5,  1.  5  ;  p.  2,  1.  7  ;  The 
Gaelic Journal,  t.  V,  p.  m,  119. 

8.  Finck,  Wôrkrhiich,  p.   140. 

9.  Henebry,  p.  41. 

10.  The  Gaelic  Journal,  VI,  146. 

11.  The  Gadic  Journal,  VI,  170.  O'Growney,  §  512. 

12.  The  Gaelic  Journal,  IV,  68. 

13.  O'Donovan,  A  grammar  oj  the  liish  language,  p.  35. 

14.  Sorte  d'H  guttural;  l'occlusion  est  formée  par  le  dos  de  la  langue  et 
le  milieu  du  palais  mou.   Finck,  Wôrlerhuch,  p.  v;  Grammalil\  p.  62,  65. 

15.  Finck,  Wôrterlnich,  p.  244;  Grann)iatik,p.    62. 


i88  G.  Dottin. 

saiin  (seang),  /m;/.'/;/;' (thangamar) '.  On  a  de  même  Jc'anli7H 

(ceanglaim)  à  Aran. 
ng  palatal  >  n  :  anl  (aingeal),  tilrliù  (tûirling),  asliù  (aisling), 

far'sin  (fairsing)  en  Dêsi^;  dhîn  (ingean)  à  Galway 
ng  >  n  après  /'dans  tarhiim  (tairngim).  Cf.  taniV^->  (tarraingt, 

m.  irl.  tarraing) 
ngn  >  11  :  iun^  (iongnadh)  en  Dêsi  4,  innu  en  Ulster  et  Con- 

naughtî;   hûnim,  hônim  (congnaim),  /i7/;;<?  (congnamh),  en 

Connaught  hunu,  dind  (diongnadh)  en  Munster  6. 

Un  grand  nombre  d'infinitifs  offrent  un  ;;/  final  d'origine 
récente  ;  le  t  est  soit  une  création  analogique  d'après  le  mo- 
dèle tabhairt,  labhairt,  soit  un  développement  phonétique 
en  nd,  nt  de  un  final  :  fï^ynV  (feuchaint,  feuchain),  Ugnt 
(leigint,  leigean)  ;  cf.  rinV  (roinn)  à  Aran  et  Galway  "  ;  dhini' 
(écin)  à  Aran^. 

nd  >  nn  >  n:  grand  (grdnda),  mç  (indé),  mu  (indiu)  à  Aran 9 
et  à  Skye'°,  niuv  en  Dêsi^'  ;  cette  assimilation  se  produit  en 
Munster  pour  grdnda,  daonda,  crionda;  mais  «^sub- 
siste dans  seanda,  banda  et  le  composé  sandim  (sean- 
duine)  '-^ 
nbh  ^  nv  '^  n:  l'anîm  (leanhWm)  en  Dêsi^>. 

L'/du  futur  et  du  conditionnel  actif  >  /;  et  cet  /;  subsiste 
souvent  après  les  nasales  : 

nf  >>  nh  dans  le  sud  de   l'Irlande  :  faiih  (fimfaidh),  yauhny^ 
(dh'ianfadh)  ;  dans  xanfiV-^  (doghéantha)  l'/est  analogique; 


1.  Henebry,  p.  70,  74. 

2.  Henebry,  p.  70. 

3.  Finck,  IVàrterhiich,  p.  238. 

4.  Henebry,  p-  43- 

5.  The  Gaelic  Joitrna] ,  VII,  52  ;  VIII,  107. 

6.  Henebry,  p.  56.  O'Growney,  5  434. 

7.  Finck,  Wôrterhiich,  p.  iio;  The  Gaelic  Journal,  VII,  29. 

8.  Finck,  Graïuiuatih,  p.  56. 

9.  Finck.  Wôrterhiich,  p.  98. 

10.  The  Gaelic  journal,  V,  80. 

1 1.  Henebry,  p.  54. 

12.  The  Gaelic  Journal,  VI,  134.  Henebry,  p.  68. 
15.  Henebry,  p.  53. 

14.  Henebrv,  p.  52;  O'Donovan,  A  Graminar  of  the Irish  language,  p.  193. 


Etudes  de  phonétique  irlandaise.  189 

à  Aran  on  dit  d'iiiâ;  à  Galway  /;  est  tombé:  enà  (dheun- 
ÎMhy 
nf  >  nh  avec  intercalation  de  o  :  iDubi  (anfadh)  -;  au  futur  > 
n  :  dûndd  (dùnfad) 

mch  >  /;//;  >  iiiph  >  iiip  :  ômpr  (iomchur),  ômp^rim  (iomcliu- 
raim),  /'//;//>/ (timchioU)  à  Aran  5,  Galway,  Beara-+,  aiimpr, 
hoimpl  en  Dèsi  5 . 

nib  >  mm  >  m:  Ini  (imb,  imm,  im),  iiiu  (uime,  v.  irl.  im- 
bi)^,  dinia  (diombdidh),  dunulis  (domblas)  7.  Un  scribe  du 
ms.  Harleian  5280  écrit  i)ib  pour  iiDii  final:  armb,  pre- 
simb  =  breisim.  Il  est  possible  que  cette  notation  soit 
phonétique. Cf.  Egerton  93  :  frimb^. 

mp  >  /;//;  en  Dêsi  dans  le  pluriel  haumhi,  de  l'anglais  camp  9. 

mt  >  ind '^  ni  dans  coinnleacht=  coi  mdeach  t^°. 

nid  >  wd,  vd  :  kûdhii  (cumhduighim,  m.  irl.  cumdaigim)  ^^ 

mth  >  ///  '-  :  iiiiôhid,  iiiiôd  (imtheochad),  iuiig  (imthigh) 

nihch  >  t'-/  >  /y_  à  Aran  :  nafyinUy^  (neamhchiontach)  '5 
7)ihth    >   vh  >  /'4:   lïfo  (Yiomhtha),  //</.' (naomhtha),   nlfir 

(naomthar) 
mhf'y  vh  >/:  ifipd  (naomhfad) 
;;//;/  >  /  après  voyelle  longue  :  snatJ  (sndimhte)  '5 
mhs  >  s:  //'é'/j.' (treimhse)  ^^ 


1.  Revue  Celtique,  t.  XIV,  p.  120,  1.   12. 

2.  Tlje  Gaelic  Journal,  V,  iioa. 
5.   Finck,  Wôrterbuch,  209,  243. 

4.  The  Gaelic  Journal,  VI,  8. 

5.  Henebry,  p.  63,  72,  75. 

6.  Finck,  Wôrterbuch,  p.  141,  144. 

7.  Henebry,  p.  52,  73. 

8.  Revue  Celtique,  t.  XII,  p.  )).  Irische  Texte,  I,  p.  305. 

9.  Henebrv,  p.  50. 

10.  TIk  Gaelic  Journal,  III,  106. 

11.  Finck,  Wôrterbuch,  p.  165. 

12.  Henebrv,  p.  63,  64. 

15.  Henebrv,  p.  52,  73  ;  O'Growney,  §4)  5  ;  Hayden,  Irish pronu)iciation, 
p.  24,  1.  2,  10. 

14.  Finck,  Gramuiatik,  p.  142. 
I  ).  Henebry,  p.  72. 

16.  Henebry,  p.  73. 


190  G.  Dottin. 

f)  Combinaison  des  liquides  et  nasales  entre  elles. 

Plusieurs  groupes  finals  donnent  lieu  à  une  intercahition  de 
9.  Ce  sont  : 
7'i)i  :  korhni,    kôrhn   (cuirm),  gor.'>i)i,   gorni    (gorm),    Konmak 

(Cormac)^ 

Souvent  nn  >  rmh  >  rv,  nu:  âarfid  (dearmhad)  en  Dèsi^. 
m:  doron,  dorn  (dorn),  karJu  (carn),  kô}\m  (corn) 5 
Im  :  kokin,  hôhn  (colm) 
Ing  :  fubhhn  (fuilngim)  à  Aran. 

nm  :  andni,  anni  (ainm),  siiun  (seinm)  à  Aran,  sihiui  à  Galway 
wr  :  c);;/.';v  (iomramh,  v.  irl.  immram) 
mn:  nunà  (mnâ)^  ;  mais  uniâ  à  Aran. 

A  Aran  5,  j  termine  quelques  groupes  finals  :  dauiiu  (dorn), 
galdvJ  (galar). 

Souvent,  c'est  une  assimilation  qui  se  produit  : 

In  >  //  >  l^:  alh  (ailne),  gliiyt  (ailneacht),  (colna)7.  Cf.  le 
changement  inverse  de  /  en  n  en  Monaghan  :  ddin  =  dail, 
et  en  Ulster  ain  =ail'^.  Le  ms.  de  Rennes  offre  essain 
=  asail,  cristann  ■=^  cristal  9. 

ni  'y  II  y  1  :  mih'>  (mionla),   mâli  (mania),    m/.'  (eanlaidh), 
nulluy^  (muinleach)  •". 
En  Dêsi  un  a  précédent  se  diphtongue  en  au  :  banluv  (ban- 

lamh),  aiihi  (anlan)  '^ 

nr  >  rr  >  /'  :  criid  (aonrud).  En  Dêsi  un  a  précédent  se  diph- 
tongue en  au  :  sgaurJ  (sganradh),  branrJ  (branradh),  k'aurJy 
(ceannrach),  haunn  (ban-rioghan)  '- 

1.  O'Grownev,  §  352. 

2.  Henebry,  p.  21. 

3.  Finck,  IVorterhuch,  p.  68.  O'Grownev,  ^5)5;  O'Donovan,  A  Grain- 
mar  of  thc  Irish  lancruage,  p.  58. 

4.  O'Growney,  §  352  ;  Hayden,  Irisb  proniiuciatioii,  p.  24,  1.  23. 

5.  Finck,  Grauiiiiatik,  p.  37. 

6.  Lhuvd,  ArchacoJogia,  500,  col.  2. 

7.  Henebry,  p.  68.  O'Donovan,  A  Granimar  of  the  Irisb  language,  p.  34. 

8.  The  Gadic  Journal,  VI,  146;  VIII,  119. 

9.  Revue  Celtique,  t.  VII,  p.  73,  1.  39,  40. 

10.  Henebry,  p.  68,  71. 

11.  Henebry,  p.  13,  68,  71. 

12.  Henebry.  r>.  12.  68.  The  Gaelic  Journal,  V,  119. 


Études  de  phonétique  irlandaise.  191 

/;■  >  ;/■  ^  r  :  siniy^  (siolrach).   En   Dèsi,  comme  précédem- 
ment, il  y  a  diphtongaison  de  a  :  daiir  (dealradli)  ^ 

mr,  ml,  mn  >  iiihr,   iiihl,  mhn  >  vr,  vl,   vn  >  r,  l,   n  en 
Munster    dans    gire    (geimhreadli),    sgile    (sgeimleadh), 
gîleach  (geimhleach),  keniiy^  (caomhnacli)  ^. 
Le  plus  souvent  mr,  ml  >  mr,  ml  >  vr,  vl  :  gïvr3. 

L'assimilation  est  incomplète  dans  : 
m  >  r/ :  bérlagar^  emprunté  à  l'anglais  vernacular  et  où 

l'étymologie   populaire    a   vu  bérla    =   bélra  «    langue 

étrangère  ». 
mh  après  n,  l  s'unit  à  la  voyelle  suivante  pour  donner  //  :  inus 

(ionmhas),  siiiûnl'  (seinmhint),  tahui  (talmhan),  c//?.'  (uU- 

mhughadh)4. 

Il  y  a  dissimilation  dans  : 
nm  >  nit:  ar'Jni  (ainm)  à  Moynalty  et  Rathlin  5 
mn  >  tiir:  mra   (mnd)   à  Renvyle  et   à    Achill^.  Cf  imb- 

rollaig  =  im  Nodlaig",  mruichille  =  mnuichille 

=  muinchille  ^. 
111)1  >>  )iil  :  siiiulçr  emprunté  de  l'anglais  chimney  9 
uni  intervocalique  >  ?imh  >■  nv,  nio:  /mwr  (lionmhar,  v.  irl. 

linmar)  ^°  sans  doute  par  analogie 
mn  intervocalique  >  nihn  >  vn,  lun  :  kivne  (cuimhne),  kivnû 

(cuimhniughadh),    kûnJ   (comhnaidhe),    Ikimuyt    (leamh- 

nacht),  ^(Zi'rc' (samhradh),  sîvn^y  (suaimhneach),  sJvnû  (suai- 

mhniughudh),  sîvn^s  (suaimhneas)  ". 

A  Aran,  on  a  repris  aussi  les  anciennes  formes  :  k''imn:>  (v. 
irl.  cuimne),  kimnn  (v.  irl.  cuimniugud),  l'cmndyt  (v.  irl.  léi- 

1.  Henebry,  p.  71. 

2.  The  GaeVic  Journal,  V,  125,  133;  VI,  89;  Henebry,  p.  72. 

3.  Revue  Celtique,  t.  XIII,  p.  )0). 

4.  Henebry,  p.  72. 

5.  The  Gaelic  Journal,  IV,  76  a;  VI,  139  b. 

6.  Larminie,  p.  239,  1.  2  ;  241,  1.  30. 

7.  The  Gaelic  Journal,  VI,  25  b. 

8.  O'Growney,  §  422. 

9.  Finck,  Worterbuch,  p.  231. 

10.  Finck,  Worterbuch,  p.  188. 

11,  Finck,  JVôrterbuch,  p.   152,  167,  185,  219,  221. 


192      ■  G.  Dottin. 

mnech),  suiim-/^  (v.  irl.  suaimnech),  slmnii  (v.  irl.  suaimniu- 
gud),  simiiBs  (v.  irl.  suaimneas)^  ",  on  trouve  à  GaKvay  k^innu 
(cuimne),  PemnJ-/_  (leimneach). 
nir  intervocalique  >  mhr  >  vr,  tt»;' :  ^/yr'^  (geimhreadh,  v.  irl. 

gemred),  kôrâ  (comhrâdh,  v.  irl.  comrdd)  ;  inr  ancien  est 

conservé  dans  fimra  (iomramh)  - 
w/ intervocalique  >  ;;//;/  >  vl  :  avias  (aimhleas,  v.  irl.  am- 

less)  3. 
inn  est  dû  à  un  déplacement  d'accent   dans  mnuichille  = 

muinchille;    il   en  est  de  même  de   nu  dans  corm  = 

comhthrom-*. 

On  remarque  un  nouveau  groupe  Ir  dans  iolra  =  iolar>. 

g)  Combinaison  des  occlusives  et  fricatives  entre  elles. 

■//  final  développe  un  J  à  Aran  <"''  dans  liëyiJ  (m.  irl.  cecht). 

fi- intervocalique  >  5:  Sus^up,  de  l'anglais  Saxony7. 

es  intervocalique  >  r  :  f  a  i  c  i  n  n  =z  fa  i  es  i  n  ^.  De  même  gs  >  g 
dans  les  mots  composés  en  Meath  et  dans  le  sud  de  l'Ulster, 
d'après  O'Donovan  9. 

se  intervocalique  >  st  :  feastar  =  feascar^^. 

se  final  >  s:  siiias,  mas  (imeasg),  à  Aran,  à  côté  de  ciiiask^' 

et  >  -//  dans  le  mot  emprunté  doyfiir',  angl.  doctor,  à  Aran  '^ 

eht  '^  ht  y>  t  en  Monaghan  :  bot  (bocht),  cuidedta  =  cui- 
deàchta,  teat  =  teacht,  banât  (beannacht).  Dans  ce  dia- 
lecte, d'ailleurs,  le  7  tend  à  s'affaiblir  en  /;  :  hwuhs  (buidhea- 
chas),  rahi  (rachaidh),  rahs  (rachas),  isteah  =  isteach, 
même  à  l'initiale  dans  chonnaic,  cha,  chomh,  chu- 
gam,  ou  à  tomber  avec  ou  sans  allongement  compensatif: 


1.  Finck,  Wôrterhiich,  p.  152,  186,  221. 

2.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  154,  159,  208. 

3.  Finck,  Grammatih,  p.  64. 

4.  The  Gaelic  Journal,  IV,  88  a  ;  O.  Growney,  £  422. 

5.  Tlie  Gaelic  Journal,  V,  95,  1.  5. 

6.  Finck,  Granimatik,  p.  37. 

7.  Finck,  Wôrtcrbuch,  p.  219. 

8.  The  Gaelic  Journal,  V,  189. 

9.  A  Grannnar  of  the  Irish  language,  p.   54. 

10.  The  Gaelic  Journal,  VI,  146. 

11.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  97. 

12.  Finck,  Wôrterhuch,  p.  67. 


Ëtitdcs  de  phonélh]ue  irlandaise.  193 

iiciiâ  (daighneach),  dira  (direach),  na  (nach),  idg  (chuig), 
/;/  (chum)  '.  D'aprcs  O'Donovan,  la  chute  de  •/  devant  t  et 
l'affaiblissement  de  ay  en  ah  se  produirait  aussi  en  Louth  et 
Meath  ;  le  cb  vélaire  initial  deviendrait  /;  en  Ulster  -. 

cbt  >  7  en  Monaghan  dans  ay  (acht).  Ce  -/  >  /;  qui  tombe 
après  allongement  de  la  voyelle  précédente  dans  enâ  (aon- 
teacht)3.  On  dit  de  même  en  Dêsi  ay  ou  nay  (acht)  4  ;  à 
Aran  ay  ^ . 

gtb  >  kb  et  développe  un  j  intercalaire  dans  tohbj  (tôgtha)  ; 
généralement^  >  k  :  l'ah  (leagtha)  7. 

dcb  >  /  dans  li'qrtd  (ceardcha)  à  Aran^ 

dtb  >  t:  seVe  (sèidthe)9. 

btb  >  pb  et  développe  un  d  intercalaire  :  lup^bj  (lubtha)  ^°. 

Vf  du  futur  et  du  conditionnel  actif  donne  lieu  à  diverses 
combinaisons.  Cet/ est  devenu  /,  puis  /;.  Cet  /;  s'unit  à  la  so- 
nore précédente  pour  donner  une  sourde". 
W;/ >  vb  >/:  skrJfin  (scriobhfliinn)  ^- 
gfy>gb  >  k:  J yiikuy  (do  dhiugfodh),  ni  brckih  (ni  thréigfinn) 

lakm  (leagfam),  cf.  faks  (fagfoidh)  ;  sUkih  (sloigfinn),  t'Uikis 

(tiogfas),  tokyc  (tôgfaidh)'? 
df  >  db  >  /  :  driUd  (druidfcad),  gii  ûitJ  /;/t' (go  ngoidtidh  mé) 

;//  etifi  (ni  fheudfainn)  '4 
bj  'ybb'y  p:  rcpin  (raobfainn),  tepis  (teibfeas),  ////)c>(/(lubfad)'5. 

Au  passif/  subsiste  ;  en  Dèsi  :  ircyfr  (traochfar),  liàifr  (shé- 


1.  The  Gaclic  Journal,  \l,  146,  151,  166. 

2.  O'Donovan,  A  graiiiiiiar  of  Ihe  Irish  hingiiage,  p.  48,  49. 

3.  The  Gaelic  Jottrnal,  VI,  148. 

4.  Henebry,  p.  56,  69. 

5.  Finck,  Worterhuch,  p.  6. 

6.  Henebry,  p.  66. 

7.  O'Growney,  §45  5- 

8.  Finck,  IVôrterbiich,  p.  171. 

9.  O'Growney,  §  45). 

10.  O'Donovan,  A  Graïuiiiar  of  the  Irish  langiiage,  p.  57. 

11.  Henebry,  p.  50. 

12.  Henebry,  p.  52. 

13.  Henebry,  p.  52,  66.  Finck,  p.  244.  Revue  Celtique,  t.  XVI,  p.  428,  1.  4. 

14.  O'Grownev,  §  1251,  1257;  Henebry,  p.  59;  Revue  Celtique,  t.  XIV, 
p.  124,  1.  I. 

13.  Henebry,  p.  52;  Finck,  Graïuiiiatik,  p.  142. 


194  C.  Dottin. 

idfear)  %    lakfr  (leagfar)  ;  à  Aran  :  yjfr  (chifear),  fckfr  (faic- 

fear),  vêrfï  (bheirtîdhe)  -. 

f/ >  kh  >  k  :  akin  (acfuinn)  en  Dèsi  3 

c//>  -//;  >  h:féà-/à  (feuchfoidh)  4 

//;/  >  /;  :    /:«%    (caithtidh)    en    Dèsi',    kahi    (caithtidh)   à 

Galway^ 
sf  >    5-/;  >   j,  ]■  :    nî   vrisin   (ni    bhrisfinn),     v/'^/T/    (dh'ios- 

fainn)  7,  ^^^a  (seasfadli)  ^. 

A  la  deuxième  personne  du  conditionnel,  — ftbâ  >  fâ  dont 
ly  subsiste  toujours  :  uvlfâ  (mholftiid) 

chb,  g  bb  ^  g:  f agi  m  (i^ïghhïim,  v.  irl.  flicbaim),  tôghii  (tôg- 
bhaim,  v.  irl.  tocbaim),  à  Aran  et  Galway  ;  turisgàl  (tuaras- 
cbal)  en  Dèsi.  Le  bb  tombe  de  même  à  Aran  dans/n/w  (fag- 
hbhaim),  kônàl  (congbhdil)  où  ngbb  >  n9 

//;  >  d:  dkniii  (adeirim,  v.  irl.  atberim) 

îbcb  >  /;:/;:  fah  (faithche)  '«,  dûbJ  (duithclic)  en  Dèsi 

//;/'/;>/;:  m o t lui i  1  =  mothbhdil" 

chth  >/dans  rôifâ  (rachthd) '-  si  -fa  n'est  pas  dû  à  l'analogie 
de  la  désinence  ordinaire  de  la  2^  p.  sg.  du  conditionnel. 
Cf.  ci-dessus. 

thch  >  /:  À'/zp  (cluitlîche)  à  Aran '5  et  Galway,  si  l'on  admet 
l'orthographe  moderne  ;  mais  cette  orthographe  semble  ne 
reposer  sur  rien;  le  vieil  irlandais  écrit  cluche. 
Le  changement  de  //;  en  /  a  été  constaté  dans  certaines  par- 
ties du  Connaught  dans  les  mots  guth,  cruthuig,  sruth, 


1.  Henebrv,  p.  51,  64. 

2.  Finck,  p.  178. 

3.  Henebrv,  p.  51. 

4.  Revue  Celtique,  t.  XVI,  p.  444,  1.  8. 

5.  Henebrv,  p.  59. 

6.  Revue  Celtique,  t.  XIV,  p.  122,  1.   5. 

7.  Henebrv,  p.  52.  O'Donovan,  A  Graiiniuir  oj  the  h  ish  laiiguage,  p.  193. 

8.  Revue  Cellique,  t.  XIV,  p.  130,  I.  10. 

9.  Finck,  Wàrterhuch,  p.    103,    160,    240;   Henebrv,   p.   54;    The  Gaelic 
Journal,  III,  128  ;  IV,  55  ;  VI,  59. 

10.  Henebrv,  p.  50,  62. 

11.  The  Gaelic  Journal,  V,  133. 

12.  Henebry,  p.  63. 

13.  The  Gaelic  Journal,  VI,  11  ;   Finck,  IVorterhuch,  p.  154. 


Études  de  phonétique  uLindaite.  195 

futha%  à  Aran  pour  brif'nii  (hruithini)  et  à  Skibbcrccn  pour 
guth-.  Cf.  ci-dessous. 

Quant  au  changement  de  cb  en  /,  il  se  produit  dans  fivî 
(chuaidh)  en  Ulster  et  Connaught?  du  Nord;//?  quelquefois 
en  Dèsi^  ordinairement  hiviU-^. 

thgh^f:  lofâr'  (luthghiiir),  /(//rV'/  (luthghâireach)  à  Aran. 
On  dit  aussi  dans  le  même  dialecte  levâv',  Ic-iuày\  Icvâr\^y_,  le- 
ît'rt  ;-'-'-/  5 . 

Cf.  gbtb  >/:  top  (toghtha)6. 
tbbb  >  /:  kofjr  (cathbharr),  ilrfa.uiy^  (uathbhdsach),  defir  (dei- 

thbhir)  à  Aran  7  et  Galway.  On  trouve  dethfir  ==  dethbir 

dans  le  ms.  de  Leyde^;  cf.  deichfer  dans  le  ms.  de  Rennes9. 
bbtb  >  /  :  lofwi  (loblitha),  èkrâpyi  (éagcràibhtheach),  gofi  (gab- 

htha),  skrJp  (sgriobhtha)  ^°,  vôïfâ  (bhfuighbhthâ),  O  Dôfï 

(O  Dubhthaigh)". 

st  interne  ou  initial  >  sd  :  /(/.fJ^?/ (teasdail,  v.  irl.  testail),  Iqs- 
dïin  (teastaighim),  sdaid  (steall),  sdalo  (stealladh)  '-. 
Mais  st  final  subsiste  :  last  (last). 
st  >  sd  >  si  dans  baisleach  =  baisdeach  en  Monaghan^j. 
Un  groupe  st  d'origine  récente  s'est  constitué  à  la  fin  de 
quelques  mots  terminés  par  .y,  i;  le  t  semble  d'origine  phoné- 
tique :  gu  duhdïsl  (go  dtioctiidis)  '+  en  Dési,   Jrist'   (aris)  à 
Aran  ^5,  dorust  =  dorus  en  Donegal  '^\ 

1.  The  Gaelic  Journal,  VII,  108;  d.  VI,  11  ;  OXearv,  p.  56,  1.  11  note. 

2.  The  Gaelie  Journal,  VU,  156. 

3.  O'Donovan,  A  Graïuiuar  oj  ihc  In'sh  laiiguao-e,  p.  48. 

4.  Hencbry,  p.  46. 

5.  Finck,  Wôrterlntch,  p.  180. 

6.  Revue  Celtique,  t.  XX,  p.  317. 

7.  Finck,  Worterhuch,  p.  77;  Henebrv,  p.  75  ;  O'Growne}',  §  478. 

8.  Revue  Celtique,  t.  XIII,  p.  27. 

9.  The  Gaelic  Maundeville,   edited  b)'  Wh.  Stokes,  ^  26  (Zeitschrijt  Jiir 
Celtische  philologie). 

10.  The  Gaelic  Joui-nal,  VIII,  84:  Finck,  IForterbuch,  p.  93,  180,  235  ; 
Henebrv,  p.  60. 

11.  Henebrv,  p.   52.  O'Growney,  ^4)5- 

12.  Finck,  Worterhuch,  ip.  239;  Henebrv,  p.  )>,  )8. 

13.  The  Gaelic  Journal,  Yl,  146. 

14.  Hencbry,  p.  56. 

I).    Finck,  Worterhuch,  p.   100. 
}6.    The  Gaelic  Journal,  V,  80, 


196  G    Dot  tin. 

se  initial  et  intérieur  >  sg,  sg:  sgial  (sgeul),  sggrt  (sgairt), 
'    masgim  (measgaim)  ;  mais  se  final  subsiste,  tâsk  (tasg,  v.  irl. 

tasc),  rûsk  (rûisg,  v.  irl.  rùisc  '. 

Dans  les  mots  empruntés  à  l'anglais  d^,  îs  initial  >  s  : 
Sémus  =  James,  Seaghdn  =:  John,  Séoirse=  George; 
^/~  intérieur  >>  sd  :  lôisdin  =  lodging,  cisdin  =  kitchen, 
damaisde  =  damage,  carraisde=:  carriage,  pdisde  =  page 
(enfant),  côisde  =::  coach,  Risteird  ^  Richard;  >  sk: 
pitrisc  =■  partridge^. 
sp  initial  et  intérieur  >  sh  :  shal  (speal). 


RESUME. 

Il  convient  de  rassembler  maintenant  les  renseignements 
épars  dans  notre  étude  et  de  les  classer  d'après  ce  qu'ils  four- 
nissent d'intéressant  pour  la  phonétique  générale. 

Les  groupes  initiaux  sont  de  beaucoup  les  mieux  conservés. 
Dans  les  groupes  atteints  on  remarque  : 

i)  La  suppression  du  premier  élément^:  pi  >  /  (p.  60), 
pr  >  r  (p.  60),  st  >  /  (p.  60).  C'est  un  phénomène  très  an- 
cien qui  n'apparaît,  semble-t-il,  qu'à  l'époque  vieille-celtique. 

Cependant,  dans  les  emprunts  latins /ij  >  s  (p.  73) 

2)  La  suppression  du  second  élément:  dv  >  d  (p.  61), 
sv  >  5  (p.  61),  kr  >  k  (p.  181). 

3)  La  modification  du  premier  élément  :  gr  >  dr  (p.  181), 
dl  >A^/(p.  183),  tl>kl(p.  183);  mlybJ  {p.  61);  mr>  hr 
(p.  61),  pr  >  kr  (p.  73),  pi  >  kl  (p.  73),;/  >  si  (p.  73), 
/;■  >  sr  (p.  73),  vr  >  fr  (p.  61),  vl  >  /  (p.  61). 

4)  La  modification  du  second  élément  :  Ât  >  Âv;  (p.  181), 
kn  >  kr  (p.  183),  gn  >  gr  {p.   183),  /;/;/  >  nir  (p.  191). 

Quant  aux  groupes  intérieurs  de  deux  éléments,  ils  sont 
sujets  à  : 

i)  La  suppression  du   premier  élément  :  fin  >  //  (p.   188), 


1.  Henebry,  p.  66. 

2.  Henebry,  p.  76. 


Études  de  pnonéùque  irlandaise.  197 

kn  >  11  (p.  62),  on  >  n  (p.  63),  /;//  >  n  (p.  184),  ///  >  ;/ 
(p.  63,  184),  dn  >  »  (p.  184),  pn  >  »  (p.  60),  l'n  >  n 
(p.  184),  5;z  >  11  (p.  63),  -/«  >  "  (p-  184),  hn  >  m  (p.  63), 
gm  >  m  (p.  63),  Jw  >  m  (p.  63,  64),  5m  >  m  (p.  63), 
/cr  >  ;-  (p.  62),  .,^r  >  r  (p.  62),  /r  >  r  (p.  62),  ^r  >  r  (p.  62, 
64),  br  >  r  (p.  62),  sr  >  r  (p.  62,  64),  nr  >  ;-  (p.  190), 
/;-  >  r  (p.  191),  /;;-  >  r  (p.  181),  vr  >  r  (p.  182,  191), 
kl  >  /  (p.  62),  gl  >  /  (p.  62),  //  >  /  (p.  62,  73),  ^/  >  / 
(p.  183),  /;/  >  /  (p.  62),  ;//  >  /  (p.  190),  si  >  /  (p.  62,  64), 
vl  >  /  (p.  183),  rs  >  s  (p.  186),  /zj  >  s  (p.  73,  62,  68), 
h  >  5  (p.  63,  67,  192),  A'-^  >  -^  (p.  (>i),  ys  >  5  (p.  67), 
/w  >  5  (p.  67),  /j  >  i  (p.  63,  67),  ds  >  5  (p.  64),  vs  >  j 
(p.  189),  rk  >  /r  (p.  185),  nk  >  /;  (p.  62),  dk  >  /o  (p.  64), 
nt  >  ^  (p.  62,  68),  '//  >  /  (p.  192),  vt  >  t  (p.  189),  gd  >  ^/ 
(p.  63),  ng  >  ,<^  (p.  187),  sv  >  t'  (p.  63). 

2)  Lci  suppression  du  second  élément:  iid  >  11  (p.  62, 
73,  188),  11g  >  n  (p.  188),  ni;  >  ;/  (p.  188),  ;//;  >  ;/  (p.  189), 
inb  >  m  (p.  62,  189),  ;///;  >  /;/  (p.  189),  rs  >  r  (p.  61), 
ry  >  r  (p.  186),   rd  >  r  (p.    186),  In  >  /  (p.   62,    190), 

Ici  >    /   (p.    62,    74,    186),    ks    >    k   (p.    192),  AT    >    k  (p.   60), 

ai>  >  A^  (p.  194).  7/  >  7  (P-   193)'  ''•'^'  >  ^^  (P-   194).  •^''  >  ^ 

^P-  ^92)- 

3)  La  modification  du  premier  élément  qui  de  sourd  devient 
sonore:  kl  >  gl  (p.  182),  kr  ^ gr  (p.  181),  kn  >  gn  (p.  183); 
de  sonore  devient  sourd  :  vy  ^  fy,  (p-  189);  de  labial  devient 
nasal  :  bn  >■  mn  (p.  63)  ;  d'occlusive  devient  fricative:  kt  >  yt 
(p.  73,  63,  192),  gt  >  yt  (p.  63),  /J^  >  kt  >  y/  (p.  60);  de 
fricative  devient  occlusive:  ;^?  >  dg  (p.  63)  ;  de  nasale  labiale 
devient  fricative  labiale  :  uni  >  vn?{ip.  191),  mr  >  vr(p.  192), 
77// >  'Z''/(p-  192),  ///^/  >  vd  (p.  189);  de  nasal  devient  liquide: 
mn  >  r;n  (p.  191). 

4)  La  modification  du  second  élément  qui  de  sourd  devient 
sonore  :  le  >  Ig  (p.  185),  sk  =sg(p.  196),  st  >  sd  (p.  195); 
de  guttural  devient  dental  :  sk  >  5/  (p.  192)  ;  de  dental  de- 
vient guttural:  rd  >  rg  (p.  186);  de  dental  devient  liquide: 
sd  >>  si  (p.  193),  rd  >  ri  (p.  186);  de  nasal  devient  liquide  : 
m  >  ri  (p.  191),  mn  >  ml  (p.  191);  de  fricative  labiale  se 
réduit  à  une  aspiration:  rv  >  ;•/;  (p.  186),  r/' >  rb  (p.    r86), 


198  G.  Dottin. 

hfyhh  (p.  194),  sf>sh  (p.  194)  //>  Ih  (p.  186),  nf>  nh 
(p.  188). 

5)  La  combinaison  des  deux  éléments  pour  donner  une 
sourde:  gh  >  k  (p.  193),  dh  >  t  (p.  193),  ây  y  db  y  t 
(p.  193),  bh  >  /)  (p.  193),  hv  >  /(p.  184,  195),  vh  >  / 
(p.  189,  193),  dg  >  Â'  (p.  64),  db  >  /)  (p.  64),  :id?>  t 
(p.  63),  tb  S  d  (p.  194),  -f/'  >  /)  (p.  64);  une  fricative  du 
même  ordre:  dt  ^  s  (p.  63);  d'un  autre  ordre:  h-;  >/ 
(p.  195),  yh  >  /  (p.  194);  ^ine  aspiration:  hy  >  /;/;  >  /; 
(p.  194),  7./-?  > /■'(p.  194);  une  nasale:  ng  >  //,  /7  (p.  187), 
les  deux  éléments  sont  modifiés  dans  md  >  ni  (p.  189). 

6).  L'intercalation  d'un  nouvel  élément  consonantique 
/;r/  >  nih  >  ;»/)/;  >  mp  {p.  189),  et  par  un  phénomène  con- 
traire w/?  >  w/;(p.  189);  Ir  >  W;-(p.  190);^;-  >  5/;- (p.  181). 

Dans  les  groupes  intérieurs  de  trois  éléments  : 

i)  Le  premier  élément  est  supprimé  :  Jxsk  >  sk  (p.  6^), 
dsk  >  sk  (p.  63),  psk  >  ^/c  (p.  72).  Après  la  chute  du  pre- 
mier élément  il  y  a  réduction  des  deux  éléments  restants  : 
nsm  >  ;;/  (p.  62),  gsm  >  m  (p.  6^),  ngm  >  ;;/  (p.  63), 
ngn  >  ;/  (p.  188),  ndm  >  m  (p.  62),  Â'j-;z  >  ;?  (p.  62), 
/ri/  >  /(p.  62),  «^T^i-  >  ^  (p.  67)  ou  accommodation  :  //<,^/  >  7/ 
(p.  68). 

2)  Le  second  élément  est  supprimé:  rsc  >  rc  (p.  61), 
rct  >  ;■/  (p.  61,  68),  rsm  >  nn  (p.  61);  /r/  >  //  (p.  183), 
hgn  >  hn  (p.  184),  /-«  >  rs  (p.  67),  /a  >  Is  (p.  67)  ;  il  y  a 
réduction  des  deux  éléments  restants:  rgs  y-  rr  (p.  61);  ac- 
commodation de  ces  deux  éléments  :  /;.s7  >  /-/  (p.  63,  73). 

3)  Le  troisième  élément  est  supprimé:  rdv  >  rt/ (p.  61), 
yj-v  >  yt  (p.  184),  ngv  >  n  (p.  194). 

Enfin  il£iut  signaler  l'usage  fort  répandu  en  irlandais  d'in- 
tercaler une  voyelle  à  l'intérieur  de  certains  groupes  : 

i)  Dont  le  premier  élément  est  une  liquide  ou  une  nasale. 
rc  (p.  185),  r7  (p.  185),  r<^  (p.  185),  r^P-  185),  rc  (p.  185) 

le  (p.  185), /,a(p.  185), /Kp-  185), /^(P-  185), //'(p.  185) 

«7 (p.  iS7),nv(p.  1^7),  ng  (p.  187),  «^p.  187),  ;//j(p.  189) 
2)  Dont  le  second  élément  est  une  liquide  ou  une  nasale  : 
dl  (p.  183). 
kn  (p.  183),  cr,?(p.   183). 


ËHides  de  phonétique  irlandaise,  199 

bn  (p.   184). 

3)  Dont  les  deux  éléments  sont  des  liquides  ou  des  nasales: 
;•;//  (p.   190),  ;-;/  (p.   190). 

//;/  (p.  190),  ///  (p.  190). 

nm  (p.  190). 

vir  (p.  190),  ///;/  (p.  190). 

4)  Dont  le  second  élément  est  /;; 
kh  (p.  193),  pb  (p.  193). 

Dans  quelques  dialectes,  un  .'  s'ajoute  à  un  groupe  final  de 
deux  consonnes  : 

i)  dont  le  premier  élément  est  une  liquide  ou  une  nasale  : 

m  (p.  190),  rk(p.  185) 

Ir  (p.  190,  192) 

nk  (p.  187),  us  (p.  187) 

w/)(p.  187). 

2)  Dont  le  premier  élément  est  une  fricative: 

yt  (p.  192). 

De  nouveaux  groupes  consonantiques  sont  constitués  : 

2°  par  un  déplacement  d'accent:  kr  (p.  181),  dr  (p.  181), 
spr  (p.  182),  /r(p.  182),  //-  (p.  182),  pr  (p.  74),  ;;/r  (p.  74), 
bl  (p.  183),  kn  (p.  184),  yji  (p.  184),  iiin  (p.  192),  rni 
(p.  192),  /r(p.  192),,^;-  (p. 181); 

2)  par  l'addition  d'un  t  final:  //  (p.  185),  ;//  (p.  188), 
st  (p.  195);  ou  d'un  s  initial:  sp  (p.  74). 

Enfin  certains  groupes  sont  sujets  à  être  disjoints  :  Ir 
(p.  182),  br  {p.  182),  kl  (p.  183).^ 

Nous  avons  laissé  de  côté  les  phénomènes  d'interversion  et 
de  dissimilation  que  nous  nous  proposons  de  traiter  à  part. 

(A  suivre.) 

G.    DOTTIN. 


TRACCE   CELTICHE   NELL'   ASTURIA* 


Non  mancano  indizi  di  conservazione  di  tracce  lasciate  dalla 
venuta  e  dallo  stabilimento  dei  Celti  nella  Penisola  Iberica^, 
anche  nelle  région!  dcl  Nord-Ouest,  e  propriamente  Astu- 
riche. 

Senza  occuparci  délie  varie,  confuse  e  infondate  opinioni  che 
fanno  dei  Celti  la  gente  del  bronzo,  o  i  costruttori  dei  monu- 
menti  megalitici  etc.,  né  addentrarci  nelle  questioni  relative 
aile  antiche  razze  che  avrebbero  popolato  tali  paesi  -,  notiamo 
solamente  che  —  tolto  qualche  indizio  desunto  da  rappresen- 
tazioni  in  iscrizioni  3  —  dall'  onomastica  dell'  etâ  romana 
possiamo  ricavare  qualche  traccia,  sia  quanto  aile -divinitd,  sia 
rispetto  ainomi  etniciedi  luogo,  sia  finalmente  quanto  ai  nomi 
personali.  In  ciô  sono  di  aiuto  principalmente  le  iscrizioni. 

I)  Nomi  di  dei. 

Di  una  dea  denominata  in  dativo  Dec^antc  (C.  I.  L.,  II, 
n.  5672;  Holder,  Altcelt.  Sprachschatz,  I,  1249). 

Di  un  dio  Ladicns  (C.  2523  —  in  Nemetobriga,  sulla  quale 
citta  V.  sotto). 


*.  Il  présente  articolo  é  estratto  dalla  mia  opéra  Storia  cicW  Asltiria,  Bar- 
cellona  1900,  tip.  L'Avenç. 

1.  Cf.  il  mio  lavoro  «  I  Celti  nella  Penisola  Iberica  »,  in  mia  Rivista 
bimestrale  di  Antichita  Greche  e  Romane,  a.  I,  fasc.  1-2-5. 

2.  Dell'  assenza  di  «  Celtismo  Astur  »  tratta  la  recentissima  cassai  inté- 
ressante «  Monographia  de  Asturias  »  dell'  illustre  Rettore  dell'  Università 
di  Oviedo  Prof.  F.  de  Aramburu  y  Zuloaga,  Oviedo  1899,  p.  42  sgg. 

3  .  Cioé  che  in  iscrizioni  sepolcrali  di  questo  paese  si  vede  il  segno  délia 
luna,  che  si  trova  spesso  nelle  regioni  Celtiche  délia  Penisola  (cf.  HiJbner 
in  C,  II,  p.  91 5). 


Traccc  Cellichc  nelF  Asturia.  20 1 

Di  un  altro  dio  Menoviacus  (Ephcm.  Epigr.,  VIII,  3  (1898), 
p.  407.  —  E  anche  C.  2628.  5649  e  p.  909,  dov'  é:  Men... 
viaciis,  cioé  Men\ti\viaciis(?),  corne  vorrebbe  leggere  l'Hiibncr, 
ibid.) 

II)    NOMI    DI    POPOLI    E    DI    LUOGHI. 

Una  gente  Asturica  Arronidacci  (C.  2697';  Holder  o.  c, 
I,  221.  Cf.  AiTotrebae  nella  vicina  Callaecia)^. 

Forse  un'  altra  gente  (?)  i  CaJIctcs  (C.  5694). 

E  l'altra,  abitante  verso  i  confini  tra  l'Asturia  c  la  Ganta- 
bria,  e  in  parte  probabilmente  anche  qui,  OijciioiiwsciK 

Inoltre  le  localitâ  :  Bergiduin  Flavium4, 

Brigaccium  (Brigaecini)  5 . 

Nemetobriga  (Nome  composto  di  due  parole  Celtiche)^. 

Ocelum  (od  «  Ocelum  Duri  »  degli  Itinerari)  ". 

E  imonti:  McdiiUiits  (Flor.  II,  33,  50  [Oros.  VI,  21]). 
E  V'nidiiis  (o  Vinnius)^. 


III)    NoMI    DI    PERSONA. 

Ainhaius  (q  Anihala:  C,  2709.  2856)9. 


1 .  L'altro  nome  cii  gente,  messo  nella  stessa  iscrizione  (Coliacini),  non 
ci  pare  celtico. 

2.  Cf.  H.  d'Arbois  de  Jubainville,  in  Revue  Celtique,  XV  (1894),  pag.  4. 

3.  Cf.  Orgetorix  in  Gallia  —  Vedi  perô  nella  mia  Rivista  citata,  nota  144. 
4     Su  questa  radice  Berg  —  cf.  Humboldt,  Prûfung  der  Untersucli.  ûber 

die  Urbewohner  Hispaniens,  trad.  fr.  Marrast,  p.  61  sg  —  Kiepert,  in  Mo- 
natsber.  d.  K.  Akad.  d.  Wiss.,  Berlin,  1864,  p.  151,  n.  2. 

5.  Cf.  H.  d'Arbois,  in  Rev.  Celt.,  cit.,  p.  36. 

6.  Cf.  H.  d'Arbois  de  Jubainville,  Les  premiers  habitants  de  l'Europe, 
II2,  261  sg. 

7.  Il  quale  nome  si  présenta  anche  in  paesi  senza  dubbio  Celtici. 

8.  Cf.  mia  citata  Rivista,  n.  144.  —  Per  questi  ultimi  nomi  tralascio  di 
indicare  le  fonti,  perché  citate  in  altra  parte  dell'  opéra. 

Si  potrebbero  aggiungere  i  nomi  di  alcune  gentes,  terminantiin  -u  (Cioé 
J'eliagu,  Veronigoru  :  C.  5714.  5715).  —  Q.uanto  ad  altri  nomi,  cui  il  dot- 
tissimo  Maestro  H.  d'Arbois  (in  Rev.  cit.,  XV,  p.  37  sgg.)  dâ  carattere  cel- 
tico, cioé  per  lnter;atia,  Orniaci  ...,  nulia  si  puô  dire. 

9.  Cf.  «  Ambadus  »,  «  Ambada  »  (C,  5709,  2908  sg.) 

Revue  Celtique,  XXI.  14 


202  F.  P-  Garôfalo 

Arquius  (C,  2633;  Holder,  I,  220) ^ 

Canialus  (C.,  5076,  5662)-.  Cf.  «  Camalodunum  »  in  Bri- 
tanniaî. 

Cehiiis  (C,  5310). 

CelticaÇC,  $66j  [2902]). 

Cloutus  (C.  2633.  Cf.  H.  d'Arbois  de  Jubainville,  in  Revue 
Celtique,  XIV,  p.  37). 

Clutamus  (id.). 

Magilo  (C,  2633).  Cf.  «  T.  Magilius  Rectugeni  f.  »  (C. 
2907)  nel  conventus  Cluniensis. 

Pentius  {C.,  2712.  5719). 

Pentilius  (C,  2633). 

Pentovius  (C,  6338  K). 

P intaius  (Bramhàch,  Inscr.  Rhénan.,  478;  Orelli,  154)'*. 

Segeius  (C.,  2698). 

Segisamus  (C,  5713,  5741-  Cf.  la  cittâ  «  Segisamo  »  nel 
conventus  Cluniensis). 

Vindius  (C,  2612). 

Vindiricus  (C,  5747). 

Virnanaius?  (C,  5697). 

Vinmus  (C,  5713.  5720,  5724,  cf.  5654)3. 

ViriusÇC.,  5745.  E  anche  altrove  :  5250)^. 

Francesco  P.  Garôfalo, 

prof,  neir  Atcneo  di  Madrid. 
ÇA  suivre,) 

1.  Cf.  anche  altrove  (C,  2465,  2834,  etc.) 

2.  Che  si  présenta  spesso  altrove  (V.  l'Index  del  C,  II,  p.  1080). 

3.  Ovvero  :  Camulo-dûnon.  Cf.  col  nome  di  persona  Camulates  (Inscr. 
Hisp.  Christ.,  195). 

4.  Cf.  «  Pintamus  »  (C,  2378  —  nel  vicino  conventus  Bracaraugus- 
tanus)  Vedi  H.  d'Arbois,  o.  c,  11^,  p.  289.  291. 

5 .  Cf.  altrove  C. ,  5723 .  5827  —  E  anche  6298  (nel  conventus  Cluniensis), 
dove  si  fa  menzione  di  «  Vironus  «  e  di  «  Celtigun  ». 

6.  Quanto  ad  altri  nomi  che  il  Prof.  H.  d'Arbois  {Rev.  Celt.,  XIV,  388, 
e  XV,  37)  pone  fra  i  Celtici,  cioé  Arausa,  Blecaenus,  Bodecius,  Burralus, 
Docius,  Elaesus  e  Turaius,  io  nell'  incertezza  li  ho  messi  fra  i  puri  iberici. 


LA    METRIQUE    DU     MOYEN-BRETON 


La  métrique  du  moyen-breton,  malgré  de  judicieuses  re- 
marques dans  la  Gramniatica  ccJtica  et  de  consciencieuses  ana- 
lyses de  M.  Ernault',  est  encore  en  grande  partie  à  faire. 
Certains  textes,  comme  les  Anciens  Noëls  bretons  -,  n'ont  pas  été 
suffisamment  utilisés.  Les  lois  de  cette  métrique,  connues 
surtout  par  les  travaux  de  M.  Ernault,  gagneraient  à  être  com- 
plétées et  présentées  d'une  façon  plus  synthétique.  Il  reste  à 
en  donner  les  raisons  et  à  en  démêler  l'origine.  C'est  ce  que 
je  me  propose  de  faire  dans  ce  travail. 

La  comparaison  avec  la  métrique  des  autres  langues  cel- 
tiques, notamment  avec  celle  du  gallois,  éclaire  singulière- 
ment son  histoire,  lui  enlève  ce  qu'elle  paraît  avoir  de  bizarre, 
et  lui  assure  une  importance  qu'on  ne  lui  a  pas  reconnue  jus- 
qu'ici. J'ai  aussi  trouvé  dans  l'étude  de  la  métrique  des  chants 
populaires  bretons  l'explication  ou  la  confirmation  de  certaines 
particuLu'ités  intéressantes.  Au  point  de  vue  du  nombre  des 
syllabes  dans  le  vers  et  des  vers  dans  la  strophe,  ces  chants 
offi-ent  un  grand  intérêt. 

La  métrique  du  moyen-breton  repose  essentiellement  sur  le 
nombre  des  syllabes,  sur  la  rime  finale  et  la  rime  interne,  à 
des  places  déterminées. 


1.  Gr.  Cclt.2,  p.  962  et  suiv.  —  E.  Ernault,  Dictionnaire  étymologique 
du  viown-bretoii  (Introduction),  Rcviic  Celtique,  1892,  p.  228  et  suiv.  :  sur 
la  rime  intérieure  en  moyen-breton. 

2.  Revue  Celt.,  1889,  p.  i,  2S8  ;  1890,  p.  46;  1891,  p.  20;  1892,  p.  126, 
334- 


204  ■^-    ^^^^^ 


I.  —  Le  vers  d'après  le  nombre  des  syllabes. 

D'après  le  nombre  des  syllabes,  il  y  a  dans  la  métrique  du 
moyen-breton,  en  tenant  compte  de  tous  les  textes  publiés, 
des  vers  de  4,  5,  6,  8,  10,  ri,  12,  13,  13,  16,  17,  18  et 
20  syllabes. 

Vers  de  4  syllabes.  —  Le  vers  de  4  syllabes  est  isolé  ;  il 
ne  forme  jamais  de  strophe  ou  système  :  Grand  Mystère  de 
Jésus,  p.  19,  V.  2-3  : 

secret  bezet. 

Annas 
na  doutet  quet. 

Ibid.,  p.  1 10*'  I  et  3  : 

Poes  gant  an  baz  se.  Chede  so; 
Ha  ny  a  froeso  e  clopenn. 

GARDIFFER. 

Ro  dif  un  peiin 

DRAGON'. 


Ibid.,  p.  201  : 


Ha  ny  gant  homan  ahanenn. 
Croc  en  ben  se. 


na  pe  cla  Ira 

AN  SERVICHER. 

Da  ober  bec  da  Rebecca  > . 

Vers  de  5  syllabes.  —  Gr.  M.,  p.  179  : 

Pan  oa  daczorchet 
Ha  gloriffiet 
Roen  bet  da  quentaf 
Ez  leuzras  tizmat 
Gabriel  cannât 
En  ambassat  scaf. 

I  .  On  trouve  même  des  vers  de  ce  genre  de  trois  syllabes  (Gr.  Myst., 
p.  57).  H  y  a  aussi  quelquefois  des  exclamations  complètement  isolées,  ne 
rimant  pas  avec  les  autres  vers  {Gr.  M.,  p.  41,  21,  40,  4))- 


[.a  Mélr'u]iie  du  tnojcn-brclon.  205 

VhRS  DE  6   SYLLABES  (ilud.,  p.    iSo): 

Quac,  lavar  hegarat 
Tizmat,  na  dcbat  quct 
Da  mam  clouar  Marv 
Goude  pep  vileny 
Ez  ouf  ressuscite!. 

Fie  ih'  Sainte  No)ine,  v.  809  : 

Orcza  cza  tut  ma  ty 
Tut  a  brut  a  study 
Un  sourcy  am  gruy  bras 
Oz  cleuet  en  bet  man 
Ez  duy  sascun  unan  : 
Causit  brcmàn  a'n  cas. 


Vers  de  8  syllabes  (Gr.  M.,  p.  182)  : 

Ma  mab  clouar,  ho  trugarez  ! 
Convertisse!  eu  a  nevez 
Ma  queuz  ha'ni  tristez,  gouzvezet, 
En  mil  levenez  en  guez  man 
Ouz  ho  guelet  daczorchet  glan 
Goude  ho  hoU  poan  oar  an  bet. 


Vers  de  10  syllabes  {Mystère  de  Sainte  Barbe,  p.  ^6.^ 
str.  410)  : 

Me  roy  gardiz  doz  guis  he  punissaff 

Dirac  an  dut  ha  he  persecutafî  ; 

Ma  ne  car  scaff  renonçaff,  quentaff  prêt, 

He  Doe  nevez  hac  an  fez  anezaft" 

Espres  presant  ha  he  sacramantatï, 

An  poent  quentaff,  ni'e  groay  dreizaff  claffvet. 

Vers  de  i  i  syllabes  (ne  se  trouve  pas  seul  et  n'apparait  que 
dans  les  Anciens  Noëls  :  Revue  Celtique,  1892,  p.  157  :  l'air 
n'est  pas  indiqué)  : 

1 1  Un  clezev  guen  a  diouz  ho  pen  a  tennat. 

1 1  Evit  hon  die  pell  cre  en  hoz  chaceat 

10  Goal  huanat  gant  Doue'n  tat  debatat 

10  Nouel  quenomp  entromp,  na  fellomp  quet. 


2o6  J.  Loth. 

Ibid.,  Revue  Celtique,  1892,  p.  135  (;x[r  :  Iste  confesser'): 

Q.uenom  cuff  vuhel  Nouel  dan  buguel  frez 
So  deuet  da  bout  den  don  ren  da  levenez  ; 
Parfet,  credet  bel,  bon  gray  Roue'n  aelez 
Un  guez  aneze. 

La  rime  finale  du  petit  vers  parait  isolée,  mais  il  faut  cor- 
riger a  ne:^  en  a  neve^. 

Vers  de  12  syllabes  (Sainte  Nonn,  p.  233,  str.  5)  : 

Autronez  an  vez  man,  |  pazomp  '  glan  voar  an  bet, 
Roue  an  ster  prederomp  |  entromp  na  fellomp  quct; 

Gant  Doue  anterin  ]  ez  voe  prédestine! 

Pep  tra  gret  en  bet  man  |  quent[mazl  crouet  an  bet. 

Vers  de  13  syllabes  (Anciens  Nocls,  Revue  Celtique,  1891, 
p.  21  ;  sur  l'air  :  Quand  l'empereur  de  Rome  arriva  dans  Paris 
—  ou  Marseille  lajolie^  : 

Pan  voa  ha  corff  hac  eneff  |  Doue  an  enff  concevet 
Mary  en  dougas  dinam  |  ne  deffoue  blam  en  bet  ; 
Pan  voa  entre'n  bedis  |  pen  an  nao  mys  fournysset, 
Ez  ganas  Roue'n  nouar  j  joa  en  douar  preparet. 

Ibid.,  Rev.  Celt.,  1892,  p.  335  :  quatrain  composé  de  deux 
vers  de  13  syllabes  et  de  2  de  12  (noël  nouveau  et  excellent, 
l'air  est  joli)  : 

Nouel,  Nouel,  Nouel  |  quenomp  bel  da  roue'n  aelez 
duenomp  devotamant  |  bac  ardant  dre  carantez 
Ha  bep  goap  d'e  map  quer  |  bon  salver  éternel 
So  deuet  entre'n  bedis  |  e  languis  a  isel. 

Vers  DE  15  syllabes  (Ancients  Noëls,  Rev.  Celt.,  1890,  p.  47  : 
air  :  Urbs  beata  Hierusaleni)  : 

Quenomp  Nouel  da  roue'n  aelez  |    gant  feiz  ha  carantez  pur; 

Ganet  eo  sur  gant  eûr  mat  |  begarad  un  crouadur 

Gant  un  mercb  scier  so  prcservet  |  a  pep  pecbet,  bezet  sur. 

Cf.  ibid.,  Rev.  Celt.,  1892,  p.  137-138,  des  triplets  de 
15  syllabes  sur  l'air  :  Pange  lingua  gloriosi. 

I .   Ms.  paiidomp  corrigé  par  M.  Ernault  en  paiomp. 


La  Mctri(]uc  du  moyen-breton.  207 

Vers  de  16  syllabes  (Gr.  Myst.,  p.  77): 

Lavar,  den  fais,  ac  evclse  |  oz  rcspontez  te  dan  prellat? 
Rac  se  pront  dre  da  respont  |  cz  vezo  dan  drot  un  chotat. 

Sainte  Nonn,  vers  241  : 

Breman  ez  eo  aes  ma  esper  [  am  oa  pell  amser  prederet, 
Ma  studi  ma  opinion  |  voa  c  religion  monct  ; 
Da  servichaff  Doe  roe'n  bet  |  ez  of  cm  laquet  apret  mat, 
Lesel  an  bet  me  a  preder  ;  |  ne'm  deur  nep  amser  lie  merat. 

Cf.  Anciens  Noëls,  Revue  CeJt.,  1889,  p.  9,  sur  l'air  :  Con- 
ditor  aime  sidernm;  la  strophe  est  ordonnée  en  vers  de  8  syl- 
labes ;  p.  33  :  strophe  composée  d'abord  de  deux  vers  de  16 
ordonnée  en  4  vers  de  8,  puis  strophe  sénaire  ordinaire  de 
6  vers:  sur  l'air:  Noiiel  spES  da  Jésus);  cf.  Rev.  Celt.,  1891, 
p.  41  ;  Rev.  Celt.,  1892,  p.  141. 

Vers  de  17  syllabes  {Anciens  Noëls,  Rev.  Celt.,  1892,  p.  13  3  ; 
quatrain  composé  de  deux  grands  vers,  l'un  de  17,  l'autre 
de  18  syllabes,  suivis  de  deux  vers  de  10;  la  finale  du 
deuxième  rime  avec  la  césure  du  troisième;  l'air,  dit  le  texte, 
est  répandu  : 

Goude  an  poan  han  doan  han  huanat  |  a  préparât  don  tadaou 
Dre'n  aval  glas,  allas,  a  debras  flam  |  Eva  hac  Adam  a  tammaou 

Guyr  roue'n  goulaou  |  so  deuet  dan  traou  laouen 

Da  douen  hon  blam  |  bon  sam  bete  amen. 

Ibid.,  p.  147  (deux  vers  de  17  syllabes  ordonnés  en  vers  de 
8  et  9  syllabes,  suivis  de  deux  vers  de  8  ;  le  deuxième  grand 
vers  rime  avec  la  césure  du  troisième  ;  c'est,  d'après  le  texte, 
un  noël  nouveau  et  excellent). 

Nos  Nedelec  goude'n  regret  |  maz  oa  bet  retardet  an  bedis 
Hac  arretet  an  profifcdet  |  han  patriarchet  ho  covetis 

Dalchet  voamp  gardis  en  prison 

Oz  gortoz  avance  hou  rançon. 

Vers  de  18  syllabes  (cf.  plus  haut,  vers  de  17  syllabes  ;  ce 


2o8  J.  Loth. 

vers  apparaît  encore  dans  une  strophe  de  4  vers  ;  les  deux 
premiers  ont  16  syllabes,  le  troisième  18  syllabes  et  le  qua- 
trième 8  syllabes;  l'air  n'est  pas  indiqué,  Rev.  CeU.,  1892, 
p.  153-154): 

Goude  pep  anquen,  estrcnvan  |  syouaz,  hon  boa  ha  poan  calet, 
Allas,  dre  fet  pechet  Eva  |  hon  mam  quentaff  ez  oamp  clavct; 
En  Kaer  a  Bezleem  ez  deuz  deomp  remet  |  pan  voue  ganet,  na  laquet 
Jesu  roue'n  douar  gant  Mary.  [sy, 

Vers  de  20  syllabes  {Ste  Nonn,  v.  233-234)  : 

Coniant  ot'net  bepret  da  comprct  poan,  |  joa  ameux  glan  pahozcux  diou- 

[ganet, 
Me  he  dougo  un  dro  hac  em  profit  |  an  guir  amit  hoz  eux  dif  recitet. 

Anciens  Noëls,  Rtv.  Celt.,  1891,  p.  50-51  :  sur  l'air  :  Oue- 
nomp  NoiŒL  viiIjel  da  NedEwc)  : 

Pan  voa  ganet  roue  an  bet,  guelhet  tra, 
Ez  dileuzrat  gant  un  stat  ebatus 
Muy  guet  mil  eal  peur  santel  da  guelet, 
Roue  an  princet,  deuet  en  bet  quenedus. 

Si  on  met  les  petits  vers  en  face  des  grands  vers,  a  priori  les 
premiers  semblent  bien  n'avoir  été  à  l'origine  que  des  mem- 
bres des  seconds,  devenus  indépendants  par  l'introduction 
de  la  rime.  C'est  un  fait  pour  les  vers  de  8  et  de  10  syllabes, 
puisqu'ils  existent  encore  à  l'état  d'hémistiches,  respective- 
ment, des  vers  de  16  et  de  20  syllabes.  Il  a  dû  en  être  de 
même  pour  les  vers  de  5  et  de  6  syllabes  ;  ce  sont  probable- 
ment des  hémistiches  d'anciens  vers  de  10  et  de  12  syllabes. 
La  coupe,  il  est  vrai,  en  breton,  des  vers  de  10  syllabes,  ne 
partage  pas  le  vers  en  hémistiches  de  5,  c'est-à-dire  par  la 
moitié,  comme  cela  a  lieu  pour  le  vers  de  16  et  de  20.  Celui 
de  12  est  coupé  en  vers  de  6  syllabes,  mais  il  est  fort  possible, 
à  en  juger  par  le  gallois,  que  cette  coupe  soit  récente  et  soit 
le  fait  de  l'analogie. 

Le  comique  et  le  gallois  confirment  l'hypothèse  du  petit 
vers  hémistiche  ou  membre  d'abord  du  grand. 

Le  comique  possède  un  vers  de  14  syllabes,  divisé  en  hé- 


La  Mcîriquc  du  moycn-brcton.  209 

mistiches  de  7  syllabes.  Le  Pascon  agan  Arluth  est  composé  de 
qiuitrains  de  vers  de  14  syllabes  : 

Joscp  thc  Grist  a  vvnnas  |  y  arrow  hay  theffregh  whek 
Yn  vaner  del  ve  yn  whas  |  hag  as  ystynnas  pur  dek  ; 
Adro  thy  gorff  y  trylyas  |  sendall  rych  yn  leiies  pleg  ; 
Ha  Maria  kun  a  ras  |  ganso  trest  ha  morethek. 

On  pourrait  à  cause  de  la  rinie  de  la  césure  de  la  septième 
syllabe  de  chaque  premier  hémistiche  ordonner  la  strophe  en 
rimes  alternées  et  nier  qu'on  ait  réellement  affaire  à  des  vers  de 
14  syllabes,  si  on  n'avait  la  preuve  directe  du  contraire  en 
gallois  et  en  irlandais  ^ 

Il  y  a,  en  gallois,  un  système  connu  parles  métriciens  sous' 
le  nom  de  cywydd  odliaidd  ou  awdl  gyiuydd,  consistant  en  vers 
de  7  syllabes,  dont  la  syllabe  finale  du  premier  rime  avec  la 
coupe  du  deuxième  qui  lui  porte  la  rime  dominante  du 
poème  ;  la  syllabe  finale  du  troisième  rime  avec  la  coupe  du 
quatrième  vers.  En  voici  un  exemple  tiré  d'un  court  poème 
de  Meilir  composé  en  l'honneur  de  Gruffudd  ap  Cynan,  mort 
en  II 37  (Afyr.  Arch.,  p.   142,  i)  : 

Gwolychaf  ym  Rhen,  rex  awyr 
Arglwyt  a  wyr  vyni  pr\-der  ; 
Pryder  pryderaf  yn  fawr 
Ani  vy-  arglwyt  llawr  Uyw  niver. 

En  réalité,  on  a  afiaire  à  deux  grands  vers  de  14  syllabes, 


1 .  Le  breton  nous  montre  les  deux  types  à  côté  l'un  de  l'autre  dans  les 
Anciens  Noëls,  Rcv.  Cclt  ,  1889,  p.  9  (les  vers  sont  de  16  syllabes): 

Pan  deuez  davet  y  Gabriel  |  plesant  santel  pa  he  quelas 
Ne  fallas  pas  dan  cas,  astut,  ]  hep  ober  brut,  he  saludas. 
Même  type  avec  hémistiche  rimant  : 
Nouel,  quenomp,  joaeusomp  glan  \  gant  diboan  brcman,  pobl  an  bet, 
Greomp  meuleudy  don  map  bihan  |  a  so  en  bet  man  deoni  ganet. 
La  strophe  est  ordonnée  en  quatrain  dans  le  texte: 
Nouel  quenomp,  joaeusomp  glan 
Gant  diboan  breman  pobl  an  bet, 
Greomp  meuleudy  dan  map  bihan 
A  so  en  bet  man  deom  ganet. 

2 .  lege  v'arglwyt 


210  J.   Loth. 

et  c'est  ainsi  qu'on  trouve  ce  système  ordonné  dans  d'anciens 
textes  :  Livre  Xoir  (Skene,  II,  poème  il)  : 

Breuduid  a  uelun  neithuir  |  vs  celuit  ae  dehoglho, 
Ni  ritreithir  v  reuit  |  nis  guibit  ar  nuy  gelho. 

Livre  de  Taliessin  (Skene,  p.  199,  poème  xliv)  : 

Eneit  Owein  ap  Uryen  ]  gobwyllit  y  '  ren  oc  eneit, 
Reget  ud  ae  ciid  tromlas  j  nyt  oed  vas  y  gywydeit. 

Venglyn  iinodl  cyrch,  également  en  vers  de  7  syllabes,  est  un 
quatrain  dont  les  premiers  vers  riment  entre  eux  et  avec  la 
finale  du  quatrième,  le  troisième  ne  rimant  à  sa  Hnale  qu'avec 
la  coupe  du  quatrième  : 

Hawd  ammawr  i  Gwni  Br\v\nawg- 
A'r  tei  a'i'  terfynau  enwawg 
A  lie  ni  llyssir  cynnrann 
A'r  llan  oduch  llys  Fadawg. 

Le  dernier  distique  est  ordonné  comme  les  deux  hémis- 
tiches du  cyiuydd  odliaidd. 

Le  vieil-irlandais  nous  reporte  à  une  étape  plus  ancienne, 
celle  où  les  hémistiches  ne  rimaient  pas  : 

Piitraïc  pridchais  do  Scotaib  ]  roches  môr  seth  illethu, 
Immi  contissat  do  bràth  |  in  cach  dosfuc  do  bethu  ^ 

Le  vers  de  4  syllabes  en  gallois  est  incontestablement  sorti 
du  vers  de  12  syllabes.  C'est  une  des  trois  tranches  de  ce  vers, 
arrivée  à  l'indépendance  par  la  rime.  En  voici  un  exemple  du 
xiii"  siècle  conservé  dans  un  manuscrit  du  xiv^4  : 

Dvret  yspryt  |  sant  Kreawdvr  byt,  |  bydoed  eurnaf, 
Yn  calonneu  |  a'n  dwyvronneu,  [  vreinyawl  hynaf; 
Gofwy  an  bryt,  |  tro  yn  kyngyt,  i  kcingadr  waessaf. 


1 .  Supprimez  y. 

2.  Cynddelvv  a  Madawc  ab  Marcdudd  (mort  en  11 59),  ap.  Myv.  Arch., 
p.  IS5,  2. 

5.   Gramm.  Cclt.^,  appendice,  p.  958. 

-(-.   Morris  Jones  et  J.  Rhys,  EliiciJariiDit  ami  othcr  Tracts,  p.  99. 


La  Métrujuc  du  moyen-breton.  1 1  i 

Il  n'y  a  pas  de  rime,  en  revanche,  dans  ce  vers  du  poème 
àw  Livre  Noir  adressé  à  Hywel  ab  Goronny,  tué  en  1103: 

Yth  arkiucir  |  arpcnnic  penn  |  0  plant  ncuuy. 

(cf.  L.  AiicHrin,  Gorchaii  Tutvwlcb). 

Le  type  le  plus  archaïque  est  dans  Taliessin  (Skene,  Ane. 
R.,  p.  173-175,  XXIV):  il  n'y  a  pas  de  rime  à  la  césure  dans 
cinq  vers  sur  vingt  : 

Kyn  perissit  |  bci  my  pr\'d6n  |  periwlawt, 
meint  dy  godet  |  boct  im  dy  rat  |  gwyeil  lesse. 
Newyd  anaw  |  ny  mawr  glywant  |  dynyadon . 

Le  vers  de  20  syllabes  a  son  pendant  dans  le  distique  gallois 
de  10  et  9  syllabes. 
L.  Noir,  I,  p.  4  : 

seith  tan  vvelin,  |  seith  kad  kyvcrbin 
seithued  Kinvelin  |  ym  pob  kinhuan 
seith  guacw  gowanon  |  seith  loneid  awon 
o  guaed  kinreinon  |  y  dylanuan. 

Le  distique  suivant  de  la  deuxième  moitié  du  xii^  siècle 
n'a  pas  de  rime  à  la  césure  du  premier  hémistiche  (Myv. 
Arch.,  p.  149.  I  —  150.  I,  à  Owein  Giuymdd)  : 

Gweleis  rag  Penfro  |  penadur  digard 
Gweleis  rag  Penard  |  pen  ar  digrain. 

On  a  l'équivalent,  en  gallois,  du  vers  de  16  syllabes  dans 
le  distique  de  16  syllabes  qui  forme  le  paladr  cnglyn  unodl 
unsaiii,  au  moins  dans  les  strophes  ou  laisses  de  vers  de  8  syl- 
labes. Les  coupes,  il  est  vrai,  sont  plus  variées  qu'en  breton  : 

Brenhin  guirthvin  guirth  uchaw  yssit'. 
Yssi  pen  plant  Adaw. 
Yssi  per  gadeir  gadarnaw. 
Yssi  hael  diwael  diweirhaw  1 


I.   Livre  Xoir,  XIII,    p.  14,  Fac-similé   21  r".  Les  points  sont  ceux  du 
nianuscrit.  Au  lieu  de  Brenhin,  lisez  Breenhin 


212  J.  Loth. 

Yn  y  wuyw  v  Duv  in  din  digerit. 

O'r  devnit  y  diallaw  ' . 

O  pechu  a  pechuis  Adaw. 

O  pechaud  kin  braud  prvderaw. 

Erbin  oed  y  dit  y  del  paup  oe  bet 
In  y  deuret  in  devraw  - 
Mal  y  bu  ban  fu  oreuhaw 
In  un  llu  in  un  lie  teccaw 

Gueleis  ban  llyvneis  y  llentir 
degwch  a  weluch  y  medi. 
Sevv  a  wnaethant  plant  Kai 
Yvrth  V  medel  ymchueli  5. 

On  remarquera  que  les  deux  premiers  vers  coupés,  semble- 
t-il,  dans  les  trois  premières  strophes  en  vers  de  lo  et  de  6  syl- 
labes, forment,  en  somme,  r6  syllabes.  Dans  la  quatrième, 
ils  forment  vraiment  un  tout  métrique  indivisible.  L'origine 
du  genre  toddaid  caractérisé  dans  la  première  strophe  paraît 
avoir  été  le  rejet.  De  là,  le  fait  que  le  gair  toddaid  ou  mot  exo- 
métrique  n'a  pas  de  rapport  métrique  avec  le  premier  vers  ou 
vers  de  lo  syllabes  où  on  le  met  mais  ri)ne  ou  al! itère  réguliè- 
rement avec  le  vers  de  6  syllabes  suivant  :  que  l'on  mette  yssit, 
dans  la  première  strophe,  au  second  vers,  et  on  a  deux  vers 
réguliers  de  8  syllabes. 

Les  chants  populaires  bretons  confirment  de  la  façon  la  plus 
nette  cette  manière  de  voir.  La  rime  interne  en  a  disparu, 
mais  ils  conservent  la  plupart  des  types  de  vers  exposés  plus 
haut  et  même  quelques-uns  que  le  moyen-breton  n'a  pas.  On 
y  trouve  le  vers  de  y  syllabes 4,  de  9  syllabes).  Le  vers  de 
II  syllabes  qu'on  ne  trouve  guère  que  dans  les  Aiicieiits  Noëls 
y  est  rare  6,  mais  non  sans  exemple. 


1 .  V  ne  compte  pas  dans  la  mesure. 

2.  Jbid.,  p.  14.  di'UT  vaut  une  syllabe. 
3  .   Ibid.,  p.  16. 

4.  Luzel  et  Le  Braz,  Soniou  on  Chansons  popiihiircs  de  Basse- Bretiig ne,  I, 
p.  8,  10,  14,  24,  28,  118,  124,  no,  268;  II,  p.  12,  154.  —  Bourgault- 
Ducoudray,  Trente  )nèlodies  populaires  de  Basse-Bretac^ne,  p.  38. 

5  .  Sonion,  I,  p.  8  (un  vers  de  9  avec  d'autres  différents),  254.  —  Bour- 
gault-Ducoudray,  Mélodies,  p.  3  (vers  de  9  et  8  syllabes).  —  Luzel,  Gwer- 
liou  Breii-Ixel,  I,  p.  286  :  II,  p.  159,  292,  406,  428,  448. 

6.  Sonion,  I,  p.  144;  II,  p.  102  (coupés  à  la  sixième  syllabe). 


La  Métrique  du  moyen-breton.  1 1  ^ 

On  trouve  le  distique  de  1 1  syllabes  brisé  en  quatre  vers 
inégaux  dans  les  Soniou  (I,  p.  126)  : 

O  retorn  deuz  ar  chasse, 

Me  a  gavaz 
Eur  plac'hic  he  bleo  melen, 

Daoulagad  glaz. 

Le  vers  de  13  syllabes  est  un  des  plus  communs.  Il  est  régu- 
lièrement divisé  en  membres  de  7  et  6  syllabes'.  On  trouve 
le  distique  de  13  syllabes  brisé  régulièrement  dans  les  Soniou 
(II,  p.  274)  à  la  7^  syllabe,  et  formant  un  quatrain  de  vers  de 
7  et  6  syllabes  à  rimes  alternées  : 

Pa  vec'h-c'hui,  va  niestrezik 

'n  eur  guele  cousket  mad, 
Me  a  ve,  ma  mestrezic 

o  lavigan,  'n  eur  vag. 

Le  vers  de  14  syllabes,  dont  nous  avons  constaté  l'existence 
en  gallois  et  en  comique,  n'y  est  pas  inconnu. 

Ar  iaouankis  zo  eur  bouquet  |  ar  haera  zo  er  bed, 
Mez  cozni  en  diskarie,  |  vit  c'hoaz  ne  raio  ket^. 

Bars  ar  ger  euz  a  Rudon  |  war  ann  hent  pa  ber  da  Rom, 
Zo  zavet  ur  gouant  newez  |  zo  en-hi  menec'h  o  chom. 
Zo  zavet  ur  gouant  newez  |  zo  en-hi  menec'h  iaouank 
Ha  noz  na  de  na  sessont  |  o  tibouch  ar  merc'hed  koant  5. 

Il  y  a  quelques  exemples  du  vers  de  15  syllabes ■+.  En  voici 
un  assez  curieux  qui  nous  montre  comment  s'est  développé 
le  quatrain  de  vers  alternant  de  8  et  7  syllabes.  Il  est  ordonné 
en  petits  vers  ;  je  rétablis  les  grands  vers  : 

Me'm  oa  bet  eur  bichic  bihan  |  ha  n'hen  doa  nemet  tri  miz 
Hac  hen  c'hassas  d'ann  davarnic  |  hac  e  varvas  gant  kingis, 

(Soniou,  I,  p.  18). 

1.  Soniou,!,  p.  32,  160,  166,  196,  200,  204,  212,  234,  268-270,  272, 
280;  II,  p.  8,  42.  —  Bourgault-Ducoudrav,  Mélodies,  p.  31,  41.  — Luzel. 
Gweriioit,  I,  p.  50.   1 16,  194,  358  ;  II,  p.  164  (coupé  à  la  sixième  syllabe). 

2.  Bourgault-Duc,  Mélodies,  p.  15. 

3.  Luzel,  Gweriiou,  I,  p.  272;  le  vers  est  coupé  en  deux  hémistiches 
égaux  de  7  syllabes.  Les  variantes  de  ce  chant  ont  1 5  svllabes  (7  +  6). 

4.  Soniou,  I.  p.  124  (vers  divisés  en  hémistiches  de  X  et  7  syllabes);  II, 
p.  48,   188.  —  Bourgault-Ducoudrav,  Mélodies,  p.  14. 


21 1  J.  Loth. 

De  même  (Bourgault-Duc,  Mélodies,  p.  80): 

C'houi  zeuio  ganc,  va  mestres, 
Na  da  droc'ho  ar  guiniz, 
—  Ho  ne  dan  ket,  ma  zerwicher 
Rac  troc'ho  a  rinn  ma  biz. 

Si  on  ne  trouve  plus  le  vers  de  1 7  syllabes,  on  a  en  revanche 
le  distique  de  9  et  8  svllabes  (Bourgault-Ducoudray,  Mélodies, 

P-  3).  "  .  , 

Les  vers  de  11,  13,  15,  17  syllabes  n'apparaissant  que  dans 

les  Anciens  Noè'Is,  on  pourrait  élever  quelques  doutes  sur  leur 
celticité :  ils  avaient  pu,  jusqu'à  un  certain  point,  être  inspirés 
par  certains  types  de  l'hymnologie  latine  qui  a  fourni,  comme 
on  l'a  vu,  un  certain  nombre  d'airs  à  ces  Noëls.  Les  chants 
populaires  ne  permettent  pas,  à  détaut  d'autre  argument,  de 
s'arrêter  à  cette  hypothèse. 


IL  —  La  strophe. 

Comme  l'a  montré  M.  Ernault  S  les  vers  de  5,  6,  8  et 
10  syllabes  forment  des  strophes  de  6  vers  dont  les  rimes  sont 
ainsi  réparties  :  aab,  cch,  ou  des  demi-strophes.  «  Dans  la  Vie 
de  Sainte  Nonne,  les  vers  de  8  syllabes,  ordinairement,  ceux 
de  12,  toujours,  forment  soit  de  ces  strophes,  soit  des  qua- 
trains monorimes.  Les  vers  de  16  et  de  20  syllabes  n'ont  que 
des  rimes  plates  ».  Dans  le  Grand  Mystère  de  Jésus,  les  qua- 
trains monorimes  sont  très  rares.  La  Vie  de  Sainte  Barbe  n'a 
guère  que  des  vers  de  5,  8  et  10  syllabes,  ordonnés  en 
strophes. 

Quelquefois  le  dialogue  est  coupé  en  demi-strophes  curieu- 
sement construites  (Sainte  Barbe,  str.  77,  78,  79). 

An  eil  Mecheroiir. 
Lest  hoz  saffar  ha  darbaret, 
Ne  ret  en  certen  tra  en  bet, 
En  effet,  nemet  quaquetal. 

I .   Ernault,  Dict.  èlym.,  Introd.,  p.  vi. 


La  Métrique  du  moyen-breton.  21^ 

An  qiientaff  darharenr. 

Pe  gounezet  hiiy  ouz  criai 

Nac  ober  tourmant  na  scandai  ; 

Pan  dlehech  flirczal  cvalhen. 

An  trecle  viccherour. 

Cza  !  travellet,  labouret  ten, 
Dizouguct  affo  oar  hoz  pen 
Mein  ha  raz  guen,  pa  goulennaf. 

An  cil  darbareur. 
Dalet,  hastet,  labouret  scaf. 

Aman  ecan  an  iiwcheronrien  : 

1 1  Evelhen  eu  gounit  gloat  |  hac  ebataff 
7  Evelhen  eu  gounit  gloat  ; 

7  Mar  da  mouez  dan  marchât, 

7  Ha  caffout  compagnun  mat, 

7  Hac  e  reo  da  evaff 

Evelhen  eu  gounit  gloat  |  hac  ebataff. 

Au  point  de  vue  de  l'ordonnancement  des  vers,  les  Anciens 
Noëls  occupent,  dans  la  métrique  du  moyen-breton,  une  place 
particulière.  Les  vers  forment  surtout  des  quatrains  de  vers  de 
même  longueur,  soit  monorimes,  soit  à  rimes  alternées,  soit 
divisés  en  deux  distiques  par  la  rime  : 

Quatrain  de  vers  de  8  (Rev.  CeJt.,  1889,  p.  13)  : 

Q.uenomp  Nouel  da  roue'n  aelez 
Joaiusamant  dre  carantez, 
Pan  eo  deuet  Jesu  dre  truez 
Evit  bon  ren  da  levenez. 

Quatrain  de  vers  de  10  syllabes  {ihid.,  p.  29,  sur  un  air 
connu)  : 

Quenomp  Nouel,  vuhel  daNedelec 
Ha  dan  maestres,  guerchez,  Rouanez  chuec 
A  ganas  Doue  hon  Roue  :  ha  ne  voe  chuec  ? 
Bras  eo  he  gloar  e  memoar  pep  cloarec. 


2l6  J.  Loth. 

Quatrain  DE  vers  de  12  {ibid.,  p.  3)  : 

Dre  pen  hon  tat  Adam  |  ez  viomp  condamnet, 
Allas,  bras  ha  bvhan  j  quement  a  voue  ganet 
Da  bout  en  ifern  yen  |  en  anquen  ha  penet, 
Pa  na  deuzye'n  '  mcrchic  |  ha"n  mabig  bcniguet. 

Quatrain  de  vers  de  13  syllabes  {Rev.  Celt.,  1 891,  p.  21  : 
V.  plus  haut,  I,  p.  206). 

Pour  les  vers  de  15,  17  et  18  syllabes,  v.  plus  haut. 

Les  quatrains  peuvent  être  formés  de  vers  d'inégale  lon- 
gueur (Î^^t.  Celt.,  1892,  p.   135;  air:  Istc  coiifessor). 

Quenomp  cuff  vuhel,  Nouel,  da'n  buguel,  frcz, 
Se  deuet  da  bout  den  don  ren  da  levenez  ; 
Parfet,  credet  hel,  hon  grav  Roue'n  aelez 
Un  guez  a  neze  -. 

Rev.  Celt.,  1889,  p.  3  (l'air  n'est  pas  indiqué)  : 

Ouz  an  fest  man  greomp  glan  damany, 
Joaou  meurbet  bepret  ha  meuleudy, 
Ouz  map  Mary  son  entromp  ny  arryvet 
Evit  hon  prenaff  glan  quement  maz  omp  ganet 

Le  refrain  est  composé  de  deux  vers,  le  premier  de  10  et  le 
deuxième  de  12  syllabes  5.  Les  autres  quatrains  sont  de  vers 
uniformément  de  12  syllabes. 

Revue  Celt.,  1889,  p.  45  (sur  un  air  connu)  : 

Dezy  gant  Gabriel 
a  perz  Roue'n  ebestel 
Ez  voue  revelet 
Ez  vyse  mat  ha  din  [  quifin  an  Drindet. 


1 .  Texte  :  detiiy  en . 

2.  A  corriger,  sûrement,  en  a  iieve^. 

3.  Il  est  vrai  que  le  premier  vers  aurait  également  12  syllabes  en  ajou- 
tant Nouel: 

Nouel,  Nouel,  [Nouel],  c  quentel  don  guelct. 
C'est  justifié  par  d'autres  passages. 


La  Métric]iie  du  moyen-breton.  217 

Cf.  Revue  Celt.,  1892,  p.  133  :  v.  plus  haut,  p.  206;  le  qua- 
train est  composé  d'un  vers  de  17  syllabes,  d'un  de  18  et  de 
deux  vers  de  10;  ibid.,  p.  153  :  deux  vers  de  16,  un  vers  de 
18  syllabes  et  un  quatrième  de  8:  v.  plus  haut,  p.  8;  ibid., 
p.  157:  le  quatrain  est  composé  de  deux  vers  de  1 1  et  de  deux 
de  10,  monorimes;  ibid.,  p.  335:  le  quatrain  se  compose  de 
deux  vers  de  13  et  de  deux  de  12  syllabes,  rimant  deux  par 
deux. 

Il  y  a  des  strophes  plus  compliquées  et  plus  longues. 

Nouel  quenomp  na  fellomp  quet 
Dre  vuheltet  a  gaoudet  lietus 
Da  Jésus  quer,  salver  an  bet 
'Ha  d'e  mam  apret  so  quenedus  ; 
Q.uenonip  joaius  hep  refus  tam  ; 
Lamet  omp  a  rest  hac  estlam. 

On  remarquera  que  le  quatrième  vers  rime  avec  la  coupe 
du  cinquième. 

Voici  un  exemple  de  strophe  sénaire  de  vers  de  6  syllabes 
(Rev.  Celt.,  1889,  p.  33;  sur  l'air:  Noiiel  spes  dû  Jésus): 

Nouel,  nouel,  nouel  ! 
E  languis  a  isel 
Doue  vuhel  hon  quelas  ; 
Tudaou,  quehezlaou  mat 
Deompny  proficiat  ; 
Doue  an  tat  en  gratas. 

La  strophe  suivante  se  compose  de  deux  vers  de  12  syl- 
labes, et  de  quatre  vers  de  6  (Revue  Celt.,  1889,  P-  19;  sur 
l'air  :  Courtes  Itronesel)  : 

duenomp  cufï  [hac]  vuhel  |  Nouel  da  roe'n  velly 
Ha  dinam  d'e  mam  chuec  |  choantec  hep  dieguy. 

He  deveus,  n'en  deux  sv, 

Ganet  Doue  hon  roue  ny  ; 

Desy  ez  voe  bryet 

Gant  an  eal  revelet. 

La  strophe  sénaire  se  trouve  combinée  avec  un  quatrain  de 
Revue  Celùque,  XXI.  i  ^ 


2l8  J.  Loth. 

vers  de  8  syllabes  ou  mieux  un  distique  de  vers  de  i6  dans 
l'exemple  suivant  {Revue  Celt.,  1889,  p.  33)  : 

Hon  quentaff  tat  Adam 

A  estlam  so  lamet 

Hac  eat  da  levenez 

Ma  edi'n  aelez  pepret 

Brcman  cz  eo  ganet 

Q.uer  map  Doue  roue  an  bet, 

Guen  e  bet  en  credas  ! 

Un  verch  so  guerch  ha  glan 

A  pechet  an  bet  nian 

An  map  m  an  a  ganas. 

La  strophe  suivante  a  sept  vers  inégaux  {Rev.  Celt.,  1889, 
p.  43  :  sur  un  air  connu)  : 

6  Nouel,  nouel,  nouel  ! 

3  E  quentel  gueluomp 

1 1  Rouanes  an  tensor,  cosquor  enoromp  ! 

6  Don  guir  advocades, 

6  Merch  caezr,  impalaezres, 

5  Hon  maestres  nessaf 

1 1  Ny  a  die  révérant  en  em  presentaft. 

Les  deux  premiers  vers  ne  font  qu'un  et  valent  un  vers  de 
12  ou  II  syllabes. 

La  strophe  suivante  a  dix  vers  de  6  syllabes  (Rev.  Celt., 
1889,  p.  37;  sur  l'air  :  Nouel  spes  da  Jésus)  : 

Truez  ouz  hon  bezaff 
Dre'n  tat  quentaff  claffet 
En  defFoue  roue'n  glen, 
Pan  eo  cren  disquennet 
Breman  da  vont  ganet, 
Gant  un  merch  he  guerchdet 
Parfait  a  croudet  net 
Gracius  dreyst  mesur 
Hegarat  dreyst  natur 
Merch  illur  so  furmet. 

Les  quatre  premiers  vers  peuvent  se  réduire  à  deux  vers  de 
12  syllabes. 


La  Métrique  du  moyen-breton.  219 

Il  y  a  quelques  rares  exemples  de  triplets.  J'en  relève  un 
dans  les  Anciens  Noël  s  (Rev.  Celt.,  1890,  p.  47),  mais  il  est 
fort  probable  qu'il  est  dû  à  l'influence  de  l'hymne  latine  dont  il 
a  emprunté  l'air. 

Les  strophes  ou  systèmes  du  moyen-breton,  rapprochées  des 
S3^stèmes  gallois  et  comiques,  ont,  pour  la  plupart,  une  origine 
claire  :  certains  distiques  ont  été  amenés  par  la  rime  au 
membre  amenant  ainsi  l'indépendance  de  ce  dernier;  dans  le 
grand  vers,  le  quatrain  sort  du  distique  composé  de  deux 
grands  vers  à  deux  membres  chacun  ;  la  strophe  de  six  vers  à 
rimes  régulières  dans  l'ordre  aah,  ccb,  a  pour  origine  le  dis- 
tique de  grand  vers  à  trois  membres  ;  ou,  d'une  façon  plus 
simple,  le  distique  à  petits  vers  sort  du  grand  vers  à  deux 
membres  ;  la  demi-strophe  à  trois  vers,  du  grand  vers  à  trois 
membres.  Certaines  strophes  galloises  ont  une  autre  origine; 
elles  viennent  de  la  diminution  progressive  de  la  grande  ti- 
rade monorime  et  de  sa  réduction  à  un  nombre  fixe  de  vers  ; 
par  exemple,  la  cyhydeâd  naïuhatin,  strophe  de  4  vers  monorimes 
de  9  syllabes  chacun. 

Nous  avons  établi  plus  haut  l'origine  du  disiique  de  7  syl- 
labes ;  celle  de  la  strophe  sénaire  à  vers  de  4  syllabes.  Le 
moyen-breton,  seul,  notamment  par  les  Anciens  Nocls  rap- 
prochés des  chants  populaires,  suffirait  à  l'établir.  Le  quatrain, 
dans  certains  cas,  est  encore  visiblement  un  distique  de  deux 
grands  vers  (Rev.  Celt.,  1889,  p.  9)  : 

Pan  deuez  davet  y  Gabriel 
Plesant  santel  pa  he  guelas, 
Ne  fallas  pas  dan  cas  astut, 
Hep  ober  brut  he  saludas. 

On  peut  l'ordonner  en  un  distique  de  deux  vers  de  r6  svl- 
labes : 

Pan  deuez  davei  y  Gabriel  1  plesant  santel  pa  he  guelas, 
Ne  flillas  pas  dan  cas,  astut  |  hep  ober  brut  he  saludas. 


Si  les  membres  riment  entre  eux,  on  a  le  quatrain  à  rimes 
alternées  ÇiluiL,  p.  9)  : 


2  20  J.  Loth. 

Nouel  !  duenomp,  joaeusomp  glan  ! 

Gant  diboan  breman,  pobl  an  bet, 

Greomp  meulcudv  dan  map  bihan 

A  so  en  bet  man  deom  ganet 
Nouel  !  Q.uenomp,  joaeusomp  glan  !  |  gant  diboan  breman,  pobl  an  bet, 
Greomp  meuleiidy  dan  map  bihan  |  a  so  en  bet  man  deom  ganet. 

Quelquefois  la  résolution  du   distique  n'est   pas  complète 
(Rev.  Ceh.,  1889,  p.  9): 

En  un  merch  guerches  maestres  net 
Ez  voue  concevet  competant 
Salver  an  bet  het  ha  ledan 
Don  ober  glan  hac  avanant 

Les  deux  premiers  vers  peuvent  se  réduire  seuls  en  un  vers 
de  lé  syllabes. 

Cf.  Revue  Cclt.,  1 891,  p.  43  : 

Evel  an  sclerder  dre'n  guezren 
Hep  bizcoaz  courrompaff  goazen 
Ez  ganat  Doue,  guir  roue  an  glen 
En  craou  un  asen  voar  fouen  pur. 

Pur  ne  rime  avec  aucune  finale.  Deux  des  quatrains  pré- 
cédents, au  contraire,  sont  reliés  par  la  rime  : 

Nouel  quenomp,  na  fellomp  quet. 
Pan  eo  deuet  Doue,  roue'n  proffedet, 
Voar  an  bet  man  da  bout  ganet, 
Maz  omp  salvet,  lamet  a  poan. 
Ganet  eo  Doue,  guir  roue'n  ploucaou. 
Gant  rouanes  an  guerchesaou, 
Evit  lamet  bon  pechedaou, 
Reiff  deomp  goulaou  a  disaouzan. 

La  strophe  à  vers  inégaux  s'explique  facilement  par  l'iné- 
galité des  membres  dans  le  grand  vers.  Le  vers  de  13  syl- 
labes, par  exemple,  se  brisant  à  la  coupe,  devait  donner 
deux  vers  de  7  et  6  syllabes;  celui  de  15,  deux  vers  de  8  et 
7  S3'llabes,  etc.  C'est  ainsi  que  le  vers  de  12  syllabes,  en  gal- 
lois, a  donné  naissance  à  la  strophe  dite  hiipunt  byrr;  elle  est 
composée  de  deux  demi-strophes,  chacune  de  trois  vers  de  ^syl- 


La  Métricluedu  nwycn-brcton.  22  i 

labes,  parce  que  le  vers  de  12  était  divisé  en  trois  membres  de 
4  syllabes.  Nous  avons  signalé  plus  haut,  p.  208,  l'existence 
d'un  vers  de  18  syllabes  divisé  en  deux  membres,  l'un  de 
10  syllabes,  l'autre  de  8  ;  or,  dans  les  Soniou,  p.  24,  on  re- 
marque un  vers  de  10  syllabes,  suivi  d'un  vers  de  8. 

Hn  dehors  de  toute  influence  étrangère,  comme  par  exemple 
dans  les  Ancients  Noëls  où  certaines  strophes  ont  été  calquées 
sur  l'hymne  latine  dont  elles  empruntaient  l'air,  il  y  a  une 
autre  cause  d'inégalité  dans  les  vers  que  les  chansons  populaires 
nous  révèlent  :  c'est  la  mélodie.  Certains  vers  qui  nous  appa- 
raissent plus  courts  ou  plus  longs  d'une  syllabe  que  d'autres 
chantés  sur  le  même  air  et  dans  la  même  mesure,  sont,  en  réa- 
lité par  suite  d'une  pause  ou  d'un  prolongement  de  la  der- 
nière syllabe,  de  même  longueur.  En  voici  un  exemple  em- 
prunté aux  Mélodies  de  M.  Bourgault-Ducoudray,  p.  87  (la 
chanson  lui  a  été  chantée  par  moi)  ;  je  la  donne  avec  les 
reprises  : 

Me  m  zve  cbiOy'ed  çr  vestres 

çr  plahec  a  da'sen,  gç ! 

me' m  wé  chvçjed  çr  vestres 

çr  plah^c  a  dasen  : 

Tarie,  tarie,  là  la, 

Hi  lare  d'eu,  ïa,  hç  ! 

Tarie,  tarie,  là  la, 

Hi  lare  d'en,  ïa  ^ 

Les  vers,  en  laissant  le  refrain  de  côté,  sont  de  7  syllabes, 
mais  à  la  reprise  le  second  vers  n'en  a  que  6.  On  n'a  qu'à  con- 
sulter la  musique,  on  verra  que,  dans  les  vers  de  6  syllabes, 
la  finale  de  da'sen  et  celle  de  ïa  sont  prolongées  de  telle  sorte 
qu'en  réalité,  musicalement,  ils  égalent  en  longueur  le  vers 
de  7  syllabes. 

En  revanche,  la  quatrième  strophe  de  la  même  chanson  dé- 
bute par  un  vers  de  8  syllabes.  Mais-  le  premier  mot,  qui  a 
2  syllabes,  se  chante  dans  le  même  temps  que  la  première  syl- 


I.   Le  tilde  sur  la  voyelle  indique  la  nasalisation  :  »'' =  in  français  dans 
vin;  le  signe  sous  n  indique  le  mouillement. 


222  J.  Lotll. 

labe  de  la  première  strophe.  C'est  là  une  des  raisons  du  grand 
nombre  de  vers  irréguliers  qu'on  remarque  dans  les  chansons 
populaires,  par  exemple  dans  les  Gu'cr~iou  Brei::^-I:^cl  de  Luzel. 
Dans  les  chansons  populaires,  les  formes  habituelles  sont  le 
distique  et  le  quatrain,  surtout  de  vers  de  8  syllabes  :  les  vers 
riment,  généralement,  deux  à  deux.  Mais  il  est  rare  que  dans 
le  distique  l'un  des  vers,  sinon  les  deux,  ne  soient  pas  repris 
ou  qu'un  refrain  n'y  soit  pas  joint.  C'est  ainsi  que  dans  les 
Sonioii,  p.  170,  deux  vers  de  7  syllabes  sont  accompagnés  du 
refrain  suivant  de  14  syllabes  : 

Ledabadi  |  dabadell  |j  Lampati  |  lampatourel. 

Dans  les  Mélodies  de  M.  Bourgault-Ducoudray,  où  le  chant 
est  joint  aux  paroles,  on  peut  dire  qu'en  réalité  le  distique 
n'existe  pas.  Chaque  fois  que  les  paroles  constituent  un  dis- 
tique, ce  qui  est  fréquent,  un  des  vers,  au  moins,  est  répété, 
et  un  refrain  ou  une  ritournelle  y  est  joint.  Dans  le  triplet, 
un  des  vers  est  répété.  Dans  le  quatrain,  un  des  vers  peut  être 
également  repris.  Il  y  a  quelquefois  des  strophes  plus  longues. 
Je  relève  dans  les  Mélodies,  p.  3,  une  strophe  de  six  vers  de  9 
et  8  syllabes.  Il  v  en  a  de  plus  comphqués,  notamment  dans 
les  berceuses,  les  chansons  de  danse,  les  formules  chantées  ou 
récitées  d'après  un  certain  rythme. 

Si  les  strophes,  dans  les  langues  brittoniques_,  ont  pu  sortir 
toutes  des  grands  vers  et  s'il  est  prouvé  que  telle  est  l'origine 
de  plusieurs  d'entre  elles,  il  serait  néanmoins  imprudent  de  les 
en  faire  sortir  toutes.  Nous  voyons  chez  les  Gallois,  du  xii*  au 
xiV'  siècle,  la  strophe  dite  hiippiait  byrr  (strophe  de  six  vers  de 
4  syllabes,  demi-strophe  de  trois  vers),  naître  du  vers  de 
12  syllabes  à  trois  membres.  Nous  constatons,  chez  eux,  au 
xii^  siècle  et  antérieurement,  l'existence  de  la  laisse  plus  ou 
moins  longue  de  vers  monorimes  de  8,  9  et  12  syllabes.  Or, 
à  la  même  époque,  ils  avaient  des  strophes  parfaitement  for- 
mées. Au  xii%  la  strophe  de  XEnglyn  unodl  /insain  est  aussi 
régulière  qu'au  xvi^  Dès  le  ix%  ils  ont  le  triplet,  témoin  les 
deux  petits  poèmes  du  manuscrit  de  Juvencus,  à  Cambridge. 
Voici  un  triplet  très  clair  du  premier  de  ces  poèmes  : 


La  Mctri(juc  du  moyen-breton.  22? 

Ti  dicones  remcdauft] 
Elbid,  an  guorit  an  guoraut: 
Ni  garu  gnini  molim  trintaut. 
«  C'est  toi  qui  a  fait  les  merveilles 
«  du  monde,  qui  nous  sauve,  qui  nous  a  sauvés  : 
«  ce  n'est  pas  une  rude  tâche  que  de  louer  la  Trinité  ' .  » 

La  Strophe  est  plus  appropriée  au  chant;  la  laisse  ou  la 
grande  tirade  convient  mieux  à  la  déclamation,  à  l'épopée,  par 
exemple,  accompagnée  ou  non  d'instruments  de  musique.  Les 
vers  inégaux  que  l'on  remarque,  en  gallois,  dans  les  tirades, 
doivent  vraisemblablement  leur  existence  à  la  musique.  L'in- 
fluence de  la  musique  chantée  ou  instrumentale  a  dû  être  d'un 
grand  poids,  chez  eux,  dans  le  développement  ou  la  disparition 
de  certains  genres,  et  cela  à  toute  époque.  C'est  ainsi  que 
Gaiffith  Roberts  nous  dit  que  si  les  vers  de  4  syllabes  comme 
le  cywydd  detiair  fyrrion,  n'ont  pas  fiiit  fortune,  c'est  qu'ils  ne 
se  prêtaient  pas  à  la  musique,  aux  modes  gallois. 

Les  Irlandais  ont  le  distique,  et  par  le  distique  à  grands 
vers,  le  quatrain,  ainsi  que  d'autres  strophes.  Les  Bretons- 
Armoricains  et  ceux  de  la  Cornouailles  anglaise  ont  surtout  la 
strophe,  et  aussi  le  quatrain;  le  distique  ne  leur  est  pas  non 
plus  inconnu,  non  plus  que  le  triplet  dans  la  poésie  populaire. 
Les  Gallois  ont  le  distique,  le  quatrain,  la  strophe  et  en  parti- 
culier la  grande  laisse  à  vers  monorimes  qui  du  xii'^  au  xv^  siècle 
a  une  tendance  marquée  à  se  réduire  de  plus  en  plus  pour 
aboutir  à  des  strophes  d'un  nombre  de  vers  fixes. 

IIL  —  La  rime  et  la  coupe  des  vers. 

En  ce  qui  concerne  la  rime  et  l'allitération,  les  Néo-Celtes  se 
scindent  en  deux  groupes  :  d'un  côté  les  Gaëls  et  les  Gallois 
qui  tout  usage  de  la  rime  et  de  l'allitération  ;  de  l'autre  les 
Bretons  de  la  Cornouailles  insulaire  et  de  l'Armorique  qui 
n'ont  que  la  rime.  Les  Armoricains  ont  cependant  conservé  un 

I .   Ce  serait  en  gallois  moderne,  à  peu  près: 
Ti  ddigones  ryfeddawd 
Eltydd,  an  gweryd  an  gwarawd  : 
Ni  garw  gnif  moli  Trindawd. 


224  J-  Loth. 

type  de  rime  interne  qui  n'existe  pas  en  comique  et  qu'on  re- 
trouve chez  les  Gallois. 

La  rime  finale,  en  breton,  consiste  dans  l'accord,  la  conson- 
nancc  de  la  voyelle  et  généralement  de  la  consonne  qui  la  suit. 
Comme  la  syllabe  finale  n'est  pas  accentuée,  il  s'ensuit  que 
dans  la  plupart  des  cas,  en  exceptant,  par  exemple,  les  mono- 
syllabes, la  syllabe  rimante  est  atone;  il  en  est  de  même  en 
comique  et  en  gallois.  La  rime  interne  est  moins  exigeante 
que  la  finale.  C'est  ainsi  que  nous  voyons  Jesu  rimer  avec 
unan  dans  le  Mystère  de  Sainte  Barbe  (strophe  184). 

Voici  les  trois  règles  données  par  M.  Ernault  pour  la  rime 
interne  : 

1°  L'avant-dernière  syllabe  d'un  vers  doit  rimer  avec  une  ou 
plusieurs  des  syllabes  précédentes  finissant  un  mot  ou  formées 
de  la  finale  d'un  mot  et  du  commencement  du  vers  suivant  ; 

2°  La  finale  des  deux  premiers  vers  d'une  strophe  doit  rimer 
avec  l'avant-dernière  syllabe  du  troisième  vers%  et  la  finale 
du  quatrième  et  du  cinquième  vers  avec  l'avant-dernière  du 
sixième;  le  troisième  et  le  sixième  vers  riment  entre  eux; 

30  Dans  le  vers  de  8  syllabes,  quand  il  y  a  une  rime  à  la 
première  ou  à  la  deuxième  syllabe,  cette  rime  ne  se  trouve  pas 
seule;  elle  en  exige  une  autre  avant  la  rime  obligatoire  de 
l'antépénultième. 

Voici  des  exemples  de  ces  diverses  règles  : 

Vers  de  16  syllabes  (première  règle)  : 

Pan  gouzafenn  garv  an  marv  yen 
gant  nep  sceurt  den  nen  soutenaf. 

Vers  de  6  syllabes  (première  et  deuxième  règles)  : 

Orcza  cza  tut  ma  ty 
Tut  a  brut  a  studi 
Un  soury  am  gruy  bras, 
Oz  clevet  en  bet  man 
Ez  duy  sascun  unan  : 
Causit  breman  an  cas. 

I .  Il  faudrait  ajouter  :  et  avec  la  césure  de  ce  vers  dans  les  vers  autres 
que  ceux  de  5  syllabes,  où  assez  souvent  la  règle  de  la  rime  interne  n'est 
pas  appliquée. 


l.x  Mi'lriquc  dn  nwycn-breion.  225 

Vers  de  10  syllibes  (première,  deuxième,  troisième  règles): 

Me  guel  un  merch  hcrvcz  he  derch  guerches. 

Oa  he  study  dont  don  ty  alics 

Maz  vacq  certes  courtes  de  oreson  ; 

Me  a  ia  1  partout  da  gouzout  diouty 

Petra  a  mat  a  gra  en  abaty 

Ha  he  sourci  ha  lie  ompinion. 

{Vie  de  Sainte  Noiiu,   v.  760;  cf.  pour  le  vers  de  20,   ibid., 
V.  233). 

Dévotion  he  deveux  da  donet. 

V.  194: 

Leueret  spes  |  ac  ef  so  hoz  esper. 
(Non  11,  p.  119). 


Ibid.,  V.  227  : 


Ret  vezo  iun  oberalusunou 
Dirac  roen  tron  ober  oresonou 
Dre'n  vertuziou  devotionou  bres. 


Gr.  Myst.,  p.  10  B 


Quentaff,  hep  gou,  entre  mcneziou  tan 
Ez  eux  rodou  gant  poanyou  ha  souzan 
Ouz  an  re  man,  |  credet  glan  pep  manyer 
Eo  ez  staguer  en  un  hirder  flaeryus 
En  fane  ha  strouill  an  re  so  orgouillus  ; 
Digracius,  |  outragius,  |  ez  ruser. 


Sainte  Barbe,  str, 


Gruet  houz  gallout,  nep  rout  nen  em  doutiff, 
Lequet  hy  fresq  hep  bout  bresq  da  desquiff, 
Hac  ouz  quiriff,  crédit  diff ,  ne  riff  quen , 
M'ouz  contante,  pep  tro,  huv  guelo  gnou, 
Me  roy  dich  gloat  |  en  houz  grat  |  ha  niadou, 
Ouz  holl  poanyou,  hep  gou,  ouz  gruiff  louen. 


I  .   Lisez  me  ta 


226  J.  Loth. 

Strophes  de  vers  de  5  syllabes  (deuxième  règle)  : 

Carguet  a  prenden 
Juzas  oa  ho  penn 
Hac  ho  quelennas  ; 
Neuse  tut  he  ty 
Gant  aoun  ha  studi 
En  renoncias. 

On  pourrait  ordonner  la  strophe  en  un  distique,  ainsi  : 

Carguet  a  prenden  |  Juzas  oa  ho  penn  \  hac  ho  quelennas  ; 
Meuse  tut  he  ty  |  gant  aoun  ha  studi  |  en  renoncias. 

Vers  de  8  syllabes  (troisième  règle  et  première)  : 

Duet  em  rcquet,  na  tardet  muv 
Digracc  voar  an  place  discascun. 

Gr.  M.,  p.  182: 

En  mil  levenez  en  guez  n:an 
Ouz  ho  guelet  daczorchet  glan. 

A  lie  ic  ni  S  Noël  s,  Revue  Celt.,  1892,  p.  131  : 

Pan  guelas  Satan  damany 
Adam  furmet,  da  monet  dv, 
Dre  un  aval  a  drouc  aly 
En  trompas  dre  un  fantasv. 

On  le  voit,  il  suffit  d'une  rime  quand  c'est  la  troisième  ou 
une  des  syllabes  suivantes,  presque  toujours  la  quatrième, 
quelquefois  la  cinquième  qui  rime  avec  la  pénultième.  En  réa- 
lité, cette  loi  n'est  qu'un  cas  particulier  d'une  loi  générale 
dans  les  vers  à  rime  vocalique  aussi  bien  en  gallois  qu'en 
breton.  On  peut  la  formuler  ainsi  et  y  fondre  les  lois  précé- 
dentes: dans  levers  moyen-hrcion,  la  pénultième  rime  toujours  avec 
la  césure  principale  du  vers;  il  peut  y  avoir  d'autres  rimes. 
Cette  loi  s'étend  à  la  strophe  :  la  pénultième  des  vers  portant 
la  rime  principale  et  qui  probablement  formait  anciennement 
le  troisième  membre  du  grand  vers,  rime  avec  les  finales  des 
vers  précédents,  finales  qui  dans  le  grand  vers  étaient  des  cé- 
sures. On  peut  examiner  toutes  les  espèces  de  vers,  cette  loi 


La  M  cil  it]  lie  du  moyen-breton.  227 

sera  vérifiée  pour  toutes.  Je  prends  comme  type  le  vers  de 
10  syllabes".  La  césure  principale  est  à  la  quatrième  syllabe  ou 
à  la  cinquième;  la  rime  de  celle  syllabe,  précisément,  avec  la  pé- 
nultième suffit  : 

Sainte  Nonn,  v.  182  : 

Da  gouzout  scier  |  a  lui}'  vc  qucmeret. 

Ibid.,  v.    165  : 

Ha  hc  sourcy  ha  hc  ompinion. 

Dans  le  vers    de  9  syllabes,  il  en  est  de  même  ;  la  césure 
principale  est  à  la  quatrième  syllabe  : 
Ancients  Nocls,  R.  C,  1892,  p.  149: 

Han  pastoret  se  so  diredet  ; 

Rouanez  try  diouz  Orient 

A  het  an  lient  no  devez  lentet. 

Dans  les  grands  vers,  la  césure  principale  rime  toujours  avec 
la  pénultième. 

Q_uelle  est  la  raison  d'être  et  l'origine  de  cette  loi  ? 

Le  comique  ne  peut  guère  nous  aider  à  comprendre  l'his- 
toire de  la  métrique  brittonique. 

Sa  métrique  est  asse;^  remarquable  par  la  variété  des 
strophes,  mais  il  ne  fait  guère  rimer  que  les  hémistiches  dans 
les  vers  de  14  et  8  syllabes,  et  dans  les  strophes  les  finales  des 


I.   Ancients  Noëls,  Rcv.  Cell.,  1892.  p.  127  : 

Ganet  eo  Roue'n  sent  da  quez  quenient  so, 
Jesu  Doue  ha  den,  nep  hon  dazpreno, 
Pan  eo  deuet  en  bro,  ne  refuso  den. 
Joa  plen  en  effaou,  quehezlaou  laouen. 
C'est  quelquefois   la  coupe  dans  les  Nocls  pour  ce  vers.  Cependant,  on 
trouve  aussi   la  coupe   à   la  quatrième  syllabe,  mais  dans  ce  cas  il  y  a  une 
autre  rim   :  c'est  l'histoire  de  la  rime  du  vers  de  8  {Ancients  Noëls,   Rev. 
CclL,  Il 91,  p.  49-  50)  : 

Sant  Gabriel  santel  pan  he  quelas 
Hen  saludas  pan  lavaras  ave 
Dren  guiryaou  se  neuse  ez  concevas,  etc. 
La  coupe  principale  devait  être  à  la  cinquième  syllabe. 


2  28  J    Lot  h. 

vers  (3  ou  6  dans  les  strophes  sénaires;  4  ou  8  dans  les  stro' 
phes  de  8)  : 

Ena  un  lowarth  cse  ]  ha  ynno  navn  io  parvs 
Den  marow  rag  receva  |  byth  newyth,  nyn  io  usijs  ; 
Corff  Jhus  Crist  yntrethe  |  then  logell  a  ve  degvs 
Hag  a  heys  the  wrowethe  |  ynno  ef  a  ve  gesys. 

Gr.  M.,  1907  : 

Ov  arluth  ker  |  na  vyth  serrvs 
Kettotli  a'n  ger  |  my  a  there  thys 
yn  pup  teller  |  thym  may  fo  res 
Prest  hep  danger  |  vethaf  parys 


V.  1305 


Tan  ha  clethc  |  vma  gens 
Lemmyn  parys  ; 
Dun  alemma  |  rag  offrynna 
an  sacryf\-s. 


(cf.  vers  de  12  en  gallois). 

Il  est  à  remarquer  que  le  comique  possède  le  vers  de  7  syl- 
labes, soit  comme  hémistiche  du  vers  de  14,  soit  comme  vers 
indépendant. 

Pour  comprendre  les  rapports  et  les  différences  de  la  mé- 
trique galloise  avec  la  métrique  bretonne,  un  mot  sur  ce  que 
les  écrivains  gallois  appellent  cynghanedd  est  nécessaire. 

La  cynghancdd  (=  *  concaniâ)  est  en  réalité  au  moins,  de- 
puis le  xii^  siècle,  non  la  rime  ni  l'allitération,  mais  la  liaison 
des  membres  du  vers  par  la  rime  ou  l'allitération  et,  en  général, 
par  les  deux  à  la  fois.  Il  y  a  deux  sortes  de  cynghanedd  :  la  voca- 
lique  :  odl  sain  (2  syllabes  sont  unodl  unsauï)  ;  la  conson- 
nantique  :  prost,  proest  ;  cyiii^haiicdd,  seul,  désigne  plus  spécia- 
lement Tallitération. 

Cyngh.  vocal ique:  il  y  en  a  deux  sortes,  i"  l'une  (cyngh.  sain 
rywiog),  comporte  deux  rimes  internes,  mais  exige  l'allitéra- 
tion entre  le  deuxième  membre  terminé  par  la  rime  et  le  der- 
nier contenant  la  rime  finale. 

Bod  hynod  |  \vi\v  glod  eglwys. 
Il  faut  qu'au  moins  la  consonne  qui  précède  immédiatement 


La  Métrique  du  moyen-breton.  229 

la  syllabe    finale   allitère   avec    une    consonne  du    deuxième 
membre  ou  c^orddarn  : 

Gwynn  i  byd,  llawenbryd  Uiw 

2"  cynyhanedd  lusg  :  elle  comporte  deux  rimes  internes,  la 
dernière  est  à  la  syllabe  précédant  la  rime  : 

I  hwyneb  yn  gynhebig. 

La  première  est  toujours  à  la  césure.  J'ai  relevé  un  grand 
nombre  d'exemples  du  xii''  au  xiv''  siècle  :  il  n'y  a  pas  une 
exception  : 

Vers  de  <)  syllabes  (la  césure  principale  est  à  la  cinquième 
syllabe)  : 

Myr.  Arch.,  p.  141,  i  : 

Cyn  myned  mur  ced  |  yn  dawedawc 
Torressid  gormes  \  yn  Ilynghessawc. 

P.  142,  2  : 

Pryd  y  bo  cyfnod  |  yn  cyvodi. 

P.  218,  2: 

A  ddaroganer  |  a  gymmery. 

P.  231,  2  : 

Gormot  yw  bychod  j  0  bechodcu 
Gwedy  gvvasanaeth  j  y  pennaetheu. 

Vers  de  8  syllabes  : 
P.  199,  2  : 

Ef  digawn  dyhet  |  a  hetwch. 

P.  222,    I  : 

Neud  ei  hoed  |  ar  ei  gyfoedion. 

P.  229,  I  : 

Caryat  didwyll  ]  a  giybwyllaf. 


2^0  j.  Loîh 

La  pénultième  du  vers  est  toujours  une  syllabe  accentuée  ; 
c'est  la  condition  essentielle  de  ce  type  de  vers.  Si  elle  n'est 
pas  remplie,  si  par  exemple  la  finale  est  un  monosyllabe,  il 
n'y  a  pas  de  cynghanedd  lusg  ;  on  a,  avec  les  deux  rimes  internes, 
la  division  en  trois  membres  et  l'allitération  obligatoire  du 
monosyllabe  avec  le  mot  rimant  précédent,  c'est-à-dire  la  cyn- 
ghanedd sain  ryu'iog  : 

Nid  rhaid  i'm  ammeu  llyfreu  lien. 

Cynghanedd  consonnantique:  elle  consiste  essentiellement 
dans  la  diversité  de  la  voyelle  et  dans  l'identité  de  son  des 
consonnes  initiales  ou  de  la  syllabe  et  même  du  mot  allitérant. 
Il  y  en  a  deux  variétés  principales:  i"  la  cynghanedd groes  ou 
croisée;  2°  la  cynghanedd  draws. 

crées  :  Aucune  des  consonnes  du  premier  membre  n'est  sans 
allitérer  avec  celles  de  deuxième,  excepté  celle  qui  termine  la 
rime  finale  et  le  membre  : 

Dali  i'm  cof  I  dy  liw  o'm  cwsg 
yn  wyrdd  las  liw  |  wrdd  Iwys  lan. 

draws:  Des  consonnes  se  trouvent  sans  allitération  :  il  faut 
que  la  première  consonne  accentuée  allitère  avec  la  consonne 
la  plus  proche  de  la  voyelle  de  la  rime  : 
o'r  awr  |  i'th  welais  |  erioed. 

Il  ressort  de  cela,  en  somme,  qu'il  suffit  que  deux  mots 
allitèrent  dans  le  vers  ou,  en  d'autres  termes,  que  chacun  des 
deux  membres  soit  relié  à  l'autre  par  une  allitération. 

Les  syllabes  allitérantes  sont,  en  général,  des  syllabes  ac- 
centuées, sinon,  des  syllabes  initiales. 

Plus  on  remonte  loin,  plus  on  arrive  à  cette  loi  :  au 
xii^  siècle,  il  suffit  que  deux  mots  allitèrent  ;  il  n'est  nulle- 
ment nécessaire  que  la  consonne  avant  la  rime  finale  allitère, 
avec  le  premier  mot  accentué  du  vers.  Il  arrive  fréquemment 
que  les  deux  mots  allitérant  soient  rapprochés  :  Varsis  la  plus 
forte  est    évidemment    sur    le   mot   allitérant    du    dcu.sième 

membre  : 

Yr  arynaic  llew  |  llaw  diferiawc 
as  rotvvv  fy  ren  ]  rann  dragywyt 
Gwakhmai  ym  gelwir  ]  gelyn  y  Sacsson. 


» 


La  Méiiicjiie  du  moyen-breton.  251 

C'est  évidemment  le  mot  saillant  qui  porte  l'accent,  accent 
de  mot  souvent  et  généralement  accent  oratoire  : 

ac  i  gynnwrf  Uu  |  luid  wyf  llofrut. 

La  répétition  ici  est  instructive  : 

Balch  ei  fenwin  |  bcilch  ci  faon 

P\-  vyt  cedwallaw  |  val  Cadwallawii. 

Dans  ce  dernier  exemple,  il  fout  se  garder  de  croire  qu'on 
est  en  présence  d'un  cas  de  cynghaiicdd  lusg  :  c'est  proprement 
un  procédé  pour  faire  saillir  la  syllabe  accentuée,  analogue  à 
l'allitération.  Cf.  : 

Myr.  Arch.,  p.  169,  i,  xii^  siècle  : 

Parawd  oe  adaf  kyn  noe  adaw 
O  Gadell  ener  0  Gadelling. 

P.  217-218: 

Gwr  a  wnaeth  lléwych  or  gorlléwin. 

P.  230,  2  : 

Yr  wyf  prydenis  vel  Pryderi. 

L'allitération  n'existe  pas  obligatoirement  dans  la  cynghanedd 
lusg. 

Si  on  rapproche  les  coupes  des  vers  gallois  de  celles  des 
vers  du  moyen-breton,  on  arrive  à  des  résultats  fort  instructifs. 
Je  laisse  de  côté  les  vers  de  12,  16  et  20  syllabes  dans  les- 
quels, en  breton,  la  coupe  par  hémistiches  égaux  n'est  pas 
bien  ancienne.  Dans  le  vers  de  9  syllabes,  en  gallois,  la  césure 
principale  est  à  la  cinquième  syllabe;  il  en  est  de  même  dans 
le  vers  de  10  syllabes.  Pour  le  vers  de  9  syllabes,  il  y  a  une 
autre  coupe  usitée,  mais  beaucoup  plus  rare;  elle  partage  le 
vers  en  trois  membres  de  trois  syllabes,  la  troisième  et  la 
sixième  rimant  entre  elles.  En  breton,  la  coupe  principale  dans 
le  vers  de  10  syllabes  est  à  la  quatrième,  qui  alors  j'iiiie  régu- 
lièrement non  seulement  avec  la  pénultième  mais  encore  avec 
une  autre  syllabe  du  second  iuend>re,  généralement  la  troisième 


2  32  J.  Loih. 

ou  la  deuxième.  Je  n'ai  trouvé  d'exemple  de  coupe  différente 
que  dans  les  Anciens  Nocls  (1892,  p.  127-129);  là  la  coupe 
principale  est  à  la  cinquième  syllabe,  et  dans  ce  cas  il  peut 
n'y  avoir  d'autre  rime  qu'entre  la  cinquième  et  la  pénultième 
du  vers  (cf.  plus  haut,  p.  43,  note)  : 

Allas  drouc  a  mat  |  a  perz  on  tadaou, 
a  yea  dan  Ifern  |  syouaz,  a  bergnaou, 
Deuet  eo  roue'n  effaou  |  ha  goulaou  da  den, 
Joa  plen  en  effaou  |  quehezlaou  laouen 
Collet  voa  hon  stat  |  dre  emdvvater, 
Dre  hon  tat  Adam  |  ifam  oamp  blamet  ; 
Breman  oump  prenet  |  nen  cm  douetet  den; 
Joa  plen  en  offaou  |  quehezlaou  laouen. 

Il  est  probable  qu'anciennement  la  loi  pour  le  vers  de  10 
était  la  même  que  pour  le  vers  de  8  syllabes  ;  la  rime  de  la 
césure  nrincipale  avec  la  pénultième  suffisait.  Or,  en  gallois, 
dans  le  vers  de  10  syllabes  ainsi  que  dans  le  vers  de  9  la  césure 
principale  est  justement  à  la  cinquième  syllabe. 

Dans  le  vers  de  8  syllabes,  en  gallois,  la  césure  peut  être  à 
la  troisième,  la  quatrième  ou  la  cinquième  syllabe.  Or,  en 
breton,  la  rime  de  la  troisième  syllabe,  ou  d'une  des  S3'llabes 
suivantes,  c'est-à-dire  sans  doute  anciennement  la  quatrième 
ou  la  cinquième  (c'est  ce  qui  a  lieu  d'ailleurs  presque  toujours) 
suffit  :  dans  le  cas  contraire,  c'est-à-dire  s'il  y  a  une  rime  à  la 
première  ou  à  la  deuxième  syllabe,  une  seconde  rime,  sans 
compter  la  pénultième,  est  indispensable,  ce  qui  revient  à  dire 
que  la  coupe  était  en  breton  aussi  à  la  troisième  ou  à  la  qua- 
trième ou  à  la  cinquième,  comme  en  gallois  :  c'est  une  nou- 
velle confirmation  de  la  loi  générale:  la  césure  principale  rime 
toujours  avec  la  pénultième,  et  cette  rime  suffit. 

C'est  là,  en  résumé,  le  trait  le  plus  saillant  des  deux  mé- 
triques comparées  :  la  rime  obligatoire  de  la  coupe  principale 
avec  la  pénultième  dafis  tons  les  vers  chez  les  Armoricains;  dans 
un  type  de  vers  à  rime  (le  nombre  des  syllabes  est  indifférent), 
chez  les  Gallois. 

Il  y  a  aussi  un  type  de  distique  à  rapprocher,  vraisembla- 
blement, en  gallois,  du  type  armoricain  :  c'est  le  type  dit  cyiuydd 
deuair  hirion  (cî.  irl.  cubhaidh  =  * con-we'So- ;  cyiuydd  =  *rc)- 


La  Métrii]iic  du  moyen-breton.  253 

■uctio-).  Le  trait  caractéristique  de  ce  distique,  de  deux  vers  de 
7  syllabes,  c'est  que  l'une  des  finales  est  accentuée  et  par  con- 
séquent monosyllabique  ;  l'autre  non  accentuée  et  par  consé- 
quent polysyllabique  (l'accent,  en  dehors  des  monosyllabes, 
est  sur  la  pénultième)  : 

Gwen  curaid,  liw  gwawn  oror 
Gwelaf  ddydd  drwy  gil  y  ddor 
—  Llcuad  newydd  sydd  a  sef 
a'u  pcl_\dr  drwy  bob  piler 

(Dafydd  ab  Gwilyiii). 
LIcuat  newydd  sydd  a  ser  |  a  pclydr  drwy  bob  piler 


Il  est  probable  que  primitivement  le  monosyllabe  terminait 
le  premier  vers. 

Il  semble  qu'ici  on  soit  en  présence  d'un  type  plus  archaïque, 
de  l'époque  où  on  sentait  moins  le  besoin  de  la  rime,  pour  la 
pénultième  accentuée,  d'autant  plus  que  l'allitération  y  était 
en  usage.  Je  reconnais  cependant  que  le  cyiuydd  dcitaiy  hirion 
peut  avoir  une  autre  origine. 

Un  autre  trait  commun,  général  celui-là,  c'est  que  le  gallois 
comme  l'armoricain,  marque  les  césures  ^  :  le  premier,  par  la 
rime  et  l'allitération  ;  le  second,  par  la  rime.  Il  y  a  naturel- 
lement, en  cas  d'allitération,  cette  différence,  c'est  que  l'alli- 
tération frappe  la  syllabe  accentuée,  c'est-à-dire  à  Yarsis;  la 
rime,  en  général,  en  exceptant  la  rime  de  l'antépénultième,  la 
syllabe  à  la  thésis.  Ainsi,  dans  le  vers  de  8  syllabes,  l'armori- 
cain fera  rimer  la  troisième  syllabe,  la  quatrième  ou  la  cin- 
quième; en  gallois,  ces  coupes  existent  aussi;  mais  s'il  n'y  a 
pas  en  gallois  de  rime,  c'est  l'initiale  de  la  quatrième  syllabe 
ou  de  la  sixième  qui  portera  l'allitération. 

QjLielle  que  soit  l'idée  que  l'on  ait  sur  l'origine  de  la  rime, 
il  est  certain  qu'avant  la  séparation  les  Bretons  insulaires 
étaient  en  possession  de  deux  moyens  de  faire  saillir  les  syl- 
labes ou  les  coupes  importantes  de  leurs  vers  :  la  rime  et  l'al- 
litération. Les  Gaels  et  les  Gallois  font  usage   des  deux,  les 


I .   Ou  au  moins  la  césure  principale. 

Rivue  Ccll'ujue,  XXI.  \6 


2^4  ^-  Loth. 

Bretons  de-  h  Cornouailles  anglaise  et  de  l'Armorique  n'ont 
que  la  rime. 

La  rime  finale  est  devenue  un  ornement  nécessaire  chez  les 
Gallois;  elle  ne  dispense  pas  de  l'allitération.  Même  avec  des 
césures  rimantes,  l'allitération  existe;  elle  devient  même  obliga- 
toire après  une  rime  interne  dans  le  dernier  membre  du  vers, 
entre  le  mot  rimant  et  un  des  mots  qui  précèdent  la  rime  finale. 

Paham  y  can  y  fran  fry 
mae  cwn  ar  lef  y  dref  draw. 

On  peut  dire  qu'il  n'y  a  pas  de  poésie  galloise  sans  allité- 
ration. Chez  beaucoup  de  poètes,  dans  le  plus  gr^nd  nombre 
des  vers,  il  n'y  a  d'autre  rime  que  la  rime  finale.  La  tendance 
à  relever  la  première  syllabe  accentuée  du  mot  en  vedette  se 
marque  bien  dans  les  proverbes  gallois. 

Voici  comment  on  peut  se  figurer  l'histoire  de  la  métrique 
à  l'époque  de  l'unité  brittonique  et,  plus  précisément,  au  mo- 
ment de  la  séparation  des  trois  groupes.  Il  y  avait  deux  tvpes 
de  vers  :  le  vers  à  rime  et  le  vers  à  allitération;  le  premier,  em- 
prunté, au  moins  quant  à  la  rime  ;  le  second,  indigène,  cel- 
tique. Le  vers  à  allitération  a  essentiellement  deux  syllabes  ac- 
centuées allitérantes,  une  le  plus  souvent  dans  chaque  membre 
des  vers:  le  vers  à  allitération  n'avait  guère  que  deux  membres. 
La  rime  avait  déjà,  dans  beaucoup  de  cas,  remplacé  l'allité- 
ration. Nous  en  avons  un  témoignage  frappant  dans  le  vers 
breton-moven  et  dans  le  vers  gallois  à  cynghanedd  lusi^:  il  exige 
deux  rimes  internes,  reliant  les  deux  membres  du  vers,  comme 
le  vers  indigène  allitérant  exigeait  deux  initiales  accentuées  alli- 
térantes, reliant  également  les  deux  membres.  Levers  à  rime  a 
dû  avoir  une  fortune  rapide.  Chez  les  Armoricains  et  chez  les 
Cornouaillais,  il  a  tué  l'autre.  Chez  les  Gallois,  il  a  été  très  en 
faveur.  Dans  les  poèmes  les  plus  anciens,  assez  souvent  la  rime 
interne  paraît  suflire.  Mais  néanmoins,  le  vers  indigène 
coexistait  avec  ses  traits  essentiels.  Finalement,  il  y  a  eu  un 
compromis  entre  les  deux.  L'allitération,  eu  exceptant  levers  à 
cynghanedd  ius^i^,  est  devenue  nécessaire  dès  le  xii*^  siècle  dans 
les  vers  à  deux  rimes  internes.  C'est  en  grande  partie  ce  qui 
s'est  passé  chez  les  Anglo-Saxons.  Il  y  a  d'ailleurs  entre  le  S3-s- 


La  Métrique  du  moyen-breton,  235 

tome  du  vers  indigène  celtique  et  le  vers  germanique  les  plus 
frappantes  ressemblances,  avec  de  graves  divergences,  il  est 
vrai . 

Une  conclusion  qui  s'impose,  c'est  que  la  métrique  du 
moyen-breton  remonte,  dans  ses  traits  essentiels,  à  l'unité 
brittonique;  qu'elle  éclaire  bien  des  points  obscurs  dans  l'his- 
toire de  la  métrique  celtique,  et  qu'elle  a  infiniment  plus 
d'originalité  et  d'importance  qu'on  ne  lui  en  attribue  généra- 
lement. Elle  a  été  en  usage  jusqu'au  milieu  du  xvii^  siècle. 

Une  autre  conclusion  assez  inattendue  peut  encore  en  être 
tirée  :  c'est  qu'aucun  des  chants  prétendus  anciens  du  Bar::^û~- 
Brcix^  ne  peut  remonter  aux  anciens  bardes,  sans  parler  des 
druides  :  dans  aucun,  on  ne  trouve  trace  de  la  métrique  en  vi- 
gueur jusqu'au  xv!!*"  siècle. 

C'est  d'autant  plus  frappant  que  cette  métrique  prouve  l'exis- 
tence dune  tradition  bardique  ininterrompue  depuis  l'émi- 
gration bretonne. 

J.    LOTH. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  1.  Le  Glossaire  étymologique  breton  de  M.  V.  Henry.  —  II.  La  Chrono- 
logie du  latin  vulgaire  de  M.  F.  G.  MohI.  —  III.  Les  Celtes  dans  le  mémoire  de 
M.  0.  Bremer  sur  l'ethnographie  germanique,  t.  III  du  Grundriss  der  Germanischen 
Philologie.  —  IV.  Le  nom  antique  de  Q^uimper  et  les  causes  qui  ont  contraint  une 
partie  des  Bretons  de  Grande-Bretagne  à  se  transporter  sur  le  continent,  suivant 
M.  l'abbé  Duchesne,  Fastes  cpiscopaux  de  l'ancienne  Gaule,  t.  II.  —  V.  Les  poèmes 
du  Dindsheanchas  publies  par  M.  E.  Gwyn.  —  VI.  Nouveau  Guide  du  musée  de 
Saint-Germain,  par  M.  S.  Reinach  ;  un  Ubius  avec  nom  gaulois.  —  VII.  Le  tome  XIII 
du  Cymmrodor.  —  VIII.  Le  Livre  du  maître  écrit  pour  l'enseignement  du  breton 
dans  les  écoles  primaires  par  le  frère  Constantius.  —  IX.  La  mythologie  celtique 
dans  l'œuvre  de  Shakespeare  suivant  M.  A.  Nutt.  —  X.  L'enseignement  de  l'irlan- 
dais en  Irlande  d'après  le  récent  rapport  de  M.  J.-J.  Macsweeney  à  la  Society  for 
the  Préservation  ofthe  Irish  Language.  —  XI.  Les  odes  et  chansons  de  M.  Douglas 
Hyde.  —  XII.  Encore  un  mot  sur  la  Festschrift  de  M.  Whitley  Sîokes. 

I. 

Sous  le  titre  de  Lexique  clymolo^ique  des  termes  les  plus  usuels  du  breton  mo- 
derne I,  M.  Victor  Henry  vient  de  nous  donner  un  dictionnaire  dans  lequel 
sont  remises  au  point,  et  au  courant  de  la  science  la  plus  récente,  les  doc- 
trines exposées  en  1881  dans  le  volume  intitulé  :  «  Etudes  grammaticales 
«  sur  les  langues  celtiques,  première  partie,  introduction,  phonétique  et  dé- 
«  rivation  bretonnes.  »  Ce  nouveau  livre  est  le  pendant  français  du  Gaelic 
Dictionary  publié  en  anglais  par  M.  Macbain  en  1896  ^.  Nous  nous  borne- 
rons aujourd'hui  à  cette  courte  annonce  d'un  ouvrage  dont  nous  comptons 
donner  plus  tard  un  examen  critique  et  détaillé. 

II. 

Dans  son  Introduction  à  la  chronohf^ie  du  latin  vulgaire,  Paris,  Emile  Bouil- 
lon, in-8,  189g,  M.  F.  George  Mohl  touche  à  un  certain  nombre  de  questions 
qui  concernent  les  études  celtiques.  Il  le  fait  avec  une  compétence  variable. 

Cette  compétence  est  nulle  dans  une  note  de  la  page  53,  qui  est  ainsi 

1.  Rennes,  Plihon  et  Hervé,  in-8,  1900. 

2.  Revue  Celtique,  t.  XVII,  p.  298. 


Chronujuc.  257 

conçue  :  «  A  l'égard  de  l'Espagne  la  présence  de  populations  celtiques  mc- 
«  lées  aux  Ibères  n'est,  semble-t-il,  qu'imparfaitement  prouvée,  excepté 
«  peut-être  pour  le  nord-ouest  de  la  péninsule.  L'existence  de  populations 
«  celtiques  en  Espagne  ne  repose  guère  en  somme  que  sur  la  vieille  tra- 
«  dition  grecque,  cf.  Strabon,  III,  2,  11  ;  4,  12  et  sq.  Quant  à  l'onomato- 
«  logie  géographique  elle  n'a  donné  que  des  résultats  fort  incertains, 
«  puisque  les  prétendus  noms  celtiques  relevés  par  la  géographie  ancienne 
«  se  trouvent  aussi  bien  dans  les  régions  données  comme  foncièrement 
«  ibériques  que  dans  les  parties  signalées  comme  celtibériennes  ou  purement 
«  celtiques.  »  Je  répondrai  que  les  noms  de  lieu  celtiques  relevés  dans  des 
régions  ibériques  s'expliquent  par  la  nécessité  pour  les  Celtes  conquérants 
d'avoir  des  forteresses  dans  ces  régions  ibériques  pour  maintenir  dans  l'obéis- 
sance des  populations  vaincues,  mais  non  expulsées  ou  détruites  :  M.  Mohl 
paraît  ne  pas  connaître  la  géographie  de  l'Algérie  contemporaine.  On  ne 
peut  contester  que  hriga  «  château  »,  «  forteresse  »,  ne  soit  un  mot  cel- 
tique, l'équivalent  du  substantif  burg  qui,  en  allemand,  a  le  même  sens,  et 
hriga  est  dans  la  péninsule  ibérique  le  second  terme  d'un  grand  nombre  de 
noms  de  lieu  depuis  Scgobriga,  aujourd'hui  Segorbc,  près  de  la  côte  orien- 
tale, jusques  à  Conimbriga,  aujourd'hui  Coimbra,  près  de  la  côte  occiden- 
tale. On  peut  voir  chez  Holder,  AUceltischer  Sprachschat^,  t.  I,  col.  533,  la 
nomenclature  des  noms  de  lieu  en  briga  connus  par  des  textes  de  l'anti- 
quité. Ils  appartiennent  la  plupart  à  la  péninsule  ibérique,  mais  Mageto- 
briga,  Boudo-briga,  Eburo-briga  étaient  des  localités  situées  en  Gaule,  et 
Arto-briga  se  trouvait  à  l'est  du  Rhin.  On  peut  augmenter  la  liste  de 
M.  Holder  à  l'aide  des  noms  de  lieu  modernes;  ainsi  en  Espagne  Fillobre, 
Illobre,  Izobre,  Pantifiobre,  Pczobre,  Sillobre,  Tiobrc,  Voebre,  province  de 
Coruna,  et  Zezobre,  province  de  Ponievedra,  paraissent  être  autant  de  noms 
composés  dont  le  second  terme  a  été  originairement  -briga,  aujourd'hui  ré- 
duit à  -brc,  sans  cette  métathèse  de  l'r  qui  défigure  Segorbc  pour  *Scgobre, 
Ancxcnntm.&ul  Scgobriga .  La  finale  espagnole  -o-bre  =  -o-briga  ',  de  Fillobre, 
Illobre,  etc.,  est,  en  français,  -euvre,  dans  Vendeuvre  ouVandeuvre=:*^/'H(/o- 
Z'/7■^a,  Deneuvre  =  * Donno-briga,  etc.  En  Espagne  on  peut  citer  aussi  comme 
certainement  celtiques  les  noms  de  lieu  dont  diinuiii  est  le  second  terme 
(Revue  Celtique,  t.  XIV,  p.  385,  386;  t.  XV,  p.  7). 

Q.uand  Pomponius  Mêla,  au  milieu  du  premier  siècle  de  notre  ère,  par- 
lant de  l'Espagne  septentrionale,  dit  :  in  ea  privnun  Artabri  sunt,  etiam  nunc 
Celticae  gentis  (1.  ÏII,  c.  i,  §  15),  on  a  tort  d'en  conclure  que  les  Artabri 
fussent  de  race  celtique,  prétend  M.  Mohl,  p.  59.  J'accepterais  difficilement 
aujourd'hui  cette  manière  de  voir.  Dans  la  variante  Arro-trebae  (Pline,  1.  IV, 
§  III,  114,  119)  de  leur  nom,  le  second  terme  est  évidemment  celtique. 

J'ignore  sur  quels  textes  se  fonde  M.  Mohl  pour  soutenir,  p.  63,  qu'on 
parla  encore  celtique  dans  les  campagnes  de  la  Gaule  au  nord  de  la  Loire 
jusqu'au  milieu  du  vue  siècle;  mais  il  expose   d'une  façon  intéressante, 

I .  Suivant  M.  Leite  de  Vasconcellos,  la  finale  moderne  -hre  peut  repré- 
senter non  pas  le  nominatif  briga,  mais  le  \ocAX\ibrigae. 


238  chronique. 

p.  66-71,  comment  par  les  écoles,  par  le  service  dans  les  légions  et  dans 
toutes  sortes  d'emplois  civils,  notamment  dans  ceux  qui  avaient  pour  objet 
la  perception  des  impôts  directs  ou  indirects,  les  populations  celtiques,  ibé- 
riques et  autres  de  l'empire  romain,  se  familiarisèrent  avec  le  latin.  A  propos 
des  écoles  le  savant  auteur  exagère  un  peu  quand,  s'appuyant  sur  le  Code 
Théodosien,  1.  XIII,  titre  m,  1.  11,  il  écrit,  p.  68  :  «  Nous  restons  positi- 
«  vcment  stupéfaits  devant  le  nombre  de  graminatici  que  l'administration 
«  impériale  entretenait  jusque  dans  les  moindres  villes  et  bourgades  de  la 
«  Gaule.  »  Je  suis  moins  stupéfait,  et  pour  cause.  Le  passage  précité  du 
Code  Théodosien  est  un  rescrit  adressé  en  376  au  préfet  du  prétoire  des 
Gaules  parles  empereurs  Valens  et  Valentinien.  Ce  rescrit  commence  ainsi: 
Per  omncvi  diocesbn  comniissaiii  niagnificentiae  itiae  freq.uextissimis  in  civi- 

TATIBUS,  Q.UAU  POLLENT  ET  EMIXENT  CLARITUDIXE,  ptacCCptonim  Optiiui,  quiquc 

eriidiendae  praesiâeaut  juventuti,  rhctores  loqiiiiiiiir  et  graiiuiiaticos  Atticae  Ko- 
inanaequedoctrinae.  Et  plus  bas  :  ut  siiigulis  iirbibiis,  qiiae  ^ietrovoles  itniicu- 
pantur,  iiohiliiuii  professoriim  electio  cdehretitr. 

Dans  ce  rescrit  il  n'est  pas  question  des  «  moindres  villes  »  et  des  «  bour- 
gades »  comme  M.  Mohl  le  prétend,  il  s'agit  seulement  des  métropoles, 
c'est-à-dire  des  dix-sept  cités  principales  sur  les  cent  quinze  que  la  Gaule 
contenait. 

De  ces  métropoles,  qui  seules  auront  des  professeurs  salariés  par  TEtat, 
la  seule  nominalement  désignée  dans  le  rescrit  est  Trêves,  alors  en  fait  ca- 
pitale de  la  Gaule;  elle  aura:  1°  un  professeur  de  rhétorique  payé  plus  cher 
que  ceux  des  autres  métropoles,  —  trente  rations  au  lieu  de  vingt-quatre;  — 
2°  un  professeur  de  grammaire  latine  qui  recevra  vingt-quatre  rations,  au 
lieu  de  douze  attribuées  à  ses  collègues  des  autres  métropoles  ;  5°  un  pro- 
fesseur de  grammaire  grecque,  si  l'on  peut  en  trouver  un  capable,  5/  qui 
dignus  reperiri  potuerit,  mais  celui-ci  ne  touchera  que  douze  rations. 

Ce  rescrit  est  du  nombre  de  ceux  que  la  Lex  roiimna  Visigolhoruiu  a  re- 
tranchés ;  la  conquête  barbare  a  eu  pour  effet  la  suppression  des  traitements 
des  professeurs  et  par  conséquent  la  suppression  des  professeurs  eux-mêmes; 
la  plupart  probablement  moururent  de  faim,  les  autres  allèrent  en  Irlande 
chercher  les  élèves  et  les  appointements  que  les  barbares  conquérants  leur 
avaient  ôtés. 

Mais  avant  cette  conquête  nous  avons  la  preuve  par  Ausone  qu'au 
ive  siècle  l'enseignement  de  la  grammaire  latine  et  grecque  et  celui  de  la 
rhétorique  se  donnait  dans  certaines  villes  autres  que  les  métropoles,  par 
exemple  l'enseignement  de  la  rhétorique  à  Toulouse,  trois  professeurs 
(Cannina,  XVI,  17,  18,  20);  celui  delà  grammaire  à  Poitiers,  un  pro- 
fesseur {Cannina,  XVI,  1 1).  Si  Ausone  ne  parle  que  d'un  professeur  de 
grammaire  dans  la  métropole  de  Narbonne  (Cannina,  XVI,  19),  il  nous 
montre  dans  celle  de  Bordeaux  l'enseignement  organisé  beaucoup  plus 
complètement  que  le  rescrit  de  576  ne  le  décide  pour  la  métropole  de 
Trêves.  Au  lieu  de  deux  professeurs,  l'un  de  grammaire  latine,  l'autre  de 
grammaire  grecque,  qu'en  376  les  empereurs  veulent  établir  à  Trêves,  nous 
en  trouvons  à  Bordeaux  au  même  siècle  neuf  en  même  temps,  quatre  de 


ChroiU(]uc.  239 

grammaire  grecque  (Carmini,  XVI,  9),  autant  de  grammaire  latine  (Car- 
viina,  XVI,  11),  plus  un  maître  élémentaire  (Caniiina,  XVI,  10).  Mais 
Bordeaux  est  la  métropole  de  la  deuxième  Aquitaine,  ce  n'est  ni  une 
«  moindre  ville  »  ni  «  une  bourgade  »  comme  dit  M.  Mohl.  Ausone  nous 
parle  de  six  professeurs  de  rhétorique,  oratorcs.  à  Bordeaux  (Carmina,  XVI, 
2,  5,  4,  5,  6,  7).  Je  ne  pense  pas  qu'ils  aient  tous  professé  en  même  temps, 
mais  plusieurs  ont  dû  être  contemporains.  II  y  avait  donc  à  Bordeaux,  au 
quatrième  siècle  de  notre  ère,  une  sorte  de  lycée  ;  si  nous  supposons  pour 
la  rhétorique  un  nombre  de  professeurs  égal  à  celui  des  professeurs  de 
grammaire  grecque,  nous  pouvons  dire  que  treize  professeurs  y  enseignaient 
en  même  temps  le  grec,  le  latin,  la  rhétorique.  Nous  ne  voyons  pas  que 
les  sciences  mathématiques  ou  physiques  y  aient  tenu  aucune  place.  On 
concevait  alors  l'enseignement  autrement  qu'aujourd'hui,  mais  l'enseigne- 
ment existait,  un  enseignement  laïc,  comme  on  dit  maintenant;  il  a  duré 
jusqu'à  la  conquête  barbare,  qui  n'a  laissé  subsister  que  l'enseignement  des 
écoles  épiscopales  et  des  monastères. 

Cet  enseignement  laïc  est  une  des  causes  principales  qui  ont  fait  dispa- 
raître le  celtique  encore  parlé  en  Gaule  au  commencement  du  v^  siècle, 
comme  le  dit  Sidoine  Apollinaire,  qui,  s'adressant  à  son  noble  beau-frère, 
l'arverne  Ecdicius,  rappelle  que  ce  personnage,  plus  tard  patrice,  a  étudié  le 
latin  à  l'école  pendant  son  enfance  et  qu'alors  pour  effacer  la  tache  que  la 
langue  celtique  avait  faite  à  son  intelligence,  il  s'occupait  de  discours  et  de 
vers  latins  sous  la  direction  des  maîtres  •.Sernionis  cdtici  squammn  depositiira 
nobilitas,  nuiic  oratorio  stilo,  mine  ctiaiii  caiiicnalibiis  vwdis  imhiiebatur  (Epis- 
tohic,  III,  3).  C'était  au  commencement  du  v^  siècle.  On  ne  peut  guère  en 
conclure  qu'on  parlât  encore  gaulois  en  Gaule  au  milieu  du  vif  siècle, 
c'est-à-dire  environ  deux  cent  cinquante  ans  plus  tard. 

Nous  ne  terminerons  pas  sans  dire  un  mot  de  la  thèse  de  M.  Mohl, 
p.  289  et  suivantes,  sur  l'assibilation  de  la  gutturale  latine  c  devant  les 
voyelles  c  et  /.  Suivant  l'érudit  professeur,  ce  phénomène  serait  antérieur  à 
notre  ère.  Je  suis  un  homme  arriéré  sans  doute,  car  je  m'en  tiens  encore 
avec  l'entêtement  des  vieux  à  la  vieille  doctrine  de  Corssen  (JJcber  Aus- 
spniche,  t.  I,  p.  48  et  suivantes,  1868),  qui  croyait  qu'en  latin  c,  devant  c  ou 
/  immédiatement  suivis  de  consonne,  se  prononçait  encore  k  au  vi^  siècle 
de  notre  ère,  et  que  la  confusion  du  c  avec  le  /,  c'est-à-dire  leur  assibilation, 
s'est  produit  plus  tôt  seulement  dans  les  cas  où  ces  lettres  précèdent  un  /  im- 
médiatement suivi  de  voyelle,  c'est-à-dire  un  i  consonne;  dans  ces  cas  l'as- 
sibilation commence  dans  les  inscriptions  au  me  siècle  de  notre  ère,  sans 
être  cependant  dès  lors  un  fait  général  ni  régulier.  Les  objections  faites  à 
cette  doctrine  ne  m'ont  pas  convaincu.  Au  v^  siècle  après  J.-C,  les  Ro- 
mains de  Grande-Bretagne  prononçaient  h  le  c  devant  /  immédiatement 
suivi  de  consonne;  de  là  par  exemple  l'irlandais  cis  «  redevance,  revenu  » 
arrivé  de  Grande-Bretagne  en  Irlande  avec  le  clergé  chrétien  et  le  triomphe 
du  christianisme.  Cis  suppose  une  prononciation  latine  hisiis,  du  latin 
ciiisiis,  variante  de  censiis  dans  \alex  jiilia  iimnicipaJis,  antérieure  à  l'ère  chré- 
tienne, et  dans  divers  documents  postérieurs  (Schuchardt,  Der  Fokalisiiuis 


240  Chronique. 

des  Vitlgârlateins,  t.  I,  p.  348;  cf.  C.  I.  L.,  t.  I,  i'"«  édition,  p.  125,  col.  2). 
L'h  de  ciitsus,  census,  tombé  dans  la  prononciation  romaine  dès  l'époque  ar- 
chaïque, fut  savamment  rétabli  par  les  grammairiens  du  haut  moyen  âge 
vers  la  date  de  l'assibilation,  d'où  le  français  «  cens  »  et  l'allemand  liiis 
(vii^-viii^  siècle,  Kluge,  Etymologiscbes  Woerlerbuch,  5e  édition,  p.  418).  Deu.K 
faits  concordants  avec  l'irlandais  cis  sont  la  notation  brittonique  des  mots 
latins:  céra,  koar  en  breton,  cwyr  en  gallois,  en  français  «  cire  »;  et  céna, 
en  breton  koan,  en  gallois  civynos  «  souper  »,  en  français  «  cène  ».  Citons 
encore  le  latin  cella,  en  irlandais  ceall,  église  (monastique)  ;  le  c  initial  de 
ce  mot  est  le  c  mince  qui  se  prononce  comme  en  anglais  k  dans  king  (O'Do- 
novan,  A  Gramniar  of  ihe  Irish  Langiiage,  p.  28).  On  peut  même  ajouter 
qu'au  vc  siècle  après  J.-C,  les  Romains  de  Grande-Bretagne  prononçaient 
encore  k\c  c  précédant  i  suivi  immédiatement  de  voyelle,  puisque  c'est  la 
prononciation  Patrie  de  Patriciiis,  qu'ils  ont  à  celte  date  introduite  en  Ir- 
lande, et  que  nous  trouvons  aussi  en  vieux  gallois  Patrie,  comme  l'attestent 
les  Annales  Catiihriac  (édition  du  maître  des  rôles,  par  John  Williams  ab 
Ithel,  p.  97),  en  gallois  moyen  Padric  dans  le  Brtit  y  tyœysogion  (éd.  du 
même  auteur,  même  collection,  p.  346  ').  Ma  doctrine  est  celle  de  M.  J.  Loth, 
Les  mots  latins  dans  les  langues  brittoniqiies  {i8g2),  p.  29-31. 

De  ce  que  la  prononciation  régulière,  c'est-à-dire  scolaire  et  sénatoriale, 
du  c  fut  /;,  même  devant  i  précédant  voyelle,  jusque  vers  le  vie  siècle  de 
notre  ère,  il  ne  se  suit  pas  que  le  populaire,  surtout  en  Italie,  sous  l'influence 
de  l'osque  et  de  l'ombrien,  n'ait  pu  quelquefois  ou  même  souvent  de  très 
bonne  heure  assibiler  le  c  devant  voyelle  palatale,  en  dépit  des  professeurs 
et  des  gens  bien  élevés;  il  en  est  de  ce  phénomène  phonétique  comme  de 
la  prononciation  6  de  la  diphtongue  au.  On  peut  citer  la  notation  Clodius 
pour  Claudius;  ainsi,  au  premier  siècle  av.  J.-C,  P.  Claudius  Pulcher,  de- 

I .  Notons  que  Patrie,  Padrie  ont  pour  point  de  départ  la  prononciation 
latine  régulière,  Patrikius,  de  trois  syllabes  avec  accent  sur  la  seconde,  tri, 
et  non  la  prononciation  celtique,  Patrikiius  de  quatre  syllabes  avec  accent 
sur  la  troisième,  ce  qui  aurait  donné  en  gallois  Padrigydd  et  en  irlandais 
quelque  chose  comme  Catrehc,  d'où  le  nom  populaire  Cothraige  de  Patrice 
dans  l'hvmne  deFiacc.  Comparez  le  gallois  ncwydd,  l'irlandais //(/V  de  HO/r/c.? 
en  trois  syllabes,  avec  accent  sur  la  seconde. 

Le  nom  propre  Amhrosius,  Entras  en  gallois  (Mommsen  et  Zimmer, 
Chronica  minora,  t.  III,  p.  186,  col.  i,  1.  11),  A n:br os  en  vieil-irlandais 
(Todd,  The  irish  version  of  the  uiSTORiA  britonum  of  Nennius,  p.  96,  der- 
nière ligne)  est  traité  en  néo-celtique  de  la  même  façon  que  Patricius. 

On  trouvera  des  exemples  analogues  à.  l'irlandais  Patrie  chez  H. -G.  Gû- 
terbock,  Benierkungen  iiber  die  lateinisehen  Lehiiivorter  ini  Irisehen,  p.  4,  5,  6, 
15,  29,  34,  36,  47,  48,  65.  67,  7),  81,  96,  etc.  Pour  des  exemples  de 
traitement  des  mots  latins  conformément  à  la  loi  celtique,  voir  ibid.,  p.  5. 
Parmi  les  exemples  d'accent  latin  maintenu  en  irlandais  dans  les  mots  em- 
pruntés, se  trouve  bendaeht  =  bcnedietio,  prononcé  sans  assibilation  du  /. 
En  créant  l'irlandais  pairehe  =  -a;3o;/.;a,  les  clercs  irlandais  ont  conservé 
l'accent  grec  battu  en  français  par  l'accent  latin  dans  «  paroisse  ».  Dans 
l'irlandais  eclais  «  église  »,  c'est  l'accent  latin  qui  l'emporte. 


Chronique.  241 

venu  de  patricien  plébéien,  s'appela  dès  lors  Clodius,  en  remplaçant  la  pro- 
nonciation sénatoriale  par  la  prononciation  populaire  (Suétone,  Tibère,  2). 
Parlons  aussi  de  plostrum  pour  plaustrum,  faute  commise  par  l'empereur 
Vespasien,  bon  soldat,  mais  homme  de  petite  naissance  et  sans  éducation. 
Cette  faute  fut  relevée  par  le  consulaire  Mestrius  Florus,  qui,  s'érigeant  en 
pédagogue,  donna  publiquement  un  mauvais  point  à  son  souverain  (Sué- 
tone, Vespasien,  22).  Vespasien,  qui  aurait  pu  faire  couper  la  tête  à  son  cri- 
tique, mais  qui,  sans  être  fort  en  grammaire,  avait  de  l'esprit,  se  borna 
pour  toute  vengeance  à  l'appeler  Flaiire  au  lieu  de  Flore. 

Il  est  bien  possible  qu'en  Italie,  au  v^  siècle  de  notre  ère  et  même  beau- 
coup plus  tôt,  les  gens  mal  élevés  aient  prononcé  déjà  Patritsius  ou  Patrit- 
sbiiis,  mais  les  magistrats,  les  sénateurs  et  les  professeurs  disaient  Patrikius, 
et  c'est  leur  prononciation  que  la  conquête  romaine  a  importée  en  Grande- 
Bretagne,  au  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne,  et  que  la  domination  ro- 
maine a  conservée  ensuite  en  cette  île. 

Le  français  et  l'espagnol  proviennent  du  latin  scolaire  et  sénatorial,  non 
de  l'osque  et  de  l'ombrien,  ni  des  fautes  qu'en  Italie  le  peuple,  parlant  latin, 
commettait  sous  l'influence  de  ces  deux  patois,  et  en  conservant  tel  ou  tel 
usage  archaïque  condamné  par  les  grammairiens  et  abandonné  par  la  langue 
des  gens  bien  élevés.  Les  emprunts  faits  par  cette  langue  au  vocabulaire  vul- 
gaire, tels  que  testa  «  vase  de  terre,  coquille  »,  en  français  «  tête  »  pour 
caput,  ne  peuvent  être  invoqués  contre  cette  doctrine  :  les  faits  de  ce  genre 
échappent  à  l'autorité  des  grammairiens. 

J'ai  donc  sur  quelques  points  une  manière  de  voir  différente  de  celle  de 
M.  Mohl.  Il  ne  se  suit  pas  de  ces  critiques  qu'il  n'y  ait  beaucoup  de  rensei- 
gnements utiles  à  prendre  dans  son  livre.  Par  exemple  je  ne  me  rappelle  pas 
avoir  vu  nulle  part  à  propos  de  phonétique  celtique  citer,  comme  le  fait  cet 
auteur,  p.  73,  un  passage  du  grammairien  Consentius,  qui  concerne  la  pro- 
nonciation des  Gaulois  de  son  temps,  c'est-à-dire  du  v^  siècle:  lotacisiiiinn 
dicuiil  vitiiim,  qitod  per'i  litteramvel  pingiiiusvel  exilius  prolatam  fit.  Gallipin- 
gnitis  banc  uluntur,  ut,  cnni  diciint  ite,  non  expresse  illam  proferentes,  sed  intcr  e 
et  \  pingiiioreni  sonum  nescio  queni  ponentesK  On  sait  que  r«  indo-européen, 
qui  devient  /  en  latin  -,  est  représenté  par  é  en  celtique  5  et  que  l'e  long  indo- 
européen conservé  en  latin  4  se  prononce  i  long  en  celtique  S  ;  telle  est  la  règle 
qu'on  enseigne  aujourd'hui  ;  il  semble  résulter  du  passage  de  Consentius 
que  de  son  temps  les  Gaulois,  prononçant  1'/  latin  =  ci,  lui  donnaient  un 
son  qui  se  rapprochait  de  celui  de  Vê;  en  effet  chez  eux  à  cette  date  1'/  de 


1.  Keil,  Graniiiialici  lutiiii,  t.  V,  p.  594,  1.  11-14.  M.  Mohl  renvoie  non 
à  Keil  mais  à  Cramer,  Ars  Consentii,  p.  19,  Berlin,  18 17,  dont  le  texte  est 
moins  bon  que  celui  de  Keil.  La  seconde  phrase  de  ce  texte  a  été  reproduite 
par  M.  Holder,  AltccUischer  Sprachsdiatl,  t.  I,  col.  1734. 

2.  Brugmann,  Grundriss,  t.  I,  2"=  édition,  p.  184. 

3.  Brugmann,  Grundriss,  t.  I,  2^  édition,  p.  187. 

4.  Brugmann,  GriDidriss,  t.  I,  2'^  édition,  p.  134. 

5.  Brugmann,  Grundriss,  t.  I,  2^  édition,  p.  135. 


242  Chronique. 

île  cité  par  Coiiscntius  tient   lieu  de  ci  '   qui  se  serait   prononce   en  gau- 
lois ê  2 . 

III. 

J'aurais  toutefois  moins  à  reprendre  dans  le  mémoire  de  M.  Otto  Bremer 
sur  l'ethnographie  germanique  (Grumiiiss  dcr  gernianischen  Philologie  ;,  2^  édi- 
tion, t.  III,  p.  735  950).  L'auteur  constate  qu'à  l'époque  la  plus  reculée  à 
laquelle  l'histoire  puisse  remonter,  la  plus  grande  partie  de  l'Allemagne  mo- 
derne était  occupée  par  les  Celtes.  Antérieurement  il  n'y  a  que  des  hypo- 
thèses. Ces  hypothèses,  les  voici.  Quand  les  Indo-Européens  ne  formaient 
qu'un  seul  peuple,  c'est-à-dire  entre  les  années  3000  et  2000  avant  notre 
ère,  ils  habitaient  la  Russie  méridionale,  à  l'ouest  de  la  mer  Caspienne,  et 
la  partie  de  l'Asie  située  à-l'est  de  cette  mer  (p.  757)  ;  puis  arriva  la  sépa- 
ration des  peuples  :  les  Germains  s'établirent  dans  les  bassins  de  l'Oder  et 
de  la  Vistule,  les  Ariens  dans  le  nord-est  de  l'Iran,  les  Grecs  dans  la  pénin- 
sule des  Balkans,  aux  environs  de  Dodone,  les  Italo-Celtes  au  nord  des 
Karpathes,  dans  le  bassin  du  m03-en  Danube,  les  Slaves  près  de  l'embou- 
chure du  Danube.  Bientôt  les  Italiotes  se  séparèrent  des  Celtes  et  se  diri- 
gèrent vers  le  sud  ;  les  Celtes  s'étendirent  au  nord  et  à  l'ouest. 

M.  O.  Bremer  consacre  une  dizaine  de  pages  (771-782)  au  domaine  cel- 
tique :  1°  dans  l'Allemagne  du  sud,  2°  dans  l'Allemagne  du  nord-ouest, 
3"  dans  les  bassins  du  Weser  et  de  l'Elbe  et  en  Thuringe,  4°  dans  l'Alle- 
magne orientale,  5°  sur  la  haute  Vistule  et  plus  à  l'orient. 

Parmi  les  faits  dont  il  parle,  il  y  a  une  observation  philologique  que  je 
n'avais  pas  rencontrée  jusqu'ici,  c'est  le  rapprochement  entre  le  nom  d'une 
chaîne  de  montagnes  de  la  Saxe  prussienne,  Fiiiiie,  et  le  gaulois  peu ito-s  = 
*  queiino-s,  en  vieil  irlandais  a'?/;/  «  tête  »,  «  bout  »,  «  sommet  »,  aujourd'hui 
ceann  (M.  Bremer  suppose  un  thème  féminin  celtique,  * peiina,  qui  me 
semble  imaginaire). 

La  chaîne  de  montagnes  appelée  Finnc  est  située  dans  le  bassin  de  la 
Saale  qui  est  un  affluent  de  gauche  de  l'Elbe.  Le  thème  peuuo-  apparaît 
dans  l'onomastique  de  la  Gaule  et  de  la  Grande-Bretagne  au  temps  de  l'em- 
pire romain,  témoin  Penuo-litcus,  aujourd'hui  Villeneuve,  en  Suisse,  canton 
de  A'alais,  et  Penno-cniciiiin,  station  située  en  Grande-Bretagne  sur  la 
route  qui  allait  de  la  limite  septentrionale  de  la  Bretagne  romaine,  c'est-à- 
dire  du  valliiin  au  porlus  Riliipis  sur  la  Manche.  Nous  citerons  dans  le 
Pa\s  de  Galles  Pen-niaen-niauT  «  tête  de  la  grande  pierre  »  (Caernarvon), 
Peu- niytiyd  «  tète  de  montagne  (Anglesev),  etc.  Les  Bretons  émigrés  sur  le 
continent  se  sont  servis  de  ce  thème  pour  la  formation  de  noms  géogra- 
pliiques:  Paimbœuf  (Loire-Inférieure),  Pf';/;/-of/;«;/ «  têiedebœuf  »;  Paimpol 
(Côtes-du-Nord),  Penii-poiil  «  tête  de  lac  »  ;  Paimpont  (Ille-ct-Vilaine), 
Pein:  pont  «  tête  de  pont»,  (Morbihan);  Penniarck  (Finistère),  mieux  Pcii- 

1.  Brugniann,  Giuiidriss,  t.  I,  2'^  édition,  p.  178,  184. 

2.  Brugniann,  Gnindriss,  t.  I,  2<:  édition,  p.  187. 

3.  Heraiisgegeben  von  H.  Paul,  Strasbourg,  Trùbner,    1900,  in-8,  995  p. 


chronique.  245 

marc'h  ou  mieux  encore  Pi'ttii-nmrc'h  «  tête  de  cheval  »,  etc.  En  Irlande  on 
trouve  ccaiin  emploj'é  de  la  même  façon  ;  ainsi  :  ceaiin-na-faithche  «  tête  de 
la  pelouse  »,  dont  la  notation  anglaise  est  Caiinafahy;  Kincoii  pour  Ceanii- 
con  «  tête  de  chien  »  ;  Kinard  pour  Ceann-ard  «  tête  haute  »  (P.  Joyce,  Tbe 
Origin  and  History  of  irish  Names  of  Places,  y  édition,  p.  522). 

Pour  désigner  les  hauteurs,  on  employait  aussi  dans  la  langue  géogra- 
phique des  Celtes  le  thème  benna,  henno-  «  corne  »,  d'où  le  second  terme  de 
Caitto-hoiiinm,  aujourd'hui  «  Chantoin  »,  nom  d'un  faubourg  de  Clermont- 
Fcrrand  (Longnon,  Géographie  de  la  Gauh  au  sixième  siècle,  p.  497),  elle  vieil 
irlandais  Beiin  Etair.  Or  en  Holstcin,  à  peu  de  distance  au  nord  de  l'Elbe,  se 
trouve  une  localité  appelée  P/7/Ht'-/vro',  dont  le  premier  terme  peut  être  identique 
au  mot  celtique  dont  nous  venons  de  parler  ;  pi  germanique  égale  be  celtique. 

Tout  en  admettant  avec  M.  O.  Bremer  le  très  ancien  établissement  des 
Celtes  dans  l'Allemagne  du  nord-ouest,  j'ai  peine  à  accepter,  comme  preuve 
de  ce  fliit  historique,  la  finale  apa  d'un  certain  nombre  de  cours  d'eau  alle- 
mands, qu'on  explique  par  un  celtique  aba  ou  par  un  gaulois  apa  =^  aqiia. 
Je  voudrais  connaître  quelques  exemples  certains  de  noms  de  cours  d'eau 
celtiques  composés  dont  -aba  ou  -apa  serait  le  second  terme.  C'est  une  critique 
de  détail  qui  ne  m'empêche  pas  de  recommander  vivement  la  lecture  du  mé- 
moire de  M.  O.  Bremer. 

IV. 

Dans  un  volume  intitulé:  Fastes  cpiscopaux  de  F  ancienne  Gaule,  t.  II', 
p.  241  et  suivantes,  M.  l'abbé  Duchesne  étudie  de  nouveau  l'histoire  des 
évèchés  bretons  dont  il  s'était  déjà  occupé  dans  le  volume  dont  le  titre  est  : 
Les  anciens  catalogues  èpiscopaux  de  la  province  de  Tours  -. 

D'accord  avec  M.  A.  Longnon,  Atlas  historique,  p.  5  et  27,  et  âwc 
M.  Alfred  Holder,  Altceltischer  Sprachschati,  t.  I,  col.  11 27,  il  considère, 
p.  242,  comme  bonne  leçon  dans  la  Notilia  Galliaruni,  civitas  Coriosopituni 
au  lieu  de  civitas  CoriosoUtuni  préféré  par  M.  Mommsen,  Chronica  minora, 
t.  I,  p.  586,  587.  Coriosopituni  désigne  l'évéché  de  Quimper.  Coriosopitum, 
par  un  p  et  non  par  un  /,  est  la  leçon  des  plus  anciens  mss.  de  la  Wotitia 
Galliarun  dont  le  premier  remonte  au  VF  siècle  ;  la  seconde  leçon  Corioso- 
litutn  par  î  a  été  inspirée  par  César,  De  bello  gallico,  1.  II,  c.  54;  1.  III, 
c.  7,  II  ;  1.  VII,  c.  7),  où  est  mentionné  le  peuple  des  Coriosolites  (mot 
écrit  aussi,  mais  à  tort,  par  un  u,Cur!osolitcs),  nom  antique  du  bourg  appelé 
aujourd'hui  Corseul,  arrondissement  de  Dinan,  Côtes-du-Nord.  La  leçon 
Coriosoliles  dans  la  Notitia  Galliaruni  est  l'œuvre  d'un  savant  du  ix^-  siècle 
qui  connaissait  les  classiques  latins  ;  un  effet  de  l'érudition  est  quelquefois 
de  faire  déraisonner  les  gens,  quand  chez  eux  la  fatigue  produite  par  le  tra- 
vail empêche  la  réflexion.  J'en  ai  fait  l'expérience  personnelle. 

Coriosopitum  civitas,  Q.uimper,  qui  doit  être  distingué  de  CoriosoUtuni  ci- 
vitas,  Corseul,  peut  être  considéré  comme  la  bonne  leçon  de  Corstopiluni  en 

1.  Paris,  Fontemoing,  in-S,  1900. 

2.  Xovez  Revue  Celtique,  t.  XI,  p.  3SS-589. 


244  Chron'ujuc. 

Grande-Bretagne,  aujourd'hui  Corbridge  dans  le  comté  de  Northumberlatid, 
nom  fort  altéré  dans  la  plupart  des  mss.  de  V Itinéraire  d'Antoiiin,  464,  3.  Il 
y  a  eu  en  Grande-Bretagne,  à  l'époque  romaine,  plusieurs  noms  de  peuple 
d'origine  continentale  :  Atrcbates,  Parisi,  Catiivcllauiii,  Belgae,  sont  au- 
tant de  témoignages  attestant  la  conquête  de  l'île  par  les  Gaulois  conti- 
nentaux à  une  date  indéterminée  vers  l'an  200  avant  J.-C.  (?)  ' .  Corstopihun 
en  Grande-Bretagne  serait  une  mauvaise  lecture  pour  Coriosopitiuii,  nom 
qu'auraient  importé  dans  cette  île  des  Gaulois  continentaux. 

Il  y  a  un  point  sur  lequel  M.  Duchesne  me  semble  émettre  une  doctrine 
nouvelle,  c'est  sur  la  question  de  savoir  à  quelle  date  précise  a  commencé 
l'émigration  des  Bretons  de  l'île  et  leur  établissement  en  Gaule  dans  la 
péninsule  armoricaine  vers  les  débuts  du  moyen  âge.  Suivant  l'opinion 
générale  cette  émigration  a  été  causée  par  la  conquête  saxonne  qui  com- 
mence au  milieu  du  v<^  siècle.  Il  faut  laisser  de  côté  le  roi  Riotamus,  dont 
l'établissement  près  de  Bourges  au  v^  siècle  est  confirmé  par  le  souvenir 
persistant  en  927  d'un  monastère  breton  existant  antérieurement,  à  Deols 
(Indre),  comme  nous  Tavons  dit  plus  haut,  p.  114.  Nous  parlons  ici  de  la 
Bretagne  maderne  et  non  du  Berry. 

Or  voici  ce  qu'a  écrit  M.  Duchesne,  p.  251  :  «  Deux  dénominations  in- 
«  troduiies  en  Armorique  par  les  nouveaux  venus,  celles  de  Dumnonia  et 
«  de  Corimhia  2,  paraissent  indiquer  que  le  gros  de  l'émigration  provenait 
«  des  pays  occupés  dans  l'île  par  les  Dumnonii  et  les  Cornovii.  Aucune  lé- 
«  gende  n'explique  ces  termes,  beaucoup  la  supposent  en  usage.  Or  les 
«  Dumnonii  et  les  Commit  ne  furent  menacés  par  les  Saxons  que  dans  le 
«  courant  du  vi^  siècle.  Il  est  donc  possible  que  l'émigration  remonte  par- 
ce tiellcment  du  moins  à  une  autre  cause  que  celle  qui  est  communément 
«  acceptée.  La  crainte  des  Scots  et  des  Pietés  aura  eu  ici  son  rôle  à  côté  de 
«  l'invasion  saxonne.  Peut-être  le  déplacement  des  Dumnonii  et  des  Cor- 
«  novii  est-il  en  rapport  avec  l'abandon  de  l'île  par  les  troupes  romaines  ». 

La  Grande-Bretagne  fut  abandonnée  par  les  troupes  romaines  de  387  à 
396,  de  402  à  406,  et  définitivement  en  407  5.  Un  certain  nombre  de  textes 
attestent  l'établissement  des  Irlandais  en  Grande-Bretagne,  même  antérieu- 
rement à  ces  dates.  Suivant  l'article  Miigcime  du  Glossaire  de  Cormac, 
presque  toute  la  Grande-Bretagne  aurait  été  sous  la  domination  irlandaise 
du  temps  de  Cairbre  Musc  au  iii^  siècle  de  notre  ère  ;  et,  sous  le  règne  de 
Crimthan  le  Grand,  roi  d'Irlande,  366-379  environ,  une  partie  de  la  Grande- 
Bretagne  méridionale,  jusqu'à  la  Manche  faisait  partie  du  royaume  d'Ir- 
lande :  Glastonbury,  dans  l'ancien  territoire  des  Belgae,  voisins  immédiats 
au  nord  des  Dumnonii,  était  alors  une  ville  irlandaise  4.  Les  expéditions  des 


1.  Voyez  Elton,  Origins  of  Engliih  History,  2^  édition,  p.  102. 

2 .  Dans  Cornubia  le  b  doit  se  prononcer  v. 

3.  J.  Rhvs,  Early  Britain,  2^  édition,  p.  95. 

4.  Voir  le  texte  irlandais  chez  Whitley  Stokes,  Three  irish  Glossaries, 
p.  29-30,  et  la  traduction  anglaise  dans  Sanas  Cormaic,  Cormac's  Glossary 
du  même  auteur,  p.  111-112. 


chronique.  245 

rois  d'Irlande  en  Grande-Bretagne  au  commencement  du  v^  siècle  sont  men- 
tionnées dans  les  textes  irlandais. 

Ainsi  Niall  Nôigiallach  fut  tué  vers  l'an  405  sur  les  côtes  de  la  Manche  '. 
La  mort  de  Dathi  ou  Natlii  son  successeur,  tué  d'un  coup  de  foudre  sur 
une  montagne  d'Elpa,  c'est-à-dire  d'Alba  ou  de  Grande-Bretagne,  vers 
l'année  428,  se  rattache  à  une  autre  expédition  d'Irlande  dans  la  grande  île 
voisine  2.  Deux  passages  de  Nennius  mentionnent  un  établissement  irlandais 
dans  le  pays  de  Galles  vers  la  fin  du  iv^  siècle.  Suivant  la  chronologie  un 
peu  suspecte  de  Nennius,  les  Irlandais  auraient  été  chassés  de  ce  pays  cent 
quarante-six  ans  avant  le  règne  de  Mailgwn  3  qui  mourut,  dit-on,  en  S47'^' 
Cunedda,  qui  chassa  les  Irlandais,  était  le  bisaïeul  de  Mailgwn  ;  il  y  a  eu 
donc  entre  eux  un  intervalle  de  deux  générations;  en  comptant  Cunedda  et 
Mailgwn,  on  trouve  quatre  générations  et,  à  trente  ans  par  génération, 
120  ans,  qui,  ôtés  de  547,  nous  donnent  l'année  427  pour  la  fin  de  la  do- 
mination irlandaise  dans  le  nord  du  pavs  de  Galles.  Si  l'on  compte  quatre- 
vingt-dix  ans,  soit  trois  générations,  au  lieu  de  427,  il  faut  lire  457,  ou, 
en  nombres  ronds,  460. 

L'existence  de  la  domination  irlandaise  dans  la  partie  sud-ouest  de  la 
Grande-Bretagne  pendant  les  premiers  temps  du  moyen  âge  est  attestée 
par  les  inscriptions  ogamiques  si  nombreuses  qu'on  y  a  découvertes.  On 
peut  remarquer  que  trois  de  ces  inscriptions  appartiennent  au  pays  occupé 
par  les  Diunnonii  pendant  la  période  romaine,  c'est-à-dire  aux  comtés  de 
Devon  et  de  CornwallJ,  et  qu'une  de  celles  qui  ont  été  trouvées  dans  le 
comté  de  Devon,  le  no  25  de  M.  Hiibner,  paraît  antérieure  à  l'année  500; 
les  deux  autres  inscriptions,  le  no  24,  comté  de  Devon,  le  no  17,  comté  de 

1 .  Niall  N6igialL?c/.i  xxvi  co-toxchair  la  Eochaid  mac  Ennae  Censelaio  [c  Muir 
Icht.  Flatbiiisa  Ereiid,  dans  le  Livre  de  Leinster,  p.  24,  col.  i,  1.  57-58;  cf.  Aii- 
nals  of  the  Foui'  Masters,  édit.  d'ODonovan,  t.  I,  p.  126,  et  la  pièce  intitulée 
Aidecl  Nt'ill  dans  The  Yelhiv  Book  oj  Lecan,  édité  par  R.  Atkinson,  p.  126. 

2.  Nathi  XXIII  ai«-erbailt  ic-sléib  Elpa  iarn  a-béim  o-thenid  shaignén. 
Flathiiisa  Erciid,  dans  le  Livre  de  Leinster,  p.  24,  col.  i,  1.  59-40.  A  com- 
parer la  pièce  intitulée  Aided  Nathi,  dans  Lebor  nah-Uidre,  p.  58-59;  Book 
of  Ballyiiiote,  p.  248. 

3.  Filii  autem  Liethan  obtinuerunt  in  regione  Demetorum  et  in  aliis  re- 
gionibus,  id  est  Gui?-  Cetgueli,  donec  expulsi  sunt  a  Cuneda  et  a  filiis  ejus  ab 
omnibus  Britannicis  regionibus.  Mommsen,  Chronica  Diinora,  t.  III,  p.  56. 
—  Mailcunus,  magnus  rex,  apud  Brittones  regnabat,  id  est  in  regione  Gue- 
nedotiae,  quia  atavus  illius,  id  est  Cunedag,  cum  filiis  suis,  quorum  nu- 
merus  octo  erat,  venerat  prius  de  parte  sinistrali,  id  est  de  regione  quae 
vocatur  Maiiaii  Guotodiii,  centum  quadraginta  sex  annos  antequam  Mailcun 
regnaret,  et  Scottos  cum  ingenti  clade  expulerunt  ab  istis  regionibus  et 
nusquam  reversi  sunt  iterum  ad  habitandum,  ihid.,  p.  205-206;  cf.  Rhvs, 
Celtic  Britain,  2^  édition,  p.  118  et  suivantes. 

4.  Annales  Cambriae  (Collection  du  Maître  des  rôles),  p.  4. 

5.  Rhvs,  Lectures  on  welsh  Philology,  2^  édition,  p.  285-285;  Hûbner, 
Inscn'ptiones  Britanniae  christianae,  nos  24  et  25  pour  le  comté  de  Devon,  et 
no  17  pour  le  comté  de  Cornwall. 


246  chronique. 

Cornwall,  seraient  postérieures  à  cette  date'.  Il  est  donc  très  vraisemblable 
qu'une  invasion.  celtie]ue  et  non  saxonne,  a  forcé  les  Dumuouii  k  gagner  le 
continent  dès  le  v^  siècle,  comme  le  suppose  M.  Duchesne;  cette  invasion 
a  commencé  avant  l'année  500,  avant  laquelle  a  été  écrite  l'inscription  oga- 
mique  no  25  ;  et  une  population  irlandaise  est  restée  établie  dans  le  terri- 
toire des  Dumnonii  après  cette  année.  On  peut  en  supposer  autant  des  Cor- 
uovii,  qui  voisins  immédiats  de  la  région  septentrionale  du  paN's  de  Galles, 
ont  pu  être  fort  malmenés  par  les  Irlandais  établis  sur  les  côtes  occidentales 
de  la  Grande-Bretagne;  il  est  naturel  que  les  Cormvii  aient  commencé  dès 
le  ve  siècle  à  quitter  leur  patrie  et  à  organiser  une  émigration  qui  s'est  con- 
tinuée au  VI''  siècle  sous  la  pression  des  envahisseurs  saxons;  une  partie 
des  fuyards  s'est  arrêtée  à  moitié  chemin  dans  le  comté  de  Cornwall, 
portion  de  l'ancien  territoire  des  Duiiinoiiii.  Voyez  ci-dessus,  t.  XVIII, 
p.  4)4,  l'analvsc  du  mémoire  de  M.  K.  Mcycr,  Gael  aud  Brython. 

V. 

Je  reçois  à  l'instant  de  l'auteur,  M.  Edward  Gwyn,  un  livre  intitulé  :  Royal 
Irish  Acadewy.  Todd  Lectures  séries.  Vol.  VIL  Poenis  froiii  ihe  Dindsheuchas, 
Text,  Translation,  and  Vocalmlary.  On  sait  que  le  Dindsheanchas  est  un  traité 
de  l'étymologie  des  noms  de  lieu  irlandais  ;  ce  traité,  peu  scientifique,  est 
précieux  au  point  de  vue  des  notions  mythologiques,  épiques  et  peut-être 
quelquefois  historiques  qu'il  contient.  Il  a  été  rédigé  partie  en  prose,  partie 
en  vers  2 .  On  trouve  en  général  et  sauf  quelques  exceptions  la  prose  seule  dans 
l'édition  que  la  Revm  Celtique,  t.  XV  et  XVI,  1894-1895,  doit  à  la  bien- 
veillance et  à  l'érudition  de  M.  Whitley  Stokes,  et  qui,  sauf  deux  supplé- 
ments, nos  151-153  et  nos  154-161,  empruntés,  l'un  au  livre  de  Lecan, 
l'autre  au  livre  de  Leinster,  est  une  reproduction  du  ms.  de  Rennes.  Le 
nombre  des  articles  de  cette  édition  est  de  cent  soixante  et  un.  M.  E.  Gwyn 
a  entrepris  de  publier  les  poèmes.  Il  nous  en  donne  onze.  En  voici  la  liste: 

I"  Ralh  Esa,  Livre  de  Leinster,  165(7  26;  cf.  Rev.  Cell.,  XV,  290,  no  3. 

20  Faffand,  —  191 /'i;  —  XV,  306,  no  13. 

30  Almu,  —  203^120;  —  II,  865. 

40  Ath  Cliath,  —  194/^18;  —  XV,  328,  no  28. 

50  Ath  Fadat  I,  —  195'' 36;  —  XV,  422,  no  36. 

60  Ath  Fadat  II,  —  195  /'  5  3  ;  —  ^V,  424,  n"  36. 

70  Ard  Lemnacht.  —  196(712;  —  XV,  427,  no  39. 

80  Ailech  L  —  164(76;  —  XVI,  41,  n»  91. 

90  Ailech  II,  —  i8ia6;  —  XVI,  41,  no  91. 

100  Benn  Etair  L  —  161a  i:  —  XV,  330,  no  29. 

iio  Benn  Etair  II,  —  194/'  35  ;  —  XV,  330,  no  29. 


1.  Hûbner,  ihid.,  p.  xx. 

2.  Voyez  plus  bas,  p.  250. 

^.   Publication  de  ^L  Hennessv. 


Clirpniijiic.  247 

De  CCS  onze  morceaux,  un,  le  cinquième,  avait  été  publié  par  M.  Whitlcy 
Stokes,  Revue  Celtique,  t.  XV,  p,  422-424,  avec  une  traduction,  ibid., 
p.  424-425- 

J'ai  eu  trop  peu  de  temps  cette  publication  entre  les  mains  pour  pouvoir 
en  faire  une  critique  détaillée  et  approfondie  :  je  dirai  toutefois  que  l'auteur 
me  paraît  avoir  mal  traduit  la  première  strophe  de  la  page  16,  3e  morceau, 
vers  29-52.  Il  y  est  dit  que  «  Cumall  enleva  de  force  Murni,  fille  de  Tagd, 
«  et,  - —  acte  honteux,  —  la  garda  pendant  un  an  i"  sans  droit,  cert,  2°  sans 
«  victoire,  déd  ».  M.  Gwyn  traduit  clôd  «  victoire  »,  par  7-apc  «  rapt  ». 
Voici  le  sens  juridique  du  texte  :  Cumall  avait  enlevé  Murni,  à  l'insu  du  père 
de  cette  fille,  1°  sans  avoir  le  consentement  du  père,  par  conséquent  sans 
avoir  payé  au  père  le  prix  réclamé  par  celui-ci  pour  sa  fille,  2°  sans  avoir 
fait  ce  qui  était  nécessaire  pour  se  passer  honorablement  du  consentement 
paternel,  c'est-à-dire  sans  avoir  livré  bataille  au  père  et  sans  l'avoir  vaincu  ; 
1°  «  droit  »,  cert,  c'est  le  consentement  du  père  et  le  paiement  du  prix; 
2°  «  victoire  »,  clôd,  c'est  le  succès  dans  la  bataille  livrée  au  père  récalcitrant, 
auquel  on  fait  grâce  de  la  vie  moyennant  livraison  de  sa  fille  (cf.  Aucient 
Laivs  and  histitutcs  of  Irclaud,  t.  II,  p.  404). 

Le  livre  de  M.  Gwyn  est  le  résultat  de  son  travail  pendant  un  an  :  rien 
n'est  plus  difficile  à  traduire  que  les  vers  irlandais.  Souhaitons  de  la  persé- 
vérance au  savant  auteur  :  en  travaillant  avec  la  même  activité  il  pourra  dans 
treize  ou  quatorze  ans  avoir  fini  l'édition  des  ^^oèvats  au  Duuhheancas;  mal- 
heureusement, quand  il  terminera,  nombre  de  ceux  qui  auront  lu  son 
premier  volume  seront  partis  pour  aller  habiter  un  monde  où  l'on  s'occupe 
peu,  pensons-nous,  de  la  vieille  littérature  irlandaise.  (Cf.  p.  250). 

VI. 

Le  Guide  illustre  du  iiiusce  tiational  de  Saiiit-Geriimiu  ' ,  par  M.  Salomon  Rei- 
nach,  est  un  petit  chef-d'œuvre.  En  un  peu  plus  de  cent  pages  in-12  il 
nous  donne  une  histoire  de  l'archéologie  française  depuis  les  temps  les  plus 
anciens  jusques  et  x  compris  la  période  mérovingienne.  Le  texte  est  accom- 
pagné de  gravures  qui  représentent  les  monuments  les  plus  importants.  Te 
signalerai,  p.  64,  celle  qui  reproduit  le  monument  funéraire  d'un  soldat, 
uatioue  Ubius  ;  ce  guerrier  s'appelait  Albaiiiis,  Exciucrl  Jîlius  ;  c'est-à-dire 
que  son  père  portait  un  nom  gaulois.  Est-il  bien  certain  que,  comme  on  le 
croit,  les  Ubii  fussent  Germains,  et  que  le  mot  Geriuanus,  quand  on  le 
leur  applique,  n'ait  pas  un  sens  géographique  et  non  ethnographique  ? 
Geriuanus  peut  signifier  simplement  :  venu  de  l'est  du  Rhin  à  l'ouest  du 
fleuve,  en  Gaule.  Ne  pourrait-on  pas  pour  les  Nemetes  faire  la  même  ob- 
servation? 

VII. 
Y  Cymmkodor,    The  Mut^a-ine  of  ll.v  honorable  Society  of  Cxmmrodorion 

I.   Paris,  Motteroz  [1900]. 


248  .  Chroni(]iie. 

vol.  XIII,  contient  d'abord  une  étude  bibliographique  sur  les  éditions  :  iode 
Caincyll  y  Cyinry  «  Flambeau  »,  littéralement  «  Chandelle  des  Gallois  »; 
2°  des  traductions  de  ce  livre. 

L'auteur  de  CaniiyU  y  Cymiy  est  Rees  Prichard,  vicar  of  Llandovery,  né 
dans  cette  petite  localité  vers  1579  ^^  "î"^  Y  courut  en  1644'.  Prédicateur 
zélé,  mais  peu  satisfait  du  succès  peut-être  médiocre  de  ses  sermons,  débités 
en  prose  suivant  l'usage,  il  imagina  de  les  mettre  en  vers.  Il  en  publia  un 
de  son  vivant,  sous  cette  forme,  en  1617;  l'ensemble  de  ces  compositions 
versifiées  parut  pour  la  première  fois  après  sa  mort  en  quatre  parties,  de  1646 
à  1672  ;  il  y  a  eu  depuis  :  1°  vingt-neuf  autres  éditions  complètes  du  texte 
original,  la  dernière  en  1887;  2°  cinq  éditions  sous  forme  de  traductions  ; 
3°  sept  éditions  de  morceaux  choisis,  dont  une  en  traduction,  les  six  autres 
dans  la  langue  originale.  Pourquoi  les  prédicateurs  français,  tels  par  exemple 
que  Bossuet  et  Bourdaloue,  n'ont-ils  pas  eu  aussi  avant  de  mourir  l'idée  fé- 
conde de  mettre  leurs  sermons  en  vers?  Les  éditions  posthumes  en  prose 
qu'on  a  publiées  de  ces  compositions  oratoires,  auraient  peut-être  eu  sous  la 
forme  poétique  beaucoup  plus  de  vogue  et  auraient  été  beaucoup  plus  nom- 
breuses ;  il  n'y  en  a  qu'une  dizaine,  environ  le  tiers  des  éditions  de  Rees 
Prichard;  mais,  si  elles  étaient  en  vers  et  avec  un  titre  imité  du  titre  gallois: 
«  flambeau  ou  chandelle  des  Français  »  !  Q.uelle  différence  1  Q.ue  penseraient 
de  celte  idée  mes  collègues  de  la  Faculté  des  lettres? 

Un  second  mémoire  est  dû  à  M.  Kuno  Meyer.  En  voici  l'objet.  En  1853 
a  paru  le  volume  intitulé  :  Lires  of  caïubro-britisb  Saints  par  W.  J.  Rees, 
rector  of  Cascob,  prebendary  of  Brecknock.  La  première  partie,  1-286  pages, 
contient  les  textes  originaux  de  ces  vies  de  saints,  les  unes  en  latin,  les 
autres  en  gallois,  et  quelques  autres  documents  ;  dans  la  seconde  partie, 
287-636  pages,  on  trouve  la  traduction  anglaise  des  morceaux  qui  constituent 
la  première  partie,  plus  un  index  alphabétique  des  noms  propres.  Cette  pu- 
blication a  été  faite  d'après  plusieurs  mss.  ,  les  principaux  sont  ceux  qui,  au 
Musée  britannique,  fonds  Cottonien,  sont  désignés  par  les  cotes  Vespasian 
A.  IV,  A.  XIV,  A.  XIX,  Claudius  A.  v,  Titus  D.  xxii.  M.  Whitley  Stokes 
avait  coUationné  l'édition  avec  ces  mss.  Il  a  remis  son  travail  à  M.  Kuno 
Mever  qui,  après  l'avoir  revisé,  le  publie.  Le  nombre  des  corrections  qu'il 
propose  approche,  ce  semble,  de  trois  cents. 

Un  troisième  mémoire  est  dû  à  M.  D.  Lleufer  Thomas  ;  il  concerne  le 
tribunal  anglais,  dit  Court  of  Marches,  qui  exerçait  sa  juridiction  dans  le 
Pays  de  Galles. 

Le  volume  se  termine  par  une  note  de  M.  John  Rhys  sur  une  curiosité 
archéologique  conservée  au  Jésus  Collège  d'Oxford,  le  Peitbynen,  collection 
de  petits  bâtons,  sur  lesquels  est  gravé  l'alphabet  dit  coelbren  y  beirdd.  Cet 
alphabet  fut  en  usage  parmi  les  bardes  gallois  au  xv^  siècle,  au  xvje  et  au 
commencement  du  xvii^.  Le  dernier  barde  qui  s'en  soit  servi  mourut 
en  1616. 

i .  Robert  Williams,  A  biographical  Dictioiiary  of  emiiient  IFehhnien,  1852, 
p.  424. 


Chronique,  249 


VIII. 

J'ai  annoncé  dans  la  précédente  livraison,  p.  112,  le  petit  livre  composé 
par  le  frère  Constantius  à  l'usage  des  écoliers  bretons  qui,  ne  sachant  pas  le 
français,  sont  mis  par  leurs  parents  dans  des  écoles  primaires  où  l'ensei- 
gnement se  donne  en  français.  Après  le  livre  des  écoliers,  Kenteliou  hre- 
-oiini'k  (la  ilrei  egallck,  «  Leçons  bretonnes  à  traduire  en  français»,  petit  vo- 
lume qui  contient  le  texte  breton  sans  traduction,  voici  le  livre  du  maître, 
Kenteliou  hreiounek  Iroet  e  ^allec,  «  Leçons  bretonnes  traduites  en  français  ». 
J'ai  entendu  un  écrivain  à  l'esprit  chagrin  définir  la  pédagogie  «  l'art  d'en- 
seigner ce  qu'on  ne  sait  pas  ».  Ce  critique  de  mauvaise  humeur  était  l'au- 
teur d'un  des  ouvrages  qui  dans  les  écoles  primaires  françaises  ont  eu  le  plus 
de  succès  en  notre  temps.  Je  ne  crois  pas  à  la  rigoureuse  exactitude  de  sa 
définition,  mais  elle  s'applique  parfaitement  au  genre  d'ouvrages  qu'on  ap- 
pelle :  «  Livre  du  maître  »  dans  l'enseignement  primaire  français.  Avec  le 
second  volume  du  frère  Constantius  on  peut  faire  brillamment  un  cours  de 
breton  sans  savoir  un  mot  de  cette  langue.  Mais  gare  au  maître  quand  les 
élèves  saisiront  le  secret  de  sa  science. 


IX. 

Dans  Popular  Sliidies  in  Mylhology,  Romance  and  FolJdore,  n°  6,  Londres, 
chez  David  Nutt,  M.  Alfred  Nutt  cherche  à  déterminer  ce  qui  dans  l'œuvre 
de  Shakespeare  peut  tirer  son  origine  de  la  mythologie  celtique. 

X. 

Du  rapport  lu  par  M.  J.-J.  Mac  Sweeny,  secrétaire  de  h  Society  forthe  Pré- 
servation of  the  Irish  Language  à  Dublin  dans  la  séance  du  27  février  1900,  il 
résulte  qu'au  point  de  vue  de  la  langue  irlandaise  le  progrès  continue  en  Ir- 
lande dans  les  écoles  primaires  :  sur  1743  candidats  1371  ont  subi  les  exa- 
mens avec  succès,  savoir:  i^r  degré  440,  2^  degré  431,  3^  degré  500.  Le 
nombre  des  candidats  reçus  n'avait  été  que  1012  en  1898.  Au  contraire, 
dans  les  examens  d'enseignement  secondaire,  intermediate  examinations ,  il  y 
a  depuis  quelques  années  pour  l'irlandais  une  légère  baisse  qui  va  s'accen- 
tuant:  544  candidats  ont  été  reçus  en  1896,  305  en  1897,  504  en  1898,  445 
seulement  en  1899,  cent  un  de  moins  qu'en  1896. 

XI. 

M.  Douglas  Hvde,  ce  savant  irlandais  dont  les  lecteurs  de  la  Revue  Cel- 
tique connaissent  les  intéressantes  publications,  vient  de  réunir  en  un  petit 
volume  in-i2,  dev-55  pages,  cinquante  et  un  courts  poèmes  irlandais  suc- 
cessivement publiés  par  lui  dans  le  Freenian  hebdomadaire,  journal  de  Du- 
blin. Le  titre  qu'il  a  donné  à  ce  livre  est  UhJ)Ja  de  'n  craoihh,  «  pommes  de 

Revue  Celliijue,  XXI.  17 


250  Chronique. 

brnnche  »  ;  dânta  agiis  ahhrâin  h-isan  g-craoihhin  aoihhinn ,  «  odes  et  chansons 
par  la  jolie  branche  ».  Une  branche  d'or  portant  des  pommes  d'or  pare  la 
couverture  en  papier  gris  de  cette  élégante  brochure. 

XII. 

La  Fesischrift  dédiée  à  M.  Whitlev  Stokes  à  l'occasion  de  son  soixante - 
dixième  anniversaire  est  une  plaquette  in-4,  de  viii-48  pages,  qui  a  paru  à 
Leipzig  chez  Otto  Harassowitz.  Après  une  dédicace  à  M.  Whitley  Stokes 
par  M.  Ernst  Windisch,  on  trouve  les  huit  articles  suivants  : 

1°  Complainte  sur  la  mort  du  roi  d'Irlande  Niall  Nôigiallach,  qui,  comme 
on  l'a  vu  plus  haut,  p.  245,  fut  tué  en  Grande-Bretagne  sur  les  bords  de  la 
Manche  vers  le  commencement  du  v^  siècle  de  notre  ère.  C'est  un  dialogue 
entre  le  poète  Torna  et  Tuirn,  son  fils.  M.  Kuno  Meyer  publie  ce  document 
d'après  le  ms.  d'Oxford  Rawlinson  B  512,  fol.  47,  xii^  siècle  ',  et  d'après 
le  Leahhar  hiiidhe  Lecaiii,  p.  127,  édité  par  M.  R.  Atkinson,  xiv<:  siècle;  il 
croit  que  la  composition  remonte  au  plus  tard  au  commencement  du 
ix"^  siècle.  Cette  complainte  serait  antérieure  aux  poèmes  du  Dindscnchas  qui 
suivant  lui  seraient  l'œuvre  de  gens  de  lettres  vivant  aux  ix«  et  x*^  siècles, 
tandis  que  la  prose  du  Dindsenchas  ne  daterait  que  du  xii^  (cf.  p.  246). 

2°  Ballade  ossianique  du  xiii^  siècle  (Livre  de  Leinster,  p.  207),  où  il  est 
question  d'un  chien  merveilleux  amené  de  Norvège  par  trois  guerriers  venus 
de  ce  pays  en  Irlande  pour  s'enrôler  dans  la  troupe  de  Finn.  M.  L.-Chr. 
Stem  a  édité,  traduit  et  commenté  ce  texte.  11  y  a  annexé  une  note  sur  les 
Firbolg  et  les  Tùatha-dé-Danaiiu . 

30  Étude  de  M.  R.  Thurneysen  sur  les  mots  irlandais  lith  et  dcss.  Il  rap- 
proche////;  «  fête  »  de  l'allemand /a/  dans  tin-flat,  «  ordure,  saleté  »,  litté- 
ralement «  [chose]  non  belle  »,  cl  suppose  que  ////;  et  flat  s'expliquent  par 
un  primitif  */'/i^-/£/-5  «  plénitude  ».  Le  vieux  germanique /(Vî5  serait  une 
forme  relativement  récente  d'un  primitif  * plc-ti-s,  doublet  de  *plc-tii-s.  Le 
nom  de  femme  mérovingien  Mcro-flcdis  devrait  être  comparé  au  gaulois 
Litii-mâra  dont  il  serait  l'antipode,  dit  M.  Thurneysen.  Je  comprends  qu'il 
en  différerait  :  1°  par  l'ordre  inverse  des  termes  ;  2°  par  la  substitution  du 
suffixe  -îi  à  -tu-  dans  -flcdis  opposé  à  Lita-  ;  3°  par  l'emploi  dans  vnlra  = 
* indra  de  la  forme  pleine  fléchie,  au  lieu  de  la  forme  pleine  normale  dans 
Mcro-. 

A  dcss,  M.  Thurneysen  suppose  un  primitif  *dissn  pour  *klid-lii-  z= 
*kH::^d-iii-,  de  la  même  racine  que  le  sanscrit  hridati,  «  il  joue,  folâtre,  ba- 
«  dine,  danse  »  =  *  kriida-ti. 

40  Note  de  M.  F.  Sommer  sur  l'irlandais  hibdii  «  coupable  »,  en  breton 
bevei  (Ernault,  Le  Mystère  de  Sainte  Barbe,  p.  228;  Glossaire  iiioyeii-bretoii, 
p.  63).  Bibdii  =  * bibidaïis  ^=*  bibiiidh-uôl-s (pu  peut-être  mieux  *bebhid-uôt-s) 
participe  parfait  dérivé  de  la  même  racine  que  le  gothique  baidjaii  «  forcer, 

I  W.-D.  Macray,  Catahgi  codicuDi  nianuscriptoruiii  bitliothecae  Bodleiaitae 
barlis  quinlae  fascicuhis  primtis,  p.  719. 


Citronique.  251 

contraindre  ».  La  situation  de  celui  qu'on   a   reconnu  coupable  est  «  con- 
trainte et  forcée  ». 

50  M.  W.  Foy  expose  qu'en  néo-celtique,  quand  la  voyelle  longueinitialc 
de  certaines  diphtongues  était  longue,  elle  s'est  abrégée  dès  une  époque 
fort  ancienne. 

6°  Note  de  M.  Leskicn  sur  une  loi  de  l'albanais. 

7"  Note  de  M.  Brugmann  sur  les  deux  mots  latins^ro/it'  ctproxiiiiiis  =pro- 
ksiiiiiio-s,  dont  il  compare  la  formation  à  celle  de  l'irlandais  nesscuii  = 
iicksiiniio-s. 

8°  Dissertation  de  M.  Windisch  sur  quelques  formes  verbales  de  temps 
passé  en  irlandais  que  la  plupart  des  celtistes  considèrent  comme  des  aoristes 
sigmatiques.  Ce  mémoire  fort  important,  le  plus  long  des  quatre  par  les- 
quels la  plaquette  se  termine,  mériterait  un  examen  détaillé  pour  lequel  le 
temps  me  manque  aujourd'hui.  Je  parlerai  d'un  seul  mot  :  fetar  «  je  sais  ». 
Suivant  M.  Windisch,  l'explication  de  la  dentale  sourde  /  par  la  combinaison 
de  (/  avec  un  .v  suivant  est  inadmissible.  Il  suppose  un  pnmhïi'  *  uid-cla-r.  Je 
crois  à  une  formation  irlandaise  dérivée  de  la  troisième  personne  du  singu- 
lier/;'/ par  t  final,  au  lieu  de  d;  cf.  :  to-fet,  «  il  précède  »,  dedo-fcdim  (An- 
cient  Laivs  of  Ireland,  t.  I,  p.  112,  114,  124,  158),  du/et  (ibid.,  p.  112,  138), 
même  sens;  adfet,  «  il  raconte  »,  à\idfiadaii}i,  exemple:  tcilingilla  ...  ociis 
adfet,  a  va  le  garçon  ...  et  raconte  »,  (Irische  Texte,  I,  215);  ad-Jed,  «  he  re- 
lates »,  sans  aspiration  du  d  final  (O'Donovan,  Irish  Grainiiiar,  p.  255); 
ad-fbead,  «  I  shall  relate  »  (O'Reilly),  également  sans  aspiration  du  d  final; 
ce  d  non  aspiré  tient  lieu  d'un  t  plus  ancien. 

Dcfet,  aujourd'hui /<?c?  (racine  ueid,  uid,  «  voir  »),  les  Irlandais  ont  tiré 
fetcir,  aujourd'hui /^(/ar  «  je  sais  »,  expression  pour  laquelle  il  est  inutile  de 
chercher  une  origine  indo-européenne  ou  même  celtique,  c'est  un  mot 
irlandais. 

H,  d'Arbois  de  Jubainville. 


PÉRIODIQUES 


SOMMAIRE  :  I.  Journal  of  the  Royal  Society  of  Antiquaries  of  Ireland.  —  II.  An  Gao- 
dhal  (The  Gael).  —  III.  Revue  archéologique.  —  IV.  Revue  d'histoire  et  de  littéra- 
ture religieuse.  —  V.  Feiz  ha  Breiz.  —  VI.  Publications  of  the  modem  Language 
Association  of  America. —  VII.  Annales  de  Bretagne.  Comparaison  entre  La  Ville- 
marque  et  Macpherson.  —  VHI.  Revue  de  Numismatique.  —  IX.  The  American 
Journal  of  Phiiology, 

I. 

Le  tome  X,  5=  série,  du  Journal  of  the  royal  Society  ofAxtiq.uaries 
OF  Ireland  débute  par  le  discours  qu'a  prononcé  le  président  à  la  séance  gé- 
nérale annuelle  du  30  janvier;  dans  ce  discours  on  trouve  traitée  d'une  façon 
fort  complète  une  question  très  intéressante  pour  les  archéologues  ;  il  s'agit 
des  droits  de  l'Etat  anglais  sur  les  trouvailles  d'objets  d'or  et  d'argent  qui 
n'ont  pas  de  propriétaire  connu  et  sur  les  moyens  à  employer  pour  faire  par- 
venir, en  exécution  de  la  loi,  ces  précieux  objets  au  musée  de  Dublin,  quand 
la  trouvaille  a  été  faite  en  Irlande.  Nous  signalerons  ensuite:  un  article  de 
M.  George  U.  Macnamara  sur  les  anciennes  croix  do  pierre  de  Ui  Fermaic, 
comté  de  Clare,  en  Irlande;  une  note  de  M.  E.  Perceval  Wright  sur  la 
cloche  de  Kilmainham  qui  est  en  bronze,  haute  de  douze  pouces  et  demi 
anglais,  y  compris  la  poignée  ;  on  la  suppose  du  xn'=  siècle  et  cependant  sa 
forme  me  paraît  ressembler  beaucoup  à  celle  des  plus  anciennes  cloches 
d'Irlande.  M.  Francis-Joseph  Bigger  a  donné  au  même  volume  une  étude 
sur  les  antiquités  d'Inis  Chlothrann,  aujourd'hui  Iiîish  Cleraunn,  dont  les 
plus  vieilles  pourraient  remonter  à  saint  Diarmaid,  c'est-à-dire  au  vi^  siècle 
de  notre  ère. 

II. 

Il  paraît  en  Amérique,  à  New-York,  une  revue  mensuelle  intitulée  :  An 
Gaodhal  (Tbe  Gael).  Dans  son  t.  XIX,  11°  5,  p.  159,  elle  vient  de  publier 
sous  le  titre  de  vThe  Adveuturcs  of  the  Great  Youlh,  son  of  tbe  kiiio  of  Spaiii, 
le  commencement  du  texte  et  de  la  traduction  d'un  récit  ossianique  irlan- 
dais dont  il  existe,  tant  en  Irlande  qu'en  Angleterre,  beaucoup  de  mss.,  les 
uns  sous  le  titre  deBJs  an  nihacaoim  inbôir,  mbic righ  nabEaspaine,  les  autres 
où  dans  ce  titre  le  mot  initial,  Bas,   "  mort  »,   est  remplacé  par  Eachira, 


Pii  iodiijiies.  255 

«  aventures  » '.  L'édition  est  faite,  dit  l'éditeur,  d'après  un  «  vieux  »  ma- 
nuscrit de  l'année  1790.  Il  yen  a  en  Irlande  un  plus  «  vieux  »  au  collège  de 
la  Trinité  de  Dublin,  H.  2.  17,  p.  189-191.  Le  ms.  H.  2.  17  est  un  recueil 
de  fragments,  la  plupart  en  parchemin,  quelques-uns  en  papier,  et  l'écriture 
est  de  différentes  mains  ;  les  fragments  en  parchemin  appartiennent  en 
partie  au  Livre  jaune  de  Lecan,  publié  par  M.  R.  Atkinson  ;  mais  celui  de 
ces  fragments  dont  il  s'agit  ici,  bien  qu'en  parchemin,  ne  provient  pas  de 
ce  livre.  O'Donovan  dans  son  inventaire  le  constate.  Suivant  les  notes  que 
j'ai  prises  il  y  a  dix-neuf  ans,  le  texte  dont  il  est  ici  question  serait  en  écri- 
ture du  xve  siècle  et  commencerait  par  les  mots:  Is  iiivr  inl  ogiach,  et  non 
par  Rî  crodha,  comme  le  ms.  publié  dans  The  Gaeï. 

Dans  la  même  revue,  même  volume,  p.  104,  on  lit  que  le  professeur  Kuno 
Meyer  a  fait  dernièrement  une  leçon  d'un  intérêt  très  grand  à  Dublin, 
dans  la  dernière  assemblée  de  la  Société  nationale  de  littérature.  Le  savant 
conférencier  a  dit  que  la  littérature  irlandaise  était  la  plus  ancienne  des  lit- 
tératures modernes  de  l'Europe.  Les  Irlandais  possédaient  un  vigoureux 
système  de  tradition  orale  longtemps  avant  qu'aucun  effort  eût  été  fait  pour 
fixer  par  écrit  ces  traditions.  Ce  fut  grâce  à  la  connaissance  de  l'alphabet 
romain  et  à  l'Introduction  du  christianisme  que  pour  la  première  fois  on  se 
mit  à  écrire  les  textes  littéraires  irlandais.  M.  Kuno  Meyer,  après  avoir  rap- 
pelé la  terrible  et  déplorable  destruction  d'une  partie  notable  des  mss.  irlan- 
dais par  les  Danois,  ajouta  :  «  Ce  fut  l'influence  irlandaise  et  l'exemple 
«  irlandais  qui  fit  comprendre  aux  moines  anglo-saxons  la  valeur  de  leur 
«  littérature  nationale  et  qui  leur  apprit  à  la  conserver.  »  L'Angleterre  de- 
vrait donc  —  indirectement  ■ —  à  l'Irlande  son  Bcoivnlf. 

III. 

Revue  Archéologiq.ue,  3e  série,  t.  XXXVI  (livraison  de  janvier  1900), 
p.  66-74,  j'ai  exposé  avec  quelques  développements  une  thèse  dont  j'ai  parlé 
déjà  dans  la  Revue  Celtique,  t.'XIX,  p.  245-250;  t.  XX,  p.  89-90,  369-370, 
374,  575.  Cette  thèse  est  que  les  sujets  celtiques  représentés  par  les  bas- 
reliefs  gallo-romains  du  musée  de  Cluny  appartiennent  à  la  vieille  légende 
irlandaise  du  héros  Cûchulainn  et  du  taureau  de  Cooley,  qui  est  la  septième 
forme  d'un  personnage  mythologique,  c'est-à-dire  d'un  pâtre  des  dieux. 
Cet  animal  mythique  s'appelle  :  1°  tarb  =  tarvos  «  taureau  »  dans  le  Lebor 
na  hUidre  ;  2°  do)id  pour  *  dont!  zizz  domio-s-,  «  brun  »  et  «  roi  »  3,  dans  le 


I  .   Essai  d'un  catalogue  de  la  littérature  épique  de  l'Irlande,  p.  45,  115,  M  S. 

2.  Whitlev  Stokes,  Urkeltischer  Spracbschat^.  p.   152. 

3.  Dans  le  glossaire  d'O'Davoren,  Whitley  Stokes,  Tbree  irish  glossaries 
p.  77,  donn  a  plusieurs  sens:  un  premier  est  nasal  no  britheni  no  ngb,  «  noble, 
juge  ou  roi  «  ;  un  second  est  jlaitbeinniis  «  autorité,  noblesse  »,  forme  abs- 
traite du  sens  précédent;  un  troisième  est.gait  «  vol  »,  probablement  parce 
que  dans  le  second  des  chapitres  qui  vont  être  cités,  et  dont  le  titre  irlandais 
dans  le  Lebor  na  hLTidre,  p.  70,   col.  i,  commence  par  les  nwtf,  Jagha il  in 


2  54  Périodiques. 

Livre  de  Leinster.  On  peut  à  ce  sujet  comparer  dans  ces  deux  mss.  les  deux 
chapitres  du  Tain  hô  Cûailngi  que  M.  St.  H.  O'Grady  a  intitulés,  l'un  :  The 
hrown  bull  and  the  Morrigii  «  le  taureau  brun  et  la  déesse  Morrigu  » 
(^The  CuchiilUn  Saga,  p.  157),  l'autre,  The  finding  oj  the  brown  bull  «  la  trou- 
vaille du  taureau  brun  »  (ibid.,  p.  163)  '.  Dans  le  Lebor  na  hUidre,  p.  64, 
col.  2,  1.  31,  41  ;  p.  70,  col.  I,  1.  30,  32,  35,  47,  le  mystérieux  animal 
s'appelle  au  nominatif  et  à  l'accusatif  tarh  =  lanio-s,  au  génitif  tairb  =:  *lar- 
iji.  Dans  le  Livre  de  Leinster,  p.  69,  col.  i,  1.  12,  17,  29,  31,  34;  p.  73, 
col.  2,1.  4,  17,  nous  trouvons  dond  =  domios,  au  génitif  duind  r=  *donm, 
au  datif  dund  =  *donnii.  Les  deux  noms  sont  réunis  dans  le  nom  propre  de 
personne  gaulois  Donno-taitrits,  ainsi  écrit  par  César  pour  *  Douiio-tarvos. 

Suivant  moi,  la  légende  de  ce  taureau  brun  est  d'origine  continentale,  et 
a  été  portée  en  Grande-Bretagne  par  la  conquête  belge,  vers  Tan  200 (?) 
av.  J.-C,  puis  de  Grande-Bretagne  en  Irlande  par  les  Menapii  et  les  Bri- 
gantes  (\\i\  sont  venus  s'établir  dans  la  région  sud-ouest  de  l'île,  comtés  de 
Wexford  et  de  Wiklow,  à  une  date  probablement  antérieure  à  l'ère  chré- 
tienne. L'existence  de  cette  légende  sur  le  continent  est  attestée,  non  seule- 
ment par  les  monuments  de  la  sculpture,  mais  aussi  par  les  noms  de  per- 
sonnes et  de  lieu  qui  reproduisent  le  nom  du  taureau  mythologique.  J'en 
ai  cité  plusieurs. 

Ajoutons  en  commençant  par  le  layb  =  laruos  du  Livre  de  Leinster  : 
[o  Booyita^ooç,  nom  d'un  roi  galate  (Holder,  Altceltischer  Sprachschat-,  t.  I, 
col.  620-621),  c'est  probablement  la  notation  grecque  d'un  nom  d'homme 
gaulois  Brogi-taruo-s,  «  taureau  du  pays  »,  exprimant  la  même  idée  que 
tarb  in  choicid,  «  taureau  de  la  province  »,  formule  employée  pour  dési- 
gner le  roi  d'Ulstcr  Conchobar  dans  le  Longes  mac  n-Vsnig  (Windiscli, 
Irische  Texte,  t.  I,  p.  72,  1.  17);  2°  Tarv-csscditni  ou  Tarvcsedc,  sur  la  route 
de  Milan  à  Augsbourg  (Table  de  Peutinger,  Itinéraire)  cf.  Taooj3ooj;j., 
Tarveduin,  au  nord  de  la  Grande-Bretagne  (Ptolémée,  II,  m,  i).  Tarves- 
sediivi  ou  Tarvesedc  paraît  signifier  «  siège,  habitation  du  taureau  »  :  ce  serait 
l'indice  d'une  localisation  continentale  de  la'légende  antérieure  à  la  locali- 
sation en  Irlande.  Tarvedum,  corruption  de  Tarvo-scdiini,  conserverait  la 
trace  d'une  autre  localisation  en  Ecosse. 

Du  tarvos  =  iarb  (Lebor  na  hUidre),  passons  au  Dond  =  Donnos  du 
Livre  de  Leinster.  Donnos  est  le  nom  d'un  roi  (sur  ce  nom  et  ses  dérivés, 
voir  V{o\à&x,  AltceUischer  Sprachschati,'x.  I,  col.  1 305-1 307),  père  du  fameux 
Cottius  qui  donna  son  nom  aux  Alpes  Cottiennes,  province  de  la  Gaule 
inéridionale.  On  peut  y  comparer  le  nom  d'une  rivière  d'Irlande  au  comté 
de  Wexford,  Mo'-oovvo;,  chez  Ptolémée,  II,  11,  "]-,  cours  d'eau  voisin  de  la 
ville  appelée  Mava-!a,  du  nom  belge  des  Menapii,  cette  rivière  est  proba- 


tairb,  le  taureau  étant  trouvé  est  volé  ;  ce  troisième  sens  apparaît  dans  An- 
cient  Laivs  oJ  Ireland,  t.  Il,  P-  228,  1.  7.  Quant  à  la  traduction  «  brun  », 
voyez  Windisch.  Irisclie  Texte,  t.  I,  p.  49S. 

1.  Cf.  H.  Zimmer,  dans  la  Zeitschrift  deKuhn,  t.  XXMII,  p.  450,  453. 

2.  Je  dois  cette  hypothèse  à  M.  J.  Rhys. 


Pcriod'ujiics.  2^5 

blcment  identique  à  la  Slancy  moderne  (Holder,  t.  II,  col.  605).  Mo  est  un 
préiixc  des  noms  de  personnes  étudié  par  M.  Zimmer  {Zeitschrijl  de  Kuhn, 
t.  XXXII,  p.  180  et  suivantes).  Nous  avons  en  France  un  grand  nombre  de 
noms  de  lieu  tirés  de  noms  de  personnes  et  de  noms  de  saints  héritiers  des 
dieux  dans  l'onomastique  géographique.  A  un  autre  point  de  vue,  en  Ir- 
lande, Mo-doniios,  nom  du  mythique  taureau  brun,  devenu  le  nom  d'une 
rivière,  est  le  pendant  de  Uo'jo'j'mx,  Bn-viiida,  Boii-vimla,  «  vache  blanche  », 
nom  d'une  autre  rivière  d'Irlande  aujourd'hui  Boyne  '  ;  Bou-vinda,  «  vache 
blanche  »,  c'est  la  déesse  de  la  guerre  Môrrigu  sous  une  des  formes  qu'elle 
prend  pour  combattre  le  héros  Cûchulainn  qui  a  rejeté  ses  avances  2. 

Le  taureau  de  Cooley  qui  a  pour  père  un  dieu  et  pour  mère  une  vache 
(Windisch,  Iriidv  Tcxlc,  t.  III,  p.  250  et  suivantes)  semble  être  une  va- 
riante et  du  taureau  merveilleux,  donné  par  Poséidon  à  Minos,  et  du 
monstre,  homme  et  taureau,  le  Minotaure,  né  d'une  femme  et  de  ce  taureau 
d'origine  divine.  Ce  monstre,  le  Minotaure,  est  romain  en  même  temps  que 
grec,  il  a  orné  les  primitives  enseignes  de  l'armée  romaine  5.  Il  a  donc  existé 
probablement  une  vieille  légende  gréco-italo-celtique  du  taureau  divin  ; 
de  cette  légende  nous  coimaissons  plusieurs  formes,  l'une  celtique,  d'autres 
grecques  4;  la  forme  latine  n'a  pas  été  conservée:  voir  cependant  la  légende 
de  Cacus.  (Bréal,  Mélanges  de  Mythalogie,  p.  41 .) 

Livraison  de  mars-avril.  —  Mémoire  de  M.  G.  Chauvei  sur  Vovum  aii- 
gninuiu  des  druides  (Pline,  XXIX,  52),  cf.  ci-dessus,  S.  Reinach,  p.  131. 
Suivant  l'auteur,  un  oursin  fossile  trouvé  dans  le  tertre  du  Poiron  (Deux- 
Sèvres)  serait  Vovinii  aiignliimii  celtique. 

IV. 

Ri-vue  d'histoire  et  de  littér.\ture  religieuse,  t.  V,  n"  2.  —  Notes 
bibliographiques  très  intéressantes,  exactes  et  complètes  de  M.  Georges 
Dottin  sur  l'ancienne  littérature  chrétienne  de  l'Irlande:  1°  Canons  et  règles 
ecclésiastiques,  2°  liturgie,  5'^  martyrologes,  4°  vies  de  saints,  5°  sermons 

I  .  Ptolémée,  II,  11,  17.  Cf.  luis  bon  findae  k  iiisiila  vitiûac  alhae  »,  Bcde, 
Hisloiia,  IV,  4;  Jovce,  Jrisb  naines  oj  Places,  Réédition,  p.  167. 

2.  Saiimisc  fiud,  dans  Tain  bô  Regamna,  Windisch,  Irische  Texte,  t.  II,  se- 
conde partie,  p.  247.  Le  Tdin  bô  Ciiailnge  dans  hleçon  du  Lebor  na  hUidre, 
p.  74,  col.  2,  1.  1-2,  indique  une  couleur  différente,  le  rouge  :  ir-richt  sa- 
inaisci  indile,  derce.  Mais  la  leçon  adoptée  dans  le  Livre  de  Leinster  faisait 
blanche  la  vache  divine  ;  cette  leçon  nous  est  connue  par  le  ms.  add.  18748, 
traduit  par  M.  St.  H.  O'Grady,  The  Ciichullin  Saga,  p.  166:  a  while  redeared 
heifer.  Le  Livre  de  Leinster  offre  ici  une  lacune  comblée  par  le  ms.  add.  18748. 

3  .  Romanis  eam  (aquilam)  legionibus  C.  Marins  in  secundo  consulatu 
suo  (av.  J.-C.  104)  proprie  dicavit.  Erat  et  antea  prima  cum  quatuor  aliis  : 
lupi,  minotauri,  equi  aprique  singulos  ordines  anteibant.  Pline,  1.  X.  §  16. 

4 .  Sur  la  forme  de  taureau  revêtue  par  Zeus  à  Argos,  voir  Helbig,  chez 
Roscher,  Aiisfilhrlicbes  Lexicoti  dcr griechischcn  inid  roemischcn  Mythologie,  t.  II, 
col.  301 1.  Zeus  sous  forme  de  taureau  enlève  Europe,  voirie  même  auteur 
//'/(/.,  t.  I,  col.  1409-1418. 


256  Périodiques. 

et  homélies,  6°  gloses  et  commentaires  de  la  Bible,  7°  prophéties  et  visions, 
8°  poèmes  religieux. 

V. 

Il  a  existé  pendant  dix-neuf  ans,  de  1865  à  1884,  un  journal  hebdoma- 
daire breton,  Feiz  ha  Bfeiz  ;  des  prêtres  bretons  ont  eu  Tidée  de  ressusciter 
ce  périodique,  mais  en  le  faisant  paraître  seulement  tous  les  deux  mois.  J'ai 
entre  les  mains  le  premier  numéro.  Les  auteurs  désirent  avant  tout  réformer 
l'orthographe  bretonne. 

Premier  point  :  le  père  Maunoir,  dans  soii  Sacré  Collège  de  Itsus,  en  1659, 
a  introduit  l'usage  de  distinguer  du  ch  français  par  une  apostrophe  la  gut- 
turale spirante  bretonne  c'h.  La  grammaire  comprise  dans  cet  ouvrage 
donne,  p.  2,  la  règle  dont  il  s'agit. 

Cette  distinction  n'existe  pas  dans  la  plus  ancienne  édition  que  j'aie  pu 
me  procurer  du  Dictionnaire  et  colloques  français  (sic)  et  hreloti  (sic)  de  Q.uiquer, 
Caen,  1653  ',  ni  même  dans  celle  de  Morlaix,  1662;  mais  elle  a  pénétré 
dans  celle  de  1717,  intitulée:  Nouveau  dictionnaire  et  colloque  français  et 
breton,  et  dont  Qiiiquer  n'est  pas  l'auteur. 

Les  auteurs  de  Fei:^  ha  Brei::^  prétendent  revenir  sur  ce  point  à  l'ortho- 
graphe de  Quiquer  ;  ils  la  préfèrent  à  celle  de  Maunoir.  Je  ne  puis  être  de 
leur  avis. 

Une  autre  question  que  ces  Messieurs  agitent  est  de  savoir  s'il  est  à  propos 
de  conserver  l'usage  établi  par  Le  Gonidec  de  représenter  en  toute  position 
par  k  la  gutturale  sourde.  Maunoir  ne  faisait  pas  usage  du  k,  usité  jadis  à 
Rome,  seulement  devant  la  lettre  a,  kalcndae  par  exemple;  il  employait  or- 
dinairement c  devant  a,  a,  11,  et  devant  les  consonnes,  qu  toujours  devant 
e,  i,  et  quelquefois  devant  a.  La  nouvelle  orthographe  consisterait  à  mettre 
c  devant  a,  0,  u  et  devant  les  consonnes,  k  devant  e  et  /.  Je  ne  vois  pas 
pourquoi  abandonner  l'orthographe  moins  compliquée  de  Le  Gonidec.  Le 
prétexte  est  que  k  est  une  lettre  allemande,  mais  elle  existait  à  Rome  dès 
les  temps  les  plus  anciens,  et  avant  Le  Gonidec  elle  était  usitée  en  breton 
dans  kaer,  ker  «  habitation  )>. 

Autre  question. 

Suivant  les  auteurs  de  Feii  ha  Breii,  on  devrait  suivre  en  pays  breton  la 
méthode  du  frère  Constantius  ;  en  d'autres  termes,  un  maître  qui  a  devant 
lui  de  petits  Bretons,  complètement  ignorants  du  français,  ferait  bien  de 
prendre  le  breton  pour  point  de  départ  de  son  enseignement.  Pour  un  grand 
nombre  de  mots  bretons  appartenant  à  la  langue  usuelle  l'enfitnt  qui  sort 
de  l'école  est  incapable  de  trouver  l'équivalent  français.  Ces  Messieurs  citent 
un  seul  exemple,  rastel,  en  français  «  râteau  ».  Ils  auraient  pu  choisir  un 
mot  un  peu  plus  celtique;  rastel  est  d'origine  latine,  c'est  le  substantif  latin 
rastellus,  d'où  vient  également  le  français  râteau  (Hatzfeld,  Darmesteter  et 

I.  Cette  édition  me  semble  identique  à  celle  de  Morlaix,  1626;  Brune, 
Manuel  du  libraire,  t.  IV,  p.  1032-1035;  Bibliothèque  nationale,  réserve, 
X,  2054. 


Périodiques.  257 

A.  Thomas,  Dictionnaire  général  de  la  langue  jrançaise,  t.  II,  p.  1875).  En 
tlicorie,  la  thèse  des  auteurs  de  Fci^  ha  Brei\  peut  être  rationnelle.  Dans 
l'enseignement  secondaire  on  a  abandonné,  et  non  sans  bonnes  raisons,  je 
crois,  le  sj-stéme  des  anciens  pédagogues,  notanmient  des  Jésuites,  qui  pré- 
tendaient se  servir  exclusivement  de  la  langue  latine  pour  enseigner  le  latin 
aux  enfants.  Ce  système,  considéré  fort  justement  comme  absurde  dans 
l'enseignement  secondaire  classique  actuel,  est  en  vigueur  dans  les  écoles 
primaires  de  la  Bretagne  bretonnante,  quand,  devant  des  élèves  qui  ne  savent 
pas  un  mot  de  français,  c'est  exclusivement  en  français  que  le  maître  donne 
et  doit  donner  son  enseignement.  Mais  une  pratique  différente  est-elle  pos- 
sible ?  N'habitant  pas  la  Bretagne,  je  ne  puis  me  prononcer. 

VI. 

PUBLICATIOXS   OF   THE    MODERN    LaNGUAGE    ASSOCIATION'    OI-    A.MERICA, 

vol.  XV,  no  2,  Baltimore,  1900.  —  Mémoire  de  M.  William  Henry  Scho- 
field,  instnictor  à  l'Université  d'Harvard,  sur  les  lais  de  Gracient  et  de  Lan- 
val,  deux  rédactions  du  même  thème,  et  sur  la  légende  de  Wayland  dans  un 
poème  moyen-haut-allemand  du  xive  siècle,  dont  Friedrich  von  Schwaben 
est  le  principal  héros  '.  Suivant  M.  Schofield,  la  légende  de  Gracient  et  de 
Lanval  est  d'origine  celtique.  Des  deux  formes  du  thème,  l'une  dans  le  lai 
de  Graelent,  l'autre  dans  celui  de  Lanval,  la  seconde  nous  conserve  la  plus 
ancienne  rédaction,  et,  si  l'on  veut  remonter  plus  haut,  il  faut  lire  un  texte 
irlandais,  le  Noinden  Ulad  (Revue  Celtique,  VII,  225-230).  L'auteur  connaît 
tous  les  travaux  les  plus  récents,  dont  la  littérature  épique  irlandaise,  celle 
du  pays  de  Galles,  et  les  romans  de  la  Table  Ronde  ont  été  l'objet  ;  les 
noms  de  MM.  Paris,  J.  Loth,  F.  Lot,  Zimmer,  LaBorderie,  etc.,  se  trouvent 
souvent,  soit  dans  le  texte,  soit  en  note  au  bas  des  pages. 

VII. 

Annales  de  Bretagne,  t.  XV,  no  3,  avril  1900. 

Les  articles  suivants  concernent  les  études  celtiques  : 

10  Études  sur  Merlin  par  M.  F.  Lot  :  d'abord  analyse  de  la  J'ita  Mrriiui, 
composée  au  xiF  siècle  par  Gaufrei  de  Monmouth  ;  ensuite  recherches  sur 
les  sources  de  cette  vie.  Cet  article  fort  bien  fait  sera  continué  dans  la  li- 
vraison suivante.  Un  tirage  à  part,  qui  a  paru  déjà,  contient  la  portion  que 
les  abonnés  des  Annales  liront  dans  le  prochain  numéro. 

20  Suites  des  «  Recherches  dialectales  bretonnes  »  deM.  |.  Loth;  savoir: 

A)  Répertoire  alphabétique  de  mots  empruntés  aux  non:s  de  lieu  de  Beuzec- 
Cap-Sizun,  Finistère,  arrondissement  de  Qiiimper,  canton   de  Pont-Croix; 

B)  Noms  d'homme  et  noms  de  lieu  de  Plogoff,  mêmes  département,  arron- 
dissement et  canton  ;  les  noms  d'homme  forment  une  première  liste,  les 

I .  Voyez  H.  Paul,  Grundriss  dcr  Gcrnianischen  Pliilologic,  v^  édition,  t.  II, 
p.  20,  59,  60,  356  ;  2^:  édition,  t.  III,  p.  643. 


258  Pci'iodiqncs. 

noms  de  lieu  une  seconde  liste,  l'une  et  l'autre  par  ordre  alphabétique.  Les 
deux  parties  A)  et  B)  de  cet  article  sont  également  intéressantrs  pour  l'his- 
toire du  dialecte  breton  de  Cornouaille,  c'est-à-dire  de  l'ancien  évêché  de 
Quimper  où  Beuzec-Cap-Sizun  et  Plogofï  étaient  compris. 

30  La  chanson  d'Hervé  Le  Jolie,  deux  rédactions,  provenant  de  la  col- 
lection Penguern,  publiées  et  traduites  par  M.  Pierre  Le  Roux. 

M.  Planiol  termine  dans  cette  livraison  son  édition  de  la  «  très  ancienne 
coutume  de  Bretagne  ».  La  même  livraison  contient  la  première  feuille  du 
«  Lexique  étymologique  du  breton  moderne  »  composé  par  M.  V.  Henry  et 
dont  le  tirage  à  part,  déjà  terminé,  est  annoncé  plus  haut,  p.  236.  Les 
feuilles  suivantes  seront  données  comme  appendices  aux  prochaines  livrai- 
sons des  «  Annales  de  Bretagne  ». 

A  la  première  page  de  cette  livraison  M.  F.  Lot  parle  de  Macpherson  et 
de  La  Villemarqué,  puis  il  ajoute  en  note:  «  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  si 
«  indulgent  pour  le  dernier,  se  montre  pour  le  premier  d'une  sévérité  qui 
«  va  jusqu'à  l'injustice  ».  De  cette  appréciation  il  résulte  que  la  question 
dont  il  s'agit  dans  celte  note  n'est  pas  connue  de  M.  Lot  aussi  bien  que  l'his- 
toire du  cycle  arthurien  et  de  la  Table  Ronde. 

C'est  en  1762  qu'a  paru  le  volume  in-4  intitulé:  FIXCJAL  |  a\  \  AN- 
CIEN!" EPIC  POEM  I  In  SIX  books  \  Together  with  severai  other  poems, 
composed  by  |  OSSIAN  the  Son  of  FINGAL,  |  iranslated  from  the  Galic 
L.\NGU.\GE,  I  By  JAMES  MACPHERSON.  |  Fortia  jacta  palriim.  Virgil. 
Au-dessous,  dans  une  vignette,  on  voit  le  vieux  poète  Ossian  assis,  avec  sa 
harpe  derrière  lui,  sous  un  arbre  ;  il  parait  chanter  ou  déclamer  ses  vers.  A 
sa  droite,  une  jeune  femme  debout,  le  sein  nu,  l'écoute  ou  l'inspire  ;  dans 
le  fond,  au  milieu  d'un  nuage,  apparaissent  cinq  personnages  imberbes 
dont  le  premier  porte  un  bouclier  rond.  Sur  la  page  suivante  on  lit  un  aver- 
tissement qui  débute  ainsi  :  «  Le  traducteur  »,  dit  Macpherson,  «  croit  né- 
«  cessaire  de  faire  connaître  au  public  les  raisons  qui  l'ont  décidé  à  renoncer 
«  à  son  projet  de  publier  les  originaux.  (Quelques  hommes  de  génie  qu'il  a 
«  l'honneur  de  compter  parmi  ses  amis  lui  ont  conseillé  d'ouvrir  une  sous- 
«  cription  pour  une  édition  complète  des  originaux;  c'était,  suivant  eux,  le 
«  meilleur  moyen  de  satisfaire  le  public  en  lui  démontrant  l'authenticité  de 
«  ces  originaux.  Il  a  fait  appel  au  public,  il  n'a  pas  trouvé  de  souscripteurs, 
c<  il  en  conclut  le  jugement  du  public  :  le  public  ne  considère  comme  né- 
«  cessaire  ni  la  publication  des  originaux,  ni  le  dépôt  de  copies  manuscrites 
«  dans  une  bibliothèque  publique.  Cependant  le  projet  existe  de  mettre  les 
c(  originaux  sous  presse  aussitôt  que  le  traducteur  aura  eu  le  temps  de  les 
«  copier;  et,  si  cette  publication  n"a  pas  lieu,  des  copies  seront  déposées 
«  dans  une  bibliothèque  publique  pour  éviter  la  perte  de  si  anciens  monu- 
«  ments  du  génie.  » 

Voilà  ce  que  Macpherson  écrivait  en  1762;  il  nientait  alors:  il  savait  le 
gaélique,  il  connaissait  la  littérature  gaélique;  ses  originaux  n'existaient 
point  ;  ou,  s'ils  existaient,  ils  étaient  fort  différents  de  la  traduction. 

Il  est  mort  en  1796  sans  avoir  publié  ses  originaux,  sans  en  avoir  déposé 
des  copies  dans  une  bibliothèque  publique. 


Périodiques.  259 

Mais  après  son  décès  on  a  trouve  dans  ses  papiers  une  traduction  faite  par 
lui  en  gaélique  de  son  texte  anglais  ;  elle  a  été  publiée  en  trois  volumes 
avec  traduction  latine  en  regard  en  1807  :  the  j  POEMS  OF  OSSIAN 
IN  I  THE  ORIGINAL  GAELIC  |  with  a  |  LITTER4L  TRANSLATION 

INTO    LATIN  I   BY    THE    LATE   THOMAS    MACFAFLANE,    A.     jM.    |  TOGETHER 

WITH  I  A    DISSERTATION    ON    THE    AUTHENTICITY  |  OF   THE 

POEMS,   1   UY  SIR  JOHN  SINCLAIR,    BART,   | ]  l'UBLISHED  UNDER  THE 

SANCTION  OE  THE  HIGHLAND   |  SOCIETY  OF  LONUON,    3  Vol.  in-8.   On  VOit  en 

regard  un  portrait  d'Ossian  ;  Ossian  a  sur  l'épaule  un  fragment  d'armure 
dans  le  style  du  xvie  siècle.  Remarquons  bien  les  mots  par  lesquels  le  titre 
se  termine  :  undcr  the  sanction  of  the  Higtiland  Society  of  London  :  la  Société 
des  Hautes  Terres  de  Londres  garantit  l'authenticité  des  poèmes  gaéliques 
de  Macpherson.  C'est  une  réplique  médiocrement  adroite  à  la  déclaration 
faite  alors  tout  récemment  par  une  autre  Société  des  Hautes  Terres,  celle 
d'Ecosse,  qui,  sans  avoir  son  siège  dans  une  aussi  grande  ville  que  Londres, 
était  la  seule  compétente  en  la  question. 

Eneifet,  deu.sans  avant,  en  180S,  avait  paru  :  REPORT  |  oi-  the  |  COM- 
MITTEE    OF   THE    HIGHLAND    SOCIETY  |  oe  |  SCOTLAND,  \  ap- 

POINTED   TO     INQUIRE    INTO    THE   NATURE    AND  |   AUTHENTICITY     OF    THE  | 

POEMS  OF  OSSIAN.  |  — drawn  up,  according  to  the  directions  of 
THE  CO1MMITTEE,  I  BY  I  HENRY  MACKENZIE,  Esa.  |  rrs  convener  or 
chairman.  De  ce  rapport,  que  résulte-t-il  ?  Il  en  résulte  que  dans  la  publi- 
cation de  Macpherson  les  textes  originaux  sont  odieusement  altérés.  Ce  qui 
rend  cette  situation  particulièrement  grave,  c'est  qu'en  1723  avait  paru  à 
Londres  et  à  Dublin  une  traduction  anglaise  de  Keating,  Foras J'easa  ar  Eiriii, 
où  la  vieille  épopée  irlandaise  est  fidèlement  analysée.  On  a  écrit  quelque 
part  que  je  ne  connaissais  pas  le  rapport  dont  je  viens  de  reproduire  le  titre; 
il  y  a  longtemps  que  je  l'ai  dans  ma  bibliothèque;  on  y  lit,  première  partie, 
p.  1 52  :  The  poenis  and  fragments  of  poenis  ivlnch  theCoinniitlce  has  been  able  to 
procure,  contain,  as  -will  appear  froni  the  article  in  the  appeudix,  N"  15.  already 
nientioned,  often  the  substance,  and  sotnetitnes  alniost  tlje  literal  expression  (Jhe 
ipsissima  verba),  of  passages  given  by  Mr  Macpherson,  in  tlie  poenis  of  which  he 
has  published  the  translations.  But  the  coinîiiittee  has  not  been  able  to  obtain  any 
one  poent  the  saine  in  titlc  and  ténor  zvith  the  poenis  published  by  hini.  It  is  iii- 
clined  to  believe  that  he  was  in  use  to  sitpply  chasuis,  and  to  give  connection,  by 
inserting  passages  ivhich  he  did  iiol  find,  and  to  add  what  he  conceived  to  be  di- 
gnity  and  delicacy  to  the  original  composition,  b\  striking  ont  passages,  by  sojte- 
ning  incidents,  by  refining  the  language,  in  short  by  changing  ivhat  he  considered 
as  toc  simple  or  too  rude  for  a  modem  car,  and  elevating  what  inhis  opinion  was 
beloîu  the  standard  of  good  poetry.  Tel  est  sur  Macpherson  le  jugement  émis 
après  enquête  par  le  comité  de  la  Highland Society  d'Ecosse  en  1805.  Je  viens 
de  reproduire  le  texte  anglais  qui  est  la  condamnation  formelle  de  Mac- 
pherson ;  j'insisterai  sur  les  termes  de  cette  condamnation  :  après  avoir 
constaté  que  dans  les  poèmes  gaéliques  originaux  il  y  a  souvent  la  substance 
de  ceux  de  Macpherson,  quelquefois  même  exactement  les  paroles  qu'on  lit 
chez  lui,  l'auteur  du  rapport  constate  que  le  comité  n'a  pu  trouver  aucun 


26o  Périodiques. 

poème  identique  ni  quant  au  titre  ni  quant  au  sens.  Le  comité  penche  à 
croire  que  l'iiabitude  de  Macpherson  était  de  combler  les  lacunes  et  d'établir 
des  liaisons  en  insérant  des  passages  que  la  tradition  ne  lui  avait  pas  fournis, 
d'ajouter  ce  qu'exiggiit  suivant  lui  la  dignité  et  la  délicatesse  de  la  compo- 
sition originale,  telle  qu'il  la  concevait;  en  conséquence  il  supprimait  certains 
passages,  il  adoucissait  tels  ou  tels  incidents,  il  donnait  plus  d'élégance  au 
langage,  en  un  mot  il  changeait  ce  qu'il  considérait  comme  trop  simple  ou 
trop  rustique  pour  une  oreille  moderne  et  il  relevait  le  ton  de  ce  qui  lui 
semblait  au-dessous  du  niveau  de  la  bonne  poésie.  C'est  à  ces  procédés  qu'il 
a  dû  son  merveilleux  succès  près  de  ses  contemporains  ravis  et  trompés. 

Le  Bar~as  ou  Bar~a:^  Brei\^  a  eu  moins  d'influence;  il  a  dû  sa  très  mo- 
deste fortune  à  l'emploi  de  procédés  identiques,  mais  dans  quelle  mesure 
La  Villemarqué  en  est-il  responsable,  quel  est  le  véritable  auteur  du  Burias- 
Breii?  Aujourd'hui  que  La  Villemarqué  est  mort,  je  crois  pouvoir  sans  in- 
convénient parler  nettement  et  exposer  catégoriquement  quelle  a  été  la  genèse 
de  ce  livre. 

En  1856,  Emile  Souvestre  faisait  paraître  en  quatre  volumes  in-8,  à  la  li- 
brairie Charpentier,  un  ouvrage  dont  le  titre  est  :  «  Les  derniers  Bretons  ». 
Dans  la  première  édition,  t.  I^r,  p.  xlvi,  on  trouve  les  lignes  suivantes  re- 
produites dans  l'édition  de  1866,  t.  I,  p.  xvii  :  «  Dans  la  seconde  partie  ... 
«  j'ai  fait  connaître  les  poésies  populaires  des  Bretons.  Les  poésies  populaires 
«  d'une  race  sont  toute  sa  religion,  toute  sa  civilisation,  toute  son  âme  ; 
«  c'est  pour  elle  ce  qu'est  la  parole  pour  l'enfant,  une  révélation  naïve  et 
«  complète.  » 

Si  l'on  se  reporte  à  l'édition  de  1S56,  on  voit  que  le  chapitre  intitulé 
«  poésies  chantées  »  se  trouve  au  second  volume,  p.  153-329. 11  occupe  dans 
l'édition  de  1866  les  pages  154-205  du  tome  I^r. 

Ce  chapitre  contient  la  traduction  de  plusieurs  pièces  insérées  plus  tard 


I .   II  y  a  eu  trois  éditions  du  Bardas  ou  Bar-^a~  Brei:;^. 

La  première,  intitulée  Bardas  Brci:^,  a  paru  sous  deux  dates  :  i"  1859, 
20  1840,  avec  simple  changement  de  titre.  Le  titre  de  1839  indique  Char- 
pentier comme  libraire.  Le  titre  de  1840  réunit  à  la  qualification  de 
deuxième  édition  la  mention  des  trois  libraires  Delloye,  Crozet  et  Téchener. 

La  seconde  édition,  intitulée  Bar:(aiBrcii,  porte  deux  dates,  1845,  1846. 
Sur  le  titre  de  1845,  on  lit  :  troisième  édition  et  le  nom  de  Delloye,  li- 
braire. Suivant  le  titre  de  1846  cette  seconde  édition  est  la  quatrième  et  on 
y  voit  que  le  livre  est  en  vente  chez  le  libraire  Franck. 

Dans  chacune  de  ces  deux  éditions  le  Bai~i7-  Brci^  forme  deux  volumes. 

La  troisième  édition,  intitulée  aussi  Bai\a:^  Brei\,  n'a  qu'un  volume.  Il 
en  existe  deux  tirages;  tous  deux  sont  datés  de  1867  et  ont  paru  à  la  li- 
brairie Didier.  Le  premier  tirage  est  in-8  et  il  est  qualifié  de  sixième  édi- 
tion ;  le  second  tirage  est  in-12,  et  prétend  constituer  une  septième  édition. 

Voyez  H.  Gaidoz  dans  la  Revue  Celtique,  t.  V,  p.  306,  307  ;  t.  VII, 
p.  80-81.  La  soi-disant  deuxième  édition,  qui  n'a  de  nouveau  que  le  titre 
et  que  M.  Gaidoz  a  découverte  à  Dresde,  se  trouve  à  la  Bibliothèque  de 
l'Institut  de  France  sous  la  cote  Q.640  B. 


Périodiques.  261 

dans  le  Bar~as  Brei^.  Telles  sont  :  «  la  tête  de  mort  »,  Souvestre,  1836, 
t.  Il,  p.  215,  identique  à  Eiied  Rosporden,  Bardas  Brei^,  1839,  t.  I,  p.  249; 
«  Mariannic  »,  Souvestre,  1859,  t.  II,  p.  250;  1866,  t.  I,  p.  183,  identique 
à  «  l'orpheline  de  Lannion  »,  Bar:{as  Brei^,  1839,  t.  II,  p.  99;  «  l'héritière 
de  Kéroulaz»,  Souvestre,  1836,  t.  II,  265  ;  1866,  t.  I,  p.  187;  Bardas  Breii, 
1839,  t.  II,  p.  si;  —  La  «  fête  des  morts  »  dite  aussi  «  chant  des  âmes  », 
Souvestre,  1836,  t.  II,  p.  212;  1866,  t.  I,  p.  1J4;  Bardas  Birii,  1839,  t.  II, 
p.  307  ;  —  «  Le  paradis  »,  Souvestre,  1836,  t.  II,  p.  192  ;  1866,  t.  I,  p.  168  ; 
Bardas  Brci^,  1839,  t.  II,  p.  3  5  5  ;  —  enfin,  remarquons-le  bien  «  Les  deux 
frères  »,  Souvestre,  1836,  t.  II,  p.  246  ;  1866,  t.  I,  p.  182,  pièce  repro- 
duite avec  un  titre  différent  «  L'épouse  du  croisé  »  dans  le  Bardas  Brei:^, 
1839,  t.  I,  p.  113. 

La  cause  de  ce  changement  de  titre  est  la  doctrine  de  Souvestre  lui-même 
«  Les  derniers  Bretons  »,  édition  de  i8?6,  t.  II,  p.  246  : 

«  Le  ^w;- des  deux  frères  appartient  probablement  »,  dit-il,  «  au  temps 
«  des  croisades.  »^Et  en  note,  dans  l'édition  de  1866,  t.  I,  p.  182:  «  M.  de 
«  La  Villemarqué  a  fiiit  imprimer,  depuis  la  publication  des  Derniers  Bre- 
«  tons,  une  version  des  deux  frères,  dans  laquelle  se  trouvent  quelques 
«  strophes  que  nous  ne  connaissions  point  et  qui  prouvent  l'exactitude  de 
«  notre  supposition.  Nous  avons  ajouté  ces  strophes  à  notre  édition  en  les 
«  marquant  d'un  astérisque.  »  Les  nouvelles  strophes  sont  au  nombre  de 
sept,  dont  une,  la  seconde,  mentionne  la  croix  rouge  sur  l'épaule  des  gen- 
tilshommes. Le  héros  de  ce  guer:^  est  un  jeune  homme  nouvellement  marié 
qui  est  aussitôt  parti  pour  l'armée  et  qui,  revenant  au  bout  de  sept  ans,  re- 
trouve sa  femme  réduite  à  garder  les  moutons.  Ce  chiffre  de  sept  ans  se 
trouve  à  la  fois  dans  les  éditions  de  La  Villemarqué  et  dans  celle  que  Luzel 
a  donnée  en  1868. 

«  Pendant  sept  ans  la  jeune  femme  ne  fit  que  pleurer,  au  bout  de  sept  ans 
«  elle  se  mit  à  chanter'.  » 

Le  mari,  à  son  retour,  passant  près  du  troupeau,  la  reconnaît  à  sa  voix  : 
«Il  y  a  »,  dit-il,  aujourd'hui  sept  ans  que  je  l'entendis  pour  la  dernière 
«  fois  »,  ou  simplement  «  que  je  l'entendis  »,  suivant  qu'on  préfère  une  va- 
riante ou  l'autre.  On  aurait  tort  de  croire  qu'il  s'agisse  ici  du  service  mili- 
taire de  sept  ans  établi  en  France  par  la  loi  du  21  mars  1832.  La  chanson 
bretonne  peut  remonter  au  xviii'^  siècle,  même  à  la  seconde  moitié  du 
xviie.  C'est  un  arrangement  d'une  chanson  française  qui  en  France  et  hors 
de  France  a  eu  beaucoup  de  succès  et  où  la  période  de  sept  ans  apparaît 
aussi.  Dans  la  chanson  française,  comme  dans  la  chanson  bretonne,  la 
jeune  mariée  est  réduite  à  garder  des  bêtes.  Mais  l'auteur  de  son  malheur 

I .   Dans  le  Bar~as  Brci^,  édition  de  1839,  ^-  I»  P-  '  '*^' 
Bet  é  épad  seiz  bloa,  né  ré  nemed  wela  ; 
Enn  divez  ar  seiz  b!oa  n'em  lakaz  da  gana, 

Dans  Gu'cr:{iou  Brei^-fyl,  par  Luzel,  t.  I,  p.  198: 

Etro  pad  ur  seiz  vioaz  na  deuz  gred  met  goela. 
Admet  ar  seiz  vlo.iz,  'komans.Tz  da  gana. 


202  Périddiijiies. 

est  la  mère  de  son  mari,  la  belle-mère  de  cette  malheureuse  jeune  femme  ; 
ce  n'est  pas  comme  dans  la  chanson  bretonne  «  Guerz  des  deux  frères  »  le 
frèr2  de  son  mari,  le  beau-frère  de  cette  veuve  momentanée.  Je  tiens  ces 
renseignements  de  MM.  G.  Paris  et  Doncieux.  Quoi  qu'on  puisse  penser  de 
la  date  de  la  chanson  française,  la  chanson  bretonne  ne  remonte  pas  aux 
croisades,  elle  ne  peut  guère  être  antérieure  au  milieu  du  xvii<=,  comme 
M.  J.  Loth  l'a  établi  ci-dessus,  p.  235. 

Quand  en  1836  a  paru  la  première  édition  des  Derniers  Bretons,  M.  de 
La  Villemarqué,  né  en  181 5,  n'avait  que  vingt  et  un  ans.  L'idée  lui  vint 
d'exploiter,  d'une  façon  plus  com.plète  que  Souvestre,  la  mine  ouverte  par 
ce  littérateur  ;  il  pensa  y  parvenir  en  publiant  non  seulement  plus  de  pièces, 
cinquante-sept  au  lieu  de  vingt-neuf,  mais  en  joignant  aux  traductions  dont 
Souvestre  s'était  contenté  la  reproduction  des  textes  bretons. 

Malheureusement,  tié  et  élevé  en  ville,  il  ne  savait  pas  le  breton.  Com- 
ment s'y  prit-il  pour  donner  les  textes  originaux  et  pour  les  traduire  ? 

Il  y  a  une  version  courante,  et  à  peu  près  exacte.  Un  jour,  m'écrivait  le 
4  septembre  1867,  Le  Men,  archiviste  du  Finistère,  La  Villemarqué  avait 
à  déjeuner  chez  lui  Luzel  et  un  autre  écrivain  breton,  l'abbé  Henry,  aumô- 
nier de  l'hôpital  de  Quimperlé.  Voici  une  conversation  qui  eut  lieu  entre  eux  : 

Luzel.  —  «  J'ai  la  conviction  que  c'est  vous  qui  avez  composé  les  pièces 
«  anciennes  du  Bardai  Brei^.  On  ne  trouve  rien  de  semblable  dans  les  cam- 
«  pagnes.  Au  reste,  ce  sont  des  pièces  fort  bien  faites  qui  vous  feraient  hon- 
«  neur  si  vous  en  acceptiez  la  paternité.  » 

La  Villemarqué,  se  cachant  la  tête  entre  les  mains.  —  «  Ah  !  vous  me 
«  rendez  malade  en  me  disant  cela.  Rien  ne  peut  me  faire  plus  de  peine 
«  que  d'entendre  de  pareilles  choses.  » 

Luzel.  —  «  Que  voulez-vous?  C'est  ma  conviction.  Je  ne  puis  que  vous 
«  engager  à  dire  la  vérité  sur  cette  affaire.  » 

La  Villemarqué  montrant  un  vieux  meuble  restauré,  orné  de  figurines  et 
d'autres  sculptures.  —  «  Voyez-vous  ce  vieux  meuble  que  j'ai  fait  res- 
«  taurcr  ?  Eh  bien,  j'ai  fait  pour  le  Bardai  Brci:^  ce  que  j'ai  fait  pour  les  sta- 
«  tuettes  qui  le  décorent  (ce  meuble),  j'ai  mis  des  jambes  aux  unes,  des 
«  bras  à  d'autres... 

«  Et  des  têtes  aux  autres  »,  s'écria  l'abbé  Henry. 

C'était  en  1867.  Quand  vers  1836  le  jeune  La  Villemarqué,  élevé 
dans  un  milieu  français,  a  entrepris  de  publier  le  Bar'^as  Brei\,  le  breton 
était  pour  lui  une  langue  inconnue.  Comme  pour  réparer  son  vieux  meuble 
il  s'était  adressé  à  un  ébéniste,  il  lui  fallut  un  ouvrier  capable  de  mettre  au 
point  et  de  traduire  les  chansons  bretonnes,  et  cet  ouvrier,  le  véritable  au- 
teur du  Bar~as  Brei^,  ce  fut  l'abbé  Henry. 

Voici  un  extrait  d'une  lettre  que  Le  Men  m'écrivait  le  27  mars  1867  : 
«  Lorsque  M.  de  La  Villemarqué  a  eu  l'heureuse  idée  de  réunir  des 
«  chants  populaires  (idée  que  sa  mère  lui  avait  transmise),  il  ne  savait  pas 
o  le  breton.  Il  fit  un  appel  à  diverses  personnes  qui  y  répondirent  avec  em- 
«  pressement.  MM.  de  Penguern,  Prosper  Proux,  Madame  de  Saint-Prix, 
«  plusieurs    ecclésiastiques    lui  envoyèrent  des   chants  bretons  qui   furent 


Périodiques.  26^ 

«  remis  à  Tabbé  Henry,  aumônier  de  l'hôpital  de  Q.uimperlc,  homme  aussi 
«  modeste  que  savant  en  breton.  C'est  dans  l'officine  de  ce  brave  abbé  que 
>(  ces  chants  furent  soumis  cà  une  série  d'opérations  (redressement  des  vers 
«  boiteux,  remplacement  des  mots  trop  jeunes  par  d'anciens  mots,  réunion 
«  de  plusieurs  fragments  pour  faire  un  tout),  après  lesquels  ils  furent  jugés 
«  dignes  de  paraître  en  public.  » 

Le  !«'■  décembre  1867,  M.  Th.  de  Pompery,  alors  membre  du  Conseil 
général  du  Finistère,  et  qui  a  été  député,  écrivait  à  M.  Le  Men  une  lettre 
que  M.  Le  Men  m'a  communiquée  et  dont  j'ai  gardé  copie.  En  voici  un  ex- 
trait :  «  M.  de  Lavillemarqué  ne  savait  pas  un  mot  de  breton  à  l'époque  où 
«  il  a  publié  ses  chants  populaires.  Je  crois  que  lui  et  ses  collaborateurs, 
«  MM.  Proux,  l'abbé  Henry,  Penguern,  ont,  sinon  totalement  inventé,  [du 
«  moins]  beaucoup  rempli  ces  chants  héroïques  pour  les  besoins  de  la  cause. 
«  Je  crois  qu'ils  ont  forgé  des  mots  et  emprunté  à  FAlbanak  de  la  haute 
«  Ecosse,  au  mank  de  l'île  de  Man,  à  l'érinak  de  l'Irlande  pour  remédier  à 
«  la  pauvreté  du  bas  breton  et  donner  aux  chants  populaires  un  cachet  an- 
«  tique  et  un  caractère  savant.  » 

Après  avoir  reçu  la  lettre  de  M.  Luzel,  dont  je  donne  un  extrait  plus  haut, 
j'ai  écrit  à  l'abbé  Henry,  qui  sous  la  date  du  29  novembre  1867,  deux  jours 
avant  la  date  de  la  lettre  de  M.  Th.  de  Pompery,  m'a  répondu  par  une 
lettre  qui  est  à  mes  yeux  la  confirmation  des  dernières  assertions  de  Le  Men. 
Après  m'avoir  parlé  du  Catholicon  publié  par  Le  Men,  l'abbé,  passant  au 
Bai\as  Breil,  continue  ainsi  : 

«  J'affirme  aussi  :  1°  que  l'imagination  brillante  du  collectionneur  n'a  pu 
«  inventer  des  pièces  si  extraordinaires  ;  2°  que  sa  science  de  la  langue  bre- 
«  tonne  n'a  pas  pu  exprimer  la  belle  énergie  de  presque  tous  ces  chants 
«  historiques.  » 

«  A  nous  en  tenir  aux  Séries  ou  Gousperon  ar  raned\  comment  voulez- 
«  vous  que  M.  de  Lavillemarqué  l'ait  inventé,  puisqu'il  n'en  comprenait 
«  même  pas  les  paroles  ?  J'ai  été  témoin  de  son  embarras,  il  est  venu  plu- 
«  sieurs  fois  chez  moi  chercher  en  vain  le  fiât  lux.  » 

En  vain,  souligné  dans  l'original,  est  inspiré  par  un  excès  de  modestie  et 
par  la  reconnaissance  de  l'estomac. 

Et  l'abbé  Henry  continue  : 

«  Quand  il  [La  Villemarqué]  a  eu  recueilli  cette  pièce,  il  a  passé  un 
«  temps  considérable  à  l'étudier  et  à  lui  donner  une  interprétation  quel- 
«  conque.  Si  son  commentaire  Qisc:^  mon  commentaire)  n'est  pas  vrai,  libre 
«  à  de  plus  habiles  d'en  faire  un  autre.  Les  Bretons  d'aujourd'hui  chantent 
<■  volontiers  des  sons  qu'ils  ne  comprennent  pas  toujours,  mais  ils  ne  fe- 
«  raient  pas  un  couplet  sans  un  but.  Les  anciens  étaient  encore  plus  sérieux, 
«  et  les  chants  historiques  que  M.  Le  Men  attribué  à  M.  De  La  Villemarqué 
«  ont  été  composés  non  par  des  pa\s:ms,  piits  soucieux  de  simples  drames 
«  domestiques   que    des  grands  événements   de  Vlnstoire,    comme   le    prétend 


Bar}.a:^  Brei:^,  édition  de  1843,  t.  I,  p.  i-i  >  ;  édition  de  1867,  p.  112. 


264  Périodicfues. 

«.  ailleurs  M.  Le  Men,  mais  des  Bardes,  de  vrais  Bardes  exercés  à  ce  genre 
«  de  poésie. 

<f  Les  chants  populaires  que  va  faire  paraître  M.  Luzel  '  ne  seront  pas  des 
«  types  primitifs  des  chants  du  Bardai  Brcii,  mais  des  imitations  pour  la 
K  plupart  quant  à  la  forme.  » 

L'abbé  était  sous  l'empire  de  la  doctrine  d'Emile  Souvestre,  Les  dentiers 
Bretons,  édition  de  1836,  t.  II,  p.  207  ;  édition  de  1866,  t.  I,  p.  172  : 

«  Si  les  cantiques  sont  les  poésies  les  plus  populaires  de  la  Bretagne,  les 
«  g!ier:{  en  sont  incontestablement  les  plus  anciennes.  Quelques-uns  de  ces 
«  giieri  remontent  au  xiii*^  siècle  et  même  au  delà,  »  avait  dit  Souvestre. 

C'est  grâce  à  cette  antiquité  présumée,  c'est  grâce  à  une  croyance  naïve 
à  l'autorité  de  Souvestre  que  l'abbé  s'est  cru  autorisé  à  donner  aux  textes 
modernes  des  développements  quelquefois  prodigieux.  A  l'époque  où  tout 
le  monde  parlait  du  musée  Campana,  j'entendais  dire  que  si  dans  la  plupart 
des  musées  on  a  fabriqué  des  nez  pour  des  statues  antiques,  dans  celui-là  on 
avait  fait  des  statues  pour  des  nez.  C'est  ainsi  qu'a  plus  d'une  fois  travaillé 
l'abbé  Henrv. 

Il  termine  ainsi  sa  lettre  :  «  Il  y  a  cinquante  ans  j'ai  entendu  le  premier 
«  vers  de  Nomciioiou  :  An  aour  ieoten  a  :(0  falchet  ^,  et  l'air  du  Vin  des 
Gaulois  ;  ». 

Voici  la  conclusion  que  je  tire  de  ces  dernières  lignes  :  dans  Nonienoioii, 
il  n'y  a  d'authentique  que  le  premier  vers,  et,  quant  à  la  pièce  intitulée 
«  le  vin  des  Gaulois  »,  l'air  seul  n'a  pas  été  inventé  par  quelqu'un  de 
ceux  qui  ont  collaboré  à  l'œuvre  qu'a  signée  La  Villemarqué. 

L'abbé  Henry,  le  principal  de  ces  collaborateurs,  est  l'auteur  d'un  recueil 
de  cantiques  publié  en  1842  avec  l'imprimatur  de  son  évêque4;  il  n'aurait  pu 
obtenir  cet  imprimatur  pour  un  recueil  comme  le  Baisas  ou  Bart^a^  Brei^,  où 
les  chants  d'amour  et  de  danse  ont  leur  place  comme  ceux  de  guerre  et 
comme  les  chants  pieux. 

Prosper  Proux,  nommé  avec  l'abbé  Henr}-  par  Th.  de  Pompery  et  par  Le 
Men  comme  un  des  auteurs  du  Bw  ia:(  Brei:^,  a  publié  un  volume  de  poésies 
bretonnes  :  Bouihard  Kerne.  Jahadao  ra  kaniri,  c'est-à-dire  «  Hautbois  de 
«  Cornouailles,  danses  et  chansons  »,  un  volume  in-12  de  x-i  17  pages  qui 
a  paru  à  Guingamp  chez  Le  Goffic  en  1862. 

Quand  M.  de  La  Villemarqué,  âgé  de  plus  de  cinquante  ans,  a  entendu 
pour  la  première  fois  des  critiques  dirigées  contre  le  Baria:^  Brei:(,  il  a  dû 

1 .  Giver-iou  Brei:!^-i7^el,  Chants  populaires  de  la  Basse-Bretagne,  Lorient, 
Corfmat,  1868,  1874,  2  vol.  in-8. 

2.  «  L'herbe  d'or  est  fauchée  »,  Bar^a^  Brci^,  édition  de  1845, 1. 1,  p.  55  ; 
édition  de  1867,  p.  112. 

3.  Bar:^as  Brei:^,  édition  de  1843,  le  texte,  p.  I,  p.  75,  l'air,  t.  II,  se- 
conde partie,  p.  7;  édition  de  1867,  le  texte,  p.  45,  et  l'air,  dans  l'appen- 
dice, p.  IV. 

4.  Kanaouennou  santel  dilennet  ha  reizet  evit  escopti  Kemper.  Saint- 
Brieuc,  Prud'homme,  1842,  un  vol.  in-12  de  xxiv-vii-502  pages.  L'intro- 
duction est  signée  Th.  Hcrsart  de  La  Villemarqué. 


Périodiques.  265 

comprendre  qu'elles  étaient  justifiées:  la  première  fois  que  nous  nous 
sommes  rencontrés  en  personne,  il  m'a  abordé  en  me  disant  :  Boiiiiin  est 
iitibi  quia  hniiiiliasti  me. 

Mais  quand  vers  1836,  âgé  de  vingt  et  un  ans,  il  a  entrepris  la  prépa- 
ration du  Bardas  Breii,  quel  était  son  état  d'câme  comme  on  dit  aujourd'hui 
et  quelle  a  été  sa  méthode?  Parlons  d'abord  de  la  méthode. 

On  a  pratiqué  deux  manières  de  recueillir  des  chants  populaires  bretons. 
L'une,  la  plus  économique  et  la  plus  sûre,  a  été  de  parcourir  la  campagne 
à  pied  et  d'écrire  les  chansons  sous  la  dictée  des  paysans  et  des  paysannes 
auxquels  on  offre  un  verre  de  cidre  ou  un  petit  verre  d'eau-de-vie  pour  leur 
délier  la  langue,  puis  un  second  verre  comme  remerciement.  L'autre  sys- 
tème, plus  cher,  mais  bien  plus  commode,  consiste  à  payer  des  intermé- 
diaires pour  faire  cette  fatigante  besogne  et  à  rester  tranquillement  chez  soi 
en  attendant  dans  un  fauteuil,  à  l'ombre  et  à  l'abri  de  la  pluie,  le  retour  du 
courrier.  La  première  méthode  a  été  celle  de  Luzel,  trop  pauvre  pour  pro- 
céder autrement.  La  seconde  est  celle  qu'ont  employée  le  plus  souvent  Pen- 
guern  et  La  Villemarqué.  Un  des  intermédiaires  dont  s'est  servi  Penguern 
a  été  Kérambrun  1  ;  or  Kérambrun  n'était  pas  riche,  et  quand  après  de  pénibles 
courses  il  n'avait  rien  trouvé,  il  composait  lui-même,  chez  lui,  les  pieds  sur 
ses  chenets,  les  poésies  qu'il  vendait  ensuite  un  bon  prix  à  Penguern  ;  ces 
derniers  poèmes  étaient  ceux  que  Penguern  trouvait  les  meilleurs.  La  Vil- 
lemarqué, dans  ses  préfaces,  prétend  avoir  essayé  de  la  première  méthode, 
celle  de  Luzel,  et  il  parle  des  difficultés  qu'elle  présentait  pour  lui  ;  il  ne  dit 
rien  de  la  principale  de  ces  difficultés  :  c'était,  de  1836  à  1839,  son  ignorance 
du  breton  qu'il  devait  apprendre  plus  tard  et  que  savaient  fort  bien  Luzel 
et  P.  Prou,  l'abbé  Henry  et  Kérambrun;  mais  en  réalité,  quand  il  n'a  pas 
copié  les  mss.  de  Penguern,  il  a  procédé  comme  Penguern  et  il  s'est  pro- 
curé, moyennant  finance,  des  auxiliaires  analogues  à  ceux  que  Penguern 
avait  trouvés  aux  mêmes  conditions. 

La  vérité  était  trop  éclatante  pour  qu'il  lui  fût  possible  de  la  taire.  Voici 
ce  qu'il  dit  dans  sa  seconde  édition,  les  soi-disant  troisième  et  quatrième, 
sous  la  date  du  25  juin  1845  (avant-propos,  p.  xviii)  : 

«  Tous  les  hommes  qui  s'occupent  en  Bretagne  de  recherches  sur  la  poésie 
«  du  pavs  m'ont  permis  de  compléter  mes  recherches  au  moyen  des  leurs. 
«  L'un  des  plus  riches  en  chants  populaires,  M.  de  Penguern,  en  a  mis  à 
«  ma  disposition  plusieurs  cahiers  écrits  par  ses  ordres  2.  M.  Prosper  Proux, 
«  poète  breton  plein  d'originalité,  qui  compose  des  chansons  non  moins 
«  dans  le  génie  national  que  celles  qu'il  recueille,  m'en  a  aussi  procuré 
«  quelques-unes  ;  M.  l'abbé  Henr}',  digne  élève  de  M.  Le  Gonidec,  m'a 
«  rendu  le  même  service.  » 

Enfin,  en  1836  et  pendant  les  années  immédiatement  suivantes,  fasciné 

1 .  Sur  Kérambrun,  voyez  Gaidoz  et  Sébillot  dans  la  Revue  Celtique,  t.  V, 
p.  309-311. 

2.  Remarquez  la  formule  :  ces  cahiers  n  étaient  pas  de  l'écriture  de  Pen- 
guern. 

Revue  Celtique,  XXI.  18 


206  Périodiques. 

par  Soiivestre,  La  Villemarqué  croyait  sincèrement  comme  Souvestre 
pouvoir  faire  remonter  au  delà  du  xiii^  siècle  une  partie  des  chansons  po- 
pulaires bretonnes.  Tel  était  son  état  d'âme. 

Ceux  qui  le  jugent  aujourd'hui  n'ont  pas  lu  Les  deniiers  Bretons  d'Emile 
Souvestre  dans  cette  édition  de  1856  qui  se  trouve  encore  salie  et  déchirée 
dans  les  arrière-boutiques  de  quelques  vieux  cabinets  de  lecture,  et  qui  a 
enthousiasmé  les  Bretons  à  la  date  de  sa  publication.  Souvestre,  né  à  Mor- 
laix  en  1806,  était  pour  eux:  un  compatriote  qui  à  Paris  avait  réussi,  une  des 
gloires  de  la  Bretagne.  En  1836,  La  Villemarqué,  âgé  de  vingt  et  un  ans, 
fut  entraîné  par  le  mouvement  universel  autour  de  lui.  Il  ne  savait  pas  le 
breton,  mais  il  était  entouré  d'hommes  qui  le  savaient  et  qui  cultivaient  la 
poésie  néo-celtique.  D'un  d'eux  il  reçut  et  il  envoya  à  Augustin  Thierry, 
dès  1857,  la  pièce  qui  dans  le  Bardas  Brei\,  1839,  ^-  ^'  P-  ^°3  '  ^845,  t.  I, 
p.  256;  1867,  p.  141,  porte  le  titre  de  «  Retour  d'Angleterre  »  et  qui  dès 
1839  a  été  insérée  dans  la  5=  édition  de  r«  histoire  de  la  conquête  d'Angle- 
terre ».  Il  était  enthousiaste  et  naïf,  mais  il  n'avait  pas  composé  cette  pièce  : 
il  l'avait  reçue  d'un  farceur  qui  se  moquait  de  lui,  il  l'avait  payée,  mais  il 
n'avait  rien  vérifié,  il  n'aurait  pu  composer  ni  même  traduire  un  texte  breton. 
Le  Bar:^as  Brei^  tout  entier  s'explique  de  même. 

Macpherson  en  1762  a  publié  les  soi-disant  traductions  de  textes  dont  il 
prétendait  connaître  l'original,  or  l'original  n'existait  pas,  et  il  le  savait.  Il 
a  fabriqué  cet  original  plus  tard  ;  il  a  eu  la  prudence  de  ne  pas  le  pubher,  il 
aurait  par  là  rendu  sa  supercherie  trop  claire  ;  c'est  un  malhonnête  homme 
qui  a  eu  l'art  de  mourir  avant  qu'on  pût  établir  catégoriquement  son  men- 
songe par  la  publication  de  son  original  prétendu,  mais  aujourd'hui  nous 
avons  le  droit  de  dire  la  vérité. 

De  1836  à  1839,  ^^  P^^^  ^^'"'^  encore,  le  jeune  La  Villemarqué  était  igno- 
rant, enthousiaste  et  dupe.  Vingt  et  trente  ans  s'écoulèrent:  il  avait  alors 
appris  et  compris,  mais  combien  il  était  douloureux  d'avouer  ! 

VIII. 

Revue  de  Numismaticiue,  1899.  Inventaire  par  M.  J.  Dechelette  des 
monnaies  recueillies  au  Mont-Beuvray  de  1867  à  1899.  Ces  monnaies  sont 
au  nombre  de  plus  d'un  millier,  la  plupart  soit  gauloises,  soit  de  la  répu- 
blique romaine.  Les  impériales  très  peu  nombreuses  descendent  jusqu'à 
Valentinien  I^"". 

1900.  Mémoire  de  M.  Babelon  sur  le  faux  prophète  Alexandre  d'Abono- 
tichos  en  Asie  Mineure.  Cet  imposteur,  qui  vivait  au  deuxième  siècle  de 
notre  ère,  recevait  des  demandes  de  conseil  formulées  en  celtique  /.s-lxii-i, 
comme  dit  Lucien'.  Ces  consultations  émanaient-elles  de  Galates  nés  et 
restés  en  Asie  Mineure  ou  de  Gaulois  nés  en  Gaule  et  venus  en  Orient?  La 
seconde  hypothèse  est  celle  de  M.  G.  Perrot,  Revue  Celtique,  t.  I,  p.  188. 


I.    'AÀ;?avopo;  f]  ■ic'joouavTi:,  §  51  ;  éd.  Didot,  p.  341. 


Périodiques.  267 

En  effet,  aux  §  9,  18,  30,  44,  Lucien  appelle  la  Galatie  FaÀaTia  et  non 
K=).-:i-/.TÎ,  nom  réservé  par  lui  à  la  Gaule,  Apohgia,  15.  Si,  au  §  27  de 
ï Alexander ,  Lucien  appelle  KcXto;  ce  Spartianus  qui  périt  dans  une  expé- 
dition en  Arménie,  il  veut  probablement  dire  que  ce  personnage  était  ori- 
ginaire de  Gaule.  Donc  -/.zX-inz'.  désigne  la  langue  celtique  parlée  en  Gaule; 
si  Lucien  avait  pensé  à  une  langue  celtique  encore  usitée  de  son  temps  en 
Galatie  il  aurait  dit  ^aXaTtaT!. 

Je  ne  me  prononcerai  pas  sur  la  question  de  savoir  s'il  n'y  a  rien  à  ré- 
pondre à  ce  raisonnement. 

IX. 

The  American  Journal  of  Philology,  t.  XX,  p.  71. 
\  M.  Whitley  Stokes,  Lives  of  saints  from  the  Book  of  Lismore,  p.  324,  pro- 
pose de  corriger  ainsi  qu'il  suit  une  pièce  latine  en  vers  par  laquelle  on  in- 
voque saint  Aed  mac  Bricc  pour  obtenir  guérisondu  mal  de  tête.  C'est  une 
pièce  de  vers  en  cinq  quatrains  rimes  découverte  par  Mone  dans  un  ms.  de 
Reichenau. 

I. 

O  rex,  o  rector  regminis, 
o  cultor  caeli  carminis. 
o  persécuter  murmoris, 
o  deus  alti  agminis  ! 

2. 

Aido  maie  Bricc  benevola  ' 
posco  pura  2  precamina, 
ut  refrigeret  ?  flumina 
mei  capitis  calida. 

3- 
Curet4  caput  cum  renibus 
meis,  atque  cum  talibus, 
cum  oculis  et  genibus, 
cum  auribus  et  naribus. 

4. 

Cum  anculis  et  unguibus  $ 
cum  fistulis  sonantibus, 
cum  lingua  atque  dentibus, 
cura  lacrimarum  fontibus. 

1.  Mone  :  benibula. 

2.  Mone:  puro. 

3.  Mone:  réfrigérât. 

4.  Mone  :  curât. 

5.  Mone  :  cum  inclitis  euntibus. 


268  Périodiques. 

S. 

Sanctus  Aid  altus  adjuvat, 
meum  caput  ut  libérât, 
ut  hoc  totum  persévérât 
sanum,  atque  vigilat. 

Un  détail  curieux  dans  ce  latin  irlandais,  ce  sont  les  subjonctifs  en  -at  : 
adjuvat,  libérât,  persévérai,  vigilat,  quand  les  lois  de  la  grammaire  latine 
exigeraient  la  finale  -et;  on  doit  reconnaître  ici  l'influence  de  l'irlandais 
gaba,  fogna,  iiiôidea.  Je  considère  comme  vraisemblable  dans  les  strophes  2 
et  3  l'orthographe  primitive  irlandaise  réfrigérât,  curât,  que  M.  \Vhitle5' 
Stokes  propose  de  remplacer  par  refrigeret,  curet,  conformément  aux  règles 
de  la  grammaire  latine. 

M.  Otto  B.  Schlutter,  auteur  de  l'article  de  The  American  Journal  of  Phi- 
lology,  propose  plusieurs  corrections  ;  il  y  en  a  qui  sont  heureuses,  ainsi 
strophe  3  :  caput  cum  crinibus  ou  crcnibus  au  lieu  de  rcnihus,  «  la  tête  avec 
les  cheveux  »  et  non  «  avec  les  reins  »  et  au  vers  suivant,  au  lieu  de  cum 
talihis,  il  propose  caucalibus,  ablatif  du  bas  latin  caucalia,  qui,  expliqué  dans 
un  glossaire  par  cuppas,  serait  employé  dans  le  sens  de  tête,  ou  cervelle,  par 
la  même  métaphore  que  l'allemand  kopf  u  tête  «  =  cuppa. 

Mais  il  y  a  une  correction  qui  sera,  je  crois,  difficilement  admise.  A  la 
strophe  2,  Aiclo  uiaic  Bricc  est  un  génitif,  complément  déterminatif  de  preca~ 
mina,  lequel  est  le  complément  direct  de  posco  ;  les  deux  premiers  vers  si- 
gnifient :  «  je  demande  les  bienveillantes  et  pures  prières  d'Aldus,  fils  de 
Brecc  »  ;  M.  Schlutter  propose  de  lire  : 

Aido  mie  Bricc  bénévole 
posco  puro  precamine. 

J'ignore  comment  il  fait  le  mot  à  mot  de  ces  deux  vers;  d'autre  part  sa 
leçon  fait  disparaître  la  rime  avec  les  deux  vers  suivants  et  par  conséquent 
elle  viole  une  règle  suivie  dans  les  quatre  autres  strophes  dans  chacune  des- 
quelles les  quatre  vers  riment. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


Le  Propriétaire-Gérant:  Veuve  E.  Bouillon, 


Chartres.  —  Imprimerie  Durand,  rue  Fulbert. 


LES 

SURVIVANCES   DU   TOTÉMISME 

CHEZ   LES  ANCIENS   CELTES 

(Planche  I.) 


Jules  César,  décrivant  les  mœurs  des  Bretons,  note  ainsi 
l'une  de  leurs  coutumes  particulières  ^  :  «  Leporem  et  gaJlinam 
et  anserem  guslare  fas  non  piitant  ;  haec  tamen  alunt  animi  volup- 
tatisque  causa.  »  Ainsi  les  Bretons  considéraient  comme  in- 
terdit par  la  religion  (nefas)  de  manger  du  lièvre,  de  la  poule 
et  de  l'oie  ;  néanmoins,  ils  élevaient  ces  animaux  parce  qu'ils 
y  trouvaient  plaisir.  C'est  ainsi,  en  effet,  qu'il  convient  de 
traduire  animi  voJitpîatisqiie  causa.  L'expression  animi  causa  si- 
gnifiant «  pour  le  plaisir  »  se  retrouve  au  livre  VII  des  Com- 
mentaires-; Critognat  demande  aux  Gaulois  s'ils  pensent  que 
les  Romains  travaillent  à  de  nouveaux  retranchements  «  pour 
le  plaisir  »  :  Romanos  in  illis  uJterioribus  munitionihus  animine 
causa  cotidie  excrceri  putatis  ?  Le  mot  voluplatis,  dans  la  phrase 
relative  aux  Bretons,  ne  fait  que  préciser  la  signification 
à'animi  causa. 

Cette  courte  phrase  de  César  est  le  seul  témoignage  clas- 
sique que  nous  possédions  au  sujet  des  interdictions  alimen- 
taires chez  les  Celtes.  Elle  mérite  donc  d'être  pesée  avec  soin. 

I.   César,  De  Beïï.  GalL,  V,  12. 
2     Ibhl.,  VII,  77. 

Revue  Cettiijuej  XXI.  19 


270  Sdlomon  Rrinach. 

Remarquons  d'abord  qu'elle  ne  comprend  pas  moins  de  trois 
éléments  complexes,  qu'il  importe  de  distinguer  et  d'analyser  : 

1°  César  atteste  une  interdiction  d'ordre  religieux,  comme 
l'indique  clairement  le  mot  fus.  Cette  interdiction  consiste  en 
ce  que  les  Bretons  s'abstiennent  de  manger  (f^ustare)  le  lièvre, 
la  poule  et  l'oie.  Mais  une  interdiction  alimentaire  n'est  pas  un 
fait  primitif;  c'est  la  conséquence  d'un  fait  plus  général, 
l'interdiction  de  tuer.  Comme  César  ne  sait  pas  cela  ou  n'en 
a  cure,  sa  phrase  trahit  un  mouvement  de  surprise  qui  est  im- 
pliqué par  le  mot  tamen  et  la  tentative  d'explication  qui  suit. 

2°  Si  les  Bretons,  s'est  dit  César,  ne  veulent  pas  manger  de 
ces  animaux,  c'est  qu'ils  les  considèrent  comme  impurs  ;  alors 
pourquoi  en  voit-on  parmi  eux  ?  —  Nous  ne  prêtons  pas  gra- 
tuitement à  César  un  pareil  raisonnement,  car  nous  avons  la 
preuve  qu'on  l'a  tenu  dans  l'antiquité  à  propos  des  Juifs  et 
de  leur  abstinence  de  la  viande  de  porc.  La  cinquième  des 
Questions  conviviales  à.Q  Plutarque  roule  sur  ce  sujets  Un  des 
interlocuteurs  du  dialogue,  CaUistrate,  se  demande  si  les  Juifs 
s'abstiennent  du  porc  parce  qu'ils  ont  horreur  de  cet  animal 
ou,  au  contraire,  parce  qu'ils  le  respectent.  «  Pour  moi, 
ajoute-t-il,  je  crois  que  cet  animal  est  en  quelque  honneur  au- 
près d'eux...  Si  les  Juifs  avaient  le  porc  en  abomination,  ils  le 
tueraient,  de  même  que  les  mages  tuent  les  rats  (aquatiques); 
or,  nous  voyons,  au  contraire,  qu'ils  considèrent  comme  aussi 
défendu  de  le  tuer  que  de  le  manger.  »  Plutarque  exprime 
bien  rarement  des  idées  qui  lui  soient  personnelles  ;  ici,  sans 
doute,  il  reproduit  un  argument  courant  parmi  les  écrivains 
grecs  qui  avaient  constaté  l'éloignement  des  Juifs  pour  la 
chair  de  porc.  Si  cet  animal  est  impur,  pourquoi  n'en  exter- 
minent-ils pas  l'espèce  ?  Serait-ce  qu'ils  l'ont  en  vénération 
secrète,  alors  qu'ils  paraissent  l'avoir  en  horreur  ?  César  a 
éprouvé  le  même  étonnement  en  constatant,  chez  les  Bretons, 
l'existence  de  lièvres,  de  poules  et  d'oies  domestiques  que  l'on 
s'abstenait  cependant  de  manger  2.  Seulement,  il  propose  une 


1.  Plutarque,  Oiuest.  Conviv.,  IV,  5-6  (=  Th.  Reinach,  Textes  grecs  et 
latins  relatifs  au  judaïsme,  p.  137- 141). 

2.  Le  lièvre  peut  être  domestiqué  (cf.  Brchm,  L'hoiiDiic  et  les  atiiiiiatix, 


Les  surrivdnces  du  Totémisme.  271 

explication  différente  et  bien  moins  profonde  de  ce  qui  lui  a 
paru  d'abord,  comme  aux  Grecs,  une  inconséquence  des 
mœurs  barbares. 

3°  Ces  peuples,  dit  César,  élèvent  cependant  des  lièvres,  des 
poules  et  des  oies,  parce  que  cela  leur  fait  plaisir.  Cette  solu- 
tion de  la  difficulté  se  présentait  assez  naturellement  à  l'esprit 
positif  d'un  riche  Romain  qui  avait  vu,  dans  les  parcs  de  ses 
amis  patriciens  de  Rome,  élever  et  entretenir  des  animaux  de 
luxe  qui  n'étaient  pas  destinés  à  la  nourriture,  aniiiii  volupta- 
tisque  causa.  Elle  marque  aussi  le  peu  de  clairvoyance  de  César 
à  l'endroit  des  usages  d'ordre  religieux  ;  l'auteur  grec  suivi  par 
Plutarque  a  fait  preuve  d'une  tout  autre  pénétration  lorsqu'il 
a  conclu  de  l'abstinence  au  culte.  Mais  les  modernes  n'ont  pas 
le  droit  d'être  sévères  pour  César,  puisqu'ils  ont  continué  à 
se  payer,  jusqu'à  nos  jours,  de  raisons  aussi  mauvaises  en 
présence  de  phénomènes  religieux  identiques.  Ce  qui  fait  l'ab- 
surdité de  l'explication  tentée  par  César,  c'est  qu'elle  prête  à 
des  hommes  encore  à  demi-barbares  les  goûts  des  grands  sei- 
gneurs romains  qui  nourrissent  des  animaux  «  pour  le 
plaisir  »  ;  elle  est  donc  viciée  par  une  sorte  de  paralogisme 
très  commun,  consistant  à  interpréter  ce  qui  paraît  singulier 
chez  d'autres  peuples  par  des  motifs  qui  justifieraient  une  ma- 
nière d'agir  analogue  chez  les  compatriotes  de  l'écrivain.  Mais 
n'est-ce  pas  exactement  la  même  erreur  où  sont  tombés  les 
modernes  lorsqu'ils  ont  prétendu  que  les  interdictions  alimen- 
taires de  la  loi  mosaïque  s'inspiraient  de  considérations  d'hy- 
giène ?  Peu  leur  importe  que  l'hygiène  soit  une  science  toute 
récente,  que  la  Bible  ne  parle  jamais  d'une  maladie  indivi- 
duelle ou  d'une  épidémie  comme  de  la  conséquence  d'une  in- 
terdiction alimentaire  violée,  qu'au  contraire  elle  motive  sou- 
vent les  maladies  et  les  épidémies  par  des  causes  purement 
morales  ou  rehgieuses  ',  qu'au  colloque  tenu  à  Jérusalem  en  5 1 , 


trad.  franc.,  t.  II,  p.  226);  il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  supposer  qu'il  s'agisse 
ici  du  lepus  cunkithis  ou  lapin  espagnol. 

I .  «  The  laiv  of  Jeprosy  is  nol  to  bc  explaincd  front  thc  risk  of  contagion  ; 
ordinary  sickness  and  cven  pestilence  does  not  occasion  uncleanness  ;  thc  haper  is 
uiiclean  becausc  he  is  smitlen  of  God,  jiisl  as  the  niadman  in  Mosleni  countries 
is  holy  and  cpilepsy  ivas  /k'îïoà  vo'ao;  in  Greece.  »  (Simcox,  art.  Clean  and 


I 


272  Sdlomon  Reinacli. 

où  saint  Paul  s'éleva  contre  les  interdictions  alimentaires,  pas 
un  des  docteurs  présents  ne  lui  ait  objecté  l'intérêt  hygiénique, 
qu'enfin  les  interdictions  alimentaires  les  plus  strictes  et  les 
plus  nombreuses  se  rencontrent  chez  les  peuples  les  moins 
civilisés,  et  non  chez  les  autres.  Ils  n'en  assurent  pas  moins 
que  Moïse  était  un  hygiéniste,  parce  qu'ils  savent  que  lorsque 
les  hommes  de  leur  temps  conseillent  de  s'abstenir  d'une  nour- 
riture, c'est  qu'ils  la  considèrent  comme  malsaine.  Ils  font 
donc  tenir  à  Moïse  les  mêmes  raisonnements  qu'à  leurs  sages 
contemporains,  de  même  que  César  faisait  raisonner  les  Bre- 
tons comme  ses  riches  compatriotes.  De  ces  deux  paralo- 
gismes,  ce  n'est  peut-être  pas  celui  de  César  qui  est  le  plus 
choquant. 

Voici  comment  des  orientalistes  illustres,  Renan  et  Haupt, 
se  sont  exprimés,  tout  récemment  encore,  au  sujet  des  inter- 
dictions alimentaires  des  Hébreux  : 

Renan,  Histoire  du  peuple  d'Israël,  t.  I,  p.  122-123  :  «  Les 
civilisateurs  cherchaient  déjà  [au  temps  d'Abraham  !],  par  des 
pratiques  bien  entendues,  à  étendre  la  culture,  à  restreindre  la 
barbarie.  Il  s'agissait  de  faire  l'éducation  du  corps  en  même 
temps  que  celle  de  Tâme.  Une  des  causes  de  saleté  physique  et 
morale  était  l'habitude  de  manger  des  charognes,  des  bêtes 
malsaines.  La  distinction  des  animaux  purs  et  impurs  est  très 
ancienne,  bien  que  la  liste  des  animaux  défendus  n'ait  été 
dressée  que  bien  plus  tard  et  ait  varié.  Le  porc,  très  sujet  en 
Orient  à  la  trichinose,  figure  tout  d'abord  parmi  les  viandes 
les  plus  mal  notées.  » 

Ibid.,  t.  IV,  p.  55  :  «  L'hygiène  et  la  propreté  furent,  à  bon 
droit,  une  des  principales  préoccupations  des  anciens  légis- 
lateurs. L'interdiction  de  certaines  nourritures  sales  ou  mal- 
saines faisait  essentiellement  partie  des  vieux  Codes.  Le  porc, 
presque  toujours  véhicule  de  maladies  en  Orient,  méritait  les 
mesures  radicales  dont  il  fut  l'objet...  Les  idées  de  pureté  ou 
d'impureté  furent,  à  l'origine,  l'équivalent  des  idées  de  propre 
et  de  malpropre  ;  elles  répondirent  à  des  raffinements,  à  des 


Uncleaii,  dans  YEncychpaedia  Biblica,  Londres,  1899.)  Voir  aussi  les  sages 
observations  àQyiuvùi,  Pakstiiic,  p.  163. 


Les  siurirancis  du  Toînnismc.  27^ 

dégoûts  dont  il  nous  est  souvent  difficile  de  nous  rendre 
compte.  Presque  toutes  les  religions  de  l'Orient  exagérèrent  ces 
distinctions  et  en  firent  de  lourdes  entraves,  etc.    » 

Paul  Haupt,  The  sanitary  basis  of  ihc  Mosaic  rilital,  dans  le 
Bulletin  n°  XIII  du  XII^  Congrès  des  Orientalistes  (1899),  p.  7  : 
«  Les  rites  religieux  des  Israélites  ne  tirent  pas  leur  origine  de 
l'bgypte,  mais  bien  de  la  Babylonie.  Ils  ont  pour  base  des 
points  de  vue  sanitaires,  auxquels  on  a  attribué  une  signifi- 
cation religieuse,  afin  de  foire  pénétrer  dans  la  grande  masse 
de  la  population  ces  régies  hygiéniques.  Les  prêtres  des  Israé- 
lites n'étaient  pas  seulement  des  gardiens  du  temple  et  des  in- 
terprètes des  oracles  de  Dieu,  mais  aussi  des  commissaires  de 
la  santé  publique.  » 

Citons  enfin  le  témoignage  d'un  médecin  éminent,  feu 
Guéneau  de  Mussy  ^  :  «  Moïse  ne  s'est  pas  contenté  de  jeter  les 
bases  de  l'hygiène  sociale  ;  il  est  entré  dans  des  détails  plus 
intimes  qui  nous  font  admirer  la  sagacité  de  ses  observations 
et  la  sagesse  de  ses  préceptes.  Pour  l'alimentation,  il  indique 
avec  soin  les  animaux  dont  il  sera  permis  de  faire  usage.  Cette 
idée  des  maladies  parasitaires  et  infectieuses  qui  a  conquis  une 
si  grande  place  dans  la  pathologie  moderne,  paraît  l'avoir  vi- 
vement préoccupé  ;  on  peut  dire  qu'elle  domine  toutes  ses 
prescriptions  hygiéniques.  Il  exclut  du  régime  hébraïque  les 
animaux  qui  sont  particulièrement  envahis  par  les  parasites,  et 
spécialement  le  porc.  Le  lièvre  et  le  lapin  seraient  passibles 
du  même  reproche,  d'après  le  D'  Leven;  ilssontinterdits,  etc.  » 

Ainsi,  rationalistes  et  orthodoxes  se  trouvent  d'accord  pour 
faire  de  Moïse  un  précurseur  de  Pasteur  ;  mais,  par  là,  ils 
épousent  une  des  pires  erreurs  du  xvni^  siècle,  consistant  à  se 
figurer  les  législateurs  religieux,  qu'ils  s'appellent  Moïse,  Zo- 
roastre  ou  Pythagore,  comme  des  espèces  de  fourbes  bienfai- 
sants, trompant  le  vulgaire  —  ce  que  Voltaire  appelait  «  la  ca- 
naille »  —  pour  lui  assurer  la  santé  et  le  bonheur.  En  un 
mot,  ils  attribuent  à  ces  hommes  du  passé  le  plus  lointain  l'état 
d'esprit  qu'ils  suspectent  en  eux-mêmes  ;  ils  les  retirent  du 
milieu  historique  qui  les  a  produits  pour  les  déguiser  en  ency- 

I.    Ditiioiiiniirc  de  la  Bible,  t.  I,  p.  618. 


274  Sdlonwn  Reinach. 

clopédistes,  en  libres  penseurs  épris  du  bien  public  et  ne  dé- 
daignant pas  de  faire  appel  à  la  superstition  pour  l'assurer. 
Cette  manière  de  voir  n'est  pas  seulement  injurieuse  pour  ceux 
que  l'on  accuse  ainsi  d'imposture,  elle  est  un  scandale  pour 
le  sens  historique  et  conduit,  sous  couleur  de  vraisemblance, 
à  ériger  en  système  d'exégèse  les  plus  invraisemblables  ana- 
chronismes. 

Les  érudits  anglais  contemporains,  comme  Frazer  et  Ro- 
bertson  Smith,  qui  travaillèrent  à  bannir  ces  erreurs  de  la 
science,  eurent,  comme  nous  l'avons  vu,  des  précurseurs  parmi 
les  Grecs,  qui  ont  su  chercher  à  des  faits  religieux  les  seules 
explications  qui  leur  conviennent,  à  savoir  des  explications  re- 
ligieuses. En  revanche,  les  théories  des  hygiénistes,  quoique 
pressenties  aussi  par  les  Grecs  ^,  n'ont  guère  prévalu  que  depuis 
le  xviii^  siècle  ;  ainsi  les  rabbins  du  moyen  âge  motivaient  les 
interdictions  alimentaires  non  par  de  prétendues  considé- 
rations d'hygiène,  mais  par  l'idée  qu'en  mangeant  un  animal 
impur,  tourmenté  de  passions  mauvaises,  on  risquait  de  s'as- 
similer son  impureté  ou  ses  passions-.  Quelque  absurde  que 
soit  cette  explication  ?,  elle  a  du  moins  l'avantage  de  rendre 
compte  d'une  superstition  primitive  en  alléguant  une  idée  de 
primitifs  qui  est  encore,  d'ailleurs,  assez  répandue.  Ainsi  un 
vovageur  anglais  a  rapporté  que  chez  une  tribu  sauvage  du 


1 .  Voir,  dans  le  passage  cité  de  Plutarque,  le  discours  de  Lamprias(Th. 
Reinach,  op.  laitd.,  p.  140).  Même  opinion  (que  les  Juifs  s'abstiennent  du 
porc  parce  qu'il  donne  la  lèpre)  dans  Tacite,  Hist.,  V,  4  (Th.  Reinach, 
p.  505).  •  .  ., 

2.  Quelques  théologiens  juifs  ont  cependant  émis  à  ce  sujet  des  idées 
raisonnables.  Ainsi  Saadia  pense  que  le  but  de  la  Loi  est  de  détourner  les 
hommes  du  culte  des  animaux,  c  car  l'homme  n'adorera  ni  ce  qu'il  mange, 
ni  ce  qu'il  rejette  comme  impur  »  (cité  par  Katzenelson,  Dk  riluellen  Reiii- 
heitsgesetie,  dans  la  Monalsschift  fiir  Geschichte  imd  Wissenschajt  des  Judeii- 
thtims,  janv.-mai  1899.) 

3 .  Si  l'on  admettait,  en  effet,  que  le  principe  du  tabou  alimentaire  est  la 
crainte  de  s'assimiler  un  défaut  (malpropreté,  lubricité,  timidité,  etc.),  il 
faudrait  croire,  en  même  temps,  que  les  primitifs  ont  volontiers  fliit  leur 
nourriture  des  animaux  les  plus  forts  et  les  plus  courageux,  pachydermes, 
félins,  oiseaux  de  proie.  Or,  ce  sont  précisément  ces  animaux  qui  sont  le 
plus  généralement  tabous.  —  J'ajoute  cette  note  parce  que,  contrairement 
à  mon  attente,  la  théorie  qu'elle  écarte  a  trouvé  un  partisan  au  cours  d'une 
discussion  provoquée  par  le  présent  mémoire. 


L<s  snn'ivdnccs  du  Tutcmisnic.  275 

nord  de  l'Inde,  les  hommes  mangent  du  tigre  alors  que  leurs 
femmes  s'en  abstiennent,  parce  que,  prétendent-ils,  la  chair 
de  tigre  leur  donne  du  courage,  alors  qu'elle  rendrait  leurs 
femmes  querelleuses.  Le  véritable  motif  est  naturellement  tout 
autre  et,  soit  dit  en  passant,  ne  pouvait  être  allégué  par  ces 
sauvages,  pas  plus  que  la  vraie  raison  de  l'abstinence  des  Bre- 
tons n'aurait  pu  être  donnée  par  eux  à  César;  c'est,  en  effet, 
une  loi  générale  que  les  hommes  sont  incapables  d'expliquer 
les  vieilles  coutumes  auxquelles  ils  obéissent,  parce  que  les 
coutumes  demeurent  figées  alors  que  les  idées  religieuses  et 
sociales  se  transforment  incessamment,  là  même  où  elles  ne 
tendent  pas  à  s'améliorer.  A  l'origine  de  la  coutume  constatée 
dans  le  nord  de  l'Inde,  il  3'  a  ce  qu'on  appelle  depuis  Frazer  un 
tabou  sexuel.  Une  certaine  classe  d'hommes,  qui  avait  pour 
totem  le  tigre,  mangeait  périodiquement  et  rituellement  un 
animal  de  cette  espèce,  pour  renouveler,  par  une  sorte  de  com- 
munion primitive,  sa  force  divine,  sa  provision  de  sainteté; 
avec  le  temps,  ces  fêtes  religieuses  se  sont  multipliées  et  les 
hommes  du  clan  ont  mangé  du  tigre  toutes  les  fois  qu'ils  l'ont 
pu.  Mais  ces  hommes  étaient  exogames,  c'est-à-dire  qu'ils 
épousaient  des  femmes  appartenant  à  un  autre  clan,  n'ayant 
pas  le  même  totem,  à  qui  la  participation  au  festin  rituel  était 
interdite.  Cette  prohibition  a  survécu  longtemps  après  que  l'on 
en  eut  oublié  la  cause  ;  tout  ce  que  savent  encore  ces  sau- 
vages, c'est  que  les  hommes  peuvent  manger  du  tigre,  que  les 
femmes  n'en  doivent  pas  manger,  et  ils  ont  inventé  une  raison 
spécieuse  pour  justifier  cette  différence  à  leurs  propres  yeux. 

Pour  en  revenir  aux  Bretons  de  César,  ce  que  nous  con- 
naissons aujourd'hui  touchant  le  totémisme  et  les  tabous  ali- 
mentaires qui  en  dérivent  nous  permet  d'affirmer  que,  chez 
certaines  tribus  tout  au  moins  de  la  Bretagne,  le  lièvre,  l'oie 
et  la  poule  étaient  des  animaux  sacrés,  c'est-à-dire  des  totems  ^ 


I .  Je  rappelle  que  l'existence  du  totémisme  chez  les  Iroquois  a  été  re- 
connue dès  1724  par  le  P.  Lafitau,  qui  proposa  le  premier  d'expliquer  par  ce 
phénomène  un  fait  de  mythologie  grecque.  Il  émit  l'idée  que  la  Chimère, 
à  la  fois  lion,  chèvre  et  serpent,  pouvait  représenter  une  ligue  de  trois  tribus 
totémiques,  exactement  comme  le  loup,  l'ours  et  le  pigeon  représentent  la 
ligne  iroquoise.  Dès  1570,  Garcilasso  délia  Vega,  sans  connaître  le  mot, 


276  Sdlomon  Rcinacli. 

On  commet  souvent,  en  parlant  de  totems,  une  erreur 
contre  laquelle  il  importe  de  se  mettre  en  garde,  d'autant  plus 
que  Lubbock,  Herbert  Spencer  et  Frazer  lui-même  n'y  ont  pas 
toujours  échappé.  On  s'imagine  que  l'animal  totem  est  l'an- 
cêtre mythique  de  ceux  qui  lui  rendent  un  certain  culte  et 
l'on  suppose  que  le  clan  totémique  obéit  au  même  sentiment 
qui  inspirait  aux  Eumolpides,  par  exemple,  le  culte  de  leur 
ancêtre  Eumolpos.  Or,  cette  erreur  a  précisément  pour  cause- 
la  méconnaissance  de  la  loi  énoncée  plus  haut,  à  savoir  que 
l'explication  d'une  coutume,  recueillie  de  la  bouche  des  pri- 
mitifs, ne  doit  jamais  être  tenue  pour  exacte.  Les  premiers 
Européens  qui  ont  constaté  des  faits  de  totémisme  parmi  les 
Indiens  de  l'Amérique  du  Nord,  ont  généralement  reçu  d'eux 
cette  réponse  :  «  Nous  avons  pour  totem  l'ours,  ou  le  buffle, 
ou  le  serpent,  parce  que  nous  sommes  des  ours,  des  buffles  ou 
des  serpents,  parce  que  nous  descendons  d'un  de  ces  animaux 
et  que  nous  en  avons  conservé  le  souvenir.  »  Cette  explication 
est  purement  anthropomorphique  :  le  sauvage,  ne  comprenant 
plus  le  lien  mystique  et  traditionnel  qui  l'unit  à  l'animal,  assi- 
mile ce  lien  au  sentiment  naturel  de  respect  ou  d'affection 
qu'il  éprouve  pour  son  père  et  son  grand-pére.  En  cela,  le  sau- 
vage est  très  excusable;  mais  le  civilisé  l'est  moins  quand  il 
admet,  les  yeux  fermés,  une  explication  de  sauvage.  Tout  ce 
qu'on  peut  dire,  parce  qu'on  en  a  de  nombreuses  preuves, 
c'est  que  les  membres  des  clans  totémiques  croient  d'ordinaire 
descendre  du  totem;  mais  loin  que  cette  opinion  rende  compte 
du  totémisme  originel,  il  est,  a  priori,  impossible  qu'elle  en 


avait  signalé  la  chose  chez  les  Péruviens;  ils  croient,  dit-il,  descendre  de 
sources,  de  rivières,  de  lacs,  de  la  mer  et  surtout  d'animaux  et  d'oiseaux  de 
proie  (Lang,  Myth  and  Ritiial,  2^  éd.,  p.  75,  77).  Lang  a  aussi  cité  un  té- 
moignage du  missionnaire  jésuite  Le  Jeune,  remontant  à  1636:  «  Les  sau- 
vages se  persuadent  que  non  seulement  les  hommes  et  les  autres  animaux, 
mais  aussi  que  toutes  les  autres  choses  sont  animées...  Ils  tiennent  les  pois- 
sons raisonnables,  comme  aussi  les  cerfs.  »  C'est  l'animisme,  principe  et 
substialtim  du  totémisme,  qui  paraît  n'avoir  pas  été  moins  universel  que  lui. 
«  Toleinism  beiug  fourni  so  widely  distrihuted  [Aiistralia,  Africa,  America,  the 
Oceaiiic  Islands,  Itidin,  Xorth  Asia]  is  a  proof  of  the  existence  of  that  savagc 
mental  condition  in  rchich  no  Une  is  draivu  between  men  and  other  Ihings  in  the 
icorld.  Tln's  confusion  is  om  of  the  characteristics  of  mylhs  in  ail  races  (Lang, 
op.  laiid.,  t.  l.  p.  viJi). 


Les  siiri'iydiiccs  du  Tolcmisinc.  277 

puisse  donner  la  vraie  raison.  D'antre  part,  certains  primitifs 
considèrent  les  animaux  totem,  ou,  pour  mieux  dire,  les  ani- 
maux du  clan  totcmique,  comme  leurs  frères  et  non  comme 
leurs  cousins  ;  preuve  que  l'idée  anthropomorphique  de  la 
filiation  est  loin  d'être  précise  à  leurs  yeux.  Enfin,  il  existe 
toute  une  série  de  traditions  totémiques  où  l'animal  totem 
n'est  nullement  un  ancêtre,  mais  un  bienfaiteur  ou,  au  con- 
traire, un  protégé  du  clan.  Un  des  personnages  du  dialogue  de 
Plutarque  dit  que  les  Juifs  vénèrent  le  porc  parce  qu'il  leur  a 
appris  à  cultiver  la  terre,  en  la  fouillant  avec  son  groin,  et 
Tacite,  traduisant  quelque  Grec  d'Alexandrie,  prétend  que  les 
mêmes  Juifs  vénèrent  l'âne,  parce  que  des  ânes  firent  décou- 
vrir une  source  à  Moïse.  Une  tribu  indienne,  qui  a  pour 
totem  l'écrevisse,  rapporte  que  ses  ancêtres  ont  domestiqué 
des  écrevisses  et  les  ont  graduellement  transformées  en 
hommes.  Ainsi  l'on  ne  peut  même  pas  alléguer  que  l'idée  de 
la  filiation  soit  inséparable  des  coutumes  totémiques  et  nous 
avons  toute  liberté  d'en  chercher  une  explication  ailleurs. 

Sans  vouloir  donner  ici  les  raisons  qui  me  font  repousser 
les  hypothèses  émises,  à  ce  sujet,  par  Lubbock,  Herbert 
Spencer,  Grant  Allen  et  d'autres,  je  dirai  que  le  totémisme  ne 
me  paraît  pas  autre  chose  qu'une  hypertrophie  de  l'instinct 
sociale  L'homme  primitif,  parce  qu'il  est  social,  ;^w5v  t.z\:- 
T'.y.iv,  constitue  des  clans;  parce  qu'il  est  social,  il  cherche  à 
établir  des  liens  entre  son  clan  et  le  clan  d'hommes  voisins  ; 
parce  qu'il  est  social  jusqu'à  l'excès,  jusqu'à  l'aberration,  il 
noue  des  pactes  avec  tel  clan  d'animaux  ou  même,  plus  rare- 
ment, avec  tel  clan  de  végétaux,  qui  ne  lui  semblent  pas  séparés 
du  sien  par  l'abîme  que  la  science  seule  nous  a  révélé.  Cette 


I.  M.  Goblet  d'Alviella  (Revue  de  l'Uiiiv.  de  Bruxelles,  1*898,  p.  503)  a 
cité  fort  à  propos  le  passage  suivant  d'un  ethnographe  américain,  M.  P'raniv 
Cushing  :  «  [Les  Peau.\  Rouges  dits  Zunis)  admettent  que  le  soleil,  la  lune, 
les  étoiles,  le  ciel,  la  terre  et  la  mer,  tous  les  phénomènes  et  tous  les  élé- 
ments rentrent  dans  un  même  svstème  de  vie  connexe  et  consciente.  Le 
point  de  départ  est  l'homme,  qui  passe  pour  le  plus  bas  des  organismes, 
parce  qu'il  est  le  plus  dépendant  et  le  moins  mystérieux.  En  conséquence, 
les  animaux  sont  réputés  plus  puissants  que  l'homme,  les  éléments  et  les 
phénomènes  plus  puissants  que  les  animaux.  »  {Vubliailious  of  the  Bureau  oj 
Ethiiology,  Washington,  1885,  t.  II,  p.  9). 


278  Salomon  Reinach. 

hypertrophie  de  l'instinct  social  a  subsisté  à  travers  les  siècles, 
mais,  comme  tous  les  sentiments  de  l'homme,  en  se  trans- 
formant: elle  est  devenue  la  charité  et  l'amour.  Nous  aussi,  ou 
du  moins  les  plus  sensibles  d'entre  nous,  nous  sommes  d'accord 
avec  certains  Peaux-Rouges  pour  traiter  les  animaux  de  «  frères 
mineurs  »  et  l'on  se  souvient  que  saint  François  d'Assise 
appelait  les  hirondelles  ses  sœurs,  sororcs  meac  hirundines... 
La  poésie,  écho  ou  survivance  des  sentiments  primitifs  de 
l'homme,  a  bien  des  fois  exprimé  l'ardeur  de  la  sympathie  hu- 
maine pour  la  fleur  fauchée  par  la  charrue,  piirpureiis  flos  suc- 
cisus  aratro,  le  pavot  abattu  par  l'ouragan  ou  le  chêne  «  en 
proie  à  la  cognée  ».  Ce  serait  mal  connaître  le  fond  permanent 
du  genre  homo  que  de  voir  seulement  de  la  «  littérature  »  là 
où  il  y  a  surtout  de  la  très  vieille  religion. 

L'antiquité  classique  nous  offre  un  exemple  remarquable  à 
l'appui  de  ce  que  je  viens  de  dire.  On  sait  que  la  fève  était 
tabou  pour  les  Pythagoriciens  et  les  Orphiques,  que  c'était  un 
crime  inexpiable  d'en  manger.  Les  anciens  ne  comprenaient 
pas  cette  interdiction  et  ont  allégué,  pour  l'expliquer,  des  rai- 
sons extravagantes,  d'autant  plus  extravagantes  qu'elles  étaient 
plus  hygiéniques  et  utilitaires.  Ainsi  l'un  d'eux  nous  dit  que 
les  fèves  servaient  à  voter  et  que  Pythagore  a  voulu  éloigner 
ses  adeptes  des  luttes  politiques  ;  un  autre  assure  que  la  lève 
provoque  des  flatuosités  et  qu'elle  doit  être,  pour  cela,  bannie 
du  menu  des  sages,  dont  elle  pourrait  gêner  les  méditations. 
Les  modernes  n'ont  pas  dédaigné  des  hypothèses  du  même 
ordre.  Un  de  nos  savants  contemporains,  et  non  des  moindres, 
a  ajouté  les  lignes  que  voici  à  l'article  Faba  du  Dictionnaire  des 
Antiquités,  qui  avait  été  préparé  par  feu  Lenormant  :  «  Il  y  a 
sans  doute,  au  fond  de  toutes  ces  légendes,  une  simple  pres- 
cription hygiénique,  comme  l'abstinence  de  la  chair  du  porc 
chez  les  Hébreux,  prescription  sur  laquelle  la  superstition  an- 
tique avait  brodé  des  thèmes  très  variés  ^  »  Cette  erreur  est 

I .  Dans  son  récent  ouvrage,  Anlike  Gcmmen  (t.  III,  p.  263),  M.  Furt- 
waengler,  venant  à  parler  du  Pythagorisnie,  qu'il  croit  d'origine  indoue  (!), 
estimeque  la  défense  de  manger'des  fèves  a  pour  cause  «  la  crainte  de  troubler 
les  sacrifices  par  des  flatuosités.  »  De  pareilles  aberrations  attestent  la  nécessité 
d'introduire  la  paléontologie  sociale  dans  le  cycle  des  études  philologiques. 


Les  survivances  du  Totémisme.  279 

instructive,  parce  qu'elle  est  le  type  de  beaucoup  d'autres,  ca- 
ractérisées non  seulement  par  l'anachronisme  dont  il  a  déjà 
été  question,  mais  par  TJ^-rspiv  -pi-tpo'i  qui  consiste  à  voir  dans 
la  superstition  une  corruption  de  la  science,  alors  que  la 
science  est  la  descendante  lointaine,  on  pourrait  dire  la  fille 
posthume  de  la  superstition,  si  la  superstition  pouvait  mourir. 
Le  bon  Larcher,  dans  son  commentaire  d'Hérodote,  a  naïve- 
ment exprimé  cette  idée  bizarre  de  l'antériorité  de  la  science, 
qui  a  dominé  au  xviir"  siècle  et  dont  nous  avons  montré  l'in- 
fluence jusque  chez  Renan.  Il  s'agit  des  Egyptiens,  qui  ne 
mangeaient  pas  de  vache  (Hérod.,  II,  41),  parce  que,  suivant 
saint  Jérôme,  ils  voulaient  que  l'espèce  se  conservcât.  «  Ce  rè- 
glement, observe  Larcher,  qui,  dans  son  principe,  était  très 
sage,  dégénéra  peu  à  peu  en  superstition...  Ce  qui  s'était  pra- 
tiqué dans  le  commencement  pour  un  motif  d'utilité,  le  fut  de- 
puis par  superstition.  »  Est-il  nécessaire  de  montrer  encore 
que  toutes  les  explications  de  cette  espèce  vont  droit  au  rebours 
de  l'histoire  et  du  bon  sens  ?^ 

Un  des  biographes  de  Pythagore  rapporte  que  lors  du  sou- 
lèvement de  Crotone,  comme  le  législateur  fuyait  devant  les 
insurgés  en  armes,  il  rencontra  un  champ  de  fèves  et  que, 
n'osant  s'y  aventurer,  de  peur  d'écraser  ces  plantes  saintes,  il 
fit  un  détour  qui  permit  aux  sicaires  de  le  rejoindre-.  Cette 
anecdote  est  fort  intéressante.  Elle  nous  montre  d'abord  qu'on 
cultivait  des  fèves  en  pays  pythagoricien,  tout  comme  on  éle- 
vait des  lièvres  et  des  oies  en  Bretagne,  bien  qu'on  n'en  man- 
geât point;  c'est  donc  que  cette  plante  n'était  pas  considérée 
comme  impure  ni  comme  malsaine,  mais  comme  sacrée.  Or, 
c'est  précisément  parce  que  des  plantes,  parce  que  des  animaux 


1 .  Sunmer  Maine  (Ancient  Law,  p.  15)  n'est  pas  moins  loin  de  la  vérité 
quand  il  déclare  que  les  usages  des  sociétés  primitives  sont  fondées  sur  leur 
utilité  physique  et  morale (!).  «  Mais,  continue-t-il,  la  grande  masse  du 
peuple,  en  acceptant  ces  usages,  n'en  comprend  pas  la  portée  et  leur  attribue 
des  motifs  surnaturels.  Alors  commence  \<i  processus  que  l'on  peut  caractériser 
ainsi  :  des  usages  raisonnables  donnent  lieu  à  des  usages  déraisonnables... 
Des  mesures  raisonnables,  imaginées  par  le  goût  de  la  propreté,  donnent 
lieu,  avec  le  temps,  à  des  cérémonies  compliquées  de  lustrations  solen- 
nelles. ))  Impossible  de  déraisonner  plus  lourdement. 

2,  Diogène  Laérce,  VIII.  59;  cf.  Cluiignet, /'W/;(/^'^c»v,  t.  I,  p.  90. 


28o  Sdlomon  Reinjch. 

ont  été  regardés  à  certaines  époques  comme  sacrés,  que 
l'homme  primitif  a  refréné  ses  appétits  gloutons,  qu'il  a  cul- 
tivé les  unes  et  laissé  croître  et  multiplier  les  autres  :  le  culte  a 
précédé  la  culture,  il  l'a  motivée,  et  c'est  par  une  singulière 
inversion  des  vraisemblances  qu'on  foit  dériver  les  religions 
agraires  ou  thériomorphiques  de  l'introduction  des  céréales  ou 
de  celles  des  animaux  domestiques.  M.  Frazer,  en  quelques 
lignes  pleines  de  pensée,  a,  de  nos  jours,  indiqué  cette  solu- 
tion, la  seule  acceptable,  du  problème  que  soulèvent  l'origine 
des  plantes  cultivées  et  la  domestication  des  animaux  ^  Ici  en- 
core, l'antériorité  chronologique  de  la  religion  sur  la  science 
est  évidente,  comme  elle  devait  l'être  a  priori.  En  second  lieu, 
nous  voyons  par  le  récit  de  la  mort  de  Pythagore  que  la  dé- 
fense de  manger  des  fèves  n'était  que  secondaire  :  le  tabou  pri- 
mitif interdisait  de  les  tuer.  Elles  étaient  donc  considérées 
non  seulement  comme  vivantes,  mais  comme  animées  de  la 
même  vie  que  les  hommes,  comme  affiliées  ou  apparentées 
aux  tribus  primitives  chez  qui  le  meurtre  d'un  parent,  d'un 
membre  du  clan  était  seul  considéré  comme  un  crime.  C'est 
parmi  elles  que  prit  naissance  l'interdiction  alimentaire  dont 
l'orphisme  et  le  pythagorisme  se  sont  fait  l'écho.  Le  tabou  de 
la  fève  se  retrouve  en  Egvpte,  où  les  anciens  ont  supposé  à 
tort  que  Pvthagore  avait  appris  à  le  connaître '.  Mais  d'autres 
indices  nous  persuadent  qu'il  a  été  très  général  en  Italie  à  une 
époque  bien  antérieure  au  pythagorisme.  A  Rome,  le  flanu'ii 
diaJis  ne  devait  ni  manger,  ni  même  nommer  une  tève  '  ;  ce 
sont  là,  chez  les  primitifs,  les  tabous  les  plus  fréquents  du 
culte  totémique.  Un  autre  caractère  consiste  en  ce  que  le  clan 
totémique  prend  le  nom  de  son  totem  et  le  communique  à  ses 
membres  :  l'Indien  Serpent  appartient  au  clan  du  Serpent,  qui 
a  le  serpent  pour  totem.  Or,  parmi  les  vieux  clans  romains, 
qui  sont  les  goiles  de  l'histoire,   il  y  a  des  Fahii  (clan  de  la 


I.  Fiazer,  Le  lotàiiisuie,  trad.  franc.,  p.  13).  Cf.  F.-B.  Jevons,  Iiitro- 
diiclion  to  the  history  of  religion,  p.  113  etsuiv.,  qui  a  le  premier  développé 
la  théorie  de  M.  Frazer. 

2     Cf.  l'art.  Faba  du  Dict.  des  Antiquités,  par  F.  Lenorniant. 

3.  Gell.,  X,  15,  12;  Pline,  Hist.  nat.,  XVIII,  119;  cf.  Frazer,  Golden 
Bout;!.',  t.  I,  p.  1 18. 


Les  siirrii\u!ccs  du  Totniiisme.  281 

fève).  On  constate  aussi  des  clans  totémiques  parmi  les  yàv^ 
d'Athènes,  témoin  les  ^Pr,'(7.'.tX:  (clan  du  chêne),  desquels  je 
crois  qu'il  finit  rapprocher  les  Dniidae  celtiques.  Mais  tenons- 
nous-en  aux  Fabii'  et  remarquons  encore  que,  dans  les  clans 
totémiques,  prévaut  souvent  l'idée  que  les  morts  du  clan  hu- 
main entrent  dans  les  corps  du  clan  animal  ou  renaissent  sous 
cette  forme-.  On  comprend  dès  lors  le  vers  orphique,  qui  assi- 
mile l'acte  de  manger  (c'est-à-dire  de  tuer)  une  fève  à  celui  de 
manger  la  tête  d'un  de  ses  parents'  ;  on  comprend  aussi  le 
vieux  rituel  des  Lemuralia,  au  cours  duquel  le  père  de  flimille 
romain,  jetant  des  fèves  noires  derrière  lui  en  pâture  aux 
Ombres,  croyait  ainsi  se  racheter  et  racheter  les  siens  : 

His,  iiiqiiit,  rediino  mequc  lueosquc  falns  4. 

Ce  vieux  Romain  ofiVait  des  fèves  comme  Numa  avait  offert 
des  oignons,  à  la  place  de  victimes  humaines  5,  et  cette  substi- 
tution nous  éclaire  sur  le  caractère  primitif  du  rite.  A  l'époque 
où  il  prit  naissance,  on  ne  disait  pas  seulement,  comme  dans 
la  Rome  classique  :  homo  rcs  sacra  homini,  mais  faha,  caepe,  rcs 
sacra  homini. 

Nous  sommes  de  nouveau  bien  loin  des  Bretons  de  César  ; 

I  Pour  bon  nombre  de  cognouiiiia  romains,  tels  que  Lcntulus  (lentille), 
Caepio  (oignon),  Aiiser  (oie),  Galhis  (coq),  etc.,  il  y  aurait  lieu  de  se  de- 
mander si  ce  sont  bien,  à  l'origine,  des  coguomina,  et  s'il  ne  fimt  pas  v  voir 
plutôt  des  subdivisions  de  geiites  primitives  —  auquel  cas  le  témoignage  de 
ces  noms  appuierait  l'hvpothèse  qu'on  a  fondée  sur  celui  des  Fahii. 

2.  M.  Tylor  a  pensé  que  cette  idée  de  la  métempsvcose  ou  de  la  trans- 
migration, si  répandue  chez  les  primitifs,  était  à  l'origine  du  totémisme;  je 
crois,  pour  ma  part,  qu'elle  n'en  est  qu'une  conséquence,  car  l'idée  que  les 
morts  d'un  clan  deviennent  les  membres  d'un  clan  animal  ou  végétal  pré- 
suppose celle  d'une  certaine  fraternité  entre  le  clan  humain  et  l'espèce 
dont  il  s'agit.  Diogène  Laérce  dit  très  bien  que  l'interdiction  de  toute  nour- 
riture animale  chez  les  Pvthagoriciens  est  fondée  sur  l'opinion  qu'ils  sou- 
tiennent de  l'identité  de  nature  entre  l'homme  et  les  bêtes,  xo;vov  oixatov 
f,aîv  £/fJvT'i)v  'i'j/r,:.  Même  dans  la  littérature  grecque  classique,  il  y  a  des 
traces  d'une  vieille  croyance  à  l'intimité  entre  les  hommes  et  les  bêtes 
(Iliade,  XIX,  404),  idée  que  la  fable  animale  a  perpétuée  dans  la  littérature. 

3.  ~Ic70v  TOL  x'jajjioj:  xs  çaycTv  X£çaXâ;  Tc  TO/.rJojv.  —  ActXoi  -avosiXot, 
-/.uâijLtov  0L7ZO  "/ôtpaç  k'/caO:.  Ct.  Abel,  Orphica,  p.  259. 

4.  Cf.  Ovide,  Fastes,  V,  419  et  suiv. 

5 .  La  sainteté  de  l'oignon  paraît  avec  évidence  dans  cette  histoire  ra- 
contée par  Ovide,  où  Numa  trompe  Jupiter  en  lui  offrant  des  têtes  d'oignon 
à  la  place  de  têtes  d'hommes  {Fast>!s,  III,  340). 


282  Salonwn  Reinach. 

il  fiiut  cependant,  avant  de  prendre  congé  d'eux,  examiner  de 
plus  près  les  trois  tabous  d'origine  totémique  dont  le  conqué- 
rant romain  nous  a  conservé  le  souvenir. 

Un  folkloriste  anglais  a  récemment  montré  que,  dans  la  re- 
ligion populaire  du  pays  de  Galles,  le  lièvre,  la  poule  et  l'oie 
jouent  encore  un  certain  rôle,  de  même,  d'ailleurs,  qu'une 
vingtaine  d'autres  animaux  ^  Ce  sont  autant  de  survivances 
lointaines  de  ce  totémisme  dont  l'origine,  à  l'époque  de  César, 
se  perdait  déjà  dans  l'obscurité  des  temps,  puisqu'il  a  dû  logi- 
quement précéder  la  domestication  des  animaux.  A  Pennant 
Melangell,  on  s'abstient  de  tuer  les  lièvres  ;  à  Llanfechain,  on 
les  chasse  une  fois  par  an.  Une  fois  par  an  aussi,  dans  plusieurs 
localités,  il  y  a  des  foires  où  l'on  vend  des  oies  et  où  l'on  en 
mange  avec  quelque  solennité.  Ailleurs,  le  coq  tué  le  mardi- 
gras  est  mangé  en  grande  cérémonie.  La  périodicité  du  festin 
rituel,  dont  un  certain  animal  fiiit  les  frais,  est  une  des  survi- 
vances les  plus  ordinaires  du  totémisme.  Il  y  a  même  des  clans 
totémiques  qui  mangent  habituellement  leur  totem,  mais  qui, 
une  fois  par  an,  le  mangent  avec  plus  de  cérémonie,  comme 
pour  s'imprégner  de  sa  sainteté  et  lui  rendre  hommage-. 

L'auteur  de  l'article  que  nous  venons  de  citer  écrit  (p.  3  18)  : 
«  Boadicée,  selon  Jules  César,  portait  avec  elle  un  lièvre  qui 
devait  lui  porter  bonheur  quand  elle  allait  combattre  les  Ro- 
mains ».  Jules  César  n'a  point  parlé  de  Boadicée  (de  son  vrai 
nom  Boudicca),  et  pour  cause;  le  texte  visé  est  dans  Dion 
Cassius  et  prête  du  reste  à  quelque  ambiguïté  3.  Boadicée  vient 
de  terminer  un  discours  à  ses  guerriers  en  traitant  les  Romains 
de  lièvres  et  de  renards  qui  prétendent  commander  à  des 
chiens  et  à  des  loups.  «  Ayant  dit  cela,  elle  lâcha  un  lièvre  de 
son  sein,  usant  d'une  sorte  de  divination,  et  la  course  de  l'animal 
ayant  donné  un  présage  heureux,  la  multitude  poussa  des 
cris  de  joie.  »  Or,  d'abord,  il  est  évident  que  Dion  Cassius 
ne  parle  pas  en  témoin  oculaire  ;  les  discours  qu'il   prête  à 

1.  M.   W.    Thomas,    dans  la  Revue  de  l'Histoire   des   Religions,    1898, 

P-  295-347- 

2.  Ibid.,  p.  302. 

3.  Dion  Cassius,  LXII,  6  (éd.  Gros  et  Boisséc). 


Les  sinriraiiccs  du  Totémisme.  28^ 

Boadicée,  où  il  est  question  de  Nitocris  et  de  Sémiramis,  n'ont 
manifestement  pas  été  tenus.  Il  ne  faut  donc  attacher  aucune 
importance  à  la  comparaison  des  Romains  avec  des  lièvres, 
qui  marque  la  fin  d'un  de  ces  discours  de  sophiste.  Tout  ce 
qu'on  peut  retenir,  c'est  que  Boadicée  avait  un  lièvre  familier  et 
qu'elle  s'en  servit,  dans  une  circonstance  solennelle,  pour  in- 
terroger l'avenir.  Or,  le  lièvre  familier  de  la  princesse  bretonne 
est  bien  un  de  ces  animaux  sacrés  que  les  Bretons,  du  temps 
de  César,  élevaient  sans  en  faire  leur  nourriture,  —  de  sorte 
que  le  texte  de  Dion  Cassius  est  d'accord  avec  celui  de  César 
—  et  la  circonstance  qu'on  l'emploie  à  la  divination  en  con- 
firme le  caractère  totémique.  Robertson  Smith  a  montré,  en 
effet,  que  les  animaux  d'augure  avaient  été,  à  l'origine,  des 
animaux  sacrés.  Chez  les  peuples  bien  doués  et  qui  marchent 
vers  la  vraie  civilisation,  la  phase  proprement  totémique  est 
nécessairement  très  courte,  car  si  le  totémisme  provoque  la 
domestication  des  animaux,  cette  domestication,  à  son  tour, 
la  fait  disparaître,  en  rendant  de  plus  en  plus  facile  et  général 
l'usage  de  leur  viande.  Dans  les  pays  où  le  totémisme  s'est 
conservé  jusqu'à  nos  jours,  il  n'y  a  pas  ou  presque  pas  d'ani- 
maux domestiques,  parce  que  les  animaux  indigènes  ne  se  prê- 
taient pas  à  la  domestication;  en  revanche,  là  où  il  y  a  des 
animaux  domestiques,  on  ne  trouve  plus  que  des  survivances 
du  totémisme.  L'une  de  ces  survivances  consiste  précisément 
en  ceci,  que  l'animal  considéré  autrefois  comme  l'ami  et  le  pro- 
tecteur du  clan  continue  à  lui  témoigner  sa  bienveillance  en  lui 
révélant  les  secrets  de  l'avenir. 

C'est  ce  qui  peut  être  constaté  clairement  dans  le  cas  de  la 
poule,  cet  autre  totem  des  Bretons  au  temps  de  César.  Animal 
domestique  depuis  une  haute  antiquité,  la  poule  a  dû  être 
totem  dans  bien  des  pays,  sans  quoi  on  ne  l'eût  pas  domes- 
tiquée ;  à  Rome,  le  souvenir  de  cette  sainteté  primitive  sur- 
vécut dans  l'usage  augurai  des  poulets  sacrés.  Lorsque  le  consul 
Appius  Claudius  Pulcher,  avant  la  bataille  de  Drepanum, 
ordonna  de  jeter  à  l'eau  les  poulets  qui  refusaient  de  manger^, 
il  aggrava  son  incrédulité  d'un  sacrilège  :  les  poulets   sacrés 

I.    Tit.  Liv.,  Perioch.  Jibri  xix. 


284  Sdlomon  Reinach. 

étaient  totem,  non  moins  que  les  oies  du  Capitole.  Pour  ex- 
pliquer l'ancien  usage  qui  leur  prescrivait  d'entretenir  ces  oi- 
seaux, les  Romains  avaient  inventé  l'histoire  de  l'attaque  du  Ca- 
pitole par  les  Gaulois,  reconnus  à  temps  et  repoussés  grâce  à  la 
vigilance  des  oies  de  Junon.  Nous  avons  déjà  vu  que  les  tribus 
totémiques  actuelles  expliquent  souvent  le  culte  qu'elles  ren- 
dent aux  animaux  totems,  ou  les  égards  dont  elles  les  entourent, 
par  le  souvenir  de  quelque  service  éclatant.  Les  explications  de 
ce  genre  ne  sont  jamais  sérieuses,  d'abord  parce  que  ce  sont 
des  sauvages  qui  les  allèguent,  puis  parce  que  le  sentiment  de 
la  gratitude,  encore  assez  faible  chez  les  civilisés,  n'a  guère  pu 
tenir  une  grande  place  chez  les  primitifs  :  il  fout  enseigner  aux 
enfonts  à  dire  merci.  Si  donc  la  fable  romaine  ne  mérite 
pas  plus  de  créance  que  celles  dont  nous  entretiennent  les 
Peaux-Rouges,  force  est  de  considérer  l'oie  comme  le  totem 
d'un  ancien  clan  romain  qui  avait  élu  domicile  sur  le  Capitole. 
Ce  clan,  dont  le  cognomen  Anscr  conserve  peut-être  le  sou- 
venir, avait  des  croyances  analogues  à  celles  d'un  des  clans 
bretons  mentionnés  par  César  :  il  entretenait  des  oies,  non 
pour  s'en  nourrir,  mais  religionis  causa.  L'histoire  des  oies 
vigilantes  est  du  même  ordre  que  celle  de  la  louve  romaine, 
nourrice  de  Romulus  et  de  Rémus.  Le  totem  du  loup  était 
très  répandu  en  Italie,  où  certains  prêtres  s'appelaient  lupi 
(hirpi)\  comme  certaines  prêtresses  d'Artémis,  en  Grèce, 
s'appelaient  ourses  (apy-tc.)  -  ;  on  pourrait  citer  un  bon  nombre 
d'exemples  de  ces  désignations,  qui  attestent  l'existence  de 
cultes  totémiques  où  les  fidèles,  dans  certaines  cérémonies, 
revêtaient  la  peau  de  l'animal  totem.  Avant  d'être  identifié  à 
l'Arès  hellénique,  Mars,  le  père  de  Romulus  et  de  Rémus,  était 
un  loup,  animal  dont  ses  images  portent  la  dépouille  et  qui 
est  resté  non  seulement  son  attribut,  mais  sa  victime  favorite. 
Or,  la  victime  favorite  d'un  dieu,  celle  dont  il  revêt  la  peau, 
n'est  jamais,  à  l'origine,  que  ce  dieu  lui-même  :  témoin 
l'Apollon  Lykios  des  Grecs,  dont  on  fit  plus  tard  un  tueur  de 
loups,    l'Apollon  Parnopios,    dont  on  fit  un  tueur  de  saute- 


1.  Cf.  Keller,  Tbicrc  da  AUerthuuis,  p.  172. 

2.  Voir  Frazer,  Paiisauias,  t.  IV,  p.  224. 


Les  siiiriranct's  du  Totémisme.  2Ss 

relies,  l'Apollon  Smintheus,  dont  on  fît  un  tueur  de  souris, 
l'Apollon  Siiuroctone,  en  réalité  Apollon  Sauros,  dont  on  fit 
un  tueur  de  serpents,  le  Dionysos  Bassareus,  dont  on  fit  un 
tueur   de   renards,    etc.  ^  Le  loup   surmontait   les  enseignes 
romaines  et  Tacite  savait  encore  que  les  animaux  figurés  sur 
les  enseignes  étaient  des  animaux  sacrés,  non  des  symboles 
poétiques,  puisqu'en  parlant  d'un  peuple  de  la  Germanie,  les 
Aestii,  il  s'exprime  ainsi  :  Insigne  suverstitiokhs  formas  aprornm 
gestant^.  Quand  les  tribus  romaines  primitives  se  furent  élevées 
au-dessus  du  totémisme,  tout  en  conservant  quelques  usages 
et  quelques  tabous  qui  témoignent  de  cet  état  religieux,  les 
vestiges  du  culte  du  loup  donnèrent  naissance  à  la  fable  de  la 
fondation  de  Rome,  comme  celles  du  culte  de  l'oie  à  la  fable 
de  la  victoire  nocturne  sur  les  Gaulois,  Le  totémisme  a  disparu 
à  peu  près  partout,  laissant,  à  peu  près  partout,  des  coutumes 
singulières    que   la  curiosité  humaine  veut  expliquer  à  tout 
prix;  il  n'est  donc  pas  surprenant,  malgré  le  dire  de  certains 
antiquaires,  mais,  au  contraire,  fort  naturel,  que  des  légendes 
semblables  à  celles  de  Romulus  et  de  Rémus  aient  pris  nais- 
sance indépendamment  dans  divers  pays  3.  Ainsi  l'ancêtre  my- 
thique du  peuple  turc  est  le  nourrisson  d'une  louve  et  d'autres 
tribus  des  steppes  de  l'Asie  Centrale  racontent  des  histoires 
analogues +.    L'ancienne  exégèse  mythologique,    en   présence 
de  pareilles  concordances,  admettait  volontiers  un  emprunt  ; 
en  1887  encore,  M.   Keller  ne  craignait  pas  d'écrire  :    «  La 
légende   de   la  louve   n'est   pas   un   produit    du   sol   italique 
(uritalisch),  car  nous  pouvons  la  suivre  clairement  jusque  dans 
l'Asie  antérieure  ».    Ainsi  la  louve    romaine  était   d'origine    Z 
;isiatique  !  Ce  n'est  pas  un  des  moindres  bienfiits  de  la  mytho-     ' 
logie  anthropologique  d'avoir  substitué   à  d'aussi  singulières 
hypothèses  des  explications  moins  pénibles  à  accepter. 

En  dehors  du  texte  de  César,  il  existe  encore  au  moins  un 

1.  Ridgewav,  Classical  Review,  t.  X,  p.  21. 

2.  Tacite,  Germanie,  XLV. 

5.  Une  liste  de  ces  légendes  est  donnée  par  Frazer,  Paiisaiiias,  t.  III, 
p.  234.  Les  animaux  nourriciers  sont  la  louve,  la  biche,  l'ourse,  la  vache, 
la  jument,  l'abeille,  la  colombe.  Ajoutez  la  chienne  (Esculape),  Festus,  s.  v. 
In  insuld  (Frazer,  ibiJ.,  t.  III,  p.  250). 

4.    Keller,  Thiere  des  Alterthunis,  p.  17^. 

Revut  Celtique,  XXL  20 


286  Salomon  Reinach. 

témoignage  littéraire  —  d'époque,  à  la  vérité,  plus  tardive  — 
qui  fournit  une  preuve  irrécusable  du  totémisme  celtique.  Le 
héros  de  l'épopée  irlandaise,  Cuchitlainn,  porte  un  nom  qui 
signifie  «  le  chien  de  Culann  »  ;  or,  cet  homme  du  clan  c])ien 
est  soumis  au  tabou  ordinaire  qui  pèse  sur  les  clans  toté- 
miques  :  il  ne  doit  pas  manger  son  totem,  du  moins  en  dehors 
de  certaines  cérémonies  religieuses.  Dans  le  récit  irlandais,  au 
moment  où  Cuchulainn  va  engager  sa  dernière  bataille,  il  ren- 
contre trois  vieilles  qui  l'invitent  à  manger  du  chien.  Dès 
qu'il  a  touché  à  cette  nourriture  interdite,  «  la  malédiction 
atteint  tout  son  côté  gauche  qui,  de  la  tête  aux  pieds,  perd  une 
grande  partie  de  sa  force  ^  ».  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  en 
racontant  cet  épisode,  parle  d'une  «  détense  magique  »  qui 
interdisait  à  Cuchulainn  la  chair  de  son  animal  homonyme. 
Il  ne  peut  être  question  là  de  magie,  puisque  l'interdiction  de 
la  nourriture  totémique  est  un  fait  général,  tandis  que  la 
magie  ne  vise  que  .jdes  cas  particuliers.  On  a  fait  observer 
qu'une  légende  relative  à  saint  Patrice  reproduit  le  même 
trait,  alors  cependant  que  le  nom  du  saint  n'atteste  pas  qu'il 
appartînt,  comme  Cuchulainn,  aune  tribu  totémique^.  Une 
femme  païenne  voulut  lui  faire  manger  à  son  insu  un  plat  de 
chien.  Le  saint  se  méfia  à  l'aspect  de  la  viande  et  pria  Dieu  de 
rendre  à  l'animal  qu'on  lui  offrait  sa  forme  première.  Aussitôt 
un  lévrier  jaune  s'élança  du  plat  et  s'enfuit  dans  le  district  de 
Waterford.  Saint  Patrice  ordonna  aux  paysans  qui  l'entouraient 
de  le  poursuivre  et  de  le  tuer,  puis  il  maudit  la  vieille  femme 
et  son  village,  où  jamais,  depuis,  il  n'a  manqué  de  boiteux  ni 
de  sourds-muets.  Il  y  a  sans  doute  dans  cette  histoire  un  sou- 
venir de  la  saga  de  Cuchulainn  ;  mais  il  est  curieux  de  constater 
qu'au  moment  où  elle  prit  naissance,  le  tabou  du  chien  était 
encore  assez  vivace  en  Irlande  pour  qu'il  ait  paru  inutile  de 
l'expliquer  3, 


1 .  D'Arbois  de  Jubainville,  L'épopée  celtique  en  Irlande,  p.  356. 

2.  W.  C.  Borlase,  The  dolmens  of  Irelaud,  t.  111(1897),  p.  879,  d'après 
O'Donovan.  Je  ne  trouve  pas  d'autre  mention  de  cette  légende. 

5.  M.  Stoices  veut  bien  m'apprendre  que,  d'après  \q  Livre  Jaune  de  Lecan 
(éd.  Atkinson,  p.  91),  le  roi  Conaire,  fils  d'un  oiseau,  ne  devait  pas  tuer 
des  oiseaux.  Cf.  Revue  Celtique,  t.  XII,  p.  242. 


Les  survivances  du  Totémisme.  2S7 

Ce  que  les  textes  littéraires  ne  nous  disent  pas,  la  topo- 
nymie, l'onomastique  et  l'archéologie  peuvent  nous  l'ap' 
prendre.  Or,  il  est  remarquable  que  ces  deux  sciences  four- 
nissent, au  sujet  du  totémisnie  celtique,  des  indications 
sinrruliè'rement  concordantes. 

M.  d'Arbois  de  Jubainville,  sans  s'occuper  du  totémisme,  a 
mis  en  lumière  le  caractère  sacré  de  divers  animaux  et  végé- 
taux d'après  les  noms  d'hommes  qui  en  dérivent  au  moyen 
du  suffixe  -genos,  marquant  la  filiation  mythologique  chez  les 
Celtes  ^  Ces  animaux  sont  l'ours,  le  sanglier,  le  taureau,  le 
chien  et  le  corbeau  ;  les  végétaux  sont  le  chêne  et  l'aulne.  On 
a  les  noms  Arti-gcnos,  Matu-genos,  *  Uro-genos  (Urogcncrtus, 
Urogenia),  *  Cunogenos  {Congcn,  ix^  siècle),  * Brannogenos 
ÇBrannogeniiiiJi  en  Grande-Bretagne),  *  Vidu-gciios  (Gnid-gcn), 
*  Venno-gcnos  (Giiern-gcn).  Je  n'insiste  pas  sur  ces  fliits  linguis- 
tiques, n'ayant  rien  à  ajouter  à  ceux  que  M.  d'Arbois  a 
réunis,  mais  j'observe  qu'un  nom  propre,  attestant  une  filiation 
animale  ou  végétale,  peut  toujours  être  considéré  sinon  comme 
une  preuve,  du  moins  comme  un  indice  de  totémisme.  Ce 
principe  a  été  appliqué  par  Robertson  Smith  et  d'autres  à  la 
démonstration  du  totémisme  primitif  des  Hébreux,  seule  expli- 
cation rationnelle  des  interdictions  alimentaires  qui  pèsent 
encore  sur  leurs  descendants-. 

Nous  allons  montrer  que  le  témoignage  de  l'archéologie 
confirme  et  complète  celui  de  l'onomastique. 

A  en  croire  les  chroniqueurs  du  moyen  âge,  le  duc  de 
Zaehringen,  Berthold  V,  vicaire  de  l'Empereur,  aurait,  en  1 191 
après  J.-C,  fait  creuser  un  fossé  pour  protéger  le  village  établi 

1 .  Revue  Celtique,  t.  VIII,  p.  181  ;  t.  X,  p.  166. 

2.  Indiquée  en  1870  par  Maclennan  (For/H/VMviîmfU',  1870,  I,  p.  207), 
la  théorie  du  totémisme  hébraïque  a  été  développée  par  Robertson  Smith 
(Journal  of  Philology,  1880,  p.  75),  acceptée  par  Stade  (Gcsch.  Israels,  t.  I, 
p.  408)  et  soumise  à  une  critique  approfondie  par  Joseph  Jacobs  (Studies  iii 
bihlicdl  archaeology,  Londres,  1894,  p.  64-103).  —  Sur  la  tyrannie  des  lois 
alimentaires,  qui  pèsent  d'un  poids  si  lourd  sur  les  Juifs  pauvres  et  pieux 
dans  leur  lutte  pour  l'existence,  voir  le  courageux  ouvrage  du  rabbin  Wie- 
ner, Die  jiïdischen  Speiscgeset-e  (Breslau,  1895)  et  l'article  trop  peu  remarqué 
que  lui  a  consacré  M.  Claude  Montefiore  (Jewish  Ouarterly  Revie-w,  1896, 
p.  392-413)- 


288  Salomon  Rcinacb. 

auprès  de  son  château  de  Nydeck;  la  ville  ainsi  délimitée  aurait 
reçu  le  nom  de  Berne,  du  nom  signifiant  ours  en  allemand 
(Bacr)  et  en  souvenir  d'un  plantigrade  gigantesque  que  le  duc 
Berthold  avait  tué  près  de  là.  Cette  histoire  a  été  répétée  par 
tous  les  historiens  de  Berne  et  l'on  explique  ainsi  pourquoi  la 
ville  entretient,  depuis  des  siècles,  des  ours  qui  inspirent  aux 
Bernois  un  vague  sentiment  de  respect  et  d'affection. 

Or,  l'histoire  de  Berthold  V  n'est  pas  moins  légendaire  et 
ctiologiqiie  que  celle  des  oies  du  Capitole  ;  il  s'agit  d'un  culte 
totémique,  antérieur  de  plusieurs  dizaines  de  siècles  à  Ber- 
thold ;  un  hasard  heureux  veut  que  nous  puissions  aujourd'hui 
en  fournir  la  preuve. 

Au  mois  de  mai  1832,  on  découvrit  à  Mûri,  village  situé 
dans  les  environs  immédiats  de  Berne,  un  lot  de  statuettes  ro- 
maines en  bronze  qui  sont  conservées  aujourd'hui  au  musée 
bernois.  Parmi  ces  statuettes,  il  y  avait  une  figure  d'ourse,  qui 
fut  prise  d'abord  pour  celle  d'un  gros  dogue  ou  d'un  hippopo- 
tame (!),  une  déesse  assise  tenant  une  patère  et  des  fruits,  une 
tige  surmontée  d'un  panier  avec  des  fruits,  un  arbre  tortueux, 
enfin  un  piédestal  avec  l'inscription  deae  artioxi  licixia  sabi- 
NiLLA.  On  ne  tarda  pas  à  reconnaître  que  la  déesse,  le  panier 
et  l'arbre  avaient  leur  place  marquée  sur  le  piédestal,  mais  on 
ne  songea  pas  à  y  placer  l'ourse,  bien  que  Studer,  en  1846,  et 
Bachofen  en  1863  eussent  exprimé  l'opinion  que  cet  animal 
appartenait  au  groupe.  Enfin,  en  1899,  M.  le  pasteur  Paul 
Vionnet  établit,  sans  contestation  possible,  que  les  pattes  de 
l'ourse  avaient  laissé  leur  trace  sur  le  piédestal,  entre  l'arbre  et 
la  déesse  ;  le  groupe  put  alors  être  reconstitué  dans  son  inté- 
grité, tel  que  le  reproduit  notre  gravure  (planche  I)  ^ 

Alors  même  que  le  nom  de  la  déesse  ne  serait  pas  donné 
par  l'inscription  et  qu'on  y  verrait  simplement,  comme  l'ont 
fait  les  premiers  commentateurs,  une  Pomone,  les  conclusions 
qui  se  dégageraient  de  cet  ensemble  seraient  assez  claires. 
L'ours  n'est  pas  et  n'a  jamais  été  un  animal  domestique;  s'il 


I .  Dans  le  Képcrtoire  de  la  statuaire,  t.  II,  p.  238,  1  et  p.  729,  3,  j'ai  re- 
produit séparément  l'ourse  et  le  reste  du  groupe;  le  rapprochement  de  ces 
morceaux  n'avait  pas  encore  été  tenté. 


Les  surriiuinccs  du  Totémisme.  2.S9 

est  représente  ici  s'approchant  d'une  déesse  pour  manger  les 
fruits  qu'elle  tient  dans  la  main,  c'est  qu'il  est  conçu  comme 
un  animal  apprivoisé.  Mais  cet  animal  est  nourri  par  une 
déesse  ;  il  participe  donc  à  son  caractère  de  sainteté.  Ce  carac- 
tère a  subsisté  à  travers  les  siècles  ;  les  ours,  objets  d'un  culte 
populaire,  ont  donné  leur  nom  à  Berne  et  sont  encore  entre- 
tenus aux  frais  des  habitants  de  cette  ville,  comme  l'étaient, 
dans  certains  nomes  de  l'Egypte,  les  crocodiles,  les  chacals  et 
les  chats  ^ 

Le  nom  de  la  déesse,  Artio,  a  été  rapproché,  dés  l'époque 
de  la  découverte,  du  nom  indo-européen  de  l'ours,  en  grec 
xr/-::,  en  celtique  artos,  féminin  arta.  Le  suffixe  -io(n),  qui 
est  fréquent  dans  les  noms  de  lieux  celtiques  comme  dans  les 
noms  de  personnes,  exprime  une  relation  assez  vague,  à  la 
taçon  du  suffixe  -ios;  Artio  est  à  Artos  comme  Hippîos,  surnom 
de  Poséidon,  est  à  Hippos  et  signifie:  «  la  déesse  ursine  ». 
Cela  est  tellement  évident  qu'on  hésiterait  à  y  insister  si  une 
autre  explication  ne  tendait  à  prévaloir,  sans  doute  à  cause  de 
la  répugnance  qu'éprouvent  certains  philologues  à  reconnaître 
les  faits  totémiques  dans  le  domaine  européen.  M.  Rhys  a  pro- 
posé de  faire  dériver  le  nom  à! Artio  du  celtique  àr,  signifiant 
0  terre  arable  ou  labourée-  »,  et  M.  Ihm  a  écrit,  à  l'article 
Artio,  dans  la  dernière  édition  de  la  Reahncyclopaedie  de  Pauly  : 
«  L'étymologie  du  nom  est  peut-être  l'irlandais  art  (pierre, 
terre),  de  sorte  que  nous  aurions  affaire  à  une  divinité  de 
l'abondance  ».  Ces  hypothèses  auraient  sans  doute  été  épar- 
gnées à  la  science  si  la  reconstitution  du  groupe  avait  eu  lieu 
assez  tôt  pour  être  connue  de  MM.  Rhys  et  Max  Ihm. 

Artio  est  une  déesse  ursine  comme  Apollon,  par  exemple, 


1 .  Chez  les  primitifs,  l'aaimiil  totem  est  souvent  gardé  et  nourri  par  ses 
fidèles.  Un  clan  de  Samoa  nourrissait  des  anguilles,  un  autre  des  écrcvisses. 
Chez  les  Kelongs  de  Java,  dont  le  totem  est  le  chien  rouge,  chaque  fltmille 
possède  un  chien  rouge,  que  personne  n'a  le  droit  de  battre  ni  de  mal- 
traiter. Dans  quelques  villages  Moquis,  on  tient  en  cage  et  on  nourrit  des 
aigles  (comme  à  Genève).  Les  Ainos  du  Japon  et  les  Gilgaks,  peuple  de 
l'Amour  inférieur,  tiennent  en  captivité  des  ours  ;  les  femmes  Aïnos  vont 
jusqu'à  allaiter  des  oursons  !  (Frazer,  Le  lolèmisme,  irad.  fr.,  p.  21  et  suiv., 
où  l'on  trouvera  les  références). 

2.  Rhys,  Hibbcrl  tectures,  1886,  p.  6. 


290  Sdlomon  Reinach. 

est  un  dieu  lupin,  A>/.'.:r.  Quand  le  totémisme  primitif  fut 
oublié,  ces  épithètes  restèrent  attachées  aux  noms  des  divinités 
et  provoquèrent  diverses  explications.  Tantôt  le  dieu  ou  la 
déesse  est  l'ennemi  d'un  animal,  protège  le  pays  ou  la  cité 
contre  ses  atteintes  ;  tantôt  il  en  £iit  son  compagnon  ou  sa 
monture  ;  tantôt  il  exige  qu'on  le  lui  offre  en  sacrifice  dans 
des  circonstances  solennelles  ou  à  des  fêtes  périodiques.  Ainsi 
Hécate  est  dite  7:x/z7ox'rr,:,  se  complaisant  aux  sacrifices  de 
chiens,  et  nous  savons,  en  effet,  que  jusqu'à  la  fin  de  l'anti- 
quité on  sacrifia  des  chiens  à  Hécate.  Mais  Porphyre  nous 
apprend  que,  dans  le  culte  d'Hécate,  on  invoquait  la  déesse 
en  l'appelant  «  chienne  »  ',  et  Nonnos  l'appelle  z,'.\ct/.j\xz, 
c'est-à-dire  «  aimant  les  chiens  »  -.  Hécate,  déesse  infernale, 
déesse  à  trois  faces,  toujours  accompagnée  de  chiens,  ressemble 
singulièrement  à  Cerbère,  le  chien  infernal  à  triple  tête.'  Evi- 
demment, c'est  l'invocation  rituelle  qui  a  conservé  le  plus  an- 
cien souvenir  de  la  nature  primitive  d'Hécate,  antérieure  à  la 
période  anthropomorphique  de  la  religion  grecque.  Le  sacri- 
fice de  chiens  à  Hécate,  autre  fait  rituel  et,  par  conséquent, 
très  ancien,  vient  à  l'appui  de  cette  opinion.  Robertson  Smith 
a  démontré  en  1889  — et  sa  démonstration  est  irréfutable  — 
que  chez  les  Grecs  comme  chez  les  Sémites  et  bien  d'autres 
peuples,  par  exemple  les  Mexicains,  le  sacrifice  par  excellence 
est  celui  du  totem,  dont  les  fidèles  se  partagent  la  chair  pour 
se  sanctifier.  La  victime  favorite  d'une  divinité  n'est  autre,  à 
l'origine,  que  cette  divinité  elle-même  ;  on  conçoit  que  lorsque 
cette  idée  eut  disparu,  le  vulgaire  se  soit  imaginé  que  la  vic- 
time en  question  était  l'objet  de  la  haine  delà  divinité  et  qu'on 
ait  inventé  des  histoires  pour  la  motiver  3. 

Ce  qui  est  vrai  d'Hécate  l'est  aussi  d'Apollon  qui,  dans  plu- 
sieurs tribus  grecques,  a  certainement  pris  la  place  d'un  loup  4. 
Suivant  une  tradition  recueillie  par  Aristote,  Latone  avait  donné 
naissance  à  Apollon  sous   la  forme  d'un   loup;   en  d'autres 


1.  Porphvre,  Dcabsliu.,  III,  17;  IV,  16.  Cf.  Robertson  Smith,  Relig.  of 
the  Sémites,  p.  272. 

2.  Nonnos,  Dionys.,  III,  74. 

3.  Cf.  Hubert  et  Mauss,  Essai  sur  le  sacrifice  (1899),  p.  120,  128. 

4.  Cf.  Frazer,  Pausau'uis,  t.  II,  p.  195. 


Les  surriranccs  Ja  Tolémismc 


291 


termes,  Apollon,  fils  de  Latone,  est,  à  l'origine,  un  loup  fils 
d'une  louve,  comme  Romulus  et  Rémus.  A  Argos  et  à  Athènes, 
il  existe  un  vieux  culte  d'Apollon  Xjy.'.oç.  L'Athénien  qui  avait 
tué  un  loup  organisait  une  souscription  pour  l'enterrer  avec 
honneur^,  fait  fi'équent  dans  les  cultes  totémiques  et  qu'on 
constate,  en  Grèce  même,  dans  l'île  de  Sériphos,  ou  Elien  nous 
dit  que  les  homards  trouvés  morts  sont  enterrés  et  pleures 
comme  s'ils  appartenaient  à  une  famille  de  l'île  ~.  A  Argos,  le 
loup  est  figuré  sur  les  monnaies.  Une  fois  que  les  Grecs  fu- 
rent complètement  sortis  de  la  phase  totémique,  l'association 
traditionnelle  d'Apollon  avec  le  loup  provoqua  deux  expli- 
cations contradictoires.  Sinvant  les  uns,  il  était  le  protecteur 
des  loups  ;  suivant  d'autres,  il  était  le  massacreur  des  loups  et 
l'on  rappelait  qu'il  avait  dû  s'exercer  à  ce  rôle  du  temps  qu'il 
était  berger  chez  Admète^.  Ainsi,  mise  en  présence  des  sur- 
vivances du  totémisme,  la  croyance  populaire  ou  l'exégèse  sa- 
vante hésite  souvent  entre  deux  hypothèses:  le  dieu  est-il  l'ami 
ou  l'ennemi  de  l'animal  auquel  il  est  associé?  Primitivement,  il 
n'est  ni  l'un  ni  l'autre,  puisqu'il  est  l'animal  lui-même,  ou 
plutôt  parce  que  la  notion  de  divinité  réside  dans  le  clan  animal  ; 
mais  on  a  vite  fait  de  ne  plus  penser  à  cela  dès  que  la  mytho- 
logie, greffée  sur  la  religion,  a  substitué  des  dieux  individuels  aux 
espèces  divines.  En  Troade  et  ailleurs,  on  élevait  et  on  nour- 
rissait des  souris  sacrées  dans  les  temples  d'Apollon,  que  l'on 
appelait  Sminthien,  c'est-à-dire  souris;  Elien  nous  apprend, 
d'autre  part,  que  les  habitants  d'Hexamitos,  en  Troade,  ren- 
daient un  culte  particulier  aux  souris  4.  Mais  alors  qu'Apollon 
était  considéré  quelquefois  comme  le  protecteur  des  souris, 
ailleurs  et  plus  souvent  on  se  le  figurait  comme  le  dieu  qui 


1.  Schol.  Apoll.  Rhod..  II,  124. 

2.  Elien,  Y\io\  i^tiiwv,  XIII,  26.  A  Samoa,  un  homme  du  clan  des  hibous, 
qui  trouvait  un  hibou  mort  sur  son  chemin,  s'asseyait,  pleurait  sur  l'animal 
mort  et  se  frappait  le  front  jusqu'au  sang.  Une  tribu  arabe  avait  coutume 
d'enterrer  les  gazelles  mortes  et  portait  le  deuil  de  ces  animaux  pendant 
sept  jours  (Frazer). 

3.  Cf.  Lang,  Myth  and  ritital,  a^éd.,  t.  II,  p.  221. 

4.  Cf.  Frazer,  Pausanias,  t.  V,  p.  289,  et  t.  III,  p.  368.  Les  Mysicns 
doivent  probablement  leur  nom  à  la  souris  (nuis),  comme  les  Lvciens  au 
loup. 


292  Sjlomon  Rtiihicli. 

avait  dclivré  les  Sminthiens  de  ces  animaux  maltaisants.  Le 
sacrifice  périodique  et  solennel  de  souris  à  Apollon  Sminthien 
ne  pouvait  que  confirmer  cette  opinion,  dont  le  caractère  tardif 
et  prosaïque  est  évident.  Il  est  à  noter  que  la  souris  est  un  objet 
d'horreur  pour  la  législation  mosaïque  et  qu'elle  paraît  avoir  été 
revêtue  d'un  caractère  sacré  chez  les  Philistins  et  chez  quelques 
sectaires  juifs  ^  Ces  deux  conceptions  de  V impur  et  du  très  pur 
reviennent  au  même,  comme  l'ont  établi  Frazer  et  Robertson 
Smith  ;  elles  se  fondent  à  l'origine  dans  une  conception  plus 
compréhensive,  celle  du  tabou  ou  de  r«  intangible  »,  qui  est 
la  marque  distinctive  des  animaux  et  des  végétaux  totem. 

Si  l'on  avait  demandé  à  un  Helvète  du  premier  siècle  après 
notre  ère  pourquoi  sa  déesse  Artio  avait  un  ours  familier,  il 
eût  sans  doute,  comme  les  Bernois  d'aujourd'hui,  répondu  en 
racontant  une  histoire  :  Artio  avait  délivré  son  canton  d'un 
ours  redoutable,  un  ours  avait  fait  découvrir  un  gué  à  une 
troupe  d'Helvètes,  Artio  exigeait,  pour  quelque  offense,  le  sa- 
crifice annuel  d'un  ours,  etc.  La  phase  totémique  remonte,  en 
Europe^  à  un  passé  si  lointain  que  l'antiquité  classique  n'en  a 
jamais  eu  qu'une  idée  vague,  exactement  comme  elle  a  ignoré 
les  âges  géologiques  antérieurs  au  nôtre,  qui  était  aussi  le  sien. 
Si  nous  sommes  mieux  informés,  cela  tient  à  ce  que  nous 
avons  retrouvé,  dans  les  civilisations  encore  rudimentaires  de 
l'Afrique,  de  l'Océanie  et  de  l'Amérique,  l'équivalent  d'un  état 
social  et  religieux  qui  a  précédé  de  beaucoup  celui  des  Grecs, 
des  Romains  et  des  Gaulois  dont  nous  entretient  la  littéra- 
ture. Ainsi,  bien  des  survivances  longtemps  inexplicables, 
que  les  textes  et  les  monuments  révèlent  chez  ces  peuples,  de- 
viennent claires  ou,  du  moins,  se  rattachent  à  des  conceptions 
générales,  dès  qu'on  les  étudie  à  la  lumière  de  l'ethnographie 
comparée. 

Le  culte  des  animaux,  c'est-à-dire  l'existence  d'animaux  in- 
dividuels sacrés  ou  consacrés,  n'est  pas  le  totémisme  et,  par 
ce  motif,  on  est  autorisé  à  dire  qu'il  n'y  a  pas,  à  l'époque  his- 

I .  Pour  la  prohibition  de  la  souris,  voir  Lèvitique,  XI,  29.  Pour  l'offrande 
de  souris  d'or  par  les  Philistins,  I  Sam.  VI,  4,  5.  L'allusion  à  la  souris 
mangée  rituellement  par  certains  sectaires  est  dans  Isaïe,  LXVl,  17;  voir 
aussi  Ezéchiel,  VIII,  10. 


Les  sun'iranccs  du  Totémisme.  295 

torique,  de  religions  lotémiques  dans  le  bassin  de  la  Méditer- 
ranée ^  Mais  on  se  persuade  focilement  que  la  thériolâtrie,  sous 
quelque  forme  qu'elle  se  présente,  n'est  intelligible  qu'en  tant 
que  survivance  d'un  totémisme  primitif  et  qu'il  est  légitime  de 
conclure  de  l'une  à  l'autre.  Nous  avons,  d'ailleurs,  dans  l'an- 
cienne Egypte,  l'exemple  d'une  religion  à  un  stage  intermé- 
diaire entre  le  totémisme  et  la  thériolâtrie.  M.  Frazer  a  écrit 
que  l'Egypte  était  un  «  nid  de  totems  »  ;  cela  est  vrai,  mais 
avec  cette  restriction  que  l'Egypte  historique  est  déjà  sortie 
depuis  longtemps  de  la  période  du  totémisme  strict,  et  que  le 
culte  des  animaux  tend  à  s'y  concentrer  sur  quelques  individus 
choisis,  comme  le  bœuf  Apis  ou  le  crocodile  deThèbes^.  «Le 
totémisme  pur,  dit  ailleurs  M.  Frazer,  est  démocratique;  c'est 
une  religion  d'égalité  et  de  fraternité  ;  chaque  individu  de  l'es- 
pèce totémique  en  vaut  un  autre.  Si,  par  conséquent,  un  indi- 
vidu de  l'espèce  s'élève  à  la  dignité  de  frère  aîné...,  s'il  occupe 
un  rang  supérieur  en  dignité,  le  totémisme  est  pratiquement 
abandonné  et  la  religion  s'achemine,  en  même  temps  que  la 
société,  vers  le  monarchisme  »  '.  Or,  cette  forme  décadente 
du  totémisme  ne  se  constate  pas  seulement  dans  l'ancienne 
Egypte  :  on  l'a  signalée  dans  l'Amérique  du  Nord,  au  Pérou, 
en  Patagonie  et  ailleurs.  Il  n'en  est  pas  moins  certain  que  les 
atténuations  du  totémisme  et  même  les  superstitions  popu- 
laires qui  en  sont  les  dernières  survivances  ne  peuvent  s'ex- 
pliquer, logiquement  et  historiquement,  que  par  l'hypothèse 
d'un  totémisme  strict  à  l'origine.  Cela  dit,  nous  allons  passer 
en  revue  les  animaux  sacrés  de  la  religion  celtique,  disjccta 
nicmhra  d'un  panthéon  thériomorphique  qui  n'est  pas,  à  la  vé- 
rité, le  totémisme,  mais  le  présuppose,  comme  les  blocs  erra- 
tiques témoignent  des  fleuves  de  glace  disparus. 


1.  Toutefois,  lorsque  M.  Victor  Henry  prévoit  le  jour  où  «  il  sera  aussi 
mal  porté  de  parler  de  totem  ailleurs  que  chez  les  Peaux-l^ouges,  ou  de 
tabou  hors  de  Polynésie,  que  de  prendre  Cannes  des  Alpes-Maritinies  pour 
le  théâtre  de  la  victoire  d'Annibal  »  (Rev.  critique,  1900,  I,  p.  132),  il 
montre  seulement  qu'on  peut  être  excellent  linguiste  sans  rien  entendre  aux 
choses  religieuses. 

2.  Hérod.,  II,  69. 

3.  Frazer,  Le  lotâiiisiiic,  trad.  franc.  (1898),  p.  128. 


294  Sdlomon  Rcinach. 

Une  des  divinités  celtiques  les  mieux  connues  est  Epona, 
dont  plus  de  120  monuments  nous  ont  conservé  le  nom  ou 
Timage".  On  la  représente,  à  l'époque  de  la  domination  ro- 
maine, tantôt  à  cheval,  tantôt  assise  entre  des  chevaux  ou 
nourrissant  des  poulains.  L'existence  de  ces  deux  types  suffit 
à  prouver  qu'Epona  n'était  pas  conçue  comme  une  déesse 
écuyère,  mais  seulement  comme  une  protectrice  des  chevaux. 
Elle  est  une  déesse  chevaline,  comme  Artio  est  une  déesse  ur- 
sine  et  son  nom  dérive  de  celui  du  cheval,  en  celtique  epos, 
comme  celui  d'Artio  dérive  de  celui  de  l'ours,  artos.  Si  donc 
nous  avons  eu  raison  de  voir  dans  Artio  une  déesse-ourse, 
plus  tard  dédoublée,  la  même  conclusion  est  légitime  pour 
Epona.  J'ajoute  que  dans  le  catalogue  des  monuments  relatifs 
à  cette  déesse,  figure  un  bas-relief  de  Chore}'  (Côte-d'Or),  où 
l'on  voit  seulement  une  jument  tetée  par  son  poulain-; 
Epona  est  absente,  et  cependant  cette  sculpture  présente  une 
frappante  analogie  avec  celles  où  la  jument,  accompagnée  de 
son  poulain,  est  montée  par  Epona  5.  Ainsi,  même  à  l'époque 
gallo-romaine,  on  n'avait  pas  complètement  oublié  la  vieille 
conception  thériomorphique  d'Epona, 

En  1861,  on  a  découvert  à  Neuvy-en-Sullias  (Loiret)  une 
collection  de  statuettes  et  de  statues  en  bronze  qui  paraît  avoir 
composé  le  trésor  d'un  temple  ■<.  Les  statuettes  représentent 
des  dieux  romains  et  des  personnages  sans  attributs  précis  ; 
les  statues,  ou  les  statuettes  de  grandes  dimensions,  sont  celles 
d'animaux  indigènes  en  Gaule.  Il  y  a  notamment  un  cheval, 
haut  de  plus  d'un  mètre,  un  cerf,  haut  de  0^,38,  trois  san- 
gliers, dont  le  plus  grand  a  o"',78  de  haut.  Sur  le  socle  du 
cheval  est  gravée  une  dédicace  au  dieu  Rudiobus,  que  nous  ne 
connaissons  pas  autrement  et  dont  le  nom  n'a  pas  encore  été 
expliqué  î.  Ce  socle  est  pourvu  d'anneaux  où  pouvaient  s'in- 


1 .  Au  catalogue  que  j'ai  dressé  en  dernier  lieu  dans  la  Revue  archéolo- 
gique, 1899,  II,  p.  62-70,  il  faut  ajouter  un  bas-relief  d'Algérie  qui  m'est 
obligeamment  signalé  par  M.  Gsell. 

2.  Revue  archéol.,  1898,  II,  p.  190. 

3.  Ibid.,  i89'),  l,  p.  168,  171,  173,  177. 

4.  S.  Reinach,  Broutes  figurés,  p.  241-261. 

5.  Ibid.,  p!  233. 


Les  survivances  du  Totémisme.  295 

sércr  des  brancards,  qui  permettaient  sans  doute  de  porter  la 
statue  du  cheval  dans  des  processions  religieuses.  Il  est  dithcile 
de  n'en  pas  conclure  que  le  cheval,  comme  la  jument,  a  été 
l'obiet  d'un  culte  en  Gaule  et  que  Rudiobus  désigne  un  dieu- 
étalon.  Nous  verrons  que  les  autres  animaux  représentés  dans 
la  trouvaille  de  Neuvy  doivent  être  considérés  également 
comme  des  animaux  sacrés. 

A  Bolar  dans  la  Côte-d'Or,  on  a  trouvé  un  mulet  de  bronze 
dom  le  socle  porte  une  dédicace  au  dieu  Segomo^  D'autre 
part,  plusieurs  inscriptions  mentionnent  un  Mars  Mu  10  ou 
MuUo,  dont  le  nom  suggère  un  rapprochement  avec  celui  du 
mulet  ^  On  admet  d'ordinaire  que  ce  Mars  Mulio  ou  Mullo 
était  invoqué  comme  le  protecteur  des  muletiers  et  des  mulets 
du  train  des  équipages  ;  il  est  bien  possible  qu'il  en  ait  ete 
ainsi  à  l'époque  romaine,  mais  la  dédicace  du  mulet  de  Bolar  a 
Segomo  doit  refléter  une  conception  beaucoup  plus  ancienne. 
Nous  admettrons  donc  l'existence,  en  Gaule,  d'un  culte  du 
mulet,  animal  dont  l'élevage  y  était  particuhèrement  en  hon- 
neur, comme  il  v  est  resté  florissant  jusqu'à  nos  jours. 

Tout  le  monde  connaît  l'autel  découvert  à  Notre-Dame  de 
Paris    sur  lequel  figurent  les  dieux  Jupiter,  Vulcain  et  Esus 
occupant  trois  faces;  sur  la  quatrième  on  voit  un  taureau, 
portant  sur  son  dos  trois  grues,  avec  la  légende  Tarvos  tnga- 
raniis^.  Évidemment,  ce  taureau  tient  la  place  d  un  dieu  ;  c  est 
un  dieu  qui  n'est  pas  encore  anthropomorphisé.  A  l'appui  de 
cette  opinion,  on  peut  alléguer  divers  faits  importants  qm  nous 
autorisent  à  compter  le  dieu-taureau  parmi  les  dieux  primitiis 
de  la  Gaule.  Le  taureau,  comme  le  cheval  et  le  sanglier,  est 
très  fréquemment  figuré  sur  les  monnaies  gauloises,  ou  il  joue 
certainement  le  rôle  d'un   symbole   religieux.    Suivant  Plu- 
tarque4,  les  Cimbres,  qui  étaient  des  Germains  celtises,  ju- 
raient sur  un  taureau  d'airain;  on  a  déjà  rappelé  ce  texte  a 
propos  du  grand  taureau  qui  orne  le  fond  de  vase  d  argent  de 

1  s    Rcinach,  Répertoire  de  la  statuaire,  t.  II,  p.  745,  5-  ., 

2  Voir  Holder,  Altkelt.  Sprachschati,  s.  v.  Midlo.  Cette  dernière  lecture 

'^f^^Î^S'iUustrcdu  Musée  Je  Saint-Gcr,uain,  fig.  45-48- 
4.   Plutarque,  Marins,  23. 


l 


296  Salomon  Reinach. 

Gundestrup,  monument  dont  l'époque  est  incertaine,  mais 
dont  le  caractère  celtique  ne  fait  pas  de  doutée  Non  seule- 
ment les  taureaux  de  bronze  sont  très  fréquents  en  Gaule, 
mais  on  en  connaît,  comme  ceux  de  Byciskala  en  Moravie,  de 
Bythin  en  Posnanie,  de  Hallstatt  dans  la  Basse-Autriche,  de 
Bibracte,  de  Troyes,  etc.  -,  qui  sont  certainement  antérieurs  à 
l'époque  romaine.  En  outre  —  et  cela  est  décisif —  il  existe  en 
Gaule,  et  en  Gaule  seulernent,  une  série  de  représentations  de 
taureaux  à  trois  cornes  ;  dans  mon  Catalogue  des  bron:^es  du 
Musée  de  Saint-Germain,  j'en  ai  énuméré  24,  tant  en  bronze 
qu'en  pierre,  quelques-unes  de  très  grandes  dimensions.  Or,  la 
zoologie,  pas  plus  que  la  paléontologie,  ne  connaît  de  taureaux 
à  trois  cornes;  il  s'agit  donc  là,  bien  certainement,  de  taureaux 
divins. 

Les  grues  figurées  sur  le  dos  du  taureau  de  l'autel  de  Paris 
sont  également  divines.  Deux  grues  opposées  forment  l'épi- 
sème  d'un  bouclier  gaulois  parmi  les  trophées  de  l'arc 
d'Orange  3;  on  voit  aussi  trois  grues  perchées  sur  l'arbre 
sacré  que  cherche  à  abattre,  sur  un  autel  de  Trêves,  un  per- 
sonnage analogue  à  l'Esus  de  l'autel  de  Paris  4.  D'autre  part,  il 
faut  se  souvenir  que  la  grue  a  été  souvent  confondue  avec  la 
cigogne;  dans  Homère,  le  même  mot,  yspavir.  désigne  ces 
deux  oiseaux,  dont  les  anciens  ont  célébré  à  l'envi  l'intelli- 
gence et  les  dons  prophétiques  5.  Or,  en  ce  qui  concerne  la 
cigogne,  nous  avons  un  texte  formel  qui  prouve  qu'elle  était 
totem  en  Thessalie.  L'opuscule  intitulé  Mirabiles  auscultationes 
nous  apprend  que  les  Thessaliens  honorent  les  cigognes,  qu'il 
est  défendu  de  les  tuer  et  que  le  meurtre  d'une  cigogne  est 
assimilé  chez  eux  à  un  homicide^.  Ce  sont  là  des  faits  de  to- 

1.  Al.  Bertrand,  La  religion  des  Gaulois,  p.  577  et  Sophus  MùUer, 
NordisJce  Fortidsniiiuier,  2  Hefte,  pi.  XIV. 

2.  Voir  S.  Reinach,  La  sculpture  en  Europe  avant  les  influences  gréco-ro- 
maines, fig.  370,  375,  379;  U Anthropologie,  1896,  p.  555.  Le  spécimen  de 
Bibracte,  conservé  au  musée  de  Saint-Germain,  est  inédit. 

3.  Revue  Celtique,  t.  XVIII,  p.  263. 

4.  Ibid.,  t.  XVIII,  p.  256. 

5  .  Voir  les  textes  aux  mots  yicavo;  et  -sAaoyo;  dans  l'excellent  ouvrage 
de  Wentworth  Thompson,  A  glossary  of  greek  hirds,  Oxford,  1895. 

6.  Mirah.  Aiiscult.,  XXIII,  832.  Cf.  Thompson,  0/).  laud.,  p.  128.  Faut- 
il,  comme  on  V.\  déjà  proposé,  voir  dans  les  Pélasges  des  hommes-cigognes  ? 


Les  survivances  du  Totémisme.  297 

témismc  incontestables.  L'auteur  aristotélicien  cherche  à  les, 
expliquer  en  disant  que  les  cigognes,  ennemies  des  serpents, 
rendent  de  grands  services  aux  Thessaliens;  des  explications 
de  ce  genre,  vraies  ou  fausses,  ont  constamment  été  alléguées 
par  les  anciens  pour  motiver  des  usages  totémiques'.  Quoi 
qu'il  en  soit,  on  admettra  d'autant  plus  volontiers  des  grues 
totem  en  Gaule  qu'on  peut  considérer  comme  prouvé  le  culte 
totémique  de  la  cigogne  en  Thessalie. 

Ce  qui  est  vrai  du  taureau  l'est  également  du  sanglier,  qui 
paraît  avoir  été  un  des  totems  les  plus  répandus  dans  l'an- 
cien monde  -.  Les  enseignes  gauloises,  tant  sur  l'arc  d'Orange 
que  sur  le  vase  de  Gundestrup  et  sur  les  monnaies,  sont  cou- 
ronnées d'images  de  sangliers;  nous  avons  déjà  rappelé  le  texte 
où  Tacite,  parlant  de  la  population  des  Aestii  fixée  dans  le 
nord-est  de  l'Allemagne,  affirme  le  caractère  religieux  de  leurs 
sangliers-enseignes  (insigne  supersiiiionis  formas  aprorum  ges- 
îant)  5.  Une  statuette  de  bronze  trouvée  dans  le  Jura  représente 
une  divinité  celtique  court-vétue,  tenant  un  javelot,  assise 
sur  un  sanglier  qui  paraît  avoir  couronné  une  enseigne  4. 
Comme  ce  n'est  pas  là  un  motif  emprunté  à  l'art  grec  et  que 
les  mortels  n'ont  pas  l'habitude  de  chevaucher  des  sangliers,  il 
est  évident  que  le  sanglier,  monture  d'une  déesse,  n'est  autre 
qu'une  personnification  plus  ancienne  de  la  déesse  elle-même. 
Le  sanglier  est  très  fréquent  sur  les  monnaies  gauloises,  en 
particulier  dans  Id  région  belge,  entre  la  Seine  et  l'Escaut, 
ainsi  que  dans  le  sud  de  l'Angleterre.  Dès  l'époque  néoli- 
thique, on  trouve  des  dents  de  sanglier  employées  comme 
amulettes  et  elles  n'ont  pas  cessé  de  l'être  à  ce  titre  jusqu'à 
nos  jours.  Enfin,  il  existe  un  bronze,  conservé  à  la  Biblio- 
thèque Nationale,  qui  représente  un  sanglier  à  trois  cornes  5, 
c'est-à-dire,  nécessairement,    un  sanglier  divin,  à  rapprocher 


La  Thessalie  s'appelait  anciennement    YiiXxrs^f.-   et   il  y   a  un  peuple  de 
Cicones  en  Thrace. 

1 .  Voir,  par  exemple,  Diodore,  I,  87. 

2.  Voir  la  réunion  des  témoignages  dans  mes  Bronies  figures,  p.  23 1-236. 

3.  Tacite,  Gchn.,  XLV. 

4.  Rnvi\es  fii^urès,  p.  50. 

3 .    Caylus,  Recueil,  t.  V,  pi.  108,  4;  Rép.  de  la  statuaire,  t.  II,  p.  748,  i. 


298  Salomon  Reinach. 

des  taureaux  à  trois  cornes,  également  divins,  dont  on  n'a 
jusqu'à  présent  rencontré  d'images  que  dans  la  Gaule  romaine. 

Pausanias  nous  dit  que  les  Galates  de  Pessinonte  s'abste- 
naient de  manger  du  porc'.  Il  ne  faudrait  pas  se  hcîter  d'en 
conclure  que  cette  forme  du  totémisme  subsistât  dans  quelques 
tribus  celtiques,  car  les  Galates  ont  pu  adopter  un  usage  de  la 
région  où  ils  étaient  venus  se  fixer.  Nous  savons  d'ailleurs  que 
Ton  ne  mangeait  pas  de  porc  à  Comana  dans  le  Pont  2,  que 
les  adorateurs  d'Atys  et  de  Mèn  Tyrannos  s'en  abstenaient  5, 
que  cette  nourriture  était  également  interdite  en  Crète 4,  en 
Syrie 5,  en  Phénicie^,  en  Palestine,  que  les  prêtres  égyptiens 
l'avaient  en  horreur  autant  que  les  Juifs".  En  Inde,  d'après  les 
lois  de  Manou,  le  sanglier  peut  être  mangé,  mais  on  ne  doit 
pas  toucher  au  porc  domestique^.  D'autres  textes  attestent  la 
même  interdiction  chez  les  Lib3'ens9,  les  Ethiopiens '°,  les 
Arabes  '%  les  Scythes  '-.  La  preuve  qu'il  y  a  là  des  survivances 
d'un  totémisme  très  ancien  et  très  répandu,  et  non  pas  l'eff'et- 
d'une  propagande  juive  ou  syrienne,  c'est  que  l'abstinence  du 
porc  est  encore  de  règle  parmi  les  Yakoutes  de  la  Sibérie  et  les 
Votiaks  du  gouvernement  de  Vologda,  qui  ne  sont  ni  les  uns 
ni  les  autres  des  Musulmans '3. 

La  sainteté  particulière  attribuée  au  sanglier  ou  au  porc  par 
les  vieux  rituels  est  attestée  par  les  sacrifices  où  il  figure.  En 
Grèce,  les  purifications  les  plus  solennelles  comportaient  le 
sacrifice  d'un  porc,  -/c.poy.Tdv;'.  •/,aOap[j.;i^4.  Sur  un  cratère  de  la 


1 .  Pausanias,  VII,  17,  10,  avec  la  note  de  Frazer.  Voir  aussi  Chwolsohn, 
Die  Ssahier,  t.  II,  p.  106-107. 

2.  Strabon,  XII,  p.  575. 

3.  Julien,  Orat.,  V,  p.  177/^;  Dittenberger,  5v//c)^(',  no  579. 

4.  Athénée,  IX,  p.  375-376. 

5.  Lucien,  De  dea  Syria,  54;  Dio  Cass.,  LXXIX,  11. 

6.  Por^hxx.,  de  Abstin.,  I,  14;  Hérodien,  V,  6. 

7.  Hérod!,  II,  47  ;   Sext.   Empiric,  Hypotyp.,   III,    1 2 y,  Plui.,  Ouaes t. 
Conviv.,  IV,  5  ;  de  Iside,  8  ;  Elien,  Hist.  anim.,  X,  16. 

8.  Manou,  V,  14;  III,  266. 

9.  Hérod.,  IV,  86. 

10.  Porphyre,  de  ahstin.^  I,  14. 

11.  Hieronym.,  C.  Jovin,  II,  7;  Pline,  Hist.  nat.,  VIII,  78. 

12.  Hérod.',  IV,  186. 

13.  Frazer,  Pausanias,  t.  IV,  p.  138. 

14.  Eschyle,  Eiiménides,  279. 


Les  survivances  du  Totémisme.  259 

collection  Campana,  conservé  au  Louvre,  est  représentée  la 
purification  d'Oreste  à  Delphes  ;  le  parricide  est  assis  sur  l'autel, 
tandis  qu'Apollon,  placé  derrière  lui,  agite  un  goret  au-dessus 
de  sa  tête  pour  l'asperger  du  sang  de  l'animal  ^  Nous  savons 
par  Pausanias,  Xénophon  et  Festus  que  le  sacrifice  du  porc 
était  un  acte  essentiel,  dans  la  conclusion  des  traités,  chez  les 
Grecs  des  plus  anciens  temps,  les  Perses  et  les  Latins.  Or,  aux 
époques  primitives,  tout  sacrifice  suppose  un  banquet,  qui  fait 
participer  les  assistants  à  la  sainteté  de  la  victime  immolée  et 
établit  entre  eux,  par  cette  sorte  de  communion,  un  lien  par- 
ticulièrement efinicace.  Il  arrive  que  la  victime  est  précisément 
un  de  ces  animaux  qui,  dans  les  circonstances  ordinaires,  ne 
doivent  pas  être  mangés,  c'est-à-dire  un  totem.  Or,  on  connaît 
plusieurs  exemples  où  l'animal  interdit,  sacrifié  à  de  longs  in- 
tervalles, est  le  sanglier  ou  le  porc.  A  Chypre,  dans  le  culte 
d'Aphrodite  et  d'Adonis,  le  porc  ne  figurait  point  ;  mais  une 
fois  par  an,  le  2  avril,  on  sacrifiait  des  sangliers  à  Aphrodite-. 
Argos  avait  une  fête  dite  'YG-qp'.x  où  l'on  sacrifiait  un  porc  à 
Aphrodite'.  En  général,  même  en  Grèce,  le  sacrifice  d'un  porc 
à  Aphrodite  passait  pour  un  rite  exceptionnel  4.  Ces  faits  suf- 
firaient déjà  à  faire  pressentir  qu'à  une  époque  lointaine,  et 
ailleurs  encore  que  dans  le  monde  sémitique,  le  sanglier  était 
épargné  par  l'homme  et  considéré  comme  uni  à  lui  par  un  lien 
religieux.  Du  reste,  la  domestication  du  sanglier  en  est  une 
preuve  sans  réplique,  car  si  l'homme  s'était  toujours  cru  le 
droit  de  tuer  et  de  manger  les  sangliers,  jamais  des  sangliers  ne 
se  seraient  propagés  sous  la  protection  de  l'homme  et  n'au- 
raient fait  souche  de  porcs.  La  domestication  suppose  un  ré- 
gime de  paix  ou,  du  moins,  une  longue  trêve,  quelque  chose 
comme  l'âge  d'or  végétarien  qu'ont  célébré  les  poètes  de  l'anti- 
quité. Nous  avons  vu,  au  début  de  cette  étude,  que  les  Bre- 
tons nourrissaient  des  oies,  des  poules  et  des  lièvres,  mais  ne 
les  mangeaient  pas;  de  même,  il  semble,  d'après  Lucien,  que 


1 .  Moniimenti  delV  Instituto,  t.  IV,  pi.  48. 

2.  Lydus,  De  Meiisihns,  p.  80.  Cf.  Robertson   Smith,  Religion  of  the  Sé- 
mites, p.  291. 

3  .    Athénée,  III,  49. 

4.   Strabon,  IX,  p.  376  (Didot). 


500  Siilomon  Reinach. 

des  porcs  étaient  nourris  dans  les  dépendances  du  temple 
d'HiérapoIis,  mais  qu'on  s'abstenait  de  les  tuer  et  de  les 
manger.  «  Les  uns,  ajoute  Lucien,  les  considèrent  comme  im- 
purs, les  autres  comme  sacrés  '  ».  Cette  ambiguïté,  qui  a  sub- 
sisté jusqu'à  nos  jours,  est  la  marque  des  scrupules  d'origine 
totémique  survivant  à  la  conception  qui  les  a  produits. 

Si  je  n'hésite  pas  à  ranger  le  sanglier,  à  côté  du  taureau,  du 
cheval,  du  mulet  et  de  l'ours,  parmi  les  anciens  totems  celti- 
ques, j'éprouve  plus  d'embarras  en  ce  qui  concerne  le  cerf. 
Cependant  deux  considérations  m'engagent  à  lui  faire  une 
place  dans  cette  liste.  La  première,  c'est  qu'un  cerf  de  bronze, 
de  grande  dimension,  a  été  recueilli  dans  le  trésor  de  Neuvy- 
en-Sullias;  la  seconde,  c'est  que  le  dieu  accroupi  de  l'autel  de 
Reims  portait  des  cornes  de  cerf,  qu'on  a  pu  restituer  avec 
certitude  d'après  les  traces  laissées  par  l'extrémité  des  bois  2. 
L'image  d'une  autre  divinité  accroupie,  pourvue  également 
de  cornes  de  cerf,  existait  autrefois  dans  la  collection  des  Jé- 
suites à  Besançon  5  ;  une  troisième  appartient  au  musée  de 
Clermont-Ferrand-+.  Enfin,  sur  une  des  plaques  du  vase  de 
Gundestrup,  on  voit  un  personnage  accroupi,  la  tête  sur- 
montée de  bois  de  cerf  très  élevés,  à  côté  d'un  cerf  pourvu  de 
cornes  identiques  >.  Le  témoignage  de  ces  monuments  me  pa- 
raîtrait décisif  si  les  statuettes  de  cerf  n'étaient  pas  si  rares 
dans  les  collections  de  bronzes  gallo-romains. 

Le  serpent  cornu  joue  un  rôle  considérable  dans  les  œuvres 
d'art  indigènes  qui  nous  ont  révélé,  du  moins  en  partie,  le 
panthéon  gaulois  des  premiers  siècles  de  notre  ère.  Je  m'en 
suis  occupé  ailleurs  avec  détail^  et  me  contente  de  rappeler  ici 
quelques  données  essentielles  delà  question.  Le  serpent  cornu 
a  toujours  des  cornes  de  bélier.  Sur  l'autel  de  Mavilly,  un  des 
monuments  les  plus  anciens  de  la  Gaule  romaine,  il  figure, 
isolé,   à  côté  des  douze   dieux  du  Panthéon  romain,   ce  qui 


I  .  Lucien,  De  Dca  Syria,  54. 

2.  S.  Reinach,  Guide  illustré,  fig.  44. 

3.  Montfaucon,  Antiq.  expliquée,  II,  114,  3. 

4.  Bronzes  figurés,  p.  199. 

5.  Bertrand,  La  religion  des  Gaulois,  pi.  XXX. 

6.  S.  Reinach,  Bronzes  figurés,  p.  195,  et  Rev.  archéoL,  1899,  II,  p.  210. 


Les  survivances  du  Totémisme.  ^oi 

suffit  h  prouver  qu'il  n'est  pas  l'attribut  d'une  divinité  gau- 
loise, mais  bien  une  divinité  distincte  ^  On  le  trouve  repré- 
senté sur  la  tranche  de  la  grande  stèle  de  Beauvais,  occupée 
par  une  image  de  Mercure^.  Sur  un  autel  découvert  à  Paris, 
dans  les  fondations  de  l'Hôtel-Dieu,  figure  un  dieu  à  trois  têtes 
tenant  d'une  main  le  serpent  cornu  et  escorté  d'un  bélier  3.  Il 
me  semble  légitime  d'en  conclure  que  le  dieu  primitif,  serpent 
à  tête  de  bélier,  a  été  plus  tard  identifié  à  Mercure,  dont  le 
bélier  et  les  serpents  sont  les  attributs  classiques.  Le  tricéphale 
de  l'Hôtel-Dieu,  peut-être  contemporain  de  Tibère,  est  le  ré- 
sultat d'un  des  premiers  efforts  des  artistes  gallo-romains  pour 
représenter,  suivant  les  conceptions  celtiques,  le  dieu  le  plus 
important  de  leur  Panthéon  {Deorum  maxime  Mercurium  co- 
lunt,  dit  César).  Mais  si  la  légende  sacrée  —  dont  j'ai  cru  re- 
trouver un  écho  en  Thrace^  —  se  figurait  le  dieu  suprême 
sous  l'aspect  d'un  serpent  cornu,  il  s'ensuit  que  ce  dieu  était 
conçu  comme  le  «  roi  des  serpents  »,  de  même  que  le  taureau 
à  trois  cornes  était  le  «  roi  des  taureaux  ».  C'est  là  un  ves- 
tige de  cette  phase  du  totémisme  à  son  déchn  où  le  principe 
monarchique,  suivant  la  spirituelle  remarque  de  M.  Frazer, 
s'introduit  dans  les  clans  des  animaux:  comme  dans  ceux  des 
hommes.  Si  l'on  remonte  d'un  degré  de  plus,  on  se  trouve 
en  plein  totémisme  et  l'existence  de  serpents  totem  en  Gaule  a 
d'autant  moins  lieu  de  nous  surprendre  que  les  clans-serpents 
se  sont  rencontrés  et  se  rencontrent  encore  en  divers  lieux. 

Les  auteurs  anciens,  pour  ne  citer  qu'eux,  nous  parlent  de 
quatre  peuples  ayant  le  serpent  pour  totem,  les  Psylles  de  la 
Marmarique,  les  Ophiogènes  de  Chypre  et  de  Parium,  enfin 
les  Marses  de  l'Italie^.  Psylles,  Ophiogènes  et  Marses  passaient 
pour  insensibles  aux  venins  des  serpents  et  capables  d'en 
guérir  les  effets  sur  d'autres,  ce  qui  est  un  premier  caractère 
totémique.  »  En  Sénégambie,  dit  Frazer,  les  totems,  s'ils  sont 
des  animaux  dangereux,  ne  font  pas  de  mal  aux  gens  de  leur 


1.  Revue  archèol.,  1897,11,  p.  313-326. 

2.  Ibid.,  1899,  II,  p.  115. 

3.  S.  Reinach,  Guide  illustré  du  Musée  de  Saint-Germain,  fig.  49. 

4.  Rev.  archéol.,  1899,  II,  p.  210. 

5.  Voiries  textes  ap.  Frazer,  Paiisanias,  t.  V,  p.  149. 

Revue  Celtique,  XXI.  21 


502  Salomon  Reinach. 

clan.  Par  exemple,  les  hommes  du  clan  du  scorpion  affirment 
n'être  jamais  mordus  par  ces  animaux,  même  s'ils  courent  sur 
leurs  corps  ^  ».  Le  nom  des  Ophiogènes,  ou  descendants  des 
serpents,  implique  également  une  conception  totémique.  Enfin, 
les  anciens  racontent  que  les  Psylles  exposaient  leurs  enfants 
nouveau-nés  au  contact  des  serpents  pour  s'assurer  de  leur 
légitimité.  L'enfant  légitime  était  épargné  ou  guérissait  rapi- 
dement s'il  était  mordu-.  Il  y  a  là  une  ordalie  primitive  dont 
les  clans  totémiques  actuels  offrent  des  exemples.  Ainsi,  chez 
les  Moxos  du  Pérou,  dont  un  des  totems  est  le  jaguar,  un 
candidat  au  rang  d'homme-médecin  doit  prouver  sa  parenté 
avec  ce  fauve  en  s'exposant  à  sa  morsure  3.  Ces  faits  rappellent 
immédiatement  la  célèbre  ordalie  des  Celtes,  qui  confiaient 
leurs  enfants  aux  flots  du  Rhin  afin  de  s'assurer  qu'ils  étaient 
bien  de  leur  race  4.  Or,  M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  montré 
que  le  nom  Rhenogenos  et  un  vers  de  Properce  sur  Virdomar 
attestent,  chez  certaines  tribus  gauloises,  la  croyance  qu'elles 
avaient  le  Rhin  pour  ancêtre  ^  ;  il  y  a  donc  là  un  exemple  de 
totémisme  celtique,  donnant  heu  à  une  espèce  d'ordahe,  qui 
doit  être  ajouté  à  ceux  dont  il  a  été  question  jusqu'à  présent. 
A  la  lumière  de  ce  qui  vient  d'être  dit,  les  anecdotes  des  anciens 
touchant  des  enfants  exposés  aux  bêtes  et  nourris  par  elles  au 
lieu  d'être  dévorés,  prennent  une  signification  nouvelle  et  se 
présentent  comme  des  ordalies  totémiques.  Romulus  et  Rémus^ 
enfants  naturels  d'un  dieu  loup,  exposés  sur  le  bord  du  Tibre 
et  nourris  par  une  louve,  ont  subi  victorieusement  l'épreuve 
qui  confirme  leur  affiliation  au  clan  divin.  Ce  clan  est  celui  du 
loup,  résultat  auquel  nous  étions  déjà  arrivés  d'autre  part, 
mais  qu'il  n'est  pas  sans  intérêt  de  vérifier  par  un  ordre  de 
considération  tout  différent. 


1.  Frazer,  Le  totémisme,  trad.  franc.,  p.  30. 

2.  Varron,  ap.  Priscien,  X,  52  ;  Pline,  Hist.  Xat.,  VII,  14. 

3.  Frazer,  Le  totémisme,  trad.  franc.,  p-  31. 

4.  Anthol.  Palat.,  IX,  125  ;  Julien,  Epist.,  XVI  ;  Claud.,  in  Riif.,  II,  no. 
Voir  le  beau  mémoire  de  Lea  sur  les  ordalies,  dans  son  ouvrage  Superstition 
ami  force,  4e  éd.  (Philadelphie,  1892),  p.  273. 

5.  Revue  Celtique,  t.  XIX,  p.  231.  M.  Hirschfeld  veut  lire  dans  Properce 
(IV,  10,  39):  Genus  hic  Brenno  Jactabat  ab  ipso  (cf.  Rev.  archéo].,  1898,  II, 
p.  310);  mais  je  ne  crois  pas  cette  correction  justifiée. 


Les  survivances  du  Totémisme.  305 

Il  me  reste  à  parler  d'un  oiseau  sacré  chez  les  Celtes  dont 
l'analyse  des  noms  propres  et  des  légendes  a  déjà  fait  pressentir 
l'importance  à  M.  d'Arbois:  c'est  le  corbeau,  en  celtique 
branms.  Le  corbeau  figure  sur  deux  monuments  où  sa  signi- 
fication religieuse  est  évidente.  L'un  est  un  bas-relief  de  Com- 
piègne,  représentant  un  homme  vu  à  mi-corps,  aux  oreilles 
duquel  deux  corbeaux  semblent  parler^;  c'est  un  témoignage 
du  rôle  du  corbeau  comme  oiseau  d'augure  et  nous  avons  vu 
plus  haut  que  les  animaux  servant  à  la  divination,  comme  le 
lièvre  de  Boadicée  et  les  oies  du  Capitole,  étaient  généralement, 
sinon  toujours,  des  totems  déchus.  Il  est  à  peine  nécessaire  de 
rappeler  les  corbeaux  fatidiques  d'Odin^  et  le  rôle  assigné 
au  corbeau  dans  la  légende  de  la  fondation  de  Lyon  5.  Le  se- 
cond monument  est  le  bas-reUef  découvert  en  Lorraine  qui 
nous  a  fait  connaître  enfin  les  noms  du  dieu  au  marteau  et  de 
sa  parèdre,  Sucellus  et  Nantosvelta4.  Au-dessous  de  ce  couple 
divin  figure  un  corbeau,  qui  remplit  un  registre  entier  de  la 
stèle,  preuve  irrécusable  de  son  caractère  sacré.  Suivant  un 
passage  des  Mirabiks  auscuUationes,  c'est  un  corbeau  qui  avait 
enseigné  aux  Celtes  le  remède  contre  un  poison  redoutable 
dont  ils  imbibaient  leurs  flèches^.  Là  aussi,  nous  retrouvons 
la  trace  d'une  croyance  totémique  répandue,  suivant  laquelle 
le  totem  veille  à  la  santé  et  à  la  sécurité  de  ses  fidèles.  Au- 
jourd'hui même,  les  superstitions  populaires  attribuent  aux 
corbeaux  certaines  vertus  bienfaisantes  qui  les  protègent,  en 
Angleterre  surtout,  contre  les  coups  des  chasseurs.  Hors 
de  l'Europe,  particulièrement  dans  le  nord-oust  de  l'Amérique, 
les  clans  qui  se  réclament  du  corbeau  et  de  la  corneille  sont 
encore  nombreux  6. 


1 .  S.  Reinach,  Catal.  sommaire  du  Musée  de  Saint-Germain,  p.  3 1 . 

2.  Grimm,  Deutsche  MytboJ.,  4e  éd.,  t.  II,  p.  559. 

3.  Pseudo-Plut.,  Defluviis,  VI,  4;  cf.  Ga^.  archéoL,  1884,  p.  257. 

4.  Revue  Celtique,  1895,  p.  45;  S.  Reinach,  Guide  illustré,  fig.  52. 

5.  Mirah.  Auscult.,  LXXXVI. 

6.  Frazer,  Le  totémisme,  trad.  franc.,  p.  8,  40.  Cf.  ibid.,  p.  34,  pour  un 
exemple  australien. 


■t. 

l 


304  Salonwn  Reinach. 

Je  suis  loin  d'avoir  fait  valoir  tous  les  indices  qui  autorisent 
à  reconnaître  une  phase  totémique  dans  le  développement  des 
religions  de  la  Gaule.  Un  pareil  travail  exigerait  un  fort  vo- 
lume ;  il  faudrait,  notamment,  tirer  parti  des  données  de  la 
médecine  populaire,  des  superstitions  concernant  les  présages, 
des  récits  qui  ont  constitué  les  contes  d'animaux  et  l'épopée 
animale  du  moyen  âge.  La  tâche  serait  difficile  et  périlleuse, 
car  si  l'abondance  des  documents  littéraires  est  extrême,  on 
doit,  d'une  part,  se  méfier  sans  cesse  des  emprunts  possibles  et, 
de  l'autre,  craindre  les  légendes  demi-savantes  qui  viennent 
grossir  et  souvent  dénaturer  le  fonds  des  traditions  vraiment 
indigènes.  Ces  chances  d'erreur  n'existent  pas  ou  sont  bien 
moindres  quand  on  s'en  tient  aux  informations  peu  nom- 
breuses, mais  certaines,  que  fournissent  l'onomastique  gauloise 
et  les  monuments  figurés  gallo-romains.  Leur  témoignage  m'a 
paru  suffisant  pour  motiver  une  conclusion  que  l'étude  com- 
parée des  religions  primitives  devait  faire  pressentir  a  priori. 

Si  l'on  consulte  les  derniers  travaux  d'ensemble  dont  les  re- 
ligions celtiques  ont  été  l'objet,  ceux  de  MM.  Rhys,  d'Arbois 
de  Jubainville  et  Bertrand,  on  n'y  trouvera  aucune  mention 
du  totémisme  ni  des  tabous  primitifs.  C'est  que  les  mots  de 
totem  et  de  tabou  sont  encore  tenus  en  suspicion  par  les  esprits 
pénétrés  d'idées  classiques;  l'on  ignore  trop  volontiers  que  s'ils 
nous  viennent,  l'un  de  l'Amérique  du  Nord,  l'autre  de  Poly- 
nésie, les  conceptions  qu'ils  désignent  sont  universelles  et  ré- 
pondent à  des  faits  sociaux  partout  observés.  Supposons  que 
l'homme  n'eût  pas  été  arrêté  par  ces  scrupules  élémentaires 
qu'on  appelle  des  tabous  et  dont  le  monde  animal  lui-même 
trahit  l'influence  ^  :  il  aurait  dévasté  la  nature  entière  au  lieu 
de  la  plier  à  ses  besoins,  de  l'assujettir  progressivement  à  sa 
volonté  ;  bien  plus,  les  hommes  se  seraient  déchirés  entre  eux 
et  la  civilisation  même  la  plus  rudimentaire  n'aurait  pu  naître^. 


1 .  Les  animaux  qui  vivent  à  l'état  grégaire  obéissent  certainement  à  des 
tabous,  ne  fût-ce  que  lorsqu'ils  s'abstiennent  de  se  dévorer  entre  eux. 

2.  Qii'on  se  figure  deux  tribus  dont  Tune  détruirait  tout  avec  l'insou- 
ciance de  l'enfance,  tandis  que  l'autre  serait  accessible  à  des  scrupules;  il 
est  évident  que  la  seconde  seule  aurait  chance  de  subsister,  la  première 
étant  condamnée  à  périr  faute  de  gibier,  de  végétaux,  etc.,  après  avoir  plu- 


Les  survii'ancis  du  Totémisme.  305 

Parmi  les  innombrables  tabous  primitifs,  d'autant  plus  stricts 
que  les  sociétés  sont  plus  grossières,  une  sélection  s'opéra  et 
s'opère  encore,  où  les  nécessités  pratiques  de  la  vie,  la  science 
naissante  et  la  sagesse  des  législateurs  ont  eu  leur  part.  Ç"a  été 
une  des  erreurs  du  xviii^  siècle  de  croire  que  l'homme,  natu- 
rellement libre,  aurait  été  asservi,  à  l'aurore  de  l'histoire,  par 
l'astuce  des  législateurs  religieux  ;  en  réalité,  les  législations 
religieuses  n'ont  maintenu  qu'une  partie  des  prohibitions  exis- 
tantes, sans  jamais  en  introduire  de  nouvelles,  et  ont  marqué, 
par  suite,  des  étapes  dans  la  voie  de  l'affranchissement  de 
l'humanité  ^  La  religion,  la  morale,  le  droit  civil  et  criminel, 
même  les  règles  de  la  bienséance  viennent  de  là.  Car  si  les 
restrictions  qui  limitent  les  énergies  de  l'homme  sont  nées 
de  la  superstition,  elles  finissent  toutes,  à  la  longue,  par 
passer  au  crible  de  la  raison,  de  la  science  et  de  l'expérience, 
qui  arrêtent  au  passage  celles  qu'un  motif  d'intérêt  social  ne 
protège  pas.  En  tant  qu'ils  assurent  la  conservation  des  ani- 
maux et  des  végétaux,  les  tabous  primitifs  constituent  le  toté- 
misme qui  n'est,  à  proprement  parler,  qu'une  convention  pa- 
cifique, un  pacte  d'alliance  entre  l'homme  et  la  nature  qui 
l'entoure.  A  ce  contrat  d'origine  mystique,  l'humanité^  ou  du 
moins  une  partie  de  l'humanité,  a  dû  la  domestication  des 
animaux  et  la  culture  des  céréales,  sans  lesquelles  ses  progrès 
ultérieurs  auraient  été  impossibles.  C'est  donc  par  les  tabous 
et  les  faits  de  totémisme  qu'elles  révèlent,  bien  plus  que  par 
leurs  théogonies  et  leurs  Panthéons,  que  les  religions  de  l'an- 

sieurs  fois  changé  de  séjojr  Ainsi  la  sélection  s'est  faite  au  profit  des  plus 
sages;  s'il  a  jamais  existé  des  clans  dépourvus  de  tabaus,  ils  ont  dû  dispa- 
raître très  rapidement. 

I.  C'est  ce  qu'a  entrevu  le  génie  de  Miimonide  {More  Nebonchim,  III, 
47);  il  a  le  premier  émis  1  idée  que  les  régies  de  pureté  ritJslle,  loin  d'être 
un  fardeau  imposé  au  peuple  par  le  législateur,  étaient,  au  contraire,  un 
allégement,  une  simplification  des  règles  beaucoup  plus  conipli.pées  que 
l'usage  et  la  superstition  imposaient  aux  autres  peuples.  Il  cite  à  cet  égard 
les  Sabiens,  chez  qui  la  femme  aux  époques  était  absolument  isolée  de 
tout  contact,  devait  demeurer  dans  une  maison  séparée,  etc.  (cf.  Munk, 
Paksline,  p.  165).  Sur  les  tabous  cruels  et  compliqués  de  la  menstruation 
chez  les  peuples  primitits,  voir  Durlcheim,  Année  sosiologique,  t.  I.  p,  43.  — - 
Il  est  à  remarquer  que  la  législation  dite  mosaïque  n'a  pas  accueilli  la  prohi- 
bition de  manger  le  tendon  de  la  cuisse,  qui  est  pourtant  mentionnée  comme 
générale  dans  la  Genèse,  XXXII,  52. 


jo6  Salomon  Reinach. 

tiquité  se  rattachent  à  Thistoire  générale  des  sociétés  humaines, 
dont  elles  préparent  et  reflètent  tour  à  tour  les  vicissitudes. 
Les  théogonies  sont  des  oeuvres  savantes  et  par  suite  stériles, 
où  les  seuls  éléments  précieux  pour  la  science  des  religions 
sont  les  faits  rituels,  devenus  inintelligibles,  que  les  théo- 
logiens, à  l'exemple  du  vulgaire,  ont  expliqués  par  les  fables. 
A  l'heure  où  les  Panthéons  se  constituent,  où  les  divinités  se 
hiérarchisent,  la  mythologie  naît,  comme  une  végétation 
touffue  et  parasite,  sur  le  tronc  déjà  bien  des  fois  séculaire  de 
la  religion,  dont  la  période  créatrice  et  féconde  est  antérieure 
à  l'anthropomorphisme.  Ce  doit  être  la  tâche  de  l'exégèse 
vraiment  comparative  de  pénétrer,  par  delà  les  théogonies  poé- 
tiques ou  sacerdotales,  jusqu'à  cts  scrupules  capricieux,  mais, 
après  tout,  bienfaisants,  de  sauvages,  qui  sont  l'embryon 
commun  du  développement  religieux  et  social. 

Salomon  Reinach. 


ONOMASTICON   LUSITANIEN 


I.  —  Tiiinis. 


Le  fleuve  hispuno-portugais  qui  porte  en  Espagne  le  nom  de 
Tcijo  et  en  Portugal  le  nom  de  Tejo,  a  chez  les  auteurs  anciens 
le  nom  de  Tâyo;  en  grec,  Tâgus  en  latin.  Ces  formes  se  trou- 
vent, par  exemple,  dans  les  écrits  de  Polybe,  Strabon,  Appien, 
Mêla,  Pline,  Silius  Italicus.  Il  est  facile  de  trouver  les  passages 
en  consultant  les  vocabulaires  ;  je  m'abstiens  donc  de  les  citer 
ici. 

Pour  expliquer  la  forme  Tagus  ou  Tâvo-  je  proposerai  la  ra- 
cine ISTAF,  qui  se  trouve  dans  le  grec  jTaywv  «  goutte  »  S  dans 
le  latin  stag-nu-ni  «  étang  »-  et  dans  le  breton  ster  «  rivière  «, 
moyen  breton  stacr,  qui  postulent  un  protoceltique  *stag-ra>. 

On  sait  que  st-  initial  peut  devenir/-  dans  quelques  langues 
indo-européennes  : 

irl.  tibim  «  je  ris  »,  à  côté  du  lit.  stebétis  «  s'étonner  »  ; 

irl.  tau  «  je  suis  »  <C  *staj  u  ; 

irl.  tatnun  «  tronc  »,  «  racine  »,  cf.  ail.  Stainin  ; 

irl.  tiagaim  «  je  vais  »,  cf.  gr.  c-tr/b),  ail.  steigcn; 

irl.  tech  «  maison  »,  lat.  tego,- û\.  Dacb,  cf.  gr.  itt/oj  ; 

lat.  tundo,  cf.  ail.  stosscii; 

lat.  tonare,  cf.  gr.  -j-.vim. 


1.  Léo  Mever,    VergJ.  Grainin.  des  griech.    u.  lat.  Spr.,  2^  éd.,  Berlin, 
1884,  p.  889.' 

2.  Cette  forme  est  en  désaccord  xvtc  rh\-potlièse  d'une  racine  stengo 
admise  par  M.  Prellwitz,  Elym.  IVb.  des  gr.  Spr.,  Gôttingen,  1892,  p.  299. 

5.   V.  Henry,  Lexique  et.  du  bret.  inod.,  Rennes,  1900,  p.  233. 


]oS  .  J.  Lcite  de  Viuconccllos. 

Voir  sur  ce  sujet  Brugmann,  Gritndriss,  I-,  p.  726  et  770; 
Windisch,  Irische  Gramin.,  §  51. 

Donc,  il  ne  me  semble  pas  impossible  que  Ti-;:;  soit  pour 
* Stagos  =  *Stag-o-s.  L'idée  de  «  dégoutter  »,  «  couler  », 
s'accorde  très  bien  avec  le  nom  d'un  fleuve,  surtout  à  sa 
source. 

Je  ne  pourrai  pas  dire  d'une  fliçon  absolue  que  le  mot  soit 
celtique,  quoique  le  £tit  n'eût  rien  d'étrange,  parce  que  le  mot 
existe  en  breton,  et  il  y  a  en  Gaule  (C.  I.  L.,  XII,  300)  un 
nom  Tagassns,  qui  semble  dérivé  de  la  même  racine  par  le 
suffixe  celtique  -ass-  (Zeuss,  Gr.,  p.  786  et  787):  le  nom  de 
Tagassns  se  trouve  associé  à  un  nom  celtique,  Cassibratius .  Cf. 
en  outre  le  nom  du  Tagùuius,  fleuve  de  l'Hispanie,  aflluent 
du  Tage;  le  suffixe  -onius  peut  également  être  celtique 
(Zeuss,  Gr.,  p.  vu  et  772).  On  affirme  quelquefois  que  les 
noms  des  grands  fleuves  ne  sont  pas  facilement  remplacés  par 
d'autres  ;  mais  il  y  a  quantité  de  preuves  du  contraire  :  par 
exemple,  à  côté  d'Ister  nous  avons  Danuvius;  le  fleuve  ibérien 
Baetis  se  nomme  à  présent  Guadalquivir.  Cependant,  si  le  nom 
Tagtis  n'est  pas  celtique,  il  serait  au  moins  indo-européen. 


2.  —  EudovcUiciis. 

A  l'époque  lusitano-romaine,  il  y  avait  sur  une  montagne 
près  du  bourg  de  Terena,  dans  l'Alemtejo,  en  Portugal,  le 
très  remarquable  sanctuaire  d'une  divinité  indigène  dont  le 
nom  se  présente  dans  les  inscriptions  latines  sous  ces  formes  : 
Endovellicus  (la  plus  fréquente),  Endovelicus,  Endovollicus,  E)i- 
dovoJicns,  EnohoJicus  (une  fois),  Indovellicus.  Voir  Holder, 
AltkcJt.  Spr.,  s.  V.  Ce  sanctuaire  est  connu  depuis  le  xvi"  siècle. 
J'y  ai  fltit  des  fouilles  en  1890.  J'ai  recueilli  au  Musée  Ethnolo- 
gique de  Lisbonne  la  plupart  des  monuments  qui  restent  de 
ce  sanctuaire. 

Il  me  semble  que  le  nom  du  dieu  pourrait  être  d'origine  cel- 
tique :  j'en  reconstruirais  la  forme  primitive  ainsi:  *Ande- 
vell-ico-s.  L'élément  ande- est  la  forme  gauloise  de  l'anc. 
irl.  imi,  iiit,  iiid  ;  il  joue  dans  les  composés  le  rôle  de  particule 


Onomasticon  Lusitanien.  50g 

intensive^  L'élément  complexe  -Vell-ico-s  est  un  dérivé,  par 
le  suffixe  très  répandu -ico-s  2,  du  th.  *vello-  <  *vel-no-, 
qui  se  trouve  en  Vello-catus,  Ver-cassi-vellaunus ,  Dumno-vel- 
launiis,  VeU-ates,  auquel  correspond  le  gall.  et  bret.  gwell 
«  meilleur  ))5.  Selon  cette  hypothèse,  que  je  soumets  à  l'appré- 
ciation des  celtistes,  *  And  éveil  ic  os  signifierait  à  peu  près  «  le 
très  bon  »,  «  optimus  »,  ce  qui  convient  parfliitement  à  un 
dieu  :  cf.  dii  Casses  «  les  dieux  très  beaux  »  -t.  Par  son  suffixe 
le  nom  EndoveUicus  a  l'aspect  d'un  adjectif,  comme  la  plupart 
des  noms  des  divinités  lusitaniennes  :  proprement  deus  Endo- 
veUicus, comme  on  lit  en  effet  dans  plusieurs  inscriptions. 

*  Andevellicos  est  devenu  d'abord  *  Andovellicos  ;  la  par- 
ticule ande-  s'est  changée  en  aiido-,  surtout  sous  l'influence  du 
son  labial  qui  la  suit:  cf.  Ando-hales,  Aiido-bru,  Ando-matim- 
nmn'>.  Finalement  *  Andovellicos  s'est  transformé  en  Endovel- 
licos  =  EndoveUicus  :  nous  avons  d'autres  exemples  de  corres- 
pondance de  an  à   01  dans  le  domaine  celtique^  Avanticum 

<  >  Aventicuni,  Carhantoratc  <  >  Carpenîoraîc,  Lantennacus 

<  '^  *  Lenloinacus  ;  cependant  cette  correspondance  pourrait 
être  ici  particulière  au  parler  local. 

La  forme  EndovoUicus  pour  EndoveUicus  s'explique  comme 
le  lat.  volo  à  côté  de  vel-le,  sous  l'influence  de  1'/  :  cf.  Brug- 
mann,  Grundriss,  P,  121. 

Le  b  pour  v  dans  Enoholicus  n'est  pas  un  foit  étonnant  dans 
les  inscriptions  romaines.  Dans  Enoholicus  on  peut  avoir  ou 
manque  d'un  -d-  pour  *  Endobolicus,  ou,  ce  que  je  crois  plus 
probable,  chute  d'un  -n-  après  l'assimilation  préalable  de  }ia  d: 
Enoholicus  <   *  Ennoholicus  <    *  Endobolicus  (ci.   /<>//) 

<  *  EndoboUiciis;  cette  assimilation  s'opère  fréquemment  en 
celtique. 


1 .  Voir  Zeuss,  Gr.,  p.  867  et  877  ;  et  Holder.  ob.  cit.,  s.  v.  ande  et  Jn- 
decaiiinhis. 

2.  Holder,  s.  v. 

5.   Gluck,  Dickell.  Nain.,  p.  164  et  178  sqq.  ;    Zeuss,  ob.  cit.,  p.  277; 
d'Arbois  de  Jubainville,  Les  Noms  gaulois,  p.  29  et  211. 

4.  W.  Stokcs,  UrJcelt.,  p.  67  ;  d'Arbois,  ob.  cit.,  p.   187  ;  Holder,  s.  v. 
Casses. 

5.  Voir  Holder,  I,  139,  s.  w.ande-. 


5 10  J.  Leite  de  Vasconccllos. 

Il  reste  encore  hidovcUiciis,  avec  in-  pour  en-,  suivant  les 
habitudes  de  la  prononciation  romaine. 

Selon  cette  hypothèse,  nous  pourrions  disposer  chronolo- 
giquement ainsi  les  formes  précitées  du  nom  du  dieu  lusi- 
tanien : 

/  i)  Endovollicus  =  Endovolicus ';>*  En- 
*Andevellicos  >  ' Andovellicos  >  En-  )       dobolkus  >  ' Ennobolicus  >  Eno- 
dûvellicus  =^  Endovelicus  :                  j       bolicus  ; 

\  2)  Indovelicus. 

Nous  avons  un  changement  phonétique  parallèle  dans  les 
formes  du  nom  d'un  roi  des  Ilergétes  (Hispanie)  '  :  Ando- 
balcs,  Indehilis,  Indibilis,  —  nom  qui  probablement  pourra 
s'expUquer  aussi  par  la  particule  ando-  =  andc-  jointe  à  l'élé- 
ment hilis,  que  M,  d'Arbois  de  Jubainville  trouve  en  Bil-bilis 
et  qui  serait  pour  bilo,  qui  signifie  également  «  bon  »  ^.  Les 
trois  formes  du  nom  royal  ilergetien  seraient  pour  un  primitif 
*Ande-hilis,  qui  constituerait  ainsi  un  pendant  phonétique 
et  morphologique  du  nom  divin  lusitanien  EndovcUicus  = 
*  Andevellicos. 


Parmi  les  noms  des  dédicants  des  autels  et  des  statues  qui 
étaient  dans  le  sanctuaire  d'Endovellicus,  il  y  en  a  qui  pourraient 
être  aussi  celtiques,  ce  qui  fournira  un  autre  argument  en 
faveur  de  la  celticité  du  nom  du  dieu,  par  ex.  MogoUus  =:  Mog- 
ol-io-s  (le  th.  mog-  est  très  répandu  en  celtique;  même  en 
Portugal,  dans  le  Nord,  on  trouve,  sur  un  monument  con- 
sacré à  un  autre  dieu  celtique,  Anibi-mog-idu-s  ;  sur  -ol  cf. 
Gr.  Celt.,  p.  766);  Conicodius  =^  Coni-cod-ius^  (cf.  Coni- 
acus  en  Gaule,  et  Cod-onius  aussi  en  Gaule). 

1 .  Je  pense  que  quand  on  veut  écrire  en  français  le  nom  ancien  de  la 
péninsule  hispanique  ou  ibérique,  on  doit  écrire  Ibcrie  ou  Hispanie,  et  non 
Espagne.  En  effet,  VEspagne  est  uniquement  le  royaume  de  S.  M.  Catho- 
lique, tandis  que  VHispanie  comprend  VEspagne,  le  Portugal,  Andorre  et 
Gibraltar.  Quelques  auteurs  français  ont  déjà  employé  le  mot  Hispanie  dans 
le  sens  que  j'indique. 

2.  Les  noms  gaulois  chez  César,  130. 

3 .  M.  Holdcr,  reproduisant  la  lecture  de  M.  Hubner  (C.  I.  L.,  II,  6350), 


Onomasticon  Lusilanicn.  5 1 1 

Comme  base  de  cette  étude  purement  linguistique,  je  pourrai 
présenter  un  texte  de  Strabon.  Cet  auteur,  en  décrivant  la 
mésopotamie  formée  par  le  Tage  et  l'Anas,  ajoute  que  des 
Celtici  en  habitaient  la  plus  grande  partie  :  t^v  Kz\-v/.z>.  v£[xcv:a'. 
■70  ttXéov  ^  Pline  parle  aussi  du  Sud  du  Portugal,  du  pays 
compris  entre  le  Tage  et  le  Sacrum  Proniunturium,  et  dit  que 
des  nations  d'origine  celtique  —  génies  Celticae  —  y  étaient  ^. 
Donc,  selon  les  auteurs  classiques,  il  y  avait  des  Celtes  entre 
le  Tage  et  l'Anas,  c'est-à-dire  dans  la  région  qui  renferme  la 
province  appelée  aujourd'hui  Alemtejo,  dans  laquelle,  comme 
je  l'ai  dit,  se  trouvait  le  sanctuaire  d'Endovellicus. 

J.  Leite  de  Vasconcellos, 


demande  si  ce  nom  serait  Concordiiis.  C'est  moi  qui  ai  trouvé  l'inscription; 
on  y  lit  très  distinctement  Conicodius. 

1 .  Géogr.,  III,  I,  6. 

2.  N.  H.,  IV,  ii4-ii6.Cf.  m,  13. 


512  ■  Whillcy  Stokes. 


BRUIDEN  DA  CHOCAE. 

(H.  3.   18,  p.  713)'. 


29.  Teclamat  Ulaid  ind  oenmaigin  iartain.  «  Olca  for  ngni- 
ma  fri  Oi//ll  7  Meidb  »,  for  Lon[f]iach  mac  Lamfaui;,  «  mar- 
badh  a  muindtire.  Ticfiid  frib  na  onimhu  dironsaidh  friu.  » 
«  Dar  mbubtad  duitsi  on,  a  t/;raaill!  »,  (or  Duhthach,  la  taba/Vt 
forgama  fair,  Luid  uatha  ierom  Loniach  tria  luinne  ocus  aind- 
serge  di  hsoigid  AUelh-e  ociis  Medua. 

30.  Lotsat  Ulaid  dno  lerna  morcoscor  di  ascnam  dia  tir. 
Batfl/'  dono  oc  a  imradli  qia  hairm  i  faifitis,  ar  ro  bo  deired  din 
lo  ocus  robdar  bristi  atgontae. 

«  Anam  sunn  i  tig  Da  Cogre  in  gabann  ocus  Luaithe  ingine 
Loma  Luind  »,  [.i.  a  baincheile,  —  H.  i.  17I  or  iet,  «  oc  Sleib 
Malonn.  » 

«  Ni  anfam  »,  ar  Aim/rgin,  «  i  £iil  ar  mbidbrzi  'ar  ndenam 
ind  uilc,  ar  is  la  Meidb  ocus  la  Oi//ll  in  crich  f^rsata  D.\  Coccx 
À.  Crich  Fer  Malonn.  Ragmait  dia  ascnamh  ar  crichi  feisin. 
Cunima  lind  qid  adhaigh  ^  dûin  [inti  — H.  i.  17].  At  niora 
glonda  Medb.^.  Ni  côir  dia  namait  a  cor  i  n-eslis.  » 

«  Ni  hegail  lind  »,  (or  Duhthacb,  «  toidicht  cen  robadh  cuc- 
cuind  7  Ferg/Y5  tier  diar  n-ess.  » 

«  UraScÇ  elud  6nd-  fir  itbcre  »,  for  Illond  mrc  FergM^ai,  «  ar 
iss  cutha/  a  rathushudh  >. 


I.  V.  p.  149. 


Da  Choca'  s  Hoslel.  3 1 5 


THE  HOSTEL  OF  DA  CHOCA. 


29.  After  wards  the  Ulaid  gather  into  one  place.  «  Evil  are 
your  deeds  against  Ailill  and  Medb  »,  says  Lonfiach,  son  of 
Ldmfota,  «  to  kill  their  people  !  The  deeds  ye  hâve  done 
against  them  will  corne  against  you.  1)  «  This  (is)  to  threaten 
us  by  thee,  thou  slave!  »,  says  Dubthach,  giving  a  spear- 
thrustathim.  Then  Lonfiach  went  away  from  them,  in  wrath 
and  hostility,  unto  Ailill  and  Medb. 

30.  So  the  Ulaid,  after  their  greatvictory,  went  on  towards 
their  country.  They  were  discussing  in  what  place  they 
should  sleep,  for  it  was  the  end  of  the  day,  and  they  were 
broken  and  wounded. 

«  Let  us  stay  hère  »,  say  they,  «  in  the  house  of  Dd  Choca 
the  smith  and  of  his  wife  Luath,  daughtcr  of  Lumm  Lond,  at 
Sliab  Malonn.  » 

«  We  will  not  stay  »,  says  Amirgin,  «  near  our  foes  after 
doing  evil  (to  them),  for  the  district  in  which  Dâ  Choca 
dwells  belongs  to  Medb  and  Ailill,  to  wit,  the  District  of  Fir 
Malonn.  We  wàll  go  and  proceed  to  our  ow-n  district.  'Tis  in- 
diffèrent to  us  that  it  is  night.  Mighty  are  the  deeds  of  Medb. 
No  foe  of  hers  should  neglect  her.  » 

«  We  are  not  afraid  »,  says  Dubthach,  «  of  (her)  coming 
to  us  without  warning,  while  Fergus  is  in  the  west  behind 
us.  » 

«  'Tis  easy  to  évade  the  man  thou  mentionest  »,  says 
lUann  son  of  Fergus,  «  for  slack  is  his  perception.  » 


514  [Vhitley  Stokes. 

31.  [P.  714].  Deisid  oc^e  airisemh  hi  tig  Da  Choc^.  Lotor 

do  iar  suide.  Bd  si  sin  in  sesiod  nghru'iàen  Erenn  'na  aimsir  .i. 
Bruidm  Da  Clioae  lii  Sléib  M.ûonii.  For  coi  ceithre^  sb^ed  no 
bid  nach  >  bruiden.  Ni  tabairte  acht  a  beim  n-aieoil  di  cech  duine 
intib,  7  ni  tliecmamg  a.cbt  a  biad  côir  di  cech  duine  ass  sin.  Ba 
coimeïrqiie  laime  derce  nach  bruidhen^. 

32.  Didechaidh  Da  Coccas  isin  tech  7  coeca;  fehiiac  im- 
maille friss  7  a  baincéle  .i.  Luath  ingen  Lommas  Luind,  7  fer- 
ait failte  fri  Corm^fc  con:\  sluag.  Geibhit/  a  suidhe  isin  tig 
iartain. 

33.  A  mbator  and  ïmiiwrro  roiinacotar  mnaoi  mbelmair 
nduib  ndedgair^  detaide  'na  ndocum,  docum  na  bruidne,  's  i 
losc  tûathcoech.  Brat  longach  roriabach  immpe.  Duibith/V 
druimni  dail  cech  n-alt  di  o  mulLifrh  go  talm^z/;/.  A  mong  gip- 
nech  greliath  dar  a  formnasier.  Atnais;  agualainn  frisin  n-aur- 
sainn  7  gabais  for  mif^'lmoine  din  tslûag  7  ior  mifoc//l,  con'id 
and  atb^Tt  innso  : 


Beite  bronaig  hi  mbruidin^,  beite  cuirp  theascth:e  i  fuil/Mi, 
beite  colla  cen  cind  de.  6ss  uir  Bruidne  ^  Da  Choga;,  yrl. 

34.  [Luid  uathaibh  iairsin  in  mBadb,  7  daircidh  toluid^°no 
canus. 

35.  Tdinic  line  Uladh  atuaidh,  ba  frtda  leo  bad(7;-  a  ter/;/a  7 
Cormac  ina  n-ingnais.  Faidid  drecbtA  mora  uath;z/bh  atuaidh  co 
Cruachain^^  i  n-aghaidh'-  Covmciic  7  dathenn-deithnis  inando- 
chum  da  righadh.  Indistir  doibsin  Cormac  coiia  muindtir  do 
dul  tairsta  cum  Sen-atha  moir.  Lodar  ina  ndiaidh  ^3  iairsin  for 
echlascadhi4  co  Sen-dth  7  co  Magh  nDeirge.  Atciati5  ia  t-air- 
mach  annsin.  «  Is  fir  »,  fo/'siat,  «  is  oidhéis  cloidhimh  Cormaic 
ata  so.  »  Lodar  rompa  iarsin  dochum  Bruidhne  gacb  ndm'ch. 


36.  Inith/zia  Cormaic  iinmorro  cona  muindtir  a  niBruidin. 


a.  bruieni  H.  ;.   18. 


Da  Choca's  Hostel.  ?  1 5 

31.  So  they  seule  to  hait  in  Dd  Choca's  hoiisc.  Thithcr, 
then,  they  went.  It  was  onc  of  thc  six  royal  hostels  of  Erin 
in  its  time,  namely  Bruidcn  Dâ  Choca  on  Sliab  Malonn. 
Every  hostel  used  to  be  at  a  meeting  (?)  of  four  roads.  Whoso- 
ver  was  in  them  was  given  only  one  thrust  of  his  fleshfork 
(into  the  caldron),  and  to  each  happenedonly  his  proper  food. 
Every  hostel  was  an  asylum  of  the  «  red  hand^  « 

32.  Dâ  Choca  entered  the  house,  together  with  fifty  ap- 
prentices,  and  his  wife,  even  Luath,  daughter  of  Lumm  Lond. 
They  make  Cormac  and  his  army  welcome.  Then  they  (ail) 
take  their  seats  in  the  house. 

33.  Now  when  they  were  there,  they  saw  coming  to  them 
towards  the  Hostel  a  bigmouthed,  swarthy,  swift,  sooty  wo- 
man,  and  she  lame  and  squinting  with  her  left  eye.  She  wore  a 
mantle  threadbare  (?)  and  very  dusky.  Dark  as  the  back  of  a 
stag-beetle  was  every  joint  of  her  from  crown  to  ground.  Her 
filleted  grey  hair  fell  back  over  her  shoulder.  She  leant  her 
shoulder  against  the  doorpost,  and  began  prophesying  evil  to 
the  host,  and  uttering  ill  words,  so  that  she  said  this  : 

Sad  will  thev  be  in  the  Hostel  :  bodies  will  be  severed  in  bloods, 
Trunlis  will  be  headless,  above  the  clay  of  Dâ  Choca's  Hostel. 

34.  Then  the  Badb  went  from  them,  and... 

35.  There  came  tidings  of  the  Ulaid  from  the  north.  They 
thought  their  envoys  were  delaying,  while  Cormac  was  apart 
from  them.  So  they  send  great  bands  southward  to  Cruachu 
to  meet  Cormac  and  press  him  strongly  to  come  and  be  made 
king.  Thèse  are  told  that  Cormac  and  his  people  had  gone 
athwart  them  to  Sen-dth  môr  («  the  great  old-ford  »).  Then 
they  followed  them  at  fuU  speed  to  Sen-âth  and  to  Mag  Deirge. 
There  they  see  the  field  of  battle.  «  True  »,  say  they,  «  this 
is  the  track  of  Cormac's  sword-point.  »  Then  they  fared 
forward  straight  to  the  Hostel. 

36.  Now  as  to  Cormac  with  his  people  in  the  Hostel. 


I.   Cf.  Welsh  Uaivrudd  «  murdcrer  »,  «  having  a  red  hand  »,  Uatvrudd- 
iaeth  «  bloodshed  ». 


3 16  Whitlcy  Stokes. 

Ni  cian  dia  mbadar  ann  iair  micelmaine  na  Baidbhe  dôibh, 
7  siad  dubhach,  dérach,  dubronach,  cocualadar^^  Genann  aga 
radh,  [fo.  9'']  agus  se  for  or  ^7  na  Bruidne.  «  Atciu  oig  tair  Mag 
nD^rg  anois  »,  (or  se,  «  aniar  gach  néïrecb,  7  dar  lem  is  iat 
Ulaid  uili  iat.  »  Eirgid  uaill  7  borrfod  a  n-aignid  Chormaic 
cona.  mumdtir  o'dconncadar  a  cwraidh  7  a  cathmhil;V/'^  ina  ndo- 
chum  co  dor//j'9  na  Bruidne. 

37.  Tiagaid  Ulaiii  isin  mBruidin  iarsin,  7  gabhaidh  gach 
aen  a  inadh  innti  for  inbedhaibh  [leg.  inadhaibh  ?  imdadh- 
aibh?],  amal  ba  bes  doibh  .i.  ga;;  isel  a  n-inadh  uasail  acu. 
Suïdhis  Aimirgin  isin  foclu  feinidha  for  deisincaibh  Cormaic. 
Suid/5  Car/;/  isin  ursain  dia  aghaidh-°  isin  leith  airaill.  Suidiiù 
Fiacha  mac  Fir  ablia  isin  tbchla-'  feinedha  da  laimh  alaind 
aimdeisin  righ.  Suid/V  Fiacha  Caech  mac  2-  Fergusa  ind  ursaind 
eile.  Suid/j  Illann  Find  mac  Ferg//^a  for  a  deis-laimh  Cormaic^ 
7  Duhibach  for  a  laimh  sin.  Suidh/5  gach  fer  iarsin  amal  ro 
dhhgh  dor^Vr  athar  7  senathar  — ■  B.]. 

38.  Imtusa  Loniach-)  iminonv.  Is  ed  adfiedor  sunn. 
Diluid  side  co  hairm  i  mboi  Ai//ll  ociis  Medb,  ociis  adfetdoib 

scélse.  Ro  airHset  ierom  Condachtac  i  comairle  qid  digendais. 
Albert  Mede  :  «  Diberthor  muinbech  im  Ferg«j-  occ//msa  », 
for  si,  «  ocus  fostfaider  i  ùis  he,  7  ragait  Connachtai  a  ndiaid  ^4 
Cormaic  co  ragbat  tech  fair  cid  be  airm  i  faiti  indocht.  » 

39.  Ron-gab  Mcdb  oc  indlach  Cormaic  fri  Ferg/^y  andsaide. 
«  Ba  husa25  det  »,  ol  si,  «  mac  ind  fir  rot-innarb  [as  do  thir 
fein  —  B.]  ocus  dono  ^^  dar  do  cinn  dorona^  Conchobar  fri  Nés 
he  i  rigod^"  it  fiadnaise.  » 

40.  Ro  cetaig  dno  iersin  ter/;/  indiaid  Corbma/c. 

41.  Lotor  dno  ina  dieid  maie  Magach  .i.  im  Cet,  im  Aillf 
Ard-agach,  im  Eochaidh  Beg  mac  Fchach  Rond,  im  Maine  Into- 
gaid  mac  Maine  Morgair,  im  Maine  mac  Cet  meic  Magach,  im 
Mos;  Corb  mar  Coiichobair  Abratruaidh   mie   Find  mie  Rosa. 


Du  Chocas  Hoslel.  3 17 

They  had  not  beeii  long  there  aftcr  the  Badb's  prophccy  of 
evil  to  them,  and  they  gloomy,  tearful,  mournfLil,  wlien  they 
heard  Genann  speaking  to  them,  and  he  on  the  edge  of  the 
Hostel  :  «  I  see  warriors  now  coming  straight  over  Mag  Deirg 
from  the  west,  and  methinks  they  ail  are  Ulaid.  »  Pride  and 
exultation  arise  in  the  spirit  of  Cormac  and  his  people  when 
they  saw  their  heroes  and  their  battle-soldiers  coming  towards 
them  to  the  door  of  the  Hostel. 

37.  Then  the  Ulaid  enter  the  Hostel,  and  each  takes  his 
place  therein  on  couches,  as  was  their  custom,  that  is,  no  in- 
ferior  in  the  place  of  a  superior.  Amirgin  sat  on  the  cham- 
pion's  seat  to  the  right  of  Cormac.  Cacht  sat  down  at  the 
doorpost  in  flice  of  him  on  the  other  cide.  Fiacha,  son  of  Fer 
aba,  sat  on  the  champion's  seat,  on  the  king's  beautiful  left 
hand.  Fiacha  Caech,  son  of  Fergus,  sat  by  the  other  doorpost. 
Illand  the  Fair,  son  of  Fergus,  on  Cormac's  right  hand,  and 
Dubthach  on  his  left  hand.  Every  man  thereafter  sat  as  he  was 
entitled  by  reason  of  father  and  grandsire. 

38.  Now  touching  Lonfiach.  This  is  hère  declared. 

He  went  to  the  place  where  Ailill  and  Medb  were,  and  tells 
them  (his)  tidings.  So  they  consulted  the  Connaughtmen  in 
a  council  as  to  what  they  should  do.  Medb  said  :  «  Fergus 
shall  be  cajoled  by  me,  and  he  shall  be  detained  hère,  and  the 
Connaughtmen  will  pursue  Cormac  and  storm  the  house  upon 
him,  wheresoever  he  sleeps  tonight.  » 

39.  Then  Medb  began  severing  Cormac  from  Fergus, 
saying:  «  It  were  easy  for  thee  to  crown  the  son  of  the  man 
who  banished  thee  from  thine  own  country,  (and  to  see  the 
son)  whom  he,  instead  of  thee,  begat  on  Nés  ^  crowned  in 
thy  présence  !  » 

40.  So  then  Fergus  consented  to  pursue  Cormac. 

41.  After  him  then  went  the  sons  of  Maga,  including  Cet, 
and  Aille  Ard-agach,  and  Eochaid  Becc,  son  of  Eochaid  Ronn, 
and  Maine  Intogaid,  son  of  Maine  Morgar,  and  Maine,  son 
ot  Cet,  and  Mog  Corb,  son  of  Conor  Redbrow,  son  of  Find 


I .   Cormac  was  the  son  of  Nés,  once  the  wife  of  Fergus,  bv  her  own 
son  Concliobar. 

Rt'vuc  Cdiiqiu,  XXL  22 


3 1 8  Wlntley  Stokes 

Deich  cet  laoch  il-lion.  Luid  do/w  Loniach  rompa  \ior  eoh/5  — 
B.].  Ni  boi  doMo  cliu  cen  scieth,  nô  lamh  cin  laighin,  no  crios 
cen  cloid^w  leo. 

42.  IS  andsin  ro  cachain  Suamach  mac  Samgubc-e,  stnchaid 
Corma/c  ConÀXongis  ocus  a  aiti,  ina  rundu  sa,  ic  taircetal  doib 
i[n]  neich  aratbui,  ar  ba  fisid-siî/m  ocus  ba  fer  moreolais  :  co 
w-epéTt  indso  : 

Maircc  dibeir  tocb  a  deo  de 

deis  Loiniach  meic  Lamhfotîe,  yrl. 

43.  Lowr  diu  na  sloig  rompa  do  soigh/W  na  Bruidni,  7  dei- 
simr  ina  comnaidi^^  ina  i^rrad.  Cuirit  iarî//;/  toisceltai  [.i.  Mog 
Corb  7  Corb  Gailli  —  H.  i.  17]  uatibh  for  Bruidin,  7  ro  soiset 
iarsin  d'  indsoig/W  a  muinntire,  7  atfiadad  a  sct'/ai  doib,  7 
cinnw^  -9  in  tsloig  7  in  chostaid  ^°  atchondcawr. 

44.  «  Rangamairni  eimh  »,  ol  Mog  Corb,  «  rigtech  romor 
7  slogh  bûr3'  borrfa^ach  isin  tig-sin,  co  tlachtaibsainamhraib32 
[co  sciathaibh  aille  allm;/rda,  co  slegaibh  slinngera  —  B]  7  co 
cloidmib  tromaib  tairceltachaip35.  Culmongai  [finna  forsgailti 
—  B.]  for  fuirind  dib,  bé^rth^  slechta  for  fuirind  aile,  occus 
cruindberrthœ  [comairda  —  B.]  for  fuirinn  aile.  » 

«  Forfetamairne  sin  »,  ar  Loniach  54,  «  .i.  teglach  in  rig  7  a 
amsach'),  [Mairg  nos-rig,  mairg  nos-rachadh  !  Bid  lir  laich36 
a  cosair  cro  leo  ac  cosnam  37  a  tigherna  »  —  B.]. 

45.  «  Rancamairni  àono  tech  n-aili  fil  i  mullach  na  tilcha; 
.i.  bant/'acht38  baillgel  bLigairuisc39  isin  toigh  [sin,  7  ûacht  illa- 
thach  examhail  do  àerg  7  do  ghorm  7  d'uaine  umpa  —  B.] 
Mflicaimh  [mine  muillechlethna  ann  —  B.]  7  coin  i  slabrarf- 
aip4o,  y  Qess  q^ji  y  airfif^  [7  inntlais  —  B.]  and.  A  imthaim 
caich  sratslige  soch^/We  do  soigid  in  toige.  Ni  facamair  ocbaid 
no  amsaigh  and  olcena;. 

«  Forfetamairni  sin  »,  for  Loniach,  «  edon,  bandtracht  ind 
righ  7  na  rign^e  .i.  Neme  ingine  Celtchair  m^vc  Uithechair 
insin.  [ocus  bidh  cruaidh  coiseonwr  a  fuil  isin  tigh  sin  »,  bair 
Loinfiach  —  H.  i.  17]. 

46.  «  Rancumar  àono  tech  n-aile  [ann  »,  ar  Mogh  Corb  — 
H.  I.  17]  «  fil  hi  cobfan  na  tilchiç  on  tig  sin  sios.  Ro  hecr^^ 
in  tech  di  rmrçchaib  7  di  rodain//;  7  di  m^rcaib  rig  7  roflatha, 


Da  Clioca's  Hoslel.  319 

mac  Rosa.  Ten  hundred  heroes  was  their  number.  Lonfiach 
too,  preceded  them  to  guide  them.  No  body  among  them  was 
shieldless,  nor  hand  spearless,  nor  girdle  swordless. 

42.  Then  sang  Suamach  son  of  Samguba,  the  shanachie 
and  fosterer  of  Cormac  Conloinges,  thèse  staves,  prophesying 
to  them  ail  that  would  befall  them,  for  he  was  a  seer  and  a 
man  of  great  knowledge.  And  he  said  this  : 

Woe  who  trusts  ...  after 

aftcr  Loinfiach  son  of  Lâmfota,  etc. 

43.  So  the  hosts  fared  forward  to  the  Hostel,  and  sat  down 
near  it,  waiting.  Then  they  sent  spies,  Mog  Corb,  to  wit,  and 
Corb  Gaille,  to  the  Hostel  ;  and  afterwards  thèse  returned  to 
their  people,  and  declared  to  them  their  tidings,  and  what  kind 
of  folk  and  usage  they  beheld. 

44.  «  We  reached  »,  says  Mog  Corb,  «  a  huge  palace 
with  an  angry,  furious  folk  therein,  with  variously  wondrous 
garments,  and  beautiful  foreign  bucklers,  and  sharp-pointed 
javelins.  On  some  of  the  men  were  flur  disshevelled  back- 
manes,  on  others  clipt  heads  of  hair,  and  on  others  heads  of 
hair,  round  and  equally  high.  » 

«  We  know  thèse  »,  saith  Lonfiach:  «  the  household  of  the 
king  and  his  soldiery.  Woe  to  him  that  attacks  them!  woe  to 
him  that  should  attack  them  !  Many  w\u"riors  will  they  hâve 
in  a  litter  of  gore,  defending  their  lord.  » 

45.  «  Then  w^e  reached  another  house  on  the  summit  of 
the  hill.  Women  with  bright  limbs  and  hyacinthine  eyes  were 
in  that  house,  wearing  various,  many-coloured  garments  of 
red  and  blue  and  green.  Gentle,  broadcrowned  boys  were 
there,  and  hounds  in  leashes,  and  musicians  and  minstrels  and 
players  (?).  From  the  ...  of  every  road  (comes)  a  multitude  to 
seek  the  house.  We  saw^  no  warriors  or  soldiers  there  besides.  » 

«  Thèse,  too,  we  know  »,  says  Lonfiach  :  «  to  wit,  the 
womanfolk  of  the  king  and  of  the  queen,  Ném,  daughter  of 
Celtchar,  son  of  Uthechar.  And  hardily  will  their  blood  be 
defended  in  that  house  »,  says  Lonfiach. 

46.  «  We  reached  another  house  there  »,  says  Mog  Corb, 
«  which  is  below  it  on  the  slope  of  the  hill.  It  was  arranged 
with  lords  and  mighty  m?n  and  kings'  sons  and  great  princes 


320  Whitley  Stokes. 

7  di  rignaib  aill/7'  etvochtaib.  Is  lor  di  soillsi  im;;/c;;'r()  isin  tig 
cenco  mbeit  marless  nô  righccndli  and,  imat  na  tlacht  n-exa- 
mail  7  na  mbrcthn^i'  n-ilccar  n-imdenmach  7  na  scieth  n-ordîe 
7  na  cloid^m  n-orsnaith,  7  drechta2  4'  na  riùrech  7  na  rorigon 
filit  isin  tigh.  Nisn-athgneorsas  Cormac  feisin  acbt  minap  he 
fil  i  midlisi  in  tigi  .i.  fer  gormainecli  mar.  Rose  gleordha."  ina 
chind.  Detgen  coir  occa.  Aiged  fochaol  forlethrt».  [P.  717] 
Linfolt  find  fota  forordha^  fair.  Ulcha;  degabkr/;  fota  4^  ecsidhe 
fair.  Fuan  corcra  imbe,  milech^?  arcfl//  ann.  Chidcfji  co  n-elta 
ina  laimh.  Is  righdae  in  drech  7  is  seisseilbe  airdrig  occas.  » 


«  IS  he  sin  t;a  Cormac  direir  a  tuarascbala  )>,  îor  Loiniacii. 

47.  DeissitMr  trd  lucht  na  hoircne  ina  suide  oc  idn^/Whe 
deiridh  na  hoidchi  fri  derach  .i.  fri  horcain,  mBruidnic. 

48.  A  mbadar  lucht  na  Bruidne  fora  nd-imrait/Z'44  cotlais 
Aimirgin  mithissin45  mbic.  IS  edh  tarfas  do  ina  chotlud46j 
Coim.y.cbtx  ic  togail  na  Bruidne  47  foraib,  7  cacli  oc  airlech  araile 
impe.  Diuchtrais  co  huathbasflrh  asa  coûnd.  «  Tath-cein4S  »^ 
(or  Cormac,  «  qid  and  sin?  »  IS  and  isb<'rt  Am/rgin  :  «  Andord 
fiansa  for  mach  muine,  etc. 

49.  «  Eirgidh  »,  for  Amirgin,  «  a  fira  !  Bid  cach  uaib  ind 
aircill  a  n-arm,  air  tait  namhait  icabur  n-iondsaig/J.  »  Ni 
cian  iarw;;;  batar  forna  himraitib-sin  co  tancatar  na  sloig 
amuich,  co  ndt'rnsat  /r/cuartiç49  dib  immon  tech.  Atnagat  a 
n-andord  5°  n-eissib.  «  Din-ruacht  in  rop  ecail  lind  »,  ol  Aim- 
irgm.  «  Fogebait  a  n-acalk/;;/  lind  sund  »,  ol  Corpmac, 
«  atat  oig  lind  doib  ». 

50.  Dodechoid  di^«  Suamach  m/7C  Samguba;  aniar  a  ndiaidh 
na  turrgraighe  di  bhreith5'  rohaid  da  dalta;,  cor-rainic  Tulaig 
Dér  .i.  deraî  (oh-e  ro  theilg  in  Dagda;  inte  a  comrac  fri  tasc  a 
meic  in  Cermâfta;,  [P.  718]  comd  de  digairter  Tulach  Der  di. 
O'tro/niairc  hruin  Suamoch  daigh  na  hoirgne  uad  fora  dalta;, 
ni  ro  damair  do,  co  ro  bris  a  cride  ann.  Conld  de  digarar  Druim 
Suamaig  don  t'ûaig  o  sin  co  sudiu. 


Dd  Chocds  Hcstcl.  32  I 

and  bcautiful  bright  nobles.  Though  there  were  no  great  light 
or  royal  torches  therein,  enough  of  radiance  there  is  froni 
the  varions  garments  and  manifold  ornamented  brooches,  and 
gilded  shields,  and  swords  hilaid  with  golden  wire,  and  the 
parties  of  princes  and  great  lords  who  are  in  the  house.  I 
could  not  recognise  Cormac  himself  unless  it  were  he  who  is 
at  the  midbeam  of  the  house,  to  wit,  a  man  noble-faced,  tall, 
with  agleaming  eye  in  his  head.  An  even  set  of  teeth  hehath. 
A  visage  broad  above,  narrowbelow.  Pair,  long,  golden,  flaxen 
hair  upon  him.  A  beard  he  hath,  two-forked,  long,  ...  He 
wears  a  purplegown  with  a  brooch  ofsilver  therein.  A  hiltcd 
sword  is  in  his  hand.  Royal  is  the  countenance,  and  an 
overking's  tumult  he  hath.  » 

«  This,  then  »,  says  Loinfiach,  «  is  Cormac,  according  to 
the  description  of  him.  » 

47.  So  the  destroyers  sat  down,  waiting  for  the  end  of  the 
night,  wreck,  that  is,  to  destroy  the  Hostel. 

48.  While  the  folk  of  the  Hostel  were  musing,  Amirgin 
slept  a  little  time.  This  is  what  appeared  to  him  in  his  sleep 
— •  Connaughtmen  destroying  the  Hostel  on  them,  and  each 
slaughtering  another  around  it.  Ont  of  his  sleep  he  awoke  in 
horror.  «  Be  ye  silent  a  while  »,  says  Cormac:  «  what  is 
that  there?  »  Then  said  Amirgin:  «  The  low  roar  of  cham- 
pionship  »,  etc. 

49.  «  Arise,  O  men  !  »  says  Amirgin.  «  Let  each  ofyou, 
get  ready  his  weapons,  for  foes  are  coming  to  attack  you.  » 
Not  Ions;  then  were  thev  at  thèse  musinsis  till  the  hosts  came 
OLitside  and  made  three  circuits  round  the  house.  They  utter 
their  battle-cry.  «  What  wefeared  has  reached  us  »,  says  Amir- 
gin. «  They  wiU  get  their  answer  hère  among  us  »,  says 
Cormac  :  «  we  hâve  warriors  for  them.  » 

50.  Then  Suamach,  son  of  Samguba,  went  eastward  after 
the  expédition,  in  order  to  warn  his  fosterling  (Cormac);  and 
he  reached  Tulach  Dér  («the  Hillof  Tears  »),  that  is,  tears  of 
blood  which  the  Dagda  had  shed  there  on  meeting  the  report 
(of  the  death)  of  his  son  Cermait  :  hence  it  is  called  «  Hill  of 
Tears  ».  Now  when  Suamach  saw  the  flame  of  the  wreckinij 
inflicted  on  his  fosterling,  he  did  not  endure  it,  and  his  heart 


32  2  Whitlcy  Stokes. 


51.  Gabsatind  firforbaisi  in  tighe  for  Cormrtc,  ocus  adnaiter 
tenti  isin  rigte^h.  O'iconnakc  Coniach  sin  ros-gab  aitbnchus 
im  a  naimdiu  di  tahain  di  soigh/'J  a  comaltas.  Luid  side  iarsin 
isin  rightech  i  mboi  Corbm^c  co  ro  ferad  a  comlann  immaille 
friss.  Diunsi  52  doHo  Dubt/;af/7  beim  di  cloidhÉ';;d'i  mar  dô,  co  to- 
bacht  a  chend  de,  conid  cett-echt  Bruidne  e. 

52.  [Adaigt^T  na  teinnti  iarsin 5?  do  gnch  aird  don  Bruidin. 
Innsaigw  Fergna  mac  Finnconnaamach,  7  marbrtf5  54  .l.  fer  n- 
armach  55  n-incomluind  dibh,  7  bâidhis  5^  na  teinnti  7  innarbais  57 
in  sluagh  tar  58  foithribh  amach,  7  tic  imsldn  dorisi  'sa 
mBruidin. 

INdtaighid  in  sluagh  doriis  cum  na  Bruidne,  7  fadoighid 
na  teinnte.  Eirgis  Fiacha  mac  Fir  abha,  7  bdidis  59  na  teinti,  7 
mavhais  cet  oclach,  7  innarbais  in  sluagh. 

Tinntoigid  na  sloig  doriis  7  doighid  ceitbri  teinnti  dimôra 
isin  mBruidin  .i.  teine^^  gfl!c/;a  hairdi  7  gâcha  slessa^^  di.  Tic 
Duhtbacb  amach  iarsin 6-,  7  bdidhis^j  na  teinnti  7  innarbais^^ 
na  sloigh  co  hagairb  7  etrocar,  7  marbais  ^5  cet  dibh,  7  intai- 
ghis  co  Bruidin  ina  frithing. 

Adaigit  na  slôigh  na  teinnti  a  côig  hairdibh  isin  Bruidin. 
Ticc  lUann  Finn  mac  ¥ergusi\  amach  iarsin,  7  baidhis^^  ^^ 
teinnti,  7  marbhais^7  cet  don  tsluagh^^,  7  innarbais^9  tar  foi- 
thribh iad.  —  H.  I.   17]. 

53.  Tsànic  Lughaid  Lamderg  ocus  ro  gab  nertlic  cloiche 
moire  fria  aiss,  7  srethis  uadh  for  Illand  mac  Fergiisœ,  co  far- 
caibh  cen  anmain.  Rw^-geib  Fiech^  mac  Fir  Feibe  in  cloich 
frie  aiss.  «  Is  cual7°  curadh  insin  »,  f(?r  Aimergm^  «  ocus  dosroi 
aithes  di  ».  Sreithis  Fiacha  in  cloich/^  imach  for  Lugaid  Laim- 
d^rg,  cor-ro  sécher  [?]  cen  anmain 7^.  Gebtii'73  Cet  in  cloich,  7 
d/<j--cuir  i  mBruidm  co  ro  marb  fer  di.  Geipti  Fiechnz  Caoch 
mac  ¥ergusà  in  cloich  7-*  7  marbais  fer  di  amach. 


54.  Cid  fil  and  tra,  acbt  marbtor  moirseisior  anonn  di  7 
moirseisior  imach  73.  Sreithis  Duhtbacb  rod  n-urcuir  di  tar 
Bruidm  seachtair7^,  conid  i  aenha  fil  i  topur  Cille  Lasra  indiu, 
ar  ba  si  an  rigbruidévz  insin  Ceall  Lasrx  indiu,  ar  ni  bidh  rig- 


Dd  Chocas  Hostel.  32 j 

brokc.  Wherefore  from  that  time  to  this  the  hill   is   called 
Druim  Suamaig  («  Suamach's  Ridge  »). 

51.  The  men  besiegeJ  the  house  where  Cormac  was,  and 
fires  are  setablaze  in  the  palace.  When  Lonfiach  saw  this  he 
repented  having  brought  foes  to  attack  his  fosterbrother.  Then 
he  entercd  the  pahice  that  he  might  do  battle  along  with  Cor- 
mac. But  Dubthach  dealt  him  a  blow  with  a  cla3'more,  and 
eut  ofF  his  head.  So  that  was  the  Hostel's  first  deathblow. 

52.  Then  the  fires  are  kindied  at  every  point  of  the  Hostel. 
Fergna,  son  of  Finnchonna,  rushcd  forth  and  killed  fifty  of  the 
men,  armed,  fit  for  combat:  and  he  quenched  the  fires,  and 
drove  the  hosts  out  over  the  ridges,  and  came  back  unhurt  into 
the  Hostel. 

But  the  host  returned  to  the  Hostel  andkindle  the  fires. 
Then  Fiacha,  son  of  Fer  aba,  arose  and  quenched  the  fires,  and 
killed  a  hundred  warriors,  and  drove  away  the  host. 

Again  the  hosts  return,  and  kindle  four  vast  fires  in  the 
Hostel,  a  fire  at  each  point  and  each  side  thereof.  Then  Dub- 
thach comes  forth  and  quenches  the  fires,  and  drives  the 
hosts  bitterly  and  mercilessly,  and  kills  a  hundred  oi  them, 
and  then  turns  back  to  the  Hostel. 

kifive  points  in  the  Hostel  the  hosts  kmdle  the  fires.  Then 
lUann  the  Fair,  son  of  Fergus,  sallies  out  and  quenches  the 
fires,  and  kills  a  hundred  of  the  host,  and  drives  them  over 
ridges. 

53.  But  Lugaid  Redhandcame,  and  took  a  great  battle-stone 
on  his  shoulder,  and  hurled  it  at  lUann  son  of  Fergus,  and 
left  him  Hfeless.  Fiacha,  son  of  Fer  Feibe,  took  the  stone  on 
his  shoulder.  «  That  is  a  hero'sfaggot  !  »  says  Amirgin,  «  and 
shame  will  come  to  them  therefrom.  »  Fiacha  hurled  the 
stone  out  at  Lugaid,  so  that  he  ...  lifeless.  Then  Cet  got  the 
stone  and  cast  it  into  the  Hostel,  and  killed  a  man  with  it. 
But  Fiachra  Caech,  son  of  Fergus,  seized  the  stone  and  by  it 
killed  a  man  outside. 

54.  Howsoever,  seven  are  killed  by  it  outside  and  seven 
within.  Dubthach  hurled  a  cast  of  it  out  over  the  Hostel,  so 
that  it  is  the  one  stone  that  is  now  in  the  well  of  Cell  Lasra 
—  that  royal  Hostel  is  now  Cell  Lasra  —  for  at  that  time 


^24  Whitlcy  Stokes. 

bruid^'H  cen  uisq//^  trithi  uô  uisqm'  ina  forrm/h  isin  aimsir  sin. 

5  5 .  IS  di  sin  ro  cet  Aimergin  na  hriathra  sa  : 

Cual  Fiachna  ail  curad,  -ri. 

Is  di  ro  cet "7  : 

Lia  fil  a  n-ichtar  Bruidne.  is  lia  foraccaib  buidhni 
Lugaid  Laimd^g  rod;/5-l;i.  for  lUanii  mac  Tergusx. 
Rolà  Fiachna  for  Lugaid,  dorroi  hi  cossair  chro  in  curaidh, 
da  sechtflr  laoch  ardomtha.  edh  robithe  don  li'a-sa78.  Lia. 

56.  Atraracht  in  slog  dieroile  andside  1  maig.  «  IS  ferr  techt 
immach  occaind,  a  occa  »,  for  Cormac,  a  corub  i  muig  cui- 
remur  cuindscli.  »  Conid  ann  itbert  na  briathrasiï;79  oc  erge 
[P.  719]  documb  in  chathas  : 

«  Uathmar  gair  dono  gair  Bruidne 80^  jrl. 

57.  Lotar  dïiJii  a  Bruid/u  imach  iertain,  7  brisit  sleScT  ocns 
laochdoirsi  na  Bruidne  ^°  rompa  imach,  ocus  dogmet  cipi  crûad- 
chatlia  ^^  dib  ier  torr^r/;/ain  i  miiint/ri  as  crtch  aird  cucaï.  Ocus 
ferthor  imaireg  aith  amnas  etorrai,  co  rabat^r  lechtluigi^^  l^^och 
etrtrr^,  ocus  co  riaclu  fuil  ferna  oca  cecbt2.r  da  linu. 

58.  Fogeib  Cormac  ail  cloiche  fo  cois  7  srethis  ruot  n-ur- 
chuir  l'iadha  for  Mog  Corb,  cor-ro  bris  a  scieth  fair,  7  co  ro 
trasccair  co  talnw/;/  é,  conid  isin  ind  clocli  fil  [a  whar  —  H. 
I.  17J  isin  Bruid/;z^3  medônaigh  indiu.  Ni  tairnaic  uaid  erge 
intan  ranaic  Cormac  7  Cacht  mac  Ilguine  cuici  co  ros-marbsat. 
Ait  tra  i  mbith  ind  laith  gaile^  [astigh  no  beiredh  a  tholg  isin 
cath  dn  agair,  gur'  sgaiW  7  gur'  sgab^tf  6  cheile  uili  iat  iarsin. 
Lenais  cach  a  thadhruim  dibh  —  H.  i.  17]  isin  chath  cecb- 
tardiTe. 

59.  Lotor  asin  chath  secht^r  .i.  Eochaid  Bec  mac  Echach 
Rond,  ri  Fer  Craibe,  7  Maine  Antacaid  mac  Maine  Morgair, 
co  7zdorcratar  i  Cnuic  in  Coscair  la  Cacht  mac  Ilguine  7  la 
Cormrtc  Condhhiges  ier  scis  comlaind,  co  filet  il-lechta;  isin 

•>.  leg.  in  lâth  gailc  =  an  latli  gaile,  H.  i.  17. 


Da  CliocdS  Hostel,  325 

there  wns  no  royal  hostel  without  water  through  it  or  watcr 
near  it. 

55.  'Tis  of  tliat  stonc  Amirgin  sang  thèse  words  : 

Fiachna's  faggot,  a  liero's  shame,  etc. 
Of  it  was  also  sung  : 

The  stone  that  is  at  the  bottom  of  the  Hostel  is  a  stone  that  left  troops 
(lifeless).  Lugaid  Redhand  hurlcd  it  on  Jllann,  son  of  Fergus. 

Fiachna  hurled  it  on  Lugaid,  it  ...  the  hero  in  a  Httcrofgorc:  two  hep- 
tads  of  heroes  ...  wcre  slain  hy  that  stone. 

56.  Then  ihe  one  host  wentforth  to  the  other.  «  It  is  better 
for  us  to  go  out,  O  warriors  !  »  says  Cormac,  «  so  that  we 
may  put  the  fray  outside.  »  Whereupon  he  uttered  thèse 
Word  in  going  to  the  fight  : 

«  An  awful  cry  is  the  HosteFs  cry,  etc. 

57.  Thereafter  they  sallied  forth  from  the  Hostel,  and  break 
out  before  them  its  sides  and  hero-doors,  and  form  phalanxes 
of  hardy  battle  after  the  coming  thither  of  their  people  from 
every  point.  And  a  keen,  hard  conflict  is  fought  between  them, 
sothat  there  weregrave-beds  of  heroes  in  the  midst,  and  blood 
reached  their  girdles  on  each  of  the  two  sides. 

58.  Cormac  finds  a  rock  ofa  stone  under  foot,  and  hurled 
a  cast  of  it  on  Mog  Corb,  so  that  he  shattered  his  shield,  and 
cast  him  down  to  the  ground  —  and  this  is  the  stone  that  is 
now  in  the  well  in  the  middle  Hostel.  He  had  not  finished 
rising  up  when  Cormac  and  Cacht,  son  of  Ilguine,  came  to 
him  and  killed  him.  Now  wherever  a  champion  of  valour 
was  within,  he  bore  his  breach  into  the  brilliant,  véhément 
battle,  so  that  afterwards  they  were  ail  dispersed  and  scattered 
by  each  other.  Every  one  of  them  followed  his  ...  in  the  battle 
on  either  side. 

59.  Away  out  of  the  battle  went  Eochaid  Becc,  son  of  Eo- 
chaid  Ronn,  king  of  Fir  Craibe,  and  Maine  Antacaid,  son  of 
Maine  Môrgor,  and  fell  on  the  Hill  of  Triumph  by  Cacht  son 
of  Ilguine,  and  by  Cormac  Conloinges,  after  weariness  of  con- 


?26  WliitUy  Stokes. 

cnoc  beos,  conid  de  dogarar  Sliab  Bicc  de  .i.  o  Eochu  Beg  mac 
EochflTÂ  Roiul. 

(To  be  continued.J 

Whitley  Stokes. 


NOTES 

1.  aghaidh  H.  3.  18. 

2.  ind  H.  3.  18,  on  H.  i.  17. 

3.  rathugh  H.  3.  18. 

4.  ceitie  H.  3.  18. 

5 .  nac  H.  3.  18. 

6.  bruighen  H.  3.  18. 

7.  Geivit  H.  3.  18. 

8.  leg.  ndegdair  ^  deaghdhair  .i.  luath,  O'Cl.  ? 

9.  mbruigin  H.  3.  18. 

10.  leg.  taircidh  doluid? 

11 .  Cruain  H.   i.  17. 

12.  inadhaigh  H.  i.  17. 

13.  inandiaigh  (?)  H.  i.  17. 

14.  echla  kscadh  H.  i.  17. 

15.  Attiat  H.  I.  17. 

16.  culaladar  H.  i.  17. 

17.  for  H.  I.  17. 

18.  chathmil/rf  H.  i.  17. 

19.  ina  ntocum  co  loxus  H.  i.  17. 

20.  adhaig  H.  i.  17. 

21 .  ochla  H.  I.  17. 

22.  mhac  H.  i.  17. 

23.  Loinfiacha  H.  i.  17. 

24.  ndiaigh  H.  5.  18. 

25.  tuisemlar/;/ H.  i.  17. 
26     don  H.  3.  18. 

27.  i.  e.  a  ri'gad 

28.  comnaigi  H.  3.  18. 

29.  cinus  H.  3.  18. 

30.  chostaig  H.  3.  18. 

3 1 .  brighach  H.  i.  17. 

32.  -rauib  H.  3.  18. 

33.  toirtbuill('c/;a  H.  i.  17. 

34.  Loinfiacha  H.  1 .  17. 

35.  a  amais  fuil  ann  sin  H.  1.  17. 

36.  laie  H.  I.  17. 

37.  a  cosnama  H.  i.  17. 

38.  buntracht  H.  3.  18. 

39.  buadroscach  H.  i.  17. 

40.  Milcoin  niera  niinbreca /o/-  slab;adaib  ann  H.   1.   17. 

41 .  drechœ  H.  3.  18. 


Du  Chocd's  Hostil.  py 

flict.  So  that  there  still  arc  many  graves  on  the  hill,  and  it  is 
called  Becc's  Hill,  from  Eochu  Becc,  son  of  Eochaid  Ronn. 


42.  Ibtu  H.  3.  18. 
43-   milec  H.  3.  18. 

44.  raitsecaib  H.  i.  17. 

45.  mitissin  H.  3.  18. 

46.  cotalad  H.  3.  18. 

47.  bruigne  H.  3.  18. 

48.  Tatcein  H.  3.  18. 

49.  quarta:  H.  3.  18. 

50.  a  ndord  fiansa  H.  i.  17. 
5  I  .   vreit  H.  3.  18. 

52.  Dorât  H.   1.  17. 

53 .  irsin  H.  i.  17. 

54.  mïirhais  H.  i.  17. 

55 .  airmach  H.   i .  17. 

56.  baithis  H.  i.  17. 

57.  innairbais  H.  i.  17. 

58.  tair  H.  i.  17. 

59.  baigis  H.  i.  17. 
50,   tiene  H.  i.  17. 

61 .  slec/;/a  H.  1.17. 

62.  7  iairsin  H.  i.  17. 

63 .  baigis  H.   i.  17. 

64.  innairbrt/5  H.  I,  17. 
6^ .   mairbflw  H.  i.  17. 

66.  baigliis  H.  i .  17. 

67.  mairbhfl/5  H.  I.  17. 

68.  dona  sluaigh  H.  i.  17. 

69.  innairbaw  H.  i.  17. 

70.  quai  H.  5.  18. 

71  .    chloich  H.  3.  18. 

72.  gur'  fagaib  gan  anmaiii  hé,  H.  i.  17. 

73 .  Geibid  H.  i.  17. 

74.  Gabais  Mogh  Corb  î  iarum.  H.  i.  17. 

75.  in  urdail  ccVna  amach,  H.  i.  17. 

76.  u[o]dhes  H.  I.  17. 

77.  qet  H.  3.  18. 

78.  liaa  H.  3.  18. 

79.  briatrasse  H.  3.  18. 

80.  bruigne  H.  3,  18. 

81 .  cruadcatha  H.  3.  18. 

82.  lechtluide  H.  3.  18. 

83 .  bruig/'»  H.  3.  18. 


REMARQUES 

AUX 

FOUR  ANCIENT  BOOKS  OF  WALES 


A.  —  Le  Livre  d'Axeurix. 

L  —  Les  noms  de  lieux  ;  Vaiiteur  et  son  époque. 

On  s'est  donné  beaucoup  de  mal  pour  localiser  le  Gododin 
dans  le  nord  de  l'Angleterre.  Le  Manan  Giiotodin  de  Nennius 
donne  à  ces  tentatives  quelque  apparence  de  fondement.  De 
ce  nom,  je  ne  dirai  rien,  restant  fort  perplexe  sur  sa  valeur  et 
sa  signification. 

Catraeth  ou  Cattraeth  a  été  identifié  avec  Catterick  en  Yorks- 
hire,  qu'on  suppose  être  le  KaT:'jpa/.Tdv.;v  de  Ptolémée  et  le 
Calaracton-e  de  l'Itinéraire  d'Antonin.  Il  est  évident  que  Ca- 
taracton,  comme  M.  Rhys  en  a  fait  la  remarque  S  eût  donné 
Cadraethon,  admettons  môme  par  suite  d'une  évolution  dans 
le  mot,  Cadraeth,  mais  non  Catraeth  qui  partout  a  /  dur.  Ca- 
traeth se  comporte  comme  Cateyrn  (Catotigirni  dans  une 
inscription)  et  suppose  si  on  le  replace  en  vieux-brittonique 
Catù-tract-.  Après  M.  Rhys,  M.  Ferdinand  Lot-,  avec  de  nou- 
veaux arsruments  a  identifié  Kaer  Iiideii  avec  le  lodeo  du  Gor- 
chan  Maelderw  (Skene,  Four  anc.  Books,  II,  p.  103,  v.  30).  En 
elle-même,  l'hypothèse  n'a  rien  d'invraisemblable.  Il  est  par- 

I  .   Artliitrian  Lc:^end,  p.  240-241,  note  5. 

2.  Revue  Celt.,  XXI,  p.  9.  Tri  guaid  ne  peut  signifier  trois  fois,  giujitJ} 
étant  du  féminin.  Il  est  probable  qu'il  faut  lire  trïguaid  =  trywiiilJ],  équi- 
valent de  combat,  de  tri-,  préfixe  intensif  et  de  giuaitl},  combat  (cf.  fry- 
friuyd  dans  le  même  sens).  II  est  même  possible  qu'il  y  ait  eu  dans  le  texte 
yghat  en  triguaid  ;  ce  n'est  pas  nécessaire. 


Four  Ancien!  Books  of  Wales.  P9 

faitement  sûr  que  les  Gallois  ont  pris  part  avecPenda  de  Mer- 
cie  à  des  expéditions  en  Northumbrie,  de  concert  avec  les 
Bretons  de  Strat-Clut.  Le  mot  merin,  comme  je  le  montrerai 
plus  bas,  a  bien  le  sens  que  lui  attribue  M.  Ferdinand  Lot. 
lûdeo  m'inspire  quelques  inquiétudes.  Dans  le  Gorchan  Mael- 
derw,  lu  gallois  ordinaire  n'est  représenté  par  o  que  dans  un 
seul  cas  :  lorsqu'il  est  consonne  :  irileo  =  tryleiu  ;  dco{(\m  ne 
signifie  pas  Dieu)  =  tew  ;  ero  =  erw.  Que  si  on  suppose  u 
long  (il),  on  est  en  présence  d'une  impossibilité  :  jamais  iil  ne 
peut  être  représenté  par  io-  ;  il  a  donné  /"  en  moyen-gallois  : 
Iddas  =  ludas  ;  Ithael  =  lii'S-hael,  etc. 

Quoi  qu'il  en  soit,  voici  des  noms  de  lieux  que  toute  l'ingé- 
niosité du  monde  ne  saurait  placer  ailleurs  qu'en  Galles. 

Acron  :  plusieurs  héros  en  sont  (69,  68,  82,  etc.)  :  c'est  un 
district  connu  de  Cardigan. 

Arvon  :  un  héros  est  appelé  dialgur  (=  dialiur)  Arvon,  le 
vengeur  d'Arvon  (Skene,  II,  Gorch.  Maeld.,  105,  i). 

Caeriuys  (77,  27),  en  Flint. 

Elvet  (102,  33),  en  Dyfet,  dans  le  cantref  d'Emlyn. 

Ewionyd  ÇEifionydd),  en  nord-Galles  (93,  7). 

Ekîrch  vre  :  a  été  traduit  absurdement  par  rocs  :  c'est  Elerch 
ou  Eleirch,  subdivision  de  Llanbadarn-Vawr  \  en  Cardigan, 
ou  encore  (c'est  moins  probable)  une  colline  des  bords  de 
VEhrch  ou  Elarch,  nom  du  fleuve  Rhymny,  à  l'endroit  où  il 
sépare  Glamorgan  de  Merioneth  ^. 

Gwynedd  joue  un  rôle  important  dans  le  poème  (63  ;  79, 
96,  etc.).  Kynvelyn,  le  héros  du  morceau  intitulé  Gorchan 
Kynvelyn  est  donné  comme  étant  de  Gwynedd  :  Gzuyned  e 
wlet  (96,  6). 

Gzuynuassi'd  {ç)^,  18): 


A  galar  dwvyn  dyvyd 
Y  Wynnassed  velyn 

«  Et  douleur  profonde  viendra 
aux  blonds  Gwynassedd.  » 


1 .  Lewis,   Topogr.  of  Wales,  I,  p.    324.  Il  est  remarquable  que  Eleirch 
comprend  la  partie  montagneuse  de  la  paroisse. 

2.  Archael.  Caiiibr.,  1870,  p.  2. 


jjo  J.  Loîb. 

La  région  de  Gwynnassed  est  parfliitement  définie  par  ce 
passage  du  Livre  Noir  (32,  3)  : 

Bet  unpen  o  Pridein  yn  lleutir 
Guinnasset  yn  yd  a  Lliu  yn  Llychwr. 

«  La  tombe  d'un  chef  Prvdoin  dans  le  brillant  pays  deGwvnnassedd,  là 
où  It'  Llyic  se  jette  dans  le  Llvclmr.  » 

Le  Llyw  est  un  affluent,  en  effet,  du  Llychwr  qui  forme  sur 
une  partie  de  son  cours  la  limite  des  comtés  de  Carmarthen 
et  de  Glamorgan  et  forme  à  son  embouchure  avec  le  ruisseau 
de  Burry  l'estuaire  de  Burry.  Le  Llyw  se  jette  dans  le  Llychwr 
à  peu  près  à  son  embouchure. 

Mon  (Anglesey),  93,27. 

Rhyvoniawc  (S^,  22;  90,  6),  cantrefdu  centre  de  Gwynedd 
(y  Berfedddiulad) . 

R.WADYR  Djerw^enxyd  (90,  2o)  a  été  rapproché  de  la  rivière 
Derwent  en  Cumberland  ^  Or,  un  poète  du  xiii'^-xiv'' siècle, 
Jorwth  Vychan,  célébrant  la  dame  de  ses  pensées  (Jvlyv.  Arch., 
p.  279,  col.  2)  semble  la  comparer  aux  flots  de  Rhyt  Dcr- 
wemiy^.  Il  serait  intéressant  de  savoir  exactement  en  quel  coin 
de  Galles  ce  rbyd  est  situé. 

L'auteur  du  Gododin  et  des  poèmes  du  Livre  d'Aneurin  qui 
s'y  rattachent  est  sûrement  un  Gallois.  Qu'il  y  ait  dans  son 
œuvre  des  échos  d'expéditions  dans  le  nord  et  de  traditions 
des  Bretons  de  Strat-Clut,  cela  parait  certain.  L'identification 
faite  par  Stephens  de  Dyvynwal  Vrych  (Dyfnwal  Vrych)  avec 
Donald  Brecc  est  séduisante.  Cela  nous  reporterait  au 
VII''  siècle  comme  d'ailleurs  le  Merin  lodco.  A  ce  propos,  il  est 
à  remarquer  que  les  héros  des  expéditions  de  Penda  n'appa- 
raissent pas  dans  le  poème.  On  n'y  trouve  ni  CatM'allawn,  ni 
Catgualatr  (Catwaiadr),  ni  Catgahail  (Cad-afad),  quoique  la 
famille  de  Catvan  soit  mentionnée  expressément  dans  le  Gor- 
chan  Kynvelyn.  Il  y  est  nettement  question  d'un  wyr  Catvan 
(c'est-à-dire  ici  sûrement  d'un  petit-fils  de  Catvan  (lurth  rif  ac 
wrth  rann  uyr  Catvan,  96,   18),  d'un  personnage  par  consé- 


I .   Stephens,  Tlje  Gododin,  p.  42,  fait  remarquer  qu'il  y  a  une  autre  Der- 
went en  Yorkshire  et  une  troisième  en  Derbvshire. 


Four  Ancicnt  Books  of  Walcs.  3  j  1 

qucnt  vivant  au  vii^  siècle.  Ce  petit-fils  est  ou  Kynvclyn  ou 
son  fils  Tccvann.  Kynvelyn  est  donné  dans  les  anciennes  généa- 
logies galloises,  comme  père  de  Clinog  Eitin  (leg.  CUtnoy)\ 
Or  Kynon,  un  des  principaux  héros  du  Gododin,  est  fils  de 
Clytno  Eiddin.  C'est  un  des  trois  qui  s'échappent  de  Cattraeth 
avec  deux  héros  du  pays  d'Aeron  (p.  96,  27  ;  69,  28).  D'après 
le  Gorchan  Tutvwlch,  il  serait  roi  de  Mon  (93,  27). 

Ajoutons  que  Peredur  qui  figure  aussi  dans  le  Gododin  se- 
rait mort  avec  son  fi-ère  Guurci  en  590  d'après  les  Annal. 
Camhriae).  Le  Kynon,  fils  de  Clydno,  est  le  héros  du  Mabi- 
nogi  de  la  Dame  de  la  Fontaine. 

Il  paraît  bien  qu'il  y  ait  dans  le  Gododin  des  échos  d'évé- 
nements du  VII''  siècle.  Il  me  paraît  certain  que  c'est  là  le 
terme  extrême  où  on  puisse  atteindre.  J'en  tire  les  preuves  du 
sens  qu'y  prend  le  mot  Bryneich  (Bernicia).  Il  est  employé  exac- 
tement avec  le  nîême  sens  que  chez  les  poètes  du  moyen  âge 
o;allois.  Il  désigne  vaguement  des  ennemis  comme  Lloegr. 


Kwydei  pym  pymwnt  rac  y  lavnawr 
o  wyr  Deiv)T  a  Brennych  dychiawr. 

Ar  deulu  Brennych  heycli  barnasswn, 
Dilyw  dyn  en  vyw  nys  adawsswn. 


(Skene,  H,  64,  3.) 


{Ibid.,  65,  2.) 

Le  passage  suivant,  au  contraire,  ne  prouve  rien  : 

DyfForthsei  lynwyssawr  oe  vreych 
Rac  bedin  Ododin  a  Breennych. 

Le  pays  de  Bernicia  a  été  conquis  par  Ida  vers  547  et  joint 
à  Deira  vers  593. 

Le  poème  a  dû  être  remanié  et  subir  des  additions  au  ix*"  ou 
x^  siècle.  J'ai  déjà  signalé  l'expression  Gint  indiquant  les 
Scandinaves  comme  une  preuve  que  le  poème  sous  sa  forme 
actuelle  ne  pourrait  dépasser  le  ix^  siècle.  L'emploi  de  tarynneu, 
boucliers,  dans  le  Gorchan  Maeldrw  (p.  93,)  prouve  que  ce 
morceau  n'est  pas  antérieur  à  la  fin  du  ix''  ou  au  commen- 
cement du  X'  siècle.  Le  mot  imyan,  comme  le  dit  M.  Kuno 

I.  J.  Loth,  Mabin.,  II,  p.  310. 


3  32  J.  Loî'.i. 

Meyer,  a  été  emprunté  par  les  Anglo  Saxons  aux  Scandinaves 
et  n'apparaît  pas  chez  eux  avant  970  '. 


IL  —  osguid;  osiuydd. 

Nennius  transcrit  par  Oj^^///^^  le  nom  du  roi  deNorthumbrie 
Oswiu,  le  vainqueur  du  roi  de  Mercie  Penda  à  la  bataille  de 
Winwaed,  vers  65  5-656  d'après  Bède,  654  d'après  la  Chro- 
nique anglo-saxonne.  L'allié  principal  de  Penda,  le  roi  breton 
Catwallawn,  après  avoir  conquis  la  Northumbrie,  avait  été 
battu  et  tué  par  Oswald  à  Dcniscsburna  en  634,  d'après 
Bède  (Hist.,  III,  ch.  i).  Le  nom  est  intéressant  d'abord  parce 
qu'il  nous  montre  comment  le  groupe  -io  final  accentué  a  pu 
devenir  -ydd  ;  il  montre  que  l'accent  devait  être  dans  ce 
groupe  sur  -îo  et  que  le  suffixe  a  dû  passer  par  la  forme  -iio-. 
Nezuydd  a  dû  passer  par  *  iioviio-,  *  Jioviô-. 

Il  est  intéressant  à  un  autre  point  de  vue.  Il  explique  vrai- 
semblablement un  mot  qui  a  passé  inaperçu  et  qui,  à  mon 
avis,  resterait  autrement  inexpliqué.  On  trouve  assez  souvent 
dans  les  poèmes  gallois  le  mot  oswydd  avec  le  sens  manifeste 
d'eiiiiCDiis.  Le  sens  des  passages  ci-dessous  est  très  clair  : 

Mxv.  Arch.,  141,  i  (Meilyr,  Élégie  de  Gruffiidd  ap  Cynan, 
vers  1 137)  : 

Yn  i  fu  weryd  i  obennyt 

Ni  bytai  diwyth  i  Ivvyth  osivyl . 

Ibid.,  p.  193,  I  (Marwnad  Ywein  Gwynet,  élégie  funèbre 
d'Owain  Gwyncdd,  mort  en  1 169)  : 

Gwelei  daryf  ar  dyrrva  ossivyl. 
Ibid.,  p.  203,  2  (Prydyddy  moch  à  Gruffudd  ap  Lly welyn)  : 

Gwrth  hcrw  dyt  ossiuyt  oes  oyaen. 
Ibid.,  p.  207,  2  (du  même  à  Rhys  Gryc)  : 

Arvawc  kymynawc  kymened  osswyt. 

1.  V.  Revue  Celtique,  XXI,  p.  57. 

2.  Cf.  Annal.  Cambriae  à  l'année  658:  Osguid  venit  et  ducit  praedam. 


Four  Ancient  Dooks  of  Wdlfs.  333 

IbicL,  p.  239,  2  (à  Llywelyn  ab  Gruftudd)  : 
Y  anidiftyn  tir  rac  toryf  ossiL'yt. 

Le  mot  n'apparaît  ni  dans  le  Livre  Noir  ni  dans  le  Livre  de 
Taliesiu.  En  revanche,  on  le  trouve  deux  fois  dans  le  Livre 
d'Aneiiriii,  p.  66,  v.  7  : 

Ny  bu  mor  gyffor 
O  eidvn  ysgor 

a  esgarei  osuyd 
Tutvwlch  hir  ech  e  dir  ae  drevyd 

Ce  héros  qui  détestait  oswydd  (les  ennemis),  Tutvwlch  est 
le  héros  d'un  chant  particulier  (Skene,  II,  p.  93). 

Il  est  donné  comme  auxiliaire  de  Cynon  (p.  93,  v.  27)  : 

Kvnan  kvnon  ttithvyw  o  Von  ar  vreint  gorllin. 

Cynon  figure  justement  aussi  dans  un  passage  où  oswydd 
apparaît  :  p.  80,  v.  16  : 

Ef  lladei  oswyd  a  llavyn  llymaf. 
((  Il  tuait  les  ennemis  avec  la  lame  (épée)  la  plus  acérée.  » 

Il  me  paraît  très  vraisemblable  qu'à  l'époque  de  la  rédaction 
que  nous  avons  du  Gododin,  on  ne  comprenait  plus  le  sens 
de  oswydd.  Oswydd  a  dû  être  d'abord  le  nom  propre  du  vain- 
queur de  Penda  et  de  Catgualatr  ainsi  que  de  Catgabail  (Ca- 
dafael).  ^•iotre  rhapsode  ou  arrangeur  aura  entendu  :  llu  Oswydd, 
Ihuyth  Osiuydd,  armée  d'Oswiu,  tribu  d'Oswiu,  et  ne  sachant 
rien  du  roi  anglo-saxon,  aura  pris  oswydd,  dans  le  sens  li'en- 
iic))iis  ;  la  terminaison  lui  aura  fait  voir  dans  ce  mot  un  pluriel. 
Il  est  évident  qu'à  l'époque  de  la  rédaction,  on  n'avait  plus 
que  des  souvenirs  confus  des  événements  du  vii^  siècle.  Ceci 
est  encore  confirmé,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  par  le  fait  que 
CatwaJIawn  n'apparaît  nulle  part  dans  le  Gododin,  non  plus 
que  Catgualatr  ou  Catgabail. 


B.  —  Le  Livre  de  Taliesin. 

Le  Livre  de   Taliesin  n'a  pas   l'unité  apparente  du  Livre 
Revue  Celtique,  XXL  23 


3^4  ■^-  ^^'''• 

d'Ancurin.  C'est  un  recueil  de  morceaux  d'époque  et  de  nature 
différentes.  Pour  le  poème  XXTII,  p.  172-173,  sur  Cynan,  v. 
Revue  CcJt.,  XXI,  p.  29-30;  sur  le  poème  XLIX,  ihid., 
p.  34-35;  pour  le  poème  XII,  ihid.,  fasc.  III;  pour  le 
poème  VIII,  ibid.,p.  34. 

Le  poème  XLVI  présente  des  traces  d'antiquité  au  point  de 
vue  de  la  métrique  et  des  mœurs.  Le  héros  serait  Cuneda,  fils 
d'Edern,  ce  qui  nous  reporterait  au  x"  siècle.  La  supercherie 
se  trahit  par  le  nom  même  de  Cuneda.  Ce  nom  rime,  en  effet, 
toujours  avec  des  mots  en  -af  dans  le  poème.  Le  héros  est 
donc  *  Ciinoîamos  =  gallois  moyen  Cyn-daf.  Comment  expli- 
quer Cunedaf,  car  c'est  ainsi  que  s'écrit,  en  général,  le  nom 
dans  le  poème  ?  Il  est  probable  que  le  scribe  aura  eu  sous  les 
yeux  une  forme  vieille-galloise  intermédiaire  entre  Cujiotaiiios 
et  Cyndaf,  c'est-à-dire  *  Cunclam  (cf.  Ciiiieglase,  chez  Gildas), 
ce  qui  l'aura  induit  à  l'identifier  avec  Ciinc'Sa  (Ciincdag  de 
Nennius.  Le  mot  cbxfatam,  p.  203,  3,  quelle  que  soit  sa  valeur 
réelle,  semble  indiquer  une  forme  de  vieux-gallois. 

Le  poème  ^'I  (p.  123-129)  nous  transporte  au  milieu  des 
luttes  avec  les  Saxons  et  les  Scandinaves.  La  mention  de  Aber 
S andîvic  (Sandwich),  p.  129,  15,  rapprochée  de  ce  vers  : 

Sacsson  wrth  agor  ar  vor  peuiiyd 
«  Les  Saxons  à  l'ancre  sur  mer  chaque  jour  », 

ne  permet  guère  de  douter  qu'il  ne  s'agisse  de  la  grande  flotte 
rassemblée  par  Aethelred  à  Sandwich,  en  1009,  contre  les 
Scandinaves.  En  1044,  les  Scandinaves  y  font  une  descente  ; 
en  1048,  Sweyn  y  aborde  avec  50  navires  et  est  poursuivi 
par  le  roi  Edward  et  ses  earlsK  Le  poète  invoque  à  plusieurs 
reprises  Dewi  et  fliit  allusion  à  des  proflinations  commises 
dans  son  sanctuaire  de  Mynyw.  Les  principales  descentes  des 
Scandinaves  à  Saint-David's  eurent  lieu  en  982,  988,  993, 
999,  1023,  1078  et  1088  2. 

Le  poème  a  chance  d'être  du  milieu  du  xi*"  siècle. 


1.  Freeman,  Xoriiian  Conqiiest,  I,  357,  343  ;  II,  p.  115. 

2.  Basil  Jones  and  Freeman,  The  history  and  aiiiiquities  oj  St  Dav'ul's, 
p.  266. 


Four  Ancicnt  Books  of  Wales.  ÎJ5 

Le  groupe  de  poèmes  de  beaucoup  le  plus  intéressant  est 
celui  qui  a  pour  héros  Uryen  ^  Voici  ce  que  nous  appren- 
nent les  poèmes. 

Uryen  est  roi  du  sud  ou  plus  exactement  du  midi.  Il  est 
plusieurs  fois  qualifié  de  u^  yr  echwy'S:  echiuydd,  breton  f'^7;oa:^, 
indique  plus  spécialement  le  repos  du  bétail  à  midi  ou  au  mo- 
ment où  le  soleil  est  dans  son  plein  (Skene,  II,  p.  184,  5  ; 
189,  24).  Ceci  est  confirmé  d'abord  par  un  passage  où  son 
panégyriste  déclare  qu'il  n'ira  pas  au  nord  :  Uryen  ne  lui  re- 
fuse rien  ;  les  richesses  du  pays  de  Llwyfein  sont  siennes-. 

Il  y  en  a  une  autre  preuve  certaine,  c'est  qu'il  est  spécialement 
roi  de  Rheged(i90,  ro;  183,  26,  v.  7).  Gaufrei  de  Monmouth 
a  fliit  Uryen  roi  de  Moray  (Murefensium)  ;  le  traducteur  gallois 
a  ajouté  Rhegcd  ;  il  ne  connaissait  pas  Mureif  et  l'a  identifié  ou 
glosé  par  Rheget  :  il  n'y  avait  pour  lui  qu'un  Uryen:  c'était 
un  roi  de  Rlieget.  Il  est  fort  possible  d'ailleurs  qu'il  ignorât  la 
situation  de  Rheget  qui,  officiellement,  avait  disparu.  D'après 
les  lolo  Manuscripts,  p.  69,  Cuneda  aurait  enlevé  aux  Gaëls 
Gwyr  ou  mieux  Giuhyr  (Gower)  et  les  trois  auiiuiiwd  de 
Cydweli,  Carnwyllion  et  Isgennen  et  en  aurait  formé  un 
royaume  qui  prit  le  nom  de  Rheged,  avec  Llychwr  (Loughor) 
ou  mieux  Aber  Llychwr,  pour  capitale.  Quoi  que  l'on  puisse 
penser  de  l'histoire  de  Cunedda,  les  lolo  Mass.  étaient  bien 
informés  quant  à  la  situation  de  Rheged.  Deux  textes  des  plus 
clairs  l'établissent.  On  lit  dans  un  beau  poème  de  Hywel  ab 
Owain  Gwynedd,  tué  en  11 70  par  son  frère  (Mvi'.  Arch., 
198,  2)  : 

Mor  bell  o  Geri  Gaer  Lliwelyt 
Esgynnais  ar  velyn  o  Vaelyenyt 
Hyd  yn  bir  Reged  rwng  nos  a  dvt. 

1.  XXXIX,  p.  195;  XXXVil,  p.  192-195;  XXXVI,  p.  190;  XXXV, 
p.  189;  XXXIV,  p.  188;  XXXIII,  p.  185  ;  XXXII,  p.  181  ;  XXXII,  p.  183. 

2.  195,  12  :    ny  chyrchaf  i  Gogled 

a'r  mei  teyrneJ 

kyn  pei  am  lawered 

y  gwnelwn  gyghvvystled 

nvt  reit  im  hoffed, 

Uryen  nym  gomed  : 

Llwyfenvd  tired 

ys  meu  eu  reufed. 


3  36  j,  Loth. 

«  Si  loin  qu'il  y  a  de  Ceri  à  Caer  Lllwelydd, 
monté  sur  un  jeune  coursier  de  Maelienvdd, 
J'atteignis  la  terre  de  Rheged  en  un  jour  et  une  nuit.  » 

Il  y  raconte  ses  excursions  de  diverses  sortes  en  Galles.  Ceri 
est  en  Montgomeryshire.  Caer  Lliwelydd  ne  peut  naturellement 
être  Carlisle,  mais  doit  être  en  Rheged,  dans  la  région  sud 
des  lolo  Ms. 

Le  second  texte  est  plus  net  encore.  Il  se  trouve  dans  le 
Livre  même  de  Taliesin  (p.  213,  22): 

Nyt  yscawn  iolet 
Gorescyn  Dyfet 
Dydyccawt  }-nwet 
Tra  tnerin  Rt'cret 
Perif  perchen  ket 
Gwledychawt  vn  Elvet. 

«  Ce  n'est  pas  un  désir  léger  (facile) 
que  de  soumettre  Dyfed. 

Portera  '  

au-delà  de  l'estuaire  de  Reget 
le  chef  maître  des  présents, 
il  régnera  en  Elfed.  « 

Ici,  il  s'agit  bien  d'un  chef  qui  va  franchir  l'estuaire  ou 
golfe  de  Rheged  pour  aller  soumettre  Dyfed  et  régner  en 
Elfet,  qui  est  justement  un  district  du  cantref  d'Emlvn  en 
Dyfet. 

Il  défend  Aeron  (p.  192)  en  Cardigan.  Il  possède  aussi  le 
pavs  de  Lhvvfein  ou  au  moins  l'a  conquis.  Il  est  victorieux  à 
Argoet  LKvyfein.  Or,  Cynddehv,  dans  la  deuxième  moitié  du 
xii"  siècle,  nous  signale  une  victoire  d'Owain  Gwynedd  vers 
Coet  LKvyfein  (Myv.  Arch.,  150,   i)  : 

Gwcleis  aer  uch  Caer  uch  Coct  Lluvft'in. 

A-t-il  conquis  Powys  et  poussé  des  incursions  du  côté  de 
Chester  ?  Deux  passages  nous  le  montrent  avec  ses  armées  en 
Powys  (193,  I  ;  190,  13).  U Archaeologia  Camhrensis  (1873, 
p.  129)  mentionne  un  Pant  Lkuyfen  en  Llandovery.  Le  Livre 


I .   Dydyccaivt  peut  être  dydyccaivr  ;  ymvet  me  paraît  altéré. 


Four  Ancicnt  Buoks  of  Wales.  5  37 

A^t:)/Vsignalc  lui  aussi  la  victoire  d'Owein  à  Coct  Ll\vyfein(p.  26)  : 

A  mi  discoganaw  e  kad  Coed  Lluivein 
a  geloraur  rutioii  rac  ruthir  Owein. 

Uryen  combat  aussi  à  Pencoet  ;  il  y  a  Jeux  batailles  de  ce 
nom  :  une  en  720,  dans  le  sud,  disent  les  Bruts,  une  autre 
en  983  à  Pencoet  Colwyn  en  Gwent. 

Il  défend  contre  ses  ennemis  Gwen-ystrad  (183,  15  ;  Llecli 
Wen,  183,  29).  Or,  tout  justement,  il  y  a  dans  la  région  de 
Rheged  une  grande  vallée  formée  par  deux  rivières  qui  se  re- 
joignent au-dessous  de  Kidwcly,  portant  les  noms  de  Giucn- 
draeth  faïur  et  Giucn-draeth  facb. 

Il  combat  à  Catraeth,  ce  qu'on  ne  trouve  pas  dans  le  Go- 
dodin  (Taliesin.  XXXVII,  p.  192;  XXXI,  i). 

Un  poème  fort  trouble  du  Livre  Ronge  (XVII,  291-293)  le 
tait  combattre  à  Cors  Foclino  (en  Llanfihangd  Geneu'r  Glyn, 
en  Cardigan)  ;  or,  il  y  eut  là  une  bataille  où  Owein  Gwynedd 
fut  vainqueur.  Ce  qui  peut  mettre  en  garde  contre  la  sincérité 
de  ce  poème,  c'est  qu'il  y  est  aussi  question  d'une  victoire  sur 
les  alliés  ou  compagnons  d'Aiilyrroii;  or,  il  y  a  eu  une  ba- 
taille à  Ystrad  Antarron,  en  flice  du  château  d'Aberystwyth 
en  II 13  (The  Bruts,  p.  299). 

Le  Livre  Rouge  le  fait  lils  de  Kynvarch,  lui  donne  comme 
fils  Owein,  ce  qui  est  confirmé  par  le  Livre  de  Taliesin,  et  le 
fait  tuer  à  Aber-Lleu  (270,  9).  On  trouve  (Arch.  Canibr., 
1893,  p.  44)  LA'// pour  jL/yr  ;  s'il  en  était  ainsi,  Uryen  aurait 
été  tué  au  confluent  du  Llyw  avec  le  Llychwr  dans  son  propre 
pays.  On  peut  aussi  penser  à  la  rivière  appelée  Elei  et  Ely  et 
Afon  Lai,  afiluent  du  Taf. 

Nennius  fait  combattre  Uryen  (Urbgen)  contre  Deodric,  fils 
d'Ida,  avec  les  rois  bretons  Guallauc,  Riderch-Hen,  et  Morcant, 
vers  597.  Il  fait  baptiser  le  roi  payen  Edwin  par  son  fils  Run. 
Il  n'est  pas  inutile  de  remarquer  que  le  panégyriste  d'Uryen, 
dans  son  élégie  funèbre  sur  le  héros,  donne  Run  comme  son 
hiQniûiQm  (Livre  Rouge,  l'Ç).  Skene,  II,  p.  270,  19,  22). 

Il  y  a  dans  tout  cela  évidemment  de  la  légende,  mais  aussi 
un  fonds  historique  des  plus  intéressants. 

(A  suivre.)  J.  Loth. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  I.  Superstitions  des  paysans  d'Irlande.  —  11.  Les  écoles  en  Gaule  au 
quatrième  siècle  de  notre  ère.  —  III.  Le  gaulois  Fa\orinus,  philosophe  et  rhéteur 
grec.  —  IV.  Les  limites  des  Aedui.  des  Sequani  et  des  Segusiavi,  le  diocèse  de 
Belley.  —  V.  L'abbaye  de  Saint-Gildas  de  Ruis.  —  vi.  Les  Helvètes.  —  Post 
ScRiPTUM.  Mort  de  MM.  Maximin  Leloche  et  Samuel  Berger. 

I. 

M.  Datiiel  Deeney  a  réuni  en  un  volume  intitulé  Peasaut  Love  front  Gaelic 
IreJand>,  les  renseignements  qu'il  a  recueillis  sur  les  traditions  populaires 
dans  le  comté  de  Donegal  en  Ulster,  c'est-à-dire  sur  les  bords  de  l'Océan, 
à  l'extrémité  nord-ouest  de  l'Irlande,  et  en  Connemara,  c'est-à-dire  éga- 
lement sur  les  bords  de  l'Océan,  dans  la  partie  occidentale  du  comté  de 
Galway  en  Connaught.  On  parle  encore  irlandais  dans  ces  deux  régions 
de  l'Irlande,  mais  avec  M.  Daniel  Deeney,  les  paysans  se  servaient  d'un 
patois  anglais  qu'ils  appellent  bcarla  briste  «  langue  brisée  »  et  que  M.  Da- 
niel Deenev  a  cru  devoir  reproduire  :  iiidr.de  pour  iiidi'ed,  ivery  -ivan  pour 
every  one,  -ividoiit  pour  withoitt,  ivis  pour  uns,  etc.  ;  cela  ne  facilite  pas  pour 
moi  la  lecture  de  son  livre  qui  est  fort  intéressant.  Les  paysans  irlandais 
croient  à  un  monde  invisible  composé  d'amis  et  d'ennemis:  i"  fées  mâles 
et  fées  femelles  qui  sans  distinction  de  sexe  sont  les  unes  protectrices,  les 
autres  adversaires  des  humains  ;  2°  revenants.  Aux  yeux  du  paysan  irlandais, 
divers  procédés  magiques  sont  d'une  grande  puissance  :  le  nombre  neuf, 
par  exemple,  est  d'une  merveilleuse  vertu  ;  celui  qui,  homme  ou  femme, 
possède  une  lanière  de  peau  enlevée  à  un  cadavre  humain  par  derrière,  de 
la  tête  au  talon,  et  qui  de  cette  lanière  intacte  touche  la  personne  qu'il 
aime,  triomphe  par  là  de  la  résistance  de  cette  personne  et  la  contraint  à 
l'aimer  toujours  ;  cette  redoutable  lanière  de  peau  humaine  s'appelle  en  ir- 
landais hâarach  hhâis  «  entrave  de  mort  ».  Mais  passons  à  un  sujet  moins 
lugubre. 

II. 
Dans  le  dernier  numéro  de  cette  revue,  p.  238  et  239,  nous  avons  parlé 

I .   Librairie  David  Nutt  à  Londres. 


Chronique.  35  c) 

des  écoles  qui  existaient  en  Gaule  au  ivc  et  au  v^  siècle  de  notre  ère,  et 
dont  l'action  a  dû  contribuer  à  faire  tomber  en  désuétude  la  langue  celtique. 
Nous  n'avons  rien  dit  des  écoles  de  Besançon  et  de  Lvon  ;  Ausone  en  parle 
dans  sa  Gratianini  aciio  à  l'empereur  Gratien;  on  y  lit,  c.  VII,  j  31  :  Ti- 
tiauus  iiiagister,  sed  gloriosiis  ille,  inunicipalcin  scholam  aptid  Visotilionem  Liig- 
diiiiiimque  variaiido,  non  aelale  quidcm,  sed  vilitate  conscnuit  ' .  Vililale  veut 
dire  que  Titianus  n'était  pas  devenu  consul.  M.  Ulysse  Robert  parle  de  ce 
personnage  dans  sa  brochure  intitulée  L'cnseigiiciiient  à  Besançon  jusqu'à  la 
fin  du  XV b  siècle,  p.  4. 

III. 

Un  des  points  sur  lesquels  nous  avons  insisté  au  passage  précité  de  la 
dernière  livraison,  est  que  l'enseignement  romain  en  Gaule  avait  pour  objet 
non  seulement  la  langue  latine,  mais  aussi  la  langue  grecque.  L'émigration 
des  professeurs  de  grec  qui,  après  la  suppression  de  leur  traitement  lors  de 
la  conquête  barbare,  se  transportèrent  en  Irlande,  explique  la  connaissance 
du  grec  en  Irlande  au  viiie  et  au  ix<:  siècle  et  l'emploi  de  la  langue  grecque 
par  l'irlandais  Scot  Erigène  en  France  au  temps  de  Charles  le  Chauve, 
840-877. 

Un  fait  concordant  est  au  ne  siècle  de  notre  ère,  l'existence  à  Athènes  du 
rhéteur  et  philosophe  gaulois  Favorinus,  originaire  d'Arles  et  qui  a  écrit  en 
grec  un  certain  nombre  d'ouvrages  aujourd'hui  perdus.  Favorinus  disait  : 
«  Il  y  a  dans  ma  vie  trois  choses  étranges  :  gaulois,  je  parle  grec  ;  eunuque, 
je  suis  accusé  d'adultère;  enfin  je  vis,  quoiqu'étant  brouillé  avec  l'em- 
pereur ».  M.  Ludovic  Legré  vient  de  publier  une  vie  de  Favorinus.  Les 
Athéniens  avaient  élevé  une  statue  à  Favorinus  et  la  renversèrent  quand  le 
philosophe  tomba  dans  la  disgrâce  impériale.  M.  Legré  voudrait  obtenir 
pour  son  héros  dans  la  ville  d'Arles  sinon  une  statue,  au  moins  un  buste, 
un  médaillon  ou  une  simple  plaque  de  marbre.  Il  peut  bien  arriver  que  Fa- 
vorinus n'obtienne  jamais  d'autre  monument  que  le  livre  de  M.  Legré  2. 

IV. 

On  enseigne  généralement  que  les  diocèses  français  tels  qu'ils  existaient 
au  moyen  âge,  avant  les  créations  dues  au  pape  Jean  XXII,  xiv^  siècle, 
représentent,  à  quelques  exceptions  près,  les  anciennes  cités  gallo-romaines, 
qui  elles-mêmes  reproduisent  en  général  la  géographie  politique  de  la  Gaule 
lors  de  la  conquête  romaine. 

Ainsi  les  trois  diocèses  d'Autun,  Chalon-sur-Saône  et  Mâcon  formeraient 


1 .  Édition  de  Charles  Schenkel  dans  Monunwnla  Gernianiae  historica. 
Auctorum  andquissimonim,  t.  V,  p.  23,  1.  8-10. 

2.  Ludovic  Legré,  Un  philosophe  provençal  au  temps  des  Anionins.  Favorin 
d'Arles.  Sa  vie,  ses  œuvres,  ses  contemporains,  Marseille,  Aubertin  et  Rolle, 
1900,  un  vol.  petit  in-8  de  vii-3)7  pages. 


540  ChroniLjue. 

le  territoire  de  la  cité  romaine  à'Aiigiistoduiiuni  et  celui  du  peuple  gaulois 
des  Aedui. 

Les  exceptions  à  cette  théorie  méritent  une  étude  attentive  qui  présente 
souvent  de  sérieuses  difficultés.  La  question  de  savoir  où  passait  originai- 
rement la  limite  séparative  des  territoires  des  Aedui  et  des  Sequani,  des  Se- 
gusiavi  et  des  Aedui,  des  Segiisiavi  et  des  Sequani,  des  Sequani  et  des  Allo- 
hroges,  est  étudiée  par  jM.  Edouard  Philipon  dans  son  livre  intitulé  :  Les 
origines  du  diocèse  et  du  comté  de  Belley  ' . 

Belley,  BeUicium,  n'était  sous  l'empire  romain  qu'un  vicus  dépendant  de 
la  cité  des  Sequani. 

L'évêché  de  Besançon,  ville  principale  des  Sequani,  paraît  dater  du  com- 
mencement du  ve  siècle,  et  celui  de  Belley  qui  remonte  au  milieu  du  vi^, 
est  un  démembrement  du  territoire  des  Sequani. 

Il  semble  évident  que  le  diocèse  de  Chalon-sur-Saône  comprend  une 
partie  du  territoire  des  Sequani  perdue  parle  diocèse  de  Besançon,  à  l'ouest. 
Au  sud  une  portion  du  territoire  des  Sequani  fut  comprise  dans  le  diocèse 
de  Genève,  autrefois  ville  des  Allobroges.  En  compensation,  une  portion 
du  territoire  des  Allobroges  fit  partie  du  diocèse  séquane  de  Belley.  D'autre 
part,  le  territoire  du  diocèse  de  Chalon-sur-Saône  s'était  agrandi,  au  sud,  au 
détriment  de  celui  de  Lyon.  En  compensation  Nantua,  après  avoir  appartenu 
à  la  province  de  Besançon,  passa  dans  le  diocèse  de  Lyon. 

V. 

M.  Marins  Sepet  vient  de  publier  une  histoire  de  l'abbaye  de  Saint- 
Gildas-de-Ruis  et  d'une  fondation  moderne  qui  existe  aujourd'hui  sur  l'em- 
placement du  monastère  primitif.  Le  premier  chapitre  est  intitulé  «  Le 
monastère  celtique  «  ;  c'est  d'un  bout  à  l'autre  une  reproduction  des  doc- 
trines de  M.  J.  Loth,  L'émigration  bretonne,  et  de  M.  de  La  Bordcnc,  Etudes 
historiques  bretonnes,  Gildas  et  Merlin  ;  Du  rôle  historique  des  saints  de  Bre- 
tagne; Histoire  de  Bretagne,  etc. 

VL 

La  brochure  de  8i  pages  in-8  intitulée  Su  gli  Helvetii  (Corso  di  leiioni), 
qui  vient  de  paraître  à  Catane  et  dont  l'auteur  est  M.  Francesco  P.  Garo- 
falo,  se  compose  de  trois  sections  ;  la  première,  p.  7-32,  est  un  résumé  de 
l'histoire  des  Helvètes  avant  et  depuis  la  domination  des  Romains.  Vient 
ensuite  une  seconde  section,  p.  35-53,  qui  a  pour  objet  la  période  anté- 
rieure à  la  conquête  romaine;  cette  section  est  divisée  en  trois  paragraphes, 
consacrés  le  premier  à  l'état  politique,  le  second  à  la  géographie,  le  troi- 
sième à  la  situation  économique,  morale  et  intellectuelle.  La  troisième  sec- 
tion, p.  54-80,  concerne  l'administration  romaine  Ce  travail  atteste  chez 
l'auteur  des  recherches  considérables  et  une  vaste  érudition,  jointe  à  beau- 

I.    Paris,  Picard,  1900,  i  vol.  in-8  de  191  pages. 


Chronique.  341 

coup  de  prudence.  Je  serais  sur  divers  points  plus  aftirmatif  que  lui,  par 
exemple  lorsqu'il  s'agit  de  la  date  à  laquelle  les  Helvètes,  franchissant  le 
Rhin  et  abandonnant  leur  patrie  primitive  aux  Germains  victorieux,  sont 
venus  s'établir  dans  le  pays  qui  est  aujourd'hui  la  Suisse.  Suivant  moi, 
cette  date  est  fort  rapprochée  de  celle  où  ils  ont  entrepris  de  quitter  la  Suisse 
pour  aller  s'établir  sur  les  côtes  de  l'Océan.  Cette  dernière  émigration  en 
masse  hors  d'un  pays  oij  aucun  danger  ne  les  menaçait  atteste  un  défaut  gé- 
néral et  absolu  d'attachement  au  foyer.  Cette  indifférence  pour  le  foyer  en 
l'année  58  av.  J.-C,  prouve  qu'alors  à  ce  foyer  aucune  tradition  de  famille 
ne  s'attachait.  Ordinairement,  quand  un  frère  émigré,  un  frère  reste  gardien 
du  fover  des  ancêtres.  Si,  sans  y  être  forcé,  tout  le  monde  part,  c'est  que 
personne  n'est  retenu  par  les  pieux  souvenirs  qu'un  vieux  foyer  rappelle  et 
que  par  conséquent,  dans  le  pavs  que  l'on  quitte,  ce  vieux  foyer  n'existe  pas. 

Vil. 

Tous  les  lecteurs  de  la  Revue  Celtique  connaissent  au  moins  de  nom  le  co- 
lonel Wood-Martin,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  sur  l'histoire  d'Irlande, 
dont  deux  ont  été  l'objet  d'une  étude  critique  dans  cette  revue,  t.  VII, 
p.  271-274,  et  t.  IX,  p.  138. 

Ces  ouvrages  sont  Tbe  Lake  DvcelVuigs  of  Irelaud  et  The  History  of  Slig'o 
Counly  and  Toivii.  M.  Wood-Martin  a  écrit  d'autres  ouvrages  qui  ne  sont 
point  parvenus  au  bureau  de  la  Revue  Celtique  :  Pugan  Irelaud  et  T!k  Rude 
Stone  Monunwnts  of  Irelaud.  On  annonce  de  lui  la  prochaine  publication 
d'un  nouveau  livre.  Ce  livre  traitera  des  croyances  religieuses  antiques  qui 
persistent  en  Irlande;  et  formera  une  sorte  de  manuel  des  traditions  anté- 
rieures au  christianisme  conservées  dans  cette  île.  Le  titre  sera  :  Traces  of 
the  Elder  faiths  of  Irelaud .  Haudbook  of  Irish  Pre-christian  Tradition.  Cet  ou- 
vrage, orné  de  plus  de  150  gravures,  traitera  à  peu  près  le  même  sujet  que 
le  Peasant  Lore  de  M.  Daniel  Deeney.  Mais  au  lieu  d'être  un  recueil  de  ma- 
tériaux, comme  le  livre  de  M.  Deeney,  il  consistera  en  une  exposition  mé- 
thodique divisée  en  dix-sept  chapitres.  Ainsi  le  chapitre  viii  parlera  des 
doctrines  encore  aujourd'hui  répandues  en  Irlande  au  sujet  des  morts,  et  le 
chapitre  ix  traitera  des  dieux  et  déesses  auxquels  croient  encore  les  paysans. 
Dans  les  chapitres  suivants  il  sera  question  du  culte  des  animau.x,  des 
pierres  et  des  arbres,  des  préjugés  relatifs  à  certains  jours,  à  certains  nombres, 
à  certaines  couleurs.  La  bibliographie  paraît  devoir  être  très  soignée,  et  le 
volume  se  terminera  par  un  index  qui  rendra,  pense-t-on,  les  recherches 
très  faciles.  Q.uand  cet  ouvrage  paraîtra  on  verra  s'il  justifie  cette  annonce 
bienveillante,  dont  nous  ne  sommes  pas  l'auteur. 

VIII. 

Nous  avons  annoncé,  dans  la  première  livraison  de  ce  volume,  p.  121, 
la  publication  prochaine  d'un  ouvrage  de  M.  Rhys  sur  le  pays  de  Galles. 
Cet  ouvrage  vient  de  paraître  sous  ce  titre  :  The  IVelsh  People.  V Athenaeuni 


542  Chronique. 

en  a  rendu  compte  dans  son  numéro  du  i6  juin,  mais  le  volume  n'est  pas 
encore  parvenu  au  bureau  de  la  Revue  Celtique. 

Paris,  le  26  juin  1900. 

H.  u'Ari30is  de  Jubaixville. 


POST  SCRIPTUM. 


Notre  savant  collaborateur,  M.  J.  Loth,  nous  prie  d'annoncer  que  dans 
un  article  du  prochain  numéro  de  la  Revue  Celtique  sur  La  rime  interne  dans 
les  langues  celtiques  et  l'influence  de  la  poésie  rythmique  latine,  il  se  propose  de 
rectifier  certaines  conclusions  de  son  article  sur  la  métrique  du  moyen-breton 
(Rev.  Celt.,  n°  d'avril  1900,  p.  203). 

Par  un  inconcevable  oubli,  la  rédaciion  de  la  Revue  Celtique  n'a  pas  men- 
tionné dans  la  dernière  livraison  la  mort  d'un  de  ses  collaborateurs, 
M.  Maximin  Deloche,  membre  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres,  décédé  à  Paris  le  12  février  dernier  à  l'âge  de  82  ans.  Deux  articles 
de  lui  ont  paru  dans  la  Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  425;  t.  XVIII,  p.  365. 

Un  autre  de  nos  collaborateurs,  le  pasteur  Samuel  Berger,  professeur  à  la 
Faculté  protestante  de  Paris,  vient  de  terminer  le  13  juillet,  à  l'âge  de 
57  ans,  une  des  vies  les  mieux  remplies  qu'on  puisse  citer.  Il  est  surtout 
connu  dans  le  monde  de  l'érudition  par  ses  travaux  sur  les  traductions  de 
la  Bible  tant  en  latin  qu'en  langues  romanes.  Il  a  publié  deux  articles  dans 
la  Revue  Celtique,  t.  VI,  p.  348;  t.  XV,  p.  135. 

Ces  deux  savants  mériteraient  un  plus  long  article.  Ma  profonde  amitié 
pour  eux  et  la  douleur  que  j'éprouve  font  tomber  de  ma  main  la  plume. 

H.  d'A.  dej. 


PÉRIODIQUES 


SOMMAIRE:  I.  Memoirs  and  proceedings  of  the  Manchester  literary  and  Philosophical 
Society.  —  II.  Feiz  ha  Breiz.  —  III.  Indogermanische  Forschungen.  —  IV.  Revue 
epigraphique.  —  V.  Boleiin  de  la  Acadeniia  de  la  historia.  —  VI.  Annales  de  la 
Faculté  des  Lettres  de  Bordeaux  et  des  Universités  du  Midi.  • —  VII.  Société  ar- 
chéologique de  Bordeau.x.  —  VIII.  The  philological  Society's  Transactions. —  IX. 
Numismatic  Chronicle. 

I. 

Memoirs  and  Proceedings  of  the  Manchester  literary  and  philo- 
sophical Society,  t.  XLIV,  première  partie.  —  Mémoire  de  M.  Winifred 
Farada}'  sur  la  question  de  savoir  quelle  a  été  l'influence  irlandaise  sur  la 
littérature  la  plus  ancienne  de  l'Islande.  L'auteur  prend  une  attitude  abso- 
lument opposée  à  celle  de  M.  Bugge  ' .  Suivant  M.  Bugge  les  mythes  norrois 
«  ont  dû  leur  forme  à  des  poètes  Scandinaves  qui  vivaient  en  relations 
«  étroites  avec  des  chrétiens  des  îles  Britanniques,  ou,  pour  préciser  davan- 
«  tage,  avec  des  Anglais  et  des  Irlandais.  »  Plus  bas,  M.  Bugge  expose  sa 
théorie  d'une  façon  plus  absolue  encore:  «  La  grande  majorité  des  poèmes 
«  tant  mythologiques  qu'héroïques  écrits  en  langue  islandaise  ont  été  com- 
«  posés  par  des  Norvégiens  dans  les  îles  Britanniques,  la  plupart  proba- 
«  blement  dans  l'Angleterre  septentrionale,  mais  quelques-uns  peut  être  en 
«  Irlande,  en  Ecosse  et  dans  les  îles  écossaises.  Il  v  a  dans  l'Edda  très  peu 
«  de  poèmes  dont  on  puisse,  semble-t-il,  placer  l'origine  hors  des  îles  bri- 
«  tanniques.  » 

Cette  théorie  ne  s'applique  pas  aux  compositions  en  prose  que  M.  Bugge, 
d'accord  sur  ce  point  avec  MM.  Vigfusson  et  York  Powel,  considère  comme 
une  œuvre  islandaise,  tandis  que  d'accord  avec  M.  Bugge  ils  disent  que 
les  poèmes  ont  été  composés  par  des  poètes  habitant  les  îles  Britanniques. 

M.  Faraday  laisse  de  coté  la  plupart  des  considérations  littéraires  qui  peu- 

I .  Studicn  i'iber  die  Eiitstehiiug  der  nordiscJkm  Goitcr  itiid  Hclden-Sagoi. 
Voir  sur  cet  ouvrage  la  Revue  Celtique,  t.  X,  p.  496;  cf.  t.  XX,  p.  120.  La 
suite  de  l'ouvrage  de  M.  Bugge  a  paru  en  traduction  anglaise  par  M.  Scho- 
field.  Elle  a  été  publiée  par  la  librairie  David  Nuttsous  ce  titre:  The  Home 
of  the  Eddie  Poeiiis.  Cf.  un  savant  article  de  M.  L.  Duvau  dans  le  Journal 
des  Savants  de  novembre  1899. 


544  Périodiques. 

vent  ctre  alléguées  en  faveur  de  la  théorie  de  M.  Bugge.  Ce  qu'il  traite 
principalement  c'est  le  côté  linguistique  de  la  question.  Suivant  lui,  les  em- 
prunts islandais  au  gaélique  dont  on  a  parlé  se  réduisent  à  un  :  rig  dans  le 
nom  propre  Rignial.  Enfin,  s'il  y  a  peut-être  quatre-vingt-cinq  noms  propres 
de  personne  irlandais  dans  les  monuments  de  la  littérature  islandaise  ',  il 
n'y  en  a  pas  plus  d'un  tiers  qui  aient  été  usités  sur  le  sol  de  l'Islande. 

On  ne  peut  pas  en  compter  plus  de  huit  qui  aient  été  portés  par  des  Is- 
landais de  naissance  ;  et  deux  sur  les  huit  ont  pénétré  jusqu'en  Norvège  : 
ce  sont  Niall  et  Cormac^.  M.  Whitley  Stokes  a  publié  il  y  a  dix  ans  une 
liste  de  mots  norrois  relevés  par  lui  dans  les  Annales  irlandaises  (Revue  Cel- 
tique, t.  XII,  p.  173).  M.  Faraday  donne  quelques  noms  qui  manquent  au 
recueil  formé  par  notre  savant  collaborateur. 

Certains  noms  propres  d'origine  Scandinave  persistent  encore  on  Irlande 
aujourd'hui  ;  on  ne  trouve  pas  à  présent  de  noms  propres  irlandais  en 
Islande.  La  langue  irlandaise  a  admis  dans  son  vocabulaire  beaucoup  de 
mots  norrois  ;  il  n'y  a  pas  de  mots  irlandais  dans  le  vocabulaire  norrois. 
Donc  les  Scandinaves  ont  laissé  des  traces  profondes  en  Irlande,  et  il  n'y  a 
en  Islande  aucune  trace  d'une  influence  puissante  que  l'Irlande  y  aurait 
exercée. 


II. 

Fkiz  ha  Breiz,  deuxième  livraison,  mars  1900.  —  Les  auteurs,  sans  avoir 
pris  connaissance  des  critiques  adressées  par  nous  à  leur  première  livraison 
ont  abandonné  leurs  théories  absolues  sur  l'orthographe  bretonne.  Ainsi, 
p.  4),  nous  lisons  que  le  temps  de  Pâques  a  ta  eit;(  su!  vask  bctek  ar  sadorn 
varlerc'b  ar  Pantecost,  «  va  du  dimanche  de  Pâques  au  samedi  après  la  Pen- 
tecôte ».  P.  48,  il  est  question  de  quelqu'un  «  qui  a  le  bras  long  »,  hir  e 
vreac'h,  et  le  soir  «  son  ombre  dépasse  l'ombre  des  arbres  »,  e  skend  a  ia  drcist 
skeud  ar  gue^.  Cependant  ici  l'auteur  n'a  pas  une  orthographe  uniforme  ; 
ainsi  il  écrit  co:^  «  vieux  »,  clin  «  genou  »,  avec  un  c,  et  dautck,  «  pourvu 
de  dents  »,  avec  un  k. 

Troisième  livraison.  Mai  1900.  —  Les  auteurs  de  cette  revue  reviennent 
encore  sur  la  question  de  l'orthographe.  Ils  paraissent  croire  que  l'intro- 
duction du  k  dans  l'orthographe  bretonne  est  un  phénomène  tout  récent. 
On  peut  les  renvoyer  à  l'article  de  M.  G.  Dottin  sur  les  mots  bretons  dans 
les  chartes  de  Beauport,  Revue  Celtique,  t.  VII,  p.  )5-)9-  L'emploi  du  ^ 
était  très  fréquent  en  Bretagne  dès  le  xiue  siècle,  et  surtout,  comme  en  latin, 
quand  un  a  suivait. 

On  peut  consulter  à  ce  sujet  les  passages  de  grammairiens  réunis  par 
De-\'it,  Tolins  latinitatis  lexicon,  t.  III,  p.  660,  par  exemple  cet  extrait  d'Isi- 

I  .  Voir  Craigie,  dans  la  Zeitschrift  Jïir  ceitische  Philologie,  t.  1,  p.  442-450. 
Cf.  Revue  Celtique,  XVIII,  360. 

2.  Les  six  autres  sont  :  Dufiiall,  KutfdU,  KiaUakr,  Kjurtan,  Konall  et 
Kylan. 


Périodicjues.  ^45 

dore  deSéville:  k  littcram  autlqiii pracponchant  qitolies  k  sequehatur,  ut  kaput, 
KANNA,  KALAMUS,  et  cc  passage  de  Diomède  :  k  consonans  muta  supervacua, 
qua  utimur,  quando  a  correpta  scquitur,  ut  kalexdae,  kaput,  kalumn'IA. 
C'est  en  vertu  de  cette  règle  que  dans  les  diplômes  de  Charles  le  Chauve 
le  nom  de  ce  roi  et  empereur  des  Francs  est  écrit  Karohis,  avec  un  /.'  initial, 
notation  qui  apparaît  déjà  dans  les  diplômes  de  Charlemagne  empereur. 

m. 

Ixdogermanische  Forschungen,  t.  XI.  —  Dans  la  première  livraison, 
intitulée  Erstes  und  :(;iucites  Hejt,  p.  1-98,  M.  Ferdinand  Sommer  donne  une 
étude  sur  le  suffixe  du  comparatif  en  latin.  Dans  ce  mémoire,  les  citations 
de  mots  celtiques  sont  fréquentes,  notamment,  p.  85  et  suivantes,  dans  le 
§  29,  consacré  au  latin  major  et  à  la  relation  qui  pourrait  exister  entre  ce 
mot  et  l'irlandais  f)hio. 

La  seconde  livraison,  intitulée  Drittes  und  l'iertes  Heft,  contient,  p.  203-266, 
un  traité  du  superlatif  en  latin  et,  pour  donner  plus  de  clarté  à  son  sujet, 
M.  Sommera  intercalé  dans  sa  dissertation,  p.  217-224,  un  recueil  d'exem- 
ples du  comparatif  et  du  superlatif  irlandais,  extraits  des  gloses  de  Milan, 
Saint-Gall,  Wurzburg  et  Carlsruhe  et  du  ms.  de  Saint-Paul  en  Carinthie. 


IV. 

Revue  épigraphique,  no  de  janvier,  février  et  mars  1900.  —  Une  notice 
biographique  et  bibliographique  sur  feu  Auguste  AUmer  occupe  les  qua- 
torze premières  pages  de  cette  livraison  et  nous  fait  connaître  à  la  fois  la 
vie  laborieuse  et  les  nombreux  travaux  du  savant  épigraphiste.  Un  portrait 
accompagne  cette  notice  qui,  n'étant  pas  signée,  est  probablement  dû  à  la 
plume  érudite  du  directeur  actuel  de  la  Revue,  épigraphique,  M.  le  capitaine 
Espérandieu. 

M.  Joseph  Bûche  a  fait  paraître  à  Lyon  une  autre  notice  biographique, 
en  trente-six  pages,  sur  Auguste  Allmer.  Il  ne  donne  pas  de  bibliographie. 
Sur  ce  point  si  important  il  se  borne  à  renvover  à  la  liste  des  ouvrages 
et  des  mémoires  du  regretté  défunt  dressée  par  M.  Espérandieu.  Cependant 
il  dit  qu'on  peut  y  ajouter  trois  articles  publiés  dans  Lyon-revue  en  1886,  et 
deux  de  ces  articles  touchent  à  des  questions  celtiques:  1°  Une  nouvelle  éty- 
mologie  de  Lyon,  2°  Dispater,  le  père  de  la  nation  gauloise. 

La  seconde  partie  de  la  revue  est  occupée  par  un  recueil  d'inscriptions. 
Nous  signalerons  d'abord,  no  1326,  une  épitaphe  celtique  en  caractères 
grecs  trouvée  à  Montagnac,  Hérault  :  AXXîttvo^  Kapvovo'j  A),'.ao[vlca;,  c'est- 
à-dire  Alletinos,  fils  de  Carnonos,  originaire  d'une  localité  qui  se  serait  ap- 
pelée Alisu,  au  génitif  Alisonos,  et  qui  pourrait  être  Alzon,  chef-lieu  de 
canton,  arrondissement  du  Vigan,  Gard,  ou  Auzon,  commune  d'Allègre, 
arrondissement  d'Alais,  canton  de  Saint-Ambroix,  même  département. 

Viennent  ensuite  trois  articles  du  travail  d'Allmer  sur  les  dieux  de  la 
Gaule:  1350,  Mflr^  mogetius  ;  1331,  mogounus  ;  1332,  Dt'H.f  Moltinus, 


54^  P('riodi(jiies. 

Numéro  d'avril,  mai  et  juin  1900.  —  Inscriptions  n"--  1355-1344.  Signa- 
lons, sous  le  n"  1 134,  une  dédicace  au  dieu  Lanm'aJus.  Elle  a  été  trouvée  à 
Cadenet,  Vaucluse.  La  description  est  accompagnée  d'une  photogravure. 
Sous  le  no  1344  ont  été  réunies  les  marques  de  potier  conservées  au  musée 
de  Lectoure.  Quelques-uns  des  noms  paraissent  celtiques  :  andcam  peut  se 
lire  Andecamiilos;  cotini  (cf.  un  nom  de  peuple  gaulois,  Tacite,  Germania, 
43);  DONT,  peut  être  Donicatus  ;  Latugn'i.  On  trouve  ensuite  la  continua- 
tion de  l'étude  d'Allmer  sur  les  dieux  delà  Gaule:  1345,  detis Moritasgvs; 
1346,  Mars  MuLLO;  1347,  Mars  Nabelcus  ;  1348,  Naxtosvelta;  1340, 
(Ica  Naria;  1350,  Nemausus. 


BoLETiN  DE  LA  AcADE.MiA  DE  LA  HiSTORiA,  juin  19CO.  —  Mémoire  du 
R.  p.  F.  Fita  sur  des  inscriptions  romaines  inédites,  découvertes  en  diverses 
localités  de  l'Espagne.  Nous  citerons  une  dédicace  au  dieu  Duloz'ius.  Cette 
dédicace  a  été  trouvée  à  Caceres,  l'antique  Xorba  Caesariiia,  appelée  Noîpoa 
Iva'.7ip3-.a,  par  Ptolémée,  qui  l'attribue  aux  LiisilaniK  C'est  aujourd'hui  Ca- 
ceres, chef-lieu  d'une  province  espagnole,  démembrée  de  l'Estramadure. 
Caceres  est  situé  dans  le  bassin  du  Tage  moyen,  au  sud  de  ce  fleuve, 
comme  Talavera  la  vieia,  l'antique  Aiigusto-hriga,  attribuée  par  Ptolémée 
au.x  Vettones,  peuple  ibérique  2.  Le  second  ttrme  à'Augtisto-hriga  atteste  un 
établissement  celtique  dans  cette  région  du  Tage  moyen.  Le  nom  divin 
Ditlovitis  à  Caceres,  dont  le  nom  antique,  Norba,  paraît  n'être  pas  celtique, 
nous  mène  à  une  conclusion  analogue.  Le  nom  divin  Didovius  ou  DnUovius 
a  été  trouvé  deux  fois  en  France  à  Vaison,  Vaucluse  5. 


VI. 

AXXALES  DE  LA  FaCCLTÉ  DES  LETTRES  DE  BORDEAUX  ET  DES  UNIVERSITÉS 

DU  Midi,  t.  II,  no'  i  et  2. —  Notices  par  M.  Camille  Jullian  sur  les  plaques 
de  plomb  d'Eyguières,  Bouches-du-Rhône,  et  de  Carpentras,  Vaucluse.  Ces 
deux  plaques,  qui  paraissent  remonter  à  l'époque  gallo-romaine,  portent  des 
inscriptions  en  caractères  mélangés,  grecs,  ibériques,  italiotes.  On  ne  peut 
en  saisir  le  sens.  Ce  sont  probablement  des  formules  magiques,  comme  la 
tablette  de  plomb  de  Rom  étudiée  par  M.  C.  Jullian  dans  la  Revue  Celtique, 
t.  XIX,  p.  168-176. 


1.  Ptolémée,  1.  Il,  c.  V,  ^  6,  édition  Didot-Muller,  t.  I,  p.  158,  1.  8. 

2.  Ptolémée,  1.  II,  c.  v,  §  7,  p.  141,  1.  i  ;  cf.  Hubner,  Corpus  inscrip- 
tiouiiui  latiiianiiii,  t.  II,  Supplément,  p.  831. 

3.  Corpus  hiscriptionum  Lafinaniiii,  XII,  1279,  1280  ;  cf.  Holder,  Altcel- 
tischer  Sprachschat^,  t.  I,  col.  1366,  1367;  AUmer,  Revue  èpigraphique,  t.  III, 
p.  483,  no  1214. 


PcrioJi(]iies.  547 


VII. 

SOCIÉTH   ARCHKOLOGICIUE   DE  BoUDUAUX,  t.   XXII.   —  McilloirC   cicM.Jul- 

lian  dont  la  conclusion  est  qu'à  l'époque  gallo-romaine  la  croix  sur  les  us- 
tensiles fabriqués  par  les  potiers  est  une  marque  de  fabrique  et  ne  donne 
aucune  indication  sur  la  religion  du  fabricant  ni  du  propriétaire. 

VllI. 

The  Philological  Society's  Tr.wsactioxs,  année  1900.  —  Mémoire 
de  M.  J.  Strachan  sur  le  futur  sigmatique  et  le  subjonctif  en  irlandais.  Ce 
sujet  a  été  précédemment  l'objet  de  mémoires  dus  à  MM.  R.  Thurne\sen 
et  H.  Zimmer  et  dont  il  a  été  qucstiod  dans  la  Revue  Celtique,  t.  XI,  p.  379, 
380.  Le  savant  auteur  s'est  déjà  occupé  du  subjonctif  dans  The  Philological 
Society's  Transactions,  année  1896-1897,  p.  253  et  suivantes,  cf.  Rci'ue  Cel- 
tique, t.  XIX,  p.  96;  dans  ce  premier  mémoire  il  s'occupait  de  l'emploi  du 
subjonctif  et  du  sens  précis  que  ce  mode  présente  en  irlandais.  De  la  sé- 
mantique il  passe  à  la  morphologie  dans  son  mémoire  nouveau  ;  suivant 
lui,  le  subjonctif  sigmatique  est  ordinairement  accompagné  d'un  futur  sig- 
matique dans  le  même  verbe,  et,  ce  qui  distingue  le  futur  sigmatique  du 
subjonctif  sigmatique,  c'est  que  le  futur  sigmatique  a  un  redoublement  par 
/  de  la  consonne  initiale  et  que  ce  redoublement  fait  défaut  dans  le  sub- 
jonctif sigmatique.  M.  Strachan  est  sur  ce  point  d'accord  avec  M.  Thur- 
neysen.  Revue  de  Kuhn,  t.  XXXI,  p.  75  :  cf.  Revue  Celtique,  t.  VI,  p.  94. 
On  sait  que  le  futur  sigmatique  n'existe  que  pour  les  racines  qui  se  terminent 
en  :  1°  k,  2°  g,  3°  /,  4°  d,  5°  s,  et  6°  pour  les  racines  qui  se  terminent  par 
un,  mais  comme  le  second  des  deux  n  paraît  tenir  lieu  d'un  d,  cette  sixième 
catégorie  semble  rentrer  dans  la  quatrième.  Les  racines  terminées  par  /,  r, 
III,  n  n'ont  pas  de  futur  sigmatique  ;  la  langue  grecque  nous  offre  la  même 
règle.  La  base  du  travail  de  M.  Strachan  est  un  recueil  d'exemples  classés 
d'après  la  consonne  finale  du  thème  ;  c'est  le  recueil  le  plus  complet  de  ce 
genre  qui  ait  été  formé  jusqu'ici.  M.  Strachan  fait  observer  avec  raison 
dans  une  note  que  le  futur  aTc-Çw  de  aTîi/oj,  équivalent  de  l'irlandais  tiasu, 
ms.  de  Wùrzburg,  folio  23  c,  glose  31  ',  est  inusité.  Il  doit  donc  être  cité 
avec  une  certaine  réserve  que  n'a  pas  faite  M.  H  Zimmer  dans  la  Revue  de 
Kuhn,  t.  XXX,  p.  115.  Désormais,  quand  on  citera  i-ii-M,  il  faudra  faire 
précéder  ce  mot  d'une  astérisque. 

IX. 

NuMisMATic  CiiRONiCLE,  3e  série,  vol.  XX.  —  M.  H.-.\.  Grueber,  assis- 
tant-keeper  of  coins  au  Musée  Britannique,  rend  compte  d'une  découverte 

I.  Whitley  Stokes,  The  ohl  irish  Glosses,  p.  133.  H.  Zimmer,  Glossae  hi- 
hernicac,  p.  143. 


348  Périodiques. 

de  monnaies  romaines  faite  en  Grande-Bretagne  dans  les  Sullv  Moors,  près 
de  Cardiff,  le  17  octobre  1899. 

Ces  monnaies,  cinq  d'or  et  trois  cent  une  d'argent,  étaient  renfermées 
dans  un  vase  de  métal  qui  contenait  aussi  quatre  bagues  d'or.  La  plus  an- 
cienne de  ces  monnaies  est  un  denier  d'argent  de  Marc-Aurèle,  161-180. 
Les  plus  récentes  sont  des  aurei  de  Dioclétien,  284-305,  et  de  Maximien 
Hercule,  292-310,  et  un  denier  d'argent  de  Carausius  déjà  étudié  par 
Eckhel,  Doctrina  mimmorum  vcterum,  t.  VIII,  p.  71.  Ce  dernier  doit  avoir 
été  frappé  en  286  et  probablement  à  Rultipiae,  aujourd'hui  Richborough  ; 
c'est  ce  que  paraissent  indiquer  les  trois  lettres  r  s  r  que  M.  Grueber  lit 
Riitiipiae  statio  ou  slativa  romana.  Ces  lettres  sont  inscrites  au  revers  de  la 
monnaie,  oij  se  lisent  aussi  les  deux  mots  :  Expectate  veni  :  «  Viens,  ô  toi, 
qui  étais  attendu  ».  Carausius,  proclamé  empereur  en  Gaule,  arrivait  en 
Grande-Bretagne  en  ce  moment.  La  légende  :  Expectate  veiii,  a  été  inspirée 
par  V Enéide,  livre  II,  vers  283,  oia  on  lit  les  mots  :  Expectate  venis,  mis  par 
le  poète  dans  la  bouche  d'Enée,  s'adressant  à  l'ombre  d'Hector.  Le  ménapien 
Carausius,  objet  de  cette  flatterie,  est  du  petit  nombre  des  Celtes  qui  ont 
porté  la  pourpre  impériale:  il  en  fut  revêtu  de  286  à  293  '. 

Paris,  le  28  juia  i  900. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


I .  Voir,  sur  Carausius,  l'article  de  M.  Seeck  dans  Paiilys  Real  Eucyclo- 
paedie,  éd.  Wissowa,  t  III,  col.  1)70-1571,  cf.  Holder,  Al'tccliischer  Sprach- 
schati,  t.  I,  col.  775-781. 


Le  Propriétaire-Gérant  :  Veuve  E.  Bouillon. 


Chartres.  —  Imprimerie  Durand,  rue  Fulbert. 


LES  DEUX  CHAGRINS  DU   ROYAUME  DU   CIEL 


§  I.  —  Le  sujet  du  Dâ  hrôn  flatha  nime^. 


Le  texte  irlandais  intitulé  dâ  brôn  flatha  ninie  «  les  deux  cha- 
grins du  royaume  du  ciel  »,  traite  de  l'histoire  légendaire 
d'Elie  et  d'Enoch.  Cette  histoire,  établie  sur  des  textes  bi- 
bliques courts  et  obscurs,  a  été  l'objet  de  nombreuses  contro- 
verses et  a  donné  lieu  à  des  hypothèses  variées.  Les  points  sur 
lesquels  les  Pères  de  l'Eglise  et  les  principaux  commentateurs 
s'accordent  sont  les  suivants  :  Elle  a  été  enlevé  ^  et  Enoch  a 
été  transféré  3  dans  le  Paradis  terrestre  qui  est  situé  soit  dans 
le  ciel,  soit  sur  la  terre;  ils  ne  sont  pas  morts;  et  bien  qu'ils 
soient  dans  un  corps  terrestre,  ils  sont  néanmoins  dans  un 
état  où  ils  n'offensent  plus  Dieu  ;  il  est  possible  et  peut-être 
probable  que  le  texte  de  V Apocalypse  sur  les  deux  témoins  qui 
seront  tués  par  la  béte  de  l'abîme  se  rapporte  à  Elle  et  Enoch  4. 


1.  Je  dois  beaucoup,  pour  le  commentaire  de  ce  texte,  à  la  science  théo 
logique  de  M.  l'abbé  Turmel. 

2.  âv£Àr|ç;6r|   'HÀ'.où  tîj;  cî;  -Jyj  O'jpavov.  IV  Reg.  II,   II. 

3.  [jLSTcTÉOif],  EccU.   XLiv,    16;   Hebr.    xi,  5;  cf.   [j.c-i(^v.vi  aÙTOv  6  0;o;  e 
Trj;  [jLcTaOÉaEoj;  Hehr.  xi,   5. 

4.  D.  Calmet,  Dissertation  sur  le  patriarche  Enoch  dans  La  sainte  Bible 
en  latin  et  en  français,  Paris,  1748,  t.  I,  p.  231-247.  Sur  Elie  les  textes  bi- 
bliques sont  :  Malach.  m,  23;  Eccli.  xlviii,  10;  Matth.  xvi,  14;  xvii,  12; 
Joan.  I,  21  ;  cf.  Apoc.  xi,  3-7.  Sur  Enoch  outre  les  deux  textes  cités  ci- 
dessous:  Jud.  14-15.  Toutes  les  légendes  relatives  à  Elie  et  Enoch  et  les 
hypothèses  à  leur  sujet  ont  été  réunies  dans  le  livre  X  de  l'ouvrage  de  Mal- 
venda,  De  Antichristo  libri  undeciin,  Rome,  1603;  Valence,  1621  ;  Lyon, 
1647;  i^  me  suis  servi  de  l'édition  de  Lyon;  cette  édition  aune  pagination 
défectueuse  dans  le  tome  II. 

Revue  Celtique,  XXI.  24 


^50  G    Dottin. 

La  légende  irlandaise  nous  représente  Elie  et  Enoch  dans  le 
Paradis  terrestre^;  les  âmes  des  justes  voltigent  autour  d'eux, 
pures  et  aériennes,  et  Elie  et  Enoch  ne  peuvent  se  consoler 
d'être  alourdis  par  leur  corps  d'argile  et  de  n'être  pas  en  état 
de  les  accompagner.  Elie  ouvre  l'évangile  et  prêche  sur  le  jour 
du  jugement;  il  raconte  aux  âmes  rassemblées  autour  de  lui 
les  tourments  que  subiront  les  âmes  le  jour  du  jugement  et  les 
fleuves  de  feu  autour  de  Sion  -  ;  il  dit  comment  le  Christ 
viendra  peser  le  bien  et  le  mal  de  chacun  en  présence  de  la 
troupe  des  démons  et  des  neuf  ordres  >  des  anges,  qui  accueil- 
lent après  le  jugement  les  méchants  et  les  bons.  Chaque  âme 
ayant  à  sa  droite  l'ange  gardien,  à  sa  gauche  le  démon  gar- 
dien 4,  verra  ses  fautes  dévoilées.  Les  damnés  entraînés  en 
enfer  par  le  diable  pousseront  un  cri  terrible  ;  c'est  un  des 
trois  cris  du  monde,  les  deux  autres  étant  le  cri  des  Israélites 
dans  la  mer  Rouge,  et  le  cri  des  âmes  qui  échappent  aux  dé- 
mons et  des  démons  qui  les  poursuivent. 

Puis  Elie  et  Enoch  iront  combattre  l'Antéchrist  >  à  la  fin  du 
monde  ^  et  seront  tués  par  lui  7.  L'Antéchrist  n'est  autre  que 


1.  Jusqu'à  saint  Grégoire,  on  croyait  que  les  âmes  des  justes  restaient 
dans  le  Paradis  terrestre  jusqu'à  la  résurrection;  c'est  l'opinion  d'Origène 
et  de  son  école.  Ici  on  voit  clairement  qu'il  s'agit  du  Paradis  terrestre 
puisque  Elie  s'en  va  sous  l'arbre  de  vie.  Saint  Irénée,  Contra  haereses,  V,  5,  i, 
place  Elie  et  Enoch  dans  le  Paradis  terrestre. 

2.  C'est  la  doctrine  du  baptême  du  Paradis.  Césaire  d'Arles,  chez  Migne, 
t.  XXXIX,  col.  1947-1948.  Cf.  saint  Hilaire  de  Poitiers,  in  Psalm.  118, 
lettre  3,  n"  12  chez  Migne,  t.  IX,  col.  522-523. 

3.  C'est  le  nombre  donné  dans  la  liste  de  saint  Cyrille.  J.  Turmel,  His- 
toire de  l'aiigéhhgie  {Revue  d'histoire  et  de  littérature  religieuses,  t.  III,  p.  433. 

4.  C'est  l'opinion  d'Hermas,  suivi  par  Grégoire  de  Nysse  et  Cassien. 
J.  Turmel,  Histoire  del'a)igîlo]ogie  (Revue  d'Jiistoire  et  de  littérature  religieuses, 
t.  III,  p.  540;  cf.  t.  IV,  p.  556). 

5.  Sur  l'Antéchrist,  cf.  I  Joan.  11,  18,  22;  iv,  3  ;  II  Joan.  7  ;  saint  Paul, 
II  Thess.  II,  3-7.  Saint  Irénée,  Contra  haereses,  v,  25,  28,  29,  30.  Cf.  Mal- 
venda,  De  Anticbristolibri  uudecim.  D.  Calmet,  Dissertation  sur  l'Antéchrist 
dans  le  Commentaire  littéral,  les  épîtres  de  saint  Paul,  t.  II,  p.  xxvi-lvii  ; 
De  Antichristo  liber  unus,  faussement  attribué  à  saint  Augustin,  chez  Migne, 
t.  XL,  col.  1131-1134,  .\dson,  Libelhis  de  Antichristo,  chez  Migne,  t.  CI, 
col.  1289-12;  8. 

6.  Malach.  IV,  5,  6.  Hippolyte,  De  Christo  el  Antichristo,  c.  45-46. 
Pseudo-Hippolyte,  De  consununatione  mundi,  c.  29;  TertuUien,  De  anima, 
c.  50,  p.  301  ;  cf.  Malvenda,  x,  9-14  :  t.  II,  p.  1 5 1  sq. 

7.  Hippolyte,  De  Christo  et  Antichristo,  c.  47.  Pseudo-Hippolvte,  De  con- 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  5  5 1 

le  diable  sous  forme  humaine  ^  qui  viendra  pour  forcer  le 
monde  à  croire  en  lui-.  Il  naîtra  d'un  évèque3  et  de  la  fille  de 
celui-ci.  Il  fera  tous  les  miracles  du  Christ +,  sauf  qu'il  ne  res- 
suscitera pas  les  morts  ;  mais  il  sera  plein  de  convoitise  et  d'in- 
justice5;  il  aura  trente-trois  ans  et  demi  comme  le  Christ;  il 
portera  son  signe  sur  le  front '^,  et  il  tuera  tous  ceux  qui  ne 
croiront  pas  en  lui  7,  car  il  prétendra  être  le  fils  de  Dieu^,  et 
c'est  l'archange  saint  Michel  qui  le  tuera  9. 

Notre  texte  n'est  pas  isolé  dans  la  littérature  irlandaise. 

Une  histoire  de  la  Croix  du  Christ,  conservée  par  le  Lea- 
bhar  Breac,  contient,  p.  226  a  51,  un  épisode  consacré  à  Elle 
et  Enoch,  dont  les  détails  se  retrouvent  presque  tous  dans  le 
Dâ  bron  fiatba  nime.  En  voici  la  traduction  : 

«  Il  vint  un  couple  d'hommes  âgés,  rudes,  grands,  lourds, 
à  leur  rencontre,  en  sorte  que  tous  les  saints  et  les  justes  de- 
mandèrent :  «  Qui  êtes-vous  »,  dirent-ils  (car  ils  ne  les  con- 
naissaient pas  pour  avoir  été  en  enfer  avec  eux)  «  vous  qui 
êtes  dans  vos  corps  au  Paradis?  »  L'un  deux  dit:  «  Je  suis  », 
dit-il,  «  Enoch  et  c'est  moi  qui  ai  été  enlevé  ici  par  la  parole 
de  Dieu  et  qui  ai  été  placé  dans  le  Paradis,  ici  »,  dit-il;  «  cet 
homme  qui  est  avec  moi,  c'est  Elle  de  Thesbé  et  c'est  lui 

suvimatione  mundi,  c.  21;  saint  Jérôme,  ep.  147  ad  Marcell.,  p.  347;  cf. 
Malvenda,  x,  14,  t.  II,  p.  158  a;  Adson,  LibcUiis  de  Antichristo,  chez 
Migne,  t.  CI,  col.  1296  cd. 

1.  Pseudo-Hippolyte,  De  cojisuminationc  uiimdi,  c.  22;  cf.  Malvenda, 
m,  I,  t.  I,  p.  128  a. 

2.  Pseudo-Hippolyte,  De  consuiiiinationc  mundi,  c.  23. 

3.  nascetur...  nec  de  episcopo  et  monacha  sicut  alii  delirando  dogma- 
tizant.  Adson,  Libellas  de  Antichristo,  chez  Migne,  t.  CI,  col.  1292  b. 

4.  Pseudo-Hippolyte,  De  consuiiinmtione  mundi,  c.  23  ;  cf.  Malvenda, 
viii,  16  ;  t.  II,  p.  88. 

5.  Pseudo-Hippolyte,  De  coiisuminatione  mundi,  c.  25;  cf.  Malvenda, 
VIII,  28  ,  t.  II,  p.  122  a. 

6.  ApocaL,  xiii,  16,  17  ;  xiv,  9,  11  ;  xvi,  2  ;  xix,  20;  xx,  4.  Pseudo- 
Hippolyte,  De  consummatione  mundi,  c.  28.  Cf.  Malvenda,  ix,  26-28;  t.  II, 
p.  199  b. 

7.  Hippolyte,  De  Chnsto  et  Antichristo,  c.  49.  Pseudo-Hippolyte,  De  con- 
summatione mundi,  c.  29.  Adsonis  libellus  de  Antichristo,  chez  Migne,  t.  CI, 
col.  1294  b. 

8.  De  Antichristo  liber  unus,  chez  Migne,  t.  XL,  col.  1132,  1.  17.  Cf. 
Malvenda,  viii,  2;  t.  II,  p.  68. 

9.  De  Antichristo  liber  unus,  chez  Migne,  t.  XL,  col.  11 34,  1.  38.  Adson, 
Libellus  de  Antichristo,  chez  Migne,  t.  CI,  col.  1298  a. 


3)2  G.  Dotlin. 

qui  a  été  aussi  enlevé  ici  dans  un  char  de  feu,  et  je  n'ai  pas 
goûté  la  mort  jusqu'à  maintenant,  mais  nous  sommes  encore 
en  vie  à  cause  de  l'Antéchrist  et  la  puissance  divine  nous  a  con- 
servés jusqu'à  ce  que  vienne  l'Antéchrist,  pour  le  combattre 
par  des  prodiges  et  des  miracles  divins  et  des  signes  sûrs  et 
merveilleux  à  la  fin  du  monde.  Puis  l'Antéchrist  nous  tuera 
enfin  ;  nous  y  sommes  préparés,  mais  nous  ressusciterons  au 
bout  de  trois  jours  et  demi  après  cela',  et  vivants  nous  se- 
rons enlevés  ensuite  dans  les  nuées  jusqu'au  ciel.  » 

La  fin  du  Fis  Adamnain  ^  coïncide  singulièrement  avec 
notre  texte.  En  voici  la  traduction  : 

«  C'est  l'instruction  qu'Elie  a  coutume  de  donner  aux 
âmes  des  justes;  il  est  sous  l'arbre  de  vie  dans  le  paradis.  Dès 
qu'il  ouvre  le  livre  pour  l'instruction,  les  âmes  des  justes 
viennent  vers  lui,  sous  forme  d'oiseaux  blancs,  de  tous  les 
quartiers.  Il  leur  dit  d'abord  les  récompenses  des  justes;  le 
plaisir  et  les  joies  du  royaume  du  ciel,  et  à  ce  moment-là  ils 
sont  remplis  de  joie.  Mais  il  leur  raconte  ensuite  les  peines  et 
les  supphces  de  l'enfer  et  les  fléaux  du  jour  du  Jugement.  Il 
est  visible  alors  qu'ils  prennent  une  contenance  de  tristesse,  lui 
et  Enoch,  en  sorte  que  ce  sont  eux  les  deux  chagrins  du 
royaume  du  ciel.  Puis  Elle  ferme  le  livre  [de  l'instructionj. 
Les  oiseaux  jettent  alors  une  immense  clameur  et  battent  leurs 
ailes  contre  leurs  corps  en  sorte  qu'il  en  coule  des  ruisseaux 
de  sang,  par  crainte  des  peines  de  l'enfer  et  du  iour  du  Juge- 
ment. Puisque  donc  ce  sont  les  âmes  des  justes  et  des  saints 
auxquels  est  destinée  la  demeure  éternelle  du  royaume  du  ciel 
qui  font  cette  lamentation,  il  serait  nécessaire  que  les  gens  du 
monde  la  fissent,  quand  même  ils  auraient  des  larmes  de  sang, 
en  prenant  garde  au  jour  du  Jugement.  Il  y  aura  beaucoup  de 
maux  et  de  grandes  soufi"rances  en  ce  jour-là,  c'est-à-dire  le 
jour  du  Jugement.  » 

1.  Daniel,  ix,  27.  Hippolyte,  De  Christo  et  Antichristo,  c.  43.  Adson, 
LibeUiisde  A)itichristo,  chez  Migne,  t.  CI,  col.  1297  ^-  Ces  textes  ne  parlent 
que  de  trois  jours  ,  la  demie  vient  d'une  confusion  avec  la  durée  du  règne 
de  l'Antéchrist  qui  est  de  trois  ans  et  demi.  Cf.  Adson,  De  Antichristo, 
col.  1297  a. 

2.  Le  texte  du  I^hor  na  h-Uidre  et  le  texte  du  Leabhar  Breac  ont  été  pu- 
bliés parallèlement  chez  Windisch,  Irische  Texte,  t.  I,  p.  194-195. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  ])  ] 

Ce  passage  est  reproduit  avec  quelques  variantes  sans  im- 
portance à  la  fin  de  riiomèlie  sur  la  vie  de  saint  Brcndan  con- 
servée par  le  Livre  de  Lismore^  L'explication  que  l'on  y 
donne  des  deux  chagrins  du  royaume  du  ciel  est  assez  cherchée 
et  invraisemblable.  L'auteur  ne  connaissait  certainement  pas 
notre  texte. 

Une  note  sur  les  trois  Cris  du  monde  est  contenue  dans  le 
Livre  de  Lismore,  fol.  105  b  2^. 

Un  traité  sur  l'Antéchrist  est  contenu  dans  le  Livre  de  Lis- 
more, fol.  68a  I  ;  ce  traité  commence  ainsi  :  «  Le  Seigneur  a 
dit  que  ce  serait  le  Diable  qui  viendrait  dans  un  corps  humain, 
c'est-à-dire  l'Antéchrist,  qui  ferait  de  grands  prodiges  parmi 
les  nations.  »  Il  y  a  une  copie  plus  développée  de  ce  traité 
dans  le  ms.  de  la  Royal  Irish  Academy  coté  23N/15  5.  Voici 
la  traduction  de  ce  dernier  texte  "i  :  «  L'Antéchrist  .i.  diaholus 
facict  iiiagim  prodigia  in  populo  et  alors  il  y  aura  un  seigneur 
malheureusement  fort,  très  horrible  et  le  règne  et  la  règle  de 
l'Antechjrist  seront  comme  une  herse  sur  le  monde  et  il  ferait 
des  signes  contraires,  extrêmement  merveilleux  chez  les  peuples 
et  il  dirait  qu'il  est  le  fils  chéri  de  Dieu  et  que  c'est  lui  qui  est 

1.  Wh.  Stokes,  Lives  of  saints  froin  the  Book  of  Lisuwre,  p.  115-116, 
260-261. 

2.  Wh.  Stokes,  Lives  of  saints  from  thc  Book  of  Lis inore,  p.  xxxj. 

3.  Revue  Celtique,  t.  XI,  p.  242.  Wh.  Stokes,  Lives  of  saints  froni  the 
Book  of  Lismore,  p.  xix.  Je  dois  la  copie  du  ms.  de  la  R.  I.  A.  à  M.  O'Far- 
relly. 

4.  Le  te.xte  du  ms.  R.  I.  A.  23N/15  est  intitulé  DothoijljiocJjt  an  léreithe- 
ainhnais  dêanaidh  et  commence  par  une  phrase  sur  la  fin  du  monde;  il  rem- 
plit 98  lignes  ;  le  texte  du  Livre  de  Lismore  environ  80,  mais  les  lignes  du 
ms.  R.  L  A.  23N/I)  sont  plus  d'un  tiers  plus  longues  que  celles  du  Livre 
de  Lismore.  La  langue  et  l'orthographe  du  ms.  23N/15  sont  modernes, 
avec  quelques  restes  d'archaïsmes  ;  on  n'y  trouve  pas  de  pronom  infixe  ;  les 
diagrammes  ea,  èa,  ao,  io  y  sont  employés  ;  ce  =:  gh,  g\  tt  =  ci  ;  l'aspi- 
ration est  toujours  marquée;  on  remarque  quelques  exemples  d'ortliographe 
phonétique:  riigach  =  riigadh;  et  aussi  l'introduction  de  lettres  inutiles: 
suibhsgeahiidhe  =  soisgéahiidhe,  aciidh  =  acti  ;  des  archaïsmes  :  for  =  ar.  Le 
texte  se  termine  par  une  note  dont  voici  la  traduction  :  «  Il  y  a  un  an  que 
mon  père  a  écrit  le  commencement  de  cette  histoire  de  l'Antéchrist  et  c'est 
maintenant,  en  l'année  1816  que  je  l'ai  terminée  à  Cork,  après  l'avoir  tirée 
du  Livre  de  Meamruim  qui  a  été  écrit  il  y  a  900  ans.  Michel  le  jeune 
O'Long.iin.  »  La  forme  riigach  suffisait  à  indiquer  que  le  scribe  était  de 
rOuest-Munster.  Cf.  Revue  Celtique,  t.  XX,  p.  325. 


3  54  <^'  Doîlin. 

dans  la  prophétie  universelle  et  personne  n'osera  dire  que  le 
Christ  est  venu  délivrer  la  race  humaine.  Alors  Jean  demanda 
au  Seigneur  quelle  sorte  de  forme  ou  d'apparence  il  aura,  ou  à 
quoi  il  ressemblera  pour  qu'on  le  reconnaisse,  dans  l'espoir 
qu'ensuite  nous  ne  croirons  pas  en  lui.  Dixit  Dominus :  de  viii- 
liere  rnerilrici  nascetur  .i.  le  Seigneur  a  dit  que  ce  serait  d'une 
courtisane  de  race  juive  qu'il  naîtrait  et  que  ce  serait  à  Baby- 
lone  qu'il  serait  mis  au  monde  et  que  ce  serait  dans  cette 
ville-là  qu'il  demeurerait.  C'est  lui  le  père  des  quatre  person- 
nages les  plus  mauvais  qui  naquirent  jamais  .i.e.  Cain,  Jcroso- 
pilat,  Simon  Magus.  L'Antéchrist  sera  le  grand  bannisseur  des 
justes  et  le  destructeur  des  chrétiens  et  le  proclamateur  de  l'in- 
crédulité, et  le  négateur  de  l'humanité,  et  le  fils  chéri  du 
diable  et  malheur  à  qui  vivra  dans  le  temps  de  cette  naissance 
maudite,  c'est-à-dire  de  l'Antechrisi.  Scxccntuni  cnhiios  in  Jongi- 
tndincm  corporis  sid.  Ainsi  sera  cet  homme-là:  six  cents  toises 
la  hauteur  de  son  corps  et  quarante  toises  la  largeur;  et  il  est 
grand,  effroyable,  hideux.  Une  chevelure  douce,  lisse,  sombre, 
épaisse  sur  sa  tête.  Octilnm  nnum  in  fronte  ejus.  Il  aura  un  œil 
dans  la  tête  et  un  masque  noir  diabolique  sur  lui,  et  des  sour- 
cils louables,  mouchetés  comme  une  crinière.  Une  seule 
oreille  dans  sa  tête  ;  et  le  grand  œil  qu'il  aura  sera  rapide, 
brillant.  Et  funius  de  naribus.  Et  de  la  fumée  de  feu  sinistre, 
puante,  sortira  des  narines  de  son  nez  et  des  flammes  de  feu 
de  l'unique  oreille  qui  est  dans  sa  tête  noire  et  horrible;  une 
seule  surface  plane  forte,  diabolique,  de  couleur  horrible  dans 
sa  mâchoire;  pas  de  dents  à  la  mâchoire  supérieure;  une  côte 
haute  et  grande,  étonnante,  dans  son  sein.  Deux  côtes  larges 
et  grandes  dans  son  côté  gauche.  Nec  genua  hahehil,  et  il  n'aura 
pas  de  genoux;  les  plantes  de  ses  pieds  seront  aussi  unies  et 
aussi  rondes  que  des  roues  de  charrette.  Il  aura  une  chevelure 
noire  eftVayante  et  il  ne  souffrirait  pas  que  personne  au  monde 
se  cachât  à  lui  et  à  quiconque  croira  en  lui  il  mettra  sur  le 
front  un  signe  avec  un  fer  rouge  et  personne  au  monde  ne 
pourra  cacher  ce  signe  jusqu'au  jour  du  Jugement  et  quiconque 
ne  croira  pas  en  lui  il  le  tuera  et  ce  sera  d'après  le  choix  de 
Dieu.  Jean  l'évangéliste  dit  qu'il  n'est  pas  le  diable  lui-même, 
mais  le  fils  chéri  du  diable  après  son  accomplissement  désor- 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  355 

mais.  S'asseoiera  tout  industrieux  dans  le  temple  de  Salomon 
à  la  place  du  Christ  qui  foisait  le  bien  et  le  juste  de  lui-même, 
pour  détruire  le  droit  et  la  religion  du  Tout-Puissant.  Car  de 
tout  ce  que  le  Christ  a  fait  de  bien,  il  fera  le  contraire,  lui,  et 
c'est  pour  cela  qu'il  est  appelé  Antéchrist,  c'est-à-dire  contraire 
au  Christ  ;  car  il  fiiit  au  moyen  d'esprits  de  couleur  horrible, 
diaboliques,  de  lourds  météores  de  feu  et  des  fleuves  pleins  de 
flammes  qui  coulent  dans  les  murs  du  firmament  et  de  là 
jusqu'au  sol  et  aux  profondeurs  de  la  terre  et  c'est  un  malheur 
qu'apparut  cette  naissance-là  i.  e.  l'anéantissement  de  l'huma- 
nité et  le  broyeur  des  productions  et  des  grands  fruits  et  la 

naissance  de  la  faim  et ;  c'est  le  commencement 

des  peines  et  des  fléaux  et  des  pleurs  et  la  désertion  de  la  foi 
juste  et  du  droit  et  le  reniement  des  paroles  et  le  refus  du  bap- 
tême et  la  destruction  des  autels  et  de  l'église,  et  la  fin  de 
tout  bien  et  de  tout  royaume  sauf  le  royaume  du  ciel,  cette 
naissance  maudite  et  très  puissante;  car  la  nuit  qu'il  naîtra  il  y 
aura  un  mort  dans  chaque  maison  du  triste  monde  et  des  gé- 
missements à  chaque  porte  du  monde  entier  et  le  soleil  et  la 
lune  seront  sançrUints  en  signe  de  cette  naissance  funeste.  Car 
dans  le  temps  de  cette  homme-là,  les  femmes  abandonneront 
leur  pudeur,  et  les  princes  leur  retenue  et  les  gens  leur  beauté 
et  les  prêtres  leur  psaume  et  tous  leur  droiture  et  leur  con- 
fession et  la  femme  ne  souffrira  pas  sa  féminité  ni  l'homme  sa 
virilité,  et  il  ressuscitera  les  morts.  Et  eradicabit  arbores.  Il 
arrachera  les  arbres  de  leurs  racines  et  il  mettra  les  racines  en 
l'air  et  il  placera  sur  eux  de  beaux  fruits  par  les  puissances  du 
diable.  Convcrtet  flumina  retrorsuin.  Il  fera  retourner  les  rivières 
et  les  cours  d'eau  et  remonter  leur  cours.  Le  père  tuera  le  fils  et 
le  frère  le  frère  et  il  n'y  aura  de  foi  chez  personne  en  ce  temps- 
là.  L'église  sera  détruite  dans  ce  temps-là  et  la  foi  se  perdra  ainsi 
que  le  juste  et  ils  n'auront  ni  intelligence  ni  mémoire.  Là  où 
étaient  les  saints  de  l'église,  on  ne  pourrait  les  reconnaître  ; 
les  pierres  tombales  et  des  autels  du  temple  seront  abandonnés 
ainsi  que  les  scribes  savants,  prêtres  et  haut  clergé.  Les  cano- 
nistes  pleureront  et  les  moines  se  dessécheront  en  voyant  les 
lois  et  les  autels  des  gentils  là  où  avaient  coutume  d'être  les 
temples  canoniques  consacrés,  l'ordre  de  la  messe  et  l'obéis- 


5^6  G.  Dottin. 

sance  au  Seigneur  jusqu'à  ce  temps-là.  Les  étoiles  tomberont 
sur  la  terre  et  les  eaux  se  changeront  en  sang  au  temps  de 
l'Antéchrist.  C'est  alors  qu'apprendront  les  deux  prophètes 
qui  sont  dans  le  Paradis,  c'est-à-dire  Elle  et  Enoch,  le  tribut 
qui  sera  levé  alors  sur  la  race  d'Adam  par  l'Antéchrist.  Alors 
viendra  Enoch  fils  de  Mathusalem,  dans  son  corps  humain, 
des  ports  de  la  principale  lumière  du  Paradis  contre  l'Anté- 
christ, et  ils  se  livreront  bataille  l'un  à  l'autre  et  il  les  tuera 
tous  deux  ensemble  dans  le  palais,  c'est-à-dire  dans  le  palais 
de  la  ville  de  Jérusalem  et  ils  seront  morts  trois  jours  et  demi 
et  personne  au  monde  n'osera  les  ensevelir  par  crainte  de 
l'Antéchrist  ;  et  au  milieu  de  jour,  alors,  ils  reviendront  à  la 
vie  en  présence  de  tous  et  un  ange  descendra  du  ciel  et  leur 
dira  :  «  O  Elie  et  Enoch,  venez  à  la  vie  éternelle  à  partir  de 
maintenant  »  et  ils  monteront  alors  [au  ciel]  en  présence  de 
tous  les  hommes  et  il  se  produira  un  tremblement  de  terre  et 
de  grands  coups  de  tonnerre  et  des  éclairs  autour  de  la  mon- 
tagne en  ce  temps-là  et  tous  les  hommes  qui  seront  du  temps 
de  l'Antéchrist  seront  brûlés  et  tués  par  la  puissance  de  Dieu  ; 
puis  ensuite  Dieu  tout-puissant,  le  sauveur  des  hommes,  en- 
verra Michel  archange  avec  son  épée  -nue  à  la  main  et  il  tuera 
d'un  seul  coup  l'Antéchrist  et  en  fera  deux  tronçons  depuis  le 
sommet  jusqu'à  la  terre  et  ce  ne  sera  pas  pour  détruire  l'Anté- 
christ que  Michel  portera  ce  coup-là,  mais  pour  ramener  le 
monde  dans  un  état  meilleur  et  alors  se  convertiront  tous  les 
païens  et  les  juifs  et  les  gentils  à  la  foi  catholique  et  il  n'y  aura 
que  trois  ans  et  demi  de  ceci  au  jour  du  Jugement.  » 

Ce  texte  n'a  point  de  rapports  étroits  avec  le  passage  du  Dâ 
bron  flatha  n'niic  qui  concerne  l'Antéchrist.  Le  portrait  de  l'An- 
téchrist n'est  pas  le  même  dans  les  deux  textes  ;  sur  certains 
détails,  par  exemple,  le  fait  de  ressusciter  les  morts,  les  deux 
textes  sont  en  contradiction. 

Enfin,  il  est  aussi  question  de  l'Antéchrist  dans  une  homélie 
sur  saint   Michel  conservée  par  le  Leabhar  Breac'.    L'Ante- 


I.  Atkinson,  The  Passions  and  ihc  HonuUcs  frein  Leabhar  Breac,  p.  244, 
247. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel  3^7 

christ  de  ce  texte  comme  du  précédent  appartient  plutôt  au 
folklore  qu'à  la  théologie,  Voici  la  traduction  du  passage  qui 
nous  intéresse  : 

«  L'Antéchrist,  qui  est  un  homme,  naîtra  à  la  fin  du 
monde  ;  sa  propre  sœur  sera  sa  mère.  Une  protubérance  grise 
au  milieu  de  son  fi-ont.  Un  œil  unique  dans  sa  tète^  au  mi- 
lieu de  cette  protubérance.  Un  seul  sourcil  qui  ira  d'une  oreille 
à  l'autre  en  dessous  de  son  œil.  Tout  son  corps  est  une  sur- 
face plane;  ses  pieds  aussi.  Il  déracine  les  arbres;  fourre  leur 
sommet  dans  la  terre,  et  leur  partie  inférieure  en  haut,  et  met 
des  feuilles  et  des  fruits  aux  racines  et  aux  parties  inférieures 
des  arbres  2.  Il  fera  de  l'or  et  de  l'argent  avec  le  fumier  et  la 
fiente  des  chevaux  et  des  chameaux,  et  en  outre  avec  toute 
chose  inutile,  et  il  sèmera  l'incrédulité  par  le  monde.  L'eau 
ne  le  noyera  pas,  le  feu  ne  le  brûlera  pas  ;  le  fer  ne  le  touchera 
pas.  Or  Elie  et  Enoch  sont  en  vie  encore  dans  le  Paradis  ;  une 
grande  jalousie  s'emparera  d'eux,  en  sorte  qu'ils  iront  com- 
battre l'Antéchrist;  ils  n'auront  pas  de  succès,  puisqu'ils  sont 
tués.  Puis  Michel  vient  du  ciel,  avec  son  épée  de  feu  à  la 
main  et  il  tuera  l'Antcchrist.  » 

Le  Dà  bronflatha  ;//;//(' semble  donc  être  un  court  traité  formé 
par  la  réunion  de  quelques  lieux  communs  de  la  littérature  re- 
ligieuse irlandaise.  Il  est  visible  que  les  morceaux  qui  le  com- 
posent sont  raccordés  tant  bien  que  mal;  l'épisode  des  trois 
Cris  du  monde  est  un  hors-d'œuvre;  la  description  du  Juge- 
ment dernier,  le  portrait  de  l'Antéchrist  ne  se  rattachent  pas 
étroitement  à  l'histoire  d'Elie  et  Enoch. 

Quelle  est  la  source  de  notre  texte  ?  Si  l'auteur  du  Dà  bran 
flatha  ninie  paraît  s'être  particulièrement  inspiré  du  pseudo- 
Hippolyte,  De  consiimmalione.  mtmdi,  il  est  non  moins  probable 
qu'il  a  utilisé  d'autres  sources  :  le  De  Antichristo  liber  iimis 
attribué  à  tort  à  saint  Augustin  et  le  LibeUiis  de  Antichristo 
attribué  à  Alcuin  et  qui  est  l'œuvre  d'Adson,  abbé  de  Montier- 


1.  Comme  l'Antéchrist  des  mahométans. 

2.  Faciet  ...  arbores  subito  florere.  Adson,  Libelliis  de  Antichristo,  chez 
Migne,  t.  CI,  col.  1293  d. 


3^8  G.  Dottin. 

en-Der^  Ces  deux  traités  contiennent  un  grand  nombre  de 
passages  communs  et  sont  en  étroit  rapport  l'un  avec  l'autre. 
Si,  au  point  de  vue  littéraire,  le  Dâ  hrôn  flatha  nime  n'a  guère 
de  valeur,  il  ne  manque  pas  d'intérêt  pour  l'histoire  des  doc- 
trines religieuses  en  Irlande. 


§11. 


Les  Manuscrits. 


Le  Dà  bran  flatha  ir'i)ie  est  conservé  dans  le  Lehar  na 
hUidre,  p.  I7a-i8a(le  commencemeut  manque);  dans  le 
Livre  de  Leinstcr,  p.  280  a-281  a;  dans  le  Livre  Jaune  de  Lecan, 
p.  i2ob-i2ia;  dans  le  manuscrit  de  Paris,  fol.  27  v°b-28  r°b; 
dans  le  Livre  de  Fernioy,  p.  114 a- 115  b^. 

Ces  manuscrits  se  répartissent  en  deux  classes  :  une  rédaction 
conservée  parle  Lebar  na  hUidre  (U.);  une  autre  rédaction 
conservée  par  les  quatre  autres  manuscrits  :  Leinster  (L.), 
Lecan  (Lee),  Paris  (P.),  Fermoy  (F.). 

Ce  classement  se  vérifie  facilement  au  moyen  des  lacunes 
importantes,  des  foutes  communes  et  des  principales  variantes. 

Dans  le  portrait  de  l'Antéchrist,  L.,  Lee,  P.,  F.  présentent 


1.  Le  Libellns  de  Anlichrhto  d'Adson  est  aussi  la  source  d'un  poème  fran- 
çais par  Henri  d'Arci  contenu  dans  le  manuscrit  français  24862  de  la  Biblio- 
thèque nationale;  on  possède  par  ailleurs  de  nombreuses  copies  d'une  ver- 
sion en  prose  du  même  traité  faite  au  xiii^  siècle,  cf.  Roniania,  XVII,  383. 
Mais  il  existe  au  moins  deux  autres  poèmes  français  sur  l'Antéchrist  qui  ne 
sont  pas  traduits  d'Adson.  P.  Meyer,  Notice  sur  le  tus.  fr.  24S62  (Notices  et 
extraits  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale,  t.  XXXV,  i  ,p.  i  ^  i-i  53). 

2.  Nous  avons  copié  le  texte  du  ms.  de  Paris;  pour  le  Livre  de  Fermoy, 
nous  avons  utilisé  une  copie  exécutée  par  M.  J.  J.  O'Farrelly  ;  pour  les 
trois  autres  manuscrits  nous  nous  sommes  servis  des  fac-similés  publiés  par 
Li  Royal  Irish  Academy.  Pour  simplifier  les  références,  nous  avons  numé- 
roté les  colonnes  des  manuscrits  qui  contiennent  notre  texte.  Pour  le  Let}ar 
na  Uidre  i  =  p.  17,  col.  i  ;  —  2  =  p.  17,  col.  2;  —  3  =  p.  18,  col.  i  ; 
pour  le  Livre  de  Leinster  i  =  p.  280,  col.  i  ;  —  2  =  p.  280,  col.  2,  — 

3  =  p.  281,  col.  I  ;  pour  le  Livre  Jaune  de  Lecan  i  =^  p.  120,  col.  2;  — 
2  =  p.  120,  col.  5;  —  3  =  p.  121,  col  i;  pour  le  Livre  de  Fermoy 
I  =■  p.    114,  col.   I  ;  —  2  =rz  p.  114,  col.  2  ;  —  3  =  p.  1 1 5,   col.  i  ;  — 

4  =  p.  I  is,  col.  2;  pour  le  manuscrit  de  Paris  i  =  fol.  27  verso,  col.  2; 
—  2  =  fol.  28  ro,  col.  I  ;  —  3  =;  fol.  28  r",  col.  2.  Les  numéros  des 
lignes  sont  les  mêmes  que  dans  les  manuscrits. 


Les  diiix  chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  359 

de  nombreuses  lacunes  :  p.  386,  1.  10;  p.  386,  1.  13.  L'arbre 
de  la  vie  dans  le  Paradis  de  U.  est  dans  L.,  Lee,  P.,  F.,  l'arbre 
du  Paradis,  p.  376,  1.  12.  Le  membre  de  phr-âsc  do  comailliud 
fastine  in  chomded  manque  dans  L.,  Lee,  P.,  F.,  p.  386^  I.  2. 
On  peut  encore  relever  un  grand  nombre  de  lacunes  moins 
importantes  dansL.,  Lee,  P.,  F.  ;  p.  376,  1.  13  ;  p.  376, 1.  15  ; 
p.  378,1.  3;  p.  378.  1-  16;  p.  380,  1.  3  ;  p.  380,  1.  10;  p.  380, 
1.  15. 

Au  contraire,  dans  la  description  du  Jugement  dernier,  L., 
Lee,  P.,  F.  offrent  des  détails  qu'on  ne  trouve  pas  dansU.  : 
p.  380,  1.  I  ;  p.  380,  1.  14;  p.  382,  1.  6.  A  la  fin  de  cette 
description  une  réflexion  morale  est  ajoutée  dans  L.,  Lee,  P., 
F.:  p.  384,  1.  13. 

On  peut  faire  la  même  remarque  pour  d'autres  passages  : 
p.  376,  1.  13;  p.  378,  1.  4;  p.  380,  l.  15. 

Dans  le  portrait  de  l'Antéchrist,  L.,  Lee,  P.,  F.  omettent 
na,  p.  386,  1.  II,  ce  qui  rend  la  phrase  moins  claire.  Le 
membre  de  phrase  la  Crist  mac  nDé  coin  biat  andsin  tria  bithu 
sir  eter  airbrib  àrchaingel,  p.  384,  1.  7,  est  devenu  dans  L., 
Lee,  P.,  F.  :  la  Crist  mac  nDé  bi  in  (ou  e//V)  airbrib  àrchaingel. 

Un  mot  du  texte  de  U.  est  souvent  remplacé  par  un  syno- 
nyme dans  le  texte  de  L.,  Lee,  P.,  F.  Voici  un  tableau  de 
ces  variantes  : 


U. 


Lec. 


P. 


co  tairic 

co  roisc 

corroisc 

co  roiscc 

gu  roisc 

thairic 

roscôich 

ruscaig 

roschaich 

roscôich 

fégaid 

deccaid 

dechaid 

dechaid 

decaid 

co  rôlais 

con  roisc 

corroisc 

coma  roiscc 

gu  roisg 

do  rigset 

ro  laset 

ro  h'iset 

rolasat 

rolœsittar 

ernaidit 

asregat 

asregad 

asregat 

doreghait 

doberat 

atbelat 

adcblad 

addeablatt 

Les  quatre  manuscrits  L.,  Lee,  P.,  F.  ne  sont  pas  issus 
du  même  prototype.  F.  se  distingue  nettement  des  trois  au- 
tres. Il  conserve  des  mots  qui  ne  se  trouvent   pas  dans  L., 


6o  G.  Dottin. 


Lee,  P.  Ainsi  tanaide  (p.  376,  1.  7)  ne  se  trouve  que  dans 
F.;  il  en  est  de  même  de  imurhusa  (p.  378,  1.  9). 

Il  renferme  de  nombreuses  interversions  de  mots  :  p.  376, 
1.  14;  p.  380,  1.  23;  p.  384,  1.   II. 

Il  remplace  par  des  synonymes  ou  des  leçons  fautives  cer- 
tains mots  des  autres  manuscrits.  \^oici  un  tableau  de  va- 
riantes où  F.  s'oppose  àU.,  L.,  Lee,  P. 

U.  L.  Lec.  p.  F. 

in  comdid  donchoimdid  in  coimdhi  do  Crisd 

conétat  confetat  chanfetad  attaroet 

dochum  nimhe  doclium  nime  dochum  nime  for  neimh 


la  febas 

la  febus 

la  febhus 

ri  feabhus 

in  praicept 

in  praicept 

in  praicept 

in  praicept 

an  soisgel 

teclani 

teclam 

teglam 

tccmalta 

lâim  chli 

laim  chli 

laim  chli 

laim  chli 

ghualainn  chli 

cl  Christ 

or  Crist 

ol  Crist 

or  Isa 

amal 

amal 

amal 

amal 

antan 

isin  domon 

isin  domun 

isin  domun 

isin  doman 

in  hercsia 

Dans  d'autres  passages,  F.,  U.  s'opposent  à  L.,  Lec,  P. 

L.,  Lec,  P.  n'ont  pas  conservé  une  partie  de  la  phrase  sur 
les  10,000  années  que  U.  et  F.  nous  ont  transmise,  p.  378, 
L  8. 


roscâig 

roscichset 

rosoichsead 

roschichsat 

rosgaith 

atrubalt 

atbath 

atbath 

atbath 

attrubalt 

la  ftTa;«d 

fri 

fria 

fria 

la  fcran» 

On  a  les  trois  classes:  U.  ;  F.;  L.,  Lec,  P. 
crich  dil  dilcenn  dil  foircinn 

U.,  Lec,  F.  s'accordent  contre  L.,  P.  : 

chaer  toraid  caer  thoraidh  caer 

in  clerech  Eli  in  clerech  Eli  in  cleirech 

Lec,  F.    s'accordent  à  donner  la  leçon  a  mailh  (p.   380, 
1.  14),  au  lieu  de  am  dà  mailh,  L.,  P. 

Ailleurs,  on  a  d'une  part  U.,  d'autre  part  Lec,  P.  ;  une  troi- 
sième classe  est  constituée  par  L.,  F.: 

ic  a  srôinud       oc  a  cur  ic  a  cattad         ic  a  cur  occ  a  cartadh 


Lrs  deux  Cimgrins  du  Ro)aumc  du  Ciel.  561 

La  phrase  finale  manque  dans  L.,  P.  ;  et  il  n'y  a  que  dans 
U.,  Lcc,  F.  que  le  Dû  hrôn  flatha  nimc  se  termine  par  une 
conclusion. 

Au  contraire,  ar  am  brcilh,  p.  376,  1.  4,  conservé  par  L., 
P.,  manque  dans  Lee,  F. 

Une  faute  deU.,  Lcc,  F.  est  corrigée  dansL.,  P.: 
blasfc  laicfc  blaisfî  faicfe  bla[s]fc 

Lec.  a  seuljune  phrase  sur  le  nombre  des  gens  de  l'enfer, 
p.  379,  note  27. 

On  peut  essayer  de  résumer  ces  remarques  dans  le  schéma 
ci-dessous  : 

X 

u.  ^     '"     '  ^  y  "  ~ 

"        \  île  "l7     '  \      "^ 

F.  P. 

Quant  à  la  date  de  nos  textes,  nous  n'avons  pas  d'indication 
plus  précise  que  la  date  même  des  manuscrits  qui  les  con- 
tiennent ;  date  qui  n'est  point  encore  rigoureusement  déter- 
minée dans  le  détail.  Le  Lebhar  na-hUidre  serait  du  xi*"  siècle; 
le  Livre  de  Leinster  du  xii'-*  siècle;  le  Livre  de  Lecan  du 
xiv^  siècle;  le  Livre  de  Fermoy  et  le  manuscrit  de  Paris  du 
XV*  siècle. 


IIL  —  L'orthographe  et  la  langue. 


Il  peut  être  intéressant  de  comparer  la  langue  de  nos  ma- 
nuscrits. 

L'étude  de  la  phonétique  est  inséparable  de  l'étude  de  l'or- 
thographe. Il  ne  semble  pas  que  la  prononciation  de  l'irlandais 
fût  au  xn'^  siècle  fort  différente  de  ce  qu'elle  est  aujourd'hui. 
Plusieurs  de  nos  manuscrits  notent  éo  le  son  qui  est  maintenant 
en  irlandais  eô,   c'est-à-dire  0  fermé   précédé  d'une  consonne 


VjI 


G.  Doîtin. 


palatale.  Mais  il  semble  bien  qu'on  prononçait  éo  encore  au 
xviii^  siècle,  ainsi  qu'il  résulte  du  petit  traité  de  prononciation 
irlandaise  contenue  dans  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  na- 
tionale, fonds  celtique  n°  loi,  p.  127  :  «  eo  pronounceth  e  most 
but  0  helpeth  ;  for  instance  :  béol,  céol,  séol,  céo,  sgéol,  séon,  etc.  ». 

Le  changement  dialectal  de  e  en  ca  n'apparaît  que  dans 
Lee,  P.,  F.  La  graphie  ao,  aoi  n'apparaît  que  dans  le  mot 
faonai  F.  Nous  avons  relevé  les  variantes  orthographiques 
que  nous  offraient  les  quatre  manuscrits  dont  nous  avons  eu 
entre  les  mains  l'original  ou  des  fac-similés.  Pour  F.  que  nous 
ne  connaissons  que  par  une  copie,  nous  nous  contenterons  de 
signaler  ici  les  principales  particularités  orthographiques  qu'il 
présente  :  e  ~^  ea:  geala,  aingeal,  addeablatt  ;  ai  est  mis  pour  a 
final:  iriimai,  inartrai;  co  >  gu;  oi  =  a:  doraghoi; 

/suivi  d'une  consonne  vélaire  est  noté  io:  anticriosd  ;  l'as- 
piration est  régulièrement  marquée;  se  >  sg,  rc  >  rg:  dasgar, 
timargan,  soisgela,  sgibadb  ;  p,  t,  c  sont  souvent  doublées  : 
appar,  attatt,  comhaittcachd,  rogattadar,  dothiagatt,  taithinhett, 
duitt,  rottreghas,  attaressett,  rolàsatt,  chreittme,  chréttfes,  dothatt, 
Enocc,  proiccept,  occ,  oslaiccid,  dosnucc. 

VOCALISME 


Le.^bar  ka  hUidre 


lathe  2,  31 
[mifaélti  2,  4] 
tasfénad  i,  29 
anim  i,  41 
airbrib  2,  30 
polaire  3,13 

forcomét  i,  32 
soscéla  I,  6 
cosse  1 ,  7 
duine  3,  4 
muinte/-  1,18 
pêne  2,  26 


Leinster 

angel  i,  50 
lathe  3,  26 
falti  3 ,  2 
taspenad  2,  32 
anim  2,  46 
airbrib  3,  21 
pholaire  3,  36 
torsi  2,  2 
forcomét  2,  33 
soscela  2,  10 
cosse  2,  II 
duine  3,  34 
munt(!r  2,  19 
pêne  3,  18 


Lecax 

aingel  i,  37 
laithi  3,  24 
failli  2,  4) 
taispenad  2,  26 
anim  2,  38 
arbrib  3,  19 
pholaire  3,  34 

forcomét  2,  28 
soscela  2,  3 
coise  2,  5 
dune  3,  32 
muinter  3,17 
pêne  3,  16 


Paris 

aingel  i,  20 
laithi  3,  22 
failti  2,  38 
taispenadh  2,  13 
ainim  2,  30 
airbribh  3,  17 
polâre  3,  33 
toirrsi  i,  22 
forcoimet  2,  20 
soiscela  i,  31 
coisi  1,33 
duine  3,  31 
muindter  3,  16 
peinne  3,  14 


Les  deux  Clui!j,nns  du  Royaume  du  Ciel. 
Leabar  na  hUidre  Leinster  Lecan 


crctme  3,  6 

ette  I,  4 
cethri  i,   10 

slùag  I,  22 
chraind  i,  5 
praicept  î,  8 

muinteras  2,  8 
dùnas  2,  3  3 
gabud  I,  12 
etun  3,  14 

di'abul  3,  4 
imandechatâr  i,  27 
denum  i,  29 
chucu  I,  19 
Isu  I,  19 
tr»mmu  i,  35 
coraartha  5,  14 
iarom  i,  56  ;  2,  33 
sood  3,  13 
omon  2,  37 
lebor  3,  34 
loscod  1 ,  1 1 
domon  3,  6 
hÉle  I,  1 
ithe  I,  3 
laithe  i,  8 
méte  1,15 
sûile  I,  25 
uile  I,  34 
dorigne  1,31 
arailc  i,  39 
atroille  2,  24 
regé  2,  26 
cosse  I,  7 

erbothaib  2,  20 

thœgat  3,  I 
dothaégat  i,  2 
co  taégat  2,  36 


crcitmi  3,  35 
desium  3,  23 
eitte  2,  10 
cethri  2,  14 
no-bemmis  3,  28 
slôg  2,  26 
chraind  2.,  7 

febas  1 ,  46 
muntoas  3,  5 
dûiias  3,  24 
gibud  2,  16 
étun  3,  36 
spir»/  3,  30 
diabul  3,  34 
immandechatar  2, 
denam  2,  3  3 
chucu  2,  23 
Isu  2,  24 
trummu  2,  38 
comartlia  3,  37 

soud  3,  56 
omun  3,  26 
lebur  3,  24 
loscud  2,  1 5 
domun  3,  35 
Eli  2,  4 
ithi  2,  7 
laithi  2,  12 
meiti  2,  19 
sûh  2,  79 
uile  2,  37 
doringni  2,  4 
alaile  2,  43 

rége  3,  19 
cosse  2,11 
richtaib  i,  30 
irbothaib  3,13 
diabuil  3,  2 
tecait  3,  32 
dothiagat  2,  41 
co  tecat  3,23 


30 


chrcitmc  3,33 
dcisim  3,  21 
cti  2,  4 
ceithri  2,  7 
no  bemis  3,  26 
sluag  2,  19 
chroind  i ,  i 
cf.  proicept  i,  47 
febus  1,  30 
muinterus  2,  48 
dunas  3,  21 
gabud  2,  9 
etan  3,  34 
sbirat  3,  29 
diabul  3,  32 
imandeachadar  2,  23 
denam  2,  26 
chucu  2,  17 
Issu  2,  17 
truma  2,  3 1 
comartha  3,  34 

soud  3,  34 
omun  3,  24 
lebar  3,  22 
loscadh  2,  8 
domun  3,  34 

ithi  2,  2 
laithi  2,  5 
meidi  2,  13 
suili  2,  22 
uili  2,  30 
dorigne  2,  27 
alaih  2,  36 
adroilli  3,15 
régi  3,  16 
coise  2,  3 
reciiraib  1,37 

diabuil  2,  43 
tecait  3,31 
dothiagad  i,  31 
co  tia^had 


Paris 

creidem  3,  32 
dcisim  3,  19 
eite  I,  32 
ceitri  i,  36 
no  bernais  3,  25 
slôgh  2,  10 
croinn  i,  28 

fcbhus  I,  16 

dunus  3,  19 
gabhadh  i,  38 
eda[n]  3,  33 
spiriit  3,  27 
diabhal  3,31 
imandechadur  2,  13 
dénum  2,  18 
chucha  2,  8 
Isa,  2,  8 
truma  2,  23 
comurtha  3,  33 
iarum  3,  16;  2,  38 
soud  3,  33 
Oman  3,  22 
leabur  3,  20 
loscadh  I,  37 
doman  3,  32 
Eli  I,  24 
ithe  I,  30 
laithi  I,  34 
meite  2,  3 
suili  2,  14 
uili  2,  22 
righni  2,  19 
alaile  2,  28 


coisi  1,33 
richtaibh  i,  20 
erbothaib  3,11 
diabhail  2,  38 
tegait  3,  29 
dothiaghait  i,  27 


364 

G.  DoUin 

Leabar  xa  hUidre 

Leixster 

Lecan 

Paris 

ui — ai— ce 

dùine  i,  10 

doene  2,  13 

daine  2.  7 

daine  i,  36 
dainibh  3,  24 

ce — oi  —ai 

doenib  3,  28 

doinib  3,  26 

oe — ae 

fôena  i,  38 

foena  2,  42 

foena  2,  34 

faena  2,  27 

daescor  2,  6 

doescar  3,  4 

descor  2,  47 

daesgar  3,  2 

toebaib  2,  35 

tôebu  3,  25 

toebu  3,  23 

taebha  3,  21 

do  thaet  5,  6 

do  thaét  3,35 

dothoet  3,  33 

dothaetii  5,  32 

oe— oi 

ôen  2,  9 

ôin  5,  7 

oin  2,  50 

ce— a 

ro-laeset  2,  21 

ro-laset  3,  i> 

ro-lased  3,12 

ro  lasat  3,  i i 

X — ai 

caera  i,  3 

câira  2.  7 

caera  2,  i 

caera  i,  28 

e— ea 

gela  1,49 

gelai,  35 

geala  i,  19 

nech  I,  15 

nech  2,  20 

neach  2,13 

nech  2,  3 

1res  2,  25 

très  3,  17 
aleth  2,  45 

très  3,  14 
a  leath  2,  37 

treas  3,13 

nemdaib  3,  19 

nemdaib  3,  38 

nemdaib  3,  36 

neamdaibh  3,  5 

airilten  i,  46 

airilten  i,  30 

airihean  i,  16 

fochen  i,  38 

fochen  2,  42 

fochean  2,  35 

fochen  2,  27 

ingen  2,  1 5 

ingen  3,  11 

ingeand  3,  5 

ingen  3,  7 

forcend  2,  8 

forcend  3,  6 

forceand  2,  49 

■ 

dered  3,  2 

dered  3,  53 

deread  5,  31 

e— ea  -  u 

gebes  3,  20 

gebes  3,  38 

gebeas  3,  36 

ghébus  3,  36 

iu  —  c 

doimniud  2,  18 

doimned  2,  12 

doimniugh  2,  2 

iu— e— ea 

dilgend  2,  14 

dilgiund  3,11 

dilgeand  3,  4 

dilghenn  3,  7 

iu  — 1 

milsiu  I,  4 

milsiu  2,  8 

milsi  2,  2 

raillsi  I,  29 

treisiu  i,  42 

treisiu  2,  46 

ireisi  2,  38 

treisi  2,  31 

aingliu  2,  41 

aingliu  2,  33 

aingli  2,  26 

ârchaingliu  2,  41 

archaingli  2,  33 

arcaingli  2,  26 

limsa  2,  1 

limsa  2,  47 

limsa  2,  39 

liumsa  2,31 

desium  3,  23 

deisira  3,  21 

deisim  3,  19 

ai— i 

chomaitecht  2,  i 

comaidecht  i,  40 

coimidecht  i,  22 

i — a 

int  2,  20 

ant  2,  10 

as  I,  35 

as  2,  38 

as  2,  31 

is  2,  I 

(in  a)  I,  16 

im  2,  20 

im  2,  14 

am  2,  4 

Une  voyelle  euphonique  est  intercalée  dans  le  groupe  rch  : 
airichill  L.  3,  29,  erechill  Lee.  3,  27;  cf.  airchill  P.  3,  25. 


Leabar  ka  hUidre 


consonaxtisme. 
Leixster 


Enôc  I ,  u 


»  -)•■ 


Lecax 


Enoc  1,38 
ec  3 ,  31 


Paris 


Énôg  I,  21 
ég  3,  29 


t-d 


t— tt 
s — ss 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel. 
Leabar  na  hUidre  Leinster  Lecan 


thaegat  3,  i 
timarcon  2,  12 
tcsorcain  1,21 

doimriiaircet  i,  6 

eirged  2,  2 
tùargit  2,  35 
daescor  2,  6 
can  I,  7 


méte  1,15 
elun  3,  14 
atrubairt  2,  40 
cretfe  2,  15 
dothsegat  i,  2 
taégat  2,  36 
atreset  2,  9 
taithmet  i,  50,  33 

cenco  beth  1,15 
do  asfénpha  i,  23 
do  thaisfénad  i,  24 

claidbebtair  3,15 
chrochtha  i ,  20 
pecda  1,13 
pardus  i,  i 
no-bid  1,31 
saich  I,  23 
taithmet  i,  30,  33 
titacht  I,  16 


thodérnamaib  i,  9 
tuidecht  i,  20 
erbada  2,  30 


Enoc  2,  38 

ette  I,  7 
cossa  I,  7 


tecait  3,  32 
timargain  3,  9 
tesarcain  2,  25 
teisairced  3,  12 
doimmairget  2,  10 
mairg  2,  50 
airced  2,  48 
tuarcit  3,25 
doescar  3,  i 
cen  2,  II 
teclam  2,  26 
comaitecht  2,  i 
meiti  2,  19 
étun,  3,  36 
atrubairt  3,  30 
chreitfes  3,  37 
do  thiagat  2,  6 
tecat  3,25 
atresat  3,  6 

apar  i,  43 
peth  2,  18 
doaspenfa  2,  27 
dothaspenad  2,  28 
roscôich  2,  37 
claidbebtair  3,  37 
chrochda  2,  25 
pectha  2,  17 
parduis  2,  4 
no  bid  2,  34 
saich  2,  28 
taithmet  2,  33,  36 
tetacht  2,  21 
sids.  3,  20 
do  imniud  2,  18 
thodérnamaib  2,  13 
thuidecht  2,  25 
erbada  3,  21 
nôeb  3,31 
oc  3,  7 
Enoc  3,  29 
roisc  2,  1 1 
eitte  2,  10 
cossa  2,11 


tecait  3,  31 
timarcain  3,  i 
tes[ar]cain  2,  18 
teasaircead  3,  6 
doimaircet  2.  4 
maire  2,  44 
eirced  2,  39 
tuaircid  3,  23 
descor  2,  47 
cen  2,  4 
teclam  2,  19 
comaidecht  1,41 
meidi  2,  13 
etan  3,  34 
adrubairt  3,  28 
creitfes  3,35 
dotliiagad  i ,  51 
tecaid  3,  23 
attresad  2,  49 

abar  i,  26 
beith  2,11 
doaspenfa  2,  20 
dothaisbenad  2,  21 
ruscaig  2,  30 
claithfither  3,  35 
chrochda  2,  18 
pecda  2,  10 
parduis  i,  46 
no  bid  2,  27 
saith  2,  21 
taithmeach  2,  27,  29 
tethacht  2,  14 
sidi  3,   18 
do  imned  2,11 
thodérnamaib  2,  6 
tuideachd  2,  18 
erbaga  3,19 
noeb  3,  29 
oc  2,  50 
Enoc  3,  27 
roisc  2,  5 
eti  2,  4 
cosa  2,  4 


365 
Paris 

tegait  3,  29 
timargain  3,  5 
tesargain  2,  9 
tesairged  3,  8 
do-n-imairget  i,  32 
mairg  2,  34 
airgedh  2,  32 
tuairgit  3,  21 
dhaesgar  3,  2 
gin  I,  32 
teglam  2,  10 
coimidecht  i,  22 
meite  2,  3 
eda[n]  3,  33 
atrubfl/Vt  3,  27 
creidfes  3,  34 
dothiagait  1,  27 
tecait  3,  21 

taithmedh  2,  18,  21 

beith  2,  2 
thaisbenfas  2,  12 
dothaispenadh  2,  13 
roschaich  2,  22 
claidhfidher  3,  34 

pecdae  i,  39 
parrthais  1,2$ 
no-bith  2,  19 
saith  2,  12 
taithmedh  2,  21 
doigecht  2,  4 
sige3,  16 
doimniugh  2,  2 
thoigernaib  i,  35 
taigecht  2,  9 
erbaiha  3,  17 
nœm  3,  27 
occ  3,  5 
Enôcc  3,  26 
roiscc  I,  33 
eite  I,  32 
cosa  1 ,  3  2  ;  2 ,  15 


Revue  Celtique,  XXI. 


566 

G.  Dottin. 

Leabar  xa  hUidre 

Leixster 

Lecax 

Paris 

ais  I,  20 

aiss  2,  24 

ais  2,  17 

ais  2,  7 

f-fï 

ififirn  2,  32 

ifirn  2,  25 

ifrin  2,  17 

r— rr 

torsi  2,  2 

toirrsi  i,  22 

pardais  i,  47 

parrdais  1,32 

parrtuis  1,17 

1-11 

milsiu  I,  4 

milsiu  2,  8 

milsi  2,  2 

millsi  I,  29 

1— r 

or  I,  37;  ar  38;  or  39 

ol  2,  43,  or  2,  45 

or  2,  38,  ol  2,  36,  or 

ol  2,  30,  or  2,  2), 

ai 

ar  41 

2,  37 

2,  22 

m  -  mm 

tromma  2,  i 

troma  i,  39 

throma  1,21 

namm.i  i,  14 

nammâ  2,  18 

naraa  2,  11 

nama  2,  i 

etromma  i,  49 

etroma  i,  35 

etromma  i,  19 

bemmis  3,  28 

bemis  3,  26 

bemais  3,  25 

n  — nn 

pêne  2,  26 

pêne  3,  18 

pêne  3,  16 

peinne  3,  14 

En  dehors  de  ch,  th,  pb,  qui  appartiennent  déjà  à  l'ortho- 
graplie  du  vieil-irlandais,  l'aspiration  est  assez  régulièrement 
marquée  dans  P.  : 

dh\  oslaicidh  i,  31  ;  scibedh  i^  32;  loscadh  i,  37;  cidh  2,  i; 
gradhaibh  2,  5  ;  guidhetar  1,15;  coimdhi  1,15;  aerdha  i,  19; 
criadh  i,  21;  cepdha  i,  21;  conidh  i,  23;  thoraidh  i,  28; 
mescdha  r,  29;  bidh  2,  10;  taithmedh  2,  21;  Adhaim  3,  9; 
tuidhechta3,  12;  diaidh  3,  13;  claidhiidher  3,  34. 

hh\  sliabh  i,  36;  ingabhadh  i,  38;  beraibh  2,  36;  diabhal 
3,  31;  Debhi  3,  17;  taebha  3,  21. 

f;h:  doragha  2,  8,  25;  3,  3;  eterghleô  3,  i;  thoighernaibh 
1,35;  taighecht  2,  9;  dilghenn  3,7. 

mh:  demhon  2,  18;  claidhimh  3,  36;  làmha  2,  27. 


Elle  est  très  rarement  notée  dans  Lee.  : 
dh:  loscadh  2,  8;  claidfidhcr  3,  32. 
gh:  tiaghad. 

On  n'en  trouve  pas  d'exemple  dans  U.  ni  L. 
Il  en  est  de  même  de  l'aspiration  en  composition  syntac- 
tique  : 

toirrsi  mhor  P.  i,  23  ;  laim  dheis  P.  2,  20. 
con-a-dhaesgar-s/?;a^  P.  3,  3. 
no-bheth  P.  2,  4. 


Les  deux  Chagrins  du  Royjume  du  Ciel.  367 

ro-bhlais  P.  3,  28. 
a-mhaith  P.  2,  29. 

L'emploi  de  /;  devant  une  initiale  vocalique  après  les  parti- 
cules qui  produisent  aspiration  est  assez  fréquent  dans  les 
quatre  manuscrits:  im  haïunanna  P.  i,  18;  Lee.  i,  34;  na 
hanmand'L.  i,  48;  na  hcoin  P.  i,  27;  Lee.  i,  51;  L.  2,  6; 
doua  hanmanua'ibh  P.  i,  26;  dona  hannmndaib  Lee.  i,  49;  co 
haingli  P.  2,  25  ;  fo  hainglin  Lee.  2,  33  ;  ^^  holc  U.  r,  40. 

Il  y  a  quelques  exemples  d'interversion  :  coitsccht  P.  2,  17; 
coistecht  U.  i,  28;  Lee,  2,  25  ;  alnibmtar  U.  i,  25  ;  aturbratur 
P.  2,  14;  doragalar  Lee.  i,  27;  cf.  rogadafarL.  1,  44;  rtJf- 
bladLec.  2,  50;  cf.  atbelat  L.  3,  7;  arambriih  L.  r,  45;  am- 
^'/V/?  Lee.  I,  28;  arniabrcith  P.  i,  15;  iffenid  U.  2,  8;  /^t'r» 
L,  3,  6;  ifreiid  Lee.  2,  49;  //)y//J  P.  3,  4. 


DECLINAISON. 

1.  La  forme  du  nominatif  a  remplacé  la  forme  de  Taccusatif 
dans  coitndhi  P.  i,  15  r:=  coinide;  cf.  comdid  L.  i,  45  ; 

2.  Le  datif  tend  à  se  confondre  avec  l'accusatif:  fo  crann 
P.  I,  25,  d.  fo  chrund  U.  i,  i;  L.  2,  4;  Lee.  r,  46  ;  fo  crunn 
F.  r,  12;  sa  corpV.  2,  38,  cf.  ass  a  churp  L.  3,  2,  as  a  churp 
Lee.  2,  45. 

3.  Le  génitif  de  cretem  est  remplacé  par  l'accusatif:  do  tba- 
bhairt  creideni  P.  3,  32,  cf.  ^0  tabairt  cretiiic  U.  3,6;  ciritini 
L.  3,  35;  chreitmeLec.  3,  33;  chreittme  F.  4,  3. 

Le  mot  W^  jour,  offre  les  formes  suivantes  : 
nominatif-accusatif:  là  L. 
oénitif  :  laithe,  lathe 
datif:  là  U. 


?68  G.  Doltin. 

La  désinence  -a  du  nominatif  pluriel  de  la  première  décli- 
naison s'étend  à  d'autres  déclinaisons:  hamnanna  P.  r,  i8; 
F.  I,  5;  hanmanna  F.  3,  16;  aumanna  P.  3,  12;  anmanda 
Lee.  3,  15,  cf.  haumaud  U.  2,  24;  L.  i,  48;  Lee.  i,  34;  L. 
3,  16. 

L'«  de  l'accusatif  pluriel  devient  a:  tôehii  L.  3,  25;  Lee.  3, 
23;  taibiu  F.  3,  27;  taehha  P.  3,  21  ;  gnimii  U.  i,  23  ;  L., 
2,  27;  gnima  Lee.  2,  21;  P.  2,  12. 

Il  en  est  de  même  de  1'//  du  vocatif:  hrithcmnii  U.  r,  35; 
L.  2,  38;  hrethemniii  Lee.  2,  30;  bretheaiiinaV.  2,  22. 

La  désinence  du  pluriel  des  adjectifs  oscille  entre  a  et  ai  : 
cepdai  L.  2,  i  ;  Lee.  i,  10;  ccpthai  F.  i,  18;  cepdha  P.  i,  21. 

La  forme  du  nominatif  est  emplovée  au  datif  dans  une  énu- 
mération  de  noms  au  datif:  firV.  2,  y,  ferai b  U.  i,  17;  L., 
2,  22;  Lee.  2,  15;  F.  I,  31. 

Au  génitif:  nan  anmanda  Lee.  3,15;  nan  anmand  U.  2,  24; 
na  hanmand  Lee.  3,  16;  airbrib  àrchaingel  U.  2,  30;  P.  3,  17; 
ârchangelL.  3,  21;  archaingil  Lee.  3,  19;  arcboingilY.  3,  22. 

A  l'accusatif:  co  haingli  7  arcaingli  P.  2,  26;  haingliu  7  ar- 
chaingULec.  2,  33  ;  aingliu  7  àrchaiùgliu  L.  2,  41  ;  F.  2,  20. 


COMPARATIF. 

La  désinence  du  comparatif  -»  est  devenue  -0:  7;/«^(?  U.  i, 
4;  et  a:  mesca'LQC.  2,  2;  ce  comparatif  est  décliné  d'après  les 
thèmes  en  -«dansL.:  mescai  L.  2,  8;  F.  i,  16,  au  nominatif 
pluriel;  tnimma  U.  i,  35;  L.  2,  38;  inima  Lee.  2,  32;  P. 
2,  24;  iruniai  F.  2,  18. 

Le  complément  du  comparatif  est  introduit  par  andà  U.  i, 
36;  na  Lee.  2,  31;  /?zrtj  P.  2,  23. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  569 


ADJ  ECTIFS-PRONOMS . 

I.  Le  nom  de  nombre  deux  a  la  ïorme  da  L.  i,  43  ;  F.  i,  i 
et  do  Lee.  i,  25. 

On  trouve  cach  fin  U.  1,5;  L.  2,  8;  Lee.  2,  2  et  cech  fin 
P.  I,  30;  F.  I,  16;  cach  mil  U.  r,  4;  L.  2,  8  et  ccch  mil  P. 
I,  29;  F.  I,  16;  cacl)  nik  U.  i,  30;  L.  2,  34;  Lee.  2,  27  et 
cech  uilc  P.  2,  19;  do  neoch  U .  i,  13  ;  L.  2,  16;  F.  i,  25  ;  Jo 
neachLec.  2,  10;  mr/;  U.  i,  15;  L.  2,  20;  F.  i,  28  eineach 
Lee.  2,  13. 

Les  affixes  démonstratifs  ont  des  formes  variées  :  on  trouve 
-som  et  sani:  leo-soin  L.  2,  2;  Lee.  i,  42;  -saw  P.  r,  23  ;  -se, 
-sin,  -sea,  -si  :  fr-sea  U.  i,  36;  fir-seL.  2,  39;  fir-sin  Lee.  2, 
^2  ;fîr-siF.  2,  24;  -j^^  -jo  :  cterglcod-sa  U.  2,  5;  e'.ergleodh-sa 
Lee.  2,  46  ;  etargkod-sa  L.  3,  3  ;  eterghkô-so  P.  3,  i. 

iarsiiidiu  L.  2,  9  ;  Lee.  2,  3;  P.  i,  31;  /^^/Wt'  U.  1,6;  /^i-m 
L.  2,  10;  Lee.  2,  3  sont  synonymes. 

cia-d-e  U.  i,  35;  Lee.  2,  31;  F.  2,  17;  cad-e  L.  2,  38; 
^«z7  P,  2,  23,  sont  synonymes. 

L'h  de  a;/,  leur,  s'assimile  à  /:  allàina  L.  2,  30;  alàma  U. 
I,  26  ;  Lee.  2,  23  ;  P.  2,  15;  F.  2,  8;  à  /;/:  ammarbad  U.  2, 
14;  amarbad  L.  3,  11;  Lee.  3,  3  ;  P.  3,  6;  F.  3,  9  ;  ammac 
U,  2,  15;  âf//wc  L.  3,  II;  F.  3,  10;  am  martra  U.  2,  39; 
amartra  P.  3,  27;  Lee.  3,  28;  L.  3,  30;  ^z  martrai  F.  3,33. 


Le  nominatif  pluriel  masculin  ind  est  remplacé  par  na:  na 
heôin  L.  2,  6;  Lee.  i,  51;  P.  i,  27;  cf.  ind  coin  U.  i,  3  ;  F. 
I,  14;  ind  coin  L.  3,  27;  na  heoin  Lee.  3,  25;  F.  3,  29;  ^7;/ 
fc'om  P.  3,  23  ;  par  âi/^  :  a}i  coin  P.  3,  23  ;  cf.  ind  coin  U.  2,  34; 
L.  3,  24;  Lee.  3,  22. 

On  trouve  in  ni  P.  2,  15  ;  F.  2,  8  ;  a;z  )ii  Lee.  2,  23  ;  ani 
L.  2,  30. 

Au  génitif  singulier,  on  a:  ind  fir-sin  L.  2,  44;  ind fir-se 
Lee.  2,  39;  in  fir-sin  P.  2^  29. 


570  G.  Dotîin. 


PRONOMS   PERSONNELS. 


On  trouve  quelques  exemples  de  pronoms  infixes  : 

{Jo-s-fucU.  2,  19;  L.  3,  14;  Lee.  3,  10;  P.  3,  10;  do-sn-ucc 
F.  3,  13. 

cou  da-s-fil  U.  2,  19  ;  conda-d-fil  Lee.  3,11;  conda-t-fil  L.  3, 
15;  con-a-t-filV.  3,  10  ;  con-a-fil'Ç.  3,  14. 

ro-t-hia  L.  2,  50;  ro-d-bia  Lee.  2,  41  mais  ro-/'/a  P.  2,  34. 

ro-t-mairg  L.  2,  49;  P.  2,  34;  ro-t-mairc  Lee.  2,  41.  Cf. 
ro-t-mair?-si  deside  dans  le  Glossaire  d'Atkinson. 

o 

do-d-raega  U.  2,  7;  Lee.  2,  48.  Cf.  dorôigaiL.  3,  5. 

On  trouve  eneore  dans  F  ro-ît-reghas  7  ro-d-la  3,  3,  4;  ef. 
ro-l-la  Lee.  2,  48. 

Voiei  les  formes  des  pronoms  unis  aux  prépositions  : 

I"  p.  sg.  ciicam-sa  U.  i,  39  ;  L.  2,  43  ;  P.  2,  28;  chucam-sa 
Lee.  2,  35  ;  cugam-sa  F.  2,  22;  —  liin-sa  U.  2,  i;  L.  2,  47; 
Lee.  2,  39;  F.  2,  26;  lium-sa  P.  2,  31. 

2^-  p.  sg.  duit  U.  I,  38;  L.  2,  42;  Lee.  2,  35;  P.  2,  27; 
J/////  F.  2,  22. 

3^  p.  sg.  dc-sinV.  i,  24;  —  ^fc^  U.  i,  34;  L.  2,  34;  F.  2, 
16;  P.  2,  22;  —  fair  U.  3,  15;  L,  3,  36;  Lee.  3,  35  ;  F.  4, 
5;  P.  3,  34;  — /mU.  3,  4;L.  2,42;  Lee.  2,  34;  F.  2,  21; 
P.  2,  27;  —  lais-seom  U.  3,  16;  /m  L.  3,  37;  Lee.  3,  35; 
F.  4,  6;  P.  3,  35  ;  —  leisidc  U.  3,  3  ;  lasside  L.  3,33;  Jaside 
Lee.  3,32;  laissidbe  F.  4,  i  ;  P.  3,  30;  -  iiiiiiii  L.  3,  i  ;  /wwf 
Lee.  2,  44;  ////»fc'  P.  2,  37. 

f^  p.  pi.  /t'//-;z6'  U.  I,  40;  F.  2,  24;  h')i-iii  L.  2,  44;  ////-;// 
Lee.  2,  37;  liiine  P.  2,  29. 

3*=  p.  pi.  iiô/Z'  U.  I,  9;  Lee.  2,  6;  doibh  P.  i,  34;  tv^/A  U. 

2,  36;  esib  Lee.  3,  23  ;  essib  F.  3,  26;  «//Y?  L.  3,  25  ;  eistibh 
P.  3,  20;  - —  dib  Lee.  3,  9;  dibb'P.  3,  9;  F.  3,  13;  —  r/;/7r// 
U.  I,  19  ;  L.  2,  23  ;  Lee.  2,  17;  chiicha  P.  2,  8  ;  cuca  F.  2,  i  ; 
—  forroU.  I,  20;  forra  F.  2,  2;  — /n//  U.  i,  7;  L.  2,  10; 

3,  4;  Lee.  2,4;  2,  47;  P.  I,  32;  3,2;  F.  i,  19;  iiiipuL. 
I,  49;  Lee.  1,36;  it)ipa  F.  1,6;  umpii  P.  i,  19;  —  leo-soin 
L.  2,  2;  Lee.  i,  42;  F.  i,  10;  Ico-sam  P.  i,  23. 


Les  diux  Chiiiitins  du  Royaume  du  Ciel.  371 

En  combinaison  avec  les  adjectifs  possessifs  on  a  lia  L.  2, 
48;  /m  Lee.  2,  40;  la?.  2,  32  ;  làV.  2,  2;  F.  2,  27. 

L'ancien  pronom  de  La  3'-"  p.  pL  é  est  conservé  dans  conid  at 
é  U.  3,  21  ;  conid  é  sein  F.  4,  8;  cf.  condat  iat  Lee.  3,  37. 


CONJUGAISON. 

1.  Les  formes  enclitiques  ou  dépendantes  s'échangent  avec 
les  formes  indépendantes:  dofuarcbhat  ¥ .  3,  26;  luairgitl*.  3, 
21;  aberther  P.  i,  14;  cf.  fl!/)ar  L.  i,  43;  appar  F.  i,  i; 
abar  Lee.  i,  26;  thaisbenfas  P.  2,  12  et  doaspcnfaL.  2,  27; 
Lee,  2,  20;  doaisenfa  F.  2,  5, 

On  trouve  quelques  formes  relatives  :  rottregas  F.  3,  3. 
L'impersonnel  remplace  la  3^  p.  plur.  :  caera  ata  miUsi  P. 

1,  29;  cf.  at  U.  I,  4;  lasim-bia  pccdae  P.  i,  39,  cf.  lasam-biat 
L.  2,  16  ;  Lee.  2^  10;  na  heoin  doni-sin  Lee.  3,  25  ;  dogniat  sin 
L.  3,  27;  P.  3,  23  ;  dogniatt  F.  3,  29. 

2.  Les  formes  absolues  remplacent  les  formes  conjointes  à 
la  3^  p.  pi.  :  atàit  P.  i,  18,  cf.  ataat  L.  i,  48;  Lee.  i,  34; 
attat  F.  I,  5  ;  dothiagait  P.  i,  27;  cf.  dotbiagat  L.  2,  6;  do- 
thiaghatt  F.  r,  14;  dothiagad  Lee.  i,  51;  co  tecaid  Lee.  3,  23; 
co  tecail  P.  3,21;  cf.  co  taégat  U.  2,  36;  ro  toa/  L.  3,  25  ;  do- 
herait  P.  3,  20,  cf.  doberatU.  2,  34;  L.  3,  24;  Lee.  3,  23  ; 
it  héL.  I,  15;  (^/  U.  I,  4. 

L'impératif /rt/r_,  iairr  est  conservé  dans  L.  2,  43;  Lee.  2, 

35;  F-  2,  22. 

A  l'impératif  2^  p.  pi.,  on  emploie /4''^7/W  U.  i,  34;  deccaid 
L.  2,  37  et  dechaid  P.  2,  22  ;  Lee.  2,  30. 

On  trouve  les  deux  prétérits  en  -/ :  at-ru-bali  U.  2,  18; 
attrubaltL.  3,  12;  adbathLec.  3,  9;  atbathV.  3,  9;  L.  3,  13. 

Le  vocalisme  du  parfait  n'est  pas  conservé  dans  ro-guidhetar 
P.  r,  15,  cf.  TO-gadatarL.  i,  44;  Lee.  i,  27;  rogaltadar  F.  r,  2; 
atchonnarcatàr  U .  i,  25  est  devenu  atconcatur  P.  2,  13;  fl/- 
choncatar  L.  2,  29;  atchondcadar  Lee.  2,  22  ;  attchoncadur  F. 

2,  6  ;  ra-/^/  U.  2,  7  est  devenu  ro-là  L.  3,5;  /o/Aï  Lee.  2,  48; 
m//rf  F.  3,  4;  /â  P.  3,  3. 

La  désinence  de  la  3'^  p.  pi.  du  prétérit  en  j  est  indifférem- 


)/• 


G.  Dottin. 


ment  -et  ou  -at:  ro-scichset  L.  3,  3;  rosoichsead  Lee.  2,  46; 
roschichsatV.  3,  i;  ro-lâset  L.  3,  16;  ro-lased  Lee.  3,  12;  ro- 
/rti'a//  F.  3,  16.  On  trouve  la  désinence  déponente  dans  F.  : 
roLrsittar  3,  6-7;  cf.  roIasatV.  3,  4. 

La  désinence  -ar  du  passif  est  remplacée  par  -iJjar:  alberthar 
Lee.  3,  27,  cf.  asberar  U.  2,  38;  L.  3,  29;  F.  semble  présenter 
le  pluriel  asbertar  3,  32;  à  la  troisième  personne  plurielle  du 
déponent,  on  a  -tar  et  -tur:  atchonnarcaîàr  U.  i,  25;  atchon- 
catar  L.  2,  29;  atchondcadar  Lee.  2,  22  ;  atconcatur  P.  2,  13  ; 
attchoncadur  F.  2,  6;  afrubratarL.  2,  29;  adiibratarLec.  2,  22; 
atdiibradur  F.  2,  7;  atitrbratiir  P.  2,  14;  iinàndechatar  \3 .  r, 
27;  immandechatar  L.  2,  30;  iniamimcbadarLec.  2,  24;  //;;^7;ï- 
dechadiirV.  2,  15;  F.  2,  6. 


La  caractéristique  du  futur  passif  pluriel  est  conservée  dans 
claidbebtair  U.  3,  3  qui  est  devenu  daidbiîer  L.  3,  34.  Cette 
forme  est  remplacée  par  claifittir  F.  4,  2  et  par  l'impersonnel 
ordinaire  :  claidfidherLec.  3,  32;  cf.  claidbebtair  U.  3,  15  ;  L.  3, 
37;  claithfiiber  Lee.  3.  35;  cJaidhfidher  P.  3,  34;  cloidmhither 
F.  4,  6.  " 


Le  futur  do-reg-,  do-rag-  mélange  dans  nos   manuscrits  ses 
formes  avec  celles  du  prétérit  do-roega  : 


dorroéga  1,19 

doraga  i,  39 
ragaid  i,  42 
doréga  2,  2 
do-d-rcega  2,  7 
dorôega  2,  27 
ragait  2,  27 


L. 
doraiga  2,  23 
dorôiga  2,  40 
doraga  2,  45 
regaid  2,  47 
dorôiga  2,  48 
dorôigai  3,  5 
dorroega  3,  20 
regalt  3,  20 


Lec. 
dorega  2,  16 
dorega  2,  33 
dorega  2,  35 
regaid  2,  39 
doroega  2,  40 
do-d-ra;ga2,4S 
dorega  3,  17 
ragait  3,   17 


P.  F. 

doraglia  2,  8  dor:Egha  2,  i 

doragha  2,  25  doraghoi  2,  19 

doragha  2,  28  dorega  2,  22 

ragad  2,  31  [rag]ait  2,  26 


doraga  2,35 
doragha  3,  3 
doraga  3,  16 
ragait  3,  16 


doreghait  2,  27 
rottreghas  3,  3 
dorreghai  3,  20 
raghaitt  3,21 
doreghait  3,  ;2 


Quelques  infinitifs  en  -ad,  -iid  cèdent  la  place  à  des  infinitifs 
en  -ugad,  -ugud:  imràdiid  U.  i,  15;  L.  2,  20  ;  imradad 
Lec.  2,  13  ;  imradhadh  F.  i,  29  ;  iniradugud  P.  2,  4. 


Les  di'Lix  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  373 


PREPOSITIONS. 


i)  On  trouve  na  a  côté  de  ina:  ina  corpaib  Lee.  i,  28;  na 
corpaib  L.  i,  45  ;  P.  i,  15  ;  F.  1,2;  ma  et  ima:  ma  cuairt  L. 
I,  50;  Lee.  I,  36;  ima  cuairt  V.  i,  19. 

/  ?i-  alterne  avec  a  n-:  ir  richtaih  L.  i,  50;  /  rechtaib  Lee. 

1,  37;  a  richtaihb  P.  i,  20;  1';^  s'assimile  à  r:  ir  richt  U.  3,  4; 
L.  3,  34;  irichl  Lee.  3,  32;  P.  3,  31;  hirricht  F.  4,  2;  à  w: 
im-niiicht-sa  Lee.  2,  35  ;  i-mucht-sa  L.  2,  43  ;  am-nihucht-sa  F. 
2    22 . 

2)  /'/;/  U.  I,  10;  immon  L.  2,  14;  Lee.  2,  8;  P.  i,  36;  /w 
a  pour  équivalent /o  :/^7  cuairt  F.  1,7. 

3)  On  trouve  can  scihud  U.  1,7;  r^';/  scifud  L.  2,  11  ;  cen 
scith  Lee.  2,  4  et  o-f/ï  scibedh  P.  i,  32. 

4)  /or  est  remplacé  par  ar  :  for  a  chenu  F.  2,  21. 

5)  fri  est  remplacé  par  rt'_,  n:  /nVï  ^/jU.  r,  20;  re  ais  L.  2, 
24;  riaaisP.  2,  7;  Lee.  2,  17;  F.  2,  2. 

6)  do  devient  da  dans  J^/  digail  P.  2,  7  ;  cf.  Jo  digail  U.  i, 
20;  L.  2,  24;  Lee.  2,  18;  do  dighailV.  2,  2. 

On  a  dia  to[or]ra/;î  U.  i,  21;  Lee.  2,  18;  F.  2,  3  et  fl'fls  /j- 
sarcain  L.  2,  25  ;  P.  2,  9. 

7)  mr  est  remplacé  par  ar:  iarn  inithoJtain  U.  2,  21  ;  ar 
iiutholtain  L.  3,  16;  Lee.  3,13. 

8)  oc  est  synonyme  de  la  dans  oc-aiii-biat  U.  i,  13  ;  occ-ani- 
biattY.  r,  26  ;  la-saiii-biat  L.  2,  16;  Lee.  2,  10;  la-siiii-bia 
P.  I,  39;  on  en  trouve  les  variantes  plionétiques  ic,  ag  :  ic  gà- 
rigudL.  3,  i;  ic gairiiidh  P.  2,  37;  ag garibLec.  2,  44. 

CONTOXCTIONS 

fl^fi/Wt'  s'échange  avec  daiia  et  ^//W///  :  dcside  U.  r,  3  i  ;  dana  L. 

2,  45;  F.  2,  24;  —  fl'^j/Wc  U.  2,  2;  Jrt;/(7  L.  2,  48;  ^/Wm  P. 
2,  32  ; 

didiii.  s'échange  avec  dana:  dana  U.  2,  i  ;  L.  2,  47;  F. 
2,  26;  didiii  Lee.  2,  39;  P.  2,  32; 

iarnni  L.  i,  48;  Lee.  i,  34;  P.  i,  18;  est  remplacé  par 
didiii  F.  I,  5  ;  on  a  de  même  iaroni  U.  r,  21  ;  didin  L.  2,  26; 


^74  ^'  Doliin. 

Lec.  2,  19;  P.  2,  10 ;  F.  2,  3  ;  —  iarom  U.  i,  36;  didiu  L. 

2,  40;  Lec,  2,  33;  P.  2,  25  ;  dana  F.  2,  19;  —  iarom  U. 
3,2;  JïW///  F.  3,  36. 

immorro  U.  2,  4;  F.  3,  i;  est  remplacé  par  ianun  L.  3,  3; 
Lec.  2,  46;  P.  2,  38;  —  de  même:   immorro  U.  2,  27;  F. 

3,  20;  /«n/w  L.  3,  19;  Lec.  3,  17;  P.  3,  16;  —  iarom  U. 
2,  37;  L.  3,  29;  Lec.  3,  27;  P.  3,  25  ;  immorro  F.  3,  31; 

/m  U.  2,  31;  P.  3,  17;  F.  3,  23  ;  s'échange  avec  didiu 
Lec.  3,  19. 

En  général  les  particules  de  coordination  "sont  plus  fré- 
quentes dans  U.  et  L.  que  dans  les  autres  manuscrits. 

amal  U.  2,  33;  L.  3,  23  ;  Lec.  3,  21;  P.  3,  19  est  rem- 
placé par  anlan  F.  3,  25 . 

audâ  U.  I,  36;  inas  P.  2,  23  est  remplacé  par  na  Lec.  2,  3 1  ; 
nacb  L.  2,  39  ;  no  F.  2,  18. 


§  IV.  —  L'ÉDITION  DU  Dâ  Brou  flatha  nimc. 

Pour  établir  notre  édition,  nous  avons  un  texte  assez  ancien, 
U.,  qui  date  du  \f  siècle  et  qui  est  le  seul  représentant  d'une 
de  nos  fomilles  de  manuscrits.  L'autre  famille  est  constituée 
par  des  manuscrits  plus  récents,  L.  (xii^  s.),  Lec.  (jiw^  s.), 
F.  (xV  s.),  P.  (xv^  s.).  Le  plus  souvent  la  rédaction  conservée 
par  U.  est  plus  correcte  et  plus  complète.  Mais  si  sur  quel- 
ques points  L.,  Lec,  F.,  P.  semblent  avoir  ajouté  au  texte 
primitif  des  réflexions  morales  étrangères  au  récit,  par  exemple 
p.  382,  1.  Set  p.  384,  1.  13,  sur  d'autres  points  cette  flimille 
de  manuscrits  comble  des  lacunes  évidentes  de  U.,  par  exemple 
p.  3S0,  1.  14,  sans  parler  du  commencement  de  la  pièce  qui 
manque  dans  U. 

Nous  avons  pris  pour  base  le  texte  de  U.  et  nous  avons  re- 
levé en  note  toutes  les  variantes  de  L.,  Lec,  P.,  F.  qui  inté- 
ressent le  sens.  Les  plus  importantes  de  ces  variantes,  c'est-à- 
dire  les  phrases  qui,  conservées  par  L.,  Lec,  P.,  F.,  ne  se 
trouvent  pas  dans  U.,  sont  introduites  dans  le  texte,  sous  la 
forme  qu'elles  présentent  dans  L.  Toute  variante  importante, 


Les  deux  Cliaoïins  du  Jioy.iumc  du  Ciel.  375 

mais  non  attestée  par  l'ensemble  des  manuscrits  de  la  seconde 
classe  est  entre  crochets.  Il  est  facile  de  distinguer  l'apport  de 
L.,  Lee,  P.,  F.;  le  texte  de  U.  étant  en  elzévir  et  le  texte  des 
autres  manuscrits  en  romain  ordinaire. 

Nous  n'avons  développé  en  italiques  les  abréviations  des 
manuscrits  que  là  où  la  valeur  de  ces  abréviations  était  dou- 
teuse; c'est  le  cas  pour  la  barre  horizontale  qui  représente  sou- 
vent n,  mais  aussi  toute  autre  chose,  et  pour  s  qui  se  traduit 
souvent  par  acht  mais  quelquefois  aussi  par  sed. 

Dans  la  traduction  française,  tous  les  passages  qui  ne  se 
trouvent  pas  dans  U.  sont  entre  crochets. 


376  G.  Dotiin. 


TEXTE 


DA  BROX   1-LATHA  XIME. 


Cid^  aran  apar  brôn  in  nim?  "Sïnsa.  Eli  7  Enôc  ro-gadatar 
in-  comdid  ar  am  brith3  na  corpaib  dochum4  ninie  ;  Ia> 
febas  d'idiii  an  arilten  fri^  Dia  for  talmain?  ructha  dochum 
pardais  in  a  corpaib  criad.  Ataat  inni/n^  na  hanmand  gela, 
glana,  etroz/zma,  aérda,  [tanaide  9]  impii  'ma  cuairt  [or  lua- 
main  Ir  richtaib  angel.  Atat-som  im///o/7'0'°  i.  Eli  7  Enoc  in  a 
corpaib  c/iad,  tromma,  cepdai,  7  [na]''  conétat  comaitecht. 
Is  brôn  7  torsi^^  uiôr  leo-som  on  '3  cen  chomaitecht  nan  angel 
condat  é  sin '4  dà  bron  flatbn  nime. 


Téhd'idin  hÉle,  combi  fo  chrund  bethud  hi  pardus'5,  7  sos- 
céla  in  a  Idim,  do  phrocept  do  na  bénaib  ut -^  [7  do  anma«- 
naib  in  parf/«/s] '7.  Dothaégat  iarom  ind  éoin'^;  combit  oc 
itbe  cbsér^9  in  chraind.  Caèra^°  mora  dana-^  sin --  at-'  milsiu 


1.  Cid  aran  ...  liEle  manque  dans  U.  ;  nous  donnons  le  commencement 
de  la  pièce  d'après  L. 

2.  doragatar  don  Lee.  ro  gauadar  do  crisd  F. 

3.  manque  Lee.  F. 

4.  for  neimh  F. 

5.  ri  F. 

6.  fria  P. 

7.  f;i  crist  (or  na  talman;iaib  Lee.  fri  cr/j7  (or  nz  talmanaibh  F. 

8.  didiu  F. 

9.  F.;  manque  L.  Lee.  P. 

10.  manque  F. 

11.  Lee.;  no  L.  P.  7  attaroet  eomhaideeht  F. 

12.  is  toros  Lee. 

I  3.  manque  Lcc.  toirsi  on  leosom  sin  F. 

14.  sin  manque  Lee.  conidii  de  sin  atâ  P.  conidh  hé  sin  F. 

15.  fochrund  parduis  L.  fo  chrund  parduis  Lee.  fo   cran«  parrtli  is  P.  fo- 
crun«  parthais  F. 


Les  deux  Ch^igrins  du  Royaume  du  CieL  }-j-j 


TRADUCTION 


LES  DEUX   CHAGRINS  DU   ROYAUME  DU   CIEL. 

Qu'appelle-t-on  chagrin  dans  le  ciel  ?  Ce  n'est  pas  difficile  [à 
dire].  Elie  et  Enoch  demandèrent  au  Seigneur  d'être  enlevés 
au  ciel  dans  leur  corps;  à  cause  donc  de  la  perfection  de  leur 
mérite  à  l'égard  de  Dieu  sur  la  terre  ils  furent  emportés  au 
paradis  dans  leurs  corps  d'argile.  Puis  les  cames  blanches, 
pures,  légères,  aériennes,  [minces]  les  environnent  en  volant^ 
sous  la  forme  d'anges.  Ils  sont  donc,  Elie  et  Enoch,  dans 
leurs  corps  d'argile,  lourds,  massifs  ^  et  ils  ne  peuvent  les  ac- 
compagner. Ils  ont  un  grand  chagrin  et  une  grande  tristesse 
de  ne  pas  accompagner  les  anges,  en  sorte  que  c'est  cela  qui 
est  les  deux  chagrins  du  royaume  du  ciel. 

Elie  va  donc  en  sorte  qu'il  fut  sous  l'arbre  de  vie  dans  le 
paradis  avec  l'évangile  dans  sa  main  pour  prêcher  ces  oiseaux' 
là  [et  les  âmes  du  paradis].  Puis. les  oiseaux  viennent,  en  sorte 
qu'ils  sont  à  manger  les  baies  de  l'arbre.  Or  ce  sont  de  grandes 
baies,  qui  sont  plus  douces  que  tout  miel  et  plus  enivrantes 


1.  for  liiamain.  Cf.  Windisch,  Irische  Texte,  I,  p.  136, 1.  29. 

2.  cepdai  dérivé  de  cep,  mod.  ceap,  du  latin  cippus. 

3.  Sur  les  âmes  sous  forme  d'oiseaux,  cf.  Wh.   Stokes,  Revue  Celtique, 
t.  II,  p    200. 


16.  manque!^.  Lee.  P.  F. 

17.  L.  ;  7  do//a  hethaitib  7  do  na  hanmandaib  Lee.  7  do//a  hanmannaibh 
fil  a  parrtus  P.  7  do  na  ho^nmaiinaih  in  parthais  F. 

18.  na  heoin  L.  Lee.  P.  do  thiagliatt  i;;d  eoi//  iarum  F. 
ig.  toraid  L.  na  cser  Lee.  thoraidli  P.  eaer  F. 

20.  caira  on  L.  caera  on  Lee.  caera  6n  ithé  mora  F. 

21.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

22.  manque  L.  Lee.  F. 

23.  luanqueLec.  F.  ata  P. 


378  G.  Dottin. 

cach  mil  7  at  ^  mesco  cach  fin.  Biit  iarom  oc  ithe  na  csér. 
Oslaicid  iarom-  Eli?  iarsin4  in  soscéla5;  laside^  do  im- 
maircet7i;zd  éoi«^  an  ette  friû  7  a  cossa,  ca/z  scibud9  ette  nd 
cosse '°  co  tairic"  in  praicept^^.  Procept'5  laithe  mbrdtha 
da»a '4,  iss^J  pridchas  dôib  .i.  an  dobe^rar  do  thodérnamaib  for 
anma«naib  dûine  dia  brdtha,  .i.  na  cethri  srotha  im^5  sliab, 
•  i.  im  sliab  ^^  Siôn  ic  loscod  nan  a?zma«d  na?î  ^7  deich  mile 
hWadna  7  deich  cet  mhXmdnçi  m  cach  mile^^.  Fota  ïn  gdbud- 
siw '9  da;w  do  neoch  oc-am-biat^^  pecda  7  imurbusa^-'. 'Is 
maith  ^^  do  neoch  ôc-am-bia  -3  dégairliud  cid  isiwd  ^4  lô-sin 
nammd.  Cen  co  beth  a//d  acht  sq'vi^'»,  bd  méte  nd  cotlad  nech 
ôc  a  imrddud  céin  no  beth  m  a-^  bethu,  céin  mothd  titacht 
Crist  co  nôen  gradaib  nime  7  feraib  tal///^7/i  do  neoch  ro  gé- 
nair  7  geinfes  co  brath,  7  muinter  ifîirnd-".  Is  amlaid  da;za-^ 
dorroega  chucu  inti  Isu  Crist  7  a  chroch  derg  fri  a  ais  do  di- 
gail  forro-9  a  crochtha 'O  ar  a5i  thuidecht  did  tesorcai;/  ar'^  gin 


1.  ata  P.  nianqui  F. 

2.  manque  L.  oslaiccidh  El!  iarsiw  F. 

3.  int  Éle  Lee. 

4.  iarsuidiu  L.  Lee.  P. 

5.  in  sosgelai  sin  F. 

6.  lasi»  L.  Lee.  isi»  P. 

7.  doiraaircet  Lee.  donimairget  P.  dofimurghat  F. 

8.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

9.  scith  ...  Lee. 

10.  cosse  na  eitti  L.  coisi  na  eisiP. 

1 1.  eo  roise  L.  corroise  Lee.  eoroisee  P.  gu  roisc  F. 

12.  an  soisgfZ  F. 

13.  L.  Lee.  P.  proiccept  F. 

14.  manque  L.  Lee.  P.  imniono  F. 

15.  immon  L.  Lee.  P.  uman  F. 

16.  L.  Lee.  P.  sliabh  .i.  sliabh  F. 

17.  manque  F. 

18.  anma«d  .i.  na  deich  cixmbliadna  L.  Lee.  P. 

19.  sin  da»rt  manque  L.  Lee.  P.  F. 

20.  lasambiat  L.  Lee.  lasimbia  P.  oecambiatt  F. 

21.  F.  manque  U.  L.  Lee.  P. 

22.  ferr  L.  Lee.  P.  F. 

25.  as  maith  airHud  L.  as  maith  arilUud  Lee.  is  maith  airillniugurf  P. 

24.  ïn  sin  L.  Lee.  F.  frisiM  P. 

25.  peth  doimniud  ar  eind  nan  anman  acht  lathe  mbrâtha  L.  beith  do 
imned  for-sna-ha«mandaib  acht  laithi  mbratha  ar  a  eiwd  Lee.  beith  do  im- 
niugh  ar  a  einw  nan  anman;;  acht  dia  mbratha.  P. 

26.  im  L.  Lee.  am  P. 


Les  deux  Cliagrins  du  RoyAiiiiie  du  Ciel.  379 

que  tout  vin.  Puis  ils  sont  à  manger  les  baies.  Puis,  après 
cela,  Elle  ouvre  l'évangile  ;  là-dessus,  les  oiseaux  ramassent 
leurs  ailes  contre  eux  et  leurs  jambes,  sans  remuer  aile  ni 
jambe  jusqu'à  ce  que  finisse  '  l'instruction.  L'[instruction  du] 
jour  du  Jugement  donc,  voilà  ce  qu'il  leur  prêche  c'est-à-dire 
ce  qui  est  infligé  de  souffrances  aux  âmes  des  hommes  le  jour 
du  Jugement,  c'est-à-dire  les  quatre  fleuves  autour  de  la  mon- 
tagne de  Sion  brûlant  les  âmes  -  les  dix  mille  années  et  dix 
fois  cent  années  dans  chaque  mille.  C'est  un  grand  danger 
pour  quiconque  a  des  péchés  et  des  crimes.  C'est  bien  pour 
celui  qui  a  de  bons  mérites  quand  même  ce  ne  serait  que  dans 
ce  jour-là  seulement;  quand  même  il  n'y  aurait  [de  souffrance 
pour  les  âmes  que  le  jour  du  Jugement]  il  serait  important  3 
que  personne  ne  dormît  en  y  réfléchissant,  aussi  longtemps 
qu'il  serait  en  vie;  sans  compter  la  venue  du  Christ  avec  les 
neuf  ordres  du  ciel  -f  et  les  hommes  de  la  terre,  tous  ceux  qui> 
sont  nés  et  naîtront  jusqu'au  Jugement  et  la  flimille  de  l'enfer. 
C'est  donc  ainsi  que  viendra  vers  eux  Jésus-Christ  avec  sa 
croix  rougie  sur  l'épaule  pour  venger  sur  eux  sa  crucifixion  en 
venant  les  sauver  de  la  bouche  du  diable  ^.  Puis  la  troupe  et 

1.  tairic  U.;  dans  L.,  Lee  P.  coroisc,  corroisc  qui  a  sans  doute  le  même 
sens.  Stokes,  Lives  of  saints  fi-oiii  thc  Book  of  Lisiiiore,  1.  1979;  '^^-  'iidex, 
p.  398,  col.  I. 

2.  Cf.  Fis  Adanmain,  §  16,  Windisch,  Irische  Texte,  t.  I,  p.  181  ;  Stokes, 
Lives  of  saints  froin  the  Book  oj  Lisinore,  1.  5329. 

3.  ba  meite.  L'expression  se  rencontre  dans  les  gloses  de  Wurzbourg,  29d  8: 
ba  meite  limni  ni  scartha  friunim  it  were  much  to  me  if  thou  wert  not  sepa- 
rated  from  me.  Stokes,  The  Wi'tr^nirg  glosses.  Cf.  ni  meite  bid  machdad,  ms, 
de  Saint-Gall,  161  b  12  non  adeo  mirus  esset. 

4.  D'après  une  homélie  irlandaise  sur  saint  Michel,  ce  sont  les  Seraphim, 
Cherubim,  Throni,  Dominationes,  Principatus,  Potestates,  Virtutes,  Ar- 
changeli,  Angeli.  Atkinson,  Tl}e  passions  and  thc  Hoinilies  from  Leabhar 
Breac,  p.  215,  452. 

5.  do  neoch.  Sur  le  sens  de  ce  curieux  idiotisme,  cf.  Atkinson,  Thc  Pas- 
sions and  the  hoinilies  from  Leabhar  Breac,  Glossary,  p.  817,  col.  i. 

6.  Fis  Adamnain,  §  20.  Cf.  Atkinson,  The  Passions,  ...1.  2246,  4881. 

27.  con  a  noin  mui/zter  ndeg  Lee.  «  avec  ses  dix-neuf  familles  ». 

28.  manque  L.  Lee.  P. 

29.  fair  L. 

30.  chrochda  L. 

31.  manque 'L.  Lee.  P.  F. 

32.  a  L.  P. 


380  G.  Doltin. 

dîabuil.  Is  adbol  iarom  m  slûag  7  a  teclam  bîas  and.  Iss  i  fia- 
dnaise  d'idiu  int  slùaig-sin  ^  do-asfe'npha  cdch  a  gnimu  eter 
maith  7  saich.  Cdch  ar  ûair  on  dothuisfénad  an  athchomairc^ 
an  atchonnarcatâr  a  sûile  7  in  atrubratdr  am  béoil  7  a  tenga  5 
7  an  dorô«sat  a  Idma  7  dn  4  imdndechatdr  a  cossa,  Cm^  mac 
Dé  5  7  ai?îgil  nime  6  7  fir  xhalnimi  7  fir7  iffrind^  ic  cois- 
techt  fris  dôib  uile9  co  rôlais  ^°  in  tasfénad-sin  do  dénum.  A 
demo;z  comaitechta  oc  taithmet  dô  cach  uilc  do  rigne,  ar  no 
bid  s/ie^'  for  a  Idim^^  chlî-seom  ^5  dogr^^  oc  a  forcomét.  A  "4 
ai;/gel  comaitechta  da;w^>  for  a  Idim '^  deis  oc  taithmet  dô  an 
dorigne  do  maith. 

O  thdiric  dô  ^7  sin  ^^  uile  ^9.  —  «  Fégaid^^  sein  a  brithem- 
nu  »,  ar  Crist,  «  cia  de^'  as  trommu  a  maith  andd--  a  olc^' 
ind  fir-sea.  »  —  «  Is  trunia  a  maith.  »  —  «  Eirged  iarom  le 
a  maith  m  ôentaid  aingel  »,  or  Crist-4.  Do  tha^gat  ïnd^'^  ai;/gil 
ar-6  a  c'vid,  al-ldma  fôena^/.  —  «  Fochen  duit  »,  ar  cach^^; 
«  cucam-sa  doraga  »,  or  araile.  —  «  Is  comthrom-9  a  maith  5° 
7  a  holc  51  dana>-  ind  fir-seo.  »  —  «  Lenne  a 55  leth  dej/We54  » 


1 .  bid  môr  d'idiu  a.  slôg  7  a  teclam  bias  and.  Is  ar  belaib  int  sluaigsin  d\dia 
do  aspenfa  L.  Bid  nior  di  ;/h  an  sluag  7  in  teclam  bias  and.  Is  ar  belaib  int 
luaig  svi  do  aspenfa  Lee.  Bidh  môr  didiii  an  slôgh  7  an  teglam  bias  and.  Is 
ar  belaib  int  sluaigh  d\diu  thaisbenfas.  P.  Is  môr  di(//»  in  sluagh  7  in  tec- 
malta  bias  an».  Is  ar  bhelaib  didiu  inx  siuaig  sin  do  aisenfa  F. 

2.  an  athchomairc  manque  L.  Lee.  P.  F. 

3.  tengtha  L.  Lee.  P.  F. 

4.  ani  L.  an«i  Lee.  i/2  ni  P. 

5.  débi  P. 

6.  nime  uime  P. 

7.  vtauque  L.  Lee.  P. 

8.  if?in;7  a  ngaisi  fris  oee  F. 

9.  frisin  P.  doib  uile  manque  L.  P. 

10.  con  roise  dô  L.  corroisc  do  Lee.  coma  roisec  P.  gu  roisg  do  F. 

11.  side  manque 'L.  Lee.  P. 

12.  bith  for  a  ghualain»  chli  F. 

13.  seom  manque  L.  Lee.  P.  F. 

14.  manque  L. 

15.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

16.  manque  Lee. 

17.  roscôich  L.  ruseaig  d'idiu  Lee.  roschaich  dô  P.  roscoieh  do  iarum  F. 

18.  manque  L.  insin  Lee.  F. 

19.  uile  iHSiK  L.  uili  sin  P. 

20.  deccaid  L.  dechaid  Lee.  P.  decaid  F. 

21.  cade  L.  cait  P. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  381 

rassemblée  qui  sera  là  est  étonnante.  C'est  donc  en  présence 
de  cette  troupe  qu'on  montrera  toutes  les  actions  bonnes  ou 
mauvaises.  A  chacun  à  son  tour  on  montre  la  vue  qu'ont  vue 
leurs  yeux  et  ce  qu'ont  dit  leurs  bouches  et  leurs  langues  et  ce 
qu'ont  fait  leurs  mains  et  où  sont  allés  leurs  pieds.  Le  Christ 
fils  de  Dieu  et  les  anges  du  ciel  et  les  gens  de  la  terre  et  les 
gens  de  l'enfer^  l'écoutent  tous  jusqu'à  ce  que  cette  exposition 
soit  finie-.  Son  démon  gardien  lui  mentionne  tout  le  mal 
qu'il  a  fait,  car  il  est  toujours  à  sa  gauche  à  le  garder.  Son 
ange  gardien  à  sa  droite  lui  mentionne  ce  qu'il  a  fait  de  bien. 
Lorsque  tout  cela  est  fini:  —  «  Voyez,  ô  juges  »,  dit  le 
Christ,  (c  lequel  est  le  plus  lourd  du  bien  ou  du  mal  de  cet 
homme-ci.  »  — ■  [«  Son  bien  est  plus  lourd.  »]  —  «  Qu'il  aille 
alors  dans  l'unité  des  anges  »,  dit  le  Christ.  Les  anges  arri- 
vent à  lui  les  mains  vides.  —  «  Salut  à  toi  »,  dit  chacun.  — 
«  Qu'il  vienne  à  moi  »,  dit  un  autre.  —  «  Le  bien  et  le  mal 
de  cet  homme  sont  du  même  poids.  »  —  «  Avec  nous  alors 


1.  Cf.  le  commencement  du  Débat  du  corps  et  de  l'âme:  unicuique 
animae  duo  exercitus  occurrunt  (Revite  Celtique,  X,  p.  466);  et  la  hn(ibid., 
p.  470). 

2.  ro-lais  U.  Les  autres  manuscrits  ont  rotsc. 


22.  a  maith  na  Lee.  a  niaith  no  F. 

23.  niaith  nucb  a  saich  L.  a  niaith  inas  a  saith  P. 

24.  firse.  Is  tr»mmu  am  dà  maith.  Airged  d'uUii  la  maith  co  sin  niuntt'r. 
Do  rôiga  da.na  or  Crist  co  aingliu  7  ârchaihgliu  L.  Is  truma  amaith  airced 
le  a  niaith  cosin  muintcr  dorega  duiiii  or  Crist  co  hai^gliu  7  archaingli  Lee. 
ind  fir-si  is  truma  dm  da  maith  Eirgid  duiiu  la  maith  cossin  muindter.  Do 
ragha  d'uliu  or  Cvist  co  hai«gli  7  arcai;/gli  P.  as  trumai  a  maith  oir  Crm 
la  mhaith  cossi;;  muintir  do  raghoi  da.>ia  or  Crist  gu  hai//gliu  7  archain- 
gliu  F. 

25.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

26.  for  F. 

27.  foena  fris  L.  Lee.  Lena  îris  P.  faonai  fris  F. 

28.  duit  tair  imucht-sa  L.  duit  tair  ininiucht-sa  Lee.  duit  tair  imuchta  P. 
duitt.  tairani  mhuchtsa  F. 

29.  comtlirom  dana  L.  F. 

30.  a  maith  dxdiu  Lee. 

31.  saich  L.  saith  P. 

32.  manque  L.  Lee.  P. 

33.  manque  P. 

34.  da«a  i«d  firsin  L.  ind-iir-si  Lee.  in  fir-sin  P.  dan  F. 

Revue  Celtique,  XXI.  26 


^82  G.  Dotiin. 

ar  diabal.  —  «  Ni  etarscérthar  ind  anim  »,  ol  Crist,  «  oir' 
is  -  treisiu  mo  c/miachta-sa?,  ragaid  lim-sa.  »  —  «  Is  trî/mmu 
da»a-t  a'»  olc  ind  fir-sea.  »  —  «  Eirged  dcside  lâ^  olc  co  sin 
mui«t^r  do-réga.  Do-thiagat"  demna  ara  chi;;d  7  ferait  mi- 
faélti  fris  ^.  —  «  Ro-t-niairg  »,  or  seat;  «  rot-bia  mairg  7 
imned.  »  Dobéra  imned  do  neoch,  in  dara  fer  con  a  durn, 
in  fer  aile  conasrogaill,  araile  oc  a  guin  com  beraib  7  ic  ga- 
rigud  imnii.  (Mairg  immorro  asroairli  ass  a  churp  fessin  in 
falti  sin  Diabuil)9.  Inta?z  immorro  roscdig^"  int  etergléod-sa  sil 
Adaim,  is  a«d  atb^ra  Crû/"  techt  la  diabul  con  a  d^-escor  slûag 
do  '^  neoch  do-d-rœga  7  roldi  in  a  muinteras  in  iffernd  ce» 
nach  îorcaid.  Atreset  iarsi;;  7  dob/;'at^5  an  ôengdir  eisib  occd 
tarrai?/2:  do  ^-^  diab///  luis  ^5  i;;  ilîern. 


Ité  dawfl^^  téoragdire  i?2domai«  ,i.  iwgdir  dorigset^/  tùath^^ 
Dé  oc  d  timarco»  don  '9  hEgeptecbaib  la-°  ftvaind  ri  miiir  ro- 
mair^i  di-dm  marbad  7  di-dn-dilgend--  7  do  thabairt  am  mac-' 
7  an  higen  in  ddire^-'  co  brdth  acht  ma?/is  tesorced  Dia.  Ocus 
gdir  fer  n-iffirnd  7  anma;/d  sil  Adaim  do  neoch  atrubalt^>  dib 
ri-d-crochad  Crist  À.  do-s-tuc  ar  ulc  ri -^  diabul  con-das-fil  'ui 


I     déchirure  dans  U.  or  Isu  oir  F. 

2.  manque  P. 

3.  -sa  manque  Lee. 

4.  didiu  Lee.  P. 

5.  manque  P.  F. 

6.  airced  da«a  lia  L.  eirced  lea  Lee.  airgedh  diJ/;(  la  olc  P. 

7.  do  regait  F. 

8.  chend  ...  fris  manque  L.  Lee.  P. 

9.  L.;  chend  rotmaire  orsiad.  Rodbia  mairg  7  imnead.  Do  btVa  imnead 
do  neoch.  In  dara  fer  con  a  durn»,  in  fer  aile  con  a  sroagaill  araile  oc  a 
guin  com  boaib  7  og  gJrib  immi.  Mairg  \ramorro  asroilli  as  a  churp  fesin 
\n  failti-sin  diabul  Lee.  chenn.  Rotmairg  ol  set.  Ro  bia  mairg  7  imnedh. 
dobera  imnedh  do  neoch.  In  dara  con  a  durn»,  in  fer  aile  con  a  srcgaill 
araile  oc  a  guin  com  beraibh  7  ic  gairiudh  uime.  Mairg  immorro  asroairli 
sa  corp  frisi»  in  failli  diabhail  P.  Tout  ce  passage  est  illisible  dans  F. 

10.  intan  iar/tw  ro-scichset  L.  intan  iarum  rosoichsead   Lee.  intan  iarwm 
rosehichsat  P.  antan  immorro  rosgaith  F. 

11.  Crist  friu  L.  Lee.  P.  Crist  friusom  F. 

12.  i.  do  L.  Lee.  P. 

13.  atbelat  L.  adeblad  Lee.  addeablatt  F. 

14.  ce  ah  drongad  la  L.  oc  as  roigled  la  Lee.  oec  gan  drongadh  la  F. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  jS'î 

de  ce  côté  '  »  dit  le  diable.  —  «  L'âme  ne  sera  pas  séparée  », 
dit  le  Christ,  «  car  ma  puissance  est  plus  grande;  qu'il  vienne 
avec  moi.  »  —  «  Le  mal  de  cet  homme  est  plus  lourd.  »  — 
«  Qu'il  aille  alors  avec  son  mal  vers  la  flimille  qui  viendra.  « 
Les  démons  viennent  à  lui  et  lui  font  mauvais  accueil. 
[«  Malheur  à  toi  »,  disent-ils.  «  Tu  auras  malheur  et  souf- 
france. »  Chacun  lui  fera  du  mal-  :  l'un  avec  son  poing,  l'autre 
avec  son  fouet,  un  autre  le  blesse  avec  des  broches  et  rit  autour 
de  lui.  Malheur  donc  à  qui  a  mérité  de  son  corps  cette  bien- 
venue.] Lorsque  est  effectué  ce  triage  de  la  race  d'Adam,  c'est 
alors  que  le  Christ  dit  au  diable  de  venir  avec  sa  troupe  vul- 
gaire composée  de  quiconque  ira  et  est  allé  dans  sa  famille 
dans  l'enfer  qui  n'a  aucune  fin.  Ils  se  lèveront  ensuite  et 
pousseront  leur  cri  unanime  5  pendant  que  le  diable  les  tire 
en  enfer. 

Il  y  a  donc  trois  cris  du  monde,  c'est-à-dire  le  cri  qu'éleva 
le  peuple  de  Dieu  entraîné  par  les  Egyptiens  vers  le  pays  en 
face  de  la  mer  Rouge  pour  les  tuer  et  les  détruire  et  em  - 
mener  leurs  fils  et  leurs  filles  en  captivité  à  jamais,  si  Dieu 
ne  les  avait  sauvés;  et  le  cri  des  gens  de  l'enfer  et  des  âmes  de 
la  race  d'Adam,  de  quiconque  d'entre  eux  est  mort  avant  la 
crucifixion  du  Christ,  c'est-à-dire  qu'il  les  a  enlevés  au  maN 

1.  a  leth  =^  a  leith.  Cf.  Hogan,  A  Handhooh  of  Irish  idioiiis,  p.  36,  1.  28. 

2.  Voir  ci-dessus,  p.  379,  note  5. 

3.  oeiigdir.  Cf.  Atkinson,  The  Passions,  1.  472. 

4.  ar  :^- /or  indiquant  préservation.  Cf.  Atkinson,  The  passions,  Glos- 
sary,  p.  716,  col.  2.  Keating's  Three  shafts  ofdeath,  p.  312,  co!.  2. 

1 5.  manque  Lee.  Toute  la  phrase  depuis  cen  nach  forcend  jusqu'à  diabul  luis 
manque  dans  P. 

16.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

17.  roUiset  L.  Lee.  rolasat  P.  rol.tsittar  F. 

18.  tuatha  P.  F. 

19.  occ  timargan  dona  F. 

20.  fri  L.  fria?  Lee.  fria  P.  la  F. 

21.  for  muir  robair  Lee.  for  muir  romuir  P.  sa  muir  ruamhuir  F. 

22.  dia  a  F. 

23.  am  ba«  P. 

24.  manque  L.  P. 

25.  atbath  L.  Lee.  P.  attrubalt  F. 

26.  fri  F.  re  P. 


384  G.  Dottin. 

erbothaib  '  flatha  nime^;  in  gâir  duiiu  ro-lsésct  na  haiimand 
iar  n-imtholtain  tuidechta  65  diabul  7  gair  fer  n-iffirnd  in-an- 
diâid.  In  très  gair  .i.  gâir  na  n-anma^d  do  neoch  atroille 
iffernd  dib  ic  d  srôi«ud  iwd  4  do  bithaitreb>'  pêne  7^  rége  cen 
nach  cn'ch?  etir^. 

In  mmnter  im}}iorro9  dorôega  Dia  ragait  sidt  dochz/m  na '° 
flatha  suthaine  "  la  Crist  mac  n-Dè  com  biat  auds'in  tria  bithu 
sir  et^r'^  airbrib  drcha/;2gel. 

Erbada  tra  ^3  lathe  brdtha  issed  pridchas  hÉle  amal  ro-rdid- 
sem  ^4j  acht  is  '5  becc  di  môrchena^^a  ni-sin^7,  Amal  ^^  dûnas 
iarom  m  clérech  ^9  a  lebor,  doberat^^  md  éo'm  an  gdir  eisib  7 
tûargit  an  ette  ri-a-tôebaib  co  tjégat  a^^  srotha  fola  eisib -^  ar 
ômon  lathe  brdtha  ^3.  Intan  as  siat  ind  éoin  dogniat-sin,  ba 
côir  di'iin-ni  inarn-doenib  talmannaib  cia-no-hemmis  in-a- 
airichill. 


Int  Éle  iarom  24  7  un  Enôc  asbcrar  su^d  ernaidit^»  s/Je  ar 


1 .  mil  irdortaib  Lee. 

2.  viatique  P. 

3.  hanmaiiHa  ag  tiachtaiw  in  F. 

4.  .i.  gair  na  pecthach  oc  a  cur  \n  iïïirn  L.  dib  ic  a  cartad  Lee.  dib  occa 
cartadh  ind  F.  gair  na  pec\.had}  ic  a  cur  an  ifrinn  P. 

).  do  beith  an  aithtreib  F. 

6.  manque  P. 

7.  ndil  L.  ndilce/;?;  Lee.  ndil  P.  foircin;/  F. 
<S  manque  Lee. 

9.  iar;/7«  L.  Lee.  P.  immono  F. 

10.  manque  L.  P. 

11.  nime  P. 

12.  ndé  bî  ut  L.  de  bi  it;V  Lee.  debhi  itid  P.  de  bhi  eitt;V  F. 

13.  erbada  i«d  lathi-si«  .i.  L.   laithe  erbaga  duliti  in  laithi  s'in  i.  Lee.  er- 
batha  tra  in  laithi  sut  i.  P.  irboithe  tra  an  laithi  sin  F. 

14.  Eli  fo  ehrund  parrthus  L.  hEle  fo  chrunn  parduis  Lee.  Eli  fo  c/un« 
parrthais  P.  Elf  fo  cranH  parthais  F. 

15.  manque  L.  Lee.  P. 

16.  beee  desium  L.  becc  deisim  Lee.  P.  beg  desm  F. 

17.  -siu  L.  P.  -  siea  F. 

18.  an  tan  F. 

19.  iarom  Eli  L.  P.  in  eleirech  iarum  F. 

20.  attnaghatt  F. 

21 .  manque  P. 


Les  Deux  Chagtins  du  Royaume  du  Ciel.  385 

et  au  diable  en  sorte  qu'ils  sont  dans  les  demeures  du  royaume 
du  ciel;  le  cri  donc  que  poussèrent  les  âmes,  de  plaisir  d'échap- 
per au  diable  et  le  cri  des  gens  de  l'enfer  à  leur  suite.  Le  troi- 
sième cri",  c'est-à-dire  le  cri  des  âmes,  de  quiconque  d'entre 
elles  a  mérité  l'enfer,  lorsqu'on  les  entraîne  vers  la  demeure 
éternelle  du  tourment  et  de  la  torture  sans  aucune  fin.  Cepen- 
dant la  famille  que  Dieu  a  choisie  ira  vers  le  royaume  éternel 
avec  le  Christ  fils  de  Dieu,  en  sorte  qu'ils  y  seront  pendant  les 
siècles  des  siècles  parmi  les  troupes^  des  archanges. 

Les  fléaux 3  du  jour  du  Jugement,  voilà  donc  ce  que  prêche 
Elie  comme  nous  l'avons  dit,  mais  cette  chose  est  certainement 
une  faible  partie4  (de  ce  qu'on  pourrait  dire).  Lorsque  ensuite 
le  clerc  ftrme  son  livre,  les  oiseaux  poussent  un  cri  et  battent 
des  ailes  contre  leurs  flancs  jusqu'à  ce  que  coulent  des  ruis- 
seaux de  sang,  par  crainte  du  jour  du  Jugement  [puisque  ce 
sont  des  oiseaux  qui  font  cela,  il  est  juste  pour  nous  hommes 
terrestres  (de  le  faire)  quoique  nous  soyons  à  y  attention]  >. 

Ensuite  Elie  et  Enoch,  est-il  dit  là,  attendent  leur  mort  et 


1.  Cf.  Tidings  of  Doomsday,  edited  hy  Wh.  Stokes,  Revue  Celtique,  W , 
p.  252,  \.  8,  30-31. 

2.  airbrib.  Cf.  L.  Breac,  131  a  48;  109  b  51,  60;  L.  Leinstcr,  511b  12. 
Cf.  Atkinson,  The  Passions,  glossary,  p.  836,  col.  2  ;  le  sens  est  donné  par 
le  Glossaire  d'O'Clery  :  airbhre  i.  sliiagb  (Revue  Ccllique,  t.  IV,  p.  362). 

3.  Saltair  naraiin,  éd.  Wh.  Stokes,  v.  3430.  Cf.  index  verborum. 

4.  is  bec  di  inor.  Cf.  Fis  Adaniiiaiu,  15  ;  Irische  Texte,  I,  p.  179,  1.  12. 

5.  Il  est  possible  que  le  texte  de  nos  manuscrits  ne  soit  qu'une  repro- 
duction tronquée  de  la  phrase  correspondante  de  la  Vie  de  saint  Brendan  et 
de  la  Vision  d'Adamnan  :  ciaintis  dêra  fola  doguetis  oc  erochill  latin  brâtba, 
quand  ce  seraient  des  larmes  de  sang,  qu'ils  le  fissent  en  prenant  garde  au 
jour  du  jugement.  Windisch,  Irische  Texte,  I,  p.  195,  1.  5;  Stokes,  Lives  of 
saints from  the  Book  of  Lisuiore,  1.  3901.  Voir  ci-dessus,  p.  352,  1.  29. 


22.  assa  tôebaib  L.  as-a-toebflib  Lee.  as-a-toebhaibh  P.  asa  taebhuibh  F. 

23.  bratha.  Intan  assiat  viA  eôin  dogniat-si»  ba  coir  dûiHni  in-arn-doenib 
talmannaib  cia-no-bemmis  iH-a-airichill  L.  bratha.  Intan  is  siad  na  heoin 
doni-sin  ba  côir  dui//di  in  arn  doinib  talmandaib  cia-no-bemis  m  a  erechill 
Lee.  bratha.  Anta«  is  iat  an  eoi/^  dogniat-si»  ba  côir  duin-7/e  i//-arndainibh 
talmanHaibh  cia  no  bernais  in-a-airchill  P.  intan  iarum  is  iad  na  heoiw  dog- 
niatt  insiu  ba  coir  àiiinno.  is  ar  ndainibh  talmhan«uib  cenobemis  anorcuill  F. 

24.  immorro  F. 

25.  asregat  L.  P.  asregad  Lee.  doreghait  F. 


386  G.  Doit  in. 

cïnd  am-marbtha^  7  am-martra  do  choniailliud  fdsiine  ïn 
chomdéd  ^  atrubairt  tria  gin  ind  flitha  5  :  quis  est  honio  qui 
uiuit  7  non  uidébit  mortcm  .i.  Cia  ro-blais  bethaid  na 
faicfe  bas  4,  Do  tha;gat-som  iarom  5  ar  ci»d  Ancrist  fri  dcred 
domain  conidleisidé  claidbebtair^  .i.  diabul  ir-richt  dui^ze  inti7 
Ancrist^  amal  bid  do  tabairt  cretme  9  [sbi  domon  dothaét '°. 
Epscop  dogni  fnd  mgbi  diahaine  hé.  Issed  atberar  na  derna  Crist 
hi  tala;n  mirbail  na  dingne-seo  acht  mairb  do  dùscud,  acht 
chena  bid  Idn  sum  6  etrud  7  o  anbirinne.  Tri  blia(/;w  xxx. 
col-leith  daiia  a  sés-som  anial  ro-bed  njs  Crist  ".  Sood  a  polaire 
i;z  a  etun  ^2  issé  comartha  bias  fair.  Cach  oen  na'>  cretfe  do 
claidbebtair  lais-seom  h.  Ar  ïsscd  atbert-seom  conid  hé  ïein 
mac  Dé  7  conid  hé  ro-thirchamsatar  fddi'5.  Conid  hé '^Michel 
dothsèt  do  '7  ncmdaib  dia  fcrdinge  7  ^^  conid  hé  gebes  claideb 
dô  ^9.  Conid  at-é  iarom -°  dd  brôn  flatha  nime,  hHle  7  Enôc 
in -^^-a-corpaib  criad  ettT  aingUb  nime  co  tségat  ar  cind  Ancnst. 
Finit  22. 

1.  [a.  marbtha  7]  manque  L.  Lcc.  P.  F. 

2.  [do  comailliud  fâstine  in  chomded]  manque  L.  Lee.  P.  F. 

3.  ar  atrubairt  in  sphiit  nôeb   L.  adrubairt  in  sbirat  noeb  Lcc.  atrubrt/;t 
in  spirz;^  nœm  P.  asrubairt  in  sp'irut  nœmh  F. 

4.  bethaib  na  blasfe  bas  U.  betliaid  7  na  faicfe  éc  L.  beathaid  na  blaisfi 
CQ.  Lee.  7  na  faicfe  ég  P.  bethaidh  na  blafe  bas  F. 

5.  manque  L.  Lee.  P.  àïdiu  F. 

6.  ar  Crist  anniicrist  fri  dereth  ndomain  conidh  laissidhe  claifider  .i.  P. 

7.  tnanqiie  F. 

8.  Antecmt  hisin  F. 

9.  creitmi  dothaét  L. 

10.  manqueL.  dothoct  isi«  domunLcc.  dotliaeth  is/«  doman  P.  do  thoett 
\n  heresia  F. 

11.  [eps  dogni  aes  Crist]  nuviquc  L.  Lee.  P.  F. 

12.  [sood  ...  etun]  manqueV. 

13.  manque  L.  Lee.  P.  F. 

14.  -seom  manque  Lee.  P.  F. 

15.  la  phrase  ar  issed  ...  fàdi  manque  L.  Lee.  P.  F. 

16.  hé  manque  L.  Lee.  P.  F. 

17.  dona  L.  dono  Lee.  dowa  P.  do  F. 

18.  dia  fordinge  7  manque  L.  Lee.  P. 

19.  do  ancrw^;  ici  finit  L.  do  ainHtierw;  finit  P.  do  an;7erist  iartanaib  Lee. 
dô  anticrfsd  iartanuibh  F. 

20.  esein  F. 

2 1 .  eon  Lee. 

22.  Lee.  manque  U.  F. 


Les  deux  Chagrins  du  Royaume  du  Ciel.  587 

leur  martyre  pour  accomplir  la  prédiction  du  Seigneur  qui  a 
dit  par  la  bouche  du  prophète  :  qui  a  goûté  de  la  vie  et  ne  verra 
pas  la  mort^?  Ils  vont  ensuite  contre  l'Antéchrist  à  la  fin  du 
monde,  en  sorte  que  c'est  par  lui  qu'ils  seront  percés  du  glaive, 
c'est-à-dire  le  diable  sous  forme  humaine,  cet  Antéchrist,  car 
c'est  pour  amener  la  foi  dans  le  monde  qu'il  est  venu.  C'est 
un  évoque  qui  le  fit  à  sa  fille  un  vendredi  (?).  Voilà  qu'il  est 
raconté  que  le  Christ  n'a  pas  fait  un  miracle  sur  terre  qu'il  ne 
fera,  sauf  ressusciter  les  morts,  mais  en  fait  il  sera  plein  de 
convoitise  et  d'injustice.  Son  âge  sera  de  trente-trois  ans  et 
demie  comme  était  l'ât^e  du  Christ.  Une  inscription-  qui 
tourne  dans  son  front,  voilà  le  signe  qui  sera  sur  lui.  Qui- 
conque ne  croira  pas  en  lui  sera  percé  du  glaive  par  lui.  Car 
voilà  fju'il  a  dit  qu'il  est  lui-même  fils  de  Dieu  et  que  c'est 
lui  qu'ont  prédit  les  prophètes.  En  sorte  que  c'est  Michel  qui 
est  venu  des  cieux  pour  l'accabler  3  et  c'est  lui  qui  le  frappera 
du  glaive  4.  En  sorte  que  les  deux  chagrins  du  royaume  du 
ciel  sont  Elle  et  Enoch,  dans  leurs  corps  d'argile  parmi  les 
anges  du  ciel  jusqu'à  ce  qu'ils  viennent  contre  l'Antéchrist. 

G.    DOTTIN. 


1.  Psaume  Lxxxviii,  verset  49. 

2.  polaire  i.  comhardha.  G\oss\x\re.à'0'C\trw  {Revue  Cdliqm,  t.  V,  p.  52). 
Le  sens  exact  du  mot  est  tablette:  poolire  tabulis  in  quibus  scribere  solebat 
\\x\go  pallaire  appelatis  chez  Colgan,;  Stokes,  Tl)e  tripartite  Ufe  of  Patrick, 
p.  655,  col.  2.  Cf.  Revue  Celtique,  t.  X,  p.  75,  note  3. 

3.  Cette  tradition  est  conservée  dans  le  Felire  Oenguso,  29  sept.  Cf.  The 
Yelloiv  Bock  of  Lecan,  p.  326  b,  1.  15  ;  et  dans  un  sermon  irlandais  sur  saint 
Michel,  Atkinson,  The  passions  and  the  hoinilies  froni  Leabhar  Breac,  1.  6274. 
Saint  Michel  est  aussi  l'adversaire  de  l'Antéchrist  dans  un  débat  français 
de  1235,  Li  tornoieuie)!^  Antecrit,  qui  n'ofïre  d'ailleurs  aucun  autre  détail  à 
rapprocher  de  notre  texte. 

Le  meurtrier  de  l'Antéchrist  (et  ce  n'est  pas  Tarchange  Michel)  fait  le 
sujet  d'un  conte  irlandais  moderne  {Annales  de  Bretagne,  t.  XV,  p.  277,  289). 

4.  gabhail  do,  presser,  frapper. 


3  88  Whitley  Stokes. 


BRUIDEN  DA  CHOCAE. 

(H.  3.   18,  p.  719)1. 


éo.  IMdosout  co  Bruidin-  con:x  coscor.  Rob  u^thad  andside 
ïor  roi  Bruidne^  ierna  ndithug/z^f.  Ro  hitha  in  da  On  .i.  da 
mac  Duhthaig,  ior  in  ath.  IMrubatsat-som  nônbor  cecha  tir 
oca  n-airlech:  is  deiside  ata  [Ath]  na  n-Ona  allanair4  di  Brui- 
din. Dorochair  Clartha  Claon  la  Cet  mac  Magach  i  Clarthaî, 
comd  uaid  ainmnigti^rr  in  tclach.  Docer  Bocan  la  hAimirgin, 
comd  uaidh  ainmnighther  ^  Ard  mBocain  i  Crich  Malonn.  Do- 
cer Len  ic  Loch  Len  i  mBodamair.  Ro  bitha  dno  Crech  soin- 
dim  7  Crech  doindim  ic  Ard  na  Crech.  Dhochair  Cliabach 
Cetroeach  la  Duhthach,  comd  aire  ata  Druim  Cliabaig.  Dicer 
En  mac  Magach  oc  Ath  Eoin  la  Fiachu  mac  Fir  Feibe.  Dicer 
Fidach  mac  Eoin  oc  Ath  Cuile  Fedai  [leg.  Fidaig].  Ro  bith 
Caindlech  ingen  Uarba,  setich  Duhthaig,  isin  Caindlich?.  Dicer 
Buidech  mgen  Forgemen  oc  Chiaiii  [Buidige]. 

61.  Dirala  comlond  ochtair  andsin  .i.  Cormac  Condloinges 
ocus  Duhthach  7  Aimirgin  [P.  720]  ociis  Chacht  m^c  lignine 
dindara  leth.  Cet  immorro  ocus  A'iliW  Ardagach  a  hvAthair,  7 
Maine  mac  Ceit  7  Buanann  mac  Damain  din  leth  araill.  Do- 
raeba  Buanonn  la  Dubthach.  Dicer  Maine  la  hAimirgin.  Do- 
rochrator  i  comtuitim  .i.  Cacht  mac  Ikuini  ocus  Ai/z'll  Ard- 


T.  V.  p.  149  et  }i2. 

2.  bruigin  H.  5.  18. 

3  .  bruigne  H.  3.  18. 

4.  alla  imer  H.  3.  18. 

5.  clathra  H.  3.  18. 

6.  ainranigter  H.  3.  18. 

7.  caindlic  H.  3.  18. 


Da  Choca's  Hostcl.  389 


THE  HOSTEL  OF  DA  CHOCA. 


éo.  They  return  victoriously  to  the  Hostel.  But  few  were 
there,  after  their  destruction,  on  the  Hostcl  green.  The  two 
Ons,  that  is  Dubthach's  two  sons,  were  at  the  ford.  Each  of 
them  had  slain  nine  men  in  the  massacre.  Hence  is  «  the 
Ford  of  the  Ons  »  east  of  the  Hostel.  Clartha  Cloen  fell  by  Cet, 
son  of  Maga,  in  Clartha  —  and  from  him  that  hill  is  named. 
Boccan  fell  by  Amargin  —  and  from  him  Ard  mBoccdin  in 
Crich  Malonn  is  named.  Len  fell  in  Loch  Lein  in  Bodamair. 
Moreover  Crech  Soindim  and  Crech  Doindim  were  slain  on 
«  the  Height  of  the  Crechs  ».  Cliabach  Cetroeach  fell  by 
Dubthach  —  hence  is  «  Cliabach's  Ridge  ».  En,  son  of  Maga, 
fell  at  Én's  Ford  by  Fiachu,  son  of  Fer  Febe.  Fidach,  son  of 
En,  fell  at  the  «  Ford  of  Fidach's  Recess  ».  Caindlech,  daugh- 
ter  of  Uarb,  Dubthach's  wife,  fell  at  Caindlech.  Buidech, 
daughter  of  Forgemen,  fell  at  «  Buidech's  Lawn  ». 

61.  Then  a  combat  came  to  pass,  to  wit,  Cormac  Conloing- 
es,  and  Dubthach,  and  Amargin  and  Cacht,  son  of  Ilguine, 
on  the  one  side:  but  Cet  and  Ailill  Ardagach  his  brother,  and 
Maine,  son  of  Cet,  and  Buanann,  son  of  Daman,  on  the  othcr 
side.  Buanann  perished  by  Dubthach.  Maine  fell  by  Amargin. 
Togeth-er  fell  (in  a  duel)  Cacht,    son  of  Ilguine,   and   AiUU 


^90  Whilliy  Stokes. 

aghach.  Diriacht  Corb  Gaillni  cucai  fon  comlond,  7  diroch^/r 
Cor  mac  Condloinges  leis  7  la  Cet.  IS  ed  atheir  Lebor  Dromai 
Snechtaico  ro  dicendaig  Corniacocus  co  rucc  Anlon  mac  Doiche 
maie  Magach  a  cend  lais  co  hAth  Luain,  di  n-ebrad  inso  : 


O  ro  mbeotar  in  da  Ou.  isin  Bruidin  lasin  cuain,  ri. 

62.  IS  ed  atberat  aroile  co  ro  tairmisc  Aimirgin  a  dicendad 
7  co  ro  taipnestar  Cet  uad,  ociis  co  ro  gon//5tair  Cet  fo  t/;/'i  ; 
acbt  cena  is  é  in  slicht  aile  fil  isna  lebraib. 

63.  Marbthair^  doao  Da  Coca  isin  mBruidin.  Dicoid  im- 
morro  a  banchèile  -  .i.  Luath  >  ingr/;  Loma  Luind,  co  Loch 
Luatlia^,  co  raimid  cromaidm  dia  cride  ina  cliab,  a'//ud  uaithi 
ainmnigther  5  Loch  Luatha.'. 

64.  Cid  fil  ann  tra,  ni  terno  don  a  dcich  cctaib  rancattar  Con- 
nachta^  acht  couer.  Ni  ternoi  dina  //'/  cétaib  ro  bâta/'  Ulaid 
rtcht  /r/ar,  Aim/rgin  an  file  7  Y)whû\ach  ocus  Fiachu  vaac  Fir 
Feibe.  Ro  elai  Ln/ind  m.ac  Cathb^rf  in  adhaig7  reime  riasin 
orccuin. 

65.  Dironai  Aimirgin  lecht  ocus  dumai  in  rig,  coma  de  ata 
Cluain  Dunic-e  forsind  inad.  Bôi  Aimirgin  oc  neimele  moir  os 
cind  in  rig,  ocus  bôi  ag  tabairt  a  tesmolta^  ar  aird,  co  n-epert  : 

Mor  bron  \5\ad  ier  ndith  a  righni'a  ind  ccomland,  etc. 

GG.  [P.  721]  IS  dina  haitib  ^  imiiwrro  ina  Bruidne  ro  canad 
inso  : 

Ro  bith  Cormac  i  niB;  aidin.     is  Iliann  Finn  i  fuilib,  etc. 
67.  IMth/<5a  Fergwj-œ  is  ai  atfiador  sund  colleic. 

1 .  Marbtair  H.  3.  18. 

2.  banceile  H.  3.  18. 

3.  Luat  H.  3.  18. 

4.  Luathu  H.  3.  18. 

5.  ainmnigter  H.  3.  18. 

6.  Co«ac/;/a  H.  3.  18. 

7.  aghfl/(i  H.  5.  18. 

8.  a  contraction  oi  aidedaib,  pi.  dat.  oi  aided. 


\ 


Del  Choc  a'  s  Hostcl.  591 

Arddgach.  Corb  Gaillnc  made  towards  Cormac  Conloingcs 
through  the  combat,  and  Cormac  fell  by  him  and  by  Cet. 
This  is  what  the  Book  of  Druim  Snechta  déclares  :  that  he 
behcaded  Cormac,  and  that  Anlôn,  son  of  Doiche,  son  of 
Maga,  took  the  head  to  Athlone  ;  whereof  this  was  said  : 

When  the  two  0ns  were  slain  in  the  Hostel  by  the  troop,  etc. 

62.  Others  déchire  that  Amargin  forbade  the  behcading, 
and  hunted  Cet  from  Cormac,  and  wounded  Cet  thrice.  How- 
ever,  it  is  the  other  version  that  is  in  the  books. 

63.  Then  Dâ  Choca  is  killed  in  the  Hosteh  But  his  wife 
Luath,  daughter  of  LummLond,  went  to  Luath's  Lough,  and 
a  burst  of  gore  brake  from  her  heart  in  her  breast,  so  that 
from  her  Loch  Luatha  is  named. 

64.  Howbeit,  then,  of  the  ten  hundred  Connaughtmen 
that  came,  there  escaped  onlyfive.  Of  thethree  hundred  Uhiid 
there  escaped  only  three  —  Amargin  the  Poet,  andDubthach, 
and  Fiacha,  son  of  Fer  Febe.  Imrind,  son  of  Cathbad,  had 
fled  forward  at  night  before  the  destruction. 

65.  Amargin  made  the  king's  grave  and  mound:  hence  the 
pkice  is  called  Cluaiii  Du  ma  «  the  Lawn  of  the  Mound  ». 
Amargin  was  in  great  tribukttion  over  the  king,  and  was  pro- 
ckiiming  his  qualities,  and  he  said  : 

Great  is  the  grief  of  the  Ulaid  after  the  destruction  of  their  royal  cham- 
pion in  unfair  fight,  etc. 

66.  Of  thèse  tragical  deaths  at  the  Hostel,  this  was  sung: 

Cormac  was  slain  in  the  Hostel,  and  lUann  the  Pair  in  blood,  etc. 

67.  Touching  Fergus,  this  is  hère  set  forth. 


392  Whilley  Stokes. 

Dia  mboi  side  a  Cruachaiu  sund  coleic  dareisi  caich,  dide- 
chaid  a  gilla  cuici  .i.  Ergarb  ',  7  ro  innis  do  techt  dina  Mainib 
7  do  macaib  Magach  indiaid  ^  Corm^/V  7  a  muintire  somh  di 
gabâ//  tige  forru  cipe  airm  i  faifitis.  GaptAT  a  eich  7  indillter  a 
charpû!/  3  do  iertain,  7  dotoet  fo/-  a  glinne  i  ndiaid  in  tsluaig  di 
tarmc/;/ain  na  hoircni. 

68.  Ni  boi  ba  di  sodain  dosum  deisidc,  ar  ni  fuair  for  a 
chinn4  isin  Bruidin  3  i  mbethaid  ^7^/;/ Aimirgin  7  Dubt/wf/;  7 
Fiacha,  7  roptar  derga  side  di  imVib  7  crechtaib. 

69.  Ro  fer  FergM^  annside  nemele  [P.  722]  7  nuallgubai 
d^rmair  os  cinn  a  daltai,  ocus  ros-csoircc  a  bos^e,  ocus  roptar 
dera  folai  ro  sniglW.  Ro  lai  luathchuairt  ind  armaige^  iersin, 
7  fuair  cLirpu  a  muintire  7  a  charat7  7  a  choicele^  ocus  a  dalta 
and.  Ro  bo  lor  truaighe  bith  ic  a  fegad  din  nemele  dignid  ô 
cech  colainn  dieroile.  Ni  ro  airich  im)norro  bas  a  mac  ic  fegad 
Corm^7/c  ina  chosair9  cro,  co  n-epcn: 


¥0  dirsan  do  mo  cherchru,  7  ri. 

70.  Tainic  Ferg//j  iersin  co  hairm  i  mboi  Amhergin  ocus 
Duhthach  ocus  Fiaclia,  ar  cur  dô  cuarta  ind  ârmaige  ',  ocus  boi 
ic  a  tlathugh//^/  7  ic  a  molad,  ar  ros-gab  omun  ocus  eglai 
rompu,  con'id  and  ishen  inso  —  7  ba  tuirsiocli,  truag,  neme- 
lach  ro  boi  ica  n-agallaim  ;  —  7  ro  fregair  Aim/rgin  dô  : 


Ucli,  mo  chroide'o  is  carcair  chro, 
doroirbe  ''  do  mo  tnu  is  xres,  etc. 

1 .  Fer  gairbh  H.  i .  17. 

2.  indiaig  H.  3.  18. 
3  .  carpait  H.  3.  18. 

4.  cinn  H.   5.  18. 

5 .  bruigin  H.  3.  18. 

6.  armaig  H.  3.  18. 

7.  carat  H.  3.  18. 

8.  coicele  H.  3.  18. 

9.  cosair  H.  3.  18. 

10.  croide  H.  3.  18. 

11.  .i.  ro  dibad  H.  3.  18. 


Da  Choca's  Hostel.  395 

When  he  was  staying  hère  in  Cruachu  beliind  cvery  one, 
his  servant,  Ergarb,  went  to  him  and  told  him  of  the  mardi 
of  the  Maines  and  of  the  sons  of  Maga  after  Cormac  and  his 
people,  to  capture  their  house  on  them,  wherever  they 
should  sleep.  B}^  Fergus,  then,  his  horses  are  caiight  and  his 
chariot  yol^ed,  and  he  went  forward  following  the  host,  to 
arrest  the  destruction. 

68.  Thereof  he  had  no  good,  for  he  found  ahead  of  him 
none  aUve  in  the  Hostel  save  Amargin  and  Dubthach  and 
Fiacha  ;  and  they  were  red  with  blood  and  wounds. 

69.  Then  Fergus  sorrowed  and  made  a  mighty  hmientation 
above  his  (dead)  fosterling,  and  beat  his  pahiis  together,  and 
they  were  tears  of  blood  that  he  shed.  After  that,  he  made  a 
swift  circuit  of  the  battle-field,  and  found  there  the  bodies  of  his 
household  and  his  friends  and  his  comrades  and  his  fosterlings. 
'Twas  enough  of  woe  to  be  looking  at  him,  from  the  grief  he 
shewed  (in  going)  from  one  corpse  to  another.  In  gazing  at 
Cormac  in  his  litter  of  gore  he  did  not  feel  the  dcath  of  his 
(own)  sons.  And  he  said  : 

Sad  it  was  to  my  rcd  blood,  etc. 

70.  Then  Fergus,  after  making  the  round  of  the  battlefield, 
came  to  the  place  wherein  were  Amargin  and  Dubthach  and 
Fiacha,  and  he  was  soothing  them  and  praising  them,  for(seeing 
them  gory  and  mangled)  dread  and  fear  had  aft'ected  him  before 
them.  Wherefore  he  said  this  — and  sad,  wretched,  sorrowful 
was  he  in  converse  with  them  ;  and  Amargin  answered  him. 

Fergus  :  Ah  !  my  heart  is  a  prison  of  gore  : 

my  fire  and  strength  hâve  perished  from  it,  etc. 


394  Whiticy  Sîokes. 

[P.  723]  71.  Aimirgin  dixit  : 

Meisi  occus  Cacht  co  ngnini  nglonn 
fersam  '  gnim  lonn  fri  cath  cruach  2^  etc. 

72.  Comd  ni  die  n-imtechw/Z' 7  die  ngnïmaib  co  n-uici  sin, 
7  Bvuiden  da  Cocx  in  scél  s'm  an  Lias. 

FINIS. 


NOTES 

§  I.  According  to  B,  tliere  was  a  fourth  competitor  for  tlie 
crown  of  Ulaid,  viz.  Fergus  mac  Leide,  kingofLine. 

§  2.  5  omits  the  second  crt'/i  and  the  last  geis;  but  adds  tlie 
following  tliree  :  Gcis  dô  damh  co  mbennaibh  oir  roimh  na  co- 
;/aibli.  Geis  do  flechadh  Clûana  [Ms.  cliianna]  Finnabliracii 
dia  tami:/;/ain.  Geis  do  mcrugud  fair  isin  [leg.  asin]  côicedh  co 
'roile.  «  A  tabii  of  liis  was  (to  bave)  tbe  stag  witb  antlers  oi 
gold  before  the  hounds.  A  tabu  of  his  was  to  be  overtaken  by 
the  wetting  of  Cluain  Finnabrach.  A  tabu  of  his  was  to  be 
straying  from  one  province  to  another  ». 

§§  8,  9,  10.  The  triple  division  and  the  description  of 
Cormac's  troops  are  obviously  imitated  from  the  Tain  bô 
Cualngi,  LL.  SV—SS^- 

§  12.  As  to  Scenb  and  the  Feda  of  Athlone,  see  Cormac's 
Glossary,  s.  v.  Scrb,  and  The  Annal  s  of  the  Four  Masters,  éd. 
O'Donovan,  A.D.  1536,  p.  1435,  note  0. 

§  15.  The  «  red  woman  »  was  a  Badb,  as  we  see  from 
§  17.  As  to  thèse  battle-goddesses  or  battle-furies  see  Hennessy, 
Jlev.  Celt.,  I,  32,  and  Lottneribid.  55.Their  appearance  beto- 
kened  shtughter  in  battle,  orthedeath  ofa  famous  man,  Bugge, 
The  Home  of  iJje  Eddie  Pocms,  p.  188. 

1 .  fersim  H.  3.  18. 

2.  cruac  H.  3.  18. 


Da  Choca's  Hosîil.  395 

71.  Amargin  said  : 

«   I  and  Cacht  with  valourous  act 

wrought  a  bolJ  dced  in  the  bloody  battle  »,  etc. 

72.  So  this,  so  far,  is  somewhat  of  their  goings  and  thcir 
deeds.  And  Dà  Choca's  Hoslel  is  this  taie  above. 


§  16.  Chanting  spells,  standing  on  one  foot  and  with  one 
eye  shut,  is  a  common  incident  in  Irish  magie.  So  Lugh  sings 
round  the  Irish  army  to  ensurc  their  success,  Rev.  Celt., 
XII,  98.  So  in  the  Brudcn  Dà  Derga,  LU.  86''32,  Cailb  chants 
her  baleful  prophecy  for  ôen  choiss  7  ôcn  làini  7  ocn  anàil  (stand- 
ing) «  on  one  foot  and  (using  only)  one  hand  and  (breath- 
ing  only)  one  breath  ».  Compare  also  the  Dinnsenchas  of 
Loch  da  Caech,  Rev.  Celt.,  XV,  432,  where  Cicul's  three 
hundred  men  come,  each  using  only  one  foot,  one  hand  and 
one  eye. 

do  heaba  in  this  paragraph  is  glossed  by  ./.  iihcla. 

§  17.  The  apparition  of  the  Badb  at  the  ford  resembles  that 
which,  according  Mac  Craith  in  his  Wars  of  Turlousyb,  was 
seen  by  De  Clare  and  his  troops  before  their  destruction  :  see 
The  Dublin  University  Maga::f  ne  îor  October  1834,  p.  463. 

§  19.  For  Caclbarr  cnmdachta  for  a  cenn,  5gives  an  elaborate 
description  of  this  damsel's  hair,  lips,  teeth,  breasts,  flanks, 
forearms,  thighs,  calves  and  feet. 

It  may  be  presumed  that  she  was  Craiphtine's  wife  and 
Cormac's  paramour,  though  this  is  not  expressly  stated  in 
either  A  or  B. 

§  22.  Hère  both  copies  are  obviously  abridged.  The  arche- 
type  doubtless  contained  a  description  of  Cormac's  vision. 

§  23.  As  to  female  warriors  (Imnoaisgcdaig,  bananmis,  ban- 
féinnidi)  see  Baille  of  Veniry,  pp.  76,  77,  and  Lisnwrc  Lives, 
p.  361.  In  Europe  they  correspond  with  the  Russian /)o///n7~/. 
As  to  Germanie  Amazons,  see  Bugge  TJje  Home  of  Ihc  Eddie 
Poenis,  p.  189,  citing  Golther  Der  Valkyrieuinythus,  pp.  7  ff. 


396  WhitUy  Stokes. 

§  26.  For  the  first  battle  of  Magh  Tuiiedh,  in  which  Derg, 
son  of  Dolar,  fell,  see  H.  2.  17,  p.  90^ 

§  27.  Hère  B  expands,  in  tlie  usual  bardic  flishion,  the  de- 
scription of  the  fight. 

§  30.  For  ar  roho  ...  atgontae  B  has  :  uair  badrtr  sgithi  a 
sguir,  7  robdair  brisdi  gaei  7  sgeith  acu,  7  robo  dfredh  don  lo 
ann,  7  fa  iiis  d'aidchi  «  for  their  teams  were  weary,  and  their 
spears  and  shields  were  shattered,  and  it  was  the  end  of  the 
day  and  the  beginning  of  night  ». 

§  31.  5  enumerates  the  other  five  briidens,  viz.  Bruden  da 
Ger  (also  called  Bruden  m/c  Cecht  dd  reu)  in  Connaught, 
Bruden  Brûadaig  (leg.  Blai  Brugad)  in  Ulaid,  Bruden  Forgaill 
Manach  beside  Lusk,  and  in  a  mnemonic  poem  (of  which 
there  is  a  better  copy  in  Harl.  5280,  fo.  49^'),  Bruden  dd 
Berga  on  the  Dodder  in  the  east  of  Leinster,  and  Bruden  Mie 
dd  tho  also  in  Leinster.  See  Scél  mucci  Mie  dd  thé,  Iriscbc 
Texte,  I,  96. 

As  the  above-mentioned  mnemonic  poem  on  the  six  bnid- 
ens  has  been  reduced  to  gibberish  in  the  Proceedings  of  the 
Royal  Irish  Academy,  second  séries,  vol.  I,  p.  253,  it  seems 
désirable  to  reproduce  it  hère  as  it  stands  in  the  MS.  H.  i.  17, 
ff.  7'\  8^.  I  bave  added  a  literal  version. 

Se  Bruidni  Ere»;/  gan  dail.     ro  badflr  a  comaimsir. 

m'  érdais  '  daniha  diana.     robsad  cuibdi  coimhtîala. 

Brudin  Da  Berga  co  mbloid.     a  O/lh  Cualann  coscortoigb,, 

a  ndroch[air]  Co/^are  caem.     la  h.\ingcel  n-amnas  n-ochael. 

Bniclen  Mie  da  tho,  toirni  tenn.     giis'  tangadar  (tir  Érenn) 

ro  caithsit  muic  immale.     ociis  rugsadair  Ailbe. 

Bruden  Da  Coga  co  clu.     hi  ro  g[a]bhadh  for  Ulltu  2 

(ba  failid)  in  bruidin  bras,     gur'  taeth  Cornwc  Coinloinges. 

Bnulen  mie  Cecht  da  reo  n-ard  ;.     ni  bai  nat[h]air  a  comhgarg4, 

a  Connflt7;/aib  tiar  in  tec[h].     ni  roibhe  budh  fcrr  einech. 

Briickn  Blai  briugaidh,  bladh  binn.     a  mbai  ben  Celt[ch]air  cuilfind, 

a  lorchair  Blad  briigaidli  de.     do  lâimh  Celt[ch]air  chulbuidhi. 

Bruden  Forgaill  Mhanach  môir.     do  thaebh  Lusca  co  lancoir, 

ni  bi  duine  dimdach  de.     d'at[h]air  alainn  Eimire. 

I.   neirdais  H.  i.  17,  ni  erdaeis  Harl.  5280. 
.2.   Ms.  fail 

3.  Ms.  naird 

4.  Ms.  comhgairg 


Da  Choca's  Hostel.  Notes.  597 

In  gach  hrudin,  f^i  lié  a  bcs.     coire  ansguith  ann  do  grès, 
co  tac[h]rad  as  [a]  hiadh  côir.     do  gach  duine  aa''/oir. 
Ni  bcirhcdh  in  coire  côir.     cidh  mor  mbitli  do  bhc/h  'na  oil, 
aclit  daethan  na  dâime  de  '.     nacho  [bidhj  ann  do  bruithc. 
For  cai  ccxhr'i  sligh[edh]  slân.     no  bith  gach  bruidhen  blathlan, 
ceit/jri  doirrsi  eisti  amach.     as  a  teigh  cach  co  buidhech. 
Fir  En'»»  uili  'masech.     gi[a]  na  bidis  um  deibeach, 
robsad  sidhaigli  uili  [de],     dia  roistis  na  se  Briiidiie. 
Erin's  six  Hostels  without  delay,  which  existed  at  the  same  time 
They  refused  noî  véhément  companies,  they  wereharmonious  (and)  equally 

[hospitable. 
The  famous  Hostel  of  Di  Berga  in  the  triumphant  District  of  Cualu, 
wherein  dear  Conaire  fcU  by  Aingcél  savage... 

The  Hostel  of  Mac  dâ  thô  —  strong  noise,  whither  came  the  men  of  Erin  : 
together  they  consumed  the  swine  and  carried  off  (the  hound)  Ailbe. 
The  renowned  Hostel  of  Dâ  Choca  —  it  was  captured  from  the  Ulaid  : 
glad  was  the  great  Hostel  until  Cormac  Conloinges  fell.         [equally  fierce. 
The  Hostel  of  Mac  Cecht  of  the  two  high  hands  (?)  —  there  was  no  snake 
in  Connaught,  west  was  the  house  —  there  was  no  better  hospitality. 
Blai  Brugaid's  Hostel  —  melodious  famé  —  where  dwelt  fairhaired  Celt- 

[char's  wife, 
wherein  fell  Blai  Brugaidh  by  the  hand  of  Celtchar  of  the  yellow  hair. 
The  Hostel  of  great  Forgall  Manach,  beside  Lusk  full  justly; 
no  one  was  unthankful  to  him,  Emer's  handsome  father. 
In  every  Hostel  —  this  was  its  custom  —  there  was  always  an  irremoveable 
which  used  to  deliver  at  once  his  proper  food  to  each  person.         [caldron 
The  just  caldron  used  to  boil,  how  much  soever  the  food  in  its  cheek, 
only  enough  for  the  party  of  any  food  that  was  cooked  in  it. 
On  a  way  of  four  sound  roads  every  praiseful  Hostel  used  to  be: 
four  doors  out  from  it,  whence  every  one  cornes  thankfully. 
AU  Erin's  men  in  turns,  though  they  were  vcry  quarrelsome, 
would  ail  be  at  peace  if  they  reached  the  six  Hostels. 

The  statement  that  every  Bruden,  i.  e.  each  of  the  six 
Bruâens  above  named,  was  an  asylum  for  the  «  red  hand  » 
seems  to  shew  that  the  ancient  Irish  had  institutions  resem- 
bhng  the  xtjXx  of  the  Greeks,  the  cities  of  refuge  of  the 
Hebrews.  The  ascription  of  the  number  (six)  to  the  Brudens 
may  hâve  been  in  imitation  of  the  number  of  those  cities  (Ke- 
desh,  Shechem,  Hebron,  Bezer,  Ramoth-Gilead,  and  Gohin). 
Probably,  as  in  those  cities,  the  homicide  was  lodged  gra- 
tuitously. 

I.  Ms.  daimha  e 

Revue  Celtique,  XXI.  27 


398  WhitUy  Stokcs. 

§  32.  In  the  archet3'pe  hère,  no  doiibt,  cnme  tlic  poem  in 
kennings,  descrihing  thc  banquet  givcn  by  Dâ  Chocn,  which 
was  printed  by  K.  Meyer  in  his  Hiheruica  Minora,  p.  47. 

§33,  The  description  of  the  badb'xs  thus  alliteratively  expand- 
ed  in  B  :  co  facadar  in  mnai  mbelmoir,  mbusmôir  %  nduibh, 
ned[djgair,  ndetaidi^,  cuirr,  cennmoir,  caelbraigdigh,  mbronn- 
moir,  mbegtônaigh  5  mbeic-tsUastaig,  foirmeraigh,  fliuchsuiHgh, 
faebairluirgnigh  ina  [njdocum,  co  àorus  na  bruidhni,  7  si  losc, 
Icthchaech,  7  brat  breicbreidech  bruachbrisdi  bogsnaithech 
uimpi,  7  si  ag  snighi  7  ag  teibeirsin  fola  dogres,  7  fa  duibhi- 
thir4  f;i  druim  ndail  gach  mball  7  n-alt  7  n-aighi  di. 

The  incident  is  obviously  suggested  by  the  appcarance  of 
Cailb,  in  the  Brudcn  dâ  Dcrga,  LU.  86^. 

§§  34,  35,  36,  37  are  lacking  in  A.  The  corrupt  words  at 
the  end  of  §  34,  must,  Strachan  and  K.  Meyer  think,  mean 
something  Hke  «  and  they  knew  not  (ni  fcdadaii-)  whither  she 
wentor  whence  (can-as)  she  came  ». 

§  39.  J5  styles  Nés  «  daughter  of  Feradhach  Redweapon  », 
and  in  order  to  expkin  Fergus'  consent  to  pursue  his  fosterling, 
adds  this  :  Ro  à\\ad  cuirn  tsomesga  ior  Ycrgus,  giir'ho  mes- 
ga  medfitrchain  é,  g/zr'  bo  fliircha  5  breath  gach  hnàiljar  leis. 
Naisg/V  Medb  fair^'  ter/;/  i  ndiaidh7  in  tsluaigh^.  Facmais- 
[s]ium  sin,  uair  ni  thicthi  tair  breithn-  isin  aimsir  sin. 

§  42.  For  this  paragraphB  hasthree  quatrains,  beginningNa 
sliiaigbsi  tbcid  uaib  aniacb,  in  which  Queen  Mcdb's  druid  fore- 
tells  the  defeat  of  her  troops  by  the  Ulaid. 

Hère  in  B  cornes  a  paragraph  corresponding  with  §  65. 

§  43.  In  B  the  spies  are  named  Mod  [leg.  Mog]  Corb  and 
Corb  Gaille.  The  incident  is  suggested  by  the  Bruden  Dâ 
Derga  LU.  87%  where  the  pirate  Ingcél  goes  to  spy  on  the 
palace  in  which  king  Conaire  unconsciously  awaits  his  death. 

§  45.  For  A  imthaim  ...  okeuce,  B  has  IS  sraithsHgi  tsochai- 
dhe  in  tech  sin.  Tathaighe  caich  inn  7  as,  air  ni  facomairne 
ogbaig  [leg.  ôcbaid]  naid  airdnihilid  ann. 

1.  in  bus  môir  B.  5.   Obscure  and  probably  corrupt. 

2.  ndecaidi  B.  6.   fairr  B 

5     begtouaigh  B.  7.   andiaigh  B 

4.   dulbhigtîiir  B.  8.   tsluagh 


Da  Choca's  Hostel.  Notes.  399 

§  46.  Before  Is  he  sin  etc.  B  inscris  thc  following  description 
of  Cormac's  two  comradcs,  Illann  Find  and  Dubthach  Dael 
Ulad,  of  whom  one  was  on  his  right  hand,  thc  othcr  on  his 
left  :  Fer  find  ïorha'ilid  (or  a  laimh  deis  :  laech  dur  dubc/aidecli 
for  a  laimh  alainnd  aimdheis.  Abra'  dorcha  dubsmuaintighech 
co  mbeirenn  fosgadh  dar  barr  uachtair  a  gruadh  geilbrecc  sis. 
Dair-let  is  smuaintiug//tf  fo  leith  fil  aigi  sech  \ucbt  in  tighi  uili. 

§  47.  /;■/  derach  is  glossed  by  .i.  fri  horcain  :  cf.  co  n-dérais 
À.  coro  digla,  LU.  20''  i  (Arch.  f.  celt.  Lexicographie,  I,  13). 

§  48.  Tath  cein  is  glossed  by  coisîid  :  sce  Archiv  f.  Celt.  Lex- 
icographie, I,  28. 

§50.  For  this  paragraph  B  has  hère:  Atbt'rt  Genann  : 
«  Ataid  har  namhaid  in  har  timcill,  uair  isad  \mmar  laechair- 
mach  in  laechnïtf  atait  annsùd,  uair  ata  secht  fichit  cet  ann,  7  ni 
roithfetair  ^  aisdibh  acht  mad  côicer  cur^dh.  7  linmair  atathisi  a 
mBruidin.  Ni  ria  air  sgur  don  sgainnir  dib  acht  triur  trenlaech 
nama.  Geib  h'airm  a  ardrigh  !  »  har  Genann,  «  ocus  eirgedh 
h'aignedh  7cuimnigh  dodtescairdib  anecraidhe  donulad-sa^  ». 

The  paragraph  corresponding  with  §  50  occursin  B  towards 
the  end. 

§  51.   5  adds  tcn  quatrains  by  Genann  beginning  thus  : 

Mairg  Aoheir  ttaebh  f;  i  nech  de.     deis  Lomfe[i]ch  m/c  Laimduibhe, 
is  é  Loinfiach,  lith  gaii  zcht,  ro  lae  a  naimdi  for  Corniac. 

§  53,  1.  6.  For  ro  sécher  Strachan  would  read  ro  thocher  «  so 
that  he  fell  ». 

§  5  5.  After  this  B  has  the  following  paragraph  describing  the 
seven  fires  kindled  in  the  Bruden  : 

Adnaigsit  na  sloigh  amuigh  iarsin  secht  troimteinnti  môra 
isin  mB/uidhin  .i.  teine  id/V  grtc/j  da  àorus  di,  com[b]a  soillsi- 
thir-t  grian  ciuin  ceitcmain  5  aa;  eiraje  tar  coraar  thurgabala  ana 


1 .  MS.  seems  Tibra 

2.  leg.  roichfetar? 

3  .  «  on  this  occasion  »  ;  cf.  do  âilsedhmar  in  cath  don  uladh  sin,  Acallain 
na  Senôrach,  Boolv  of  Lismore,  164*2,  and  see  K.  Meyer,  Contributions  to 
Irish  Lexicograptjv,  p.  40  note. 

4.  soillsigtt'r  B. 

5.  ceiteini  âin  B. 


400  Whitley  Stokes. 

niogal  moradhbhal  a  mhaidin  ciuin  comhtsoluis  an  tromthorc 
tenfti  taithnemhach  teinntighi  atracht  don  rigbruidin  fli  ns.  secht 
primdoirsihh  adiu  7  anall  ;  go  nach  roibhi  aird  na  fan  no  fot- 
hoirbi  fona  crichaibh  uili  ndr'bo  coimreill  comtsohis  do  chach. 

§  56.  For  the  first  sentence  of  this  paragraph  B  bas  : 

Atrachtatair  Ulaid  iairsin,  7  ro  sinsit  a  lama  desa  da  loirg- 
feairstaibh  catba  7  da  sciathaibh  scelbolgacha  7  da  cloidmibh 
cruaidg^Va  7  da  trealmaib  dig  7  irgoili  airchena. 
-  §  57.  For  this  brief  paragraph  Bhas  a  long,  alliterative  des- 
cription of  the  fight,  winding  up  with  the  foUowing  simile  : 
Indar  lat  fa  dairge  dosmôra  darach  dluithi  'arna  diansgailt'ri  a 
m'inchrann,  7  a  railge  romora  ina  sesamh  feib  robadar  na  cwr- 
aidh  7  na  cathm'ûidh  7  na  cliathbernfl///ech  ar  marhad  a  n-ôg 
7  a  n-anȔann  [leg.  anfann]  etarra  diblinibh.  A  like  simile, 
the  sturdy  warriors  being  compared  to  unfellcd  oaks,  the 
yoLing  and  feeble  to  severed  saplings  and  brushwood,  is  in 
Calb  Ruis  na  Rig,  éd.  Hogan,  p.  42. 

§  59.  Henceforward  B  difters  widely  from  A.  Aftcr  men- 
tioning  the  places  in  which  En,  Fidach,  Caindlcch,  and  the  two 
Ons  were  slain,  it  describes  a  duel  between  Cacht  and  Oilill 
Arddgach.  At  daydawn  Fergus  cornes  tothe  Brudcn,  and  Cacht 
wounds  him  with  a  stone.  Fergus  kills  Cacht,  and  Cormac  la- 
ments  him  in  a  lay  bcginning  Gidcdh  icruoigin  ou  dehaid.  Then 
Dubthach  kills  Buanann  and  Amargin  kills  Maine.  A  fierce 
duel  ensues  between  Cormac  and  Cet  mac  Magach  ;  but  Corb 
Gaile  cornes  up,  and  he  and  Cet  overcome  Cormac.  «  The 
Book  of  Druim  Snechta  says  that  Cormac  was  beheaded,  and 
that  Anluain  mac  Magach  took  his  head  to  Athlone  ». 

Then  Dd  Choca  is  slain,  and  his  wife's  heart  is  broken  at 
Loch  Luatha. 

Only  four  Ulaid  and  six  Connaughtmen  escaped  with  life. 

Suamach's  death  from  grief  is  then  told  as  in  §  50. 

Fergus,  after  searching  for  his  fosterling,  comes  to  Cacht's 
body,  and  bewails  him  in  a  poem  beginning  Tuirsech  Hum 
Cacht  fo  sgailgeirg.  He  then  lights  on  the  corpses  of  his  own 
sons  and  comrades,  and  meets  Dubtiiach,  Amargin  and  Fiacha 
at  Cormac's  body.  He  beats  his  palms  together,  «  and  men 
say  that  it  was  tears  of  blood  that  his  eyes  were  dropping  ». 


Da  Cliocas  Hostel.  Noies.  401 

He  asks  Amargin  how  Cormac  had  fought,  and  the  story  eiids 
with  an  imperfect  copy  ol  Fergus'  lament  beginning  Uchau, 
mo  craidhi  is  cosair  cro. 

The  version  in  H.  3.  18,  ends  with  a  notice  (obviously 
taken  froni  some  other  taie)  of  the  slaying  of  Dubthach  by 
Fedhmid  with  the  famous  spear  called  Luiii  Ccltchair,  as  to 
which  see  LU.  95^  LL.  267'',  O'Curry,  Manncrs,  etc.,  II, 
324,  and  Hennessy,  Mesca  Ulad,  pp.  xiv,  xv,  37,  39. 

61.  As  to  the  Book  of  Druim  Snechta,  see  O'Curry,  Lec- 
tures 13.  It  is  cited  in  Lebor  na  hUidre,  99*,  128%  and  in  the 
Book  of  Leinster,  190^19.  It  is  siid  to  hâve  been  compiled 
in  the  fifth  century.  Credat  Jndaeits. 

§  65.  The  following  glosses  occur  on  Amargin's  poem  : 

conderaig  À,  ro  oirc  (cf.  co  riderais  À.  coro  digla,  LU.  20'')) 

digairsi  .i.  troca 

conrotacht  À.  rancus 

Rotetraig  .i.  ro  forbair 

ferna  urdlochta  À.  scietha  bristi  («  shattered  shields  ») 

§  69.  As  to  tears  of  blood,  see  Cath  Ruis  na  rig,  éd.  Hogan, 
p.  2,  and  Bugge,  Tbe  Home  of  the  Eddie  Poeiiis,  pp.  123,  223. 
The  following  glosses  occur  in  Fergus'  lament  : 

ferpu  [leg.  ferldm]  À.  bo  «  cows  » 

folearbad  .i.  bas  «  death  ».  See  Bezz.  Beitr.,  XIX,  78 

atomrai  .i,  domfainic  «  came  to  me  » 

irt  À.  bas  «  death  »,  See  hirt,  Lecan  Glossary  61. 

§  70.  The  corresponding  paragraph  in  H.  i.  17,  fo.  16%  is 
as  follows  :  IS  annsin  à^no  imacomrainic  dosom  f;-i  Dubthach 
7  fri  hAimirgin  7  ir\  Fiacha  mac  Fir  abha,  7  siat  os  cind  Cor- 
m.aic.  IS  annsin  ro  esairg  Fergz/5  a  basa  diairoile,  7  ad^raid 
comrtd  dera  fola  no  snigdiss  a  suilei.  Fa  lor  do  t/;;'uaighi  bheith 
aga  feghadh  forsan  comhairt  a  roibhi,  IS  edh  adrrid  airoile  giir' 
gabh  omhan  7  imegla  mhôr  Ferg?^^  annsin  ris[na]  c/<radhaibh  ' 
croledairtha,  7  ro  gabh  fora  moladh^  co  mor,  7  ro  tiarfa/^h 
d'Aimirgin  cmnas  ro  ier  Cormac  in  cath,  7  dubhairt  an  laid 
ann  :  Uchan  mo  cbraldï  is  cosair  cro,  7rl. 


1 .  MS.  c«?'adhaidhbh 

2.  MS.  mholadh 


402 


Whitley  Stokcs 


The  following  glosses  on  Fergus'  poem  are  found  in  H. 
3.  18.  doroibe  .i.  rodibad. 

dia  ruidbed  À.  diar'  tescad. 

§71.  The  following  glosses  are  on  Amargin's  reply  : 

/'  n-iethaib  Lo  lerdai  À.  bruidin. 

hlai  À.  faitchi. 

cen  tnu  À.  petha  (leg.  bethd). 

72.  The  colophon  in  H.  i.  7  is  as  foUows:  Conidhi  Bruidin 
da  Cog[aJ  7  Cath  Muighi  Deirg  7  Oigedh  Coxmaic  Con\o\r\gis 
maie  Conc[o]huir  comccï  sin.  FINIT  amen,  ^dha  6  DaL/(^h. 


CORRECTIONS 


155. 


P.   151,  1.   15,  for  to  tempt  read  présent 

20,  for  Conor  read  Conchobar. 

21,  dele  choba 
25,  read  will  never  plunder  us  if  it  (the  kingship)  be  with  Cormac 

7,  for  beyond  read  along 

II,  for  Thou  wast  treated  hospitably  7rû(^Young  ((^r)  were  thy 
private  parts  (fiallachiis  «  schamgegend  »  a  derivative  of 
Jial).  Ci.  nî ro  âsatar  a  reiiga  rodaim,  LU.  121b  32,  where 
the  facsimile  bas,  wrongly,  âsathar. 
1.  13,  for  will  be  read  were 
penult.  line, /or  is  put  under  read  was  fitted  to 
1.   19,  for  was  lifted  read  she  lifted  it 

1.   29,  for  thv  coming  read  that,  and  after  evil  insert  to  corne 
1.     8,  for  to  be  taken  into  read  to  take  their  (ir-righe  for  ar-rigbe, 
i.  e.  an-ri'ge.  So  il-lechtce  C  5g,  for  al-lechtae) 
2 1 ,  for  Mede  rcai  Medb 
521,  323,  325, /or  Amirgin  rgai  Amargin 
1.     5,  /or  ail  are  read  are  the  whole  of  the 
1.   18,  after  javelins  insert  and  heavy...  swords. 
1.   34,  read  And  hardily  will  what  is  in  that  house  be  defended 
1.    17,  after  night,  insert  to 
1.     2,  for  Coniach  read  Loniach 

1.     9.  read  then  the  one  host  attacked  the  other  outside 
1.    13,  for  word  read  words 

1.      I,   read  So  that  their  graves  are  still  on  the  hill 
For  most  of  thèse   corrections  I   am   indebted  to   Piofessors  Henebry 
and  Strachan. 

Whitley  Stokes. 


155. 
i57> 


316, 
317. 

3i9> 

321, 
322, 
325, 

"^7> 


SUR  LA  VERSIFICATION  DU  BRETON  MOYEN 


I.  L'intéressant  article  de  M.  Loth  sur  ce  sujet,  Rcvite  Cel- 
tique, XXI,  203-235,  commence  par  cette  énumération  biblio- 
graphique: Graiiiiiiatica  Celtiea,  2"  éd.,  p.  962  et  suiv.  ;  Dic- 
tioiuiaire  élymologiqtie  du  uioyen-bretoii  (Introduction)  ;  Rev. 
Celt.,  1892,  p.  228  et  suiv. 

Le  premier  texte  cité  ne  parle  du  breton  moyen  qu'aux 
pages  975-977.  Voici  les  vers  dont  l'explication  métrique  à  cet 
endroit  me  paraît  susceptible  d'amélioration  : 

P.  975.  na  breig  oar  he  chouc 

lisez:  na  bn'/V  oar  W-  chouc  (cf.  Rcv.  CcU.,  XI,  536)  ; 

ez  rahen  reqiu'/  crcde/  glan 
lis.  :  ez  rahen  requc/  crcd-d  glan. 

P.  976.  Cleo  Patriciwi  A'misqx. 

lis.  :  Cleo  Patr/c/-«5  di«5et 

na  gra  da  àcn  nep  termc«  drouc  en  bet 
lis.  :  na  gra  àa  den,  etc. 

Euzen  Rop^r^  credet  que/'^  a  kaerdu 

lis.  :  Euzen  Ropericred-ct  quer^à  Knerda  (prononcé  Kaeriu  ;  voir 

[Rev.  Celt.,  VI,  396). 
P.  977.  Ny  a  crethe  parfc/  dcccdct  czedy 

lis.  :  Ny  a  crt'th<;  parftV  dcced-et  tzedy 

On  pourrait  signaler  d'autres  rimes  intérieures,  mais  moins 
probablement  recherchées  ou  accueillies  avec  conscience,  à 
cause  de  leur  place,  ou  de  leurs  consonances  imparfaites. 


404  E.  Ernault. 

2.  On  peut  ajouter  ces  quelques  indications  complémen- 
taires sur  la  bibliographie  du  sujet  : 

V'^  H.  de  La  Villemarqué,  Le  Grand  Mystère  de  Jésus,  2=  éd., 
1866,  Introduction,  p.  c-civ,  cx-cxii  (l'édition  précédente, 
datée  de  1865,  doit  être  peu  différente). 

Id.,  Poèmes  bretons  du  moyen  âge,  1879,  p.  162-164. 

Rev.  Celt.,  IX,  380,  381;  XI,  loi;  (XIII,  228-247);  XVI, 
168-182,  196;  XX,  56-58,  72;  214,  217,  218;  393-399. 

Glossaire  moyen-breton,  2^  éd.,  VII,  Mil  (cf.  Rev.  Celt., 
XVIII,  iio),  390,  522,  523,  etc. 

Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  XI,  93. 

3.  Parmi  les  vers  où  M.  Loth  a  relevé  des  rimes  intérieures, 
voici  ceux  où  j'en  compterais  davantage. 

P.  204.  Pan  ofl  dflczorchet 

Ha  glor/fïïet 
Roen  het  da  qiiʫ/af 

P.  205.  T\zmat,  na  dthat  quet 

Da[7?i]  mam  douar  Mary 

Goude  pep  vilmy 

Convertisset  eu  a  nn'ez 

En  mil  leven-e^  en  gue:(^  man  (id.,  p.  226) 

Dirac  an  dut  ha  he  perscc»/aff 

He  Doe  neve:(  hac  an  Qi  anqaff 

Espres  pres-atit  ha  he  sacramantafï 

An  poent  queiit-aff,  m'e  groay  dreiza/ cla^vet 

Goal  huana/  gant  Doue'n  tat  deba/at 

P.  206.  duenom  cuffvuli-el  (pron.  itpl,  cf.  Gloss.,  XIX)  yiouel  dan 

[buguc/  frez(/rf.,  p.  216). 
Parft'i  cxed-et  hel,  hon  gray  Roue'n  ae/ez  (id.,  p.  216). 
Mar)'  en  dougas  diuam  r\e  deffou^;  \Aa))i  en  bet 
Ez  ganas  Roue'n  ouar  ]oa  en  àouar  prepdret 
Noué/,  Nout"/,  Noue/  quenomp  hd  da  roue'n  a.eltz 
Ha  hep  goap  d'e  map  (\uer  hon  salvcr  eu'rnel 
So  àzuet  entre'n  hed-is  e  langu»  a  isel 

Gant  un  merch  sder  so  preserv-et  a  pep  pednet,  bczet  sur  (sur  la  rime 

[de  c'h  avec  v,  voir  Gloss.,  578). 

P.  207.  Lavar,  den  fais,  ac  evals-c  e\  respontt;;^  t(^  dan  prt'llat? 

Racse  pxont,  dre  da  respoHf  sot,  ez  vezo  dan  dro/  un  cho/at 
Breman  ez  eo  aes  ma  esper  am  oa  pell  amstv  prederet 
Ma  study  ma  opmz-o«  voa  e  reh'g/-OK  mo«et 


Sur  la  Veisificalion  du  Breton  moyen.  405 

Da  seruichaf  Doe  guir  rocn  hct  fzof  eni  laque/  aprcl  mat 
Lesel  an  het  me  a  pred-er  [n)em  deur  nep  amscr  he  m^rat 
Goiide  an  poaii  han  doan  han  huan-at  a  prépara/  don  ta^aou 
Dre'n  aval  glas,  Mas,  a  debrai  Ram  Evn  hac  Adam  a  trt;//»/aou 
Nos  'biedelcc  goude'n  regret  maz  oa  bel  rel^rdet  an  hedis 
Hac  arrei-el  an  proiïcd-et  han  patriarcht'/  ho  covf/is 

P.  208.   Goudc  pep  anqucw,  est  nv;  va  (mieux  que  -raii,  cf.  Gloss.,  529)  S30uaz, 

[hon  boa  ha  poan  calet 
Allas,  dre  f('/  pcchc/  Eva  hon  mam  quentaffcz  oamp  clapet 
En  kaer  a  Bezlecw  ez  deuz  deomp  rein-et  pan  voue  gait-et,  na  laque/  sy 
Jesu  roue'n  douar  gant  Ma/y  [diouga/îet 

Contant  of  net  bepre/  da  compre/  poa«,  joa  ameux  gla»  pa  hoz  eux 
Me  he  dougo  un  dro  hac  em  prof/7  an  guir  am/7  hoz  eux  dif  recilct 
Pan  voagan-et  roue  a.n  hct,  gudhet  ira,  ez  dileuzra/ ga/// un  suit  eba/us 
Roue  an  prince/,  deue/  en  het  quenerfus 

P.  209.  ...  plesa/i/  sant-elpa.  he  gue/as  (id.,  p.  219) 

Ne  falla^î  pa.f  dan  cas  aitut...  (id.,  p.  219) 
Nouel  queno/7/^,  joaeuso/H/Jgla«  gant  diboa//  brema//,  pobl  an  bet(;'J., 
Greomp  m^//!e//d^  dan  map  b/han...  (id.,  p.  220)  [p.  220) 

P.  214.  Lest  hoz  safïar  ha  darbaz-et 

Ne  ret  en  certe//  tra  en  bet  , 

P. 21 5.  Pe  gounezet  huy  ouz  cr/'al 

Nac  ober  tourma///  na  scaH^al 

Pan  dlehech  farcza/  eva/hen 

Cza  /  travelle/,  laboure/  ten 

Mar  da  moues  dan  ma/chat 

Ha  caflfout  corapagnun  mat 

Hac  e  reo  da  evaflf 

Joaiusama///  dre  cara/z/ez 

Ha  dan  m^esXres,  guerche:^,  Rouane:;;  chuec 

Bras  eo  he  gloar  e  m-em-oar  pep  cloa/ec 

P.  216.     Dre  pen  hon  ta/  Ad-aiii  ez  viomp  conda;//nct 
Da  bout  en  ifern  yen  en  anqud//  ha  pez/et 
Dezy  gant  Gabr/el 
Ez  voue  reve/et 
Ez  vyse  ma/  ha  d-in  quif///  an  Dr/';/det 

P.  217.  Dre  vuhelte/  a  gaoude/  he/us 

E  langue  a  /5el 
TudaoK,  quchezlao//  mat 
Deompnv  prof/c/at 
Quenomp  c/// [hac]  z7//;el... 
Ha  dinaw  d'e  mam  chuec... 


4o6  E.  Erihiiili. 

P.  218.  Hon  quentaff  tat  Ad^m 

Hac  eat  da  It'vt;nez 

An  map  man  a  g^Has 

E  quentt'Z  gut'/uomp 
Rouant'5  an  tens-or,  cosquor  cnoromp 

Don  guir  advocaihs 
Merch  caeir,  impalae^res 

Hon  miestres  nessâi 
Ny  a  dl^  revexant  en  em  prescH/aff 
Tx\ie:{  ouz  hon  bt':^aff 
En  àtûoue  roiie'w  glen 
Pan  eo  cren  disque;/»et 
BrenKî;/  àa  vout  gawet 
Gant  un  merch  he  gue'/rWet 
Parf(7//  a  couàct  net 
Graci;/5  dreyst  m;/5ur 
Hegara/  dreyst  na/ur 
Merch  IIIh;-  so  fH/-met 

P.  220.  En  un  merch  guerch-es  ma«trt'i  net 

Ez  voue  concevet  competant 
Salver  an  het  het  ha  Ici/an 
Don  ober  glan  hac  ava«ant 
Evel  an  sderder  dre'n  gueiren 
Hep  bizcofl;^  courrompaff  goa^en 
Ez  ganat  Doue,  guir  roue  an  glen 
En  craou  un  àsen  voar  fouc»  pur 
Nouel  quenoinp,  na  idlomp  quet, 
Pan  eo  deuet  Doue,  roue'n  profF[o]t'Jet 
Voar  an  bet  man  da  bout  g<n/et, 
Maz  omp  sulvet,  lamt'/ a  poan. 
Ganet  eo  Doue,  guir  ro;/t''n  phucàou, 
Gant  rouans  an  guerch«aou, 
Evit  lumet  hon  pechaiaou, 
Reiff  deomp  goulao»  ha  disrto»zan. 

P.  224.  ...  gant  nep  sceurt  den  ncn  soutt'«at 

P.  223.  Me  guel  un  merch  hervcz  he  àerch  guerches 

Oa  he  studj)'  dont  don  t-y  ah'es 
Me  a  ia  partout  da  gouzout  dio»/y 
Petrfl  a  mat  a  gra  en  ahaty 
Ha  he  sourc/  ha  he  onip/n/on  (id.,  p.  227) 
Devotio/i  he  deveux  da  do«et 
Lrutîret  spes  ac  ef  so  hoz  cspcr 
Ret  vezo  ïun  ober  alusunou 
Dirac  roen  tro«  ober  oresoKOU 


Sur  la  ViisifiCiUion  du  Breton  moyen.  407 

Dre'n  vertuzio;*  devoticnc»  bras 
Quentafï,  hep  go;/,  entre  menerAou  tan 

Ou/  an  re  man  cred-et  g\an  pep  manycr      . 
Digra.ci-us,  outragi/;5  ez  ruser 

P.  226.  C^rguct  a.  prenden 

Hac  ho  qudt';;«as 
Neuse  tut  he  ty 
i:/;  rt;;;onc/as 

P.  227.  Da  gouzout  scltT  a  huy  V('  quérncret 

Rouanez  try  d/ouz  Or/cnt 
Hen  saUid(75  pan  ]a\-aras  ave 
Joa  pli'//  en  cfiaon,  quchezhw»  L(o/(en  (/</.,  p.  232) 

P.  232.  Dre  hon  Uit  Ad-aiii  lùiiii  oaniphlaniet 

Breman  oump  prenez  nen  em  douel-et  den 

4.  Les  deux  exemples  donnés,  p.  227  (cf.  225),  pour  mon- 
trer que  le  vers  de  10  sylkibes  (4  -\-  6)  n'a  besoin  que  de 
deux  syllabes  rimant  intérieurement,  sont  donc  très  peu  con- 
cluants; il  y  a,  d'ailleurs,  contradiction  avec  la  p.  231.  On 
peut  voir  sur  cette  question  l'Introduction  au  Mystère  de  sainte 
Barbe,  p.  viii;  Rev.  Celt.,  XIII,  238. 

La  rime  intérieure  ne  force  pas  à  couper  les  syllabes  de 
façon  uniforme:  unan  peut  rimer  en  un  ou  en  //,  ternien  en 
erui  ou  en  er,  etc.  Si  un  vers  régulier  comme 

Ober  al«-sH-nou 

s'ajoute  à  un  autre  élément  initial,  celui-ci  doit,  en  principe, 
être  terminé  par  la  même  voyelle,  et  c'est  ce  qui  arrive  le  plus 
souvent.  IVf.ais  on  trouve  aussi  la  rime  plus  riche,  avec  con- 
sonne d'appui  : 

Ret  vezo  hin,  ober  al»s;(»ou, 

Dirac  roen  Xroii  ober  oreso«ou  (p.  225) 

comme  s'il  était  possible  de  prononcer  à  la  fois  alusnn-oii  et 
alusu-nou,  oreson-ou  et  oreso-nou.  La  rime  intermédiaire  est, 
en  ce  cas,  remplacée  par  une  simple  assonance;  ce  qui  peut 
arriver  pour  d'autres  sortes  de  rimes,  comme  dans  le  vers  du 
Grand  Mystère  de  Jésus  : 

Pezr,  chcàe  so:  ne  goujot  quet; 

voir  le  Credo  du  xv^  siècle,  etc. 


4o8  E.  Einaiilt. 

Le  rapport  paraît  renversé  dans 
Allas,  dre  fct  pechet  Eva  hon  mam  qucniaff  ez  oamp  clai'Ct  (p.  208), 

ce  qui  serait  assez  conforme  au  7=  vers  de  la  même  page,  qui 
rime  en  -a,  —  at,  ant,  at,  at-;  mais,  outre  qu'on  peut  lire 
quentrt,  cLr-ver,  une  prononciation  *Evaff  n'a  rien  d'impro- 
bable, cf.  Gloss.  v.  assamblajf,  finessaff,  gorgaff,  par  2,  rae  ;  tré- 
corois  Fontanellah,  La  Fontenelle,  Annaù,  Anne,  ro:^èran,  ro- 
saire, etc.  Un  échange  contraire,  entre  -//  et  -i,  explique 
l'hémistiche 

...  an  guir  am/7  hoz  eux  dif  rec/7et  (p.  208). 

Une  autre  circonstance,  dont  M.  Loth  n'a  point  parlé,  peut 
dispenser  d'un  second  écho  à  l'avant-dernière  syllabe:  c'est  la 
présence  d'une  rime  intérieure  différente  : 

Dre'n  vertuzioH  devo-tio-noH  bras  (p.  223). 

5.  Je  ne  crois  pas  que  les  rimes  intérieures  puissent  se 
croiser  de  la  façon  admise  p.  206,  pour  deux  vers  de  la 
strophe  5  de  sainte  Nonne  (partie  moins  bien  conservée  que 
le  reste  du  Mystère).  Le  texte  était  peut-être  quelque  chose 
comme 

Gant  roen  stcr  anter-in  ez  voe  predestinet 

Pep  tra  gret  gant  henw;/,  quent  maz  crouat  an  bet 

6.  La  distinction  signalée,  p.  220,  entre  les  deux  parties 
du  distique  20  des  NoueJou  n'est  pas  exacte  :  le  second  vers 

Saluer  an  bel  het  ha  \ed-au,  Don  obcr  gla«  hac  i;ua«ant 

est  aussi  régulier  que  l'autre. 

7.  La  correction  de  ane:^e  en  a  neve:^  dans  Un  giii\  ane^' , 
NI  411,  p.  206  et  216,  est  impossible,  les  5  autres  strophes 
de  la  pièce  reproduisant  exactement  le  même  rythme  :  Salué/ 
an  hcd'ïs,  GaneZ  pan  edoà,  etc.  Il  en  résulte  que  le  moy.  bret. 
se  passait  quelquefois  de  rime  finale;  ce  que  M.  Loth  admet, 
d'ailleurs,  p.  220,  pour  NI  356. 

8.  Le  vers  de  7  syllabes  est  inconnu  en  moyen-bret. 
d'après  les  p.  212,  214;  cependant  un  exemple  en  est  cité, 
p.  215;  cf.  Rcv.  CeJt.,  XVI,  173-176. 


Sur  la  Versification  du  Breton  moyen.  409 

9.  Levers  de  17  syllabes  est  indiqué,  p.  214,  comme  ne 
se  trouvant  plus  dans  les  chants  populaires  bretons.  Il  existe, 
du  moins,  dans  les  œuvres  du  chanteur  populaire  Yann  ar  Mi- 
nous,  cf.  Rev.  CeJt.,  III,  495;  voici,  par  exemple,  la  dernière 
strophe  de  son  Histoar  veritabl  ...  ar  c'honî  bras  Mac-Mahon  : 

A  piou  bennac  a  Jczir  clcvet  piou  ez  eo  ar  c'hompozitcur 
Deus  ar  ganaouen  a  meus  caned,  dirazoc'h,  aman,  ma  brcudeur, 
Me  a  responto  buan  dean  ez  eo  hanvet  lann  Ar  Minous. 
Ann  hano-ze  n'en  gav  inscrive!  déjà  en  lies  a  barous. 

La  même  signature  poétique  se  lit  dans  un  rythme  voisin,  à 
la  fin  de  la  chanson  Ar  nicinoar  horrupi  ha  spouronus  ...  ann 
ircitoiir  lach  Ba::^aine  : 

A  piou  benag  a  dezir  clêvet, 
Piou  e'z'eo  ar  c'hompoziteur, 
Deus  ar  recit-man  a  meus  canet, 
Dirazoc'h  aman,  ma  breudeur, 
Min  a  responto  buan  dean, 
Vêl  ma  rafen  da  bep  unan, 
Hen  deus  ann  heur  hirie  da  vean, 
Hanvet  dre-oll  ar  Minous,  Yann. 

Cette  dernière  mesure,  qui  ne  diflère  de  l'autre  que  par  la 
rime,  est  bien  de  nature  populaire,  comme  le  constate  M.  Loth, 
p.  214. 

10.  «  La  coupe  ...  des  vers  de  10  syllabes,  ne  partage  pas  le 
vers  en  hémistiches  de  5  »  (p.  208).  Cependant  M.  Loth 
cite,  p.  232,  des  vers  de  cette  sorte  coupés  au  milieu,  en  disant 
qu'il  n'en  a  trouvé  d'exemple  que  dans  les  Anciens  Noëls.  Il  y 
en  a  une  autre  source  importante,  c'est  la  comédie  des  Amou- 
rettes du  vieillard;  cf.  Mém.  Soc.  ling.,  XI,  93;  GJoss., 
390,  etc.  ;  malheureusement  on  n'en  a  plus  que  quelques  pas- 
sages conservés  par  des  citations  de  D.  Le  Pelletier.  Le  nis. 
Roussel  en  parle  aussi,  mais  son  auteur  ne  paraît  la  connaître 
que  par  les  extraits  qui  ont  trouvé  place  dans  le  Dictionnaire 
de  Le  Pelletier. 

11.  «  Aucun  des  chants  prétendus  anciens  du  Bar~a~-Brei:^ 
ne  peut  remonter  aux  anciens  bardes,  sans  parler  des  druides: 
dans  aucun,  on  ne  trouve  trace  de  la  métrique  en  vigueur  jus- 
qu'au xvii'^  siècle  »  (p.  235,  cf.  262).  Ceci  ne  permettrait  d'ac- 


410  E.  Ernauh. 

corder  à  aucune  chanson  bretonne  connue  plus  de  deux  siècles 
et  demi  d'existence:  les  Gu'cr:^ion  et  les  Sonioii  Brci::^-I::^i'l  ne  sont 
guère  plus  riches  que  le  Bar:ia~-Bri'i-  en  rimes  intérieures. 

Mais  en  appliquant  le  même  critérium  à  d'autres  vers  dont 
l'ancienneté  est  paléographiquement  établie,  on  arriverait  à 
des  athétèses  excessives.  Si,  par  exemple,  les  textes  des  Middle- 
Brctoii  Hours  étaient  restés  populaires,  on  pourrait  leur  Elire 
très  souvent  le  même  reproche.  On  ne  doit  pas,  d'ailleurs, 
refuser  à  la  transmission  orale  la  faculté  de  renouveler  et  de 
restaurer  continuellement  la  forme  des  vieilles  choses  qu'elle 
adopte  ;  c'est  ce  qui  arrive  même  pour  les  documents  écrits. 
Le  Mystère  de  saint  Guénolé,  tel  que  l'a  publié  Luzel,  a  assez 
peu  de  traces  de  la  versification  ancienne,  pour  que  son  édi- 
teur ne  les  ait  point  aperçues;  cela  n'empêche  pas  qu'il  dérive 
d'un  texte  composé  d'après  le  système  classique  qui  prévalait 
en  moyen-breton  (cf.  Rcv.  Cclt.,  XX,  229,  etc.).  Il  peut  en 
être  de  même  pour  plus  d'un  chant  encore  existant,  parmi 
ceux  du  Bar:(a:(  Bici:(  et  des  Gzuer:^iou. 

Cette  absence  de  rimes  intérieures  dans  le  Bai^a::;^  Brci:{  peut 
s'ajouter  aux  raisons  qu'a  im  valoir  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
ville,  Refv.  Celt.,  XXI,  260-266  contre  l'opinion  de  Luzel,  qui 
attribuait  à  H.  de  La  Villemarqué  la  composition  de  plusieurs 
chants  de  son  recueil.  Car  —  si  l'on  excepte  Le  Gonidec,  qui 
a  traduit  le  Mystère  de  Sainte-Nonne,  mais  n'a  jamais  sacrifié 
aux  Muses  d'Arvor  —  H.  de  La  Villemarqué  était,  de  tous 
les  Bretons  nommés  dans  l'instructive  étude  de  M.  d'Arbois 
de  Jubainville,  le  seul  qui  eût  des  notions  précises  sur  la  ver- 
sification du  breton  moyen,  et  qui,  par  conséquent,  aurait  été 
tenté  de  s'en  ser\ir  pour  colorer  des  pastiches  de  poésie  an- 
cienne. 

12.  Au  lieu  de  rimes  internes,  c'est  l'allitération  que  l'édi- 
teur du  Bar:ia;:^  a  cru  trouver  dans  plusieurs  pièces  tenues  par 
lui  pour  les  plus  antiques  (éd.  de  1867',  p.  lxiii,  lxiv,  24, 
34,  48,  51,  55);  tandis  que  M.  Loth  (p.  233,  234)  regarde 
ce  procédé  comme  étranger  à  la  poésie  armoricaine.    Si  son 


1.  Outre  les  deux  tirages  signalés  Rcv.  Celt.,  XXI,  260,  il  en  a  paru  un 
autre,  vers  l'époque  de  la  mort  de  l'auteur. 


Sur  la  Versification  du  Breton  mo  en.  411 

emploi  systématique  était  réel  dans  le  Bar::^a:^  Brci:{,  il  fluidrait 
donc  l'attribuer  à  une  imitation  savante  du  gallois.  Mais  dans 
ces  chansons  bretonnes  l'allitération  est,  la  plupart  du  temps, 
douteuse,  et  en  tout  cas  fort  intermittente;  on  sait  que  cela 
peut  arriver  dans  beaucoup  d'autres  langues  ;  cf.  V.  Hugo, 
Les  Châtiments  : 

La  Marseillaise  ai/ée  et  vo/ant  dans  /es  /;a//es, 
ies  homl'cs,  /es  o/;us,  /es  tam/;ours,  /es  cymbales. 
Et  ton  rire,  ô  K/e/'er! 

«  Le  vin  des  Gaulois  »,  où  elle  se  montre  le  plus  clairement 
—  ce  qui  peut  tenir  à  la  nature  du  sujet  —  ne  justifie  pas  en- 
core la  remarque  qui  suit  :  «  La  pièce  entière  est  régulièrement 
allitérée,  comme  les  chants  des  bardes  primitifs  ».  On  pourrait 
l'appliquer,  avec  autant  de  vraisemblance,  à  la  chanson  des 
maçons  dans  le  Mystère  de  sainte  Barbe,  petit  texte  qui  a 
quelques  chances  d'être  le  plus  ancien  spécimen  conservé  de 
la  poésie  populaire  en  Bretagne: 

fvelhen  fu  o-ounit  o^loat  hac  cbataft 

fvelhen  eu  crounit  ^loat; 

Mar  (h  woues  dan  marchât, 

Ha  caffoiit  rompagnun  mat, 

Hac  e  reo  da  ewaff 
i:velhen  t'u  o-ounit  o-loat  liac  fbataff. 

E.  Ernault. 


INFIXED  d  IN  CONDITIONAL  SENTENCES 

IN  OLD  IRISH 


Attention  has  been  repeatedly  called  to  an  infixed  d  in 
conditional  sentences  inOldlrish,  cf.  Sommer,  Celt.  Zeitschr,, 
I,  2iS  sq.,  Pedersen,  KZ,  XXXV,  408,  Thurneysen,  Idg. 
Anz.  IX.  191.  Its  grammatical  function,  however,  has  not 
yet  been  defined.  The  following  is  an  attempt  to  fix  the  usage. 
Unfortunately  the  material  is  in  some  waysnot  very  abundant. 
I  hâve  tried  to  supplément  what  is  found  in  the  Old  Irish 
Glosses  by  a  search  in  other  old  texts.  But  in  thèse  I  hâve 
found  very  few  instances;  the  reason  is  that  in  them  this 
type  of  conditional  sentence  is  very  rare.  However,  though 
someof  the  détails  are  uncertain,  the  gcncral  principle  is  clear 
enough.  I  will  first  give  the  material,  and  then  otier  some 
remarks  upon  it. 

SIMPLE   VERBS 

Présent  indicative. 

fremat  licet,  uc\  feruet,  .i.  cianud  brulhiiaigcdcir.  Ml.  121M5. 
licet  ...  incinatur,  g.  cianud  chanar.  Ml.  I35''6. 

ar  cia  sluiiidid  (subjunctive)  hriaîhar  persin,  ni  fris  aricht  fri 
slond  persine,  ad  is  fri  slond  giiimo  persine  principaliter  aricht, 
ceniid  sliiindi  persin  consequenter,  «  for  though  a  verb  express 
person,  it  was  not  invented  for  that,  to  express  person  ;  but  it 
was  invented  principaliter  to  express  action  of  person,  though 
it  does  (as  a  matter  of  fact)  express  person  consequenter  ».  Sg. 
197"  II. 


infixed  à  in  Condiùonal  Sentences.  4I  j 

scd  hoc  intcrest  intcr  praepositiones  et  coniunctioncs,  .i. 
ccnod  chosiihiiligclcr  hi  cnmscugud  aiccend,  «  tiiough  thcy  arc 
alike  in  the  motion  of  accents  ».  Sg.  2 12'' 2. 

cenod  lahratar  inl  saihn  desiinn,  ni  lahrathar  sahn  dia  chômai r- 
hinrt  hinlh  aiiial  uodlabrathar  in  sahnsa,  «  tliough  the  psahns 
speak  of  Him,  no  psahii  speaks  of  His  life,  as  this  psahii 
does  ».  Psalt.  Hib.  370. 

Cf.  aiso:  quanquam  .i.  cinud.  Sg.  I7''3. 

ntanud  tectid  na  htiiïise,  inplete,  «  if  ye  havc  ail  thèse  things, 
impiété.  Wb.  23^  11. 

si  autem  aliquid  nocuit  tibi,  aut  débet,  g.  inauud  dlegar  ni 
do,  «  if  there  is  any  claim  upon  him  ».  Wb.  32'  18. 

si  ...  finit,  g.  nianud  chinn.  Sg.  197^  12. 

manod  iecbtaid  deseirc,  «  if  ye  hâve  charity  ».  Fél.  Oeng., 
Ep.  388. 

dathluchelhar  int  intlimht  cenid  Icci  in  metur  tabairt  ind  anmae 
triuin  frismiainm  n-adiacht,  «  the  sensé  demands,  though  the 
nietre  does  not  allow  of,  the  putting  of  a  substantive  with  the 
adjective  ».  Ml.  30"  10. 

■robiat  ar  chuit  folid,  cenid  rubat^  ar  chiiit  sain,  «  they  may 
be  as  to  substance,  though  they  cannot  be  as  to  sound  ».  Sg. 

manid  chretid  esséirge  crist  et  mortuorum  nibiiôibfea  for  n-ires 
in  chrnlh  sln  et  nibscara  fri  bar  pecthu,  «  if  ye  are  not  believers 
in  the  résurrection  of  Christ  and  the  dead,  in  that  wise  your 
faith  will  not  sanctify  you,  and  it  séparâtes  you  not  from  your 
sins  ».  Wb.  13''  19.  For  the  indicative  cf.  13'' 21,  and  (nia)nid 
chretini  (a  ess)eirgc  13^  10. 

ipsi  uos  probate,  ...  nisi  forte  reprobri  estis,  .i.  net  nnmid 
cbonialnid  arropridchad  di'tib,  «  unless  ye  are  fulfiUing  what  bas 
been  preached  unto  you  ».  Wb.  18'' 7. 

If  there  is  an  infixed  pronoun,  then  d  is  not  inserted,  nia- 
nubbailsiniseWb.  8''i,  cennsJabratar  1 2^*28,  maniimgaibi  32*16. 
In.Wb.  12^'  10  Stokes  and  Zimmer  expand  sulbi-  into  sulbi- 


I.  Cf.  Thurneysen  KZ.  XXXVII,  66  sq.  In  LU.  56b  30  ilon'i^ciiiiuiis  iii'is 
explaiiicd  by  rofetjaimniais  a  deiioni,  «  we  should  be  able  to  do  it  »,  which 
is  interesting  as  shewing  how  the  force  of  ro-  was  felt  hère  by  an  Irishman . 

Revue  Celtique,  XXI.  28 


414  -  J-  Strachan. 

rigini,  but  we  should  read  thc  subjunctive  cia  sidbirigcr,  which 
suits  the  Latin  context  better. 

An  infixation  oîd  is  also  rcgular  in  thc  impcrsonal  fil: 

cenod  fil  cholarsnaiaiih  etarru,  a  though  there  is  contrariety 
between  them  ».  Sg.  29^  17. 

cenod  fil  posit  Grccda  do,  «  tliough  it  bas  a  Greek  positive  ». 
Sg.  192" 5. 

cenod  fil  a  n-crchre,  «  though  there  is  defect  of  them  ».  Sg. 

i93''7- 

cenud  fil  gnhn  7  chésad  hi  siiidiu,  «  though  there  is  action 
and  passion  therein  ».  Sg.  209**  29. 

vianud  fel  in  spirut  nâib  indiumsa,  <(  if  thc  Hoh'  Spirit  is  in 
me  ».  Wb.  1 1'^  I. 

mamid  fil  etir  a  foraiihmct  ku,  «  if  there  is  mcmory  of  them 
at  ail  among  them  ».  Ml.  loy'  12. 

cinid  fil  chai  ri  linu,  <'  though  there  is  no  fault  with  us  ». 
Ml.  30^2. 

cciiid  fil  coiuparil  masc-  1  femi-  Iciss,  «  though  it  bas  no  mas- 
culine or  fcminine  comparative  ».  Sg.  46' 15. 

With  infixed  pronoun  we  find  vuuiudiilfieil,  «  if  ye  arc  », 
Wb.  19' 20,  ciuiiifil,  <(  though  wc  are  not  »,  Wb.  16'' 9. 


Imperfect  indicative. 

ciiuiiid  adhiiriaigtis  [s\oi)i  dai)isa ,  ha  niadacdoih,  "  though  they 
used  to  oppose  me,  it  was  vain  for  them  ».  Ml.  19"  5. 

Prcterite  indicative. 

ciarnd  chmilalar  ilbélre  et  cenuslahratar,  «  though  they  bave 
heard  many  tongues,  and  though  they  speak  them  ».  Wb. 
12^' 28. 

cciud  bai  ludas  occa  îhindnacol  soin  et  ccarud  halnr  ludei 
4"*  13,  «  though  ludas  and  the  Jews  wcre  giving  Him  over  ». 
Wb.  4"  13. 

ciarud  bôi colin n  ind>i,  «  though  there  was  flcsh  about  him  ». 
Wb.  26^23. 


Infixed  d  in  Conditional  Sentences.  41 5 

ciarod  balar  tirbilbi  aili  foiiiii,  «  though  thcrc  havc  bcen 
other  troubles  upon  us  ».  Wb.  14''  13. 

ciariid  mrechlni^estar  so[}ii\  briathra,  «  though  he  has  varied 
words  ».  Ml.  123''  13. 

ciarud  bôi  aururas  fonii,  «  though  there  was  haste  on  me  ». 
Ml.  2^3. 

ciarud  bâ  i  n-iinniud,  «  though  I  hâve  been  in  trouble  ». 
Ml.  44''  19. 

marud  baitsins  ihich  n-tvlc,  «  if  I  hâve  baptized  any  other  ». 
Wb.  8^3. 

iiianid  prcdchiscni,  «  if  we  hâve  preached  ».  Wb.  10^9, 

marud  scarsid  fri  tola,  «  if  ye  liave  parted  with  desires  ». 
Wb.  27^^30. 

marud  choiscsct  a  iii-iiiiiintir,  «  if  they  hâve  corrected  their 
household  »,  Wb.  28--' 7. 

ccnid  fciarsa  a  u-dJigcd  n-isin,  «  though  I  know  not  that 
principle  ».  Ml.  5  )''  21. 

With  infixed  pronoun  maru-s-bôi  ^  di  huutaJdôit,  «  if  she  has 
had  the  humility  »,  Wb.  28'^'29.  In  the  2  pi.  we  find  ccruhaid^ 
fo  phcccad,  «  though  ye  hâve  been  under  sin  »,  Wb.  3''  19. 

Past  subjunctive. 

cernd glanfa  tri  baitbis,  n'ita  cuiiuicc  docbâingiiiiii,  «  though  it 
should  hâve  been  purified  through  baptisni,  it  has  no  power 
tor  well-doing  ».  Wb.  4-' 6. 


COMPOUND  VERBS 

Présent  indicative. 

ciasidbiursa  non  imputebatur,  «  though  I  sa}'  «  non  iiupiita- 
batur  »  ».  Wb.  3''  2. 


1.  For  the  construction  cf.  Thurneysen,  CZ.  II,  77. 

2.  It  is  to  be  noted  that  tlie  prcterite  of  the  copuLi  has  not  infixed  d. 


41 6  J.  Strachan. 

ciasidhiursa  a  huith  huandi  as  uitis,  «  thoiigh  I  say  that  it  is 
from  uitis  ».  Sg.  STS- 

ciasidbiursa  friisii  Atho  7  athos  do  huit]},  «  though  I  sa}-  to 
you  that  it  is  Atho  and  Athos  ».  Sg.  106''  4. 

ciasidhiursa  uetus,  «  though  I  say  uclus  ».  Sg.  109=" 2. 

ciasidciamni  titlu  re  cech  oin  salin,  «  though  we  see  titles 
before  every  psalm  ».  Ml.  2"^ 4. 

ciasidfiadat  (MS.  ciarfiadat')  ^  soin  dundicfct  in[na^  fochaidi, 
«  though  the}^  déclare  that  the  tribulations  will  so  corne  ». 
Ml.  19''  II. 

huarc  uândunlauaic  a  carachlar  ciaridherain  a  céill  a  prono- 
minibus,  «  because  their  character  bas  not  corne  to  us,  though 
we  get  their  sensé  from  pronouns  ».  Sg.  26''  2. 

fremat  licet,  g.  ciaridsrena.  Ml.  121M4. 

ciadudfailci  don-,  «  though  it  yields  ».  Ml.  m'' 23. 

licet  ...  praeminant,  .i.  cia  dudrôscat  Ml.  121^3. 

ma  dudesta  ni  di  har  n-iris,  iccfidir  per  aduentum  nostrum, 
«  if  aught  is  lacking  to  your  fiith,  it  will  bc  supplicd  »,  etc. 
Wb.  25=^30. 

cenid  acianini  «  though  we  do  not  see  ».  Bed.  V.  1^3. 

cenid  tahairsiu  digail,  «  though  Thou  dost  not  inflict  punish- 
ment  ».  Ml.  106''  13.  So  manid  tahair  digail,  91^  17. 

cenitahair  f=  cenid  tahair)  scm  desemrecht,  «  though  he  does 
not  give  an  example  ».  Sg.  202^  3. 

cenid  déni  stoirier,  «  though  the  commcntator  does  not 
make  it  ».  Ml.  Sô**  33. 

nianid  tarti  ^  ccnae  da,  «  unless  God's  knowledge  bas  given 
it  ».  Ml.  57'' 7. 

manid  frescai  (sic  leg.),  «  if  thou  expectest  not  » .  Fél. ,  Jul  .19. 

With  infixed  pronoun  cia  du-sn-adhat  Ml.  133'').  Without 
d  :  ciashiursa  Wb.  2^  18,  ma  inifolngi  io<^  13. 


1.  The  correction  is,  I  think,  due  to  Nigra. 

2.  Cf.  co  (tiifaitced  don  Ml.  35'^  2,  nadtaiilaic  don  Ml.  131^2,  dofarlaic  don 
Tur.  102. 

3.  Cf.  Thurneysen  KZ.  XXXVII,  65.  But  at  p.  73  n.  2,  I  do  not  think 
that  dia  tarta  is  indicative;  at  least  I  hâve  never,  so  far  as  I  remember,  met 
with  dia  n-  =  «  if  »  foUowed  by  an  indicative.  It  scems  to  =  dia  tartae 
and  to  be  2  pi.  of  the  past  subjunctive. 


Infixcd  d  in  ConJitiorial  Sentences.  417 


Iniperfcct  indicative. 

cenid  epertais  soin  ho  briathraib,  dagnilis  ho  i^nimaib,  «  though 
they  Lised  not  to  say  it  in  words,  they  used  to  do  it  in  deeds  » . 
Ml.  28^8. 

Preteritc  indicative. 

ciasidiiibartsa  nad  tintaesiu,  «  though  I  hâve  said  that  thou 
shouldst  not  transhite  ».  Mi.  ^  15.  Similarly  GG"  i. 

ciasidrubiirtsa  a  m-biiith  a  nominibus,  «  though  I  hâve  said 
that  they  are  from  nouns  «.  Sg.  58''  i. 

ciasidruburt  frit  tuas  alter  utra  pro  altéra  utra,  «  though  I 
hâve  said  to  you  above  alter  utra,  etc.  »,  Sg.  75''  r. 

ar  ni  iouis  geni-  indi  as  iuppi-  ciasidruburt  ti'ias,  «  for  the 
genïiWe  o[ luppiter  is  not  louis,  though  I  hâve  said  so  above  ». 

Sg.  9f  3- 

ciasidruburt  iiand giu'itlj  .cum.  bi  coins-,  «  though  I  hâve  said 
that  cum  is  not  customary  in  composition  ».  Sg.  218^'  6. 

nisnulcinairbfc  ciasidroillisset,  «  Thou  wilt  not  slay  theni  ut- 
terly,  though  they  hâve  deserved  it  ».  Ml.  77^  15. 

ciarudreig^  soin  nainboi  rcincisiu  die  de,  «  though  he  had  com- 
plained  that  there  was  no  providence  of  God  for  him  ».  Ml. 
50^  I. 

ciaridroga[r]t  side  dîmsa  do  guidi  siii,  «  though  he  had  for- 
bidden  me  to  pray  to  thec  ».  Ml.  132-^  10. 

ma  dudéll  ni,  «  if  he  has  stolen  aught  ».  Wb.  22''  7. 

ciadudrigni  dia  môr  di  niaith  erriu,  «  though  God  had  done 
much  good  for  them  ».  Wb.  ii''20.  Similarly  ma  dndrignius 
ni,  Ml.  23"  27. 

cia  dodrigénsid  cosse,  «  though  ye  hâve  done  it  hitherto  ». 
Wb.  20^^  3. 

cia  dudfutharcair  a  bas,  «  though  he  desired  his  death  ». 
xMl.  52. 


I.  Leg.  ciaridréig. 


41 8  ,/.  Stidclian. 

ma  dodrnmenatar  alaaili  nomhciis  i  nocn  rainn,  «  though 
others  hâve  ihought  that  the}'  are  in  one  part  ».  Sg.  27^  18. 

cia  dodchomviar  foi,  «  though  we  hâve  gone  under  it  ». 
Wb.  23'*23^ 

ma  dîidrimîhirid  dis  carcre,  «  if  she  has  ministered  unto  pris- 
oners  ».  Wb.  28*^  30. 

si  ...  conuenerunt,  g.  ma  immidarnactar.  Ml.  ly**  19. 

a  n-icc  ide  cinid  ariJIset,  «  their  salvation  though  they  hâve 
not  deserved  it  ».  Wb.  4^  39. 

manid  tesarbi  ni  di  maith,  «  if  no  good  has  been  lacking  ». 
Wb.  28^31. 

Without  d,  ma  arroéit  Wb.  28'^  28,  ciaranibartat[ar]  Ml. 
91^'  I,  ma  duroghusa  Ml.  23'-'  13,  ma  fiiroiUisscmni  Ml.  iio'^Sj 
ci  forrâsiissa  Aug.  Car.  40. 

On  the  subjunctive  cinidaccastar ,  Wb.  26''  12,  see  below.  In 
Ml.  3 5"  8  maniicntis  is  hardly  anything  but  manidentis,  cf. 
75'^2,  Y\kt  frîsnatorus  y[\.  46^12,  nitémit  Wb.  24^25. 

We  are  now  in  a  position  to  see  the  syntactical  function  ot 
the  infixed  d  in  conditional  sentences  ;  its  function  is  very 
plainly  to  mark  the  indicative  conditional  clause.  Most  of  the 
instances  cited  above  are  clearly  indicatives.  In  the  few  cases 
where  the  ending  is  ambiguous,  we  are  justified  in  placing 
the  forms  in  accordance  with  the  gênerai  rule.  The  only  case, 
so  far  as  I  can  see^  in  which  any  objection  is  likel}-  to  be  rais- 
ed  to  this,  is  where  licet  followed  by  a  subjunctive  mood  is 
translated.  But  in  Ml.  135^6  cianud  chanar  must  be  from  its 
form  indicative-,  and  the  others  instances  are  to  be  judged  of 
in  the  same  way;  the  glossator  followed  his  native  idiom, 
which  hère  differed  from  the  Latin.  Among  the  ver}-  nume- 
rous  instances  of  the  subjunctive  mood  in  the  Glosses  I  hâve 
noted  only  two  with  infixed  d.  Thèse  are  ccrud glauta  Wb.  4^6, 
and  cinid  accastar  Wb.  26^"  12.  The  former  is  very  interesting. 
In  a  paper  on  the  Subjunctive  Mood  (Trans.  of  the  London 


1.  Cf.  ma  dodaiiic  YBL.  gjb  is  =  mi  dothanic  LU.  86^  59. 

2.  Cf.  Thurnevsen  KZ.  XXXVII  104  sq.  But  that  aniaiimfoliigar  Wb. 
lO'-'  1.4  should  bc  déponent  is  hardly  crédible.  The  verb  is  very  comnion, 
and  does  not  elsewhere  shew  déponent  forms.  Should  we  read  possibly 
ariiariiiifohïgd  «  that  it  may  not  cause  ?  » 


I  II  fixai  d  in  Conditional  Sentences.  419 

Philological  Socict)',  1897)  pp.  126  sq.  it  has  bccn  suggcstcd 
tliat  thc  suh]uncû\'c  ccrnd glaiila  is  bascd  on  an  indicative  ccruci 
<^ltiiiih}.  The  présence  ofthe  d  confirms  the  suggestion;  unfor- 
tunately  the  instance  is  an  isolated  one.  As  to  riiiid  accastar 
I  can  only  note  it  as  an  exception;  the  regidar  /;w;//  accaslar 
is  found  Ml.  50-' 5.  It  is  possible  that  the  glossator  began  as 
thoLigh  he  were  to  put  an  indicative,  and  then  changed  sud- 
denly  to  the  subjunctive. 

In  négative  sentences  after  ceni,  iiiani,  d  is  regularly  inserted 
exccpt  where  there  is  an  infixed  pronoun.  This  rule  may  cast 
light  on  sonie  doubtful  cases  referred  to  by  Thurneysen,  KZ. 
XXXVII,  65.  If  the  language  ofthe  old  portions  of  the  Laws 
is  in  this  respect  to  be  judged  by  the  same  standard  as  the  Old 
Irish  Glosses,  then  uiani  roera,  ma  rohicitha  must  be  regarded  as 
subjunctives.  And  in  siniilar  sentences  forms  are  found  which 
are  clearly  marked  as  subjunctive  by  other  criteria,  e.  g.  uiad 
(leg.  mat)  beich  rogahat  and,  Laws,  IV,  iG^,mad  siiil  rochae- 
cha,  IV,  178,  where  the  subjunctives  mat,  mad,  shew  that  the 
following  verbs  are  also  subjunctives. 

We  come  now  to  positive  conditions.  In  simple  verbs,  un- 
less  there  be  an  infixed  pronoun',  the  insertion  of  d  is  re- 
gular.  The  only  exception  is  ccrubaid  Wb.  3*^  19.  With  this 
may  be  compared  ciasbiitrsa  Wb.  2''  18  by  the  side  of  the 
common  ciasidbiursa.  As  both  of  thèse  exceptions  are  found  in 
Wb.,  and  there  are  no  exceptions  in  the  later  collections  of 
Glosses,  a  possible  explanation  would  be  that  this  use  of  d 
started  in  the  third  persons  and  spread  thence  to  the  first 
and  second  persons;  the  scantiness  ot  the  material,  however, 
makes  the  explanation  uncertain. 

In  compound  verbs  the  instances  are  too  few  for  complète 
enlightenment.  With  ess-  d  is  regularly  infixed,  with  the  ex- 
ception oï  ciasbiursa,  which  has  been  mentioned  above.  With 
ar-  d  is  found  in  a  couple  of  instances  in  Ml.  ;  but  Ml.  has  also 
ciararubarlatar,  and  Wb.  has  ma  arrocit.  With  to-  d  is  inserted 
except  in  niadurogbiisa  Ml.  ;  in  cia  dusnadbat  Ml.   there  is  an 


I.  But  \n  fil  we  hâve  inaniuinhfeil  Wb.  24'^  8,  which  happeus  to  be  the 
only  instance  of  an  infixed  pronoun  with  ceniui-  or  inanud-  in  this  verb. 


420  J.  Strachan. 

infixed  pronoun,  which  would  prevent  the  infixation  of  d. 
With  i)nm-  we  find  ma  iiufoliigi  Wb.  but  ma  imniidarnactar 
Ml.;  but  imm-air-ic  is  otherwise exceptional,  cf.  Pedersen  KZ. 
XXXV,  405.  In  the  couple  of  instances  oîfor-  there  is  no  in- 
fixation. For  the  other  prépositions  nothing  is  to  be  learned. 

Sommer,  CZ.  I,  218,  characterises  the  d  as  «  meaningless  )>. 
Pedersen,  KZ.  XXXV,  418,  remarks:  «  comparatively  seldom 
is  the  meaning  ofthe  personal  pronoun  clear  ».  And,  if  the  ^ 
is  to  be  identified  with  the  neuter  pronoun  J',  the  whole  usage 
is  mystcrious.  As  we  hâve  seen,  this  d  is  practically  confined  to 
the  indicative.  In  the  subjunctive  we  find  the  ordinary  neuter 
pronouns,  e.  g.  cenachomalnithe  Wb.  13^  33,  cenapridchidsiWh. 
I5^'6,  mani  ihinibWh.  4^27,  cf.  Wb.  4*^15,  20,  Ml.  33'' 15, 
56'' 7,  ciathcre  Wb.  5-^28,  cf.  12^4.  Moreover  our  d  is  found 
with  intransitive  verbs,  also  with  transitive  verbs  followed  by 
a  non-  neuter  object,  e.  g.  Wb.  ii'^  i,  Ml.  30^2,  Ml.  106'  12, 
and  many  others  above. 

In  some  cases,  as  Pedersen  has  pointed  out,  d  might  be  re- 
garded  as  anticipatory  of  a  foUowing  neuter  noun  or  of  a  fol- 
lowing  clause.  There  are  again  instances  in  which  it  might 
most  simply  be  translated  as  a  neuter  pronoun,  e.  g.  manid 
tari i  Ml.  ^i^j,  cenid  déni  Mi.  56'' 33,  cenid  epcrtais  Ml.  28"^  8, 
ciasidroillisset  Ml.  77^  15.  This  is  not  certain  in  every  case,  for 
the  question  of  the  ellipsis  of  the  pronoun  has  not  yet  been 
worked  out.  This  at  least  may  be  said  that  if  the  d  cannot  re- 
present  the  neuter  pronoun,  then  in  the  clauses  of  this  type 
that  we  hâve  coUected  there  is  no  trace  of  an  infixed  neuter 
pronoun  at  ail.  It  seems  very  possible,  not  to  say  probable, 
that  the  d,  though  of  a  différent  origin,  from  its  likeness  to 
the  infixed  neuter  pronoun  assumed  its  function.  Thus  ci- 
asidheir  is  very  like  is  mé  asidbeir,  cia  dudrigéni  is  very  like  is  mé 
dudrigéni.  And  if  ^  had  once  come  to  be  felt  as  a  neuter  pro- 
noun in  thèse  cases,  it  might  be  felt  as  such  in  cenid,  manid. 
How  the  masculine  infixed  pronoun  was  expressed  in  this  type 

I.  In  Idg.  Anz.  IX  191,  which  was  not  accessible  to  me  when  this  paper 
went  to  press,  I  see  that  Thurnevseii  identifies  the  two  iVs,  and  also  iden- 
tifies them  with  the  d  of  copuia  forms.  This,  while  it  leaves  the  facts  un- 
touched,  would  necessitate  a  modification  of  what  foUows. 


Infixed  à  in  Conditional  Sentences.  421 

of  clause,  I  luive  no  clcar  cxamplcs  to  shcw.  Pcrhaps  tlic  fut- 
ure will  briiig  light  hère  too. 

If,  as  seems  clear  from  ns  syntactic  usage,  this  d  is  of  diffé- 
rent origin  to  the  infixed  neuter  pronoun  d,  can  it  be  brought 
into  connexion  with  anything  else  in  Irish  PTliere  is,  it  seems 
to  me,  a  very  striking  parallel  in  the  copula.  In  the  présent 
tense  of  the  copuhi  d  is  the  characteristic  mark  of  a  number  of 
forms,  cf.  Thurneysen,  CZ.  1,4  sq.,  and,  for  the  material,  my 
paper  on  the  Substantive  Verb  (Trans.  Phil.  Soc,  1899), 
11.  1126  sqq.  ;  the  subjunctive  conâip  proves  nothing  to  thç 
contrary,  for  it  is  obviously  a  remodelling  oî  conip  after  the  in- 
dicative'. Howeverl  must  be  content  hère  to  indicate  the  par- 
allelism;  the  matter  is  too  obscure  for  any  attempt  to  trace 
the  origin  and  the  spread  of  the  (/  forms.  This  nuich  may, 
however,  be  said  that  ccniid-  is  the  natural  counttrpart  ot 
cenid-,  for  in  tbe  simple  ortliotonic  verb  /zo-isthe  usual  vehicle 
for  infixation. 

For  the  history  of  the  form  in  later  Irish  I  hâve  no  mate- 
rial; as  has  been  said  before,  this  type  of  conditional  sentence 
is  very  rare.  In  Windisch  and  Atkinson  I  hâve  been  able  ro  find 
no  examples  of  the  d  forms  or  their  équivalents.  From  the 
Saltair  na  Rann  I  hâve  only  tua  rosàrugns,  which  differs  from 
the  Old  Irish  type.  Apparently  the  d  forms  were  lost  early. 
And  in  old  texts  preserved  in  later  MSS.  this  has  led  to  cor- 
ruption. Thus  in  the  Félire  Oenguso,  at  July  19  i/  is  preserved 
as  /  in  only  one  of  the  three  MSS.,  at  June  13  ail  three  MSS. 
hâve  mani  chiiala  or  its  équivalent,  in  Pr.  loi  both  MSS. 
hâve  ceroselaig  or  its  équivalent;  in  the  Imram  Brain  p.  20  the 
MSS.  give  iuà  rochi'iala  ;  in  LU.  19'' 9  \ve  hâve  mani  fiiil,  in 
LU.  86^42  ma  rôscalg  =  mad  roscaich  YBL.  95''  15.  It  is  to  be 
hoped  that,  when  once  attention  has  been  callcd  to  the  point, 
more  material  may  be  coUected. 

J.  Strachan. 

I.   However,  cid  and  mad  hâve  a  subjunctive  function. 


INTORNO  AGLI    HELVETII 


QUALCHE  OSSERVAZIONE 

Non  credo  ora  inutile  fermarmi  su  parecchie  délie  question i 
relative  alla  gente  Elvetica,  da  me  studiate  nel  lihro  sugli 
«  Helvetii  »  (r'  edizione,  Neuchàtel,  1897;  2''  éd.  1900), 
prendendo  occasione  e  giovandomi  di  alcuni  rccenti  lavori,  e 
specialmente  di  quello  di  E.  Korncmann,  Zur  Stadtentstehung 
in  den  ehemals  kelt.  u.  german.  Gebieten  des  Rômerreichs, 
Habilitationsschr.  Giessen  1898'.  Rimandando  per  tutt'  altro 
air  opéra  mia,  qui  m'intrattengo  un  poco  suUa  costituzione 
politica  délia  Civitas. 

Gli  Helvetii  furono  —  nei  primi  tempi  délia  conquista  ro- 
raana  —  a  peregrini  »,  nella  condizione  di  «  dediti  ».  Taie 
«  deditio  »  ebbe  luogo  nel  tempo  di  Ccsare,  o  ncll'  anno  58 
(dopo  la  flillita  emigrazione),  o  piii  probabilmente  dopo,  do- 
mata  l'insurrezione  di  Vercingetorige  (a.  52)  -.  Che  sia  avve- 
nuto  un  foediis  é  incerto.  Perocché  l'aggettivo,  meramente 
onorifico,  di  «  foederata  »  che  in  un'  iscrizione  del  II  secolo 
d.  G.  é  dato  alla  colonia  Elvetica,  é  un'  indicazione  assoluta- 


1.  Meno  notevole  é  lamemoria  di  K.  Holdcr,  Die  staatsrechtl.  Stcliung, 
die  Verfassung  u.  Verwaltung  Aventicums  unter  den  Rômern,  in  Frei- 
burg.  Geschichtsblatter,  sahrg.  III  (1896),  p.  1-32,  a  me  nota  dopo  la 
prima  edizione  del  libre  mio.  In  essa  si  tenta  di  esporre,  sulla  base  natural- 
mente  del  materiale  epigrafico  (raccolto  dal  Mommsen,  e  più  recentemente 
dair  Hagen),  le  condizioni  politiche  e  l'amministrazione  del  capoluogo  El- 
vetico.  Non  priva  d'intéressé  é  la  récente  Guide  illustré  du  musée  d'Aven- 
ches  par  Em.  Diuiant  (Genève,  1900),  particolarmente  per  l'ordinata  espo- 
sizione  délie  iscrizioni. 

2.  Cf.  mio  citato  libro,  p.  58. 


liiionio  agli  Hclrctii.  425 

mente  unica,  impropria  e  senza  valore'.  Inoltre  l'argomento 
principale  ricavato  da  Ciccron.  (pro  Balb.  XIV  32),  che  cioé 
qui  si  tratti  del  foedus  poco  prima  conchiuso  con  gli  Hclvetii 
ncir  a,  58,  non  é  fondato.  Infatti  in  questo  passo,  Cicérone 
dice,  che  ancora  nel  tempo  suo  esistevano  alcuni  focdera,  coi 
Cenomani,  Insubres,  Helvctii...  e  con  popoli  barbari  délia 
Gallia.  Ora  —  a  parte  che  questi  foedera  non  possono  riferiisi 
ad  etd  recentissima  (anzi  sarebbero  di  epoca  vicinissima,  se 
quello  con  gli  Helvetii  fosse  dell'  a.  58),  giacché  in  tal  caso 
l'oratore  avrebbe  aggiunto  ed  avrebbe  avuto  interesse  di  aggiun- 
gere  qualcosa  in  particolare  sul  proposito  —  crediamo  non 
senza  ragione  che  «  Helvetiorum  »  sia  una  parola  errata.  Essa 
é  posta  insieme  coi  nomi  di  altri  popoli,  in  opposizione  a 
quelli  di  altri  «  ex  Gallia  »,  perciô  deve  riferirsi  ad  un  popolo 
abitante  di  qua  dalle  Alpi^.  Si'  puo  aggiungere  che  se  un  taie 
foedus  fosse  esistito,  Cesare  non  avrebbe  mancato  di  accen- 
narvi,  nel  suo  racconto  sugli  Helvetii.  Ci  sembra  quindi  dover 
ammettere,  che  né  nell'  anno  58,  e  forse  neppure  preceden- 
temente,  siasi  effettuato  nessun  foedus  tra  gli  Helvetii  e  il  go- 
verno  romano. 

E  noto  che  gli  Helvetii,  come  le  gentes  délie  Très  Galliae, 
formavano  una  civitas  divisa  in  alcuni  «  pagi  »  aventi  una 
certa  autonomia.  Il  loro  ordinamento  etnico,  cantonale,  per 
effetto  délia  conquista  e  dell'  assimilazione  con  le  istituzioni 
romane,  ebbe  successive  e  lente  modificazioni.  Fu  conscrvato 
esso  per  base  délia  costituzione  amministrativa  sotto  l'Impero. 
Ma  il  luogo  piii  importante  si  trasformô  a  poco  a  poco  in 
«  urbs  »  e  prese  il  posto  del  comune  etnico,  e  il  territorio  del 
cantone  diventô  quello  dell'  urbs.  Sorse  cioé  l'organizzazione 
urbana.  Gli  antichi  «  pagi  »  scomparvero  in  sostanza;  rima- 
sero  perô  con  interesse  meramente  locale,  non  pubblico,  come 
si  potrebbe  forse  rilevare  da  ciô  che  l'iscrizione  (n.  192  =  Ha- 
gen  37)  ricordante  l'intervento  dei  pagi,  si  pu6  riferire  ad  etd 


1.  Inscr.  Helv.  n.  175  =  Hageii  25  =  Dunant  lav.  c,  n.  38.  Cf.  mio 
libro,  p.  57,  n.  107. 

2.  Questa  niia  osscivazione,  che  forse  é  dccisiva,  é  esposta  nel  mio  pre- 
detto  libro,  pag.  59. 


424  Franccsco  P.  Garofalo. 

posteriore  alla  fondazione  délia  colonia  Aventicum  K  Al  posto 
dei  «  pagi  »  realmente  compariscono  i  «  vici  »,  di  cui  si  co- 
noscono  parecchi,  aventi  anch'  essi  una  costituzione  urbana  o 
quasi,  accanto  al  capoluogo  Aventicum,  ma  di  secondaria  im- 
portanza  ;  fiiiché  alcuni  di  essi  (Cf.  i  castra  Ebrodunense  e 
Vindonissense  dell'  etd  récente)  si  trasformarono  anche  in  co- 
muni-cittd.  Tutto  questo  sviluppo  (molto  attentamente  stu- 
diato  dal  Kornemann  nell'  opéra  citata)  si  compi  attraverso 
parecchie  fasi. 

La  prima  flise  di  siffatta  evoluzione  si  ha  quando  —  con 
Vespasiano  probabilmente,  o  coi  Flavî  in  générale  —  fu  fon- 
data  la  colonia  (titolare,  come  si  sa)  di  Aventicum  o  degli 
Helvctii,  di  cui  Aventicum -,  che  anche  nel  tempo  di  Augusto 
era  probabilmente  la  localitd  piû  notevole'  e  nel  linguaggio  ro- 
mano,  era  riguardata  comc  un  «  vicus  »  quasi  (Cf.  Octodurus 
dei  Varagri),  éneli°secolo  d.  C.  detta  espressamente  «  caput 
gentis  »  (Tacit.  histor.  I,  68).  Nel  tempo  stesso  che  si  diede 
il  titolo  di  colonia,  le  si  conferî  il  diritto  di  cittadinanza.  Si 
discute  se  sia  stato  Vins  Laîiniim  (come  crede  il  Mommsen  se- 
guito  da  molti)  o  il  Ronianiiiii.  Gli  argomenti  che  si  sono  ad- 
dotti  (Vedi  Kornemann  o.  c,  p.  43  sgg.)  per  ammettere  la 
romanitas,  non  sono  accettabili  ;  poiché  il  non  vedere  «  cura- 
tores  conventus  civium  Romanorum  conventus  Helvetici  »  in 
Aventicum  non  esclude  che  un  tempo  (nel  1°  secolo  e  anche 
dopo)  qui  gli  abitanti  fossero  non  ancora  cittadini  romani.  Né 
il  fatto  che  l'imperatore  Claudio  concesse  ad  alcune  civitates  il 
titolo  di  colonia,  mentre  costitui  nelle  regioni  Alpine  «  fora  » 
col  diritto  Latino,  implica  necessariamente  che  aile  colonie 
dessc  la  romanitd.  Non  rimane  pcrciô  se  non  accogliere  l'opi- 
nione  Mommscniana-^,  che  cioé  in  principio  sia  stata  data  alla 
colonia  la  Latinitas. 


1.  Comc  io  cercai  di  provare  (in  mio  cit.  hiv.,  p.  38  e  n.  18)  contro  il 
Mommsen  e  clii  lo  segue. 

2.  Che  si  trovasse  nel  «  pagus  Tigorinus  »,  come  gencralmente  si  crede 
e  si  ostina  a  credere,  non  é  dimostrato  (Cf.  mio  libro,  p.  42  sg.). 

3.  Secondo  l'iscrizione  trovata  qui  vicino,   ricordante  un  «  exactor  »  di 
«  tributa  »  nell'età  Augustea  (Hagen,  Tit.  Avent.  n.  27). 

4.  Perô  non  si  pu6  nulla  sul  proposito  desumere  dalla  condizione  degli 
«  équités  singulares  ». 


Intorno  agli  Helvctii.  42  5 

Bisogna  ora  vedcrc  se  «  Colonia  »  si  debba  limitarc  alla  sola 
Aventicum  o  cstendere  a  tutto  il  territorio  degli  Helvctii  (cioé 
identificare  a  «  Civitas  Hclvctioruni  »).  Studiate  e  vagliate 
tLittc  le  dcnominazioni  che  compariscono  nelle  iscrizioni,  pos- 
siamo  afferma re,  discostandoci  da  quasi  tutte  le  opinioni  finora 
messe  fuori,  che  —  sccondo  la  concczione  del  diritio  pubblico 
romano  —  Civitas  Helveîionim,  Colonia  Helvcliorum,  Colonia 
Hclvctioruni  Avcnticuni,  Colonia  Avcnlicensiuni  (e  parimente 
Coloni  Aventiccnscs  '  0  Coloni  semplicemente^)  sono  espressioni 
equivalenti.  Onde  il  «  curator  »  délia  Colonia  Aventicensiuni 
(Inscr.  135)  era  una  carica  générale  5,  come  quella  dei  «  duo- 
viri  coloniae  Helvetiorum  »  Inscr.  142.  181).  Confrontisi  col 
«  curator  colonorum  »  posto  accanto  agli  abitanti  di  Aven- 
ticum (Inscr.  154). 

Perô  nel  fatto,  per  effetto  di  tracce  locali,  vi  era  sempre 
una  certa  distinzione  fra  il  capoluogo  e  altri  centri  minori. 
Cosi  si  spiega  l'espressione  incolae  coloniae  Aventicensiuni ,  con- 
trapposti  ai  «  vicani  Minnodunenses  »  (Inscr.  149),  e  aventi 
percio  senso  ristretto  al  capoluogo  Aventicum  (e  identico 
quindi  a  quello  dell'  altra  frase  (f  incolae  Aventicenses  )))4. 

Dunque  —  nel  signiticato  romano  —  Colonia  era  tutto  il 
paese  Elvetico.  Perô  per  speciali  circostanze  derivanti  dalle 
condizioni  etniche,  talora  poteva  intendersi  in  senso  piû  limi- 
tato.  Onde  si  puô  credere  che  la  Latiniîas  non  fit,  nel  fatto, 
largita  a  tutti  gli  Hclvetii. 

Ed  infatti  é  ben  possibile  che  rimanessero  ancora  popola- 
zioni  peregrine  nelle  regioni  fuori  e  dipendenti  dal  capoluogo, 


1.  Mentre  incolae  Avcnliceiiscs  si  riferiscono  alla  sola  Aventicum.  Come 
si  vede  anche  chiaramente  dall'  antitesi  ch'é  nella  medesima  iscrizione 
(n.  154  =  Hagen  n.  i  =  Dunant  45)  fra  essi  e  i  cotoiii  che  devono  inten- 
dersi generalmente. 

2.  Non  si  trova  mai  Coloni  HcÏTetii,  ma  queste  due  ultime  espressioni.  E 
ciô  perché  nel  linguaggio  ufficiale  romano  il  vocabolo  etnico  o  scompare  o 
viene  sostituito  da  quello  délia  cittd-centro. 

3.  NuUa  dice  in  contrario  il  vcdere  un  «  curator  »  per  i  vici,  che  ha  si- 
gnifïcato  locale.  Ci  con  l'aedilitas  di  Vienna  (ch'  esercitava  giurisdi/.ione 
su  tutta  la  colonia)  econ  l'aedilitas  del  vicus  particolare  di  Genava  (C.  I.  L. 
XII,  n.  261 1). 

4.  La  parola  «  incolae  »  non  si  usa  nel  significato  strettamente  giuridico, 
ch'é  invece  in  «  coloni  ». 


426  Franc esco  P.  Garofalo. 

corne  si  deducc  dalla  condizione  degli  «  équités  singiilares  » 
di  nazione  Elvetica,  ch'erano  in  parte  Latini,  e  in  parte  anche 
maggiore,  peregrini,  e  in  tempo  anche  posteriore  a  Vespa- 
siano. 

* 
*  * 

Ulteriori  fasi  délia  trasformazione  urbana  del  cantone  El- 
vetico  si  hanno  con  la  sostituzione  dei  *>  vici  »  ai  «  pagi  »  (V. 
sopra)  la  quale  puô  collocarsi  nel  II  secolo.  Anche  posterior- 
mente,  rinianeva,  se  non  per  diritto  formale,  in  flitto  qualche 
avanzo  dcU'  antica  costituzione.  Lo  dimostra  specialmente 
l'esistenza  dei  «  vici  »  con  una  certa  indipendenza  (consistente 
neir  avère  curatores  e  altre  cariche  proprie,  nel  flire  décréta...), 
accanto  aUa  capitale  Aventicum,  delht  quale  i  magistrati  (I 
II  viri,  i  curatores  cohniae,  etc.)  e  ogni  atto  valevano  per  l'El- 
vezia  tutta. 

Piû  tardi,  il  diritto  romano  fu  accordato  a  tutti  gli  abitanti, 
che  ancora  non  l'avessero  ^  Taie  estensione,  per  i  distretti 
dipendenti,  puô  esser  avvenuta  anche  dopo  la  costituzione  di 
Caracalla  (anno  212)  -. 

Prof.  Francesco  P.  Garofalo. 


1.  Chc   molti  non  l'avessero,  vcdesi  dalT  csistenza  dei  a  curatores  civ. 
Roman,  conventus  Helv.  »  (Es.  in  Lousonna  :  Inscr.  115). 

2.  Cf.  mio  lavoro  sugli  Helvetii.  p.  60  c  n.    119.  Dal    principio  del  se- 
colo 111  comincia  la  decadenza  di  questo  paese,  già  fiorente. 


CHRONIQUE 


I. 

Le  24  septembre  dernier,  j'ai  reçu  ef  lu  avec  la  plus  pénible  impression 
une  carte  postale  ainsi  conçue  : 

«  I  grieve  to  inform  you  that  my  sister  Margaret  Stokes  died  ycsterday. 
«  She  loved  God  and  Ireland.  —  Wh.  St.  » 

Marguerite  Stokes  est  morte;  elle  aimait  Dieu  et  l'Irlande.  Elle  a  été  le 
modèle  des  sœurs  et  des  tantes  et  des  paroissiennes.  Elle  avait  dans  le  cercle 
si  étendu  des  études  celtiques  une  spécialité  où  elle  était  maîtresse,  c'était 
l'art  irlandais.  Personne  jusqu'ici  n'a  dessiné  mieux  qu'elle  les  anciens  mo- 
numents irlandais,  peintures  de  manuscrits,  sculptures  sur  pierre.  La  seule 
critique  qu'on  pût  lui  faire  était  d'embellir  quelquefois  un  peu  les  œuvres 
qu'elle  reproduisait.  Je  vois  encore  devant  moi  la  figure  indignée  de  Henri 
Bordier;  j'entends  son  exclamation  irritée,  quand  je  lui  mettais  sous  les 
yeux  un  fac-similé  d'une  miniature  du  Livre  de  Kells.  Quel  mauvais  travail 
vous  m'apportez  là?  s'écria-t-il,  regardez  ceci!  et  il  me  montra  avec  un 
geste  d'admiration  une  reproduction  de  la  même  miniature  par  Marguerite 
Stokes.  On  sait  que  Henri  Bordier  avait  consacré  une  partie  de  sa  vie  à 
l'étude  des  mss.  à  miniature  de  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris.  Comme 
juge  en  fait  de  miniatures  de  mss.,  c'était  un  homme  compétent. 

Dans  la  plupart  des  ouvrages  qu'a  écrits  Marguerite  Stokes,  on  trouve  les 
qualités  ordinaires  des  femmes  auteurs  quand  elles  ont  du  talent,  plus  d'élé- 
gance que  de  précision.  Mais  cette  critique  ne  peut  s'adresser  au  dernier  de 
ses  ouvrages  que  j'ai  lus,  et  qui  remonte  à  deux  ans;  il  a  pour  objet  les 
croix  monumentales  de  Castledermot  et  de  Durrow.  La  Revue  Celtique, 
t.  XX,  p.  96-98,  contient  une  notice  sur  ce  travail,  qui  est  écrit  en  un  style 
et  avec  une  érudition  absolument  viriles. 

Marguerites  Stokes  était  âgée  d'un  peu  plus  de  soixante-dix  ans,  elle  était 
membre  honoraire  de  l'Académie  royale  d'Irlande,  et  de  la  Société  royale 
des  Antiquaires  irlandais  ;  un  de  mes  regrets  est  de  n'avoir  pas  eu  assez  d'in- 
fluence pour  la  faire  nommer  à  son  insu  membre  de  la  Société  nationale  des 
Antiquaires  de  France.  Un  autre  regret  que  j'ai  éprouvé  a  été  de  lui  faire  de 
la  peine  à  propos  de  son  travail  sur  les  croix  de  Durrow  et  de  Castledermot, 
en  exprimant  un  doute  sur  la  question  de  savoir  si  les  croix  de  pierre  mo- 


428  Chroniijue. 

numentales  les  plus  anciennes  des  Iles-Britanniques  devaient  être  cherchées 
en  Grande-Bretagne  ou  en  Irlande.  Ce  doute  de  ma  part  l'avait  frappée  au 
cœur:  elle  aimait  tant  l'Irlande  !  Ce  sera  toujours  pour  moi  un  souvenir 
triste  que  ses  livres  me  rappelleront  à  côté  d'autres  souvenirs  gracieux  ;  tel 
celui  de  la  visite  qu'en  1882,  accompagnant  M.  et  Mme  Alexandre  Bertrand, 
je  lui  ai  faite  à  sa  jolie  résidence  de  Carrick  Breac,  près  de  Dublin,  où  nous 
l'avons  trouvée  en  compagnie  de  deux  charmantes  nièces,  filles  d'un  frère 
de  notre  savant  collaborateur,  M.  Whitley  Stokes;  tel  enfin  que  le  sou- 
venir de  la  promenade  qu'avec  elle  j'ai  faite  quelques  années  plus  tard  en 
compagnie  de  M.  Alexandre  Bertrand  au  Musée  de  Saint-Germain.  Le 
Musée  de  Saint-Germain  est  une  création  savante  qui  fait  grand  honneur 
aux  érudits  éminents  par  lesquels  elle  est  administrée.  Mais  Carrick  Breac, 
où  Mlle  Stokes  a  composé  ses  beaux  livres,  est  situé  sur  la  colline  de  Howth, 
le  célèbre  Benn  Etair  de  la  littérature  épique  irlandaise,  et  là  se  termine  au 
nord  la  baie  de  Dublin,  offrant  aux  regards  un  des  plus  beaux  points  de 
vue  qu'il  y  ait  au  monde. 

Voici  une  liste  des  ouvrages  de  Marguerite  Stokes  ;  un  obligeant  corres- 
pondant me  l'a  envoyée  d'Angleterre  : 

Irish  Ilhiminalions.  Vetusta  Monumenta.  Vol.  VI.  Letterpress  by  Dr.  Todd. 
Qiiaritch,  Piccadilly,  Loudon. 

Art  readings.  Alexandrev  Collège  Literary  Society.  1880  and  1883. 

Notes  on  Irish  Architecture  by  the  Earl  of  Dunraven.  Edited  by  Margaret 
Stokes.  With  very  numerous  fine  Photographie  Illustrations  and  Wood- 
engravings.  Imp.  4to,  2  vols.  George  Bell  and  Sons,  York  Street,  Covent 
Garden. 

Early  Christian  Archilecl lire  in  Ireland.  With  very  numerous  Woodcut  Illus- 
trations. Imp.  4to.  London:  George  Bell  and  Sons,  1878.  [Oui  of  priât.] 

Six  Monlhs  in  tlie  Apennines.  A  Pilgrimage  in  Search  of  Vestiges  of  the  Irish 
Saints  in  Italy.  With  numerous  Illustrations.  Fcap.  410,  1892.  [Ont  of 
prinl.\ 

Three  Months  in  the  Forcsts  of  France.  A  Pilgrimage  in  Search  of  Vestiges  of 
the  Irish  Saints  in  France.  With  numerous  Illustrations  of  the  Archi- 
tecture, Sculptures,  Paintings,  and  Personal  Relies  connected  withthcm. 
Fcap.  4to,Ready.  G.  Bell  and  Sons,  York  Street,  Covent  Garden. 

Didron's  Christian  Iconography.  A  History  of  Christian  Art  in  the  Middle 
Ages.  Transiated  from  the  French  by  E.  J.  Millington,  and  completed, 
with  additions  and  Appendices,  by  Margaret  Stokes.  With  upwards 
of  240  outline  Engravings.  2  vols.,  small  post  8vo.  G.  Bell  and  Sons, 
York  Street,  Covent  Garden,  1886. 

Christian  Inscriptions  in  the  Irish  Language.  Chiefly  coUected  by  George 
Pétrie,  ll.d.  Edited  by  Margaret  Stokes.  With  very  numerous  Li- 
thographie Illustrations,  Photographs,  and  Woodcuts.  Annual  Volume 
ofthe  Royal  Historical  and  Archasological  Association  of  Ireland.  2  vols., 
4to,  1878. 


Chronique.  429 

The  Shrine  of  St.  Moedog,  and  ihe  Gospel  of  St.  Mohise.  From  «  Archœo- 

logia  »,  vol.  xliii.  Quaritch,  Piccadilly,  London. 
On  Tivo  Bronze.  Fragments  in  the  Pétrie  Muséum,  R.  Irish  Academy.  Suppo- 

sed  to  be  Portions   of  a  Radiated  Crown.  From  «   Archasologia   », 

vol.  xlvii.  duaritch,  Piccadilly,  London. 
Early  Christian  Art  in  Ireland.  With    106  Woodcuts.  8vo.   Chapinan  and 

Hall  (Limited),  1887. 
High  Crosses  of  Castledermot  and  Durroiu.  With   12  Illustrations.  Hodges, 

Figges,  and  Co.  (Limited),  Grafton  Street,  Dublin,  1898. 
High  Crosses  of  Moone,  Drumclist,  Termonfechin  and  Killarmery. 

L'Athenaeum  du  29  septembre  contient,  pages  417-418,  une  notice  sur 
Marguerite  Stokes  par  son  savant  compatriote,  le  célèbre  helléniste  de  Du- 
blin, J.-P.  iMahaflty.  Je  me  vois  encore  assis  non  loin  de  lui  et  d'elle,  à  la 
table  hospitalière  du  professeur  Robert  Atkinson,  dont  le  nom  et  les  ou- 
vrages sont  si  avantageusement  connus  des  Celtistes.  Il  y  a  de  cela  près  de 
vingt  ans  !  Temps  passé  qui  ne  reviendra  plus  ! 

IL 

La  revue  An  Gaodhal  de  New- York,  no  d'août  et  septembre  1900,  con- 
sacre sa  page  227  au  souvenir  de  feu  le  Rév.  Eug.  O'Growney,  décédé  à 
l'hôpital  de  Los-Angeles,  en  Californie.  Sur  cette  page,  la  reproduction 
d'une  photographie  nous  montre  le  savant  prêtre  assis  sur  un  banc  à  l'ombre 
des  arbres,  attendant  tranquillement  la  mort;  près  de  lui  se  tient  la  sœur 
Angela  qui  le  soignait  dans  sa  dernière  maladie.  Eugène  O'Growney  est 
l'auteur  d'une  édition  du  voyage  de  Snedgus  et  de  Mac  Riagla,  du  voyage 
de  Mael  Duin,  et  ds  Simple  Lessons  in  Irish  dont  il  a  été  parlé  dans  la  Revue 
Celtique,  t.  XII,  p.  404,  et  t.  XVIII,  p.  118. 

Un  article  de  M.  G.  Dottin  :  Études  sur  la  prononciation  d'un  dialecte  ir- 
landais, a  été  écrit  avec  la  collaboration  du  Rév.  E.  O'Growney.  Le  dia- 
lecte dont  il  s'agit  est  celui  du  comté  de  Galway.  L'article  a  paru  en  1893 
dans  le  tome  XIV  de  la  Revue  Celtique,  p.  97-136. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

Jubainville,  le  30  octobre  1900. 


Revue  Celtique,  XXI.  29 


TABLE 


DES    PRINCIPAUX    MOTS    ÉTUDIÉS    DANS    LE    TOME    XXI 
DE    LA    REVUE   CELTIQUE^. 


I.  Gaulois  ou  vieux-celtique, 

ET  OGAMiaUE. 
(Voir  pp.   14-19,  21-27,  113,  114,  119, 

129,    152,    201,    202,    243,    247,     266, 

267,  }II,  J40, 346.) 
-acus,  113,  1 14. 

AXtao[v]£a;,  345. 

AaXstivo;,   345. 

Allobroges    «    hommes    d'an    autre 

pays  »,  115. 
Ambatus,  Ambata,  201. 
Ambimogidius,  3 10. 
Andcam,  346. 
ande-,  308-3 10. 
Andecarus,  131. 
ando-,  309,  3 10. 
Andobales,  309,  3 10. 
Andobru,  309. 
Andomatunnum,  309. 
Argentomagus,  1  14. 
Arquius,  202. 
Arronidaeci,  201. 
Arrotrebae,  201,  237. 
Artabri,  237. 

Artigenos  »  fils  de  l'ours  »,  287. 
Artio  «  la  déesse  ursine  »,  288,  289, 

294. 


Artobriga,  237. 

-ass-,  308. 

Atrebates,  244. 

Augustobriga,  346. 

AVE,   128. 

Aventicum,   Avanticum,    309,    426, 

427. 
-avus,  I  14. 
Belgae,  244. 

benno-  «  corne;  hauteur  »,  243. 
Bergidum,  201. 
BIGU,  128. 

Bilbiiis  «  très  bonne  »,  310. 
-bilis  «  bon  »,  3 10. 
BiR,  128. 

Boudicca,  1 10,  282. 
Boudobriga,  237. 
Bouo'jtvoa  «  vache  blanche  »,  255. 
braca,  culotte,  104. 
branno-  «  corbeau  »,  303. 
Brannogenium    «   habitation  du  tîls 

du  corbeau  »,  287. 
Brennono,  113. 
Brennos,  113,  11^. 
-briga  «  château,  forteresse  »,  114, 

237,  346. 
Brigaecium,  201 . 


I.  Cette  table  a  été  faite  par  M.  Ernault. 


Table  des  frincipaux  mots  étudiés  ilans  le  tome  XXI . 


4V 


Brigantes,  254. 

BpoYtTapo;    «  taureau  du    pays  ?   », 

254. 
cagileb[i1,  I  28. 
Calletes,  201. 
cALUNOvicA,  128. 
Camalodunum,  202. 
Camalus,  202. 
Camulates,  202. 
Camulogenus  «   fils  de  Camulos   », 

102. 
Cantobennum,  243. 
Canuacus,  151. 
Carausius,  \^,  548. 
Carbantorate,  Carpentorate,  509. 
Kapvovou,  345. 

Casses  «  (dieux)  très  beaux  »,  309. 
Cassibratius,  308. 
Kassiteros  «  Grande  Bretagne  ?   », 

■73,  '74- 
Catotigirni,  328. 

Kaioupaxioviov,  Cataractone,  328. 
Catuvellauni,  244. 
Celtica,  202. 
Celtigun,  202. 
Celtius,  202. 
Centullus,  1 14. 

cing-,  '7,  19.  21. 

Cintugenos,  1  14. 

Cintugnatos,  1 14. 

Cloutas,  202. 

Clutamus,  202. 

C...NA,  128. 

Codonius,  3 10. 

Coloniacus,  18. 

Ccminius,  131. 

Coniacus,  3 10. 

Conicodius,  310,  311. 

Conimbriga,  237. 

Coriosolites,  243,  244. 

Coriosopitum  (civitas),  243,  244. 

Cornovii,  244,  246. 


[corr]bri,  128. 
Cotini,  346. 
Cottius,  151. 
covAGNi,  128. 

CUNALEGEA,    I  28. 
AaSa,   131. 
DEAGOS,   I  28. 

Dégante,  200. 

denavec[a],  128. 

Divicatus,  131. 

Ao[jiva,  131. 

Doni,  346. 

Donnos,  131,  2^3,  254. 

Donnotaurus,  254. 

Doveccus,  151. 

druidae,  281 . 

Dulovius,  Dullovius,  346. 

Dumnonii,  244-246. 

Dumnovellaunus,  309. 

-dunum,  1  14,  237. 

-durum,  i  14. 

Eburobriga,  237. 

Endovellicus,  Endovelicus,  Endovol- 

licus,  Endovolicus,  Enobolicus  «  le 

très  bon  ?  »,  308-3 1  i . 
epo-,  cheval,  294. 

Epona  «  la  déesse  chevaline  »,  294. 
Esugenus  «  fils  d'Esus  »,  102. 
Excingus,  247. 
Fidenciacus,  1 14. 
-genos  «  fils  de  »,  287,  302. 
Germiniacus,  1  14. 
Gorgobina,  108. 
Helvetii,  423-427. 
-ico-s,  309. 

Indebilis,  Indibilis,  3  10. 
Indovellicus  «   le  très  bon?  »,    308, 

310. 

INIS[SI0NAS],    128. 

-iolus.  -iola,  1 14. 
-ion-,  289. 
Juliages,  1 14. 


432  T.ilie  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI. 


Ladicus,  200. 
Lanovalus,  346. 
Lantennacus,  509. 
LARCEDi,  128 
Lalugni,  346. 
Leuros  «  suffisant?  »,  129. 
LITOS,  I  28. 
Litumara,  250. 
LUGUXI,   128 
iMACORBI,    128. 

Magetobriga,  237. 
Magilius,  202. 
Magilo,  202. 
Magniacus,  1  14. 
-magus,  1 14. 
Mava-ta,  254. 
MANUMAGU,  l  28. 
MAQ.UI,    128. 

[maJtteas,  128. 

Matugenos  «  fils  du  sanglier  »,  287. 

MEDALI,    128. 

Medullius,  201 . 

Menapia,  174. 

Menapii,  174,  254. 

Menoviacus,  201 . 

Mocoi,  128. 

Mo'oovvoç,  254,  255. 

Mogetius,  345. 

Mogolius,  3 10. 

Mogounus,  34^ . 

Moltinus,  345. 

Moritasgus,  346. 

MUCOI,   128. 

Mullo  ou   Mulio  (Mars)  «   dieu  du 

mulet  »,  29^,  346. 
Nabelcus,  346. 
Nantosvelta,  346. 
Naria,  346. 
Nemausus,  346. 
Nemetes,   247. 
Nemetobriga,  201 . 
ne[ta-segomo\[as,  128. 


NOGATI,    128. 

Ocelum,  201 . 

-ol-,  3 10. 

-onius,  308. 

Orgenomesci,  201. 

Orgetorix,  201 . 

Pardiacus,  1 14. 

Parisi,  244. 

penno-  «  tête  »,  242. 

Pennocrucium,  242. 

Pennolucus,  242. 

Pentilius,  202. 

Pentius,  202. 

Pentovius,  202. 

petorritum  «  chariot  à  quatre  roues  », 

132. 
Pignacensis,  i  !  3. 
Pintaius,  202. 
Pintamus,  202. 
aUECIA,   I 28. 
ROTTAIS,    128. 

Rudiobus,  294,  296. 

Segeius,  202. 

Segisamus,  202. 

Segobriga,  257. 

Sequana,  19. 

Sequani,  19,  21,  340. 

Simpliciacus,  113. 

Tagassus,  308. 

Tagonius,  308. 

Tâyo;,  307,  308. 

TapoucSoûii.  «  siège  du  taureau?  », 
254. 

Tarvessedum,  Tarvesede  «  siège,  ha- 
bitation du  taureau?  »,  254. 

tarvos,  taureau,  255,  254,  295. 

TOTRAI,    128. 

trigaranus,  aux  trois  grues,  295, 
296. 

Ucuete,  Ucuetin,  19 

Urogenia  «  fille  du  taureau  »,  287. 

Urogenonertus,  287. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI.  45] 

athnughudh,  renouvellement,  25. 

atomrai,  vint  à  moi,  40  1 . 

bâg,  bataille,   1 50. 

bâgim,  je  combats,  130. 

bearla  briste  «  langue  brisée  »,  538. 

bélra,  béria,  langue  étrangère,  191. 

bendacht,  bénédiction,  240. 

Benn  Etair,  245. 

bériagar,  idiome,  191. 

bibdu,  coupable,  250. 

biis.  qui  est,  19. 

BlâklT,  183. 

bô,  vache,  60. 

Brian  «  parole  »,  115. 

brô,  meule,  60. 

broine,  proue,  14e. 

bûarach  bhais  «  entrave  de  mort  », 
338. 

caech,  louche,  1 34. 

cain,  tribut,   1 30. 

câith,  du  son,  17. 

carraisde,  voiture,  196. 

cartaim,  je  nettoie,  1 30. 

ceall,  église  (monastique),  240. 

Ceann-ard  «  tête  haute  »,  243. 

Ceann-na-faitche  «  tête  de  la  pe- 
louse »,  243. 

céis,  sorte  de  luth,  1 34. 

cenn,  ceann,  tète,  bout,  sommet,  242, 
243. 

cepdai  (corps)  massifs,  377. 

ce  red,  crcud,  quelle  chose?,  181. 

cert,  droit,  247. 

cétal.  chant,  [4,  25. 

cétmuinter,  femme  légitime,  109. 

ciall,  collection,  19. 

cianôg,  menue  monnaie,  140. 

cirdub,  très  noir,  1 30. 

cis,  redevance,  revenu,  239,  240. 

cisdin,  cuisine,  196. 

clannaigsedir  (ro  — ),  ils  se  multi- 
plièrent, 1 36. 

29. 


Uxelodunum,  1  14. 
Valenciacus,  i  14. 
Veliagu,  201 . 
Vellates,  309. 
Vellocatus,  309. 
Vercassivellaunus,  309. 
Veronigoru    201. 
Victuriacus,  m  3. 
Vindiricus,  202. 
Vindius,  20  1 ,  202. 
Virius,  202. 
Virnanaius?,  202. 
Vironus,  202. 
V'olcae,  116. 
Z;i.£OTfov,   131. 

II.  Irlandais. 

(Voir  pp.  19,  60-74,  "30'  108-111,  124, 
127,  133-156,  162,  163,  179-196, 
547,  ?i5.  359,  560,  362-574,  370, 
38^  38s,  39$,  399,  401.  402,  418, 
420,  421.) 

-a,  3e  pers.  sing.  du  subjonctif  prés., 
268. 

abardal,  très  noir,  très  obscur;  gran- 
de obscurité,  126. 

adfet,  adfed,  il  raconte,  251. 

adfhead,  je  raconterai,  251. 

afrithissi,  de  nouveau,  12$,  126. 

ail,  ce  qui  plaît,  agréable,  126. 

Ailill,  I  20. 

airbhre,  troupe,  385. 

airicul,  appartement,  chambre,  109. 

alam,  troupeau,  126. 

Ambros,  Ambroise,  240. 

amre,  amra,  admirable,  115. 

anmaith,  mauvais,  16. 

ar,  notre,  1  26. 

art,  pierre,  289. 

asbert,  il  a  dit,  1 30. 

asrubart,  il  dit,  il  avait  dit,  1 30. 
Revue  Celliquc,  XXI. 


454  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI . 


cless,  tour  de  force,  250. 

clôd,  victoire,  247. 

cloth,  fameux,  60. 

cloth,  hospitalité?,  1 34. 

côisde,  coche,  196. 

Conchobhar,  183,  184. 

Congen  «  fils  du  chien  »,  287. 

Cormac,  ^44. 

co  rolomm,  (il  lia)  de  façon  serrée?, 

135- 
corr,  héron,  153. 
coscath,  obscur,  126. 
Cothraige,  Patrice,  240. 
croch,  mortification  de  la  chair,  135. 
crû,  sang,  60. 
Cualand,  120. 
cubhaidn,  convenable,  252. 
Cûchulainn  «  le  chien  de  Culann  », 

286. 
Cùrôi,  55,  124. 
-d.  cela,  420,  421. 
-d,   marque  de    l'indicatif  dans   des 

phrases  conditionnelles,  412-421. 
da,  do,  deux,  369. 
damaisde,  dommage,  196. 
dar,  darcenn,  en  retour  de,  134. 
Dé  Danann,  i  20. 
dia  fonn  (ropo  — ),  tant  était  grand 

son  plaisir,  1 34. 
dia  n-,  si,  41  6. 
die   dia,  jour,  17,  23 . 
dofedim,  je  précède,  251. 
!  onald  Brecc,  330. 
dond,  brun;  roi,  253,  254. 
do  neoch,  tous  ceux  qui,  379. 
doridissi,  de  nouveau,  126. 
dual,  charbon,  181. 
dabh,  noir,  181. 
ech,  cheval,  60. 
eclais,  église,  182,  240. 
eneclann,  prix  de  l'honneur,  1 30. 
esse,  trace,  vestige,  '.26. 


fâtï    pommes  de  terre.  182. 

ferbba,  vaches,  401. 

fetar,  fedar,  je  sais,  251. 

fiallachus.  parties  honteuses,  402. 

folearbad,  mort,  401 . 

fonn,  plaisir,  1 34. 

-fthâ,  -fâ,  2e  pers.  sing.  du  condi- 
tionnel, 194. 

gabhail  do-  presser,  frapper,  387. 

giun,  (par)  la  bouche,  1 30. 

dubh,  (il  le  saisit)  fortement  (à  la 
gorge),  133. 

gorm,  chaud,  61 . 

gorm,  obscur,  61 . 

gual,  charbon.  181. 

idal,  iudal,  idole:  idolâtre,  13^. 

Idhal,  lubhal.  Juif,  13^. 

indiu,  aujourd'hui,  18. 

innocht,  cette  nuit,  23 . 

irt,  mort,  40 1 . 

là,  laithe,  jour,  23,  367. 

laigiu,  plus  petit,  23. 

hin.  plein,  60. 

lith,  fête,  250. 

lôisdin,  logement.  196. 

lour,  leôr,  lôr,  suffisant,  129. 

lûamain.  vol,  19,  377. 

mainistir,  monastère,  109. 

mao,  plus  grand,  345. 

martralaic,  martyrologe,  182. 

math,  bon.  17. 

meite  :    ba   —,  il    serait  important. 

379- 
mi,  mois,  23. 
mind,  diadème,  78. 
mruig,  contrée,  18. 
muinter,  famille,  109. 
muirn  Giudan  «  mer  des  Jutes?   », 

6,9- 
nessam,  le  plus  proche,  251. 

Niall,  344. 

nùe,  nouveau,  240. 


Tàhic  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  îome  XXI .  435 


o'in,  emprunt,  18. 

ôr,  or,  95. 

pairche,  paroisse,  240. 

paisde,  enfant,  196. 

Patrie,  Patrice,  240. 

peirse,  perche,  185. 

pilrisc,  perdrix,  196. 

polaire,  tablette;  inscription,  387. 

prâtT,  pommes  de  terre,  182 

primben,  femme  légitime,  109. 

rébaim,  je  déchire,  17. 

rî,  roi,  544. 

riam,  auparavant,  60. 

richess,  charbons  ardents,  98. 

Risteird,  Richard,  496. 

ro-,  particule  verbale,  41;. 

rotn  croi  «  roue  de  mort  »,  J36. 

sam,  été,  23. 

sathrann,  samedi.  182. 

sceo,  en  outre,  1 34. 

Seaghân,  Jean,  196. 

secht,  sep:,  60. 

Sémus,  Jacques,  196. 

Séoirse,  Georges,   196. 

son, ce,  19. 

straid,  srâid,  rue,  182. 

suan,  sommeil,  60. 

tamun,  tronc,  racine,  307. 

tarb,  taureau,  253,  254. 

tau,  je  suis,  307. 

tech,  maison,  307. 

-tella,   il  y  a   place;    il  y  a   moyen, 

176-178. 
tellaim,  tallaim,  je  trouve  place,  176- 

178. 
tellaim,  tallaim,  j'emporte,  176. 
ti,  circuit,  18. 
tiagaim,  je  vais,  60,  307. 
tiasu,  j'irai,  347. 
tibim,  je  ris,  307. 
tofet,  il  précède,  251. 
ûar,  froid,  17,  23. 


ulad:  don  ulad-sa,  pour  cette  fois,  en 
cette  occasion,  399. 

m.  Gallois. 

(Voir  pp.  14,  29,  ^0,  32-56,  98,  209- 
212,  219,  220,  222,  223,  248,  328- 
M',  3n-3?7-) 

Aeron,  329,  3  36. 

anfad,  mauvais,  16. 

Ansel,  Anselme,  34. 

Antyrron,  357. 

arlwydd,  arglwydd,  seigneur,   130. 

Arvon,  329. 

atbret,  adfryd,  rançon,  7,  8. 

a  r,  or,  93. 

Bechawy,  5  3. 

bai,  faute,  erreur,  vice,  cnme,  1  30. 

bal,  cheval  au  front  blanc,  ou  à  la 
face  blanc'ie,  ou  marqué  à  la  face 
d'une  tache  blanche,  126. 

beio,  blâmer,  censurer,  130, 

blaenau,  extrémités,   146. 

brad,  bradwch,  trahison,  145. 

bradu,  bradychu,  trahir,   14^. 

bradus,  bradychus,  perHde,  145. 

braw,  terreur;  terrible,  145. 

bravvch,  terreur.  14^. 

brawu,  brawychu,  effrayer,  145. 

brawychus,  terrible,  145. 

bredychus,  perfide,  145. 

breiniau,  privilèges,  146. 

brenhin,  roi,   115. 

Brenhin  na  vrenhin,  un  roi  qui  n'est 
pas  roi,  34. 

bréni,  proue,  146. 

brewych,  terreur,  145. 

broder,  brodir,  brodorion,  frères, 
126. 

Bryneich,  331. 

brytàu,  chauffer,  146. 

Caer  Sidi  «  la  ville  qui  tourne  »,  9. 

Caerwys,  329. 


40  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI. 


canwyll,  chandelle,  flambeau,  248. 

cared,  tache,  18. 

Cateyrn.  328. 

Catgabail,  Cadafael,  330,  53  ^ 

Catgualatr,  7,  3  30. 

Catguomraed  «  qui  esquive  la  lutte  ", 

7,8. 
cathl,  chant,  14,  23. 
Catraeth,  528,  337. 
Catvan,  330. 
cebystr.  licou,  14^. 
ceiniog.  penny,  ;  30. 
chwannwch,  convoitise,  f4). 
chwant,  désir,  145. 
chwanta,  désirer,  146. 
chwantach,  convoitise,  146. 
chwantu,  désirer,  14^. 
chwennych,  chwennychu,  convoiter, 

145.  '46- 
chyfatam,  334. 
Corroi,  5  ^. 

cretei,  il  se  confiât,  1 50. 
crib,  peigne  ;  crête,  1  29. 
crihyn,  crête,  arête,  sommet,  129. 
Cuneglase,  334. 
cwynos,  souper,  240. 
cwyr,  cire,  240. 

Cymry  «  compatriotes  »,  1  1 5,  127. 
Cynan,  30,  31. 
Cyndaf,  354. 
Cyngen.  30,  31. 
cynghanedd,  liaison  des  membres  du 

vers  par  la  rime  ou   l'allitération, 

ou  par  les  deux   à  la  fois,  46-50, 

228-23 1 ,  254. 
cywydd.  sorte  de  rythme   poétique, 

232,  253. 
Derwennydd,  330. 
dialgur,  vengeur,  329. 
dy,  y,  à,  30. 
dydd,  jour,  23. 
DyfnwaI  Vrych,  330. 


Dy'rig,  I,  3-5. 

echwydd,  midi;  le  repos  du  bétail  au 
moment  de  la  grande  chaleur,  33^. 

elain,  biche,  23. 

Eleirch  vre,  329. 

Elerch,  Elarch,  329. 

Elvet,  329. 

Emreis,  Ambroise,  240. 

Ewionyd,  Eifionydd,  329. 

Ffreinc,  Français,  ',8. 

gaeaf,  hiver,  14. 

Gint.  Scandinaves,  29,  531. 

gorsin,  montant  de  porte,   143. 

Guerngen  «  fils  de  l'aune  »,  287. 

Guidgen  c  fils  de  l'arbre  »,  287. 

gwaith,  combat,  328. 

Gwen-ystrad,  337. 

gwynebwerth,  prix  de  l'honneur,  1 50. 

Gwynedd,  329. 

Gwynnassed,  329,  330. 

-hei,  subj.  aoriste,  5*^  pers.  sing., 
130. 

helygen,  saule,  145. 

heno,  cette  nuit,  23. 

lodeo,  9,  328-, 30. 

Kaer-Iudeu  «  ville  des  Jutes  ?  »,  1 , 
5-9,  328. 

kymangan,  qui  est  à  l'unisson,  com- 
plètement d'accord,  30,  31. 

Kynon,  351,  3  3  3- 

liai,  plus  petit,  23. 

llawrudd,  qui  a  une  main  rouge, 
meurtrier,  315. 

llawruddiaeth,  meurtre,  315. 

lludd,  obstacle,  23. 

Llyw,  330,  337. 

Machagui,  53. 

mâd,  bon,  1  7. 

merin,  estuaire,  9,  329,  330. 

Mon,  530. 

newydd,  nouveau,  240,  332. 

Nordniandi,  Normandie,  51. 


Table  des  principaux  mois  étu.liés  djiis  le  tome  XXI.  457 


Nordmyn  mandi,  Normands  de  Nor- 
mandie, 3  5. 

nos,  nuit,  23. 

oer,  froid,  14,  23. 

Osguid,7,  532. 

oswydd,  ennemis,  332,  333. 

Patrie,  Padric,  Patrice,  240. 

Pen-maen-mawr  «  tête  de  la  grande 
pierre  »,  242. 

Pen-mynydd  «  tête  de  montagne  », 
242. 

penteyrn,  grand  chef,  115. 

purdu,  très  noir,  1 30. 

reges,  cendres  des  morts,  97,  98. 

Rheged,  3 3 5-3 57- 

Rhyvoniawc,  3  30. 

Sais,  pi.  Seison,  Anglais,  130. 

Sandwic,  334. 

taryan,  bouclier,  57,  58,  351. 

-tor,  sufT.  passif,  3 1 . 

tri-,  préf.  intensif,  328. 

tryfrwyd,  combat,  328. 

trywaith,  combat,  328. 

twrneimant,  tournoi,  58. 

unie,  solitaire,  34,  ^4. 

Urbgen,  Uryen,  335,  337. 

-ych,  sufï.  de  noms  verbaux,  145. 

yscvid  pedeirieith,  bouclierdes  quatre 
langues,  58. 

ystryd,  rue,  182. 

IV.  CoRNiauE. 

luman,  maintenant,  19. 
regihten,  braise,  98. 

V.  Breton  armoricain. 

(Voir  p.  408.) 

-ac'h,  -ah,  suff.de  noms,  145,  146. 

ac'h-amen,  fi  donc!,  129. 

afour,  en  foule,  141 . 

-abat,  -hat,  suff.  de  verbes,  145,  146. 

ancoa,  ancoéha,  oubli,  145. 


ancoat,  ancouéat,  oublier,  145. 

ancoffhat,  ancoffnechat,  oublier,  145. 

ancoffnez,  oubli,  145. 

ancofua,  oubli,  145. 

anconec'h,  oubli,  il  oublie,  145. 

ancoùehonni,  oubliance,  145. 

ancounac'haënn,oubliance,  145,  146. 

ancounah,  ankounac'h,  oubli,  145, 
146. 

anccunc'hamand,  oubli,  145. 

ancounec'ha,  oubli,  145. 

ancounec'hamand,  oubli,  145. 

ancounec'hât,  oublier,  146. 

ankounac'haat,  ankounec'haat,  ou- 
blier, 146. 

ankounec'h,  oubli,  146. 

Annan,  Anne,  408. 

a  ori-gèr,  (du  bien)  en  abondance, 
141. 

-ar,  suff.  d'infinitif,  141 . 

araous,  querelleur;  qui  coupe  la  pa- 
role à  quelqu'un,  1 37. 

ari,  en  ari,  par,  au  bout  d'(une laisse), 

137- 
arvar,  doute,  1 30. 

ba  unan,  chacun  un,  1 37. 

berlobiein,  déraisonner,  137. 

bevez,  coupable,  2^0. 

be/.iù,  atterré,  stupide,  144. 

beziùet,  ahuri  comme  un  homme  qui 
s'éveille  brusquement,  abruti,  144. 

blaoeh,  blaouah,  horreur;  terrible- 
ment ;  merveilleusement  ;  énormé- 
ment, 145,  146. 

blaoèhus,  blaouahuss,  terrible,  hor- 
rible, 14^. 

blaouahein,  avoir  horreur,  145. 

blenchou,  sommets,  extrémités,  146. 

Botcalper  «  lieu  planté  de  poiriers 
sauvages  »,  1  47. 

Botquesten,  Botquistin  «  châtaigne- 
raie »,  148. 


4,8  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI. 


boug,  mou,  145. 

bratell,  tartenelle  de  moulin,   144. 

bré,  résine,  1 38. 

broutac'h,  chaleur  étouffante,  146. 

cabestr,  licou,  145. 

Calpéric,   Calpérit,    Calpirit    «    lieu 

planté  de  poiriers  sauvages»,  147, 

■  48. 
caut,  bouillie,  colle,  148. 
Cautpirit   «    heu  planté  de  poiriers 

sauvages  »,  148. 
chalefi,  sortir,  144. 
chiboudik,  debout  !,  147. 
chiboutt,  chiboudênn,  piquette,  146, 

147- 

chilaouret,  doré,  147. 

c'hoar,  il  arrive,  141 . 

chou!,  cri  pour  chasser  les  poules  et 
les  poulets,  1 39. 

chouchan,  se  blottir,  140. 

chouchoucq,  (faire)  dodo,  140. 

chouqicq,  (faire)  dodo,  140. 

chouquein,  s'asseoir,  140. 

chulefi,  souiller,   144. 

cillartt,  pierre  posée  debout  sur  son 
tranchant,  144. 

col,  colle,  148. 

cot-,  silvestre,  sauvage,  148. 

cotperen,   cosperen,    poire  sauvage, 
148. 

coz,  vieux,  mauvais,  148. 

creizenn,  cicatrice,  146. 

cribenn,  clypenn,  devant  (de  la  jam- 
be), 146. 

daerou,  daelou,  larmes,  146. 

damesât,  apprivoiser,  142. 

dar,  tiens,  141. 

darc'hao,  derc'havi,   dalc'havi,  frap- 
per, 146. 

darëu,  larmes,  146. 

dazrou,  daziou,  larmes,  146. 
defoui,  défier,  défi,  139. 


deoui,  se  dépêcher;  presse,  empres- 
sement, 159. 

déret,  tenez,  141. 

diboufa,  déboucher,  sortir  subite- 
ment; s'esquiver;  trouver  ce  qu'on 
cherche  depuis  longtemps  ;  déni- 
cher; chasser  d'un  poste,  138. 

diboukein,  arriver,  apparaître  brus- 
quement, 1 58,  1 39. 

dibourcha,  déboucher,  sortir  d'une 
cachette,  1 39. 

dibusquein,  débuter  une  boule,  139. 

dichou!  dichou  !,  cri  pour  chasser  les 
poules,  1 39. 

dichoual,  dijoual,  crier  pour  chasser 
les  poules  ou  les  oiseaux,  139. 

didu,  maladroit,  143. 

difoucha,  débusquer,  140. 

difoupa,  voir  diboufa. 

difourka,  déboucher,  sortir  d'un  bois, 
etc.  ;  débusquer,  140. 

digôr,  diôl,  ouvert,  141 . 

digoupein,  arriver,  apparaître  brus- 
quement, 1 38,  1 39,  144. 

discoazcaff,  débusquer,  140. 

diskoach,  découvert,  qui  n'est  pas 
caché  ;  (se)  découvrir,  140. 

disoucha,  se  faire  voir  après  s'être 
caché  ;  éveiller,  140. 

diùenn,  défendre,  1 39. 

dizoucha,  dijoucha,  débusquer,  dé- 
boucher, sortir  d'unecachette,  140. 

-ec'h, -eh,  suff.  de  noms,  145,  146. 

éc'hoaz,  le  repos  du  bétail  au  mo- 
ment de  la  grande  chaleur,  355. 

-eh,  -ah,  suff.  de  noms  verbaux,  14^. 

emichans,  sans  doute,  je  pense,  142. 

endra-badsé,  pendant  ce  temps,  144. 

en  drebad-hont,  en  ce  temps-là,  144. 

enepuuerth,  prix  de  l'honneur,  130. 

-er,  suff.  d'infinitif,  141  . 

ersqina,  agacer,  128. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI.  4^9 


e  ry,  par  (le  cou),  1 57. 

felu-mor,  algue,  144. 

foillez,  feuillée,  145. 

follenn,  feuille  de  livre,  144. 

P'ontanellafi,  La  Fontenelle,  408. 

foui  :  d'er  — ,  à  la  hâte,  précipitam- 
ment, 1 39. 

Galperouet  (le),  «  lieu  planté  de  poi- 
riers sauvages  »,  148. 

Galvezit  «  coudraie  »,  148. 

Gasténouet  (le),  «  châtaigneraie  », 
148. 

goal  bir,  poires  sauvages,  148. 

gorsou,  gorchou,  corsou,  montants 
d'une  charrette,  145. 

gouel,  fête,  141. 

goug,  coug,  cou,  145. 

gourmikel,  la  Saint-Michel,  141. 

guellahen,  guêllaênn,  guérison,  146. 

gwelc'h,  vierge,  146. 

gwell,  meilleur,  309. 

haleguenn,  saule,   145. 

han,  hanv,  été,  25. 

harao,  fil,  137. 

hebiou,  outre,  1 34. 

heli  par,  au  bout  de,  1 37. 

helibini,  (aller)  à  qui  mieux    mieux, 

'37- 
hoanti,  envieux,  désireux,   142. 
hoari,  jeu,  141 . 
hoaruout,  arriver,  141 . 
hol,  il  arrive,  140,  141. 
horri,  se  débattre,  gronder,  141. 
-i,  suff.  d'adj.,  142. 
-iù,  suif,  d'adj.,  142,  144. 
jamez,  jamais,  147. 
jamezen,  piquette,  1  47. 
iùliff,  joli,  142. 
kâb,  capable  (de),  1 37. 
kaer,  ker,  habitation,  256. 
kalpér,  petites  poires  sauvages,  147, 

148. 


kalpiren,  poirier(sauvage),  147,  148. 

kapabl,  capabe,  capable,  habile,  157. 

kein  gar,  le  devant  de  la  jambe,  129. 

Kergalper  «  lieu  planté  de  poiriers 
sauvages  »,  147. 

Kiltperit  «  lieu  planté  de  poiriers 
sauvages  »,  148. 

kilvid,  coudraie,  148. 

kleizen,  cicatrice,  146. 

klupen,  crête  (de  coq);  devant  (de  la 
jambe),  129. 

koachet  'n  ho  koanze,  asseyez-vous, 
140. 

koan,  souper,  240. 

koar,  cire,  240. 

koc'h,  ordure,  148. 

kof  gar,  le  gras  de  la  jambe,  129. 

kosper,  koper,  poires  sauvages,  148. 

koudask,  (poirier)  sauvage,  147,  148. 

koulm,  nœud,  141 . 

koulm,  kourm,  pigeon,  141. 

kriben,  kripen,  klipen,  klupen,  crête, 
146. 

laet,  let,  injures,  142. 

lettat,  laetat,  insulter,  142. 

losten  chibout!  apostrophe  aux  pe- 
tits enfants  qui  commencent  à  mar- 
cher, 147. 

luz,  embarras^  23. 

mar,  doute,  1 50. 

mechancc,  méchanceté,  malheur,  142. 

mechans,  michans,  sans  doute,  je 
pense,  142. 

meliscr,  mélisse,  143. 

missi,  surprise  ;  événement  heureux, 
142. 

miz,  mois,  23. 

mor  glei,  (la)  mer  au  nord  (de  l'île 
de  Sein);  mor  dheou,  (la)  mer  au 
sud  (de  cette  île),  97. 

Moris,  Maurice,  143. 

moriscleu,  grimaces,  142,  145. 


44°  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  XXI . 


mouar,  m\vàl-du,  mûres,  141. 

naik  :  sot  naik,  diot  naik,  fou  à  lier, 
142. 

peillar,  piller,  141 . 

Penn-marc'h  «  tête  de  cheval  »,  242, 
243. 

Penn-oc'hen  «  tête  de  bœuf  »,  242. 

Peun  pont  «  tête  de  pont  »,  242. 

Penn-poul,  Paimpol,  242. 

pestuek,  maladroit,  145. 

peta,  jusqu'à,  145. 

pcc,  bogue  (de  châtaigne)  :  grosse 
enveloppe  (de  noix),  143. 

poket,  bouquet  de  la  mariée,  143. 

pouff':  ean  en  des  groeit  poufF',  il  a 
mis  la  clef  sous  la  porte,  s'est  en- 
fui, 1 39. 

poug,  boug,  (temps)  lourd,  étouffant, 

'43- 

prantad,  époque,  durée,   144. 

prespolite,  prospérité,  141. 

Querisouet  (le),  «  cerisaie  »,  148. 

Quérizit  «  cerisaie  »,  148. 

Quistenic,  Quistinic,  Quistinit«  châ- 
taigneraie »,  1 48. 

Quistinidan  «  petite  châtaigneraie  », 
148. 

rao,  honte  (à  lui),  1 37. 

rastel,  râteau,  256. 


reguez,  braise,  98. 

rozèran,  rosaire,  408. 

saillein,  sauter,  144. 

santihuë,  sensible,  142. 

sciir,  tranchant  (d'épée),   144. 

scoacha,  se  blottir,  140. 

seillen,  sole,  145. 

senti,  obéissant,  142. 

siboudênn,  piquette,  146,  147. 

siboudou,  chiboudou,  (faire)  la  co- 
quette, 147. 

silaouret,  selaouret,  sulaouret,  doré, 
147. 

silen,  chilen  :  ar  hé  — ,  (poser  une 
brique)  sur  champ,  144. 

skourm,  nœud,  141. 

solen,  sole,  145. 

sot-naï,  sot-naik,  fou  à  lier,  142. 

soucha,  se  blottir,  se  tapir,  dormir, 
140. 

soug  er  goug,  la  nuque  du  cou,  1 40 . 

soulaleuret,  surdoré,  147. 

sponti,  sconli,  scontihuë,  peureux, 
craintif,  142. 

staer,  ster,  rivière,  307. 

trabell,  tartenelle  de  moulin,  144. 

tu,  côté,  143. 

tuek,  adroit,  143. 

viek  :  eur  — ,  une  femme,  146. 


Le  Propriétaire-Gérant  :  Veuve  E.  Bouillon, 


Chartres.  —  Imprimerie  Dukand,  rue  Fulber; 


BnîvcrsîfyofTorcrsto!! 


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